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  • il y a 13 heures
L'Europe à l'endroit, c'est le contraire de l'Union européenne. C'est une Europe illibérale, une Europe des peuples, une Europe démocratique parce qu'il n'y a pas de démocratie sans les peuples, avec leur identité et leur souveraineté. C'est une Europe qui n'attise pas le conflit ukrainien. C'est une Europe qui ne se laisse pas entraîner dans des guerres étrangères à ses intérêts. C'est une Europe qui se défend quand le Groenland, nécessaire à sa sécurité, est menacé par l'impérialisme d'outre-Atlantique. Le philosophe Pierre Le Vigan publie "L'Europe à l'endroit - Libérer l'Europe de l'occidentalisme et de l'euro-mondialisme".

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Transcription
00:00– Bonjour à tous, un Zoom aujourd'hui avec notre invité Pierre Levigan.
00:11– Bonjour Pierre Bergerot.
00:14Pierre Levigan, vous êtes essayiste et philosophe et vous nous présentez cet ouvrage
00:19« L'Europe à l'endroit libérée, l'Europe de l'occidentalisme et de l'euro-mondialisme. »
00:28Pourquoi la crise du Groenland est-elle le nom ?
00:31Alors on voit que la crise du Groenland a un petit peu été éclipsée
00:34par les révélations autour de ce dossier Epstein
00:38et aussi du fait que notre président Macron a montré ses petits points
00:43et qu'il a fait reculer le président Trump en le menaçant de rétorsion économique
00:51avec cet outil anti-coercition.
00:53Enfin, on va parler de l'Europe avec vous Pierre Levigan.
00:58Alors justement, cette notion d'euro-mondialiste, d'euro-mondialisme,
01:04vous dites que l'Union européenne au final ne consiste qu'à adapter l'Europe
01:10aux exigences du mondialisme.
01:12Et alors c'est quoi le mondialisme par rapport à la mondialisation ?
01:16– Oui, tout à fait. Alors l'Europe, il y a 50-60 ans,
01:24certains de bonne foi auraient pu penser que c'était le moyen de constituer
01:28un grand espace autonome, peut-être pas autarcique,
01:31mais au moins largement autonome, avec une politique étrangère indépendante
01:37des États-Unis notamment, et aussi de la Russie,
01:40surtout quand la Russie s'identifie avec le communisme,
01:43ce qui évidemment n'est plus le cas.
01:46Mais en fait, l'Europe, l'Union européenne, enfin l'Europe concrète,
01:51la forme qu'elle prend, l'Union européenne, la Commission européenne,
01:54s'avère tout simplement un instrument d'adaptation de l'Europe
01:59à un grand marché mondial, et non pas du tout un instrument de protection
02:03d'un espace plurinational constitué d'un certain nombre de nations.
02:09– Le Mercosur en étant un bel exemple.
02:12– Voilà, on voit très bien qu'effectivement, il s'agit de mondialiser l'Europe
02:16et non pas de créer un marché européen protégé entre pays
02:23de niveau de développement comparable, comme c'est en gros le cas
02:26en ce qui concerne la France, l'Allemagne, l'Italie.
02:31C'est déjà beaucoup moins le cas quand on va vers l'Est, vers la Roumanie, etc.
02:35Donc, effectivement, l'Union européenne s'avère le contraire
02:41d'une intelligente ambition européenne.
02:46– Alors que la mondialisation…
02:48– Alors, la mondialisation, il y a un phénomène objectif,
02:53c'est-à-dire qu'il y a des dégradations écologiques, par exemple,
02:59qui sont en général tout autres que le réchauffement,
03:03mais il y a des dégradations écologiques qui, bien entendu,
03:06ont une dimension mondiale.
03:08Cela ne veut pas dire que l'action doit venir d'un hypothétique gouvernement mondial.
03:14Cela veut dire simplement que quand on agit localement,
03:18il faut prendre conscience du fait qu'un certain nombre de dangers écologiques
03:22ou de catastrophes écologiques, de pollutions, etc.,
03:26évidemment ne respectent pas les frontières.
03:30Mais le mondialisme, ce n'est pas la même chose que le constat
03:35de ce qu'un certain nombre de choses sont objectivement mondialisées,
03:39d'ailleurs comme les idéologies,
03:40le wokisme est aussi une idéologie mondialisée.
03:43Le mondialisme consiste à dire que c'est une très bonne chose,
03:47que cela va dans le sens d'hommes de plus en plus proches les uns des autres,
03:52c'est-à-dire en fait de plus en plus identiques les uns avec les autres,
03:56et donc de plus en plus interchangeables.
