- il y a 17 heures
Dans une Europe en pleine décomposition, un homme accusé de délit d'opinion par les autorités est contraint à la fuite. De la Pologne à l'Allemagne, de l'Italie à l'Angleterre, de la Belgique à la France, en guerre civile, il traverse un continent au bord de l'effondrement...
Avec son premier roman, "Le retour du roi", l'historien David Engels livre une dystopie sombre sur le déclin de l'Europe jusqu'à son achèvement total : violences multiethniques, gouvernements en fuite, jeunesse livrée à elle-même. Qui y a-t-il encore aujourd'hui de sauvable dans cet Occident qui dérape ? L'auteur rappelle qu'être européen n'est pas un hasard mais une mission au service de certains idéaux comme l'idéal chevaleresque ou l'idée qu'il a d'un empire chrétien. Alors que l'ère des partis semble révolue et qu'advient celle des grands hommes, David Engels prône la formation de petites sociétés parallèles de résistance antisystème, tant qu'il en est encore temps...
Avec son premier roman, "Le retour du roi", l'historien David Engels livre une dystopie sombre sur le déclin de l'Europe jusqu'à son achèvement total : violences multiethniques, gouvernements en fuite, jeunesse livrée à elle-même. Qui y a-t-il encore aujourd'hui de sauvable dans cet Occident qui dérape ? L'auteur rappelle qu'être européen n'est pas un hasard mais une mission au service de certains idéaux comme l'idéal chevaleresque ou l'idée qu'il a d'un empire chrétien. Alors que l'ère des partis semble révolue et qu'advient celle des grands hommes, David Engels prône la formation de petites sociétés parallèles de résistance antisystème, tant qu'il en est encore temps...
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00:00– Bonjour à tous, bienvenue dans notre Zoom et bonjour à notre invité David Engels.
00:10– Bonjour et merci de me recevoir.
00:13– David Engels, historien belge, vous enseignez l'histoire mondiale à Lissesse en Vendée,
00:18vous êtes aussi l'auteur de plusieurs ouvrages sur la crise identitaire européenne,
00:23le déclin, Renovatio Europae, que faire, vivre avec le déclin de l'Europe ?
00:30Et voici le dernier, un roman, le retour du roi, un titre tiré de l'imaginaire de Tolkien,
00:39publié aux éditions du Verbeau, tenu par Sylvain Durin, que l'on salue au passage.
00:45Alors le résumé, avant de passer aux questions, le voici dans une Europe future,
00:51en pleine décomposition, un homme accusé de délit d'opinion par les autorités
00:57est contraint à la fuite, de la Pologne à l'Allemagne, de l'Italie à l'Angleterre,
01:01de la Belgique à une France en guerre civile, tiens, tiens,
01:04il traverse un continent au bord de l'effondrement.
01:08Alors vous décrivez justement ces nations européennes totalement à la dérive,
01:13livrées à des violences multiethniques où les gouvernements,
01:17en tout cas c'est le cas de la France, est en fuite où les jeunes sont complètement
01:23abandonnés à eux-mêmes, bref, un chaos total.
01:26Qu'est-ce qui peut expliquer un tel avenir possible, éventuel, pour notre continent ?
01:32– Oui, voilà, bon je suis généralement peu connu pour des ouvrages optimistes
01:36sur le futur, donc c'est pas étonnant que j'essaye de dresser ici un portrait romanesque
01:42de toute une série de pronostics que j'avais déjà essayé de développer
01:47d'une manière un peu plus analytique dans les essais dont vous parliez.
01:52Et en effet, j'ai l'impression que la vague actuelle du brookisme,
01:58de cette philosophie de déconstruction totale, est en train de se mener soi-même
02:03à l'absurde finalement, et de générer en effet ce genre de symptômes,
02:09que ce soit l'autoritarisme avec la censure qu'on connaît très bien
02:13de certains gouvernements, de l'Union européenne, l'exacerbation des problèmes
02:18liés à l'immigration de masse, la dysfonction de toute une série d'institutions,
02:22et puis évidemment aussi la faiblesse stratégique, presque mortelle, de l'Europe
02:27face aux grandes puissances qui l'entourent.
