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  • il y a 2 jours
C'est l’un des affrontements les plus célèbres de l’Antiquité. On en retient souvent quelques images fortes — Hannibal, les éléphants, les grandes batailles — et l’idée d’un choc inévitable entre deux puissances rivales. La réalité est pourtant plus complexe. Pendant longtemps, Rome et Carthage ne sont pas des ennemies. Elles signent des traités, définissent des zones d’influence, et cherchent à éviter l’affrontement direct. Ce n’est que progressivement, à partir du IIIᵉ siècle avant notre ère, que la rivalité se transforme en guerre ouverte, jusqu’à la destruction de Carthage en 146 avant J.-C.
Pour comprendre comment on passe de l’alliance à l’affrontement, pourquoi les guerres puniques éclatent, comment Rome finit par l’emporter et ce que cela change durablement en Méditerranée, "Passé-Présent" reçoit Michel Fauquier, auteur de "Rome et Carthage, 509–29 avant J.-C." (Armand Colin, 2020).

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Éducation
Transcription
00:00:00Générique
00:00:00Bonjour à tous, Rome contre Carthage, l'un des affrontements les plus célèbres de l'Antiquité.
00:00:26On en retient souvent quelques images fortes, Hannibal, les éléphants, les grandes batailles,
00:00:31et l'idée d'un choc inévitable entre deux puissances rivales.
00:00:34La réalité est pourtant plus complexe.
00:00:36Pendant longtemps, Rome et Carthage ne sont pas des ennemis.
00:00:39Elles signent des traités, définissent des zones d'influence et cherchent à éviter l'affrontement direct.
00:00:44Ce n'est que progressivement, à partir du IIIe siècle avant notre ère,
00:00:47que la rivalité se transforme en guerre ouverte jusqu'à la destruction de Carthage en 146 avant Jésus-Christ.
00:00:53Pour comprendre comment on passe de l'Alliance à l'affrontement,
00:00:57pourquoi les guerres puniques éclatent, comment Rome finit par l'emporter,
00:01:01et ce que cela change durablement en Méditerranée, je reçois aujourd'hui Michel Fauquier.
00:01:06Michel Fauquier, bonjour.
00:01:07Bonjour Monsieur Fouquier.
00:01:08Vous êtes historien, agrégé d'histoire, docteur Eslet, professeur de chair supérieure,
00:01:15et vous enseignez notamment en classe préparatoire, en Hippocagne et Cagnes,
00:01:20mais aussi dans plusieurs institutions de l'enseignement supérieur, comme l'ICES,
00:01:24où vous faites partie du centre de recherche de l'université de Poitiers.
00:01:28Vos travaux portent sur le temps long de la civilisation européenne,
00:01:32de l'Antiquité jusqu'au Moyen-Âge,
00:01:34avec une attention particulière aux continuités politiques, culturelles et religieuses.
00:01:39Vous êtes l'auteur de plusieurs ouvrages importants de synthèse,
00:01:41parmi lesquels « Une histoire de l'Europe aux sources de notre monde »,
00:01:45paru aux éditions du Rocher en 2018,
00:01:48qui propose une lecture structurée de la formation européenne.
00:01:53Vous avez écrit également « Ce que nous devons aux Mérovingiens »,
00:01:56paru chez Armand-Colin l'année passée, non, il y a deux ans, en 2024,
00:02:01là qui réévalue en profondeur une période qui est souvent caricaturée,
00:02:05mais nous en parlerons dans l'émission de la semaine prochaine.
00:02:08Et avant ça, vous avez publié en 2020, chez Armand-Colin,
00:02:13« Rome et Carthage, 509-29 avant Jésus-Christ »,
00:02:18où vous analysez sur près de cinq siècles la relation complexe,
00:02:23faite d'alliances, de rivalités et de guerres,
00:02:26entre ces deux puissances majeures de l'Antiquité méditerranéenne.
00:02:30Donc c'est précisément autour de cet ouvrage que nous allons échanger aujourd'hui.
00:02:34Alors, comme je le disais dans mon introduction,
00:02:35on a presque tous en tête la même image,
00:02:38Rome contre Carthage, Hannibal, les éléphants,
00:02:41et une victoire romaine présentée comme inéluctable,
00:02:44et Carthage détruite, et comment dire, la terre salée.
00:02:48Vous nous expliquerez ce qu'il en est.
00:02:50Alors, en écrivant ce livre, qu'est-ce qui vous a le plus frappé
00:02:53dans le cas entre ce récit très installé
00:02:57et la réalité historique des relations entre Rome et Carthage ?
00:03:01Au fond, ça revient à expliquer quelle est la motivation
00:03:06qui m'a poussé à écrire cet ouvrage.
00:03:09Il m'est apparu, dans le cadre de mon enseignement,
00:03:11auprès de mes étudiants,
00:03:13du fait que nous commencions naturellement,
00:03:16à peu près, avec la Seconde Guerre punique,
00:03:18qu'ils ont tiré la conclusion que Rome et Carthage
00:03:22étaient des ennemis héréditaires,
00:03:24un petit peu comme l'ont été pour nous les Anglais dans un premier temps,
00:03:29les Allemands dans un second, et je ne sais pas trop qui actuellement,
00:03:32enfin, peut-être beaucoup de gens.
00:03:33– Beaucoup de gens.
00:03:35– Et je voyais bien qu'en fait, ils percevaient mal ce qui était en jeu,
00:03:42et j'ai repris cette question à frais nouveau
00:03:44pour montrer que sur 400 ans environ de relations entre Rome et Carthage,
00:03:52eh bien, il y en a 300 qui sont des relations qu'on va qualifier,
00:03:57disons, d'amitié ou de bonne relation entre Carthage
00:04:02pour, tout d'un coup, un gros siècle de conflits,
00:04:07finalement, fatals à Carthage.
00:04:09Et ce qui est exactement le contraire de ce qu'on en imagine.
00:04:12On imagine que Rome et Carthage se sont toujours battus ensemble,
00:04:16alors qu'en fait, ça commence par 300 ans de relations géopolitiques
00:04:22plutôt bonnes, et parfois même excellentes,
00:04:26nous le verrons, excellentes avant tout du point de vue de Carthage.
00:04:29Et c'est tout le problème.
00:04:30– D'ailleurs, vous vous rappelez que l'histoire commune de Rome et de Carthage
00:04:34commence en 509 avant Jésus-Christ,
00:04:37c'est la même année, d'ailleurs, que la naissance de la République romaine,
00:04:41et ça commence par un traité d'amitié.
00:04:43Alors, qu'est-ce que nous dit ce traité sur la nature de leur relation ?
00:04:49– Alors, d'abord, ce que ne dit pas ce traité,
00:04:54c'est avec qui il est passé.
00:04:57Et il y a une décision qui est assez intéressante,
00:04:59parce que des collègues, Thierry Piel et Bernard Mineo,
00:05:04l'un historien, un collègue historien, l'autre latiniste,
00:05:07ont travaillé beaucoup sur les origines de Rome,
00:05:09et pensent désormais que celui qui a signé ce traité avec Carthage,
00:05:16excusez-moi, c'est en fait Port Sénat.
00:05:18Alors, qui est ce Port Sénat ?
00:05:20C'est en fait un étrusque,
00:05:22dont le parcours est un peu inattendu,
00:05:25et qui va intervenir dans le cadre de ce que nous avons appelé
00:05:29le passage à la monarchie étrusque à la République romaine,
00:05:32et qui, d'une certaine manière, est une sorte de condottière arbitre.
00:05:38Ce qui est important à rappeler,
00:05:40parce que, d'abord, si c'est lui, ce n'est pas les Romains.
00:05:45Deuxièmement, si c'est lui,
00:05:49eh bien, ce traité, malgré tout, sera regardé,
00:05:52il sera même avalisé par Rome un plus tard,
00:05:54et il est le fondement d'une relation
00:05:57qui montre qu'en fait, à ce moment-là,
00:06:00Rome, soit parce qu'elle est sous la coupe encore des étrusques,
00:06:04non plus Tarquin, leur roi,
00:06:07mais se condottière Port Sénat,
00:06:10soit parce qu'elle viendrait d'instaurer un régime nouveau,
00:06:14qu'on appellera très rapidement la République,
00:06:16en fait, c'en est très très loin,
00:06:18parce que pour nous, la République,
00:06:20ça ressemble, disons, à des régimes beaucoup plus contemporains.
00:06:23En fait, cela montre que cette Rome,
00:06:29que ce soit la Rome de Port Sénat ou la Rome républicaine,
00:06:33est dans une situation de défense.
00:06:35Elle craint son entourage et elle recherche un allié,
00:06:40ce qui fait qu'au fond,
00:06:42Carthage, à travers ce traité de 509,
00:06:45apparaît quasiment comme un protecteur de Rome.
00:06:48Et vous voyez que, déjà, d'entrée de jeu,
00:06:50dès le début, la relation n'est pas celle que l'on imagine.
00:06:55D'autant plus que, pour achever sur ce point,
00:06:58Carthage ne cherche pas à profiter du traité de 509.
00:07:01Ce qu'elle veut, c'est l'essentiel du traité pour elle,
00:07:04c'est que les Romains n'aillent pas au-delà du cap
00:07:08qui est en l'entrée de cette vaste anse
00:07:12au fond duquel se trouve Carthage,
00:07:14parce qu'elle ne le veut de personne.
00:07:16C'est un endroit qui est réputé,
00:07:17alors je ne sais pas si on peut dire secret,
00:07:21mais un endroit qui fait partie du cantassoi de Carthage,
00:07:25où elle ne veut pas de personne étrangère.
00:07:28Elle permet simplement aux Romains
00:07:30de s'y réfugier en cas de tempête.
00:07:33– Alors je demande, qu'est Carthage à l'époque ?
00:07:36C'est déjà une puissance maritime, commerciale, voire impériale ?
00:07:41– Ah oui, c'est une très grande cité au sens antique du terme.
00:07:46Je rappelle qu'une cité à l'époque, ce n'est pas une ville,
00:07:49mais c'est un espace qui est sous l'autorité d'une ville capitale,
00:07:56dans lequel peut y avoir d'ailleurs d'autres villes,
00:07:57ce qui est le cas de ce qu'on va appeler,
00:08:01pour se comprendre, l'empire de Carthage.
00:08:03Carthage, selon la tradition, aurait été fondée en 814,
00:08:08donc vous comprenez, elle a déjà plus de trois siècles d'existence,
00:08:13et elle est par ailleurs, un siècle, 753,
00:08:17donc pour la fondation de Rome,
00:08:19elle a plus d'un demi-siècle d'ancienneté par rapport à Rome.
00:08:23Mais surtout, malgré ce décalage, disons, d'un gros demi-siècle,
00:08:28elle est dans une situation de puissance beaucoup plus grande
00:08:33que ne l'est Rome.
00:08:34C'est-à-dire qu'en gros, Carthage a déjà une sorte d'empire informel,
00:08:41nous reviendrons sur cette question-là, en Méditerranée occidentale,
00:08:44et au moment où se déclenche l'affrontement avec Rome,
00:08:48un géographe du 1er siècle, qui s'appelle Strabon,
00:08:52affirme que Carthage avait une autorité sur 300 comptoirs.
00:08:57– Répartis autour du…
00:08:58– Autour de toute la Méditerranée occidentale.
