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L'histoire de la Bulgarie est une histoire millénaire, faite de grandeur impériale, de résistances spirituelles, de dominations étrangères… et de renaissances politiques.
Au centre de cette fresque, une figure : le tsar Boris III. Héritier d’un royaume meurtri par les guerres balkaniques et la Première Guerre mondiale, il tente de stabiliser son pays dans l’Europe tourmentée de l’entre-deux-guerres, puis dans l’étau des totalitarismes. Alliée de l’Allemagne, la Bulgarie de Boris III suivra pourtant une ligne singulière, entre calcul géopolitique, prudence stratégique… et décisions qui continuent d’alimenter le débat historique, notamment sur la question du sauvetage des Juifs bulgares. Qui fut vraiment Boris III ? Un souverain contraint ou un habile équilibriste ? Un allié du Reich… ou un protecteur de son peuple ?

Réponses avec l’historien Jean-Paul Besse, auteur de Boris III de Bulgarie, le tsar gentilhomme qui via de paraître chez Via Romana.

Catégorie

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Éducation
Transcription
00:09Générique
00:20Bonjour à tous, aujourd'hui nous vous emmenons dans les Balkans au cœur d'un destin national souvent méconnu en
00:26Europe occidentale, celui de la Bulgarie.
00:28Une histoire millénaire faite de grandeur impériale, de résistance spirituelle, de domination étrangère et de renaissance politique.
00:36Au centre de cette fresque, une figure, le tsar Boris III, héritier d'un royaume meurtri par les guerres balkaniques
00:42et la première guerre mondiale,
00:44il tente de stabiliser son pays dans l'Europe tourmentée de l'entre-deux-guerres, puis dans les taux des
00:49totalitarismes.
00:50Allié de l'Allemagne, la Bulgarie de Boris III suivra pourtant une lutte singulière, originale, entre calcul politique, prudence stratégique
00:58et décision qui continue d'alimenter le débat historique,
01:01notamment sur la question du sauvetage des juifs bulgares.
01:03Qui fut vraiment Boris III ? Un souverain contraint ou un habile équilibriste ? Un allié du Reich ou un
01:09protecteur de son peuple ?
01:10Pour en parler, je reçois l'historien Jean-Paul Besse, auteur de Boris III de Bulgarie, le tsar gentilhomme, qui
01:16vient de paraître chez Via Romana.
01:18Jean-Paul Besse, bonjour, merci d'être parmi nous.
01:21Alors, vous êtes historien, docteur en histoire, spécialiste des monarchies européennes, peut-on dire.
01:26Vous enseignez à l'Institut Saint-Pédis et vous avez consacré de nombreux ouvrages à l'histoire politique et spirituelle
01:33du continent
01:33avec un intérêt particulier pour l'Europe centrale et balkanique.
01:37On vous doit notamment plusieurs biographies remarquées de chefs d'État du XXe siècle,
01:42parmi lesquelles Nicolas Horty, le régent méconnu, en 2016 chez Via Romana.
01:47Il est suivant toujours chez Via Romana.
01:49Salazar, le consul impavide, en 2023.
01:53Ou encore Manorheim, le fondateur, en 2024.
01:55Je vous avais d'ailleurs reçu à l'occasion de la sortie de ce livre.
02:00Donc, ce sont autant d'ouvrages qui explorent les destins de dirigeants
02:02qui sont confrontés au bouleversement géopolitique majeur de leur temps.
02:07Toujours dans des temps vraiment troublés.
02:10Et vous publiez aujourd'hui une nouvelle étude consacrée, je le disais, à Boris III de Bulgarie,
02:15le tsar gentilhomme.
02:16Alors, pour commencer, qu'est-ce qui vous a conduit à consacrer une biographie à Boris III,
02:21qui est un souverain assez méconnu, il faut bien dire.
02:23Je ne le connaissais pas avant de recevoir le livre.
02:25Mais même si on trouve quand même une constante, nous en parlions un instant,
02:29entre Manorheim, entre Salazar, voire même Franco,
02:33tous ces chefs d'État qui ont réussi à louvoyer pendant la guerre.
02:36Mais alors, est-ce que c'est dans une continuité finalement que vous avez écrit ?
02:39– C'est dans une continuité.
02:41C'est aussi parce que j'aime beaucoup la Bulgarie, où je suis allé plusieurs fois.
02:45Et c'est également parce qu'en Bulgarie, il est resté extrêmement populaire dans la population.
02:51Et beaucoup plus que son père, beaucoup plus que les autres rois des Balkans.
02:58Et j'ai pensé qu'il était bon de lui consacrer enfin un ouvrage.
03:02Et à le fait aussi que les Français ne s'intéressent pas à la Bulgarie
03:07ni aux pays qui sont, disons, à l'est de l'ex-Yougoslavie.
03:11– Oui.
03:12– Et qu'ils en ont une idée extrêmement floue et souvent fausse.
03:17– Donc finalement, à travers ce livre, vous avez donc,
03:19que c'est une biographie, mais en même temps,
03:22c'est une histoire politique de la Bulgarie à travers ce roi.
03:27Alors justement, avant d'arriver directement à la vie de Boris III,
03:33je voudrais parler des remontées aux racines médiévales
03:37qui sont très anciennes de la Bulgarie.
03:41Alors déjà, qui sont ces Bulgars ?
03:42Vous les mentionnez, contrairement à d'autres peuples des Balkans,
03:45ce ne sont ni des Serbes, ni des Monténégrins à but d'eux-mêmes,
03:49ni grecs que prenant Alexandre le Grand pour l'un d'eux.
03:52Alors, est-ce qu'il y a une différence de vraiment de tempérament national ?
03:55Et comment elle se manifeste concrètement ?
03:57– Ils sont arrivés tôt parmi les Slaves,
04:02par exemple beaucoup plus tôt que les Serbes,
04:04qui sont mieux connus que les Français,
04:06et qui ont toujours tendance à se donner le premier prix, si je puis dire.
04:11Les Bulgares sont arrivés avant,
04:13et ce ne sont pas non plus les Russes qui furent les premiers,
04:17puisque c'est grâce aux Bulgares que les Russes ont fini par devenir chrétiens.
04:22– Oui.
04:22– Donc, les Bulgares sont antérieurs, ils ne sont pas Slaves,
04:26et ils viennent, alors, il y a toutes sortes de théories,
04:30il y a les Bulgares de la Volga, dont une partie existerait encore sur la Volga,
04:35puis il y a ceux qui sont détachés de ceci,
04:37qui sont venus vers l'Ouest,
04:39et qui, à la fin du 8e siècle, traversent le Danube,
04:43et s'installent dans ce qui est devenu la Bulgarie.
04:46Et ils s'installent au milieu de Slaves,
04:49ce qui fait qu'ils vont être slavisés,
04:51et que la langue bulgare est donc slave,
04:55avec une particularité, c'est qu'elle est grammaticalement,
05:00si je puis dire, plus simple que les autres,
05:02parce qu'elle n'a pas de déclinaison,
05:04ce qui est une rareté dans les langues slaves.
05:06– Donc, pour comprendre la Bulgarie d'aujourd'hui,
05:08jusqu'à Boris III, il faut vraiment replonger
05:10dans les racines de la Bulgarie médiévale.
05:12Elle représente quoi en Europe, à la fin du 1er millénaire ?
05:18– Elle a beaucoup varié dans l'étendue de ses frontières,
05:21comme on le verra, même au 20e siècle.
05:25Sous certains souverains,
05:27elle s'est étendue de l'Adriatique à la mer Noire,
05:29donc de façon assez vaste.
05:31Elle a été d'ailleurs la première à s'étendre aussi loin,
05:34les Serbes ayant copié ensuite, mais assez tardivement.
05:39Mais ces empires, en général, ne durent pas.
05:42Soit ils sont associés au fondateur,
05:46à un souverain exceptionnel,
05:48qui parfois réussit à transmettre l'essentiel à sa descendance,
05:55soit on change de branche ou de dynastie,
05:58et on a, comment dirais-je,
06:03un raccourcissement de cet empire
06:05qui devient un simple royaume, si vous voulez.
06:08– Alors il y a un roi qui ressort,
06:10ou un empereur, un tsar, je ne sais pas si on les appelait comme ça,
06:12à l'époque, qui sort du lot, qui est Siméon.