02:30Tout cela fait un cocktail assez toxique, et si nous n'arrivons pas à y apporter
02:38des solutions, et je n'ai pas l'impression qu'on est en train de le faire,
02:42tôt ou tard, ça va en effet mener à ce genre d'événement tel que je l'ai décrit
02:47dans ce roman qui est très légèrement un roman d'anticipation,
02:51qui joue dans une petite dizaine d'années, pour ainsi dire,
02:56et qui essaye de justement montrer ce qui peut arriver très bientôt.
03:03– Vous pensez que c'est vraiment le wokisme qui est à la conjonction
03:06de tous les mots que rencontre l'Europe ?
03:09– Je dirais que c'est surtout cette crise identitaire européenne
03:12dont le wokisme est l'expression suprême, qui est responsable pour à la fois
03:17la crise de la famille, l'immigration de masse, le déclin démographique,
03:21notre incapacité finalement de nous projeter dans un futur de longue durée,
03:26l'échec du système d'éducation, notre doute par rapport à notre propre identité.
03:34Mais quand je parle de wokisme, je ne parle évidemment pas maintenant
03:38d'un mouvement idéologique récent.
03:40Pour moi, le wokisme est l'achèvement d'un pseudo-humanisme
03:46dont les racines remontent presque à un demi-millénaire.
03:48– No future, disaient les punks dans les années 80.
03:52– Oui, voilà, je crois que cette idée tout à fait fausse, presque mortelle,
03:58de dire que l'homme est la mesure de toute chose,
04:00devait tôt ou tard mener alors à une déconstruction totale de notre civilisation.
04:06Et je crois que c'est nous qui avons le privilège fort douteux
04:10d'assister à ce moment-là où il n'y a plus rien qui reste
04:14des dernières certitudes qu'on avait encore en tant que civilisation.
04:18C'est une chance d'un certain point de vue, c'est une tragédie d'un autre.
04:21– Alors il est question dans votre roman du déclin de l'Occident,
04:25évidemment jusqu'à son achèvement total, qu'est-ce qu'il y a de sauvable
04:30dans ce qui est aujourd'hui devenu l'Occident ?
04:33– Je crois qu'il y a deux aspects.
04:35Il y a un aspect qui est plutôt politique évidemment,
04:37et on en avait parlé justement sur ce plateau il y a deux ans je crois aussi,
04:41quand on parlait de mon livre, Défendre l'Europe civilisationnelle,
04:44où j'avais essayé de montrer ce que je répète sous une autre forme dans ce roman,
04:49c'est-à-dire que si nous considérons ce faux humanisme
04:53comme l'antithèse de la valorisation de la transcendance
04:57et de la tradition du Moyen-Âge, je crois qu'on s'approche d'un genre de synthèse
05:01que j'ai souvent appelé comme étant le retour rationnel à la tradition
05:06et qui serait un genre de phase d'achèvement,
05:09mais aussi une phase finale dans l'évolution de cette civilisation occidentale.
05:15Donc ça c'est un aspect d'un certain point de vue positif
05:18parce qu'il nous permettra de surmonter la déconstruction totale
05:22par le choix volontariste pour la tradition.
05:26Il y a l'autre aspect qui est probablement plus présent maintenant dans le roman,
05:30et ça c'est l'aspect individuel.
05:33Nous avons trop souvent tendance, surtout je crois en tant que conservateur,
05:38hélas, de croire que notre destin individuel, notre bonheur,
05:44même notre salut d'âme dépend d'un certain point de vue d'événements politiques,
05:48mais il n'en est rien évidemment.
05:50Nous sommes tous immédiats, directement immédiats par rapport à Dieu,
05:56en tout temps, en tout espace, en toute situation,
05:59et ce choix-là, c'est-à-dire ce choix de chercher Dieu,
06:04la transcendance en nous-mêmes et d'essayer justement de trouver ce repos en nous-mêmes
06:07est finalement indépendant de ce qui se passe aussi dehors.
