- il y a 1 an
L'acteur François Cluzet était l'invité du Grand portrait de France Inter, jeudi 28 août, pour le film “Fils de” de Carlos Abascal Peiró, en salles le 3 septembre.
Retrouvez « Le grand portrait » de Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-9h10
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00:00Y a-t-il dans le cinéma français un comédien qui lève aussi bien les yeux au ciel que François Cluzet ?
00:08Un type qui maugrée, qui peste, qui soupire, qui grogne, qui marmonne, qui fulmine, qui bougonne,
00:14qui fait de la mauvaise humeur une zone de non-dit et de non-droit où se mêlent l'enfant et le vieux schnock, la noirceur et la tendresse.
00:22Il revient la semaine prochaine au cinéma dans une satire au dialogue super peaufiné.
00:27Plongé en piquet dans les 24 heures, au cœur de ces 24 heures qui précèdent la nomination d'un premier ministre,
00:33coup bas et coup de théâtre, un sénateur fatigué de la tambouille politique serait-il prêt à revenir aux affaires ?
00:40Le président le veut à Matignon et vous, et vous, vous voulez d'un François Cluzet pour succéder à un François Bayrou ?
00:49Oui, oui, flébiscite populaire évidemment, les bons râleurs cachent toujours de grands idéalistes.
00:55Portrait numéro 4.
01:00Bonjour François Cluzet.
01:02Bonjour.
01:02Fils 2 est le premier film d'un ancien journaliste politique, donc le gars, il sait de quoi il parle.
01:08Il est espagnol, la preuve que la politique est assez universelle parce qu'on le croirait bien de chez nous.
01:14Carlos Abascal Peyrou, c'est son nom.
01:16Les acteurs, c'est Jean Chevalier de la comédie française, formidable.
01:20C'est votre fils François Cluzet dans le film, il est attaché parlementaire.
01:23Il y a Karine Viard en conseillère à l'Elysée, redoutable.
01:28Alex Lutz en ignoble patron du renseignement qui fait tout pour devenir ministre de l'Intérieur.
01:34Nous sommes à la veille de l'investiture et nous ignorons qui sera à Matignon.
01:39Lionel Perrin.
01:40Lionel Perrin !
01:41Enfin, qui a eu une idée aussi débile ? C'est toi !
01:44Les marchés ne veulent pas de Perrin.
01:48La France surtout ne veut pas de Perrin.
01:51Et moi j'ai confiance en la France.
01:53C'est le bordel.
01:54Comment ça s'appelle ces gens tout le temps persuadés d'avoir raison sur tout ?
01:56Les deux gauches, les gens de gauche.
02:00Des petites répliques comme ça, comment ça s'appelle des gens persuadés d'avoir raison sur tout ?
02:04Des gens de gauche, Monsieur le Président, des gens de gauche.
02:07Il y en a plein le film.
02:09François Cluzet, pourquoi faire de la comédie ?
02:11Et en fait la question, c'est pourquoi refaire de la comédie ?
02:15Je pense par plaisir parce que, comme presque, en tout cas beaucoup d'acteurs,
02:21on a toujours ce clown en nous, celui qui nous faisait jouer des personnages dans les cours de récréation.
02:27Et puis l'époque, le mérite.
02:29Vous savez, on serait dans une société idéale, on aurait envie de drames, de faits divers, sanglants.
02:34On est dans une époque tellement étonnante, tellement agressive, délicate, difficile pour beaucoup.
02:42Clounesque aussi, farcesque comme vous dites, que finalement il n'y a que le rire qui peut nous divertir.
02:48En tout cas, les situations intelligentes qui nous font prendre le recul nécessaire sur la réalité.
02:55Et vous, comment vous passez au burlesque ?
02:59Parce que vous jouez de tout, François Cluzet.
03:01Vous passez du rire aux larmes et des larmes au rire.
03:04Comment vous passez au burlesque ?
03:06Ce comique du corps, c'est ces silhouettes malmenées, maladroites, qui perdent régulièrement leur dignité.
03:13Donc là, je le dis, par exemple, il y a Karine Viard qui chante tout le temps, il fait beau à Mexico, comme ça.
03:18Il y a Alex Lutz avec un kiwi et une petite cuillère dans son kiwi du début à la fin du film.
03:23Comment vous passez au burlesque ?
03:24Je pense que c'est se moquer de soi-même, avoir envie d'être ridicule.
03:29Vous avez envie d'être ridicule ?
03:31Oui, au cinéma, je dois l'être aussi dans la vie.
03:34Mais en tout cas, au cinéma, c'est un grand plaisir.
03:36D'abord parce que ça chasse l'ego.
