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  • il y a 13 heures
A l'évocation des Mérovingiens, les images qui viennent spontanément à l’esprit sont souvent négatives : un monde violent, instable, dominé par des rois faibles, et coincé entre la grandeur de Rome et l’éclat de Charlemagne. Une période que l’on survole, quand on ne la caricature pas. Et pourtant, entre le Ve et le VIIIe siècle, les Mérovingiens gouvernent durablement une grande partie de l’Europe occidentale. Ils posent les bases de royaumes structurés, organisent le pouvoir, font la guerre, concluent des alliances, s’appuient sur l’Eglise, et donnent naissance à des cadres politiques et territoriaux qui ne disparaîtront pas avec eux.
Qui étaient vraiment les Mérovingiens ? Comment gouvernaient-ils ? Pourquoi leur image a-t-elle été si durablement déformée ? Et surtout, que leur devons-nous encore aujourd’hui, bien au-delà des clichés ? Pour comprendre cette période fondatrice, souvent mal connue mais essentielle pour l’histoire de la France et de l’Europe, "Passé-Présent" reçoit Michel Fauquier, auteur de "Ce que nous devons aux Mérovingiens" (Armand Colin, 2024).

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Éducation
Transcription
00:01Générique
00:03Générique
00:11Générique
00:14Générique
00:20Bonjour à tous.
00:21Quand on parle des Mérovingiens,
00:23les images qui viennent spontanément à l'esprit
00:25sont souvent négatives.
00:26Un monde violent, instable, dominé par des rois faibles,
00:30voire fainéants,
00:31est coincé entre la grandeur de Rome et l'éclat de Charlemagne.
00:34Une période que l'on sauvole quand on ne la caricature pas.
00:37Et pourtant, entre le 5e et le 8e siècle,
00:40les Mérovingiens gouvernent durablement
00:42une grande partie de l'Europe occidentale.
00:44Ils posent les bases de royaumes structurés,
00:46organisent le pouvoir, font la guerre,
00:47concluent des alliances, s'appuient sur l'Église
00:49et donnent naissance à des cadres politiques et territoriaux
00:52qui ne disparaîtront pas avec eux.
00:54Qui étaient vraiment les Mérovingiens ?
00:57Comment gouvernaient-ils ?
00:58Pourquoi leur image a-t-elle été si durablement déformée ?
01:01Et surtout que,
01:02lors devant nous, encore aujourd'hui,
01:04bien au-delà des clichés.
01:05Pour comprendre cette période fondatrice,
01:07souvent mal connue,
01:08mais essentielle pour l'histoire de France
01:10et de l'Europe,
01:11je reçois aujourd'hui Michel Fauquier.
01:13Michel Fauquier, bonjour.
01:15Bonjour.
01:15Je vous ai reçu la semaine dernière
01:17pour parler de Rome et de Carthage.
01:20Mais quand même, un petit rappel
01:21pour les téléspectateurs
01:22qui n'auraient pas vu cette émission.
01:23Enfin, il faut qu'ils aillent la voir.
01:24Donc, vous êtes historien,
01:26agrégé d'histoire,
01:27docteur Eslet,
01:28professeur de chère supérieure
01:29et vous enseignez en classe supérieure,
01:32en Cagnes-Hippocagne,
01:33mais aussi dans plusieurs institutions,
01:35comme l'ISES,
01:36et vous faites partie
01:37du centre de recherche universitaire
01:39de l'université de Poitiers.
01:41Alors, vos travaux portent
01:42sur la civilisation européenne,
01:44de l'Antiquité au haut Moyen-Âge
01:46et vous avez écrit notamment
01:48une histoire de l'Europe
01:49aux sources de notre monde,
01:50aux éditions du Rocher en 2018,
01:53Rome et Carthage,
01:55chez Armocollin en 2020,
01:57on en a parlé la semaine dernière,
01:59et ce que nous devons
02:01aux Mérovingiens
02:02qui est sorti chez Armocollin
02:04en 2024.
02:07Alors, vous écrivez
02:07à propos des Mérovingiens
02:09qu'ils sont moins oubliés
02:12que mal compris.
02:13Et en quoi cette période
02:14souffre-t-elle davantage de clichés
02:16que de véritables lacunes historiques ?
02:19Ben, en fait,
02:19elle n'est faite que de clichés.
02:21C'est ça le problème.
02:22C'est qu'en gros,
02:24vous l'avez dit,
02:25on reprendra ses points
02:26les uns après les autres,
02:27les rois Mérovingiens
02:28sont des sortes de sauvages
02:31dont on ne sait pas trop
02:32où ils sont sortis,
02:35n'est-ce pas ?
02:35qui en plus
02:37ne sont même pas fichus
02:38de gouverner
02:39puisqu'ils sont fainéants
02:40et qui, en fait,
02:42n'auraient rien laissé.
02:44Et en fait,
02:45il faudrait attendre Charlemagne
02:47pour qu'enfin
02:48les choses sérieuses commencent.
02:49Et donc, si vous voulez,
02:52bon, j'aurais préféré
02:54finalement qu'on oublia
02:56les Mérovingiens,
02:57c'est simplement pour en dire ça.
02:59Parce qu'en gros,
03:00qu'est-ce qu'on fait ?
03:01On reprend,
03:03d'une certaine manière,
03:04au départ,
03:06la vision romaine,
03:07on verra tout ce qui a trait
03:09à la vision du barbare.
03:11Et puis,
03:12la vision carolingienne
03:13qui dit finalement
03:14s'il y a des Carolingiens,
03:16c'est parce que
03:16ce n'était plus possible
03:17avec les Mérovingiens.
03:18Et puis,
03:19quelque chose
03:19de nos problèmes
03:20au 19ème,
03:21enfin même 18ème,
03:23on peut même remonter,
03:24nous verrons,
03:2517ème, 18ème,
03:2619ème siècle
03:26où nous avons
03:28quelques comptes
03:28à régler avec les Germains.
03:31Tout ceci fait que
03:32les Francs,
03:34les Mérovingiens
03:35sont les mal-aimés
03:36de notre histoire.
03:37Alors que Charlemagne
03:38paraît un roi
03:39parfaitement français,
03:41assez curieusement,
03:42il est tout aussi franc
03:43que Clovis
03:45ou Claudevec,
03:46nous verrons
03:46pour ce qui est de son nom.
03:48Voilà.
03:48Eh bien,
03:49ces Mérovingiens,
03:50finalement,
03:53eh bien,
03:53sont une sorte
03:55de conséquence
03:56de convergence
03:56des luttes,
03:57si on peut dire
03:57des choses comme ça,
03:59contre eux,
04:00qui a fini par en avoir raison.
04:02Et alors,
04:02on les ridiculise,
04:04ça va jusqu'au
04:04casseur de vase
04:05à Soissons,
04:07au roi d'Agobert
04:08qui n'est pas fichu
04:09de mettre sa culotte
04:10à l'envers,
04:10enfin à l'endroit
04:11en l'occurrence.
04:12Bon,
04:13des choses pas très très sérieuses.