03:59Je crois que la notion fondamentale du mondialisme,
04:02c'est que les hommes sont interchangeables.
04:04Quand ils ne le sont pas encore tout à fait,
04:06il faut qu'ils le deviennent.
04:08C'est en ce sens que j'explique que finalement,
04:12le libéralisme est devenu un libéralisme de transformation anthropologique,
04:16puisqu'il partait de l'hypothèse que les hommes sont à peu près tous comparables
04:20parce qu'ils sont mûs ou seraient mûs par leur intérêt.
04:24Eh bien, le libéralisme au stade actuel consiste à dire que,
04:28bon, c'est vrai qu'on voit encore des différences,
04:30mais que ces différences, eh bien, il ne faut pas en tenir compte,
04:34mais il faut les supprimer pour que l'homme devienne objectivement,
04:38réellement identique et du même modèle d'un bout à l'autre de notre planète.
04:45– Alors, vous faites aussi cas de la notion d'occidentalisme.
04:49Vous dites que l'alliance euro-américaine n'a jamais été une vraie alliance.
04:55Alors, comment est-ce que vous définissez ce qui unit les deux blocs ?
04:59– Alors, ce qui unit les deux blocs, c'est un rapport de sujétion, en fait.
05:03Le maître, c'est les États-Unis d'Amérique,
05:08et le dépendant, et parfois même l'esclave, ce sont les pays européens.
05:16Nous sommes dans un rapport de domination.
05:18– Les pays européens ont accepté cette soumission ?
05:22– Une bonne partie des pays européens ont accepté cette soumission.
05:25Alors, évidemment, ce n'était pas le cas, en bonne part, de la France ou de Gaulle,
05:31mais de plus en plus, on s'est alignés.
05:34Avant même Sarkozy, on était quasiment revenus, objectivement,
05:38non seulement dans l'alliance atlantique, que nous n'avons jamais quittée,
05:42mais même dans l'organisation militaire, dans l'OTAN,
05:45dans l'organisation militaire de l'alliance atlantique.
05:47– On se souvient du nom de Chirac à la guerre en Irak,
05:50il y avait encore sous Chirac un peu de résistance.
05:53– Absolument, il y avait sous Chirac, avec De Villepin, encore une résistance réelle,
06:00mais tout cela a disparu depuis Sarkozy,
06:04et cet alignement sur les États-Unis s'est bien sûr confirmé avec Hollande et avec Macron.
06:11Il va de pair avec l'affaiblissement de la France,
06:15affaiblissement à la fois extérieur, industriel, à la fois intérieur,
06:18parce que la France est un pays de plus en plus divisé,
06:21notamment avec les flux migratoires,
06:23et puis aussi avec une idéologie de la repentance,
06:26qui fait que la France ne sait plus qui elle est, en quelque sorte, voilà.
06:32– Alors vous, on nous explique sur les plateaux de télévision,
06:35quand même, que c'est Moscou, l'ennemi, l'adversaire de l'Europe,
06:39vous, vous dites, l'ennemi est et restera Washington et pas Moscou.
06:42– Oui, parce que, sans être angélique,
06:46il était quand même facile de constater qu'en, depuis 2022,
06:49c'est-à-dire, nous sommes en 2026,
06:52en quasiment 4 ans, la Russie n'a conquis que 20% à peu près du territoire de l'Ukraine
06:58et même pas toute la région du Donbass qu'elle revendiquait.
07:04Elle n'en maîtrise pas l'intégralité,
07:07même si elle a avancé sur quelques autres points du côté de Zaporizhia et de Carson.
07:11Donc, le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas une guerre éclaire
07:14et il est évident que les ambitions russes sont limitées.
07:19Alors peut-être, comme le souligne Emmanuel Todd,
07:22la Russie a-t-elle une tentation d'aller peut-être jusqu'à Odessa,
07:26mais ça n'ira pas plus loin.
07:27Enfin, l'idée que la Russie ait l'intention d'entrer en Pologne,
07:30tout ça est absurde.
07:31Donc, ne soyons pas angéliques, bien entendu,
07:36mais notre avenir, c'est l'amitié et la coopération avec la Russie,
07:41à condition, bien sûr, que la Russie le veuille sur une base égalitaire.
07:46Par contre, il est évident que dans cette affaire d'Ukraine,
07:49nous nous sommes fait complètement avoir,
07:51à savoir que, finalement, on achète de l'énergie aux États-Unis
07:56quatre fois plus chère que celle que nous vendaient les Russes,
08:00qui étaient, par ailleurs, en plus grande proximité géographique.
