00:00Europe 1, Pascal Proulx et vous.
00:03Il est 17h47, il nous reste quelques minutes pour être avec Safia Asdine.
00:09Bonjour.
00:10Bonjour.
00:10Et merci d'être avec nous.
00:12Vous publiez Mémoires sous scellées aux éditions Fayard.
00:17C'est un roman qui s'ouvre avec l'opération Tempête du désert
00:21et qui raconte, c'est une fiction,
00:23toute une famille qui a été décimée par une bombe.
00:26Pourquoi avez-vous choisi cette histoire ?
00:30Cette entrée en matière, d'abord parce que c'est quelque chose d'assez personnel.
00:34Je me souviens du matin où mon papa m'a réveillée en me disant
00:38« l'Irak a été attaqué » et je ne pouvais pas le croire.
00:41Je ne comprenais pas pourquoi à l'époque.
00:43Je sentais dans la gravité des mots de mon père
00:45qu'on était partis pour un long tunnel de guerre.
00:49On le sentait comme ça, nous les Arabes.
00:52Et puis je trouvais que c'était intéressant à travers un roman,
00:56même si l'enquête est, comme je le souligne au début du livre,
00:59tout est vrai, je trouvais que c'était une bonne manière de rappeler
01:04qu'il y a 30 ans, les États-Unis, avec la coalition,
01:09sont allés agresser militairement l'Irak,
01:13puis en 2003, avec de fausses preuves,
01:17et que tout ça n'a jamais été inquiétés pour les millions de morts,
01:22pour le pays détruit, pour les pillages, pour le pillage culturel.
01:25Ils n'ont jamais été inquiétés.
01:26Le seul qui a osé faire quelque chose, c'est celui à qui je dédie mon livre
01:30qui s'appelle Muntazar Al-Zahidi,
01:31qui est le journaliste qui a jeté ses savates sur George Bush
01:35et malheureusement, il l'a raté.
01:37Mais c'est la seule...
01:38Voilà, c'est comme s'il était permis de mentir
01:42et d'aller piller des pays, d'aller piller le Moyen-Orient,
01:44d'aller le détruire, d'aller détruire ses infrastructures,
01:47de piller son passé, fabriquer des récits,
01:50les récits d'aujourd'hui,
01:51confisquer le futur à toutes ces générations,
01:53sans qu'en fait, finalement, ça ne touche personne.
01:56Et je trouvais que c'était une bonne rentée en matière
01:58pour se rendre compte et pour alerter même les jeunes
02:01qu'il est possible de faire ça aujourd'hui.
02:03Et c'est vrai que cette région a été entièrement déstabilisée
02:06par l'intervention américaine
02:07et que les conséquences aujourd'hui, on les paye.
02:10Exactement, on les paye.
02:11Si on veut, je vous avoue,
02:13je n'écoute pas beaucoup la radio ni la télévision,
02:16mais je sais que l'immigration est un problème.
02:17Je pense qu'une des choses qui ferait
02:20que l'immigration soit moindre,
02:22vu que ça a l'air de vous poser un énorme problème,
02:25c'est peut-être d'arrêter d'aller piller tous les pays,
02:27d'aller les détruire et d'aller piller l'Afrique.
02:30Et je pense que, vous savez,
02:32les gens qui quittent leur pays,
02:34ne soyons pas trop arrogants,
02:36ne pensons pas qu'ils détestent leur pays
02:37et qu'ils veulent absolument venir en France,
02:39même si la France est un merveilleux pays
02:40et que je l'adore et que je comprends
02:42qu'il attire autant de monde.
02:44Mais les gens d'Afrique, les Africains,
02:46les gens du Moyen-Orient aiment leur pays aussi,
02:49exactement comme nous, nous aimons la France.
02:52Ils ont aussi leur Jean-Pierre Pernault
02:53avec leur région qu'ils aiment,
02:55leur tradition qu'ils aiment.
02:57Et de penser qu'en fait,
02:59ils viennent juste parce que,
03:02eh bien, la France ?
03:04Non, c'est parce qu'on pille leurs ressources,
03:06parce qu'on les empêche d'être souverains économiquement
03:09et parce qu'on détruit leur pays.
03:11Regardez l'état de l'Irak,
03:12ils ont pris 88 000 tonnes de bombes
03:15en 1991.