04:14– Pourtant,
04:15il y en a un
04:15qui sort un peu du lot,
04:16qui lui a une bonne réputation,
04:18c'est plutôt Clovis
04:19qui est le…
04:20– Alors oui,
04:21alors…
04:22– On ne va pas s'attarder,
04:23ce n'est pas une émission
04:24sur Clovis,
04:24mais il est quand même…
04:25– Non, non, non,
04:26son règne marque une rupture.
04:28– Sur ce que vous dire
04:29est paradoxal,
04:29parce que ça commence mal,
04:30Clovis ne s'est jamais appelé Clovis,
04:32ça commence mal.
04:33Voilà,
04:34il s'appelle Lodevec.
04:36Et pourquoi c'est important
04:37de le rappeler ?
04:37Parce que si on ne rappelle pas
04:39le nom germain,
04:40on ne comprend pas
04:42ce qui se joue
04:43en termes d'héritage.
04:45En fait,
04:46Lodevec,
04:46c'est Lodovicus,
04:48Ludovicus,
04:49et à la fin,
04:50c'est Louis.
04:51Et donc,
04:52celui qu'on entend,
04:53Clovis,
04:53n'est-ce pas,
04:54avec une force comme ça,
04:57bien,
04:57est en fait…
04:58Son nom commence par une liquide,
05:00et en fait,
05:01c'est le premier des Louis.
05:02Et c'est pour ça
05:03que nous avons tant de rois français
05:04qui s'appellent Louis.
05:06Ce qui veut dire
05:07que nous n'avons pas
05:08tout à fait exactement
05:09la même mémoire
05:10que nos rois,
05:10puisque pour eux,
05:12ce Clovis,
05:13qui s'appelle en fait
05:14Lodevec,
05:16c'est-à-dire,
05:17si vous voulez,
05:19gloire-combat,
05:20combat-gloire,
05:21enfin voilà,
05:21en gros,
05:22un homme victorieux,
05:23bien,
05:24est quelqu'un
05:26qui a été,
05:27finalement,
05:28à leurs yeux,
05:29regardé comme important.
05:30Alors,
05:30est-ce qu'il a fondé
05:31la dynastie mérovingienne
05:33d'un certain point de vue,
05:35on peut dire
05:35oui,
05:36formellement ?
05:36– Oui, c'est le petit-fils
05:36de Mérové,
05:37c'est ça ?
05:37– Alors oui,
05:38mais la question,
05:39c'est si vous voulez
05:41déclencher un génocide
05:44disant d'historien,
05:45vous les mettez dans une salle
05:46pour décider
05:47si Mérové existait ou pas.
05:49– Bien.
05:49– En gros,
05:50il y aura deux camps,
05:51il y aura des morts.
05:52– On ferait une émission
05:52sur Mérové.
05:53– Voilà,
05:53puis son père,
05:54Childe Eric,
05:54mais Childe Eric,
05:55il se trouve qu'il portait
05:57une bague sur laquelle
05:58il prétendait être roi,
05:59alors que ce n'est pas son titre,
06:01donc on pourrait dire
06:02lui aussi.
06:03Il y avait un certain
06:04Clogio dont on a fait
06:05Clodion qui est encore avant.
06:08Bon,
06:09il y a pas mal de prétendants,
06:10mais disons celui
06:11qui entre vraiment
06:14en royauté
06:15et qui construit
06:16réellement un royaume
06:17Mérovingien,
06:18c'est Clovis Clodé.
06:19– C'est Clovis.
06:20Donc il est faux finalement
06:21de les présenter
06:21comme des conquérants étrangers
06:22qui veulent imposer
06:24leur loi ?
06:25Est-ce que c'est un peu ça ?
06:26On est dans un empire romain
06:28en pleine décomposition,
06:30recomposée ?
06:31– Alors,
06:32conquérants,
06:33ils sont conquérants
06:34par défaut.
06:35En fait,
06:36les francs,
06:37tout nous montre
06:37dans les sources
06:38qu'ils ont été
06:39les plus fidèles serviteurs
06:41de l'empire.
06:42Bien.
06:43Empire d'Occident
06:44dans un premier temps
06:45et nous le verrons peut-être,
06:46Empire d'Orient.
06:46Ils continuent.
06:48Autant qu'ils peuvent,
06:49ils essayent
06:50de servir l'empire.
06:52Mais il se trouve
06:53que l'empire
06:53ne se servant pas lui-même,
06:55finissant par s'effondrer
06:57sous son propre poids,
06:57eh bien,
06:59les francs se retrouvent
07:00un peu bêtes
07:00à garder la frontière
07:02rhénane,
07:03voient passer
07:05toutes les autres
07:06populations rhénanes
07:07qui n'en ont rien à faire
07:08et saisissent
07:09les dépouilles
07:10de l'empire.
07:11Et à un moment,
07:12ils sont grogeants
07:12comme devant,
07:13se disent,
07:13bon,
07:14voilà,
07:15ils rentrent
07:15dans le royaume franc,
07:17enfin,
07:17non,
07:17pardon,
07:17ils rentrent
07:19dans la partie nord
07:20de la Gaule
07:21dont ils vont prendre
07:22le contrôle
07:22un peu par défaut.
07:24Bien.
07:24Et paradoxalement,
07:26ils seront ceux
07:27qui laisseront
07:29l'empreinte
07:31démographique
07:32la plus lourde
07:33puisqu'on estime
07:34qu'à terme
07:35de,
07:37disons,
07:38cette mise en place,
07:39ils auraient présenté
07:40peut-être
07:41jusqu'à un tiers
07:41de la population.
07:43Donc là,
07:43on est quand même,
07:44qu'on le veuille ou non,
07:45finalement,
07:46dans une situation
07:47d'invasion
07:47et d'installation.
07:49Mais,
07:49pour achever
07:50de répondre
07:50à la question
07:51que vous me posiez,
07:52ils ne vont pas
07:53imposer leur loi
07:55et d'ailleurs,
07:56de façon assez intéressante,
07:58les autres royaumes
08:00qui s'installent
08:00dans les autres parties
08:01de la Gaule,
08:02les Visigoths
08:03au sud-ouest,
08:05les Burgondes
08:06au sud-est,
08:09eh bien,
08:09eux non plus
08:10ne vont pas faire ça.
08:12On reviendra
08:13sur cette question
08:13quand on parlera la loi.
08:15Alors,
08:15d'ailleurs,
08:15vous montrez
08:16que Pouamé Rovingien
08:17est loin d'être anarchique.
08:19Comment gouverne
08:20concrètement
08:21un roi mérovingien
08:22au 6ème
08:22ou au 7ème siècle ?
08:24Eh bien,
08:25il gouverne
08:27sur deux bases.
08:28Ça nous ramène
08:28à la notion de loi,
08:29nous le verrons.
08:31Il gouverne
08:32sur la coutume,
08:34ce qu'on appelle
08:35les stames rechtes,
08:37voilà,
08:38c'est-à-dire qu'en fait,
08:38c'est la parole
08:39de la communauté.