00:09:01– Alors, Rome n'a tout simplement pas une seule colonie à l'époque,
00:09:05n'est pas une seule province.
00:09:06– Rome est une petite puissance régionale,
00:09:08alors que finalement Carthage est déjà…
00:09:11– Oui, et régionale, pas au sens géographique,
00:09:16parce qu'au sens géographique, la France est une région, vous voyez,
00:09:19il faudrait presque dire locale,
00:09:22c'est une puissance qui règne à peu près sur le Latium, à peu près.
00:09:26La preuve en est que ce Porcénat est un étrusque,
00:09:30et c'est lui qui vient régler les affaires de Rome.
00:09:33Donc vous voyez qu'on en est loin.
00:09:34– Et politiquement parlant, quel est le régime cartaginois ?
00:09:37Il est dirigé par qui ?
00:09:38– Alors c'est un régime, d'abord il faut le dire,
00:09:40qui suscite l'admiration des auteurs grecs.
00:09:43– Et là encore, on est très très loin de la légende,
00:09:47parce que vous comprenez, si vous rajoutez un petit peu de traduction
00:09:54telle qu'on peut la voir dans les bandes dessinées,
00:09:57je pense à Alix par exemple, la filmographie, les péplums, n'est-ce pas ?
00:10:03Carthage est une sorte de monstre dévorant
00:10:08qui adorait un dieu du type de Baal, n'est-ce pas ?
00:10:12Alors que c'est un terme un peu véhiculaire,
00:10:15à peu près tous les dieux au Moyen-Orient s'appellent plus ou moins Baal quelque chose.
00:10:18– Le Moloch.
00:10:18– Voilà, donc derrière le Moloch,
00:10:21on dit qu'elle a un cimetière qui est peuplé de corps d'enfants,
00:10:25enfin vous voyez, ce qui n'est pas faux en soi,
00:10:27il y a bien un endroit, mais il y en a bien dans nos cimetières à nous,
00:10:30aussi des endroits qu'on réserve aux enfants,
00:10:32ou du moins on distingue les tombes.
00:10:33Carthage a en fait un système assez équilibré au sens antique du terme,
00:10:42c'est-à-dire un système qui ménage les trois pôles
00:10:47que les Grecs voient à la base d'une cité solide,
00:10:51à savoir un pôle monarchique,
00:10:53c'est-à-dire un pôle capable de décider dans les cas de crise,
00:10:59voilà, les Romains auront la dictature par exemple pour ce faire,
00:11:03un pôle oligarchique des meilleurs de la cité pour la diriger,
00:11:10qui est en fait un, alors on l'appelle le Sénat
00:11:12parce qu'on ne connaît pas le nom punique,
00:11:16voilà, et une assemblée populaire,
00:11:19et les trois ont une importance, dialoguent ensemble,
00:11:23alors évidemment, comme dans toutes les histoires institutionnelles,
00:11:26avec des tensions,
00:11:28on sait qu'au départ, la direction de la cité semble avoir été bicéphale
00:11:36et opposée des familles qui s'entendaient vraiment mal,
00:11:41avec des tentations pour transformer ça en pauvres uniques,
00:11:46mais au bout du compte, au moment où nous entrons dans l'histoire avec Rome,
00:11:50les institutions cartaginoises sont plutôt équilibrées
00:11:55et bien plus équilibrées que celles de Rome,
00:11:57qui à vrai dire sont à peine en train de se mettre en place.
00:12:00– Et militairement parlant, c'est une cité qui est guerrière
00:12:04ou qui est juste une force, je dirais, de sécurité ?
00:12:08C'est une cité commerciale ?
00:12:09– Oui, oui, oui, oui, alors c'est même vraisemblablement
00:12:13la raison de la fondation de Carthage partir,
00:12:18la cité de Carthage a vraisemblablement été fondée
00:12:24pour placer un, comment dire, une sorte de,
00:12:31on appellerait ça, vous savez, en géographie moderne,
00:12:33une sorte de hub, c'est-à-dire de, c'est une sorte d'Amsterdam,
00:12:37si vous voulez, de port, qui permet des échanges à très, très…
00:12:40– Point de connexion, oui.
00:12:40– Voilà, point de connexion, vous avez raison de me corriger,
00:12:43c'est mieux comme ça, entre des grandes zones qui font des échanges
00:12:48et en l'occurrence, Carthage aurait servi de relais
00:12:51vers les réserves de métaux qui commencent à manquer
00:12:55très fortement en Orient, elles ont été littéralement vidées
00:13:00pendant les périodes paléolithiques et néolithiques,
00:13:04on s'est servi des mines de métaux qui étaient affleurantes
00:13:08et en fait, il n'y avait pratiquement plus rien d'autre
00:13:10et on est donc allé chercher des métaux en Occident,
00:13:14en particulier en Hispanie et vers ce que les sources appellent
00:13:18les îles Cassiterites, alors qu'est-ce que c'est ?
00:13:22L'Irlande, la Bretagne, les Cornouailles, l'Angleterre peut-être,
00:13:28en tout cas, ces zones où on peut aller chercher en particulier de l'étain,
00:13:34on possède du cuivre un petit peu.
00:13:37– Pour faire du bronze.
00:13:37– Voilà, et sans cet étain, on ne peut pas faire de bronze.
00:13:41– Pour faire de bronze.
00:13:41– Voilà, puis de l'argent, pas d'or par contre.
00:13:44– Et donc militairement ?
00:13:45– Alors oui, oui, excusez-moi, j'ai mangé cet informat.
00:13:48Eh bien en fait, Carthage est un géant qui s'appuie sur un nain
00:13:54et ce nain, c'est son armée. Ces gens sont au fond des commerçants.
00:13:59Ils n'ont jamais imaginé de se doter avant les Barsides,
00:14:05c'est-à-dire la famille à laquelle appartient Hannibal,
00:14:08dont il est le dernier prestigieux descendant.
00:14:12Ils n'ont jamais doté avant ce moment-là, et c'est très tardif,
00:14:15à se doter d'une armée professionnelle.
00:14:19– Nous verrons même que l'armée, en fait, qu'Hannibal entraîne en Italie
00:14:24est une armée qui vient d'être forgée très récemment
00:14:28et qui se construit petit à petit.
00:14:30C'est d'ailleurs une des formes du génie d'Hannibal.
00:14:33Et même dans les moments les plus terribles,
00:14:36Carthage ne se résout pas à faire ce qu'Aurom va faire,
00:14:41une armée de citoyens.
00:14:42Et ça lui coûtera la défaite.
00:14:44– Alors, cette coexistence pacifique, cette alliance froide,
00:14:49comme vous l'appelez…
00:14:50– C'est Roland Meliti, l'expression de Roland Meliti,
00:14:53qui est un des meilleurs spécialistes de Carthage.
00:14:55– Donc, cette coexistence ne va pas durer,
00:14:59puisqu'à partir déjà du milieu du IIIe siècle,
00:15:03l'équilibre se rompt.
00:15:05Alors, à quel moment précis et pour quelles raisons
00:15:07cette alliance bascule-t-elle vers la méfiance et vers l'affrontement ?
00:15:11– En fait, Rome, comme je vous le disais tout à l'heure,
00:15:15au départ, est une cité plus locale que régionale.
00:15:20Or, précisément, pendant le IIIe siècle,
00:15:23alors qu'elle a enfin à peu près stabilisé ses institutions,
00:15:28vous voyez que ça a mis quand même un bon siècle et demi,
00:15:32bien, va nourrir ce que Paul Venn a très joliment appelé un solipsisme.
00:15:38C'est un mot technique, mais qui est vraiment parfaitement adapté,
00:15:43qui veut dire la sensation d'être seul au monde.
00:15:47Et cette sensation d'être seul au monde ne nourrit pas,
00:15:51contrairement à ce qu'on peut penser à un grand orgueil,
00:15:53elle nourrit une peur permanente.
00:15:55Vous avez en permanence l'impression que l'autre est en danger.
00:15:59– Et c'est comme cela que Paul Venn explique le fait que Rome,
00:16:05pendant toute son histoire, va opérer une sorte de nettoyage autour d'elle,
00:16:10qui vont la mettre à terme, à la tête d'un empire
00:16:12qu'elle ne sera pas capable de défendre totalement.
00:16:16Et en l'occurrence, pendant ce IIIe siècle,
00:16:19eh bien, elle va sortir du lacium,
00:16:22elle a mis fin à la Ligue latine,
00:16:23elle est sortie, comme elle l'a pu, des guerres samedites,
00:16:30les samedites sont des populations qui sont assises sur les montagnes
00:16:34qui entourent le lacium, avec les mars,
00:16:37ça n'est pas une friandise que l'on mange lorsque l'on a une fringale,
00:16:42ça s'écrit M-A-R-S-E, n'est-ce pas ?
00:16:45Les mars qui sont la population qui prolonge les samedites,
00:16:48elle les a, disons, repoussées dans l'or réduit,
00:16:52elle a mis la main sur le lacium,
00:16:55et elle va alors être confrontée à un débat.
00:16:58Faut-il continuer au nord ?
00:17:01Et là, c'est la famille des fabillis,
00:17:04et ça s'apparente aux conservateurs,
00:17:07qui disent, il faut continuer dans la voie traditionnelle,
00:17:10les étrusques, les gaulois.
00:17:11Et une autre branche,
00:17:14dont seront issus plus tard les corneïs,
00:17:17c'est-à-dire les sipions,
00:17:19vont, eux, au contraire,
00:17:21penser qu'il faut mettre la main sur la partie sud,
00:17:24c'est-à-dire sur la partie grecque.
00:17:26– Oui.
00:17:27– Et le grand basculement, c'est 272,
00:17:31la prise de Tarente par Rome.
00:17:34À partir de ce moment-là,
00:17:36les zones d'influence de Rome et de Carthage
00:17:39sont en contact.
00:17:40– Donc l'équilibre géopolitique de l'époque est rompu ?
00:17:43– Disons, il n'a rompu pas encore,
00:17:48il va bientôt l'être,
00:17:49mais il a complètement changé,
00:17:51et surtout, il change considérablement
00:17:53la nature des relations entre Rome et Carthage,
00:17:56parce qu'au fond,
00:17:57les accords qu'ils avaient passés jusqu'alors,
00:17:59il y a eu deux autres traités,
00:18:01Polybe, qui est un des auteurs de l'époque,
00:18:06deuxième siècle avant Jésus-Christ,
00:18:07dit qu'il n'y en a eu qu'un,
00:18:08les historiens pensent qu'il y en a eu deux,
00:18:10en 348 et en 306,
00:18:13supposent en fait que chacun est chez soi.
00:18:16Bien, là, on est certes encore chez soi,
00:18:20mais on est voisins, et ça c'est nouveau.
00:18:22– Et donc le point de contact, c'est la Sicile ?
00:18:25– Alors au départ c'est Tarente,
00:18:27c'est-à-dire, si vous voulez,
00:18:28ce qu'on appelle la Grande Grèce, bien.
00:18:31Or, la Grande Grèce, ça débouche sur la Sicile,
00:18:33parce qu'il y a le fameux détroit de Messines,
00:18:37Caribe et Silla, n'est-ce pas ?
