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Regardez L'esprit de l'info avec Olivier Boy du 04 février 2026.
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00:00On est ensemble jusqu'à 9h30, l'esprit de l'info maintenant.
00:06Hier une professeure a été poignardée par un élève de 14 ans, élève de 3ème,
00:10dans un collège de Sanary-sur-Mer en pleine classe.
00:13Elle a reçu 4 coups de couteau.
00:15Ce matin elle est dans un état stable, elle est sortie en tout cas du bloc opératoire.
00:19C'est un immense choc dans ce collège.
00:21Écoutez notamment le témoignage d'un jeune qui a assisté à l'extérieur.
00:26J'ai entendu des cris d'un couloir, je suis montée à aller voir.
00:30J'ai vu ma prof, Barlossic, au sol, en sang.
00:35J'ai juste vu partir en courant.
00:39Je suis choquée, un peu triste.
00:41Voilà le choc pour cet élève et pour tous ses camarades après ce drame.
00:45Hier, professeur poignardé, des enseignants violentés, il y en a de plus en plus.
00:49Qu'est-ce qu'on peut faire ?
00:50On va en parler ce matin dans l'esprit de l'info avec vous Carole Zerby.
00:53Bonjour.
00:54Bonjour.
00:54Vous êtes proviseur au lycée Vauclin à Paris dans le 13ème arrondissement.
00:58Je précise que vous êtes également membre du syndicat des personnels de direction.
01:02On en parle également avec vous Stéphane Clerget.
01:04Bonjour.
01:05Bonjour.
01:05Vous êtes-vous psychiatre pour enfants et adolescents ?
01:08On abordera l'importance de la prise en compte de l'état psychologique peut-être des adolescents.
01:12Est-ce qu'il s'est dégradé cet état depuis plusieurs années ?
01:15Ce sera intéressant de vous poser la question.
01:17D'abord, ce drame, ce n'est pas la première fois, Mme Carole Zerby, que ça arrive.
01:20On parle régulièrement de professeurs qui sont agressés, qui sont tués.
01:24Même, c'est arrivé ces derniers mois en France.
01:27Est-ce que nos écoles sont vraiment sécurisées ?
01:29Alors, ce n'est pas la première fois, mais ce n'est quand même pas tous les jours.
01:32Même s'il y a une hausse de la violence, et on le voit dans les statistiques,
01:36violence physique, violence verbale des élèves,
01:38là, on est quand même arrivé à la tentative d'assassinat d'une enseignante.
01:43Il y en a eu plusieurs depuis quelques années, mais ce n'est pas quand même tous les jours.
01:49Je voudrais quand même revenir là-dessus et relativiser.
01:51Vous nous dites qu'il n'y a pas de risque zéro, malheureusement,
01:54où on peut prendre des mesures contre ces drames qui n'arrivent pas tous les jours,
01:59mais qui arrivent peut-être plusieurs fois dans l'année, tout de même dans une année scolaire.
02:03Oui, alors je pense qu'il faut qu'on travaille sur le fond,
02:05travailler sur la question de la violence.
02:07On vit quand même dans une société extrêmement violente.
02:10Ce n'est pas l'école qui est violente, c'est la société qui l'est autour.
02:13Les élèves sont très perméables à un certain nombre de choses, des actes, des images aussi.
02:17Ils ont quand même accès à beaucoup d'images.
02:19Il y a une banalisation, malheureusement, de la violence dans notre société.
02:22Et c'est ce travail de fond qu'on doit faire avec les élèves.
02:25Et dans votre établissement, par exemple, il y a des contrôles depuis plusieurs mois ?
02:29Ça a été renforcé, ça ? Est-ce que c'est efficace ?
02:31Alors, dans le cadre du plan Vigipirate, oui, il y a des contrôles.
02:34Il y a l'ouverture des sacs à l'entrée, mais c'est un surveillant qui jette un œil dans le sac.
02:39Le surveillant n'est pas un vigile, ce n'est pas son travail.
02:41Sa mission première, c'est une mission éducative, pas de sécurité.