08:40C'est l'expression
08:41de ce que
08:42veut la communauté
08:44et sur la réponse
08:45que lui adresse le roi
08:46qui sort de sa bouche,
08:48le monde,
08:49voilà,
08:50la forme d'exercice
08:51du pouvoir délégué
08:53par ce peuple
08:54qui avalise
08:56le pouvoir
08:56de son chef,
08:57de son roi,
08:58appelez ça comme vous voulez,
08:59prenant le nom
09:01de Mundo,
09:01qui est à l'origine
09:03du vieux mot
09:04médiéval français
09:05Mainbourg,
09:07avoir une Mainbourg,
09:08n'est-ce pas ?
09:09Voilà.
09:09Mais au départ,
09:10c'est intéressant,
09:11il y a quelque chose
09:12qui s'apparente
09:13au fonctionnement
09:13de notre démocratie.
09:16une assemblée
09:17qui dit
09:17voilà ce que nous voulons
09:18et qui dit
09:19comme on ne peut pas
09:20se gouverner soi-même,
09:21à toi,
09:23nous demandons
09:24de prononcer
09:25une parole
09:26qui sera
09:27une parole
09:28effective,
09:29qui aura un effet
09:30et qui se vérifiera
09:31en particulier
09:32par la victoire militaire.
09:34Bien.
09:34Et donc,
09:35tant que tu nous apportes
09:36la victoire,
09:36ce qui veut dire
09:37la richesse,
09:37le pouvoir,
09:38etc.,
09:39nous te suivrons.
09:41C'est une sorte
09:41de pacte.
09:43La guerre est aussi
09:44un moyen de gouvernement,
09:45un moyen de légitimer
09:45le pouvoir ?
09:46Alors,
09:47ce n'est pas un moyen
09:48de gouvernement,
09:49parce qu'on ne fait pas
09:50la guerre pour gouverner.
09:52Mais c'est un moyen
09:53d'entretenir,
09:55en fait,
09:55les troupes
09:56qui vous suivent,
09:57parce que tout simplement,
09:58la rémunération,
09:59au départ,
09:59c'est le butin.
10:01Alors,
10:01vous voyez bien
10:01que le problème,
10:02c'est qu'une fois
10:03que les Francs
10:03auront pris le contrôle
10:04de toute la Gaule,
10:06la source va s'assécher.
10:07Bien.
10:08Et il faudra passer
10:09à autre chose.
10:09Et c'est d'ailleurs
10:11lorsque les choses
10:12commencent à se fixer
10:13que les problèmes
10:15des rois mérovingiens
10:17commencent à se poser.
10:18Alors,
10:19quel rôle joue
10:20l'administration
10:21héritée de Rome ?
10:23Les cadres territoriaux
10:24et surtout les évêques,
10:26quel rôle joue-t-il
10:26dans le fonctionnement ?
10:28Alors,
10:29ce sont deux choses différentes.
10:30C'est-à-dire que
10:31les évêques ont,
10:32depuis maintenant
10:33quelques générations,
10:34pris acte
10:35que l'administration romaine
10:37est devenue incapable.
10:40d'abord,
10:41parce qu'il faut dire
10:41que le gouvernement,
10:44pas que de l'Occident d'ailleurs,
10:45mais particulièrement
10:46de l'Occident,
10:48est de plus en plus absent
10:51et confronté en fait
10:52à un cercle vicieux.
10:53C'est que lui aussi,
10:54pour entretenir ses troupes,
10:55il a besoin de butins,
10:56mais en dehors du fait
10:57qu'il ne fait plus de conquêtes,
10:59il enregistre même des défaites,
11:01donc il a moins de ressources.
11:03Bon,
11:03qu'est-ce qu'il fait ?
11:04Il délègue
11:05et comme il a besoin d'impôts,
11:07eh bien,
11:07l'impôt est désormais
11:09imposé aux Romains
11:10au sens le plus brutal du terme
11:12et ça retombe
11:13sur les épaules des élites
11:15qui se retrouvent
11:16devoir saigner
11:17leurs propres habitants.
11:18Que font les élites ?
11:19Ben,
11:19elles fuient.
11:20Elles fuient.
11:21Elles font même,
11:22elles ont même inventé
11:23quelque chose
11:23d'absolument incroyable
11:24à la fin de ce qu'on appelle
11:26le bas-empire,
11:27à la fin de Rome,
11:29des actions en justice
11:31pour poursuivre
11:32la personne
11:32qui vous a désigné
11:33pour vous nommer
11:34à la tête
11:34de votre commune.
11:36C'est absolument extraordinaire.
11:38Et dire,
11:38écoutez,
11:39puisque vous estimez
11:40que je suis si riche que ça
11:41pour prendre la direction
11:42des affaires,
11:43eh bien,
11:43je vous condamne
11:44à les prendre à ma place.
11:45Donc,
11:46l'administration romaine
11:47en fait est quasiment à terre.
11:49Les structures existent
11:50encore formellement,
11:51les termes en particulier.
11:53Donc,
11:53celui de Comès
11:55qui va devenir Comte
11:57et celui de Doux
11:58qui va devenir Duc.
12:00n'est-ce pas ?
12:01Bien.
12:02Alors qu'à côté,
12:03l'Église,
12:04elle,
12:06depuis en gros
12:08la deuxième moitié
12:09du IVe siècle,
12:11lorsque reconnue
12:14imparfaitement,
12:15mais déjà beaucoup
12:17par ce qu'on appelle
12:18l'Édit de Milan,
12:19suite à la victoire
12:21de Constantin
12:21contre Maxence en Occident,
12:23puis finalement
12:23sa victoire complète
12:25contre l'Isinus,
12:26bon,
12:28eh bien,
12:28cette Église,
12:28elle a pris
12:29les choses en main.
12:30Sauf qu'elle va les prendre
12:31dans un ordre différent.
12:33Son modèle,
12:34elle,
12:34ce n'est pas l'Empereur,
12:35ce n'est pas Rome,
12:36c'est le Christ.
12:37Elle est un royaume
12:40de pauvres
12:41au service des pauvres
12:42et donc,
12:43elle va prendre
12:44en charge
12:46les populations
12:48abandonnées,
12:48sans berger,
12:49d'une certaine manière.
12:49et ça se marie très bien
12:51avec la fonction d'évêque.
12:52C'est la raison
12:53pour laquelle
12:53on en a fait
12:54un mauvais procès,
12:56mais les populations
12:57vont chercher
12:59des gens très riches
13:00pour devenir évêque.
13:02Parce que,
13:03au fond,
13:03qu'est-ce qui va se passer ?
13:04Ces gens très riches
13:06vont faire don
13:07de leurs propriétés
13:09ou du moins
13:10les mettre en valeur
13:11pour pouvoir aider
13:13les populations
13:13que l'administration
13:15ne sait plus
13:16que ponctionner.
13:17Donc,
13:17l'Église a vraiment
13:19un aliment structurant
13:20du monde mérovingien.
13:21C'est le seul.
13:22C'est le seul.
13:22Au départ,
13:23en tout cas,
13:24c'est le seul au départ.
13:25C'est-à-dire que,
13:26quand un mérovingien,
13:30quand un franc
13:31pénètre
13:32à l'intérieur
13:33de la Gaule,
13:34de toute façon,
13:34le commesse,
13:35le doux,
13:37tout ce monde-là
13:38a disparu
13:39parce qu'ils n'ont pas
13:39envie de se faire tuer
13:40pour un empire
13:40qui n'existe plus.
