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  • il y a 2 jours
Arnaud Martin, Directeur des Risques Opérationnels de la Caisse des Dépôts, dresse un état des lieux de la menace cyber en 2026 : des attaques plus nombreuses, plus professionnelles, dans un contexte réglementaire européen en pleine évolution. Entre NIS2, souveraineté numérique et retour du baromètre CESIN, il livre une lecture sans concession de l'écosystème cyber français.

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Transcription
00:04Dans l'interview RSSI, j'ai le grand plaisir de recevoir Arnaud Martin. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous.
00:09Vous êtes le directeur des risques opérationnels de la Caisse des dépôts, également auditeur IHEDN de la session nationale 2021
00:16-2022,
00:17avec la majeure souveraineté numérique, cybersécurité, deux sujets hyper importants, toujours plus importants.
00:24Et d'actualité.
00:24Oui, exactement. Vous êtes aussi administrateur du CESAIN et membre du comité d'audit et des risques de la filiale
00:30informatique de la CDC.
00:31Comment vous voyez évoluer cette menace cyber ?
00:35Alors, c'est une menace qui, il y a de ça une dizaine d'années, était une menace très technique.
00:40Elle était très centrée sur les équipes télécom, les équipes réseau, les équipes IT, etc.
00:48Et au fur et à mesure, on a vu monter en puissance à la fois le niveau des attaquants,
00:53donc du coup, l'impact de ces attaques directement sur le business des entreprises
00:57et une réelle prise de conscience des membres du COMEX, du conseil d'administration de chacune des entreprises dans lesquelles
01:03j'ai travaillé.
01:04Tant mieux s'il y a cette prise de conscience, parce qu'effectivement, les attaques, nous dit-on, sont de
01:09plus en plus sophistiquées.
01:10Est-ce que vous avez vu arriver une bascule vers les attaques menées par des intelligences artificielles ?
01:18Ou est-ce que ça, ça reste encore un fantasme ?
01:20Alors, ce n'est pas un fantasme.
01:22Par contre, ce n'est pas non plus un gap.
01:24On est plutôt dans une croissance linéaire sur cette partie-là.
01:30Ce qu'on voit, c'est que, et notamment dans le cadre du baromètre du Cézain,
01:33on analyse quels sont les différents vecteurs d'attaque.
01:35On est plutôt dans la continuité des vecteurs d'attaque.
01:38Par contre, on observe une sophistication des attaques par la partie IA.
01:43Typiquement, le phishing reste le moyen le plus commun pour déclencher une attaque.
01:50Donc, moyennant un clic ou moyennant le fait de renseigner ses credentials.
01:55Par contre, ce qu'on voit, c'est qu'on trompe l'humain derrière la machine.
01:59Et pour tromper l'humain, c'est beaucoup plus simple de personnaliser un certain nombre de choses grâce à l
02:03'IA,
02:03parce que ça permet de collecter beaucoup d'informations sur la personne qu'on va tenter de tromper.
02:08Et du coup, de lui donner ce sentiment de confiance, ce sentiment de
02:10« je connais la personne qui me sollicite, donc il n'y a pas de problème, je vais de suite
02:14rentrer mes credentials. »
02:15Ou elle me demande de cliquer sur un fichier.
02:16« Oui, je vais ouvrir ce fichier, bien évidemment. »
02:19Est-ce que de votre côté, vous vous dites « c'est aussi un outil pour moi,
02:23pour revoir la manière dont on sécurise un réseau, des applications, des accès ? »
02:29Alors, clairement, sur cette partie-là, j'ai une approche totalement duale.
02:33À la fois, je pilote les risques associés à l'utilisation de l'IA dans tous les compartiments,
02:40donc typiquement tous les métiers de la Caisse des dépôts.
02:42Et à côté de ça, en tant qu'utilisateur de l'IA,
02:46j'ai une capacité à être un analyste augmenté sur différents sujets.
02:52Donc, les équipes qui travaillent chez moi pour monitorer les événements de sécurité,
02:57de suite, ils ont cette capacité, dès qu'ils voient quelque chose,
03:00d'enrichir l'information quasi de manière instantanée grâce à l'intelligence artificielle.
03:04Sur d'autres activités, typiquement le contrôle permanent,
03:07de la même façon, on a une capacité à collecter beaucoup plus d'informations
03:10et à l'utiliser de manière beaucoup plus pertinente grâce à l'intelligence artificielle.
03:15Donc, il faut vraiment le voir comme deux facettes d'un même sujet.
03:19À la fois, ça fait croître les risques, mais de l'autre côté,
03:22c'est une vraie opportunité de travailler plus efficacement.
03:25Et c'est facile de s'en emparer, d'en faire un outil de travail au quotidien aujourd'hui,
03:29dans le domaine de la cyber ?
03:30Alors, ça dépend des profils, j'aurais tendance à dire.
03:33Sur la partie cyber, on a l'avantage d'avoir plutôt des ingénieurs
03:39et qui ont souvent un petit tropisme, mais souvent, ils sont un petit peu fainéants.
03:43Donc, ils n'ont pas envie de faire plusieurs fois la même chose.
03:46Donc, jusqu'à maintenant, ils scriptaient beaucoup,
03:49ils automatisaient beaucoup en développant des codes en Python
03:52par rapport à toutes les problématiques qu'ils pouvaient rencontrer,
03:54qui étaient récurrentes.
03:55Maintenant, ils ont très aperçu très rapidement
03:58que l'intelligence artificielle pouvait remplacer le script
04:01de manière plus efficace, donc ils l'utilisent.
04:03Donc, ils s'en emparent.