02:45Que les sacs, il n'y a pas le droit de fouiller au corps quand il s'agit d'élèves ?
02:48Non, ça, ce n'est pas notre rôle.
02:50Et ça sert à quelque chose ou ça ne sert à rien ?
02:51Est-ce que ça a quand même un effet, selon vous, sur les élèves ?
02:54Même si, concrètement, on ne trouve pas forcément dans les sacs.
02:57Et en plus, si on porte l'arme sur soi, on ne le voit pas, on ne peut pas le fouiller.
03:01Ça a certainement un effet dissuasif.
03:03Les élèves savent qu'à l'entrée, ils doivent ouvrir le sac.
03:06Maintenant, il nous est arrivé de trouver un couteau ou un marteau dans un sac.
03:12Et dans ces cas-là, qu'est-ce qui se passe ?
03:13Eh bien, on confisque aussitôt l'objet et il y a un passage en conseil de discipline.
03:17Il est interdit d'introduire une arme dans un établissement scolaire.
03:20Et pourquoi est-ce que...
03:21C'est une question de Marielle qui nous a écrit au 64 900.
03:24Pourquoi est-ce que tous les sacs des élèves ne sont pas fouillés systématiquement ?
03:28Parce qu'on n'a pas le droit.
03:29Il n'y a que la police qui peut fouiller un sac.
03:30Et puis, on n'est pas là pour ça.
03:33Je pense que notre rôle, il est éducatif.
03:36Alors, je comprends bien qu'il faille sécuriser les établissements.
03:38Mais on ne peut pas demander au personnel d'éducation de faire le travail de la police.
03:42Avant de parler de la prise en compte peut-être de l'état psychologique
03:45ou de la souffrance psychologique de certains élèves,
03:47cette idée qui avait été proposée précisément par l'ancien Premier ministre François Bayrou
03:51lors d'un précédent drame en juin dernier,
03:54celui d'installer des portiques de sécurité.
03:55Ça fait plusieurs fois qu'on l'entend.
03:57Ça a été abandonné depuis.
03:58Est-ce que vous, vous trouvez que c'est une bonne idée ?
04:00Alors, le SNP2N, UNSA, le syndicat auquel j'appartiens,
04:04nous, on ne pense pas que ce soit une bonne idée.
04:06D'abord parce que c'est un dispositif qui coûte extrêmement cher
04:09et qui, sur un plan technique,
04:13ferait que l'entrée des élèves prendrait beaucoup de temps.
04:16Le portique pour détecter, par exemple, une arme,
04:20comme on peut en voir dans les aéroports, par exemple.
04:22Par exemple, vous voyez, le temps qu'il faut pour passer ce dispositif de sécurité à l'aéroport,
04:26ce n'est quand même pas possible de faire ça à l'entrée des établissements.
04:30On pense qu'il faudrait qu'on travaille sur d'autres pistes.
04:33Il y a déjà un système de vidéoprotection dans les établissements scolaires.
04:38Il y a des caméras, peut-être qu'on pourrait continuer à travailler.
04:41Et puis, moi, j'insiste.
04:44Je crois qu'il faut qu'on travaille sur la prévention
04:46et le repérage des élèves
04:47qui pourraient présenter des signes de problèmes de santé mentale, particulièrement.
04:54Alors justement, on va en parler avec vous, Stéphane Clerget.
04:57Vous êtes psychiatre pour enfants et adolescents.
05:00Repérer les signes avant-coureurs d'un éventuel passage à l'acte violent,
05:05c'est repérable ? Ça existe ? Comment est-ce qu'on peut le voir ?
05:08Il y en a beaucoup qui sont repérés.
05:09C'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'actes de violence qui ont été prévenus
05:11parce que les parents ont senti une tension chez leur enfant
05:15et ont demandé une prise en charge médicale ou psychologique.
05:19Donc, il y a beaucoup d'actes violents comme ça qu'ont pu être prévenus.
05:22Et pour les parents, à quoi est-ce qu'il faut être attentif ?
05:24Quand on est parent, il faut être attentif à des ruptures de comportement.