13:41Parce que,
13:42quand les francs arrivent,
13:43l'empire est effondré.
13:44Bien,
13:45quand ils s'installent,
13:46en tout cas,
13:47alors que les évêchés
13:49tiennent.
13:50Et d'ailleurs,
13:51parmi les victimes,
13:52il y a un certain nombre
13:53d'évêques.
13:55Eux se font tuer
13:56pour leur population.
13:57Peut-être certains
13:58ont-ils fui,
13:58mais on n'en a pas de grâce.
13:59Alors,
14:00quelle est l'organisation
14:00de la société ?
14:01Parce que vous montrez,
14:02contrairement à l'image
14:03d'un âne sombre,
14:04vous montrez que la société
14:05est structurée,
14:06mais que deviennent
14:06les villes,
14:07les campagnes,
14:07l'économie à cette époque ?
14:09C'est assez décentralisé ?
14:11Alors,
14:11disons-le tout de suite,
14:12ça n'est pas le sujet
14:13sur lequel nous sommes
14:15le plus informés.
14:17D'abord, parce que ce n'est pas
14:18un sujet qui, en tant que tel,
14:19intéresse les Antiques.
14:20Donc, si vous voulez,
14:21nous parlons d'économie,
14:22il faudrait prendre une heure
14:23pour leur expliquer
14:23ce que ça veut dire.
14:24Ils ne voient pas très bien,
14:25nous ne l'avons pas,
14:26mais même eux,
14:27si vous voulez,
14:28n'auraient pas hurlé de joie
14:29à l'idée qu'on leur casse
14:31à la tête avec cette affaire-là.
14:33Donc,
14:33qu'est-ce que l'on perçoit ?
14:35On perçoit très clairement
14:36que les villes déclinent.
14:38Ça,
14:38c'est assez évident,
14:39il y en a pas mal de signes.
14:41On voit bien,
14:42même une ville comme Paris,
14:44si vous voulez,
14:45on finit par organiser
14:46des fêtes dans les arènes.
14:48Ils ont été un peu réaménagés.
14:49Grégoire de Tour
14:50qui voit sa féminine
14:51d'être épaté,
14:52mais la réalité,
14:53c'est que ce n'est pas grandiose.
14:54La réalité,
14:55c'est que les Francs
14:57vont trouver
14:58beaucoup plus intéressant
14:59le système
15:00de la villa romaine.
15:01Rappelons ce que c'est
15:02qu'une villa.
15:03Ça n'est pas une maison
15:05avec un écran plat
15:06et une piscine chauffée
15:07avec un garage
15:09pour la Mercedes.
15:10C'est une organisation économique
15:13pour le coup,
15:14même si le mot
15:14ne dirait pas grand-chose
15:15dans ce sens-là
15:16aux Romains,
15:17qui combine
15:18ce qu'on appelle
15:20une parse rustica,
15:21c'est-à-dire une ferme,
15:23une exploitation,
15:23et une parse urbana
15:25qui est la résidence
15:26très confortable
15:27du maître
15:28de cette exploitation
15:30ou de ses exploitations.
15:31Les Francs,
15:32lorsqu'ils pénètrent,
15:34ils sont effarés
15:34de Vorsay,
15:35ils connaissent déjà un peu
15:36et ils vont
15:37en fait mettre
15:38leurs pieds
15:39dans ce très beau
15:40chausson romain
15:41qui va leur servir
15:43à la fois de base
15:44de gouvernement
15:46et un équivalent
15:47de cours,
15:49de ce que vous voulez,
15:50etc.
15:50– C'est l'ancêtre
15:50des premières fédés
15:52du régime féodal,
15:53finalement.
15:54– Oui, enfin,
15:55voilà.
15:55– On voit poindre…
15:56– Disons qu'on voit
15:57poindre des éléments,
15:59c'est l'objet
15:59d'un débat
16:01sur lequel je ne suis pas
16:01nécessairement le plus compétent
16:03parce que d'abord
16:03je ne suis pas juriste
16:04et deuxièmement,
16:06c'est surtout
16:07les gens
16:08qui sont spécialistes
16:09du système féodal
16:10qui pourraient vous dire…
16:12– C'est l'apparition
16:12des premières séniories.
16:13– Voilà.
16:14Au fond,
16:15oui,
16:15enfin,
16:17ce sont moins
16:18des séniories,
16:19pour l'instant,
16:19ça fonctionne
16:20à l'échelle
16:21essentiellement royale.
16:22Voilà.
16:22Alors,
16:23les grands
16:24ont aussi des propriétés
16:25dont les fameux pipinides
16:27qui vont finalement
16:27prendre le pouvoir
16:28contre les carolingiens
16:30mais c'est un cas d'espèce.
16:32Pour le reste,
16:34les très grandes villas
16:35sont des villas royales
16:38et aussi
16:39les possessions
16:40des monastères
16:41et des évêchés
16:42sont aussi très importantes.
16:44Vous avez,
16:44nous ne sommes pas
16:45très loin de Paris,
16:47ça a laissé
16:47une marque célèbre
16:48sur Paris,
16:49c'est Clichy.
16:50Clichy,
16:50c'est la résidence
16:51favorite de Dagobert.
16:54Voilà.
16:55Et au fond,
16:57ça leur permet,
16:58si vous voulez,
16:59de vivre très bien,
17:00de se stabiliser
17:02et de s'installer
17:04dans un cadre romain,
17:06ce qui va,
17:07enfin gallo-romain
17:08si vous voulez,
17:08mais c'est la même chose
17:09en Italie,
17:10qui va leur permettre
17:12d'avoir un excellent contact
17:13avec les populations
17:15une fois qu'ils auront achevé
17:16de violer leur femme,
17:17couper la tête
17:18de leur mari
17:19et j'allais dire
17:21pour blaguer
17:21de manger leurs enfants.
17:23Donc ça,
17:24c'est la légende
17:24Oui.
17:25C'est la légende
17:26la légende noire
17:27des mers rovagiens.
17:28C'était pas non plus,
17:28c'était une période
17:29un peu violente quand même.
17:30Ils ont envahi la Gaule.
17:33Les autres aussi,
17:33les Visigoths et les Burgondes.
17:35Voilà.
17:35Mais ils n'ont rien fait de pire
17:37que Rome pénétrant
17:38dans une province
17:38dont elle prend le contrôle.
17:40Il faut bien dire
17:40la chose comme elle le sont.
17:42Vous savez,
17:43comme on dit,
17:43les druides
17:45qui faisaient des sacrifices
17:46d'enfants, etc.
17:46on est revenus sur tout ça.
17:48Tout ça,
17:48c'est de la propagande romaine.
17:50Alors,
17:50on imagine souvent
17:51d'ailleurs le monde
17:51mérovingien
17:52comme exclusivement
17:53masculin et guerrier.
17:55Mais vous montrez
17:57dans votre livre
17:57que les femmes,
17:58notamment les reines,
18:00jouent un rôle politique
18:02réel.