08:04Et pendant que les Européens regardaient l'horrible menace russe,
08:08c'est finalement derrière nous, nos alliés, Donald Trump,
08:13qui menace ce territoire, le Groenland, un territoire indépendant,
08:18mais dont les habitants sont membres de l'Union européenne.
08:21Encore un truc tordu de Bruxelles,
08:24qui fait d'un territoire indépendant,
08:27mais dont la population fait partie de l'Union européenne.
08:29Donc, la menace, en fait, arrive de la part de nos alliés.
08:33– Alors, c'est presque une scène de dessin animé, en quelque sorte.
08:38Tous les grands médias mainstream nous disaient
08:42de regarder vers l'Est l'ogre russe.
08:46Et finalement, de notre gauche, de l'Ouest,
08:50arrive une revendication,
08:53qui est celle de l'annexion du Groenland par Trump,
08:58qui n'est d'ailleurs pas une affaire nouvelle,
08:59puisqu'il en avait parlé il y a une dizaine d'années,
09:01lors de son premier mandat.
09:04Et donc, bon, le Groenland,
09:05ce n'est pas une population considérable,
09:07c'est dans les 67 000 habitants,
09:08donc c'est quand même assez anecdotique.
09:11Mais c'est quand même un territoire grand,
09:13comme un peu plus de quatre fois la France.
09:15C'est un territoire avec pas mal de matières premières assez riches,
09:18avec de l'uranium, avec des métaux rares,
09:20dans des conditions d'extraction, certes, assez difficiles,
09:25mais avec la robotisation,
09:28il y a quand même un certain nombre de choses possibles.
09:30Bon, par ailleurs,
09:33c'est une question qui a été évoquée parfois sur TV Liberté,
09:36mais enfin, dans le climat, il y a des cycles.
09:38Bon, du XIIIe à 1850, on a eu un cycle de refroidissement.
09:44Depuis 1850, on a un cycle de réchauffement.
09:46Ça vient essentiellement du soleil.
09:49Il est fort possible, ça c'est un autre débat,
09:53mais il est fort possible que 20% du réchauffement
09:55soit aussi de régime humaine,
09:57et donc qu'il accentue un petit peu ce réchauffement.
10:00Toujours est-il que ce réchauffement,
10:02en fonction des cycles naturels,
10:04va sans doute durer encore quelques siècles.
10:05Conséquence, la route du Nord, du côté de l'Arctique,
10:08va peut-être être ouverte pendant un siècle, deux siècles, trois siècles,
10:11ce qui, à l'échelle de l'histoire, n'est absolument pas négligeable.
10:15Donc, le Groenland est intéressant au plan stratégique.
10:18Par ailleurs,
10:20les Américains n'ont cessé de vouloir l'acheter.
10:23Leur secrétaire d'État,
10:24Seward,
10:25l'avait proposé en 1868.
10:28Lui-même avait acheté l'Alaska un an avant à la Russie.
10:34Et dans la foulée, un an plus tard,
10:36tiens, l'appétit vient en mangeant.
10:38Somme toute, après l'Alaska,
10:40qui était acheté d'ailleurs en bonne partie
10:42pour contenir l'Empire britannique,
10:44avec le dominium du Canada,
10:46après l'Alaska,
10:47il s'était dit, pourquoi pas le Groenland,
10:49et avait même envisagé l'Islande.
10:51Pourquoi ? Parce que la doctrine Monroe dit que tout ce qui relève
10:54plus ou moins du continent américain
10:56doit être sous l'emprise d'un État américain.
11:01Et alors, l'État américain le plus brillant,
11:04le plus intelligent, le plus performant
11:05étant évidemment les États-Unis d'Amérique.
11:08Donc, comme par hasard, ça tombe sur eux.
11:10Donc, effectivement,
11:11et alors pourquoi pas, si on continue cette logique géographique,
11:14bon, on serait tenté de dire,
11:15les îles Ferroées sont un petit peu plus proches du continent américain,
11:18qui appartiennent encore au Danemark,
11:19que du continent européen.
11:21Donc, ça peut quand même aller très loin.
11:23Il se trouve que,
11:25en l'occurrence,
11:27on pourrait prendre cette doctrine Monroe,
11:31je dirais, au pied de la lettre,
11:32si les Américains n'avaient pas un peu partout
11:35des bases dans le monde.