06:15– Ah, c'est le plus grand de tous, oui.
06:16– Donc lui, c'est vraiment l'apogée du premier empire bulgare.
06:20Qu'est-ce qui fait de ce souverain une figure si centrale ?
06:23– C'est un guerrier exceptionnel,
06:25qui va écraser les Byzantins à plusieurs reprises,
06:29qui était le grand voisin, le puissant voisin du sud.
06:33De plus, il va repousser les frontières vers l'ouest jusqu'à l'Adriatique.
06:39Donc son empire va toucher à la fois la mer Noire,
06:43la mer Adriatique, au sud la mer Égée,
06:46et il va faire le siège de Constantinople,
06:50ce qui n'était pas si fréquent.
06:52Bon, là, il ne passera pas,
06:56mais c'est quand même, de toute l'histoire bulgare,
06:59le souverain le plus connu,
07:01et c'est pourquoi le roi Boris III a donné à son fils aîné
07:06le nom de Siméon.
07:07– Le nom de Siméon.
07:08Alors justement, cette proximité avec Byzance,
07:11est-ce qu'elle fait partie également de l'identité bulgare ?
07:14– Tout à fait.
07:14– Est-ce qu'il y a vraiment un rapprochement entre les deux ?
07:17– Il y a l'influence de la civilisation gréco-byzantine,
07:22donc orthodoxe, sur la Bulgarie,
07:25qui à un moment a hésité à travers Boris Ier
07:29entre l'Église romaine et le patriarcat de Constantinople,
07:35et qui finalement s'est prononcé pour des liens étroits avec Constantinople,
07:43qui a donc créé une hiérarchie épiscopale bulgare,
07:47qui va remplacer celle des Grecs,
07:49et qui va ensuite partir vers le nord, vers la Russie,
07:55vers Kiev donc, et le Dnieper, pour évangéliser les Russes.
08:00– Alors, l'arrivée des Ottomans va considérablement changer,
08:08on reviendra à l'autodoxie après,
08:10mais va considérablement changer la donne,
08:12vous employez le terme d'interminable nuit ottomane.
08:16– Alors, ce n'est pas de moi, évidemment,
08:19je connaissais très bien un spécialiste de l'histoire ottomane
08:23quand j'étais en Grèce,
08:24et c'est lui qui employait cette expression,
08:27tout en disant qu'elle était exagérée,
08:29parce que les Turcs n'étaient pas responsables
08:32de toutes les faiblesses de l'Empire qu'ils avaient conquis.
08:35– Oui, vous dites, comme vous citez,
08:37l'interminable nuit ottomane ajoutant encore sa terrifiante obscurité
08:40aux ruptures de l'histoire bulgare.
08:42Est-ce qu'on peut dire que la Bulgarie possède une histoire fracturée ?
08:46– Oui.
08:46– Plus que celle des monarchies occidentales ?
08:48– Beaucoup plus, oui.
08:50Parce que les dynasties sont-elles plus fragiles ?
08:54Je ne sais pas.
08:55En tout cas, elles tombent plus facilement.
08:58Le contexte politique, le contexte géopolitique,
09:02souvent mettent un terme à leur histoire.
09:06Et donc, vous avez ainsi un premier empire bulgare
09:10avec Simeon dont vous avez parlé,
09:12et puis le fondateur Boris Ier.
09:14Vous avez un second empire bulgare avec trois dynasties différentes,
09:20les Azènes, les Terter et les Chichemans.
09:23Et le dernier Chichemans, au XIVe siècle,
09:26est d'abord asservi par les Ottomans,
09:30qui l'obligent à payer un tribut.
09:32Et ensuite, il est tout simplement étranglé.
09:35– Et la présence ottomane se caractérise comment ?
09:38Il y a une islamisation, une soumission ?
09:41Enfin, tous les Bulgares ont un statut d'Himi,
09:43comme dans tout l'Empire ottoman ?
09:46– Bien sûr, il y a une volonté d'islamisation,
09:48mais qui a eu un succès assez limité.
09:51La Bulgarie est restée chrétienne,
09:53avec une minorité musulmane qui a en réalité
09:56et d'ascendance turque pour la plupart.
10:00Donc, c'est aussi ethnique que religieux.
10:04Et c'était les destructions d'églises, n'est-ce pas ?
10:07Les Ottomans, qui ne voulaient pas faire trop inutilement,
10:13détruisaient la coupole des églises,
10:15et le temps, les intempéries, détruisaient le reste du bâtiment.
10:18– Les arrêts de l'est.
10:18– Voilà, et donc, il était mal vu d'être chrétien, naturellement.
10:22– Alors, est-ce que vraiment, on peut dire que la spiritualité,
10:25la religion orthodoxe, alors notamment, il y a certaines figures,
10:27comme Jean de Rila, vous en parlez.
10:29– Oui, c'est la grande figure.
10:30– Est-ce que ça a servi vraiment de conservatoire identitaire
10:35sous cette domination étrangère ?
10:36– Tout à fait, le monastère de Saint-Gandrila est encore le plus beau
10:39de toute la Bulgarie, même s'il n'est pas le seul.
10:42C'est là qu'a été inhumé, au début en tout cas,
10:46avant que les communistes ne détruisent les, on peut dire les reliques,
10:53le roi Boris III, c'est un endroit merveilleux,
10:57par son cadre naturel.
11:00Ce sont des bâtiments aussi extrêmement beaux, couverts de fresques.
11:05Bon, Saint-Gandrila, c'est une chose nouvelle, que je peux vous dire,
11:09et maintenant, sur les pièces de monnaie de 1 euro,
11:12du nouvel euro bulgare, depuis 3 mois.
11:17Donc, c'est quand même un fort symbole.
11:20– Oui, et alors, cette nuit ottomane va durer jusqu'à quand ?
11:25– Jusqu'au 19e siècle.
11:26– Jusqu'au 19e siècle, mais il y a quand même des soubresauts,
11:29une renaissance, déjà fin 18e ?
11:33– Tout à fait, il y a des porte-parole, si vous voulez,
11:37de ce que les Bulgares appelaient la lumière bulgare,
11:40la culture bulgare, c'est-à-dire aussi le christianisme fondamentalement,
11:45l'alphébé cyrillique, naturellement, l'expression en langue slave,
11:50que les évêques grecs, qui avaient remplacé les évêques bulgares,
11:56condamnaient et combattaient, en faisant célébrer devant une assistance
12:00qui ne comprenait rien, les offices en grec, par exemple.
12:03Donc, il y a eu très tôt, au 19e siècle…
12:05– Et pourquoi ce clergé grec, d'où venait-il ?
12:07Enfin, il venait de Grèce, j'imagine ?
12:08– Il ne venait pas de Grèce, il venait de Constantinople.
12:13– Ils étaient à la botte du sultan ?
12:16– À la botte du patriarche, qui était à la botte du sultan.
12:19– D'accord.
12:20– Et lorsqu'il ne l'était pas, on le cousait dans un sac,
12:25le patriarche vivant, et on le jetait dans le bosphore.
12:27– Bien sûr.
12:29Alors, il y a des grandes figures qui ressortent, j'ai parlé de Jean de Rila,
12:32il y a aussi un moine historien, je ne sais pas si je vais prononcer bien le nom,
12:35c'est Pahissi ?
12:36– Pahissi, du moine de Saint-Serbe de Quilanda, oui.
12:39– Alors, est-ce que ce Pahissi, c'est un moine, il est historien,
12:44il a écrit une histoire slavo-bulgare ?
12:47– C'est ça, en déplorant.
12:48– Il y a eu un grand retentissement à l'époque ?
12:50– Absolument.
12:52Il prenait très douloureusement le fait que les autres peuples slaves des alentours,
12:58les Serbes par exemple, avaient déjà un ou deux historiens,
13:02des linguistes aussi, et que les Bulgares n'en avaient pas,
13:06parce qu'ils étaient tout simplement les plus écrasés par le joug ottoman,
13:11et que par conséquent, la plupart du temps, ils n'avaient même pas d'école.
13:15Et donc, la transmission ne se faisait que dans les familles.