05:27Un adolescent qui se met à se replier,
05:30qui était bon élève, qui ne travaille plus,
05:33qui devient triste ou simplement qui a des explosions de colère,
05:37qui exprime des menaces.
05:40Ou qui a déjà des comportements hétéro-agressifs,
05:43c'est-à-dire contre quelqu'un, mais aussi auto-agressifs.
05:46C'est-à-dire que c'est souvent les deux faces d'une même pièce.
05:48Et comment est-ce qu'on peut l'aborder quand on a un adolescent ?
05:51On sait que c'est compliqué l'adolescence,
05:53que parfois il peut y avoir aussi rupture de dialogue, rupture avec les parents.
05:57Comment est-ce qu'on peut y aller sans aller à l'affrontement
05:59et pour peut-être amener l'enfant ou l'adolescent chez un professionnel ?
06:02Alors, on n'est pas obligé de passer par l'affrontement,
06:05mais il ne faut pas forcément non plus avoir peur de l'affrontement
06:07tant qu'il est respectueux et uniquement verbal.
06:10Donc on peut passer par le médecin de famille avec qui l'adolescent peut être en confiance.
06:15On peut passer avec d'autres membres de la famille
06:17avec lesquels l'adolescent se sent plus en confiance.
06:20Un oncle, un parrain, une grande sœur par exemple.
06:24Mais assez souvent d'ailleurs, les ados qu'on reçoit
06:27quand ils sont pris en charge par les parents,
06:29quand ils sont bien éduqués, on n'assiste pas à des tels comportements.
06:33La plupart des cas, quand il y a des drames de cette nature,
06:35c'est justement quand il y a eu des ruptures éducatives
06:38et je crois que c'est le cas de ce jeune homme.
06:41Et c'est important qu'il y ait une prise en charge plus précoce
06:44des jeunes en rupture éducative
06:47dont les parents n'arrivent pas à faire leur travail.
06:49Et il y a un vrai problème au niveau de la protection judiciaire
06:52et de la jeunesse et de la zœuvre
06:53parce qu'il y a des manques de moyens.
06:55Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, l'a dit tout à l'heure sur RTL.
06:58Le cas échéant à Sanary-sur-Mer hier dans le Var,
07:00c'est un jeune qui était en difficulté familial.
07:03Il y avait un suivi judiciaire parce qu'il était potentiellement victime de violences à la maison.
07:06Donc là, on imagine que ce n'est pas à la maison
07:08où il était potentiellement à sécurité, où on pouvait l'aider.
07:12C'était à l'école.
07:13Mais il y a eu quatre mois en l'occurrence,
07:14vous parlez des délais, quatre mois pour un rendez-vous chez le juge.
07:18Vous, Mme Carole Zerbib, justement, quand un élève,
07:22est-ce qu'il y a des signaux, présente des signaux ?
07:23Est-ce que vous, vous le voyez en tant que dirigeante ?
07:26Est-ce qu'un professeur peut venir vous voir en disant
07:28« J'ai repéré quand même une chose un peu bizarre à l'école,
07:32il m'a l'air en difficulté ».
07:33Ça arrive, ça ?
07:34Oui, bien sûr.
07:35Les enseignants, les CPE, les surveillants
07:39peuvent nous signaler la situation d'un élève
07:43parce qu'il repère des signes.
07:45Un élève qui est violent avec ses camarades,
07:49verbalement, physiquement.
07:51Un élève aussi qui se replie sur lui-même,
07:53qui change de comportement,
07:55qui tout d'un coup devient absentéiste
07:56ou présente des difficultés scolaires importantes.
07:58Ça, ce sont des signes qui peuvent nous alerter
08:01sur le mal-être d'un élève.
08:03Maintenant, c'est comment, après le repérage,
08:06et d'ailleurs, nous avons à la rentrée,
08:08le ministère d'Éducation nationale nous avait demandé
08:10de mettre en place des protocoles de santé mentale
08:13pour pouvoir repérer ces signaux
08:15et mettre en place un accompagnement.
08:16Et les enseignants sont formés ?
08:18Alors, non, les enseignants sont informés des signes,
08:21mais ils ne sont pas formés,
08:22et ce n'est pas non plus leur métier.