11:36Parce qu'en fait, la doctrine Monroe,
11:38à l'origine,
11:39c'est que les puissances européennes
11:40ne doivent pas intervenir
11:42sur les continents américains.
11:43Le nord, le centre, le sud.
11:45Mais, en fait,
11:48ça a eu deux conséquences
11:50qu'avait bien comprises
11:52et analysées Carl Schmitt.
11:54C'est que, finalement,
11:54les États-Unis d'Amérique
11:56se réservent le droit,
11:57eux, d'intervenir partout,
11:59en Amérique du Nord,
12:00du centre et du sud.
12:01Mais ils se réservent aussi
12:03le droit d'intervenir
12:04partout,
12:05c'est-à-dire en Europe,
12:06en Eurasie, etc.
12:08Donc, c'est une doctrine
12:10à sens unique,
12:10en quelque sorte.
12:11– Oui, de s'occuper
12:12de leur influence
12:13à eux, les Américains.
12:14Vous faites ce que je dis,
12:15mais pas ce que je fais.
12:16– Voilà, nous,
12:16nous sommes exclusivement
12:19chez nous dans les Amériques,
12:20mais nous sommes aussi
12:21un peu chez nous ailleurs.
12:23Voilà, donc…
12:24– Ça s'appelle le colonialisme.
12:27– Voilà ce qu'il en est.
12:28Voilà, tout à fait.
12:29– Alors, justement,
12:30vous tirez à boulet rouge
12:31sur la classe dirigeante européenne,
12:33à part leur soumission
12:34aux États-Unis.
12:35Qu'est-ce que vous leur reprochez ?
12:37– Alors, leur inculture,
12:40leur inintérêt
12:40pour l'histoire de l'Europe
12:43et les intérêts de l'Europe,
12:45le fait, finalement,
12:47d'être avant tout
12:48des gestionnaires
12:49d'une économie mondiale
12:50et même pas de bons gestionnaires
12:53de l'économie européenne.
12:54Même des gestionnaires…
12:55– Il y a des gestionnaires
12:56d'une espèce d'économie de guerre.
12:58On voit que le Parlement européen
12:59vient de voter 90 milliards de prêts
13:02à l'Ukraine,
13:04dont 17 milliards
13:06vont revenir à la France.
13:09Et alors, c'est un prêt.
13:10Et ce prêt serait remboursé
13:12quand la Russie aura remboursé
13:15les frais de guerre à l'Ukraine.
13:17Ce dont on peut douter.
13:18– Ce dont on a de bonnes raisons de douter.
13:20– On va céder 17 milliards
13:21de dettes supplémentaires
13:22et qu'on ne reverra jamais.
13:23– Absolument.
13:24Donc, effectivement,
13:26il n'y a aucune prise en compte
13:27des intérêts européens.
13:28Les intérêts européens seraient,
13:31alors, en ce qui concerne le Groenland,
13:33déjà, de garder le Groenland
13:36dans l'espace européen,
13:38non seulement parce que c'est l'intérêt
13:40des pays européens,
13:42mais aussi parce que ça nous donne
13:44une position d'apaisement possible
13:46en cas de conflit entre les États-Unis
13:48et la Russie ou éventuellement
13:50quand même de conflit
13:51entre les États-Unis et la Chine.
13:53Et cette position de tiers apaisant,
13:58elle est importante
13:59parce qu'en cas de guerre mondiale,
14:01le fait que le Groenland
14:03ne soit pas dans la main des Américains
14:06peut être un facteur de paix
14:08et un facteur d'arbitrage par l'Europe.
14:10Malheureusement, encore faudrait-il
14:11que l'Europe se conçoive
14:12à la fois comme une puissance
14:13et comme une puissance de paix.
14:15Or, elle met de l'huile sur le feu,
14:17on le voit notamment
14:18dans l'affaire d'Ukraine
14:19où elle a perdu l'occasion
14:21d'être une puissance d'arbitrage.
14:23Et maintenant, effectivement,
14:25les conditions de paix
14:26qu'aura l'Ukraine
14:27seront certainement
14:28beaucoup plus difficiles
14:28que celles qu'elle aurait pu avoir
14:30en 2022
14:31si l'Europe avait joué
14:33le rôle qu'elle aurait pu jouer
14:35vers l'été 2022,
14:36à savoir un rôle d'arbitrage.
14:38Donc, c'est assez dramatique.
14:40Donc, effectivement,
14:41nos élites sont médiocres
14:43et surtout, sur le fond,
14:45elles ne pensent pas Europe.