13:20Donc, il a écrit cette histoire slavo-bulgare,
13:23qui bien sûr renferme quelques erreurs, ce qui est normal,
13:27mais il a quand même beaucoup voyagé jusque dans le Saint-Empire,
13:31enfin dans l'Allemagne, dira-t-on, d'aujourd'hui, ou du XIXe siècle,
13:37pour avoir des sources solides.
13:39– Alors, on peut dire quand même, il y a toujours une élite intellectuelle bulgare,
13:43une aristocratie bulgare qui arrive à se maintenir ?
13:46– En gros, la aristocratie bulgare, la plupart du temps,
13:49avait été liquidée par les Ottomans, dès le XIVe siècle, parfois avant.
13:55Une élite, on pourrait dire la même chose.
13:58Il va y avoir quelques figures de révolutionnaires célèbres,
14:02qui vont soulever la Bulgarie pour vraiment arracher l'indépendance et le renouveau,
14:07mais ils vont en général mal finir.
14:09Alors, il y a eu des séries de soulèvements au XIXe siècle.
14:13– Qui vont aboutir en 1878 ?
14:15– Oui.
14:16– Donc, si vous pouviez rapidement nous faire un petit panorama de ces souligences,
14:19il y a eu des autonomies, ensuite, jusqu'à l'indépendance ?
14:22– Oui, c'est assez complexe.
14:24En tout cas, il y avait un sentiment panslave dans l'Europe de l'Est,
14:31sauf chez les Roumains, évidemment, pour d'autres raisons que l'on comprend aisément.
14:35Les Russes, donc, ont décidé de soutenir ce mouvement panslave.
14:39Si vous lisez certains discours de Tosayevski,
14:42vous voyez à quel point ils ont pris parti pour les Bulgares.
14:45Et le tsar Alexandre II a envoyé deux de ses excellents généraux,
14:50parmi beaucoup d'autres.
14:51Nikola Nikolaevich, l'aîné, et son fils, Nikola Nikolaevich, cadet,
14:58qui ont, à la tête d'une armée puissante,
15:01envahi, d'abord traversé le Danube, envahi la Bulgarie,
15:06et ont continué, malgré certains échecs ponctuels,
15:10jusqu'au mur de Constantinople.
15:13Et là, le sultan est pris de panique.
15:16Il faut donc traiter.
15:18Et le traité est signé à San Stefano en 1878.
15:23Mais on est à quelques kilomètres de Sainte-Sophie, de Constantinople.
15:29C'était le traité de la dernière chance pour les Ottomans.
15:34Alors, ce traité de San Stefano, il représente quoi ?
15:37Qu'est-ce qu'il établit exactement ?
15:38Alors, il crée ce qu'on a appelé depuis la Grande Bulgarie.
15:42C'est-à-dire que les Russes ont insisté
15:45pour qu'on donne vraiment aux Bulgares
15:48une superficie assez large,
15:51qui comprenne toute leur population,
15:53ethiquement et religieusement.
15:55mais ça va être un rêve très vite,
16:00car tout s'écroule dès la fin de l'année.
16:03Berlin, c'est-à-dire Bismarck,
16:05qui est totalement hostile à ce projet.
16:09– Il ne veut pas d'une Grande Bulgarie,
16:11une frontière de la Nouvelle-Allemagne ?
16:13– Non.
16:14Et par conséquent, au Congrès de Berlin,
16:17on réduit la Bulgarie à la moitié, à peu près,
16:21de ce qu'elle était jusque-là, depuis quelques mois.
16:23– On l'a réduit à ce qu'elle est aujourd'hui, à peu près ?
16:25– Même pas.
16:26Même pas, parce qu'il y avait une partie laissée en servitude
16:30par rapport à la sublime porte au sud,
16:34qu'on appelait Roumélie,
16:37du Mourom, Roum, c'est-à-dire les chrétiens.
16:41Et puis la partie nord, elle, avait plus d'autonomie
16:44et pouvait devenir l'embryon d'un petit État bulgare.
16:47Mais elle était loin de représenter la Grande Bulgarie,
16:50qui perdait du même coup sa côte sur la Mérigée
16:55et une bonne partie de la Macédoine à l'ouest.
16:59– Alors donc, on peut dire vraiment que ce...
17:01Est-ce que le Congrès de Berlin est vécu par les Bulgares
17:03comme une trahison des puissances ?
17:05– Tout à fait, tout à fait.
17:07Mais tout cela, c'est la politique de Bismarck.
17:09C'est lui qui a imposé son point de vue.
17:11Il était de toute façon très antislave,
17:13puisque, à la même époque, il disait,
17:16il faudra songer à repousser la Russie
17:18dans les glaces de l'Arctique.
17:20– Donc c'est fait.
17:20– Et alors, au niveau dynastique, en 1868,
17:25qui dirige le pays ?
17:27– Alors, il y a eu là aussi, comment dirais-je,
17:31un peu une contradiction.
17:32On fait d'abord appel à un prince
17:34dont le nom ne dit pas qu'il est russe,
17:36mais qu'il était,
17:38Alexandre de Battenberg,
17:39qui était donc parent d'Alexandre II,
17:42puis d'Alexandre III.
17:43Alexandre III, comment dirais-je,
17:48ne lui voue pas une très grande admiration.
17:51Alexandre de Battenberg est sérieux,
17:53mais très vite se trouve en rupture
17:56avec une assemblée dite nationale,
17:59sur le soubrain,
18:00qui est totalement hyper démocratique,
18:05ne supportant pas la moindre injonction
18:08ni le moindre ordre venu d'en haut.
18:14Donc Alexandre se trouve très vite,
18:17sans aucun moyen pour agir.
18:19Il va quitter la Bulgarie une première fois,
18:23et là, ce sont des manifestations à travers tout le pays
18:25pour lui dire de revenir.
18:27Il revient et tout recommence,
18:29et donc il décide de partir, pas toujours.
18:31– Et donc on le remplace ?
18:33– Alors, enfin, c'était très compliqué.
18:36– Vous le trouvez où ?
18:37– Les ministres en place,
18:40qui variaient beaucoup d'avis d'ailleurs,
18:42finissent par aller voir Ferdinand de Saxe-Coburgauta,
18:47qui était un prince donc germanique,
18:50on pourrait presque dire autrichien,
18:52malgré son côté bavarois également.
18:56– Ce prince n'est pas intéressé du tout au départ,
19:02mais sa mère, qui est Clémentine d'Orléans,
19:06et qui a très fort, voilà,
19:08qui a une fille de Louis-Philippe,
19:09donc la sœur du duc d'Aumale,
19:11la sœur du prince de Joinville, etc.,
19:15va insister pour qu'il accepte cette couronne,
19:18qui lui semble une issue tout à fait honorable,
19:22et qui lui donnerait en même temps l'occasion à elle,
19:26parce que je crois qu'elle pensait à cela,
19:28à avoir un certain magistère sur la Bulgarie.
19:30– Bien sûr.
19:31– Et sur son fils.
19:32– Et donc, lui, il arrive sur le trône en 1887 ?
19:36– Ah oui, alors ça, c'est encore un peu plus tard.
19:41Il va se rendre à Ternovo,
19:43la vieille capitale historique médiévale,
19:46et là, il va scindre la couronne.
19:49Donc, on peut dire la couronne de Tsar,
19:51puisque en bulgare, le mot roi et le mot tsar sont un seul.
19:57– Alors, quel genre d'homme était ce Ferdinand,
20:01le père de Boristola ?
20:03Vous le décrivez, grand, né, son lourd en bon point,
20:05et les enfants l'appellent le monarque.
20:07– Oui, ses enfants ne l'aimaient pas,
20:10il ne tenait pas d'ailleurs à se faire particulièrement aimer d'eux.
20:13Il était extrêmement égocentrique, violent, aimant le luxe de façon ostentatoire,
20:27aimant follement les voyages jusqu'à Capri ou échasse en Hongrie.
20:32Tout cela le rendait assez impopulaire,
20:35mais d'un autre côté, il a de grandes qualités.
20:39Il veut construire un pays nouveau.
20:42Il a conscience que, finalement, il hérite d'une histoire lointaine glorieuse.
20:48Il veut être au même niveau.
20:50Et donc, par exemple, il transforme Sofia complètement.