04:04Alors, on disait au moment où je vous présentais
04:07que le sujet de la souveraineté et de la maîtrise technologique
04:09était super important, le sujet de la régulation aussi.
04:13Vous faites partie de ceux qui attendent avec impatience
04:15par exemple l'application de Nice 2 en France.
04:19On en a besoin ?
04:20Je ne l'attends pas avec ma casquette Caisse des dépôts
04:23puisque moi, je suis sur un secteur bancaire,
04:24donc du coup, je suis assujetti à la grande sœur de Nice 2,
04:27qui est Dora, qui s'est retrouvée de suite déclinée
04:32puisque c'était un règlement européen qui s'appliquait à l'ensemble des pays.
04:35Mais par contre, en tant que vice-président du Cézain,
04:37oui, on pense que c'est important d'avoir cette déclinaison-là
04:41au niveau du territoire français.
04:42Ça a déjà été le cas sur bon nombre de nos voisins.
04:45La France est plutôt en retard en termes de déclinaison
04:47et c'est un rendez-vous important,
04:49comme le rappelle régulièrement Vincent Struble.
04:51Pour autant, il ne faut pas attendre que la loi arrive
04:55pour se mettre en hors de marche,
04:57pour effectuer un certain nombre de mises en conformité.
04:59Donc, c'est systématiquement ce que nous déclinons
05:01auprès de l'ensemble des RSS qui font partie du club du Cézain.
05:04On a déjà des workshops depuis une douzaine de mois
05:08pour expliquer à ceux qui seront assujettis à Nice 2
05:11comment prendre un certain nombre de choses,
05:12en commençant par les bonnes briques,
05:14ne pas mettre la charrue avant les bœufs sur cette partie-là.
05:16C'est toujours important d'avoir une bonne gouvernance,
05:18d'identifier quels sont les assets les plus critiques de l'entreprise,
05:21les activités les plus critiques de l'entreprise,
05:23pour sécuriser au préalable cette partie-là
05:25et bien monitorer via la gouvernance
05:27le niveau de sécurisation associé.
05:29Mais on a besoin du texte pour que ça devienne contraignant, en fait.
05:31On a besoin du texte pour que ça devienne contraignant
05:33et peut-être aussi pour que certains chefs d'entreprise
05:36mettent davantage de moyens.
05:38Ah oui, les budgets pour la cyber.
05:40Sur la question de la souveraineté,
05:42la Caisse des dépôts, c'est presque régalien, finalement ?
05:45C'est un établissement public, donc c'est régalien.
05:48Voilà.
05:49Ce qui est important pour nous...
05:50Comment vous abordez cette problématique aujourd'hui de la dépendance ?
05:52On ne peut pas parler de l'indépendance,
05:54pour l'instant, mais encore, comment on sort de nos dépendances ?
05:56Alors, un sujet qui nous tient à cœur,
05:58c'est d'avoir cette vision, enfin cette ambition
06:01de développer un certain nombre de souveraineté.
06:03C'était déjà le cas sur la partie souveraineté énergétique,
06:07sur la partie souveraineté industrielle,
06:10au travers de certaines filiales type BPI, bien évidemment.
06:12Et on s'est emparé du sujet de la souveraineté numérique
06:14parce que c'est un sujet cœur.
06:17Les données, c'est l'or qui constitue la capacité
06:22qu'on va avoir à développer, à être innovant
06:24sur un certain nombre de domaines.
06:27Et si on ne maîtrise pas potentiellement
06:31tous les mécanismes associés à la protection de ces données-là,
06:34on va être totalement dépendant des grands acteurs,
06:38américains ou autres d'ailleurs,
06:40qui détiennent cette capacité à manipuler ces données,
06:43à récupérer ces données-là.
06:45Typiquement, une voiture connectée,
06:48la réelle valeur de la voiture connectée,
06:51c'est presque autant les données qui transitent dans la voiture
06:53que la capacité à construire
06:56et donc à fournir l'ensemble du véhicule autour.
06:59Et ça, du coup, c'est un exemple allemand.
07:02Donc ça, l'industrie allemande,
07:04l'industrie allemande l'a tout à fait...
07:06Enfin, on a pris conscience.
07:08Et justement, il y a eu un certain nombre d'investissements
07:10qui ont été annoncés par le chancelier Schröder
07:13sur la maîtrise des infrastructures au niveau du cloud
07:15lors du forum sur la souveraineté en novembre 2025.
07:19C'est un sujet aussi, la cybersécurité,
07:21la souveraineté sur les outils de cybersécurité ?
07:23C'est également un sujet sur cette partie-là,
07:26sachant que le curseur n'a jamais été positionné
07:30aussi loin en termes de plateformisation
07:32que sur le poste de travail
07:34ou sur les sujets collaboratifs sur cette partie-là.
07:36On a la chance en France d'avoir un vrai tissu de start-up,
07:39de scale-up en cybersécurité qui est très dynamique
07:42et des solutions qui, voilà, que...
07:44Alors, certes, on les finance au bord du groupe,
07:47donc bien évidemment, j'en suis fier,
07:48mais globalement, quand on se compare par rapport aux autres Européens,
07:52on est clairement une nation très dynamique sur cette partie-là,
07:55juste en dessous des Américains et des Israéliens,
07:56mais on fait partie du top 3.
07:59Merci beaucoup, Arnaud Martin, d'avoir été avec nous.
08:01Je rappelle que vous êtes le RSSI de la Caisse des dépôts.
08:03C'était un grand plaisir de vous écouter.
08:05Merci, Daphine.
08:05Et nous, on enchaîne avec un talk.
08:07On va parler du poids de la menace sur les collectivités.
08:09Merci.
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