00:18:39Régionne, d'un côté, sur le continent,
00:18:43Zancle, de l'autre côté,
00:18:46et c'est de là que va naître en fait
00:18:50le conflit entre Rome et Carthage,
00:18:52pour une raison d'ailleurs qui est étangère à Rome
00:18:54et qui est étangère à Carthage.
00:18:56Mais je dirais que c'est comme dans toutes les histoires
00:18:59de voisinage, c'est le fait qu'on soit voisin
00:19:01qui va créer les conditions de cette difficulté.
00:19:04– Donc nous allons arriver en 264 avant Jésus-Christ,
00:19:07la Première Guerre punique.
00:19:09Il faudrait qu'on s'arrête 30 secondes sur l'adjectif punique.
00:19:12Donc c'est ce qui est cartaginois.
00:19:15– Alors, c'est l'autre façon de dire les phéniciens,
00:19:19si vous voulez, voilà.
00:19:21Et donc les cartaginois sont des puniques,
00:19:25qui sont des phéniciens, voilà.
00:19:27– C'était juste pour préciser le terme.
00:19:29– On pense que ça viendrait du petit coquillage,
00:19:33du genre du petit coquillage,
00:19:34qu'en latin on appelle le murex,
00:19:36qui sert à faire la pourpre.
00:19:37– Oui.
00:19:38– Voilà, foinix.
00:19:39– Donc vous montrez que,
00:19:41donc voilà, elle rentre en guerre en Cécile,
00:19:44c'est la première guerre punique,
00:19:46donc vous montrez que cette guerre n'est pas vraiment
00:19:48le fruit d'un projet impérial romain,
00:19:51mais est-ce que Rome savait-elle en quoi elle s'engageait ?
00:19:54– Ah non, les deux réponses sont négatives,
00:19:57c'est vraiment assez étonnant,
00:19:59et ça montre bien, si vous voulez,
00:20:00que quand les relations de voisinage tournent au vinaigre,
00:20:04on ne sait jamais où ça peut aller,
00:20:06eh bien c'était exactement le cas,
00:20:08parce que le point de départ était ces faire fallu.
00:20:11Quel est ce point de départ ?
00:20:13Il y a une cité continentale qui est entre Rome
00:20:16et le sud de Rome, qui est la cité des Mamertins.
00:20:20Bon, c'est sûr que Mamertins,
00:20:22ça veut dire les fils de Mars,
00:20:23bon, en clair, ce sont des mercenaires et des pirates.
00:20:26Donc vous voyez, on est en bonne compagnie,
00:20:28c'est-à-dire en la plus mauvaise compagnie possible.
00:20:31Bon, et Sam & Martin,
00:20:32bon, ils puissent ce qu'ils peuvent,
00:20:33ils prennent ce qu'ils peuvent,
00:20:35et ils ont eu la curieuse idée,
00:20:38alors que ce n'est pas du tout leur façon de faire,
00:20:42eux, ils arrivent, ils font un raid, ils repartent,
00:20:46de prendre deux villes,
00:20:48précisément la ville de Zancle et la ville de Réguen.
00:20:53– Bien, ils font ça en 278,
00:20:57et là, les Romains, qui viennent de prendre Tarente en 272,
00:21:01quand ils prennent Tarente en 272,
00:21:04ça ne leur va pas du tout, cette proximité des Mamertins.
00:21:07Donc qu'est-ce qu'ils font ?
00:21:08Ils vont attaquer les Mamertins, ils vont les chasser,
00:21:10parce que pour eux, ce n'est même pas attaqué,
00:21:11ce sont des pirates.
00:21:12Pour leur reprendre Réguen.
00:21:13– Bien, résultat, les Mamertins se retrouvent coincés en Sicile,
00:21:18donc vous voyez, c'est vraiment un jeu de domino,
00:21:20et là, ils tombent sur un autre os,
00:21:23qui est le nouveau tyran de Sicile,
00:21:26qui s'appelle Hieron II.
00:21:28Lui ne trouve pas du tout agréable
00:21:31d'avoir des pirates au nord de sa cité,
00:21:33il va les attaquer,
00:21:35il va les battre,
00:21:36assez sévèrement,
00:21:37et les Mamertins vont faire appel à Carthage.
00:21:42Et Carthage, qui n'est pas,
00:21:43parce qu'il y a eu des tensions entre Syracuse
00:21:46et les Carthaginois,
00:21:47ils se sont séparés,
00:21:48là encore, ils ont fait des traités,
00:21:50l'un à l'ouest, Carthage,
00:21:53l'un à l'est, Syracuse,
00:21:55se retrouvent dans la zone d'influence de Syracuse.
00:21:58Alors, on pourrait se dire que c'est parti de là,
00:22:00même pas,
00:22:01pour une raison que nous ne connaissons pas,
00:22:03sur laquelle les auteurs les plus proches
00:22:07nous disent qu'ils ne savent rien,
00:22:09les Mamertins, après avoir fait appel à Carthage,
00:22:12décident de faire appel à Rome contre Carthage.
00:22:15Et Rome va y répondre.
00:22:18Et pour répondre,
00:22:19ce sera beaucoup plus rapide,
00:22:20à la deuxième partie de votre question,
00:22:22est-ce qu'ils savent ce qu'ils font en faisant ça ?
00:22:25Non.
00:22:26Il y a un énorme débat,
00:22:28et il y a quelque chose d'extraordinaire,
00:22:31c'est que les politiques romains,
00:22:33ont tellement peu le courage de déclencher
00:22:35la guerre contre Carthage,
00:22:40qu'un des deux consuls en charge va se dire,
00:22:44bon, on va laisser la décision au peuple.
00:22:47Le Sénat ne se décide pas,
00:22:49les consuls ne sont pas très chauds,
00:22:51il y a même des gens qui disent,
00:22:53il ne faut absolument pas le faire,
00:22:54on va se faire battre,
00:22:55bien,
00:22:55et le peuple,
00:22:56lui,
00:22:57il écoute le discours des consuls,
00:23:01qui a dû quand même chercher un peu à les convaincre,
00:23:03et c'est le peuple de Rome
00:23:05qui va pousser le Sénat
00:23:07et les consuls
00:23:09à déclencher la guerre.
00:23:11Donc, vous voyez,
00:23:11c'est vraiment,
00:23:12les mamertins,
00:23:13qu'est-ce qu'ils font ici ?
00:23:15Pourquoi est-ce qu'ils font appel à Rome ?
00:23:18Et puis, Rome qui y va,
00:23:20en ne sachant pas trop,
00:23:22ses dirigeants ne sachant pas trop
00:23:24ce qu'il faut faire,
00:23:25s'il faut le faire ou pas,
00:23:26vous voyez que c'est quand même
00:23:27un début assez curieux.
00:23:29– Oui.
00:23:29Alors, vous assistez sur le fait
00:23:30que Rome apprend à faire la guerre contre Carthage,
00:23:33notamment sur la mer.
00:23:34– Alors, sur la mer,
00:23:37parce que sur Terre, on le verra,
00:23:38c'est plutôt l'inverse qui va se passer,
00:23:40c'est-à-dire Rome va apprendre à Carthage
00:23:43à combattre sur Terre,
00:23:45elle va l'apprendre à ses dépens.
00:23:46Alors que c'est l'inverse qui se passe,
00:23:49Tite-Livre raconte une scène
00:23:51qui, manifestement,
00:23:56il ne l'a pas comprise,
00:23:57il écrit beaucoup plus tard,
00:23:58il écrit sous Auguste,
00:23:59c'est vrai, donc,
00:24:01clairement, en l'occurrence…
00:24:02– Ça fait 300 ans plus tard.
00:24:03– Oui, oui, ça fait trois siècles après.
00:24:05Bien, il nous dit, voilà,
00:24:06que lors d'un raid romain,
00:24:10une quinquérème,
00:24:11c'est-à-dire un énorme bateau,
00:24:14alors, on dit cinq grands drameurs,
00:24:16ce n'est pas possible,
00:24:17c'est un cran de rameur,
00:24:18vous voyez, c'est un immeuble,
00:24:19on ne comprend pas très bien
00:24:20comment c'est fait une quinquérème,
00:24:22mais enfin, un très gros bateau,
00:24:23bien vu,
00:24:25se trouve pris par surprise,
00:24:28il est, en fait, échoué,
00:24:31avec des cartaginois qui sont en train
00:24:33de faire une sorte de méchouis dans le coin,
00:24:35et la flotte romaine,
00:24:36une petite flotte romaine arrive ici,
00:24:38ce qui indique donc qu'il y en avait une,
00:24:41voit ce bateau,
00:24:42le capture avec les cartaginois qui s'enfuient,
00:24:44leur apporte à Rome,
00:24:46et nous dit-on,
00:24:47les Romains l'auraient démonté
00:24:49pour savoir comment le remonter,
00:24:51avec l'aide des Capouans,
00:24:53on y reviendra,
00:24:55et pendant ce temps-là,
00:24:56nous dit Titliv,
00:24:57on a installé sur le forum des bancs,
00:25:00et on a appris aux légionnaires romains
00:25:03à ramer,
00:25:05avant de les mettre sur un bateau,
00:25:07et de finalement manœuvrer,
00:25:10et manœuvrer plus habilement
00:25:11que les cartaginois.
00:25:12Alors,
00:25:13ce n'est pas possible,
00:25:16parce que tout le monde a déjà essayé,
00:25:19dans sa vie,
00:25:20de faire avancer,
00:25:22ne serait-ce qu'une petite coquille de noix
00:25:23avec deux rames,
00:25:24on met environ une heure
00:25:25avant que ce soit à peu près car donné,
00:25:28une quinqueraine,
00:25:29même une trière,
00:25:30une trière,
00:25:31si vous voulez,
00:25:32on peut aller jusqu'à 80 rameurs,
00:25:3540 de chaque côté,
00:25:37alors autant vous dire,
00:25:38qu'avant que tout ce monde-là soit prêt,
00:25:40et que par ailleurs,
00:25:41il soit capable d'opérer
00:25:43sur un théâtre d'opération,
00:25:45il faut des années,
00:25:46il faut des années.
00:25:47Donc,
00:25:48qu'est-ce que ça veut dire ?
00:25:49Ça veut dire,
00:25:50vraisemblablement,
00:25:51que Rome n'a pas assez de bateaux,
00:25:54et que le temps de construire,
00:25:56elle a entraîné ces marins.
00:25:59Mais nous savons de façon formelle
00:26:01que Rome possède une flotte,
00:26:03malheureusement,
00:26:04on ne sait pas ce qu'il en est exactement,
00:26:07puisqu'il y a des caisteurs de la flotte
00:26:09qui sont élus tous les ans,
00:26:12comme les magistrats romains,
00:26:13et qui sont positionnés à Hostie.
00:26:16Bon,
00:26:17et il y a un port.
00:26:18Donc,
00:26:19les Romains savent faire manœuvrer des bateaux.
00:26:22Est-ce qu'ils ont une flotte de guerre
00:26:23au sens strict ?
00:26:25Là, c'est plus difficile à dire.
00:26:28Est-ce qu'ils ont combattu sur mer,
00:26:31pour l'instant,
00:26:33autant qu'on le sache,
00:26:34non.
00:26:35Bien.
00:26:36Mais il y a quand même un point de départ.