20:52Il a en fait, alors que c'est une bourgade turque,
20:56il a en fait une ville assez moderne,
20:59en utilisant l'urbanisme occidental,
21:03de même pour le port de Varda,
21:05de même pour les principales communications dans le pays.
21:09Et c'est là qu'on retrouve sa mère,
21:11qui est actionnaire des chemins de fer de l'Orient Express,
21:16pour justement allonger la voie de l'Orient Express à travers la Bulgarie.
21:20– D'accord, donc elle joue quand même un rôle…
21:22– Un rôle très important.
21:24– D'ailleurs, on la surnomme, vous dites, la Médécise des Cobourgs.
21:26– Ah, voilà, c'est son frère, le duc de Malle,
21:28qui, avec beaucoup d'espoil, l'avait ainsi appelée.
21:31Et c'est vrai qu'elle était ainsi.
21:33– Alors, je vois donc un Saxe-Cobourg-Gotha,
21:36marié avec une d'Orléans.
21:37Ce sont des catholiques, j'imagine,
21:40qui règnent sur une population majoritairement orthodoxe.
21:44Donc, quand la question se pose du baptême de Boris en 1896,
21:50on va choisir un baptême orthodoxe.
21:51Est-ce que c'est très important comme moment ?
21:53Et ça va créer un conflit avec le Vatican.
21:55– Oui, ça va créer un conflit avec Léon XIII,
21:57qui ne veut absolument pas qu'une dynastie catholique
22:02tombe, entre guillemets, dans le schisme.
22:04C'était l'appellation des vaticans.
22:08Donc, il va y avoir des tractations parfaitement inutiles
22:11et en 13 restes inflexibles.
22:16Et d'un autre côté, le gouvernement bulgare l'est aussi,
22:20en disant, mais c'est impensable,
22:21que sur un peuple orthodoxe, veille un futur roi catholique.
22:28Et donc, après toutes sortes de tractations inutiles,
22:33on voit le ralliement de Clémentine, encore une fois,
22:36à la solution orthodoxe, soutenue par l'épiscopat bulgare.
22:40Et Ferdinand, finalement, se rallie à ce point de vue,
22:43en disant, il n'y a pas d'autre solution.
22:47Alors, Boris était baptisé catholique,
22:50mais on va le crismer, c'est-à-dire lui donner la confirmation,
22:54dans l'église bulgare.
22:55Et comme la chrismation dans l'église orthodoxe
23:00équivaut par son prolongement sacramentel au baptême,
23:04bon, c'est comme s'il avait été baptisé orthodoxe.
23:07– Alors, ce jeune Boris, est-ce qu'il a eu une enfance difficile ?
23:10Parce que je crois qu'ils appelaient le palais la prison,
23:12ce qui n'est pas très…
23:13– C'est vrai.
23:13– Je pense qu'il est pire comme prison aussi.
23:15Donc, c'est une enfance difficile ?
23:17– C'est une enfance, disons, assombrie par les sautes d'humeur du père,
23:22qui est extrêmement violent.
23:24Alors, les enfants de Ferdinand disaient,
23:27quand on entend son lourd pas dans le couloir qui s'approche,
23:31parce qu'ils étaient dans une salle de classe au palais,
23:34on sait que tout va très mal se passer.
23:37S'ils parlent français, le pire sera évité,
23:40mais s'ils parlent bulgare, nous sommes perdus.
23:43Et il leur disait notamment,
23:45regardez les enfants de mes vallées,
23:47comme ils sont mille fois plus brillants que vous,
23:50alors qu'ils n'ont pas de précepteurs.
23:52– Alors, il y a aussi, comment dire,
23:54des épisodes importants dans la politique bulgare à l'époque,
23:59ce sont les fameuses guerres balkaniques,
24:02est-ce que vous pouvez nous expliquer rapidement en quoi elles consistaient ?
24:05– Bien sûr, il y a deux guerres balkaniques,
24:07la première contre l'ennemi traditionnel, les Ottomans.
24:11– Parce qu'il y a une volonté des Ottomans,
24:13si les Ottomans sont les agresseurs ou il faut…
24:15– Non, c'est plutôt une sorte de ralliement à la bannière de Ferdinand
24:20de tous les princes orthodoxes slaves des Balkans
24:25contre les Ottomans pour les mettre vraiment une fois pour toutes
24:28à la porte de l'Europe.
24:29– Là, on est en quelle année ?
24:30– Alors là, on est en 1912,
24:33et cette guerre se termine triomphalement pour les chrétiens,
24:36puisque la trace orientale, c'est-à-dire les alentours de Constantinople,
24:44sont largement conquis par l'armée de Ferdinand,
24:47au-delà même d'Andrinople,
24:51sans que cela ne dure,
24:53puisqu'il va y avoir la deuxième guerre balkanique…
24:55– Provoquée par…
24:56– Qui est provoquée par Ferdinand,
24:58et dans le sens inverse,
25:01il s'allie aux Turcs contre les puissances chrétiennes
25:05qui étaient avec lui la veille,
25:07et là, il perd tout.
25:09– Et quel était le but ?
25:12– C'était agrandir la Bulgarie, une nouvelle fois.
25:15Alors, il avait réussi à agrandir momentanément vers le sud,
25:18désormais, il voulait agrandir vers le nord,
25:21où étaient les Roumains,
25:22et vers l'ouest, au détriment des Serbes.
25:24Les Serbes, c'était la pierre d'achoppement,
25:27à cause de la Macédoine.
25:28À qui était la Macédoine ?
25:30C'était cela.
25:31C'est une population qui parle
25:33à une langue très proche du bulgare,
25:36qui a fait partie de l'Empire bulgare au Moyen-Âge,
25:38et que les Serbes avaient commencé à conquérir.
25:43Voilà.
25:43– Alors, va arriver la guerre,
25:46la première guerre mondiale.
25:47– Oui.
25:48– Quelle va être, là, la position de la Bulgarie ?
25:51– La Bulgarie va finir par entrer dans la,
25:55comment dirais-je,
25:57dans la perspective de la triplice,
25:59aux côtés des Allemands, des Autrichiens, surtout,
26:01qui étaient plus proches de Ferdinand,
26:04et des Italiens,
26:05et, enfin, des Italiens, jusqu'en 1915,
26:09mais sans opération militaire.
26:12Et, par conséquent,
26:15la Bulgarie se bat
26:18contre, à nouveau,
26:20ceux qui l'ont vaincu
26:21pendant la Deuxième Guerre balkanique,
26:24notamment les Serbes.
26:26Et elle se bat contre les Roumains,
26:28pour reprendre certaines terres
26:30que les Roumains avaient,
26:31comme la Dobruja,
26:32que les Roumains avaient conquise
26:34pendant la Deuxième Guerre balkanique,
26:36et pour amoindrir la Grèce au Sud,
26:39afin de récupérer
26:40ce que la grande alliance avec la Russie
26:43avait donné
26:44à travers le traité de San Stefano en 1978,
26:48c'est-à-dire la côte nord-est de la Mérigée.
26:51– Donc, la guerre se termine mal
26:53en 1918 pour la Bulgarie,
26:56et particulièrement pour Ferdinand,
26:57qui est poussé à l'abdication ?
26:59– C'est ça.
27:00Sinon, c'était la dynastie qui tombait.
27:03– Qui tombait, d'accord.
27:03– Donc, il abdique
27:05et revient à Cobourg,
27:07où il va vivre quasiment jusqu'à sa mort,
27:10beaucoup plus tard,
27:11et plus tard que son fils, notamment.
27:14Et Boris se retrouve roi.
27:17– Non pas qu'il soit mal préparé, d'ailleurs,
27:20mais il est tout de même encore très jeune.
27:24– Une vingtaine d'années ?
27:26– Un peu plus qu'au même.
27:26– 22 ans ?
27:27– Mais il hérite d'une situation dramatique,
27:30parce que…
27:31– Dans quel état se trouve la Bulgarie ?
27:32– Très mauvais état.
27:34Le pays est envahi sur plusieurs frontières.
27:37L'armée a toutes sortes de tendances
27:40parmi ses généraux.
27:43Il y a aussi un vif mécontentement populaire.
27:48Et donc, si vous voulez,
27:49les premières années du règne
27:50vont être très difficiles.