14:46Elles ne se sentent pas européennes.
14:48Ce sont des élites oligarchiques,
14:51prédatrices, financières,
14:54mondialisées
14:55et non pas européennes.
14:56Alors, prédatrices,
14:58mais les Européens
14:59ont en bandoulière
15:03les droits de l'homme
15:03qu'ils brandissent
15:05comme étant leur étendard.
15:06Donc, c'est complètement contradictoire,
15:10cette politique de prédation
15:12et à la fois des droits de l'homme.
15:14En fait, les droits de l'homme
15:16sont un moyen d'empêcher
15:18que s'exerce le droit des citoyens
15:20qui est un autre nom
15:21pour le droit des peuples.
15:22C'est-à-dire que quand on parle
15:23de droit de l'homme,
15:24on parle par exemple
15:25de droit de n'importe qui
15:26qui vient d'arriver en France
15:27à avoir droit
15:28à toute une série de prestations,
15:31etc.,
15:31voire à avoir rapidement
15:33le droit de vote,
15:34à devenir français,
15:35même si cette personne
15:36ne se sent pas français.
15:38Ce qui est quand même paradoxal
15:39parce qu'on est à l'ère
15:40de la subjectivité.
15:41On nous dit
15:42si vous vous sentez femme,
15:44eh bien,
15:44on doit vous traiter comme femme.
15:46Mais en fait,
15:47beaucoup d'étrangers
15:50ne se sentent pas français
15:51et pourtant,
15:51on leur a donné
15:52la nationalité française.
15:53C'est-à-dire qu'en fait,
15:54on les appelle d'un nom
15:58qui, subjectivement,
15:59en fonction de leur propre subjectivité,
16:01n'est pas intégré.
16:02Il y a énormément d'étrangers.
16:04Si vous leur demandez
16:05de quel pays ils sont,
16:06ils vont vous dire
16:07que je suis de tel pays
16:09alors qu'en fait,
16:10ils ont une carte
16:11d'identité française.
16:12Ça veut dire que
16:12leur subjectivité
16:14ne recoupe pas le juridique.
16:17Donc, là-dessus,
16:18il faudrait être cohérent.
16:20Donc, voilà cette question
16:24des droits du citoyen.
16:25Rousseau en avait parlé
16:27pour expliquer que
16:28le citoyen devait toujours
16:31primer sur l'homme privé.
16:33en quelque sorte.
16:34Ça devait primer sur la foi.
16:36Alors, il mettait la foi
16:37dans la catégorie
16:41des options,
16:42des opinions privées,
16:43des options éthiques privées.
16:46Et donc, pour Rousseau
16:49et d'ailleurs,
16:49pour Aristote aussi,
16:51en fait,
16:51si un homme n'est pas citoyen,
16:53il n'est rien.
16:54Pourquoi ?
16:55Parce que l'homme
16:55est un animal politique.
16:56Ce n'est pas un animal tout court.
16:58Ce n'est même pas seulement
16:59un animal social.
17:01les animaux ont aussi
17:02une certaine forme
17:03de socialisation.
17:04L'homme est un animal politique.
17:06Donc, soit il est citoyen
17:07et donc il est pleinement homme,
17:09soit il n'est pas citoyen
17:11et il est moins que rien.
17:12Ou alors,
17:13il est un dieu,
17:14disait ironiquement Aristote.
17:15Mais comme les dieux,
17:17ça ne court pas les rues,
17:19eh bien, en fait,
17:19celui qui n'est pas citoyen,
17:21l'homme qui n'est pas citoyen,
17:23est en fait rien.
17:24Mais les droits de l'homme,
17:26c'est bien le fait
17:26d'être citoyen du monde.
17:28Oui, mais ça ne veut rien dire
17:29au sens où...
17:30Alors, ça ne veut dire quelque chose
17:31que si on considère
17:32que le bien de l'humanité,
17:34c'est qu'il y a
17:34un gouvernement mondial.
17:37Je ne le crois pas.
17:38Pourquoi ?
17:38Parce que je crois,
17:39je ne suis pas le seul,
17:40que l'intérêt du monde,
17:42c'est sa diversité.
17:44Et sa diversité
17:45nécessite le maintien
17:46de nations
17:47avec leur spécificité
17:49et au-delà des nations,
17:50le maintien
17:51d'espaces civilisationnels
17:52avec leur richesse,
17:54leur particularité
17:55et le fait
17:56que l'un
17:57n'est pas transformable
18:00en l'autre.