18:02Alors,
18:02quel passe-t-il
18:03elles ont réellement
18:03dans le fonctionnement
18:04du pouvoir mérovingien ?
18:06D'une certaine manière,
18:07je vais même,
18:08avant de répondre à la question,
18:09je vais même plus loin
18:10parce que j'avance
18:11une hypothèse.
18:12C'est bien un titre
18:12d'hypothèse.
18:14J'ai plusieurs indices
18:16qui me permettent
18:17de penser
18:17que la façon
18:19dont les mérovingiens
18:21ont littéralement
18:23marié
18:24leur conception
18:25de la femme
18:26avec la vision chrétienne
18:29serait à l'origine
18:31de ce qu'on appelle
18:31la courtoisie.
18:32Donc,
18:33vous voyez qu'on est
18:33très, très, très loin,
18:34si j'ai raison.
18:36Je le démontre
18:37avec quelques éléments
18:38dans l'ouvrage.
18:39On est très, très, très loin
18:41de la brutalité des francs.
18:43Alors, pourquoi ?
18:44Parce qu'au fond,
18:46si on veut chercher
18:49un élément de comparaison,
18:52la société Franck,
18:53on aurait beaucoup de choses
18:54à dire sur l'origine,
18:56où est-ce qu'ils sont.
18:57Vous savez,
18:57on parle à table de Pettinger.
18:59Parfois,
18:59quand on regarde
18:59où ils mettent les francs,
19:00on est un peu surpris.
19:01Puis, on s'aperçoit
19:02qu'en fait,
19:03les francs ne proviennent pas
19:04d'un endroit
19:05où on nous dit
19:05qu'il y a des francs.
19:06C'est compliqué.
19:07Mais au fond,
19:07ce sont des Nordiques.
19:09Et,
19:11je me suis intéressé
19:12à un moment
19:13dans le cadre
19:13des questions
19:14que nous avions
19:14intéressées sur la Cagne,
19:16nous avons dû enseigner
19:18l'histoire des Vikings,
19:19des Normands,
19:20à nos étudiants.
19:21Et là,
19:22j'ai été stupéfait
19:22de ce que j'ai découvert
19:23parce que je ne le connaissais pas,
19:25je ne le savais pas
19:26vraiment très en pointillé.
19:28En fait,
19:29la société Franck,
19:30à son origine,
19:31ressemble beaucoup
19:31aux sociétés nordiques.
19:32Or,
19:33la particularité
19:34des sociétés nordiques
19:35du point de vue
19:36de cette question,
19:37c'est que lorsque
19:38les hommes partent,
19:40eh bien,
19:40les femmes prennent
19:41réellement la direction
19:42de la société
19:43jusqu'à une direction politique.
19:45Ce n'est pas une simple
19:46régence.
19:47C'est,
19:49comment dire,
19:50oui,
19:51enfin,
19:52sauf que
19:53la régence,
19:54théoriquement,
19:55elle dure jusqu'à
19:56l'accès,
19:58si vous voulez,
19:58des aînés
19:59à leur majorité.
20:00C'est plutôt
20:01un relais.
20:02Et ceci est considéré
20:03comme normal.
20:04Et donc,
20:05les femmes
20:06normandes,
20:07vikings,
20:07même si maintenant,
20:09on rappelle que vikings
20:10est simplement
20:10une sorte de qualificatif,
20:12tout ce qu'on veut,
20:12etc.
20:14Bon,
20:14c'est un peu compliqué,
20:15disons.
20:16ces femmes
20:17dirigent à des hommes
20:18en d'autres,
20:19et ça paraît
20:19parfaitement normal.
20:21Et si jamais,
20:22à ce retour,
20:23le mari apprend
20:24qu'on n'a pas respecté
20:25sa femme,
20:26ça se passe très mal.
20:27Eh bien,
20:27on observe ça
20:28chez les francs.
20:29Bien.
20:30Alors,
20:32de la coupe aux lèvres,
20:33il y a parfois long,
20:34n'est-ce pas ?
20:37Il reste aussi
20:38que nous avons
20:39des histoires
20:40de femmes
20:42qui nous amènent
20:43à penser
20:44que par ailleurs,
20:45les francs
20:46ont aussi intégré
20:47un certain nombre
20:48de conceptions
20:49d'origine romaine.
20:50Et nous savons
20:51en particulier,
20:52c'est la geste
20:53tout à fait dramatique
20:55de l'épouse
20:57du roi d'Austrasie
20:58qui s'appelle
20:58le Sigibère.
21:00Cette épouse,
21:02voilà,
21:03c'est Brunichilde
21:04ou Bruneau,
21:05comme vous voulez.
21:06Enfin,
21:06Bruneau,
21:07c'est vraiment
21:07très très loin
21:08du nom originel.
21:09Je préfère franchement
21:10Brunichilde.
21:11Elle va le terminer,
21:12comme vous le savez,
21:13très très mal.
21:14et précisément,
21:16elle va être mise à mort
21:17comme une femme,
21:18vous voyez,
21:19pour dire,
21:19une femme n'a pas
21:20à prendre le pouvoir
21:21parce qu'on lui prête
21:23l'intention
21:24d'avoir voulu
21:25être une sorte
21:26de régente d'Austrasie.
21:27Ce que formellement,
21:29de toute façon,
21:29elle ne pouvait pas être.
21:30– Alors,
21:31je voudrais,
21:32vous voulez parler
21:33de la loi,
21:34c'est une loi qui est écrite,
21:35c'est une loi orale,
21:37parce qu'on imagine souvent
21:39une période
21:40prédominée par l'oral.
21:41Mais alors,
21:42quelle est la place
21:42de l'écrit,
21:43du droit
21:43et des lois
21:44sur les maires
21:45au Vingien ?
21:46– Alors,
21:47c'est très différent,
21:47imaginez-vous,
21:49chez les maires au Vingien
21:50et chez les autres royaumes.
21:51C'est-à-dire que
21:52les autres royaumes
21:53présents en Gaule,
21:54les Visigoths
21:55et les Burgondes,
21:55nous le disions,
21:56sont allés
21:57beaucoup plus loin
21:58et sont véritablement
21:59allés jusqu'à
22:01élaborer
22:01ce qu'on appelle
22:02les lois.
22:03Les maires au Vingien,
22:05eux,
22:05ils finissent par élaborer
22:07dans des circonstances
22:08très brumeuses
22:09ce qu'on appelle
22:10le pactus légis salicae,
22:13c'est-à-dire
22:13des dispositions
22:15de type légal
22:17dont on dira
22:18que ce serait
22:20à l'origine
22:20de la loi salique,
22:21sauf que
22:22la loi salique
22:23n'est en fait
22:24qu'une interprétation
22:25complètement détournée
22:26d'un article
22:27qui était
22:28l'article 59
22:29dont on a fini
22:30par faire
22:30l'article 62,
22:31je ne sais pas pourquoi,
22:33un moyen
22:34d'expliquer
22:35que le roi
22:36d'Angleterre
22:36ne pouvait pas
22:38arriver
22:39sur le trône
22:39de France
22:40parce qu'il avait
22:41certes épousé
22:42une fille
22:43de roi
22:43mais justement
22:44le pouvoir
22:45ne pouvait pas
22:45passer par elle.