27:53– On peut dire que la monarchie
27:54était menacée, même, déjà,
27:55à l'avènement de Boris III ?
27:57– Oui, parce qu'il y a eu un essai
27:58de République de Radomir,
28:00fait par un de ses ministres,
28:03essai qui a échoué,
28:04et le ministre a trouvé la mort
28:07dans ce qui a suivi.
28:08Mais c'est quelque chose de récurrent.
28:12Et il va y avoir des coups d'État militaire
28:15presque incessants.
28:16– En revanche, pas de danger bolchevique,
28:18comme il y a pu avoir ?
28:18– Le danger bolchevique va arriver très vite.
28:23Depuis 1878, les Bulgares et les Russes
28:25s'aiment beaucoup,
28:27grâce au service qu'avait rendu Alexandre II.
28:33Et cette Russie,
28:34qui a changé totalement de couleur,
28:36est mal perçue par les Bulgares.
28:37Beaucoup pensent que c'est toujours
28:39un pays messianique dirigé par un tsar orthodoxe,
28:43ce qui n'est vraiment plus le cas.
28:45Et donc, il y a un certain nombre
28:49de Bulgares d'extrême-gauche
28:50qui vont entrer au Comintern,
28:53qui vont partir dans l'URSS de Staline,
28:56et qui vont diriger de l'extérieur
28:59une guerre incessante
29:01contre la monarchie bulgare.
29:03– Alors, je voudrais m'arrêter un instant
29:04avant de parler de sa politique,
29:07de parler de Boris III.
29:08Vous avez sous-titré, je disais,
29:10votre livre,
29:11Le tsar gentilhomme.
29:12– Oui.
29:12– Alors, pourquoi avoir choisi
29:13ce qualitatif pour le définir ?
29:16– Parce que c'est exactement ce qu'il a été.
29:19Il est extrêmement proche du peuple.
29:22Il est constamment en train de voyager
29:24d'un village à l'autre, d'une ville à l'autre.
29:26– Oui, vous parlez d'une passion pour les locomotives,
29:28pour des voyages incognitos.
29:30– Aussi.
29:30– Des nuits passées chez les paysans.
29:32– Absolument.
29:33Il assiste au mariage des jeunes gens.
29:36Il est invité à rester quelques jours.
29:40Il a une sensibilité qui est très extravertie
29:45vers le petit peuple.
29:47– Ce n'est pas de la com', comme on dirait aujourd'hui.
29:48– Oui, c'est vraiment une vraie proximité.
29:50– Oui, c'est une vraie sensibilité.
29:52De plus, il est très orthodoxe.
29:54Il va beaucoup à l'église.
29:56Tout cela plaît à la population.
29:59C'est une période aussi de re-christianisation de la Bulgarie
30:02puisque les Turcs ne sont plus là.
30:04Donc, ça joue également sa faveur.
30:11Et il va rendre des services exceptionnels.
30:14Par exemple, un jour, un train dans lequel il est
30:17sort des rails, se dirige vers un précipice.
30:22Le chauffeur est brûlé.
30:24Il s'extraît aussitôt de son wagon.
30:26Il court vers la locomotive.
30:29Il arrache le chauffeur de l'endroit où il était.
30:34Il fait arrêter le train.
30:36Il court vers un ruisseau pour nettoyer les plaies du chauffeur.
30:41Vous voyez, ce sont des choses qu'il fait constamment.
30:44Il y a sur la mer Noire où il se rendait assez souvent
30:47puisque les rois avaient un palais à Euxidograde, au nord.
30:57Il voit qu'il y a des gens en perdition dans un petit bateau de tourisme.
31:02Il se précipite et il les sauve.
31:04– C'est un homme sportif alors également ?
31:05– Ah, il est très sportif et il est alpiniste.
31:08Il adore monter au Mont Moussala à 2900 mètres,
31:11qui est le point culminant de la Bulgarie.
31:13– Je vous parlais d'un souverain austère, presque ascétique.
31:18Il y a un gros contraste avec son père.
31:19– Ah oui, énorme.
31:21Énorme d'ailleurs, il n'y a jamais eu de vraie réconciliation.
31:24Il est allé voir son père pendant l'un de ses voyages à l'étranger,
31:28car il en a fait plusieurs, y compris à Paris, à Londres
31:31et aussi avant en Russie, son père est très mal accueilli,
31:36voyant au fond dans son rejeton celui qui lui avait pris la place.
31:41Donc ça, c'est de rester une douleur profonde chez Boris.
31:44– C'est un homme cultivé également ?
31:46– C'est un homme cultivé et il est extrêmement amateur de diverses langues.
31:53Il va le parler aussi bien l'albanais que l'anglais ou le serbe.
31:57Et ça a pu lui être utile aussi dans sa relation avec le roi Alexandre de Yougoslavie.
32:04– Et côté vie privée, qu'est-ce que…
32:08– Il semble très, comment dirais-je, plein de retenue pendant longtemps.
32:14Et il va épouser finalement une fille de Victor Emmanuel III d'Italie,
32:18qu'il a rencontrée pendant des vacances à la résidence de Savoie à San Rosso.
32:24Et il va s'éprendre de Giovanna, Jeanne donc, qu'il va épouser.
32:30Ce qui va à nouveau déclencher les foudres du Vatican,
32:35qui cependant avait envoyé entre-temps, en la personne de Pionz,
32:40le cardinal Roncalli comme nom en Bulgarie.
32:44Et Roncalli, le futur Jean XXIII, va savoir, comment dirais-je,
32:49concilier les contraires sans trop le dire.
32:52Et finalement, faire accepter que Jeanne se marie à Assis d'abord,
33:00un lieu qu'elle aimait beaucoup, avec Boris.
33:03Puis ensuite, à nouveau à Sofia, devant le métropolite…
33:07– Le rite orthodoxe.
33:08– Orthodoxe qui a déchaîné la rage de Pionz.
33:11– Est-ce qu'on peut dire que ce caractère ascétique, réservé,
33:15que nous le disions, est-ce que c'est aussi un atout politique ?
33:18– C'est certainement un atout, parce qu'il a été balotté en tous sens
33:22par des gouvernements contradictoires, parfois violents,
33:27comme par exemple celui du Zveno,
33:29qui était une sorte de société secrète militaire
33:33qui a pris le pouvoir en 1935,
33:35et qui, avec le général Kimon-Gheorgiev, était à tendance fascisante,
33:40avant que le même ne devienne tendance communisante en 1946
33:46et ne revienne dans les fourgons des soviets.
33:48– Nous allons en reparler, parce que quel est le régime exactement ?
33:52C'est un roi ? Il y a un parlement ? Il y a un premier ministre ?
33:54Comment ça fonctionne ?
33:55– Ah oui, c'est une monarchie constitutionnelle.
33:57Il y a un premier ministre, il y a un parlement.
34:00Cela dit, le parlement est extrêmement agité,
34:05les gouvernements ne tiennent pas longtemps,
34:07jusqu'à ce qu'arrive au gouvernement Liabtchev,
34:10qui est un macédonien, justement un macédonien,
34:16intelligent et paisible,
34:17qui va industrialiser la Bulgarie avec l'aide allemande,
34:21qui va arrêter le conflit larvé avec les Serbes en Macédoine,
34:26et le terrible terrorisme que cela engendrait
34:31à travers une société secrète, le RIM.
34:36Et Liabtchev va donc donner une stabilité momentanée à la Bulgarie.
34:41– Et lui, Boris III, il est plutôt comme un arbitre au-dessus des partis ?
34:44Ou il est un chef politique ?
34:46– Il a été longtemps un arbitre avant de se révéler un chef politique,
34:50lorsque l'on a appelé ça la dictature personnelle du roi,
34:54c'est très exagéré, il a beaucoup moins employé ce procédé
35:00que son voisin Alexandre de Youoslavie, assassiné à Marseille,
35:05mais il a trouvé une espèce d'équilibre,
35:08et en même temps une parcelle de pouvoir
35:11qu'il n'avait pas tellement jusque-là.
35:13– Donc il réussit quand même à reprendre le contrôle du pays,
35:16qui était un pays miné par les attentats…
35:18– Tout à fait, voilà.
35:19Et alors, il faut bien penser qu'en toile de fond,
35:23on a une influence économique allemande de plus en plus grande.