03:38Et puis ensuite, parce que c'est notre boulot à nous d'être ridicule aussi.
03:42On ne peut pas jouer que James Bond.
03:43D'ailleurs, entre parenthèses, les héros sont plutôt assez chiants à jouer puisqu'ils n'ont aucun défaut.
03:48C'est pour ça que vous n'avez jamais joué James Bond ?
03:50Oui, je n'ai pas non plus les épaules pour le jouer.
03:52Mais disons que finalement, il faudrait, pour être un peu près de la réalité,
03:57que James Bond soit radin ou qu'il soit sale ou qu'il louche.
04:01Ce qui n'est pas le cas du héros parfait.
04:03Alors nous aussi, on a envie, Karine Viard, une parfaite illustration, d'être ridicule.
04:09Et ça, c'est le clown en nous qui nous fait rire d'être ridicule.
04:12Mais ce qui est amusant, c'est que ce sénateur breton, un peu retiré des affaires, qui est votre personnage,
04:17ce Lionel Perrin, dont le président a envie, mais personne d'autre n'a envie de lui, à Matignon,
04:23il est un peu plus âgé que les autres.
04:25Il est un peu plus désabusé.
04:27Il est un peu plus lent.
04:29Et vous êtes drôle parce que vous êtes lent.
04:31Vous êtes drôle parce que vous êtes en décalage.
04:34Et j'ai repensé à Intouchable et je me suis dit, en fait, c'est incroyable.
04:39François Cluzet est le seul acteur au monde à avoir fait du burlesque assis.
04:43Ah, c'est drôle que vous dites ça.
04:44Sans bouger.
04:46Parce que le burlesque, c'est le mouvement perpétuel.
04:49Oui, mais les yeux peuvent être en mouvement.
04:51Moi, j'apprécie que vous dites ça.
04:53Au monde, j'ai l'impression que vous exagérez un peu parce qu'il y en a d'autres.
04:56Mais en tout cas, c'est vrai que c'est toujours le regard sur les autres et sur soi-même, si vous voulez.
05:00Dès lors que vous vous dévalorisez, est-ce que ça vous fait rire ou pas ?
05:03Moi, j'ai connu des acteurs qui n'acceptaient pas d'être ridicule dans un tout petit bout de scène.
05:08Et d'autres qui, au contraire, dès lors qu'ils ont compris qu'ils sont dans une comédie,
05:11faire rire, c'est aussi avoir l'air bête.
05:15Parce que finalement, c'est humain.
05:17C'est aussi avoir l'air ridicule.
05:19C'est d'être gauche.
05:20Et ça, nous, ça nous fait rire.
05:22On aime bien ça.
05:23Ça fait partie de notre métier.
05:25Vous savez, souvent aussi, quand on joue les imbéciles,
05:27les enfants aussi, des fois, ils n'aiment pas jouer que le gendarme, ni le voleur.
05:31Ils aiment bien jouer les imbéciles.
05:33Et bien, nous, c'est notre grand plaisir.
05:35Se dévaloriser.
05:37Je ne peux plus me présenter dans la caméra.
05:40Je ne peux plus.
05:41Elle voit trop de choses que j'essaie de cacher.
05:44Je ne peux plus supporter ma tête.
05:47Mes cheveux, la vieillesse.
05:49Je me trouve empatté.
05:52Je me trouve gros.
05:54C'est devenu un supplice pour moi.
05:59Et puis, rester des heures à attendre pour refaire 30 fois la même chose.
06:05Action !
06:06Qu'est-ce qui m'a pris ?
06:08Pourquoi je ne m'en suis pas rendu compte il y a 40 ans ?
06:10Action !
06:11Action !
06:12Je pense à tout ça quand je tourne.
06:14Le documentaire d'Alban Torlay et de Thierry Demézère, Vincent Lindon, cœur sanglant.
06:19Vous êtes à peu près de la même génération, Lindon et vous.
06:23Vous n'avez probablement pas les mêmes névroses.
06:25De toute façon, c'est difficile d'avoir les mêmes névroses que celles de Vincent Lindon.
06:30Mais cet épuisement-là de soi-même qu'il décrit, est-ce que vous le ressentez parfois
06:36quand, après 30-40 ans de carrière, on se voit encore sur le combo ?
06:41D'abord, je ne vais pas voir sur le combo.
06:43C'est la différence avec Vincent.
06:44Ensuite, moi, je chasse l'ego.
06:47Je ne suis pas du tout égocentrique.
06:49Je n'ai pas un nombril englué dans mon ignorance et dans ma prétention.
06:54Pourquoi ? Parce que j'ai été élevé comme ça.