06:11Ça ne veut pas dire qu'il faut rentrer dans un genre de quiétisme ou de défaitisme,
06:16loin de là, mais c'est un combat intérieur que malheureusement,
06:20je trouve que la droite ne mène pas très souvent, ne met pas très souvent devant.
06:24– Où est-ce qu'il faut placer le curseur, justement, entre le quiétisme et la guerre civile ?
06:29– Oui, oui, absolument.
06:31Mais comment être crédible, surtout en tant que, non seulement en tant qu'homme politique,
06:37mais en tant qu'exemple quelconque,
06:40si d'abord nous n'avons pas trouvé en nous-mêmes cette possibilité de repos ?
06:45Et je le dis souvent, et c'est pour ça que l'idée du roi apparaît aussi dans ce livre
06:50-là,
06:51que la droite politique, elle manque cruellement d'exemples humains véritablement convaincants.
06:58Je l'ai dit souvent sur d'autres plateaux,
07:01si on cherchait quelqu'un où je pouvais dire à mes fils, par exemple,
07:05tiens, quand tu seras grand, tu devras ressembler à celui-là ou à celui-là,
07:08c'est certainement pas Donald Trump qu'on va pointer comme exemple.
07:12– Quel problème de l'incarnation vous pointez ?
07:14– Il faut déjà devenir soi-même l'incarnation de ce qu'on veut mettre en avant comme exemple.
07:19Et je trouve que ça, ça manque cruellement.
07:21Et dès lors, il y a dans une droite politique, très souvent, un certain manque de crédibilité.
07:26Les idées sont bonnes, sans doute, mais quand on dit,
07:29et c'est qui qui les incorpore, concrètement,
07:33on se décharge trop souvent dans une logique purement économique, sociale, politique,
07:41en ne mettant pas du tout assez en avant l'exemple personnel.
07:45– Qu'est-ce que vous répondriez à ceux qui pensent que c'est le sens de l'histoire
07:49de voir des civilisations disparaître, être remplacées par d'autres ?
07:53– Je crois que c'est sans doute ce qui est en train de se passer.
07:57Depuis des millénaires, je travaille beaucoup sur d'autres civilisations humaines,
08:02que ce soit la Chine, l'Inde, l'Égypte, l'Ancien Orient, l'Antiquité, évidemment.
08:10Et en tant qu'étant fortement influencé par des penseurs comme Oswald Spengler,
08:14ou Arnold Townby ou beaucoup d'autres, je crois en effet que toutes ces grandes civilisations
08:18sont d'un certain point de vue des pensées divines, si on veut dire,
08:22des tentatives différentes aussi de s'approcher d'une certaine transcendance
08:27par un certain prisme original et authentique à chaque fois.
08:31Mais à chaque fois, ces différentes civilisations sont vouées,
08:35tôt ou tard aussi, à l'épuisement.
08:39Et voilà, quand on sort dans la rue,
08:41quand on regarde ce que notre Europe est en train de devenir,
08:45on voit cet immense épuisement civilisationnel partout autour de nous
08:49et ça devient de plus en plus difficile d'être dans une croyance aveugle
08:53comme le XIXe siècle, dans un genre de progrès linéaire
08:57qui nous amènera de plus en plus vers un magnifique futur.
09:02– Alors, c'est votre héros qui dit qu'être européen n'est pas un accident
09:07mais une mission, comme si les âmes arrivaient sur Terre
09:12dans un pays plutôt que dans un autre par prédestination,
09:16qu'est-ce que vous entendez par là ?
09:17– À partir du moment où on est croyant, je ne parle même pas du christianisme,
09:20je parle rien que du fait d'être véritablement croyant en une transcendance
09:24et dans le fait que nous sommes des êtres créés par justement une entité transcendante
09:31qui est au-delà du temps et de l'espace, forcément, c'est sûr que notre présence a un certain
09:37sens.
09:38On est placé dans un moment avec un certain, enfin le mot mission est peut-être très grandiloquent
09:45mais ce n'est pas un hasard, je crois que c'est la position plutôt gauchiste
09:49qui veut, voilà, personne n'est responsable pour sa famille, sa civilisation,
09:54dès lors… – Où l'ativisme.