00:26:38Et puis, je vous le disais,
00:26:40il y a ces capourons,
00:26:41que nous reverrons dans l'histoire
00:26:42entre Rome et Carthage,
00:26:43qui, eux,
00:26:44sont des ingénieurs navals,
00:26:46qui connaissent parfaitement
00:26:48la construction des bateaux,
00:26:50la préparation,
00:26:52la mise en œuvre des zones de radoux,
00:26:54et les techniques navales,
00:26:56y compris de combat,
00:26:58les deux font qu'on peut penser
00:27:00que Rome a dû se faire fortement conseiller
00:27:03et peut-être encadrer par des capourons.
00:27:06– Alors, le théâtre d'opération,
00:27:08c'est quoi ?
00:27:08C'est la Cécile ?
00:27:09C'est la mer autour de la Cécile ?
00:27:10– Alors, la Cécile,
00:27:11sur un bateau,
00:27:13c'est un peu difficile.
00:27:13– Non, c'est la mer autour
00:27:14des Trois-de-Messie.
00:27:16– Oui, non, non,
00:27:17je vous taquine.
00:27:18Voilà.
00:27:19Non, non, mais c'est...
00:27:20La grande affaire,
00:27:22c'est la bataille de Milaé, 280.
00:27:25Alors, qu'est-ce qui se passe ?
00:27:26– Et se situe où ?
00:27:27– Alors, Milaé se situe
00:27:28entre la Cécile et le continent.
00:27:31Voilà.
00:27:32On est dans la zone de contact
00:27:34entre Rome et Carthage,
00:27:37zone maritime, évidemment.
00:27:38– Donc, le continent nord-africain ?
00:27:41– Non, non, italien.
00:27:42– Italien ?
00:27:42– Européen.
00:27:43– Européen, d'accord.
00:27:44– Oui, oui, oui.
00:27:45On est, je ne sais comment vous représentez ça,
00:27:47la pointe nord-est du côté de Syracuse.
00:27:51– OK.
00:27:51– Voilà.
00:27:52On est entre Syracuse et Capoue.
00:27:54– Bien.
00:27:54– Voilà, pour dire les choses comme ça,
00:27:57même si c'est plutôt entre...
00:27:58Pardonnez-moi.
00:28:00Entre Zancles et Capoue.
00:28:02Et là, la flotte romaine surprend, là encore,
00:28:05et ça arrive très souvent dans les guerres pudiques,
00:28:09surprend la flotte cartaginoise.
00:28:11La flotte romaine est commandée par un certain Duilius,
00:28:15et celui-ci a fait préparer son escadre d'une façon très célèbre.
00:28:23Il a fait, mais mal connu, c'est curieux,
00:28:26qu'il soit à la fois célèbre et connu,
00:28:29ce sont les fameux corbeaux de Duilius.
00:28:31Alors, on a essayé de comprendre ce que c'est.
00:28:34En gros, c'est un système qui sert à accrocher un bateau ennemi,
00:28:38et nous dit Ticliv, mais c'est impossible,
00:28:40à permettre ainsi aux marins de manœuvrer comme une légion sur la mer.
00:28:46Alors, on voit bien que ça doit être un pont d'abordage,
00:28:49enfin, on voit mal, même une centurie.
00:28:52– C'est compliqué de faire passer un bateau à l'autre, c'est clair.
00:28:54– Et ce qui se passe à Milaé est extrêmement intéressant,
00:28:58c'est que les Romains vont ressortir de cette bataille
00:29:01avec l'idée qu'ils ont remporté une très grande victoire,
00:29:04alors qu'en fait, les cartaginois ont brisé le contact
00:29:07dès qu'ils ont vu que les Romains résistaient.
00:29:10Alors, on a deux enseignements.
00:29:13Surestimation de soi, de la part de Rome,
00:29:15qui se croit à partir de ce moment-là tout permis,
00:29:18et qui, avec la chance des audacieux, va remporter la guerre.
00:29:22Et de l'autre côté, Carthage, qui se rend compte
00:29:26qu'elle a sous-estimé en fait son ennemi,
00:29:28et qui, plutôt que de perdre le reste de sa flotte,
00:29:32préfère s'enfuir.
00:29:33– C'est quand même une guerre qui va durer près de 20 ans.
00:29:36– 23 ans.
00:29:36– 23 ans.
00:29:37– C'est la plus longue.
00:29:38Et d'ailleurs, on peut rajouter que plus ça va, moins ça va.
00:29:42Il y a comme une forme d'épuisement dans la France.
00:29:45– Donc pendant ces 20 ans, ce sont des petites batailles,
00:29:48des escarmouches, on essaye de repousser l'autre.
00:29:50– Alors, ce qui est parlant, c'est que sur ces 23 années de conflit,
00:29:53il y a 8 années blanches, ce qui est beaucoup.
00:29:55– Oui.
00:29:56– Voilà.
00:29:57Durant lesquelles, il n'y a quasiment rien.
00:29:59Pour le reste, il n'y a pas de bataille.
00:30:03– Enfin, si vous voulez, la bataille qui a coûté le plus cher
00:30:09et qui va d'ailleurs amener Carthage à conclure avec Rome,
00:30:13c'est la bataille des îles Haïgat.
00:30:15Ce n'est pas très loin de Milae, d'ailleurs.
00:30:17Il y a un petit archipel d'îles qui se trouve au même endroit,
00:30:22à peu près au même endroit,
00:30:24où là, Carthage va perdre, semble-t-il, entre 25 et 40 000 hommes.
00:30:28Donc là, si vous voulez, le combat est allé jusqu'au bout
00:30:31et la flotte de Carthage a été coulée.
00:30:34Bien.
00:30:35Et ce qui est assez curieux,
00:30:37c'est que nous n'avons pas de signe clair
00:30:40que Carthage est à terre à ce moment-là.
00:30:42Carthage va faire un pari qui va être dramatique pour elle à terme.
00:30:49Elle va penser que ce n'est pas la peine de poursuivre le combat avec Rome,
00:30:54alors qu'en fait, elle a tout à fait les moyens de le faire.
00:30:56Mais elle vient quand même d'enregistrer une terrible défaite.
00:31:01C'est une guerre qui est principalement navale, d'après ce que vous...
00:31:04Elle est pour l'essentiel.
00:31:05Oui.
00:31:06Donc, la paix va être...
00:31:08Une paix va être signée, établie en 241.
00:31:12Oui.
00:31:14Est-ce que c'est une paix qui règle véritablement les choses ?
00:31:17Passez-moi l'expression, mais c'est une paix foireuse.
00:31:19Oui.
00:31:19C'est-à-dire que, alors que Carthage n'est pas du tout à terre,
00:31:25elle va tout accepter des Romains.
00:31:28Et ça, c'est extrêmement surprenant.
00:31:32On peut penser, il y a quand même un élément,
00:31:36nous le verrons qu'il y a des problèmes au sein de l'armée de Carthage,
00:31:41et que c'est ceci qui a été le plus déterminant,
00:31:43mais enfin, elle laisse absolument tout.
00:31:48Elle laisse la Sicile, à l'exception de Syracuse,
00:31:51qu'elle ne peut pas donner, ça ne lui appartient pas aux Romains.
00:31:54Elle accepte de verser une inébidité de guerre,
00:31:57de renvoyer les prisonniers,
00:32:00et elle, en face, elle n'obtient absolument rien.
00:32:03C'est le traité de Versailles des Carthaginois.
00:32:05Voilà.
00:32:06Et sauf que, comme pour la Première Guerre mondiale,
00:32:12on sait ce que ça a donné,
00:32:14que c'est paix complètement déséquilibrée.
00:32:17Et c'est d'autant plus terrible que nous allons voir,
00:32:20en parlant de la guerre des mercenaires, vraisemblablement,
00:32:23il y a eu quelque chose d'inexplicable
00:32:27qui s'est passé à ce moment-là.
00:32:29Donc vous nous montrez que l'entre-deux-guerres
00:32:32est marqué par la guerre des mercenaires,
00:32:34vous allez nous expliquer ce que c'est.
00:32:36Par l'expansion cartaginoise en Ibérie,
00:32:39et puis par ce qu'on va appeler l'Empire Barside.
00:32:44Alors je vous propose de commencer par la guerre des mercenaires.
00:32:48Comme nous le disons...
00:32:49C'est entre les deux guerres, c'est entre la première...
00:32:51Oui, bien sûr.
00:32:53Nous sommes entre la fin, après la Première Guerre punique,
00:32:57et relativement bien avant la seconde,
00:33:02la deuxième, en l'occurrence.
00:33:03Là, comme nous le disions en commençant,
00:33:07en fait, Carthage n'a pas d'armée de métier.
00:33:09Elle paye des mercenaires.
00:33:12Et il se trouve que comme elle doit verser une indemnité colossale à Rome,
00:33:15c'est pour ça que je vous ai dit précédemment
00:33:17que le traité de 241, c'est vraiment une énorme erreur.
00:33:20On se doutait de ce qui devait arriver.
00:33:23Eh bien, elle ne peut pas payer, ces mercenaires.
00:33:26Ou, dit-on, elle ne veut pas les payer,
00:33:28au titre que finalement, la guerre étant terminée...
00:33:32Résultat, ces mercenaires se révoltent en Afrique,
00:33:35prennent le contrôle de la Sartène.
00:33:36Le coup classique.
00:33:37Voilà.
00:33:38Et ça permet à Rome de faire une monstruosité géopolitique.
00:33:44Elle, au fond, elle fait un marché, même pas de dupe,
00:33:49un marché d'une malhonnêteté que même Polybe,
00:33:53qui est assez pro-romain, est obligé de reconnaître,
00:33:56qui consiste à dire, écoutez,
00:33:57je veux bien vous aider à régler la question en Sardaigne,
00:34:01qui vous permettra de régler la guerre des mercenaires,
00:34:04mais on augmente l'indemnité de guerre,
00:34:07qui est quand même la cause de la guerre des mercenaires.
00:34:09Voilà.
00:34:10Et pour payer notre intervention,
00:34:13vous nous donnerez la Sardaigne et la Corse.
00:34:16Polybe qui raconte ça, n'en revient pas.
00:34:20Et tous les auteurs,
00:34:21il y a un petit livre qui fait semblant
00:34:24de ne pas avoir le problème, si vous voulez,
00:34:26tous les auteurs se disent que la Rome a fait preuve
00:34:29de cette fides punica qu'elle prête aux Carthaginois,
00:34:34la fides punica, c'est en fait une antiphrase,
00:34:38la foi des puniques, c'est-à-dire l'absence de foi.
00:34:41C'est-à-dire, voilà.
00:34:42Eh bien, en fait, ici, on a une sorte de fides romanar,
00:34:45si on peut dire les choses comme ça,
00:34:47qui est assez stupéfiant.
00:34:48Alors, avant d'arriver à la deuxième guerre punique,
00:34:51expliquez-nous pourquoi et comment
00:34:53les Barsides, c'est la famille d'Anibal,
00:34:58d'Anibal, oui,
00:35:00s'intéressent à la péninsule ibérique.
00:35:04Eh bien, en fait, Amilcar, Amilcar Barkar,
00:35:10qui est le chef de la famille des Barsides à l'époque,
00:35:13qui est un général qui n'a remporté que des victoires
00:35:15pendant la première guerre punique,
00:35:17il faut bien le voir,
00:35:19est porté par l'opinion,
00:35:21mais il vomit littéralement le Sénat.