18:01A ne peut pas devenir B.
18:03Et c'est l'intérêt du monde,
18:04c'est la diversité.
18:05À quoi bon voyager
18:08si le monde
18:09se ressemble
18:11d'un bout à l'autre
18:11de la planète ?
18:13Autant rester chez soi
18:15et se contenter
18:16de faire le tour
18:17de son quartier
18:18en trottinette
18:18comme le font les bobos.
18:19Alors, tout en haut
18:21des projets
18:22qu'on nous vend,
18:23il y a le scientisme
18:24que vous dénoncez
18:25dans votre ouvrage,
18:27le scientisme
18:27dont parle
18:28Klaus Schwab,
18:30le fondateur
18:31du Forum économique
18:32et mondial.
18:33Vous dites qu'il s'agit
18:34d'un projet
18:34pour changer
18:35la nature de l'homme.
18:37Oui, alors,
18:39le refus du scientisme,
18:40ce n'est pas du tout
18:41le refus de la science
18:41qui est un domaine
18:43absolument passionnant.
18:44Enfin, bon,
18:46chacun peut gagner
18:47à s'intéresser
18:48à la science,
18:49à écouter le physicien
18:50Jean-Pierre Petit,
18:51etc.
18:52La question n'est pas là,
18:53mais le scientisme,
18:53en fait,
18:54c'est une sorte
18:55de sous-science
18:57consistant
18:57à nous dire
18:58que, finalement,
19:00tous les problèmes
19:01de l'homme
19:01peuvent être résolus
19:03par plus de techniques.
19:04C'est en fait
19:04un technicisme,
19:05si je puis dire,
19:06mais le terme scientisme
19:07est un petit peu
19:07plus facile à comprendre
19:09que celui de technicisme.
19:11Ça consiste à dire
19:11que tout problème technique
19:12a une solution technique
19:13et que, finalement,
19:16la solution,
19:18par exemple,
19:19de la situation actuelle
19:22de l'Europe,
19:23c'est sans doute
19:25l'eugénisme,
19:26ce qui résoudra
19:26le problème des retraites.
19:28C'est peut-être aussi
19:29la fluidité la plus complète
19:31de l'homme
19:32d'un genre à l'autre,
19:33du genre masculin
19:34au genre féminin.
19:35C'est le décloisonnement
19:37des nations,
19:39l'une étant
19:39substituable à l'autre.
19:40C'est un raisonnement
19:41purement quantitatif
19:43qu'on applique à tout,
19:45consistant à dire,
19:45ben voilà,
19:46pour résoudre
19:46le problème des retraites,
19:47il faut faire venir
19:49un certain nombre
19:50de dizaines de millions
19:50de gens
19:51de n'importe quel pays.
19:53C'est des sociétés liquides.
19:55Voilà.
19:56Il y a récemment
19:56un accord de l'Union européenne
19:58pour faire venir
19:58des millions de gens
20:00de l'Inde.
20:01L'Inde,
20:01c'est 1,4 milliard d'habitants.
20:03Donc, que 5 millions
20:06d'Indiens aillent en Europe,
20:08pour l'Inde,
20:09ça ne changera pas grand-chose.
20:10Pour l'Europe,
20:12ça commence à changer des choses.
20:14Et quand je dis 5 millions,
20:15ça peut être plus.
20:16Et vous êtes opposé
20:17au progrès,
20:17Pierre Levigan ?
20:18Je suis opposé
20:19à ce progrès
20:21qui consiste en fait
20:22à ce que nous perdions
20:24de vue
20:24ce que nous sommes
20:25et ce que nous voulons être.
20:27Mais qu'est-ce que nous sommes ?
20:28Eh ben,
20:28qu'est-ce que nous sommes ?
20:29Ben, nous sommes des gens
20:30qui ont intérêt,
20:31à mon avis,
20:32à inventer un monde
20:34recloisonné,
20:35raisonnablement recloisonné.
20:36C'est-à-dire que,
20:37qu'est-ce qu'une frontière ?
20:38Ben, une frontière,
20:39ce n'est pas quelque chose
20:40que l'on ne peut jamais traverser.
20:43C'est quelque chose
20:43que l'on peut traverser,
20:44mais à certaines conditions
20:46qui sont élaborées
20:48de part et d'autre
20:49des deux côtés
20:50de cette frontière.
20:52Donc...
20:52La définition de De Gaulle,
20:53à savoir que le français
20:55est un homme blanc
20:56de culture gréco-latine
20:58et de religion catholique.