09:55– Voilà, dès lors chaque Africain a exactement le même droit de venir en France
10:00ou d'y habiter qu'un Français l'aurait parce qu'il n'a pas choisi d'être né par
10:05-ci par-là.
10:05Et moi je crois qu'à partir du moment où on croit en la transcendance
10:08et qu'on croit donc qu'il y a un sens à la création,
10:11et bien notre existence dans un certain lieu a un sens et est accompagnée d'une certaine mission.
10:17Donc nous sommes Européens, non pas par accident, mais par une certaine volonté divine.
10:24Et si on nous a mis dans une époque qui est tout sauf agréable,
10:29c'est finalement qu'il y a une petite idée qui se trouve là-derrière.
10:33Et ça peut être réconfortant de se dire, voilà, on n'a pas à se plaindre
10:38mais on est ici parce qu'on a un rôle à jouer dans cette situation.
10:43– Alors vous glorifiez deux choses dans votre roman David Engels,
10:49les valeurs de l'idéal chevaleresque et puis ce concept civilisationnel,
10:55l'empire chrétien, qu'est-ce que cela signifie à vos yeux ?
10:58– Bon, l'idéal chevaleresque est évidemment la fusion entre d'un côté la pensée
11:03et la foi chrétienne dans sa conjonction avec l'héritage médiéval
11:10ou en tout cas même des peuples pré-médiévaux si on veut dire
11:13et qui ont donné naissance à cet idéal du chevalier européen
11:17qui est toujours présent même dans les dernières ramifications du gentleman, du gentilhomme.
11:25– Et c'est un haïard, sans peur et sans reprendre.
11:27– Voilà, je veux dire encore, le gentilhomme victorien
11:31essayait tant bien que mal dans un monde moderne quand même
11:34de sauver quelque part ces idéaux chevaleresques
11:37et donc c'est quelque chose auquel je tiens à la fois parfois chrétienne
11:42mais en même temps aussi par un certain patriotisme européen.
11:46– Et sur l'empire chrétien, vous rêvez d'un retour d'un empire
11:51tel que c'était le cas sous Charlemagne ?
11:54– Tout à fait, tout à fait.
11:55– C'est un idéal ?
11:56– C'est un, j'espère, un idéal qui pourrait être réalisé, je l'espère,
12:02j'en avais parlé dans d'autres livres, pour moi cette idée de Saint-Empire
12:07pas de nation germanique, ce qu'il est devenu à partir du 15e, 16e siècle
12:13mais l'idée…
12:14– Je crois que même Charlemagne ne croyait pas trop à l'idée d'empire,
12:18en tout cas c'est quelque chose de très fragile.
12:20– Les empires, ça dépend, en tout cas le Saint-Empire
12:24a quand même tenu milliers d'années jusqu'à ce que Napoléon lui donne
12:27le coup de grâce d'un certain point de vue, l'empire austro-hongrois
12:30l'a prolongé encore jusqu'à il n'y a pas si longtemps que ça.
12:34Moi je crois que cette idée d'unification politique,
12:37de la chrétienté romaine alliée justement avec une valorisation
12:42de la tradition d'un côté et une subsidiarité maximale
12:45telle qu'elle existait sous le Saint-Empire,
12:47peut être un exemple beaucoup plus, je dirais, commode pour une Europe future
12:52que la vision très kantienne, très rationaliste, très prussienne finalement
12:58qui est défendue pour le moment à Bruxelles.
13:01Moi j'aime bien cette idée d'un Saint-Empire qui se défend,
13:05qui défend ses intérêts s'il est menacé et qui sinon laisse à ses peuples
13:09une grande liberté intérieure tout en se voulant un genre de microcosme
13:15du monde chrétien, je trouve que c'est assez sympathique
13:18et pourrait bien correspondre au déficit d'une Union européenne
13:24qui est faible vers l'extérieur et autoritaire vers l'intérieur.
13:27Le Saint-Empire était l'exact contraire, je crois que ça pourrait être précisément
13:31pour des esprits conservateurs une maquette assez convenable finalement.
