00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h-10h, Patrick Roger.
00:06Il est 8h10, soyez libre Elisabeth Lévy, bonjour Elisabeth.
00:11Bonjour Patrick, bonjour à tous.
00:12Alors l'Assemblée Nationale condamne unanimement la violence politique.
00:17L'Assemblée Nationale condamne unanimement et sans réserve tous les actes de violence et de haine.
00:23Comme le rappelait Robert Badinter, dans une démocratie apaisée, ce n'est pas l'affrontement qui doit régner, mais le
00:32droit.
00:32Et la première des évidences dans une démocratie, c'est le refus de la violence physique.
00:38Il revient à chacun de nous d'être les garants de la dignité du débat public et d'appeler au
00:43calme.
00:44Oui, c'était la présidente de l'Assemblée Nationale avant la minute de silence.
00:52Et juste avant, ça va être un moment abject pronostiqué.
00:56Un député LFI, mais hier, ils se sont tous levés pour Quentin, même les Insoumis,
01:01qui pour une fois se sont abstenus, dérugtés, presque stoïques, sous un flot d'accusations venant de la droite et
01:09du gouvernement.
01:10Les grands mots, sinon les grands mots, les grands sentiments, les grands idéaux étaient de sortie.
01:15La démocratie, la république, la seule mesure envisagée, c'est l'interdiction de réunion.
01:21Et la dissolution de groupes déjà dissous.
01:24Bon, si Patrick, si on mesure notre impuissance à ces grands mots et à la détermination affichée,
01:30eh bien, on n'en a pas fini avec la brutalisation de la vie publique.
01:33Oui, bon, au moins, maintenant, tout le monde, enfin je dis tout le monde, ou presque, semble conscient du problème
01:39quand même, non ?
01:40Oui, alors, tout le monde est saisi par l'émotion, l'indignation, mais l'émotion, ce n'est pas une
01:45politique.
01:46Et de plus, derrière les lignes d'un jour, moi j'ai le sentiment que les lignes n'ont pas
01:50beaucoup bougé.
01:51Grosso, on pleure, bien sûr, on pleure, Quentin, mais aucun effort réel de vérité.
01:56Le meurtre de Quentin est abjecte, mais n'oublions pas le combat contre l'extrême droite.
02:01Et je vais citer, encore une fois, un éditorial sidéréant du Monde,
02:05parce qu'il résume un peu une espèce de climat dans le camp du bien.
02:09Ceux qui l'ont tué n'ont pas seulement commis un meurtre,
02:12ils ont sali les combats progressistes et humanistes, leurs gestes scandaleux,
02:16commis au nom d'idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier, oublier quoi ?
02:19Que l'extrême droite compte des partisans ouverts de la violence et des ennemis acharnés de la République.
02:25Eh bien, c'est comme le communisme, en somme, c'est une, vous voyez, le combat antifasciste,
02:30c'est comme le communisme, c'est une belle idée qui a été mal réalisée.
02:34La violence est donc accidentelle, et Quentin, regrettable, dommage collatéral,
02:39dans la guerre légitime contre la bête du monde.
02:43Alors, vous savez, Patrick, la complaisance pour la violence, même une certaine fascination,
02:48c'est dans l'ADN de la gauche, depuis sa naissance, elle est née quand même en 1789,
02:53et encore une fois en 1793, et depuis, le combat n'est pas politique, il est moral.
02:59On n'affronte pas des adversaires, on lutte contre les ennemis de l'humanité.
03:04Alors, les réseaux sociaux en témoignent, il ne faut pas se voiler la face,
03:08ces affects robespierristes, ça aide cette haine de l'adversaire et du contradicteur.
03:15Bon, ils ont été théorisés à gauche, mais ils se sont largement diffusés.
03:20Alors, une certitude dans tout ça, c'est qu'une minute de silence n'y changera rien.
03:25La politique ne remplit plus sa fonction première, qui est de civiliser les conflits,
03:29de les représenter, pour nous permettre de vivre ensemble.
03:32Seulement, voilà, la civilité, l'esprit des lumières et le pluralisme ne se décrètent pas.
Commentaires