08:23Il faut donc que nous ayons des moyens
08:25et des personnels formés, des psychologues,
08:28qui puissent intervenir dans les établissements scolaires.
08:31Il n'y en a pas.
08:32Il y a des psychologues de l'éducation nationale,
08:34mais eux, ils font de l'information à l'orientation.
08:37Ils ne font pas de la prise en charge d'élèves
08:40qui pourraient présenter une souffrance.
08:42Une prise en charge est suivie, parce que c'est ça.
08:45Qu'est-ce que vous demandez, par exemple, concrètement,
08:47dans chaque établissement, chaque lycée, chaque collège ?
08:49Qu'est-ce qu'il faudrait qu'il y ait comme dispositif
08:52ou comme présence physique de personnel
08:53pour que la situation soit traitée correctement ?
08:56Alors, il faudrait qu'il y ait davantage de personnel encadrant,
08:58davantage de CPE, d'infirmières,
09:00de personnel médico-sociaux,
09:02et il faudrait aussi qu'il y ait des psychologues.
09:04Dans mon établissement,
09:05mais parce que j'ai les moyens de le faire,
09:08je fais venir, tous les lundis,
09:09une psychologue clinicienne
09:11qui propose une consultation aux élèves
09:13qui en ont besoin et qui le souhaitent.
09:16Stéphane Clerget,
09:16psychiatre pour enfants et adolescents,
09:18c'est indispensable pour vous qu'il y ait une meilleure présence
09:20à l'école de professionnels de santé mentale
09:22pour accompagner les enseignants ?
09:25Pour accompagner les enseignants,
09:27si effectivement les enseignements ont des questionnements,
09:29mais c'est surtout pour des repérages.
09:31Et je crois que c'est surtout important
09:33pour repérer justement les adolescents
09:36qui ont besoin d'un suivi,
09:37mais dont les parents n'assurent pas le suivi,
09:39parce qu'il y a quand même une offre de soins
09:41assez importante.
09:42Évidemment, la psychiatrie des enfants
09:44reste le parent pauvre de la médecine,
09:46mais pour autant, l'offre de soins s'élargit.
09:49Les adolescents qui vont mal
09:50souvent réclament des prises en charge.
09:52Ça, c'est nouveau.
09:54Le problème, c'est ceux qu'on ne voit pas,
09:55c'est ceux que les parents n'amènent pas
09:57et c'est souvent ceux qui sont en plus grande difficulté.
09:59Donc, la responsabilité du service public,
10:02c'est justement de repérer ces enfants,
10:04ces ados mal encadrés par leur famille
10:05pour leur proposer une prise en charge.
10:08Un dernier mot.
10:09Ça n'est pas en fouillant des sacs
10:10ou en mettant des portiques
10:11qu'on va résoudre le problème des drames
10:13qui arrivent de temps en temps
10:14dans les écoles de France.
10:15Est-ce que c'est ça le message
10:16que vous passez ce matin ?
10:17Oui, tout à fait.
10:18Mais c'est en mettant les moyens.
10:20Effectivement, il y a un problème
10:21et il faut qu'on mette des moyens
10:23et notamment des moyens humains
10:24pour pouvoir accompagner
10:25et prévenir cette violence.
10:27Comment faire pour que la santé mentale
10:28des jeunes ne soit plus le parent pauvre ?
10:29C'est ça l'enjeu pour vous, Stéphane Clerget ?
10:32Des émissions comme celle-là,
10:34c'est-à-dire de faire prendre conscience
10:35de l'importance de la santé mentale,
10:37du coup aussi,
10:38que provoque la non prise en charge
10:41d'un certain nombre d'enfants
10:42et d'adolescents aujourd'hui.
10:45Merci beaucoup Stéphane Clerget
10:47d'avoir été avec nous ce matin
10:48dans RTL.
10:49Je vous explique,
10:49je rappelle que vous êtes psychiatre
10:50pour enfants et adolescents.
10:51Merci Carole Zerbi,
10:53proviseur au lycée Vauclin à Paris
10:54dans le 13e...
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