22:46Donc vous voyez,
22:47c'est très très détourné.
22:50Le pacte,
22:52ce que nous appelons
22:53la loi salique,
22:54n'avait absolument
22:55pas cette intention.
22:56Alors,
22:57qu'est-ce que c'est
22:57formellement ?
22:58Eh bien,
22:59en fait,
22:59on dirait
23:00que c'est plutôt,
23:01je parlais tout à l'heure
23:02des Stammesrechts,
23:03c'est-à-dire
23:04l'expression
23:05de la coutume,
23:07au sens de l'expression
23:09de la volonté
23:09du peuple,
23:10on est très proche
23:12de la mise
23:12écrite de cela.
23:14C'est-à-dire qu'au fond,
23:15on se met d'accord
23:16sur un certain nombre
23:18de dispositions
23:20qui vont donner lieu
23:22à des peines tarifées,
23:25n'est-ce pas ?
23:26Ce qu'on appelle
23:27le verguelde,
23:28n'est-ce pas ?
23:28C'est le prix de l'homme,
23:30bien,
23:30en fonction
23:31d'un certain nombre
23:32d'infractions
23:33qui vont être fixées.
23:34C'est-à-dire,
23:34on fait,
23:35au fond,
23:36quelque chose
23:37qui ressemble
23:37à ce qu'un Romain fait.
23:38On fait une aberration.
23:40C'est-à-dire,
23:40on met par écrit
23:40de l'oral.
23:41Oui.
23:42Bien.
23:42Alors que la particularité
23:44des Stammesrechts,
23:45c'est que
23:46cette forme orale,
23:48elle évolue
23:49à mesure
23:50de l'expression
23:51de la volonté populaire.
23:52Bien.
23:53Et c'est le monde royal,
23:55nous revenons
23:55à ce que nous disions
23:56tout à l'heure,
23:57qui lui reconnaît
23:58cette valeur.
23:58Donc vous voyez
23:59qu'on a changé de registre.
24:00On fait du Romain,
24:01on fait de la loi.
24:03Évidemment,
24:03quel est le modèle
24:04de tous ?
24:05C'est-à-dire,
24:05c'est le code théodosien.
24:08Il est quand même
24:08très proche,
24:10chronologiquement.
24:11Bon.
24:11S'il ne me trompe pas,
24:12c'est 418.
24:14Mais nos auditeurs
24:15vérifieront,
24:16je ne suis pas
24:16plus sûrement certain,
24:17je crois que c'est ça.
24:18En tout cas,
24:18c'est très très récent.
24:20Tout le monde
24:21se réfère au code théodosien.
24:24Le pactus légis salicae,
24:26assez peu,
24:27finalement.
24:28On en voit bien
24:29des traces.
24:29Mais c'est quand même
24:30très très germain.
24:31Et c'est tellement germain
24:32qu'alors même
24:34que Clovis
24:34est supposé
24:35être catholique,
24:37il y a encore
24:38de belles traces païennes
24:39dans un certain nombre
24:40de pratiques.
24:41Voilà.
24:42Le problème,
24:43pour terminer,
24:44sur ce point,
24:45étant que
24:46nous ne réussissons pas
24:48à fixer
24:48de façon claire
24:49le moment
24:50où elle a été
24:51soit commencée,
24:52soit rédigée,
24:53soit achevée.
24:55Et ça va
24:56quand même
24:58de Childe d'Éric,
24:59donc le père
25:00de Clovis.
25:01Oui.
25:02Certains font même
25:02remonter
25:03quelques dispositions
25:04à Claudio.
25:05Vous voyez ?
25:05Donc vraiment
25:06l'ancêtre.
25:07Jusqu'au milieu
25:09du VIe siècle.
25:10Même si on pense
25:12que l'essentiel
25:14de la mise en forme
25:15se fera
25:15pendant les dernières années
25:16du règne
25:17de Clovis-Claudovec.
25:19Alors je voudrais
25:20maintenant aborder
25:21la légende noire
25:22des Mérovingiens.
25:24J'ai de quoi faire.
25:25Donc effectivement,
25:26je disais,
25:26une introduction,
25:27roi fainéant,
25:28violent,
25:29donc est-ce que c'est
25:30un mythe politique
25:32finalement ?
25:33Donc à quel moment
25:34d'abord apparaît
25:35l'expression
25:35roi fainéant
25:37et dans quel contexte
25:38précis,
25:39politique ?
25:40Alors elle apparaît
25:41au XVIIe siècle,
25:42imaginez-vous.
25:44L'année
25:44de la mort
25:45de Louis XIII,
25:47le secrétaire
25:48perpétuel
25:49de l'Académie française,
25:51dont j'ai oublié
25:51le nom,
25:53mais comme il est
25:54perpétuel,
25:54il se rappellera
25:55lui-même,
25:57écrit une histoire
25:58de France
25:59depuis Faramon,
26:00excusez du peu,
26:01bien,
26:02jusqu'à Louis le Juste.
26:03Louis le Juste,
26:04c'est Louis XIII
26:05qui vient de mourir.
26:06Bien.
26:07Et il utilise
26:09le premier,
26:10l'expression
26:10roi fainéant,
26:12bien,
26:13ce qui veut dire
26:14en fait,
26:14roi fainéant.
26:18La distinction,
26:19c'est un secrétaire
26:20perpétuel
26:20de l'Académie française,
26:21excusez du peu,
26:23est importante.
26:24Bon.
26:25On est ici
26:26au milieu
26:27du XVIIe siècle.
26:29Alors,
26:31d'où est-ce
26:32que ça sort ?
26:32Eh bien,
26:33c'est une interprétation
26:36volontairement
26:38outrée
26:40d'un texte
26:41du biographe
26:42de Charlemagne
26:43qui s'appelle
26:44Einhard
26:44ou Ejahard,
26:46si vous voulez,
26:46le petit nard,
26:47c'est-à-dire celui
26:49dont la science
26:50sent très très bon,
26:51c'est ça que veut dire
26:51son nom,
26:52en fait,
26:52c'est un surnom.
26:53Voilà,
26:53le petit nard.
26:54Eh bien,
26:55le petit nard
26:56qui compose
26:56la première biographie
26:58médiévale,
26:58vous le rappelez,
26:59la Vita Caroli,
27:00vie de Charlemagne,
27:04n'est-ce pas,
27:05va ouvrir
27:06sa vie de Charlemagne
27:07par un chapitre
27:08qui est un véritable
27:10massacre
27:11de la mémoire
27:12mérovingienne.
27:13Que dit-il ?
27:15Il dit,
27:16ce qu'on utilisera
27:17plus tard
27:18pour justifier
27:18l'arrivée
27:19des Capétiens
27:19au pouvoir,
27:20qu'en fait,
27:22les rois mérovingiens
27:24sont des non-rois.
27:25Ils n'ont de roi
27:26que le nom,
27:27c'est sa grande thématique.