35:27Ce qui va jouer.
35:28– Ceci dès la fin des années 1920, début des années 1930,
35:31ou au moment de l'avènement du nazisme ?
35:35– Avant déjà le nazisme, et ça va s'accroître
35:39avec le national-socialisme allemand,
35:41qui place déjà un certain nombre de pions dans la haute société bulgare,
35:46et avec le fameux konzern Hermann Göring,
35:49qui va créer de nombreuses usines en Bulgarie,
35:52mais en même temps se servir très largement
35:55et ne pas rendre à la Bulgarie ce dont elle aurait dû bénéficier.
36:02– Alors au niveau de la vision politique de Boris Trouin,
36:06vous écrivez que la survie nationale prime sur les alliances.
36:10– Oui.
36:11– Donc on peut dire, est-ce qu'il est guidé plutôt
36:13par un réalisme pur ou par une idéologie ?
36:15– Non, il n'y a pas d'idéologie.
36:17– Ce qu'il voulait, c'était s'entendre avec la France et l'Angleterre.
36:21Ça a toujours été impossible.
36:23Il a fait des voyages en France et en Angleterre.
36:25On l'a très bien reçu.
36:27Poincaré, quand il était encore président du Conseil,
36:30a dit, ah mais ce jeune homme a l'air très bien.
36:33Briand a dit la même chose, mais ils n'ont rien fait
36:37pour l'accrocher, si vous voulez, au train occidental, si je puis dire.
36:42En Angleterre, il est toujours très bien reçu parce que, bon,
36:46il y a l'influence, c'est ça, que c'est Gaubourg aussi, bien sûr.
36:48Mais pas seulement, Georges V le reçoit très bien,
36:52il parle affectueusement, il promet l'aide de l'Angleterre.
36:56Mais là aussi, rien n'est fait.
36:58Et donc, il y a une espèce de dérive impossible à empêcher
37:04vers le monde germanique.
37:07– Oui, on va y arriver.
37:08Et avant de vous poser la question, au niveau territorial,
37:11est-ce que c'est une priorité pour lui, l'expansion,
37:14la révision territoriale, de revenir à San Stefano ?
37:16– Alors, la révision territoriale est une priorité
37:19parce que c'est le rêve de tous les Bulgares,
37:22c'est revenir à la Grande Bulgarie.
37:24Et donc, reprendre des territoires qui ont été finalement,
37:27du point de vue bulgare, volés par les voisins,
37:31qui d'ailleurs n'ont pas hésité à y implanter
37:33leur propre population, pour mettre les Bulgares en minorité
37:37ou les chasser complètement.
37:39– Alors, il rentre dans l'axe en 1941, donc c'est finalement…
37:44– Alors, c'est le pacte tripartite.
37:45– Oui, alors comment ça se passe ?
37:46Vous avez l'impression qu'il est poussé dans les bras de Hitler
37:50par les Occidentaux ?
37:52– Il est poussé, oui.
37:53– Parce qu'ils se sont méprisés ?
37:56– Voilà, il faut trouver une solution.
37:58Cela dit, il déteste Hitler, il n'a aucune confiance en lui,
38:03il ne veut pas être du tout…
38:05Justement, comme vous disiez, dans l'axe, non.
38:10Il se retrouve, on pourrait dire, géographiquement,
38:14sous l'influence de l'axe.
38:17– C'est comme quand la guerre éclate.
38:19Quelle position prend-il ?
38:20Pour l'instant, neutralité ?
38:22– Pas de neutralité, pas de conquête, pas d'agression contre les voisins.
38:28– On mobilise tout de même ?
38:29– On mobilise après que l'Allemagne ait envahie la Yougoslavie
38:33et qu'elle ait attaqué la Grèce avec l'Italie.
38:37Et là, alors à ce moment-là, il en bénéficie.
38:39L'armée bulgare peut entrer dans le nord-est de la Grèce, en trace,
38:46récupérer donc une partie des territoires perdus en 78,
38:51et de même récupérer au nord, au détriment de la Roumanie,
38:56qui était en plein chaos, la Dobrudja,
38:59et récupérer des mains de la Serbie qui n'existent plus,
39:03enfin de la Yougoslavie mourante, la Macédoine.
39:07Donc c'est un grand soulagement pour les Bulgares,
39:10surtout dans le fait qu'ils retrouvent leurs voisins et cousins,
39:15et on peut dire frères de Macédoine,
39:18que les Serbes avaient voulu serbiser.
39:21– Donc finalement, de rentrer aux côtés des Allemands,
39:23c'est plus…
39:24– Ah, ça n'a pas plus des avantages.
39:26– Est-ce que c'est vécu comme une contrainte ?
39:27– C'est une contrainte heureuse, finalement, pour l'instant,
39:32que sera l'avenir.
39:33– Et qu'est-ce qu'il a comme marge de manœuvre face à Hitler ?
39:36– Alors, tant que l'armée allemande, la Wehrmacht,
39:42avance à travers l'Europe,
39:45on ne lui demande pas avec trop d'insistance
39:48de se mettre en ordre de bataille à ses côtés.
39:52Cela dit, le jour où elle va commencer à être refoulée de Russie,
39:55ça va être catastrophique,
39:56parce que Hitler va imposer un diktat.
39:59Puisque vous avez été avec nous pour ce qui vous intéressait,
40:03maintenant, il faut nous aider.
40:05Et là, il va refuser.
40:06– Donc, oui, il refuse, déjà, de participer à l'invasion de la Grèce,
40:10proposée par Mussolini.
40:13Et puis, en 1940, il refuse de se joindre à l'opération Barbarossa.
40:16Il n'y a aucun soldat bulgare sur le fond de l'Est,
40:17aux côtés des Allemands ?
40:18– Non.
40:19Et il maintient de bonnes relations,
40:21enfin, des relations officielles, en tout cas,
40:23avec la Russie soviétique, avec Staline.
40:26L'ambassadeur soviétique reste à Sofia,
40:28et de même, il y a un ambassadeur bulgare à Moscou.
40:32Donc, pas de guerre avec la Russie,
40:34c'est le pays qui a libéré les Bulgares des Turcs.
40:37Donc, il y a une immense reconnaissance,
40:39on ne peut pas toucher aux grands frères russes.
40:42– Et pendant la guerre, Sofia, c'est un nid d'espions ?
40:45– Oui, c'est un nid d'espions.
40:46– Comme tous ces pays, un peu de deux eaux.
40:48– Alors, le roi avait trouvé des amis très proches
40:53et très utiles dans ce domaine-là à Istanbul,
40:57qui était aussi un carrefour d'espionnage extraordinaire.
41:00Il savait beaucoup de choses par eux,
41:02et quand il va rencontrer Hitler,
41:04soit d'abord à Berchesgaden et ensuite à Westenbourg, la dernière…
41:08– Il le rencontre combien de fois ? Deux fois ?
41:10– Ah, un peu plus.
41:13Hitler dit à ses généraux, regardez le roi Boris,
41:16il est mieux renseigné que vous.
41:19Je suis moins bien renseigné par vos services que lui.
41:25Bref, donc, effectivement, Boris était assez habile,
41:33bien guidé, si vous voulez, aussi.
41:35Et il y a des gens dans la population qui ont commencé à dire
41:37c'est un renard.
41:39C'est un peu un surnom qu'on lui a donné.
41:41– Oui, parce qu'il dit, vous écrivez, il dit
41:44mes généraux sont germanophiles, mes diplomates anglophiles,
41:47la reine est italophile, normale et italienne,
41:50et mon peuple, russophile, et je suis le seul neutre en Bulgarie.
41:53Alors, c'est une boutade, mais est-ce que ça révèle quelle réalité ?
41:57– C'est complètement vrai.
41:59C'est complètement vrai, donc ça le met dans une situation très difficile.
42:02– Il a une neutralité armée à l'intérieur de l'axe ?
42:05– Armée, mal armée.
42:06C'est d'ailleurs l'argument qu'il va présenter Hitler à Assembourg en 1943.
42:12Il va lui dire, qu'espérez-vous de l'armée bulgare ?
42:15Elle est très mal équipée, elle est peu nombreuse,
42:18que voulez-vous que je fasse ?
42:20C'est aussi un moyen de défense, aussi, pour ne pas participer.