00:35:24Il voit bien qu'en fait,
00:35:26et nous verrons que cela va se reproduire
00:35:28pendant la seconde guerre punique,
00:35:29le Sénat a contraint Amilcar Barkar
00:35:34à signer ce traité.
00:35:36D'ailleurs, c'est lui qui le recommandait,
00:35:39mais n'a pas tenu un certain nombre de promesses,
00:35:42a fait n'importe quoi après,
00:35:44et il décide, en fait,
00:35:46de se retirer sur son inventin.
00:35:47Lui, en leur occurrence,
00:35:49il va prendre le contrôle, rien que ça,
00:35:51de l'Iberie,
00:35:52ce qui montre bien que Carthage
00:35:53n'est pas du tout à terre à ce moment-là.
00:35:55Et installer ce qu'on a appelé
00:35:57un empire barcide.
00:35:59Alors, disons-le tout de suite,
00:36:00ce n'est pas un empire,
00:36:02et il n'est pas barcide au sens fort du terme.
00:36:05Amilcar Barkar, comme toute sa famille,
00:36:08va se montrer parfaitement respectueux
00:36:11des institutions de Carthage.
00:36:13Et d'ailleurs, son successeur,
00:36:15qui est son gendre et beau-frère,
00:36:17qui est Asdrubal le Beau,
00:36:19lorsqu'il va fonder la capitale de ces terres
00:36:23dont ils ont pris le contrôle,
00:36:25va l'appeler Carthago Nova.
00:36:27Ils montrent à chaque fois
00:36:29le respect qu'ils ont pour leur cité.
00:36:32Certes, ce sont des, comment dire,
00:36:36ce sont des Napoléons respectueux
00:36:38de la République, si vous voulez.
00:36:39D'accord.
00:36:40Si on peut dire les choses comme ça.
00:36:42Il y a de très bons généraux,
00:36:44des gens très aimés de leurs hommes
00:36:45et du peuple,
00:36:46mais qui n'ont pas l'intention
00:36:48de prendre le pouvoir.
00:36:49Alors, qu'est-ce qui va déclencher
00:36:50cette Deuxième Guerre Punique
00:36:53en 218 avant Jésus-Christ ?
00:36:55Donc là, c'est Hannibal
00:36:56qui est au pouvoir, à Carthage ?
00:36:59Oui.
00:37:00Alors, donc,
00:37:02Asdrubal le Beau,
00:37:05qui l'a formé militairement,
00:37:08est mort en 221,
00:37:11donc si vous voulez,
00:37:12trois ans avant le déclenchement
00:37:13de la Seconde Guerre Punique.
00:37:15Il est intéressant de savoir
00:37:16qu'Hannibal a été formé
00:37:17comme un simple soldat
00:37:18et qu'il aggravit les échelons.
00:37:22Alors certes,
00:37:22on le regardait avec un peu d'intérêt,
00:37:24mais il aggravit les échelons
00:37:25par son propre mérite,
00:37:26ce qui est très important
00:37:27pour la suite,
00:37:29parce que d'abord,
00:37:30il est adulé de ses soldats
00:37:31et il parle toute leur langue,
00:37:34au moins les aspects militaires.
00:37:36Bien, ça touche beaucoup,
00:37:38et il se bat au milieu d'eux.
00:37:40Donc, Hannibal arrive
00:37:41dans ses conditions au pouvoir,
00:37:46et ce qui est très intéressant,
00:37:48c'est qu'on est en fait,
00:37:50trois ans avant le déclenchement
00:37:51de la Seconde Guerre Punique,
00:37:54il ne va pas se précipiter,
00:37:55alors qu'il a fait le serment
00:37:56à son père
00:37:57de ne pas, disons,
00:38:02se reposer
00:38:02tant qu'il aurait détruit
00:38:04la ville de Rome,
00:38:06dit-on,
00:38:07dit-on,
00:38:07on reviendra sur cette affaire-là,
00:38:08eh bien,
00:38:10il est le contraire même
00:38:11de ce que l'on dit de lui,
00:38:12c'est quelqu'un
00:38:13qui est très posé,
00:38:14qui réfléchit,
00:38:16et il va préparer son armée
00:38:18pendant trois ans,
00:38:19et il va préparer
00:38:20la stratégie globale.
00:38:23Eh bien,
00:38:23et c'est ce qui est intéressant,
00:38:27il le fait
00:38:27parce qu'il a pris conscience,
00:38:30contrairement à ce que
00:38:31l'analystique romaine,
00:38:32c'est-à-dire, si vous voulez,
00:38:33la forme,
00:38:34la façon dont on fait
00:38:34l'histoire à Rome
00:38:35à l'époque présente,
00:38:37il a pris conscience
00:38:38que Rome
00:38:39ne laisserait pas
00:38:40tranquille Carthage
00:38:42et qu'il fallait se préparer
00:38:43à prendre les devants.
00:38:45Et c'est pour ça
00:38:46qu'il intervient,
00:38:47parce qu'en fait,
00:38:48c'est Rome
00:38:48qui crée encore
00:38:49les conditions
00:38:50de l'assaut.
00:38:51Pourquoi ?
00:38:52Parce que
00:38:53lorsque Amilcar Barca
00:38:56met en place
00:38:57cet empire barcide
00:38:58un peu rapidement dit,
00:39:00n'est-ce pas,
00:39:01les Romains s'inquiètent,
00:39:02lui envoient
00:39:03une ambassade
00:39:04et on se met d'accord
00:39:05sur le fait
00:39:06que
00:39:07cet Amilcar
00:39:08ne pourra pas
00:39:09aller au-delà
00:39:10de l'Ebre.
00:39:11Bien.
00:39:12Or, il n'est pas du tout
00:39:13à l'Ebre.
00:39:14Il est au Guadelkivir
00:39:15à l'époque.
00:39:16Ce qui montre
00:39:16une première chose,
00:39:17c'est que Rome
00:39:17est parfaitement
00:39:18en conscience
00:39:18qu'elle n'a pas
00:39:19les moyens
00:39:19de faire la guerre
00:39:20aux Carthaginois.
00:39:22et que ça change
00:39:22complètement l'idée
00:39:23de la fin
00:39:24de la première guerre
00:39:25punique,
00:39:25c'est une première chose.
00:39:27Deuxièmement,
00:39:28lorsque Amilcar,
00:39:30surtout Asdrubal-Lebeau
00:39:31et finalement
00:39:33Hannibal
00:39:35se lancent
00:39:36à l'assaut
00:39:37de la ville
00:39:37de Sagonte,
00:39:39eh bien,
00:39:39ils sont au sud
00:39:40de l'Ebre.
00:39:41Donc, théoriquement,
00:39:43dans le territoire
00:39:44qui était reconnu
00:39:46par Rome.
00:39:47Alors,
00:39:48on ne sait pas trop
00:39:49si les Romains
00:39:51auraient joué
00:39:52sur une toponymie.
00:39:55On se demande
00:39:56s'il n'y a pas
00:39:56un autre fleuve
00:39:57plus au sud
00:39:58qui se serait appelé
00:39:59l'Ebre.
00:40:00Mais le problème
00:40:01de cette version,
00:40:03c'est qu'on ne voit pas
00:40:04pourquoi ils auraient
00:40:04permis l'avancée
00:40:05des troupes cartaginoises
00:40:06pour tout d'un coup
00:40:07dire vous avez
00:40:08franchi la limite.
00:40:10Deuxième chose,
00:40:11pour l'instant,
00:40:14nous n'avons pas
00:40:14de signes absolument
00:40:15certains
00:40:16qu'Hannibal,
00:40:17à ce moment-là,
00:40:18avait l'intention
00:40:19d'attaquer Rome.
00:40:20Mais,
00:40:21et troisième chose
00:40:22qui montre vraiment
00:40:23qu'il y a un vrai problème
00:40:24dans l'attitude de Rome,
00:40:26c'est qu'il est
00:40:28vraisemblable
00:40:29que Rome
00:40:30ait hargué
00:40:31du siège
00:40:32de Sagonte
00:40:33une fois la guerre
00:40:35commencée
00:40:36pour dire
00:40:37que c'était
00:40:38les cartaginois
00:40:39qui les avaient
00:40:39agressés
00:40:40et ça n'est
00:40:42vraisemblablement
00:40:43pas avant.
00:40:44C'est venu après.
00:40:45C'est un argument
00:40:45a posteriori.
00:40:46C'est un peu troublant.
00:40:47– C'est à ce moment-là
00:40:48qu'on peut appeler
00:40:50la geste
00:40:51d'Hannibal.
00:40:52C'est la fameuse
00:40:53traversée des Pyrénées,
00:40:55on suit la côte
00:40:56narbonnaise
00:40:56pour arriver
00:40:57jusqu'à…
00:40:58– Oui, on remonte
00:40:59le Rhône
00:40:59parce qu'on apprend
00:41:00que le père
00:41:02et l'oncle
00:41:04du fameux
00:41:04Scipion
00:41:05l'Africain
00:41:05qui portent
00:41:06exactement
00:41:06les mêmes…
00:41:08Vous savez,
00:41:08les Romains
00:41:08ont des
00:41:10prénomènes
00:41:11et des nomènes,
00:41:13n'est-ce pas ?
00:41:13– Oui,
00:41:14parce que c'est
00:41:15très compliqué.
00:41:16Donc,
00:41:16ils s'appellent
00:41:16tous Publius
00:41:17Scipio,
00:41:18n'est-ce pas ?
00:41:19Alors,
00:41:19ils ajoutent un cognomène
00:41:20pour qu'on les distingue,
00:41:21mais en l'occurrence,
00:41:22le père n'en a pas.
00:41:23Donc,
00:41:23voilà.
00:41:24Comme souvent,
00:41:25les générales battus,
00:41:26il faut le reconnaître,
00:41:27les Romains commencent
00:41:28à mettre un cognomène
00:41:29pour rappeler
00:41:30qu'ils ont remporté
00:41:30une victoire
00:41:31et pas tellement
00:41:32quand ils ont été battus.
00:41:33Donc,
00:41:33ce père,
00:41:34qui est d'ailleurs
00:41:34un très grand soldat
00:41:35et son oncle
00:41:35qui va le rejoindre
00:41:37en Hispanie,
00:41:38en fait,
00:41:39est assez informé
00:41:40et l'essaye
00:41:41d'arrêter Hannibal
00:41:43dans le delta du Rhône.
00:41:46Mais Hannibal,
00:41:47qui est tout aussi bien
00:41:49informé que lui,
00:41:50va éviter le delta du Rhône,
00:41:51va remonter le Rhône
00:41:53et faire ce à quoi
00:41:55aucun Romain ne s'attendait,
00:41:57disparaître
00:41:58dans les Alpes.
00:41:59Qui traverse le Rhône.
00:42:01Oui.
00:42:02Et alors,
00:42:03les Romains se disent,
00:42:04écoutez,
00:42:05c'est simple,
00:42:05il n'en ressortira pas.
00:42:07Il est avec ses éléphants,
00:42:08ses fameux éléphants.
00:42:09Il est avec ses éléphants.
00:42:10Il en a 33 à l'époque.
00:42:11Oui.
00:42:12Bien.
00:42:13À la sortie,
00:42:14il en survivra 5,
00:42:16entre 3 et 5,
00:42:17selon les sources.
00:42:18Et finalement,
00:42:19un seul survivra.