13:38– Est-ce que c'est quelque part votre belgitude, si je puis utiliser ce terme,
13:42qui vous intéresse à cette idée d'Empire qui n'est pas très concret en France en tout cas ?
13:51– Certainement, certainement.
13:53En tant que Belge, l'identité nationale est fort problématique,
13:57elle existe en sourdine, il y a des choses qui unissent les Belges
14:00d'un point de vue psychologique de leur histoire,
14:03mais ce n'est pas aussi évident que d'être français, d'être allemand, d'être polonais.
14:07Et donc, dès lors, cette idée de développer un vrai patriotisme européen
14:14qui ne doivent pas nécessairement passer par un esprit national très fort
14:20est ancrée, je crois, dans une certaine perception belge.
14:25Et puis, il y a une longue tradition impériale en Belgique,
14:27quand vous remontez évidemment à l'idée de l'autaringie, la Bourgogne, etc.,
14:34la présence des Habsbourg pendant des siècles aussi,
14:38en tant que porteur principal de cette idée d'une chrétienté impériale réunie.
14:43Tout cela a laissé quand même des traces en Belgique
14:45et rend plus facile, je crois, à des Belges de parler d'un Saint-Empire romain
14:51comme idée positive, alors que les Français, et les Allemands eux-mêmes aussi,
14:57ont des associations très très très différentes.
14:59L'idée en Allemagne, en tout cas, n'est pas très populaire,
15:02parce qu'en Allemagne, c'est l'historiographie prussienne-protestante
15:05qui a une vision très négative du Saint-Empire,
15:09comme un accident qui aurait empêché l'évolution d'un État-nation allemand.
15:14Et donc, c'est sûr que cette idée-là, elle n'est pas populaire,
15:17ni en France, ni en Allemagne, et pourtant, me semble plus urgente que jamais.
15:23– Alors, j'aimerais qu'on évoque avec vous, David Engels,
15:25un passage de votre roman où votre héros est invité à sa grande surprise,
15:31d'ailleurs à Salo, en Italie, à la rencontre du Cercle.
15:35Gelder Malzen, ses membres, vous l'écrivez,
15:38parlent du grand porteur de lumière et s'organisent pour accueillir joyeusement,
15:43dites-vous, la bête de l'événement.
15:46Alors, qu'est-ce que ça signifie de ça ?
15:47– C'est une bonne question.
15:48En tant qu'auteur d'un roman, on ne sait pas non plus très bien
15:51ce que tout signifie.
15:52C'est l'avantage, évidemment, quand on écrit un roman.
15:54– En rappelant que ce terme de bête de l'événement
15:58avait été utilisé pendant la crise du Covid par notre cher président.
16:01– Exactement, et c'est évidemment un clin d'œil par rapport à Macron
16:05et par rapport à toutes les suppositions et toutes les théories
16:09qu'on a pu avoir par rapport à l'utilisation très bizarre de cette formule.
16:14et le fait, comme l'actualité récente autour d'Epstein nous l'a montré très clairement,
16:22l'existence en effet de cercles parfois très puissants,
16:26parfois peut-être aussi tout simplement tarés,
16:28mais en tout cas de cercles d'influences et d'influenceurs
16:31qui, dans les coulisses de l'histoire, jouent un certain rôle
16:35ou croient pouvoir jouer un certain rôle et d'influencer l'histoire.
16:40– Vous pensez que ce sont des tarés ces gens
16:42ou que c'est très très sérieux et réel
16:44et que cela correspond, comme dit le président avant d'être élu,
16:48en disant il y a une transcendance,
16:51en tout cas je ne sais pas si c'est la mienne,
16:52en tout cas j'en suis sûr que non, mais pas la même que la sienne,
16:55mais cette réalité, vous pensez que ce ne sont que des tarés ?
17:00– Je crois qu'il y a les deux, je crois qu'il y a des gens
17:02qui surestiment probablement leur propre influence
17:04en se plaisant de croire qu'ils ont un impact qui est peut-être plus grand,
17:08mais je crois qu'il y a aussi une vraie réalité là-dedans
17:11et d'ailleurs être…
17:13enfin on a bien vu avec toutes les accusations visiblement très très très justifiées,
17:17de satanisme, de pédocriminalité, etc.,
17:19qu'on peut être à la fois extrêmement influencé et très taré en même temps.