03:16Tout a été détruit.
03:17En 2003, la même chose.
03:19Tout ça sur des mensonges.
03:22C'est un crime.
03:23C'est un crime.
03:24Mémoire sous-cédée.
03:25Effectivement, vous parlez de l'Irak.
03:26En 2011, l'Irak comptait 30 millions de consommateurs.
03:29Le coût de sa reconstruction avoisinait les 500 milliards de dollars
03:32et ses perspectives de croissance fleurtaient avec une dizaine de pourcents.
03:35La Foire internationale de Bagdad en 2012
03:37fut l'occasion pour les entreprises étrangères
03:39d'engranger des contrats
03:40et pour Maya de faire l'hôtesse dans ce salon international
03:43où elle était payée en dollars.
03:45Oui.
03:46Vous savez, encore aujourd'hui,
03:48depuis 2003 et encore aujourd'hui,
03:49donc nous sommes en 2026,
03:51l'argent des ressources pétrolières de l'Irak
03:54va sur un compte
03:56aux Etats-Unis.
03:57C'est-à-dire que c'est un peu comme
03:58de l'argent de poche qu'on donne aux adolescents.
04:00L'Irak est sous tutelle jusqu'à aujourd'hui.
04:02Pareil pour la Syrie,
04:04pareil pour l'Afghanistan,
04:05pareil pour la Libye.
04:07Leurs avoirs sont gelés.
04:08C'est dans des banques occidentales.
04:11N'utilisons pas les mots pour rien,
04:13c'est pas un crime,
04:14mais c'est absolument gravissime.
04:16Il faudrait que les gens le sachent
04:17et qu'on comprenne en fait pourquoi on en est là.
04:19C'est injuste.
04:19Mon livre parle de rétablir la justice
04:21à travers le pillage culturel,
04:23mais à travers ça aussi.
04:28L'argent du Moyen-Orient,
04:30l'argent du pétrole irakien
04:32va jusqu'à aujourd'hui,
04:33tous les mois,
04:34sur une,
04:35je le redis pardon lentement,
04:36parce que ça paraît fou,
04:37va sur un compte
04:39de la Reserve Federal Bank à New York.
04:42Évidemment, c'est un compte irakien.
04:44Et ce sont les Etats-Unis
04:45qui décident de quoi donner à l'Irak.
04:48Voilà.
04:49C'est un roman évidemment,
04:50mais on voit bien la portée politique
04:51et votre engagement.
04:53Parce que vous-même,
04:54évidemment, êtes irakienne.
04:56En tout cas, votre père est irakien.
04:58Non, non, non, je suis française et marocaine.
05:01Ma maman est normande et marocaine
05:03et mon papa vient du désert oriental au Maroc.
05:06D'origine irakienne et iranienne,
05:08si on remonte un peu loin.
05:10Mais au-delà de ça,
05:11c'est un profond sentiment d'injustice
05:13qui m'a fait écrire ce livre.
05:15Voilà, je pense que vous,
05:16en étant français,
05:17vous pourriez tout aussi être touché,
05:18et je le vois dans vos yeux
05:19quand je vous dis ça,
05:20que vous aussi,
05:21vous trouvez ça pas normal.
05:22Eh bien, ce n'est pas normal.
05:23Alors, non seulement je trouve
05:25que ce n'est pas normal,
05:25mais il y a beaucoup de gens
05:26qui nous écoutent
05:27et qui l'apprennent.
05:28Parce que cette réalité-là,
05:29elle n'est pas dite.
05:30Cette information,
05:31l'information irakienne,
05:32elle n'est pas très présente.
05:34Alors, effectivement,
05:35il y a une mythologie de l'Irak
05:37avec Bagdad,
05:38qui est dans une mythologie populaire,
05:41d'ailleurs,
05:41et qui remonte au Moyen-Âge
05:43et sans doute bien avant.
05:45Mais aujourd'hui,
05:46on connaît peu la situation.
05:47On ne connaît pas le régime.
05:48On a connu évidemment Saddam Hussein,
05:52mais on ne sait peu
05:53ce qui se passe aujourd'hui,
05:54au quotidien.
05:55Mais on ne connaît peu
05:56et surtout,
05:57il y a de moins en moins de preuves
05:58qu'en fait,
05:58que le peuple irakien,
05:59enfin,
06:00que la civilisation mésopotamienne
06:01était une civilisation fondatrice.