00:42:21Et c'est incroyable,
00:42:21c'est l'éléphant
00:42:23d'Hannibal.
00:42:25Bien.
00:42:25Qui porte un nom en plus.
00:42:26Qui s'appelle Silus.
00:42:27Qu'on connaît.
00:42:28C'est vraiment,
00:42:29voilà,
00:42:30il y était très très attaché.
00:42:31Il lui a fait célébrer
00:42:33des funérailles de guerriers.
00:42:35C'est impressionnant.
00:42:36Et donc,
00:42:36ce qui est intéressant,
00:42:37c'est que Publius,
00:42:39Scipio,
00:42:40le père,
00:42:42ne croit pas un instant
00:42:43qu'Hannibal ressortira
00:42:44de cette affaire-là.
00:42:45Et qu'est-ce qu'il fait ?
00:42:45Il se dirige en Ispanie.
00:42:47Voilà.
00:42:48Et il arrive ce qui va arriver
00:42:49par la suite.
00:42:50C'est-à-dire que Hannibal a réussi
00:42:51ce que les Romains
00:42:52pensaient impossible.
00:42:53et donc débarquent,
00:42:55si je puis dire,
00:42:56en Italie.
00:42:57Ah oui.
00:42:57Et là, pour Rome,
00:42:58c'est assez mal engagé.
00:43:00Ah, c'est la déculeté.
00:43:01Parce que, attendez,
00:43:02là,
00:43:03je crois que,
00:43:04là encore,
00:43:05dans notre mémoire,
00:43:06on se dit,
00:43:06ah,
00:43:07la bataille de Cannes,
00:43:08à la rigueur,
00:43:09le lac Trasimène,
00:43:09etc.
00:43:10Mais il a emporté,
00:43:11la seule première année,
00:43:12il remporte quatre batailles.
00:43:14Le siège de Torignard.
00:43:16Il va faire passer
00:43:17par le fil de l'épée,
00:43:18c'est la seule fois
00:43:18qu'il fera ça,
00:43:19pour se faire comprendre.
00:43:21Tous les habitants de la ville,
00:43:22survivants,
00:43:23ou réduits en esclavage.
00:43:25Après,
00:43:25la bataille de la Trébie,
00:43:27qu'on oublie régulièrement,
00:43:29et même certains historiens
00:43:30pensaient que c'était pas une bataille,
00:43:32jusqu'à ce que Yann le Boèque
00:43:33démontre que c'était bien une bataille,
00:43:35et même une bataille
00:43:36très bien menée.
00:43:37La bataille du Tessin,
00:43:38et la bataille du lac Trasimène.
00:43:41La bataille du lac Trasimène,
00:43:43imaginez-vous,
00:43:44à la fin,
00:43:44les troupes romaines
00:43:45sont tellement mal commandées
00:43:47qu'Hannibal réussit
00:43:49à les coincer contre le lac
00:43:51et à terminer le combat,
00:43:53nous disent les sources,
00:43:54à la façon d'une chasse au thon.
00:43:57Comme des thons pris dans une nasse,
00:43:59il n'y a pas eu un seul survivant.
00:44:02Pas eu un seul.
00:44:03En tout cas,
00:44:04qui était sur le lieu même.
00:44:06Les Romains,
00:44:07même face aux Samnites,
00:44:10n'avaient jamais connu
00:44:11une défaite pareille,
00:44:12même face aux Gaulois.
00:44:14Et là, vous avez quand même
00:44:15un consul en exercice
00:44:16qui est tué pendant le combat.
00:44:18Donc, si vous voulez.
00:44:19Et là,
00:44:20c'est en quelques mois
00:44:22qu'il remporte
00:44:23un siège,
00:44:24et un siège,
00:44:25c'est très long.
00:44:26Ça aurait dû permettre
00:44:26aux Romains quand même
00:44:27d'intervenir.
00:44:29Et trois batailles.
00:44:30Et pourquoi est-ce qu'il les rencontre ?
00:44:32Nous le disions tout en commençant.
00:44:33parce qu'il a observé
00:44:36la manœuvre romaine,
00:44:37il en a vu les failles,
00:44:38il en a vu les avantages,
00:44:40il a commencé à adapter son armée
00:44:41et surtout,
00:44:43Hannibal a été formé
00:44:46par un lacédémonien
00:44:47qui s'appelle Sosilos,
00:44:50un petit peu comme
00:44:51Alexandre le Grand
00:44:52a été formé par Aristote.
00:44:53Il l'a très très bien formé
00:44:55et il lui a fait faire
00:44:56beaucoup de géographie.
00:44:57Et Hannibal connaît mieux
00:44:59la géographie de l'Italie
00:45:00que les Romains.
00:45:02Les Romains connaissent
00:45:03essentiellement la géographie
00:45:04du Lassium et de l'Étrurie.
00:45:07Ils connaissent très très mal
00:45:08les régions alpines.
00:45:10Et c'est ainsi
00:45:11qu'il va coincer
00:45:12le consul romain
00:45:14au lac Trasim.
00:45:15On églige toujours
00:45:16la géographie.
00:45:17Oui, oui.
00:45:19Cannes,
00:45:19donc une défaite célèbre,
00:45:21Cannes en 216,
00:45:24donc là,
00:45:25on peut dire que Rome
00:45:26traverse vraiment
00:45:27une crise majeure
00:45:28et est-ce qu'elle prend conscience
00:45:28que sa survie est en jeu
00:45:30à ce moment-là ?
00:45:31Et comment elle réagit
00:45:31et qu'est-ce qui va la conduire
00:45:32à la victoire ?
00:45:33En fait,
00:45:34elle a pris conscience
00:45:34au lac Trasimène.
00:45:37Pas tellement,
00:45:38parce que c'est un peu
00:45:39comme Bonaparte
00:45:40qui trouve qu'une belle bataille,
00:45:41c'est une bataille
00:45:41durant laquelle
00:45:42il meurt beaucoup de soldats.
00:45:44Il trouve que c'était
00:45:44assez esthétique,
00:45:45n'est-ce pas ?
00:45:46On a des textes
00:45:46assez stupéfiants
00:45:47de lui là-dessus.
00:45:49Bon,
00:45:49ils ont perdu des soldats,
00:45:50une légion,
00:45:51une légion,
00:45:51ça se remplace.
00:45:52Mais un consul,
00:45:52alors là,
00:45:53on avait...
00:45:54Ça faisait longtemps
00:45:54qu'on n'avait pas perdu
00:45:55de consul,
00:45:57surtout dans ces conditions-là.
00:45:58Et c'est à ce moment-là.
00:46:00Et comment est-ce
00:46:00que ça se traduit ?
00:46:01C'est très simple.
00:46:02Au moment où Hannibal
00:46:04arrive en Italie,
00:46:06Rome a entre 2 et 4 légions.
00:46:09Bien.
00:46:10À Cannes,
00:46:11elle en mobilise 8.
00:46:13Donc vous voyez bien
00:46:13que la prise de conscience
00:46:14est avant Cannes.
00:46:15Elle n'est pas après,
00:46:16comme on le croit souvent.
00:46:18Sauf qu'à Cannes,
00:46:2070 000 morts,
00:46:2210 000 prisonniers,
00:46:23et ce sont le chiffre bas,
00:46:2580 sénateurs.
00:46:27Et entre 29 et 39 tribuns militaires.
00:46:32Pour vous donner une idée,
00:46:33c'est le tiers du Sénat
00:46:35et c'est la moitié
00:46:37des tribuns militaires
00:46:38dont dispose Rome,
00:46:39c'est-à-dire des chefs
00:46:41d'état-major
00:46:42ou ce genre de choses.
00:46:44Là, Rome ne comprend pas
00:46:48ce qui lui arrive.
00:46:50Et elle s'est pourtant
00:46:51un peu mieux préparée.
00:46:53Mais Hannibal,
00:46:54une nouvelle fois,
00:46:54va merveilleusement utiliser
00:46:56les aptitudes du lieu.
00:46:59Les Romains,
00:47:00beaucoup moins bien.
00:47:01Et vous connaissez la suite.
00:47:03Il se présente
00:47:03devant les murailles de Rome.
00:47:05Alors, on a fait
00:47:05toute une affaire.
00:47:06D'ailleurs,
00:47:07sa propre garde reprochée,
00:47:10lui en a fait
00:47:10un reproche
00:47:11extrêmement virulent.
00:47:13Mais si vous voulez,
00:47:14c'est comme nous autres,
00:47:15les historiens,
00:47:16on paraît plus intelligent
00:47:17sur l'histoire,
00:47:19mais parce qu'en fait,
00:47:19on la raconte après.
00:47:20Donc si vous voulez,
00:47:21c'est plus difficile
00:47:22de se tromper.
00:47:23Quoique certains
00:47:24s'y emploient fortement.
00:47:26Mais la réalité,
00:47:28c'est que personne
00:47:30ne pouvait imaginer
00:47:31que ça aurait
00:47:32une quelconque importance.
00:47:34Et surtout,
00:47:35Hannibal a très bien fait.
00:47:38Le siège de Rome,
00:47:40ça aurait été son siège
00:47:41de Troie à lui,
00:47:42ça aurait été son Vietnam.
00:47:42Peut-être qu'à la fin,
00:47:45il aurait réussi
00:47:46à soumettre
00:47:47les cadavres des Romains,
00:47:49mais au prix
00:47:50de qu'elle dépense.
00:47:51Et en fait,
00:47:52nous le savons,
00:47:53par des sources grecques,
00:47:55Hannibal,
00:47:56et ça,
00:47:56ça montre bien
00:47:58la distance qu'il y a
00:47:59entre le personnage
00:48:00d'Hannibal
00:48:00et la réalité,
00:48:02n'avait pas l'intention
00:48:03de détruire Rome.
00:48:06Il n'y a pas
00:48:07d'Hélenda Est-Roma.
00:48:10Il faut détruire Rome.
00:48:12Il n'y a pas
00:48:13de pendant de cela.
00:48:15Voilà.
00:48:15Hannibal est quelqu'un
00:48:16qui veut faire comprendre
00:48:18à Rome
00:48:18qu'on respecte Carthage
00:48:20et puis surtout
00:48:23lui faire comprendre
00:48:24que le traité de 237,
00:48:26c'est inacceptable.
00:48:27Il ne s'agit pas
00:48:28de recommencer.
00:48:29Bon,
00:48:30les choses tourneront.
00:48:30Et comment les choses
00:48:31vont tourner
00:48:32à l'avantage de Rome ?
00:48:34On peut dire que Rome,
00:48:35finalement,
00:48:35l'emporte plus
00:48:36par sa capacité
00:48:37à durer,
00:48:38à résister ?
00:48:39Alors,
00:48:40d'abord,
00:48:41Carthage a suscité
00:48:42un Hannibal.
00:48:45Rome va susciter
00:48:45un Scipion.
00:48:47Et Scipion était
00:48:49à la bataille
00:48:50du Tessin.
00:48:52Et il a été battu.
00:48:54Et il était
00:48:54simple tribun à l'époque,
00:48:55si on peut dire
00:48:56des choses comme ça.
00:48:56Il est à l'état-major.
00:48:58Bien,
00:48:58il réussit à s'enfuir.
00:49:00Et il est très jeune.
00:49:01Il va tirer
00:49:03les conséquences
00:49:05de cet effondrement.