27:29Et,
27:29au bout du compte,
27:31l'idée
27:31des Jean-Hard,
27:33c'est
27:33ces rois
27:34sont des rois
27:35qui n'ont rien
27:35fait,
27:37voilà,
27:37ni il fâcheré,
27:39et n'ont pas
27:40fait néant,
27:41vous voyez,
27:42c'est au bout du compte,
27:42on aboutit,
27:44ils n'ont rien fait,
27:45donc ils ont fait
27:46du néant,
27:46au bout du compte,
27:48et donc ils sont faits néant,
27:49sauf que le mot
27:50n'a plus le même sens
27:50à l'arrivée.
27:51Voilà l'histoire du mot.
27:52D'accord,
27:53l'histoire du nom,
27:53mais ce nom,
27:54cette caricature,
27:55elle a résisté
27:56au travers des siècles,
27:58alors qu'elle ne concerne
27:58que les derniers
27:59mérovingiens ou tout ?
28:00Sauf que,
28:01quand vous lisez
28:01le premier chapitre
28:02de la Vita Caroli,
28:06Einhard
28:07ne dit pas
28:08que ça viserait
28:09tel ou tel roi.
28:10Il parle des rois
28:11mérovingiens
28:12en tant que tels
28:13comme des rois
28:13qui ont laissé du néant.
28:15C'est-à-dire,
28:15au fond,
28:16qu'est-ce qu'il fait ?
28:16Comme il ouvre
28:17sa biographie de Charlemagne,
28:19il commence par faire
28:19le bilan.
28:21Alors,
28:21on peut comprendre
28:22qu'il fait le bilan,
28:23donc qu'il se réfère
28:24à la fin,
28:25sauf que formellement,
28:26il parle des rois
28:27mérovingiens.
28:28Et les Carolingiens
28:30vont sauter
28:30sur l'occasion
28:31parce que vous comprenez
28:32le problème,
28:33c'est qu'ils ont fait
28:34quand même
28:35une petite série
28:36de coups d'État
28:36pour arriver au pouvoir
28:37nos braves.
28:38– C'était pour légitimer
28:39le coup d'État
28:40de Pépin le Bref ?
28:41– Voilà,
28:42en disant,
28:42écoutez,
28:43et c'est l'argument
28:44que fait Pépin le Bref ?
28:46Eh bien,
28:47il prend contact
28:48avec le pape
28:48et il lui pose
28:49cette question célèbre.
28:50Qui est le roi ?
28:51Celui qui dit
28:53qu'il l'est,
28:54n'est-ce pas ?
28:54Comme dirait les enfants.
28:55Bien.
28:56Ou celui
28:57qui l'est véritablement.
28:59Et réponse,
29:00voilà,
29:00eh bien,
29:01c'est celui
29:01qui l'est véritablement.
29:02Et au fond,
29:03il utilise cette rhétorique.
29:04– Alors,
29:05cette caricature résistée,
29:06elle est même continuée,
29:07elle a été amplifiée
29:08au XIXe siècle.
29:09On en a même rajouté
29:10sur la violence,
29:11sur les femmes également
29:12qui étaient incapables
29:13de gouverner.
29:14– On les a oubliées
29:15au XIXe siècle,
29:16c'était un peu la règle.
29:17Là,
29:18on a fait de belles vignettes,
29:19j'en ai d'ailleurs eu une,
29:20j'aurais dû la garder,
29:22mais vous voyez,
29:22comme on est enfant,
29:23on ne se rend pas compte.
29:24Voilà.
29:24Vous savez,
29:25à l'époque,
29:26on gagnait de belles images.
29:27– Les bons points à l'école.
29:28– Les vignettes
29:28de la poulain.
29:29– Voilà,
29:30exactement.
29:30Mais c'était mieux que ça.
29:32C'était la communale,
29:33donc c'était des vraies belles images
29:34qu'on gagnait
29:35après une série de bons points.
29:36Et donc,
29:37j'avais gagné
29:37la fameuse image
29:38du roi fénéant,
29:39c'est-à-dire installée
29:40sur ses coussins,
29:42sur son charabeau,
29:43voilà,
29:44que décrit d'ailleurs
29:46Einhard
29:46dans la Vita Caroli.
29:48Bon,
29:48alors on oublie de dire
29:49que tous les empereurs romains
29:51se déplaçaient comme cela.
29:52Pourquoi ?
29:53Parce que,
29:55essayez donc
29:55de traverser
29:57l'Empire romain
29:57à cheval.
29:58Vous allez,
30:00votre règne se termine,
30:01on vous enterre,
30:02vous n'êtes plus utile à rien.
30:03Donc,
30:04on se mettait des coussins
30:05partout.
30:06Voilà.
30:07Et évidemment,
30:08si on avait pu prendre
30:08une photo de Théodos
30:09se déplaçant,
30:10ça aurait donné
30:11exactement la même chose.
30:12Alors,
30:13font-ils du néant ?
30:14Sont-ils des fénéants ?
30:17Ils n'arrivent plus
30:19à exercer leur pouvoir.
30:20Ça,
30:20c'est clair.
30:21Mais dans ce cas-là,
30:22nous avons beaucoup
30:23de dirigeants actuellement
30:24dans le monde
30:24dans lequel nous sommes,
30:25peut-être pas très loin d'ici,
30:26qui sont des fénéants.
30:28Parce que la réalité,
30:29c'est que,
30:31bon,
30:31que gouverne-t-il ?
30:32Quel est leur pouvoir ?
30:34Et au fond,
30:34ces rois mérovingiens
30:35se sont laissés prendre
30:38le pouvoir
30:39par des gens
30:40qui, au départ,
30:41étaient leurs serviteurs,
30:42les fameux premiers du palais,
30:44maillors,
30:45enfin, premiers de la maison,
30:46de la domesticité,
30:47maillors d'hommes,
30:49maillors palatii,
30:51palatii, pardon,
30:52excusez-moi,
30:53maires du palais,
30:54au bout du compte.
30:55Ce sont ces maires du palais
30:56qui vont,
30:58au départ,
30:59servir les rois,
31:00ils s'occupent
31:00de leur domesticité,
31:02les repas trois fois par jour,
31:03vous avez besoin d'un cheval
31:04pour aller à la chasse,
31:05vous avez besoin d'hommes
31:06pour faire la guerre,
31:07voilà.
31:08Et puis,
31:08ils vont se trouver
31:11mêlés
31:12à des conflits
31:13internes à la royauté
31:14dont ils vont tirer
31:15finalement profit,
31:16et puis,
31:17à des minorités,
31:18ils vont même mettre
31:19des rois sur le trône,
31:21voilà,
31:21parce qu'ils disent
31:22que c'est plus prudent
31:23d'être une éminence grise
31:25que d'être au pouvoir,
31:26et puis,
31:26au bout du compte,
31:27eh bien,
31:28Charles Martel
31:28va s'y essayer,
31:30ses fils vont s'y essayer,
31:31et finalement,
31:32l'un d'entre eux
31:34va prendre le pouvoir
31:36et l'installer.