21:00Alors, majoritairement, oui.
21:02Alors, ça ne veut pas dire
21:03que les assimilations
21:04ne sont pas possibles,
21:05mais, comme le disait Vénère...
21:09Dominique Vénère.
21:11Dominique Vénère disait,
21:12à juste titre,
21:13elle n'était pas le seul,
21:15on peut assimiler des gens,
21:18assimiler même des gens
21:20en quantité de dizaines de milliers,
21:22parfois de centaines de milliers.
21:23Mais on ne peut pas assimiler
21:25des peuples,
21:26c'est-à-dire que des gens
21:27qui arrivent à un niveau
21:28de 5 millions,
21:29de 10 millions,
21:30qui arrivent avec leur culture,
21:32on ne peut pas leur reprocher
21:33d'arriver avec leur culture,
21:34mais qui restent dans cette culture
21:35parce qu'ils sont suffisamment nombreux
21:37et que la mondialisation,
21:39pour le coup,
21:39est suffisamment efficace
21:41pour qu'ils restent en contact
21:42avec la télévision de leur pays,
21:45avec toute leur famille,
21:47grâce à Internet, etc.,
21:48ça veut dire qu'ils n'ont pas
21:50de raison objective de s'assimiler
21:51et donc, ça ne fonctionne pas.
21:53C'est-à-dire que l'assimilation
21:54ne pouvait marcher
21:55que quand elle était
21:57en quantité raisonnable,
21:58mettons, dans les années 1950,
22:00début des années 60,
22:02et dans un monde
22:03où les techniques
22:04n'étaient pas mondialisées,
22:06où en 1963,
22:08si quelqu'un voulait
22:10appeler sa famille
22:11au fin fond de l'Afrique,
22:13ça lui coûtait des fortunes.
22:14Maintenant,
22:15ça ne coûte quasiment rien.
22:16Donc, l'assimilation
22:18était forcée,
22:20était obligatoire.
22:21Et en plus,
22:22ça concernait
22:22des masses tellement,
22:24je dirais,
22:26minoritaires,
22:26enfin, des groupes,
22:28qui n'étaient pas des masses,
22:29précisément,
22:29tellement minoritaires,
22:30que ce n'était pas un problème.
22:31À la limite,
22:32c'était un plus
22:32dans la diversité.
22:34C'était très bien
22:34qu'il y ait de temps en temps
22:35quelques Africains,
22:36de temps en temps
22:37quelques gens
22:38d'autres cultures.
22:40bien entendu,
22:41c'était même normal,
22:42naturel.
22:43Mais là,
22:43on est tombé
22:44dans quelque chose
22:45qui est une dépossession
22:47de nous-mêmes.
22:48Alors,
22:48vous proposez,
22:49justement,
22:50contre ce mouvement,
22:52Pierre Levigan,
22:53une Europe
22:53post-occidentale,
22:55une Europe
22:56dont l'inspiration
22:57remonterait,
22:58dites-vous,
22:58avant l'époque
23:00dite des Lumières.
23:02Alors,
23:02quel en serait
23:02l'esprit
23:04et la forme
23:04de cette Europe
23:05post-occidentale ?
23:07Alors,
23:07moi,
23:08je plaide
23:08pour une sorte
23:09d'entente européenne.
23:10Alors,
23:11c'est difficile
23:12de déterminer
23:12des schémas
23:13à l'avance
23:14et je crois surtout
23:14qu'il ne faut pas
23:15mettre la charrue
23:16avant les bœufs,
23:17à savoir que
23:17l'objectif,
23:19ce n'est pas de s'unir
23:19à tout prix,
23:20l'objectif,
23:21c'est de savoir
23:21sur quelle base
23:22on s'unit.
23:22Parce que s'il s'agit
23:23de s'unir
23:23comme Union européenne
23:24pour être
23:25un marchepied
23:26de la mondialisation
23:27et pour être
23:29toujours perdant,
23:30en fait,
23:31dans nos négociations
23:32avec les États-Unis
23:32d'Amérique
23:33ou même,
23:34bien entendu,
23:35avec la Chine,
23:36avec d'autres puissances
23:37plus cohérentes
23:38et dirigées
23:39par des élites
23:40dont on pense
23:41ce qu'on veut.
23:41Ce sont des...
23:42Pour la Chine,
23:43c'est un...
23:43Qui ont un peu
23:43d'autoritarisme.
23:44C'est un dictateur.
23:45Mais,
23:46c'est un dictateur
23:47patriote.
23:50Ce ne sont pas des...