06:55J'ai le souci d'être pareil que les autres.
06:58même si je suis bien obligé, parce que les autres me le font remarquer,
07:02que je suis singulier.
07:03Ça ne veut pas dire unique.
07:05Mais en tout cas, je n'aime pas me mesurer.
07:07J'ai l'impression que je suis fait pareil.
07:10Et pourtant, on me le dit sans ordre.
07:11Ah ben non, tu n'as rien à voir avec les autres.
07:12Tu n'as rien à voir.
07:13Enfin, je reste un mammifère.
07:14On est tous des mammifères.
07:16Le drame, c'est l'égocentrisme et le narcissisme.
07:19Tous les acteurs qui ont dévissé,
07:21ont des acteurs soit qui sont devenus des stars très jeunes
07:24et qui ont pété un boulon,
07:26soit ceux qui sont devenus amoureux d'eux-mêmes
07:28en étant tellement égocentriques
07:30qu'ils seraient présidents de la République.
07:34Et là, ça fait peur.
07:35Parce qu'on se dit, mais le type ou la nénette
07:37ne se rend pas compte
07:38à quel point elle est en train
07:40d'appuyer sur le revolver.
07:43De la douleur.
07:44Et c'est ce qu'on entend chez Vincent,
07:45mais chez un tas d'autres.
07:47Moi, ce que j'aime, c'est de ne jamais jouer le même personnage.
07:50Je n'ai jamais joué le même personnage.
07:51Et puis, la chance que j'ai eue,
07:53ce n'est pas la sienne, mais c'est la mienne,
07:56c'est de passer du drame à la comédie.
07:58C'est-à-dire que soit un choix ridicule...
07:59C'est un choix.
08:00Oui, c'est un choix, mais vous savez, nous...
08:02Le petit bruit que vous entendez, là,
08:04c'est François Cusé qui tripote son stylobique.
08:06Non, le choix aussi, vous savez,
08:08nous, on est des interprètes.
08:09Le choix, c'est la chance du metteur en scène
08:10qui nous choisit.
08:11Ce n'est pas nous qui disons,
08:12bonjour, j'aimerais faire une comédie.
08:14Oui, Daniel Auteuil a refusé Intouchables.
08:16C'est des choix.
08:17Dans la vie, c'est des choix.
08:18Oui, mais Daniel, qui est certainement
08:19le meilleur acteur de cette génération
08:23et même de toutes les générations.
08:25La carrière de Daniel, elle est exemplaire.
08:27Moi, j'aime beaucoup, beaucoup,
08:28beaucoup Daniel Auteuil.
08:30Mais on fait un des choix.
08:31Un acteur fait des choix.
08:32Alors, non, mais pourquoi il aurait refusé
08:34les ch'tis ou Intouchables ?
08:35C'est parce qu'il est devenu metteur en scène.
08:37Et vous savez, comme disait Jeanne Moreau,
08:39j'ai obéi pendant 50 ans.
08:41Maintenant, c'est à moi qu'on va obéir.
08:43Et alors, je pensais, quand vous parliez
08:45de l'indon, de cette manière
08:48d'être habité de soi-même,
08:50je pensais à Claude Chabrol,
08:51qui a été votre maître,
08:52qui a été le maître de tant d'autres
08:53dans le cinéma français,
08:55et qui avait une phrase absolument géniale.
08:57Il disait, tous les gens
08:58avec qui je m'entends bien
09:00sont des gens qui ne se prennent pas au tragique.
09:03Oui, bien sûr.
09:04Vous ne vous prenez pas au tragique.
09:06J'essaye, si vous voulez,
09:07parce que la vie est trop courte.
09:08Ça suffit avec le stylobique.
09:10C'est trop court, c'est trop court.
09:11Vous savez, quand mon père avait 70 ans,
09:14je lui dis, papa, est-ce que ça passe vite ?
09:15Il me dit, ça passe en 5 minutes.
09:16J'en avais 37, je me suis dit,
09:18bon, il me reste 2 minutes et demie à vivre.
09:20Et je m'en rends compte tous les jours.
09:22Je crois que tout le monde s'en rends compte.
09:23Comment se prendre au sérieux
09:24avec une vie de fourmi ?
09:25Enfin, ça passe tellement vite
09:27dans l'espace-temps.
09:28Et puis ensuite, c'est le meilleur moyen
09:29de se faire des ennemis,
09:30de se prendre au sérieux.
09:31Parce que c'est chiant comme la pluie,
09:33quelqu'un qui se prend au sérieux.
09:34François Bayrou ?
09:38Un danger immédiat pèse sur nous,
09:42auquel nous devons faire face.