17:23Et ça fait assez peur,
17:25j'avoue que si j'aurais dû réécrire le roman maintenant,
17:28en lumière aussi des événements autour de Epstein,
17:32probablement que j'aurais encore intégré certains autres éléments,
17:35mais en tout cas disons que durant mon propre vécu,
17:38le roman il est en partie autobiographique,
17:41pas nécessairement pour ce chapitre-là,
17:43mais en grande partie.
17:45C'est sûr que j'ai connu,
17:47que j'ai été amené à connaître pas mal de cercles,
17:50que ce soit de droite, que ce soit de gauche,
17:52qui dans une forme conspirationnelle,
17:55essayent d'influencer l'histoire,
17:57et que j'ai essayé de donner une certaine vision,
18:00une certaine cohérence à cela,
18:02avec tout un aspect évidemment de tentation diabolique,
18:06si on veut dire que cet exercice du pouvoir
18:09et cette tentation du pouvoir peut en effet exercer,
18:13notamment sur le protagoniste.
18:13– Vous ne parlez pas de formationnerie ouvertement,
18:16mais en tout cas ce qui est développé dans ce passage de votre roman
18:20fait explicitement référence à de grandes théories développées dans les loges.
18:24– Il y a des allusions à cela,
18:26il y a des allusions à une certaine idéologie managérielle,
18:30qui est très forte aussi aujourd'hui,
18:32qui est peut-être plus, disons, plus axée sur le seul pouvoir
18:37et pas nécessairement une approche idéologique.
18:41Il y a d'allusions aussi à d'autres éléments.
18:45Mais oui, oui, ça montre très clairement
18:49que le jeu maintenant d'une démocratie dite libérale
18:53est en grande partie une façade
18:54derrière laquelle se cachent évidemment des réalités
18:57et parfois cruellement différentes, comme nous l'a montré l'actualité.
19:02Ça se voit du côté de la gauche,
19:05ça se voit en partie aussi de certains réseaux,
19:09parfois claniques, parfois un peu mafieux,
19:11qu'on connaît dans des régimes de droite également,
19:14notamment dans certains pays d'Europe centrale
19:16ou d'Europe orientale,
19:18où on voit en effet qu'il y a une façade politique
19:21et puis il y a des jeux d'influence, de planification,
19:25de mise sous pression, etc.,
19:28qui souvent sont probablement plus influents
19:30que ce que l'électeur croit pouvoir décider
19:33dans sa cabine électorale.
19:34– Oui, ce que François Hollande avait dit
19:36avant d'arriver à l'Élysée,
19:38quand on est républicain, comme c'est mon cas,
19:41il est à un moment donné nécessaire
19:43de passer devant la franc-maçonnerie.
19:45– Ah oui, ce n'est pas étonnant en France.
19:48Il faut dire qu'en Belgique,
19:49il y a aussi une certaine influence de cela,
19:51dans d'autres pays probablement un peu moins,
19:53mais en tout cas l'existence, disons, de formats,
19:56pour le dire poliment, de concertation pré-politique
19:59me semble une réalité très probable.
20:05– Alors votre héros, David Engel,
20:09il s'appelle David aussi,
20:10et il est confronté à ce jeune patriote
20:13qui, par idée patriotique,
20:17essaye d'adhérer au christianisme,
20:19mais n'arrive pas à croire en Dieu.
20:22Et David lui répond que de grands bouleversements
20:25allaient affecter sa perception du réel
20:27et que la grâce lui sera donnée.
20:30– Ça s'inscrit dans un dialogue un peu philosophique
20:34où justement l'étudiant en question
20:37se confie, si on veut dire, au protagoniste
20:41par rapport à son sentiment de manque d'authenticité
20:45et de sa propre foi.