23:53On peut reprocher
23:53plein de choses
23:54à Xi Jinping,
23:55mais ce n'est pas
23:55un agent anti-chinois.
23:57C'est déjà
23:58quelque chose.
24:00Eh bien,
24:01l'Union n'est pas souhaitable.
24:03Ce qui compte,
24:04c'est que tous
24:04les pays européens
24:05comprennent qu'à long terme,
24:07ils ont des intérêts communs
24:09qui sont de se désolidariser
24:11des États-Unis d'Amérique,
24:12d'avoir une défense indépendante,
24:14qui sont de se rapprocher
24:16aussi avec la Russie,
24:17là encore,
24:18sur des bases égalitaires.
24:20Il ne s'agit pas
24:20d'être poutinolâtre,
24:22mais il s'agit
24:23de faire du réalisme politique.
24:25L'Europe sans la Russie,
24:27c'est quand même
24:27à peu près
24:28500 millions d'habitants.
24:30La Russie,
24:30c'est 140,
24:31150 millions d'habitants.
24:33On a largement
24:34les moyens
24:35d'avoir un partenariat
24:37équilibré
24:38avec la Russie.
24:40C'est même la Russie
24:42qui risque
24:43d'être un peu dominée
24:44par l'Europe
24:44si l'Europe avait
24:46enfin
24:47une véritable volonté politique.
24:49Une volonté politique
24:51qui ne serait pas
24:52celle de l'Union européenne,
24:54mais de ce que vous appelez
24:56une confédération européenne.
24:58Ça peut être une confédération européenne.
24:59Un peu comme le modèle helvétique,
25:01la confédération helvétique.
25:02Voilà.
25:03Avec droit de sécession,
25:04bien entendu.
25:05En tout cas,
25:05au minimum,
25:06une entente européenne.
25:08Et puis,
25:10si possible,
25:10des États confédérés
25:11à condition,
25:13encore une fois,
25:13d'être d'accord
25:14sur un certain nombre
25:15d'objectifs.
25:17Une économie
25:18réindustrialisée,
25:19une économie autonome,
25:21un grand espace européen,
25:23une économie relocalisée.
25:25Ça, c'est surtout
25:25très important.
25:27Et puis aussi...
25:27Un commerce
25:27rétabli avec la Russie,
25:29puisque vous...
25:30Un commerce,
25:30bien entendu.
25:31Une Russie forte.
25:32C'est notre partenaire naturel.
25:34Il est à côté de nous.
25:36Il est à côté de nous.
25:37Et puis...
25:37Et nous vend du gaz
25:38moins cher que les Américains.
25:40Absolument.
25:40Et puis,
25:42sincèrement,
25:42pour que les Russes
25:44nous cherchent des histoires,
25:45il faut nous-mêmes
25:46leur en avoir cherché.
25:48Quand ils sont venus
25:49à Paris en 1814,
25:51c'est qu'auparavant,
25:52Napoléon s'est installé
25:53à Moscou pendant un mois.
25:56L'histoire russe
25:57nous montre
25:58que leur tendance naturelle
25:59n'est pas d'envahir l'Europe.
26:00Évidemment.
26:02Si on les provoque,
26:04ça peut mal se terminer.
26:05Mais ce n'est pas du tout
26:06leur tendance naturelle.
26:07Et alors, franchement,
26:09la situation de la Russie
26:10actuellement
26:11a quand même
26:11des fragilités démographiques
26:13que tout le monde connaît.
26:15Elle n'est pas du tout...
26:16Enfin, je veux dire,
26:17il faut vraiment
26:18nous prendre pour des idiots
26:19pour nous faire croire
26:20qu'il y a une menace
26:21d'invasion de l'Europe
26:23par la Russie.
26:23Très sincèrement.
26:24On nous prendrait
26:25par des idiots
26:26par Pierre Le Vigan ?
26:27C'est possible.
26:27C'est possible, malheureusement.
26:28Je ne crois pas.
26:29L'Europe à l'endroit
26:30libérer l'Europe
26:31de l'occidentalisme
26:33et de l'euro-mondialisme.
26:35C'est l'ouvrage
26:35de Pierre Le Vigan
26:36à retrouver sur
26:37la boutique de TV Liberté.
26:38Merci à vous,
26:39Pierre Le Vigan.
26:40Merci, Pierre Bergerot.
26:41Sous-titrage Société Radio-Canada
26:43Sous-titrage Société Radio-Canada
26:46Sous-titrage Société Radio-Canada
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