00:49:08Et il est parfaitement conscient
00:49:10que, pour l'instant,
00:49:11on ne peut pas attaquer
00:49:12Hannibal frontalement.
00:49:14Et donc,
00:49:14il va,
00:49:15en fait,
00:49:15il est dans la lignée
00:49:16de son père
00:49:16et de son oncle.
00:49:17Il va convaincre
00:49:18le Sénat,
00:49:20une fois élu
00:49:21pro-consul,
00:49:22alors qu'il n'a jamais
00:49:23été consul.
00:49:24C'est-à-dire envoyer
00:49:25cet intermodaire
00:49:27qui est utilisé après
00:49:28parce que ça suppose
00:49:29qu'il y ait des provinces.
00:49:30Il ne s'agit pas
00:49:31de province,
00:49:31en l'occurrence.
00:49:32On lui donne
00:49:33un titre consulaire,
00:49:35si vous voulez,
00:49:35pour pouvoir commander
00:49:35des armées.
00:49:37Il va suivre
00:49:38la trace de son père
00:49:39et de son oncle
00:49:40et couper les vivres
00:49:42à Hannibal.
00:49:44Et ça,
00:49:44c'est très intelligent
00:49:45parce qu'au fond,
00:49:46c'est un peu comme
00:49:46la guerre du Vietnam
00:49:47qui est une guerre
00:49:48de guerrillas.
00:49:49Au fond,
00:49:49il va faire une sorte
00:49:50de guerre de guerrillas
00:49:51sur les arrières
00:49:51d'Hannibal.
00:49:53Parce que ce qui est
00:49:53assez frappant,
00:49:55c'est qu'Hannibal
00:49:55ne remportera
00:49:56que des victoires
00:49:57jusqu'à la fin.
00:49:58La dernière étant
00:50:00une défaite
00:50:00qui,
00:50:01dans le cadre
00:50:02d'une guerre,
00:50:02est toujours embêtant.
00:50:03Il vaut mieux
00:50:03que ce soit la première,
00:50:04la défaite,
00:50:05et pas la dernière.
00:50:06Et nous reviendrons
00:50:07peut-être sur cette défaite
00:50:08parce qu'Hannibal
00:50:10est très peu responsable
00:50:12de cette défaite.
00:50:13Mais jusqu'à la fin,
00:50:14il remporte
00:50:15une série impressionnante
00:50:16de victoires.
00:50:19En permanence,
00:50:20en particulier,
00:50:21il prend la ville de Capoue.
00:50:22– Et donc,
00:50:22il y a quand même
00:50:22un épuisement
00:50:24de l'armée d'Hannibal.
00:50:25Qu'est-ce qui fait
00:50:25que Rome va…
00:50:26– Pas tellement.
00:50:27– Non ?
00:50:28– Pas tellement.
00:50:28– Et comment ça se termine ?
00:50:30– Eh bien,
00:50:30en fait,
00:50:32c'est une nouvelle fois
00:50:34le Sénat de Carthage
00:50:35qui va vouloir
00:50:35prendre la main
00:50:36et qui va
00:50:37la prendre très mal.
00:50:39C'est-à-dire que
00:50:39le Sénat
00:50:41envoie,
00:50:43répond aux demandes
00:50:44d'Hannibal
00:50:44au compte-gouttes.
00:50:46Alors évidemment,
00:50:47ça met Hannibal
00:50:49dans une très grande difficulté
00:50:50et ça va coûter
00:50:51la vie à son frère
00:50:52parce qu'il va être envoyé
00:50:53trop tard
00:50:54dans de mauvaises conditions
00:50:54et battu
00:50:56à la bataille
00:50:56du Métor
00:50:57et il va lui envoyer
00:51:00un second
00:51:00qui s'appelle
00:51:01Magon
00:51:01qui va lui aussi
00:51:03être envoyé trop tard
00:51:04dans de mauvaises conditions.
00:51:05Lui ne connaît pas du tout
00:51:06l'Italie
00:51:06qui va être battu lui aussi.
00:51:08Les Romains
00:51:08ont fini par apprendre
00:51:09leur géographie.
00:51:11Mais Hannibal lui-même
00:51:12a suscité
00:51:14énormément de ralliements
00:51:15en Italie.
00:51:17Et donc,
00:51:17ces troupes
00:51:18sont à peu près
00:51:19au niveau
00:51:20de ce qu'elles étaient
00:51:21au moment
00:51:21où il est rentré.
00:51:23Alors,
00:51:24au fond,
00:51:25le Sénat
00:51:26ne fait pas ce qu'il faut.
00:51:27Elle finit par
00:51:28laisser perdre
00:51:30l'Iberi
00:51:31qui est les arrières.
00:51:32Elle finit par
00:51:33laisser perdre
00:51:33des troupes
00:51:34très importantes
00:51:35avec l'envoi
00:51:35de Magon.
00:51:36Ça démoralise
00:51:37les troupes.
00:51:38Il y a déjà
00:51:38des défections.
00:51:40Et qu'est-ce qu'elle fait ?
00:51:41Alors qu'en fait,
00:51:42il faudrait poursuivre
00:51:43ce que fait Hannibal.
00:51:45Le Sénat
00:51:46se met à paniquer
00:51:46et dit à Hannibal
00:51:47rentrer en Afrique.
00:51:49Il rentre en Afrique.
00:51:50Il n'a pas son armée
00:51:51avec lui
00:51:52ou très peu
00:51:53de son armée.
00:51:54Il les congédie
00:51:55pour la plupart
00:51:55d'entre eux
00:51:56parce qu'il a perçu
00:51:59ce qui va arriver.
00:52:01On lui donne
00:52:01le commandement
00:52:02de troupes hétéroclites
00:52:03alors même
00:52:04qu'une pièce maîtresse
00:52:05qui est en l'occurrence
00:52:07la cavalerie numide
00:52:08qui au départ
00:52:09était soutenue
00:52:10par Carthage
00:52:11a basculé
00:52:12dans le camp romain.
00:52:14Toutes les conditions
00:52:15sont réunies
00:52:16pour une défaite
00:52:17à Zama
00:52:17et de fait
00:52:18Sipion
00:52:19va l'emporter
00:52:20sur Hannibal
00:52:21qui compte tenu
00:52:23des conditions
00:52:23dans lesquelles
00:52:24il a mené
00:52:25cette bataille
00:52:26a fait
00:52:27le mieux
00:52:28qu'on pouvait faire
00:52:29dans ces conditions.
00:52:31Donc défaite
00:52:32d'Hannibal
00:52:33qui rentre
00:52:34à Carthage
00:52:36est-ce qu'il y a
00:52:37un traité
00:52:37qui est signé
00:52:38à ce moment-là ?
00:52:39Oui
00:52:39et c'est d'ailleurs
00:52:39le comble
00:52:42si j'ose dire
00:52:42c'est que
00:52:42de la même manière
00:52:44qu'on demande
00:52:44à Milcar
00:52:46de signer
00:52:47le traité
00:52:49de 241
00:52:50on demande
00:52:51à Hannibal
00:52:52de signer
00:52:53le traité
00:52:54de 201
00:52:54la bataille de Zama
00:52:55a eu lieu
00:52:55un an avant
00:52:56vous voyez au passage
00:52:57les relations
00:52:58entre les politiques
00:52:59et les barcides
00:53:00sont très mauvaises
00:53:00c'est-à-dire qu'en gros
00:53:01on ne leur donne pas
00:53:02les moyens
00:53:03de faire la guerre
00:53:03et puis quand elle est perdue
00:53:05on les envoie
00:53:05faire le traité
00:53:06alors que fait Hannibal
00:53:08il fait ce qu'il peut
00:53:09et évidemment
00:53:10quand on arrive
00:53:11c'est immédiatement
00:53:12utilisé par ses adversaires
00:53:13comme un argument
00:53:14pour dire
00:53:15oh là là
00:53:15mais vous auriez
00:53:16pu mieux faire
00:53:17c'est un peu
00:53:18vous savez
00:53:18ce qui est arrivé
00:53:19dans le cadre
00:53:20de la guerre
00:53:21de libération
00:53:21de l'Irlande
00:53:22toute l'Irlande
00:53:23ou simplement
00:53:24l'Irlande républicaine
00:53:25bon ben
00:53:26on a négocié ça
00:53:27on a obtenu que ça
00:53:28ah oui mais vous auriez
00:53:29dû obtenir la totalité
00:53:30de l'île
00:53:31et vous savez ce qui suit
00:53:32c'est exactement
00:53:33l'ambiance qui règne
00:53:34à Carthage après
00:53:34c'est-à-dire que Hannibal
00:53:36qui est adulé par le peuple
00:53:38qui a parfaitement compris
00:53:39va être en fait
00:53:41complètement déstabilisé
00:53:45et même contraint
00:53:46à fuir
00:53:48du fait de la pression
00:53:49de ses adversaires politiques
00:53:50ils vont le dénoncer à Rome
00:53:52il faut quand même
00:53:55le savoir
00:53:55donc 50 ans vont
00:53:57vont s'écouler
00:53:58jusqu'à la 3ème guerre punique
00:54:01est-ce qu'on peut dire
00:54:02qu'à ce moment-là
00:54:02que Rome a décidé
00:54:03d'en finir
00:54:04avec Carthage
00:54:05c'est Rome qui attaque
00:54:07Carthage cette fois-ci
00:54:08écoutez
00:54:09c'est simple
00:54:10la 1ère guerre punique
00:54:1123 ans
00:54:12la 2ème 17 ans
00:54:14la 3ème 3 ans
00:54:15voilà
00:54:16à la fin si vous voulez
00:54:18on abat son chien
00:54:19quoi
00:54:19parce que là
00:54:20on n'est plus dans une guerre
00:54:21classique
00:54:21c'est une guerre
00:54:22d'anéantissement
00:54:22finalement
00:54:23on décide d'en finir
00:54:23c'est un massacre de masse
00:54:25c'est même pas une guerre
00:54:27enfin
00:54:27d'abord
00:54:29disons-le
00:54:29avant le déclenchement
00:54:31par 2 fois
00:54:31Rome demande de l'aide
00:54:32à Carthage
00:54:33et par 2 fois
00:54:34Carthage lui apporte
00:54:35il y a un très gros problème
00:54:38de récolte
00:54:39Rome est menacé
00:54:40par la fémin
00:54:41en 200
00:54:42Carthage lui envoie du blé
00:54:43alors que Rome
00:54:44est en train de pédaler
00:54:45en Orient
00:54:46en train de mener une guerre
00:54:47contre Antiochus III
00:54:48c'est ce qu'on appelle
00:54:49la guerre éthole au syrienne
00:54:51Carthage lui fournit
00:54:53des bateaux de guerre
00:54:54bien
00:54:55une Carthage fait
00:54:56tout ce qu'elle peut
00:54:57mais ça ne suffit pas
00:54:58bien
00:54:59et on trouve
00:55:00toutes les
00:55:01mauvaises raisons
00:55:02pour dire
00:55:04qu'il en faut encore plus
00:55:05et en particulier
00:55:05on va utiliser
00:55:06Massinissa
00:55:07auquel on va dire
00:55:09passez-moi l'expression
00:55:10vas-y mon gars
00:55:10on te soutient
00:55:11et Massinissa
00:55:13lance des raids
00:55:14et à chaque fois
00:55:15que les Carthaginois
00:55:16veulent se défendre
00:55:17les Romains interviennent
00:55:18en disant
00:55:18mais qu'est-ce que c'est
00:55:18vous réarbez etc
00:55:19c'est absolument scandaleux
00:55:21alors qu'est-ce qui arrive
00:55:23il arrive que
00:55:24nous avons notre brave
00:55:25Caton le Censeur
00:55:26qui n'est pas du tout brave
00:55:27qui se met par là-dessus
00:55:29et qui comme vous savez
00:55:30avec son refrain interminable
00:55:31d'Hélène d'Aist de Carthago
00:55:33n'est-ce pas
00:55:33qui sert à faire
00:55:35une leçon de latin
00:55:35bien connue
00:55:36et bien
00:55:37Caton passe son temps
00:55:39à temps et à contre-temps
00:55:41à dire
00:55:42il faut rayer Carthage
00:55:43pourquoi ?