42:23– Il y a des troupes allemandes en Bulgarie ?
42:24– Alors, il y a des troupes allemandes en Bulgarie,
42:26sous les ordres du maréchal Liszt,
42:28qui a franchi le Danube assez tôt, pendant la guerre mondiale,
42:32et ces Allemands ont oublié de repartir après avoir dit aux Bulgares
42:37« on vient vous aider », mais vous aider contre qui ?
42:40Et les Allemands ne repartent pas.
42:42Donc, c'est assez mal ressenti par la population.
42:45– Population, elle, qui est russophile, c'est ce que nous venons de dire.
42:50Alors, je parlais dans mon introduction de la question des Juifs bulgares,
42:55c'est important, parce qu'ils refusent les déportations,
42:59ils refusent les persécutions des populations juives.
43:02– Voilà, c'est-à-dire qu'ils font le contraire de ce qu'ont fait les Roumains,
43:05qui est le maréchal d'Antonesco, qui est surveillé de près le roi Michel,
43:11et qui prenait ses décisions à sa place, malheureusement,
43:14était antisémite et en a fait déporter des centaines de milliers.
43:19La Bulgarie ne fait pas cela, elle ne déporte personne.
43:21– C'est quoi, c'est un choix moral ?
43:23– C'est un choix moral.
43:24– C'est vraiment une conviction personnelle de la part du roi.
43:27– Et puis l'Église va jouer un rôle important.
43:30Le primat de l'Église orthodoxe va s'insurger contre le projet du Premier ministre,
43:37qui lui est germanophile,
43:40et refuser catégoriquement et influencer le roi en ce sens-là,
43:44pour qu'aucun des Juifs qui est en Bulgarie ne soit déporté.
43:49En revanche, comme il y avait des troupes allemandes
43:52à côté des troupes bulgares en Thrace, reprise à la Grèce,
43:57là, il y a eu des déportations de Juifs bulgares.
44:01– Vous mentionnez qu'Israël avait érigé une statue de Boris III,
44:06et il l'a retirée quand on a appris justement pour les Juifs de Thrace et de Macédoine.
44:11– Oui, c'est dommage.
44:13– C'est juste comme reproche ?
44:15– C'est juste et c'est faux.
44:19Les Allemands ont déporté ces Juifs,
44:22ce n'était pas un décret du roi.
44:26Ils ont pris les reines, si je puis dire, de la situation là-bas.
44:30– Quoi qu'il en soit, la volonté de protéger les Juifs de l'Urgérie
44:34vraiment fait partie de son prestige historique.
44:36– De son prestige, absolument,
44:39et le rendait encore plus populaire dans la population et dans l'épiscopat.
44:43– Alors, on va arriver aux derniers mois de sa vie et à sa mort mystérieuse.
44:49Il est convoqué, vous dites, en 1943 à Rastenburg,
44:53on l'a appelé la tanière du loup.
44:55– C'est ça.
44:55– Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé durant ces huit heures, quand même, d'entrevue ?
44:59– D'abord, la date avait été fixée par Hitler,
45:03ce qui ne plaisait absolument pas au roi,
45:05qui a refusé plusieurs fois et qui l'a fait reculer.
45:10Finalement, il va accepter de s'y rendre,
45:12tout en craignant le pire.
45:14Les couleurs d'Hitler étaient quand même bien connues.
45:17Il est accueilli très chaleureusement à Rastenburg.
45:20Il y a tout l'État-major allemand dans ses généraux et maréchaux les plus connus,
45:25autour d'Hitler souriant.
45:27Tout semble bien commencer.
45:28Et tout va se gâter dès le premier soir,
45:32où finalement, Hitler se rend compte que Boris n'a absolument pas d'engagement militaire
45:39pour sauver la Wehrmacht de l'affaire russe, de l'affaire soviétique.
45:44Deuxièmement, parce que la situation est extrêmement en compromise,
45:52Boris ne se sent pas si sûr de lui.
45:54On se sent qu'il y a un général et quelques-uns, assez nombreux,
46:00de ses partisans en Bulgarie qui sont pro-nazis
46:03et qui risquent de déclencher un coup d'État.
46:07Et donc, il est extrêmement sur ses gardes.
46:13Et donc, l'hostilité monte, si vous voulez.
46:18Or, après cela, le roi et ses suites sont conduits
46:22dans les souterrains de Rastenburg,
46:25où il y a des aérateurs extrêmement bruyants,
46:29puisqu'il n'y avait pas de fenêtres, évidemment.
46:32Et le roi le vit très mal, ses compatriotes aussi.
46:37Ils en sortent très fatigués, ils n'ont pas dormi.
46:39Ils en sortent très fatigués au matin.
46:41Et là, Hitler veut absolument déjeuner avec Boris III
46:45avant qu'il ne rentre en Bulgarie.
46:47Et à nouveau, Boris III ne cède en rien.
46:49Et donc, la situation est encore plus mauvaise que la veille au soir.
46:55Donc, finalement, le fameux pilote qui avait la confiance de Hitler, Bohr,
47:02monte dans l'avion et lui dit, voilà, je vous rappelle à Sofia.
47:07Curieusement, l'avion fait des descentes en piquet
47:11avant de reboter vers le ciel.
47:16Peu après, il recommence à plusieurs reprises,
47:18sans que le roi comprenne pourquoi,
47:20sans qu'il ne voit non plus aucun avion ennemi à l'horizon.
47:24Il est d'ailleurs dans la cabine de pilotage, à côté du pilote.
47:28Alors déjà, ça crée une certaine atmosphère
47:31et peut-être des problèmes de respiration aussi.
47:35– Et si vous vous oubliez qu'à l'époque,
47:36les avions ne sont pas pressurisés.
47:38– Ils ne sont pas pressurisés.
47:39Il a un masque d'oxygène sur le visage, c'est très désagréable.
47:43Il arrive totalement épuisé à l'aéroport proche de Sofia.
47:49Il ne va d'ailleurs même pas voir la reine et les enfants.
47:52Il a envie de se détendre et de prendre l'air.
47:55On est en plein été, ne l'oublions pas.
47:59Et il décide de faire l'alvinisme
48:01et de monter au fameux mont Moussala dont on parlait,
48:04qui est très élevé.
48:05Et là, il a une espèce de joie
48:08qui a respondi devant son entourage.
48:11Ah, ici, ni téléphone, ni ennemi, ni vacarme.
48:17Je peux en faire respirer.
48:19Et puis, il redescend très fatigué.
48:22Alors, on appelle les médecins.
48:24D'abord, de Sofia.
48:26Il y a des problèmes respiratoires.
48:28Le roi dit non, je respire normalement.
48:31Enfin bon, finalement, il téléphone, pas lui-même.
48:34L'entourage téléphone à Berlin,
48:37disant qu'il faut des médecins plus qualifiés.
48:42À Vienne et à Berlin, les deux.
48:44Et donc, il y a plusieurs médecins qui viennent.
48:46Et l'un d'entre eux, le plus célèbre,
48:48Eppinger, qui d'ailleurs se suicidera
48:52après le procès de Nuremberg,
48:54va arriver en disant,
48:55mais il présente les mêmes septômes
48:57que le chef du gouvernement grec.
49:03C'est-à-dire des traces noirâtres sur tout le corps
49:07qui n'ont rien à voir normalement
49:09avec une respiration difficile
49:11ou des problèmes pneumonaires.
49:16Donc, la conclusion d'Eppinger,
49:18c'est que le roi a été empoisonné.
49:20Et donc, il meurt le 28 août,
49:21un jour de la dormition orthodoxe.
49:24Voilà.
49:25Alors, vous avez étudié toutes les hypothèses
49:27d'empoisonnement allemand,
49:28voire soviétique, britannique.
49:29Oui.
49:30Il y a quand même une phrase de Churchill.
49:32Terrible.
49:33Terrible.
49:33Il dit, ce qui vient d'arriver au roi,
49:35Boris arrivera aussi à tous ceux
49:37qui soutiennent l'Allemagne.
49:38Alors, est-ce que c'est un aveu ?
49:39Vous, quelle est votre conviction ?
49:41Alors, on n'est pas dans l'heure du crime.
49:43Ma conviction est celle-là.