06:04Bien sûr.
06:04Nous devrions plus le savoir.
06:06Et à force de guerre,
06:07à force de pillage,
06:08il y a 600 000 objets
06:11qui ont été pillés
06:12depuis 2003
06:12dans les sites archéologiques
06:14et 20 000 dans le musée de Bagdad,
06:17alors qu'il était surveillé,
06:18soi-disant,
06:18par l'armée américaine.
06:20Ces objets se retrouvent
06:21à New York,
06:22au Metropolitan Museum,
06:23à Londres,
06:24au British Museum,
06:26à Paris, au Louvre.
06:27C'est d'ailleurs une des raisons
06:28pour lesquelles
06:31le président du Louvre
06:32est mis en examen aujourd'hui.
06:34Donc,
06:34tout le monde profite de ça.
06:35Alors,
06:35on nous dit,
06:36oui,
06:36ça permet à Daesh
06:37d'acheter des armes,
06:39etc.
06:39Ça représente 15%
06:41de ce pillage.
06:43Et puis,
06:43Daesh,
06:43ils les vendent à qui,
06:45ces œuvres ?
06:46À nous.
06:48C'est l'histoire du monde
06:49en même temps,
06:50l'histoire de l'Occident
06:51qui est allée partout
06:52et qui a déstabilisé
06:53des régions entières
06:54au XIXe siècle en Afrique,
06:56mais également
06:56la civilisation chinoise.
06:58Et c'est pour ça
06:58que les Chinois
06:58nous en veulent beaucoup.
06:59Quand l'Occident est arrivé,
07:00c'est une civilisation
07:02très ancienne,
07:03c'est hélas
07:04l'histoire des hommes,
07:05l'histoire de...
07:06C'est hélas
07:07l'histoire des hommes,
07:08mais il est important
07:08de le rappeler.
07:09Vous avez parfaitement raison.
07:10Et de le dire.
07:11Alors,
07:11c'est trop court,
07:12malheureusement,
07:13parce que l'actualité
07:13était très forte.
07:15Moi,
07:15l'engagement que je peux prendre
07:16pour parler davantage
07:18de votre roman,
07:19c'est que vous veniez
07:21un matin sur l'antenne
07:22de CNews,
07:22où on pourra évidemment
07:24parler aussi longuement
07:26de ce roman.
07:28Mémoire sous scellée,
07:30Safia Azzedine.
07:32Azzedine.
07:32Azzedine,
07:34qui suit donc l'aventure
07:35du personnage fictif Maya,
07:37une jeune fille
07:37qui a survécu
07:38aux guerres de son pays,
07:39qui est l'Irak.
07:40Toute l'idée de ce livre
07:41tourne autour de cette question.
07:43A-t-on le droit
07:44de voler l'histoire
07:45d'un peuple ?
07:46Après avoir été ravagé
07:47par la guerre,
07:47l'Irak est en proie
07:48à un autre fléau,
07:49le pillage de son patrimoine
07:50culturel.
07:51Et c'est ce que vous venez
07:52de nous expliquer à l'instant.
07:54Je peux ajouter
07:54une toute petite chose.
07:56Il est important de rappeler
07:57que Kim Kardashian
07:59est un personnage important
08:00dans mon livre,
08:01car c'est elle
08:02qui a permis
08:02le démantèlement,
08:03malgré elle,
08:04évidemment,
08:04en posant à côté
08:05d'un sarcophage.
08:05C'est elle qui a permis
08:07le démantèlement
08:08d'un réseau
08:09de trafiquants criminels
08:10et je tiens
08:12à la remercier pour ça
08:13et le livre
08:14parle d'elle aussi.
08:15Merci beaucoup.
08:16Il est 17h55.
08:19Nous vous disons
08:20à demain,
08:20si vous le voulez bien.
08:21C'est Laurence Ferrari.
08:22Non, c'est Pierre de Villeneau
08:23dans une seconde.
08:24C'était Pascal Proulx
08:25sur Europe 1
08:26et vous retrouvez Pascal
08:27dès demain matin,
08:289h en co-diffusion
08:28sur CNews et sur Europe 1
08:30pour l'heure des Proulx
08:31jusqu'à 10h.
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