20:46Et en fait, ça reflète, comme pas mal d'autres éléments,
20:50une certaine inspiration autobiographique,
20:53dans le sens que moi aussi,
20:56on m'a souvent posé la question,
20:57après des conférences,
20:58ou dans la vie de tous les jours,
21:01que des jeunes militants,
21:04quand ils sont, disons, seuls,
21:07avec moi se confient parfois de certains problèmes
21:10ou de certains doutes.
21:12Et un doute qui revient très souvent,
21:14c'est que voilà, je suis français,
21:17je suis patriote,
21:18donc je suis devenu catholique
21:20parce que la France est catholique,
21:21mais je n'y crois pas vraiment d'une manière exclusive.
21:25Et il y a beaucoup de jeunes qui, je crois,
21:27en souffrent aussi de cette impression
21:29de faire un genre de cosplay.
21:33On joue à être catho par patriotisme,
21:37mais on n'y croit pas vraiment,
21:39on veut croire sans vraiment y réussir.
21:42Et c'est quelque chose qui arrive assez souvent.
21:44Et donc le protagoniste du roman
21:46essaie évidemment de donner des réponses
21:48à cette question-là
21:49et essaie notamment aussi de rendre clair
21:54le fait que rien que la volonté de croire,
21:57rien que le fait de ressentir ce vide en soi-même
22:01et ce vide de quête de Dieu
22:03est déjà un indice de l'existence de Dieu
22:07et qu'un acte volontariste de foi
22:10est déjà un signe qu'on va dans la bonne direction
22:13et que quelque part,
22:14rien que le fait de s'entracasser
22:15est déjà une certaine preuve d'une honnêteté
22:20et d'une immédiateté de foi
22:22qui est typique pour notre époque très difficile.
22:25C'est pour ça que je parle souvent
22:26du retour rationnel à la tradition.
22:28Nous n'avons pas le bonheur
22:30d'avoir grandi dans une société
22:34qui est fondamentalement chrétienne,
22:38traditionnaliste,
22:39qui ne connaîtrait pas d'autres alternatives
22:41qu'à cela.
22:43Donc cette immédiateté,
22:44cette innocence de la tradition,
22:46nous ne l'avons pas,
22:47nous ne l'aurons probablement jamais,
22:48en tout cas dans les prochaines générations,
22:50mais pour cela nous avons cette possibilité
22:52d'opter d'un point de vue volontaire
22:55pour le retour à la foi, à la tradition.
22:57C'est sûr que ça manque de naïveté et d'innocence,
23:00mais ça a la vertu de venir d'une disposition d'autres alternatives
23:05et dès lors, ça a tous ses mérites.
23:07– Deux questions avant de terminer cet entretien avec vous,
23:10David Engel,
23:11c'est ce personnage qui fait ce constat politique,
23:14il dit ceci,
23:15« L'ère des partis est révolu
23:17alors que l'ère des grands individus commence,
23:19une tendance menant au césarisme »
23:23et on voit dans les sondages
23:24l'envie de beaucoup de Français
23:27de voir advenir un régime dit autoritaire en France,
23:31qu'est-ce que vous en pensez ?
23:33– L'éternel rêve de l'homme providentiel,
23:36surtout en France,
23:37où on connaît ça depuis des siècles,
23:40déjà maintenant.
23:41Bon, ce roman est un peu un roman clé de la droite européenne,
23:46c'est-à-dire c'est un roman qui essaye d'illustrer
23:49toute une série de différentes facettes
23:50de la pensée conservatrice européenne,
23:54avec ses hauts et ses bas,
23:55ses différentes opinions.
23:57Dès lors, il y a énormément de personnages
24:02qui exemplifient,
24:03qui représentent certaines facettes
24:05d'une droite identitaire
24:07à travers une droite plutôt catho,
24:09vers une droite libérale,
24:10avec tous les avantages,
24:11et les inconvénients.
24:13Là, évidemment, cette position-là,
24:15qui est une que je défends d'ailleurs moi-même,
24:17dans ce cas-là, en tant que spenglerien,
24:20en effet, quand on met en avant
24:22les parallélismes avec d'autres civilisations,
24:24notamment la fin de la République romaine,
24:25il est clair que le prochain point sur le menu,
24:29si je puis dire, qui nous attend,
24:31c'est évidemment des désordres civils,
24:33le césarisme,
24:34et puis finalement l'avènement d'un genre d'Auguste.