49:45C'est que Churchill a dit ce qu'il pensait
49:48et que ce sont les services secrets anglais
49:51qui ont utilisé le curare indien
49:53qu'ils avaient à profusion
49:55puisqu'ils avaient l'Inde.
49:56Cela dit, il y en avait d'autres
49:57qui l'utilisaient aussi.
49:58mais qui s'est débarrassé de Boris ainsi.
50:06C'est un de ses tours de passe-passe
50:08dont Churchill avait le secret,
50:10en l'occurrence assez sinistre,
50:14qu'il a en plus avoué dans sa discours public.
50:18Alors, bien sûr, ce n'est pas la version officielle.
50:21Dans la version officielle,
50:23on vous parle de thrombose,
50:24on vous parle de problèmes pulmonaires,
50:26d'une crise cardiaque.
50:28Bon, le roi Sivéon actuel,
50:31dans ses mémoires que j'ai bien sûr lui relues,
50:34se prononce pour cela en disant
50:36que c'était impensable qu'on l'ait empoisonné.
50:40Bon, moi je ne suis rien,
50:42mais je pense quand même qu'il y a beaucoup de facteurs.
50:46– C'est-à-dire que dans son entourage ?
50:48– Ah, l'entourage pense qu'il a été empoisonné.
50:50– Non, mais dans son entourage,
50:51il y avait possibilité de l'empoisonner.
50:54Les services secrets britanniques à l'époque
50:55sont plutôt efficaces aussi.
50:58– Très efficaces.
51:00– Il y a aussi un autre aveu
51:02qui n'est pas d'un acteur direct,
51:05mais vous avez cet écrivain français
51:07que le gouvernement de De Gaulle,
51:09à la libération,
51:11envoie à Sofia,
51:12où il reste trois ans,
51:13et qui écrit dans son livre
51:16« La nuit sera courte ».
51:18J'arrivais là-bas avec un roi défunt,
51:24un petit roi enfant,
51:26une reine dépouillée de tout pouvoir,
51:29et puis il met le mot,
51:32un roi empoisonné.
51:34Donc c'est Boris III, bien sûr.
51:36Je pense quand même
51:37que le témoignage de Romain Garry
51:39est très important,
51:41qu'il était très bien renseigné.
51:43Un autre qui savait sûrement la vérité,
51:45c'était Ron Galli,
51:46qui était non-sapostolique.
51:49Bon, mais lui,
51:51il était tenu par le secret,
51:52donc évidemment,
51:53il n'a rien dit.
51:54Il a gardé en tout cas
51:55énormément de sympathie
51:56pour la Bulgarie.
51:57– L'intérêt des Anglais
51:59de se débarrasser,
52:00enfin des alliés
52:00de se débarrasser de Boris III,
52:01ce n'était pas ouvrir la porte
52:03justement à jeter de nouveau
52:06la Bulgarie dans les bras de l'Allemagne
52:07d'une manière plus…
52:08– Non, c'était jeter la Bulgarie
52:10dans les bras de l'URSS,
52:11qui d'ailleurs est arrivé
52:12presque aussitôt,
52:13enfin un an après,
52:14l'armée rouge campait à Sofia.
52:15– Parce que donc,
52:16le 5 septembre 1943,
52:17sur ces funérailles,
52:18et là vous décrivez
52:19des milliers de paysans
52:20qui se signent en larmes
52:22le long de la voie ferrée…
52:24– Jusqu'au monastère de Riga.
52:25– Jusqu'au monastère,
52:26donc vraiment,
52:27il y avait vraiment
52:28un amour du peuple,
52:28qu'est-ce qu'ils représentaient ?
52:29– Profondément, oui,
52:30et les communistes,
52:31la première chose qu'ils font,
52:33c'est l'extraire de sa tombe
52:35et disperser,
52:38apparemment,
52:39disperser ses restes
52:40pour qu'il n'y ait pas de culte.
52:41– Parce que donc,
52:43les troupes soviétiques
52:44rentrent en Bulgarie…
52:46– Un an après.
52:46– En 1944 ?
52:47– Oui.
52:47– Occupent la Bulgarie
52:49d'une manière…
52:50– Orphéros.
52:51– Orphéros.
52:51Fond un massacre général
52:54de tout ce qu'il y avait
52:55de près ou de loin
52:57touché Boris III,
52:58notamment son frère Cyril
53:00est fusillé,
53:02le Premier ministre
53:03germanophile
53:04est fusillé en même temps,
53:06un général,
53:07Mikroff,
53:08est fusillé aussi,
53:09des centaines
53:10et des milliers
53:10de fonctionnaires
53:11sont fusillés
53:12et au bord de fosses,
53:15c'est-à-dire que
53:16on n'a même pas
53:17à les enterrer,
53:18les corps tombent
53:19dans les fosses.
53:21Et puis,
53:22le fameux Dimitrov
53:23est rentré,
53:24certes mourant,
53:26mais tout puissant,
53:28et déclare quand même
53:29à cet écrivain
53:32que nous citions à l'instant,
53:34vous savez,
53:35c'était bien moi
53:36qui avait mis le feu
53:37au Reichstag.
53:40– En revanche,
53:41son épouse
53:42et son fils,
53:43eux,
53:44sont sauvés,
53:45ils prennent le chemin
53:46de l'Église.
53:46– Ils ne sont pas sauvés,
53:47les communistes
53:48se débarrassent d'eux,
53:50les mettent dans un train
53:51et finalement,
53:51ils finiront en Espagne
53:52chez Franco.
53:54– Et donc,
53:55il y a un référonome
53:56en 1946
53:57qui a des scores
54:00à la soviétique.
54:01– À Staline.
54:02– 96%
54:03pour la République.
54:06– Qu'est-ce qu'il reste
54:07aujourd'hui ?
54:08Je sais que le fils
54:09Siméon II
54:10a pu rentrer en Bulgarie,
54:11il a même été
54:12Premier ministre
54:12en 2001
54:13et 2005.
54:15Alors,
54:16comment les Bulgares
54:17regardent-ils aujourd'hui
54:18ce passé royal ?
54:21En un mot,
54:22quelle est sa mémoire ?
54:24– La mémoire de Boris III
54:25reste très vénérée.
54:29Je pense personnellement
54:31qu'il peut être
54:31un jour canonisé
54:32par l'église orthodoxe
54:34bulgare.
54:34Ça m'a frappé
54:35de voir dans les églises
54:37là-bas,
54:37le pontrait du roi
54:38à côté du…
54:40enfin,
54:40sur le petit hôtel
54:42des défunts
54:44devant lequel
54:45brûlent des cierges.
54:47Et je pense que
54:50c'est moins
54:51la monarchie en soi
54:53qui est vénérée
54:54que ce personnage
54:55exceptionnel
54:56qui a réussi
54:57à maintenir le navire
54:59dans une sorte
55:00de neutralité
55:02imparfaite,
55:02bien sûr,
55:03mais infiniment
55:05préférable
55:05à un conflit.
55:07Et en ce sens,
55:09il contraste
55:10beaucoup
55:10avec un roi
55:11dont il aurait fallu parler,
55:12c'est son voisin
55:13Alexandre de Gossalavie.
55:14– On attend
55:15le prochain livre
55:16de Jean-Paul Besse.
55:17– Non,
55:18il n'y en aura pas.
55:20– En tout cas,
55:21merci infiniment,
55:22c'était vraiment passionnant,
55:23ça nous a permis
55:23de connaître
55:25cette Bulgarie
55:26inconnue,
55:27que vous connaissez-vous,
55:27beau pays,
55:29et puis je vous renvoie
55:31à votre livre,
55:31Boris III de Bulgarie,
55:33le tsar gentilhomme
55:34qui vient de paraître
55:35chez Via Romana.
55:37C'était Passé Présent,
55:38l'émission historique
55:39de TVL,
55:40réalisée en partenariat
55:41avec la revue
55:42d'Histoire européenne.
55:44Alors avant de nous quitter,
55:45bien sûr,
55:45vous n'oubliez pas
55:46de cliquer sur le pouce levé
55:47sous la vidéo
55:48et de vous abonner
55:49à notre chaîne YouTube.
55:50Merci
55:51et à bientôt.
55:52– Sous-titrage Société Radio-Canada
55:56– Sous-titrage Société Radio-Canada
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