00:55:44parce qu'il a fait partie
00:55:46de l'ambassade
00:55:46qui tous les ans
00:55:47vient vérifier
00:55:48que Carthage
00:55:48ne se réarme pas
00:55:49il voit bien qu'elle ne se réarme
00:55:51pas tellement
00:55:51pas au sens fort du terme
00:55:54mais qu'elle est
00:55:55au moins aussi florissante
00:55:56que Rome
00:55:56il sortait une forme
00:55:58de crainte, de jalousie
00:55:59je ne sais pas quoi
00:55:59et il finit par obtenir
00:56:01que l'on crée
00:56:02les conditions
00:56:03du déclenchement
00:56:04d'une guerre
00:56:05c'est innommable
00:56:06on commence par dire
00:56:07à Carthage
00:56:07écoutez
00:56:08on en a vraiment assez
00:56:10de façon de vous conduire
00:56:11on vous demande
00:56:12de livrer toutes vos armes
00:56:14de livrer votre flotte
00:56:15et ils le font
00:56:16et ils le font
00:56:18et une fois que c'est fait
00:56:20et bien on leur dit
00:56:21bon c'est bien
00:56:22mais c'était la première clause
00:56:23maintenant abattez vos murailles
00:56:25et quittez la ville
00:56:26et là
00:56:27c'est inacceptable
00:56:28ils vont se défendre
00:56:30imaginez qu'ils vont
00:56:31tout le monde va être enrôlé
00:56:32les femmes d'une manière
00:56:34très particulière
00:56:35elles combattront d'ailleurs
00:56:36on va leur couper les cheveux
00:56:38pour faire des cordes d'arc
00:56:40vous vous rendez compte
00:56:41à quel point on en est rendu
00:56:42et ces gens vont se battre
00:56:45avec l'énergie du désespoir
00:56:46mais c'est perdu d'avance
00:56:48malgré tout
00:56:49les romains vont être trois ans
00:56:50abattre une armée
00:56:53qui se bat avec des cheveux de femme
00:56:56qui n'a pratiquement plus de bateau
00:56:59qui au moment où la guerre commence
00:57:01n'a plus d'armes
00:57:02en métal
00:57:02donc ils fondent tout ce qu'ils peuvent
00:57:05ils créent une industrie de guerre
00:57:07à l'intérieur
00:57:08c'est effroyable
00:57:09et la fin est absolument effroyable
00:57:11donc en 146
00:57:12Carthage est prise
00:57:13et rasée
00:57:14et rasée
00:57:15et rasée
00:57:16alors on dira la tradition
00:57:18le coup du sel
00:57:18alors oui
00:57:19la tradition dira deux choses
00:57:20c'est une tradition en fait
00:57:22rapidement
00:57:22qui naît au 18ème ou 19ème siècle
00:57:25c'est à la fin du 18ème
00:57:28chez un professeur d'Oxford
00:57:30qui en fait va utiliser une réminiscence
00:57:33pour faire comprendre les choses
00:57:34à ses étudiants
00:57:35d'un texte antique
00:57:36mais qui ne parle pas du tout
00:57:37biblique
00:57:38biblique vous avez raison
00:57:40excusez-moi
00:57:41une référence biblique
00:57:42vous avez parfaitement raison
00:57:43voilà
00:57:43il va ajouter deux notions
00:57:47qui sont étrangères
00:57:48l'ordre de Scipion Émilien
00:57:50car c'est Scipion Émilien
00:57:51cette fois-ci
00:57:53qui est accompagné
00:57:54d'ailleurs de Polib
00:57:56à ce moment-là
00:57:56de raser Carthage
00:57:57jusqu'à la hauteur des chevilles
00:57:59même un architecte vous dira
00:58:00que ce n'est pas très pratique
00:58:01si on pouvait déjà aller jusqu'aux genoux
00:58:03ce serait pas mal
00:58:04bien
00:58:04bon ils la raseront quand même
00:58:06et de laborer la terre de Carthage
00:58:10et de la semer de sel
00:58:11de façon à ce qu'elle
00:58:12alors ceci dit
00:58:14cela revêt une réalité historique
00:58:17c'est que
00:58:18on fait ça
00:58:19pour déclarer
00:58:20une terre consacrée au dieu
00:58:22c'est-à-dire
00:58:22une terre saquer
00:58:24et nous savons que
00:58:25de fait
00:58:26le territoire de Carthage
00:58:27a été déclaré
00:58:28terre saquer
00:58:29donc consacrée au dieu
00:58:31infernaux
00:58:32c'est pas
00:58:33c'est très particulier
00:58:34c'est-à-dire
00:58:35on ne peut pas mettre
00:58:36même le pied
00:58:37théoriquement
00:58:37sur cette terre-là
00:58:39cela va avoir
00:58:40une conséquence
00:58:41pour la suite de l'histoire
00:58:41donc Rome
00:58:43a supprimé
00:58:44son dernier rival
00:58:45finalement
00:58:46elle s'ancre
00:58:46de l'autre côté
00:58:47de la Méditerranée
00:58:48et on va conclure
00:58:50là-dessus
00:58:51il ne reste plus
00:58:51qu'une minute
00:58:52donc que signifie
00:58:53le fait que Rome
00:58:54refonde
00:58:55en 29 après Jésus-Christ
00:58:57cette fois-ci
00:58:58la cité qu'elle avait
00:58:59non en 29 avant
00:59:00pardon
00:59:00la cité qu'elle avait
00:59:01détruite
00:59:02alors en une minute
00:59:04d'abord c'est
00:59:051 minute 30
00:59:051 minute 30
00:59:06bon merci
00:59:07pour les 30 secondes
00:59:09en fait la décision
00:59:11n'est pas de 29
00:59:12elle remonte
00:59:12à beaucoup plus loin
00:59:13ce sont les
00:59:14Caius Gracchus
00:59:17après l'échec
00:59:19de la réforme
00:59:19de son frère
00:59:20Tiberius
00:59:21va trouver un moyen
00:59:22de contourner
00:59:23l'opposition du Sénat
00:59:25qui ne veut pas
00:59:25donner ses terres
00:59:26et c'est lui
00:59:27qui va proposer
00:59:28en fait
00:59:28de récupérer
00:59:29les terres de Carthage
00:59:30et ceci nous relie
00:59:31à ce que nous disions
00:59:31précédemment
00:59:32les sénateurs
00:59:33le laissent faire
00:59:34et une fois
00:59:35qu'il met en oeuvre
00:59:36sa loi
00:59:37dit qu'il est sacrilège
00:59:38parce qu'il a
00:59:40remis
00:59:41en usage
00:59:43une terre sacrière
00:59:44et c'est l'argument
00:59:45qui va être utilisé
00:59:46contre lui
00:59:47pour le tuer
00:59:47donc on le tue
00:59:49et que fait
00:59:50le Sénat de Rome
00:59:52en mauvais politicien
00:59:53par la suite
00:59:54une fois qu'il a tué
00:59:56Caius Gracchus
00:59:57et bien il lance
00:59:58un projet
00:59:58de colonisation
01:00:00mais comme
01:00:00on va entrer
01:00:01dans les guerres civiles
01:00:02il faudra en fait
01:00:03attendre César
01:00:05et c'est César
01:00:06qui lancera le projet
01:00:07qui du fait
01:00:08de nouvelles guerres civiles
01:00:10n'aboutira
01:00:12qu'en 1929
01:00:12donc vous voyez
01:00:14il y a eu
01:00:15beaucoup de chemin
01:00:15qui a dû être parcouru
01:00:17avant que Rome
01:00:18ait fini
01:00:20avec ses démons
01:00:20Je vous laisse
01:00:2230 secondes encore
01:00:22pour nous dire
01:00:23que si on sort
01:00:23du cadre antique
01:00:24finalement
01:00:24qu'est-ce que la rivalité
01:00:26l'histoire des relations
01:00:27entre Rome et Carthage
01:00:28nous apprend
01:00:29sur la manière
01:00:30dont les puissances
01:00:31gèrent leurs rivales
01:00:33aujourd'hui
01:00:33en 30 secondes
01:00:34– Eh bien ça nous apprend
01:00:36dans une situation
01:00:37où Dieu sait
01:00:38on s'interroge
01:00:38sur beaucoup de choses
01:00:39dans ce champ-là
01:00:40actuellement
01:00:40que les puissances
01:00:44lorsqu'elles en abusent
01:00:46créent des désordres profonds
01:00:47qu'elles ne maîtrisent plus
01:00:49il est normal
01:00:50qu'une puissance
01:00:51exerce sa puissance
01:00:52pour défendre
01:00:54ses intérêts
01:00:55jusqu'à un certain point
01:00:56mais au fond
01:00:58on s'aperçoit
01:00:59que lorsqu'on dépasse
01:01:00certaines limites
01:01:01qui en gros
01:01:01sont celles de la morale
01:01:02on ne maîtrise
01:01:04absolument plus rien
01:01:05– Ce sera le mot
01:01:07de la fin
01:01:07Michel Fauquier
01:01:08merci infiniment
01:01:09je renvoie
01:01:10à votre ouvrage
01:01:11Rome et Carthage
01:01:12paru chez Armand Collin
01:01:13un ouvrage érudit
01:01:15très bien documenté
01:01:16plein de sources
01:01:17des tableaux
01:01:17– Dédié à Jean Raspail
01:01:19– Dédié à Jean Raspail
01:01:20je l'avais noté
01:01:21oublié de le signaler
01:01:22effectivement
01:01:23ou à la mémoire
01:01:24de Jean Raspail
01:01:25parti au-delà des mers
01:01:26héros des causes perdues
01:01:28et je renvoie d'ailleurs
01:01:29à vos boutons
01:01:30de manchette
01:01:31je ne sais pas
01:01:32si la caméra
01:01:32– C'est Patagon
01:01:33– Le drapeau Patagon
01:01:34merci infiniment
01:01:36c'était Passer le Présent
01:01:37l'émission historique
01:01:38de TVL
01:01:39réalisée en partenariat
01:01:41avec la revue
01:01:41d'Histoire européenne
01:01:42avant de nous quitter
01:01:45n'oubliez pas bien sûr
01:01:45de cliquer sur le pouce levé
01:01:47sous la vidéo
01:01:48et de vous abonner
01:01:49à notre chaîne YouTube
01:01:50merci
01:01:51à bientôt
01:01:51– Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:53– Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:54– Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:56– Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:57– Sous-titrage Société Radio-Canada
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