24:37Et voilà ce césarisme.
24:40En France, déjà, on s'y attend depuis un certain temps,
24:44mais il suffit de regarder aux États-Unis
24:47et de regarder des personnages comme Trump,
24:49comme Vance,
24:50comme le Triumvirat avec Elon Musk,
24:53pour voir très clairement
24:54qu'on est déjà en train de dépasser
24:57le dernier cadre de démocratie libérale,
25:00et qu'en effet, on est rentré dans un monde
25:03où finalement ce ne sont pas les idéologies
25:05de certains partis politiques qui priment,
25:09où on vote presque par accident pour une personne
25:11juste parce qu'il porte une idéologie de parti,
25:14mais que c'est plutôt le contraire.
25:15On vote pour un personnage
25:16parce qu'on croit en lui,
25:18en son charisme, en sa personnalité,
25:20et finalement ce qu'il dit est relativement secondaire.
25:23Et dès lors, on voit bien qu'en politique,
25:25de plus en plus,
25:26certaines positions se ressemblent de plus en plus,
25:28et qu'il est maintenant assez difficile de dire
25:31parce que quelqu'un est maintenant de gauche, de droite,
25:34c'est plutôt vraiment des personnalités.
25:36Et je crois que là, avec Trump, avec Vance,
25:40on est en plein dedans,
25:41et ça viendra en Europe aussi, j'en suis sûr.
25:43– Et en tout cas, en attendant l'homme providentiel,
25:46s'il advenait, vous prenez,
25:48en tout cas c'est ce que l'on comprend
25:50en vous lisant, David Engels,
25:51la formation de petites sociétés parallèles de résistance.
25:55– C'est une des options explorées par le livre,
26:00dont j'avais parlé moi-même aussi dans mon petit livre « Que faire ? »,
26:04en effet, on voit là-dedans,
26:06parfois de manière un peu satirique aussi,
26:08comme vous l'aurez remarqué,
26:09certaines de ces petites communautés
26:11qui essayent de former presque un genre de ghetto identitaire,
26:16avec tout le côté un peu comique que cela puisse,
26:18et tragique en même temps que cela puisse avoir.
26:20mais de fait, vu la situation actuelle,
26:24je suis assez persuadé que la formation de communautés familiales,
26:30professionnelles, sociales, religieuses,
26:33d'entraide de personnes qui auraient des intérêts idéologiques partagés,
26:37surtout du côté d'un certain conservatisme,
26:40est absolument nécessaire.
26:42– C'est le retour des tribus, comme dit Maffezoli ?
26:44– Je ne sais pas si c'est vraiment des tribus
26:47ou si c'est plutôt un genre de stratégie de survie,
26:50en tout cas, face au temps difficile qui s'approche,
26:53et si nous ne voulons pas être esselés
26:56et fragmentés par les risques
27:00d'un système d'observation, de censure, etc.
27:05Nous avons tout intérêt maintenant déjà d'essayer de nous entourer
27:09de personnes avec lesquelles nous nous entendons bien
27:12et qui partageraient notre avis pour pouvoir résister à cela.
27:15C'est exactement ça d'ailleurs qui s'est passé sous le communisme,
27:19on voit bien qu'en Slovaquie, en Tchéquie, en Pologne,
27:22partout il y a des petits cercles de résistants au communisme
27:25qui se sont formés déjà à la fin de la Deuxième Guerre mondiale
27:28parce qu'ils s'attendaient à l'avènement justement
27:31de l'autoritarisme communiste,
27:33et que c'est grâce à cela aussi finalement
27:35que le communisme a pu être détruit peu à peu de l'intérieur.
27:40Je crois qu'on ferait bien de s'inspirer de ce combat-là.
27:44– Le retour du roi, c'est le titre de votre roman,
27:48David Engels, un roman à retrouver sur la boutique de TV Liberté.
27:52Merci monsieur.
27:53– Merci pour l'invitation.
27:54– Sous-titrage ST' 501
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