31:37– Et parce qu'il y a quand même
31:39une carence
31:39de ces derniers rois
31:41mérovingiens,
31:41c'était quoi le…
31:42– Mais une carence,
31:43c'est-à-dire que,
31:43si vous voulez,
31:45au fond,
31:45ça nous ramène,
31:46c'est une réflexion générale
31:47sur ce qu'on appelle
31:49l'autorité,
31:50c'est-à-dire que,
31:51si on réfléchit bien,
31:52les Romains avaient bien
31:53compris ça,
31:54l'autorité,
31:55c'est quelque chose
31:55qu'on vous concède.
31:57Et au fond,
31:58si les troupes de Napoléon
31:59ne veulent pas combattre,
32:01il n'y a pas de Napoléon.
32:02Si les troupes de César
32:03ne veulent pas combattre,
32:04ils ont beau être César,
32:05Napoléon, Alexandre,
32:07voilà.
32:07La réalité,
32:08c'est qu'on a fini
32:09par ne plus vouloir
32:10obéir à ces rois,
32:12mais n'ont-ils rien fait ?
32:14Bruno Dumézil,
32:17quelqu'un pour lequel
32:18j'ai beaucoup d'admiration
32:21et qui produit des études
32:22souvent très, très éclairantes,
32:26a fait un décompte
32:28du nombre d'actes
32:30qu'on peut attacher
32:31au roi mérovingien
32:32et a imaginé,
32:34compte tenu du fait
32:36que nous avons perdu
32:37un nombre considérable
32:38de pièces,
32:39et ce décompte montre
32:41que les derniers rois mérovingiens
32:43n'ont pas pris
32:45moins d'actes roineaux,
32:47voilà,
32:48n'ont pas donné forme
32:49à moins d'actes royaux
32:51que leurs prédécesseurs.
32:52On est donc très, très loin,
32:54autant qu'on puisse le calculer.
32:56Alors, il a donné
32:57des estimations,
32:59je ne me lancerai pas là-dedans,
33:00mais en tout cas,
33:02sa démonstration est très probante
33:03et elle montre qu'au fond,
33:05ils continuent à gouverner,
33:07mais de plus en plus
33:07dans des domaines restreints.
33:10Et l'essentiel du politique
33:12finit par leur échapper.
33:13Alors, corps défendant,
33:14certains sont mineurs.
33:15– Oui.
33:16– Oui.
33:17Donc, évidemment…
33:18– Alors, pour conclure,
33:19si vous deviez résumer
33:20en une idée ou deux
33:21ce que nous devons
33:22aux mérovingiens,
33:24ce qu'on leur doit concrètement
33:25sur le plan politique,
33:27sur le plan territorial,
33:29et est-ce qu'on peut dire
33:30que certaines structures
33:31de la France médiévale
33:32et plus généralement
33:33de l'Europe occidentale
33:34préforment
33:36sous la dynastie mérovingienne ?
33:38– Écoutez, je vais vous faire plaisir.
33:40Je vais répondre avec deux mots.
33:41On leur doit la France.
33:43– Oui.
33:44– Et tout ce que ça veut dire.
33:47Je rappelle quand même
33:48à ceux qui nous écoutent
33:49que notre pays porte leur nom,
33:51jusqu'à preuve du contraire.
33:52Il ne s'appelle pas la Gaule.
33:54Et je précise que,
33:56contrairement à l'image
33:57qu'avait donnée le XIXe siècle
33:59qui voulait effacer
34:00la référence à Clovis
34:01parce qu'évidemment,
34:02c'était la référence au baptême,
34:04qu'il n'a jamais existé de Gaule.
34:06Ça n'existe pas, la Gaule.
34:08Ça n'existait pas autant des Gaulois,
34:10n'en parlons pas,
34:11ça n'existait pas plus
34:12à l'époque des Romains.
34:13Vous aviez un nombre,
34:15on parlait des sept provinces
34:16à la fin quand même,
34:17vous voyez.
34:17Bon.
34:18Et puis, certaines étaient en Belgique,
34:19étaient en Allemagne.
34:20Moi, je veux bien envahir
34:21l'Allemagne et la Belgique.
34:22Mais si vous voulez,
34:23on a déjà pas mal de problèmes
34:24comme ceux-là.
34:25La réalité, c'est que la Gaule
34:27n'a jamais existé en tant que telle.
34:29Elle a une capitale
34:30un peu quand même décentrée.
34:32Qui fait la France ?
34:34Qui la conquiert ?
34:36Qui lui donne sa première forme ?
34:38Eh bien, ce sont les mérovingiens.
34:39Qui lui donne sa capitale ?
34:41C'est Clovis.
34:42C'est Clovis qui, en 508,
34:47excusez-moi,
34:48qui, en 508,
34:49après avoir battu un an
34:51avant les Vésigots,
34:52décide de se donner une capitale
34:54pour faire de lui un roi sérieux.
34:56Et il choisit Paris,
34:57qui n'a jamais été la capitale
34:59d'autre chose
34:59que la petite cité des Parisis,
35:01qui n'est quand même pas grand-chose.
35:03Et on pourrait...
35:0433 monuments parisiens
35:06sont d'origine mérovingienne.
35:09Notre vision de la femme,
35:11pour partie,
35:12le début de la transformation,
35:14je le pense aussi,
35:15est due aux mérovingiens.
35:17Notre vision des relations
35:19entre l'Église et le pouvoir
35:21vient des mérovingiens.
35:22Notre conception moderne
35:24de la sainteté
35:24est fondée à l'époque mérovingienne.
35:27En gros, à part l'économie
35:28qui n'intéresse pas les francs,
35:30comme nous l'avons dit,
35:30pas plus que leurs prédécesseurs.
35:32On leur doit l'essentiel.
35:34– Eh bien, Michel Fouquet,
35:35merci beaucoup.
35:36Je renvoie à votre livre
35:37« Ce que nous devons aux mérovingiens »
35:38par Richard Mocolin en 2024.
35:42Et puis, effectivement,
35:43ces 300 ans de dynastie,
35:45il y a beaucoup à dire.
35:47Donc, je vous invite...
35:48Vous me parliez aussi
35:49de Bruno Demézil,
35:50qui a écrit pas mal de choses sur...
35:52– Ah oui, qui a écrit
35:52de remarquables ouvrages,
35:54une très belle biographie de Bruno.
35:56Et un livre très intéressant
35:57qu'on m'a demandé de critiquer
36:00au sens noble du terme,
36:01c'est-à-dire d'en dire
36:02tout le bien que je pense,
36:04qui s'appelle
36:04« L'Empire mérovingien ».
36:06– L'Empire mérovingien.
36:07– Voilà, qui est provocateur,
36:08c'est un peu le genre de cet auteur
36:11que j'apprécie beaucoup
36:12et qui est vraiment...
36:13qui a beaucoup renouvelé
36:14notre façon de voir ces mérovingiens.
36:16Donc, le vote, c'est ce que nous devons
36:18aux mérovingiens.
36:20C'était Passé-présent,
36:21l'émission historique de TVL,
36:22présentée en partenariat
36:24avec la revue d'Histoire européenne.
36:26Avant de nous quitter,
36:27vous n'oubliez pas, bien sûr,
36:28de cliquer sur le pouce levé
36:29sous la vidéo
36:30et de vous abonner
36:31à notre chaîne YouTube.
36:32Merci et à bientôt.
36:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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