09:44C'est la raison pour laquelle
09:45j'ai demandé au président de la République
09:46de convoquer le Parlement
09:48en session extraordinaire,
09:49le lundi 8 septembre.
09:51J'engagerai ce jour-là
09:52la responsabilité du gouvernement
09:54sur une déclaration de politique générale
09:56conformément à l'article 49
09:58alinéa 1er de notre Constitution.
10:00François Cluzet,
10:03c'est vous qui avez suggéré
10:04un vote de confiance
10:05à François Bayrou,
10:07Premier ministre,
10:08pour faire tomber le gouvernement
10:09et mettre la France
10:11exactement en l'état de vivre
10:13ce que vous,
10:14vous allez faire au cinéma
10:15la semaine prochaine
10:15dans Fils 2 ?
10:17Oui, c'est vrai.
10:18Non, mais la coïncidence
10:19est incroyable.
10:21Incroyable.
10:22Non pas qu'on vive dans un climat
10:24d'instabilité politique
10:25qui aurait pu laisser penser que...
10:27Mais enfin, quand même,
10:28c'est ce qui va se passer.
10:29Le film va sortir.
10:30Oui.
10:30Et on va chercher un Premier ministre.
10:32Oui.
10:33Ce qui est sûr,
10:33c'est que je préfère être acteur
10:34comme politique
10:35parce que moi,
10:36je ne crois pas beaucoup
10:37à la corruption des hommes politiques.
10:39Je crois à leur bonne volonté.
10:40Mais hélas,
10:41regardez de quoi il hérite.
10:42Si demain matin,
10:43vous faites du parachute
10:44et qu'il y a plein de trous
10:45dans le parachute,
10:46est-ce que vous êtes sûr
10:47d'arriver au sol ?
10:48Si demain matin,
10:49vous prenez un avion
10:50à qui il manque une aile,
10:51est-ce que vous êtes sûr ?
10:52Alors la France manque d'une aile,
10:54ni de droite, ni de gauche.
10:56Mais c'est un avion
10:56qui n'a qu'une seule aile
10:57en ce moment.
10:58C'est terrible d'en être arrivé là.
11:00Moi, j'ai 70 ans,
11:01j'ai connu dans les années 60
11:03la France.
11:04Bon, ce n'est pas Louis XIV,
11:05mais on était quand même,
11:07on était fiers.
11:08Je veux dire,
11:08on avait toute joie.
11:11Le monde entier
11:12nous admirait
11:12pour notre culture,
11:13mais aussi pour notre économie,
11:15notre peu de dettes
11:16et tout ça.
11:16Regardez ce qui s'est passé.
11:17Moi, je ne crois pas
11:18que ce soit vraiment
11:19la faute des politiques.
11:20Je pense que c'est la faute
11:22de la façon dont le monde
11:24est à avancer.
11:25Et puis c'est normal,
11:26finalement,
11:27le Portugal était le meilleur du monde
11:30il fut un temps.
11:31Puis regardez,
11:31aujourd'hui,
11:32la France est en train
11:33de se dégringoler.
11:34Alors, fils d'eux,
11:34c'est un peu le baron noir.
11:37Oui.
11:38Version comédie
11:38complètement allumée,
11:40mais pas que.
11:40Il y a quand même
11:41des traits extrêmement justes,
11:42très grossis,
11:43mais qui tapent dans le mille.
11:45Répondez-moi par oui ou non.
11:46Donc, ce sénateur,
11:48Lionel Perrin,
11:48que vous incarnez,
11:49c'est un vieux mec de gauche,
11:51comme vous ?
11:53Vous jouez dans une comédie politique,
11:57forcément.
11:58Oui, c'est vrai,
12:00je dois être un vieux mec de gauche.
12:01Qui a aimé la provoque,
12:03comme vous ?
12:03J'ai adoré la provoque,
12:05adoré ça.
12:05J'avais l'impression
12:06que c'était ma manière
12:07de prendre des risques.
12:08D'ailleurs,
12:09les cicatrices que j'ai sur le visage
12:11sont là pour le prouver.
12:12Parce que comme je ne sais pas
12:13te battre,
12:13à chaque fois que je provoquais,
12:14si je tombais,
12:15ça m'est arrivé un jour
12:16de tomber sur un rugby magno,
12:18néo-zélandais
12:19qui n'a pas trop aimé mes blagues.
12:21Et vraiment,
12:21ça s'est mal fini pour moi.
12:23Lionel Perrin a beaucoup joué
12:24avec le feu,
12:26comme vous ?
12:27Oui,
12:27oui,
12:28oui,
12:28c'est vrai.
12:29Mais si vous voulez,
12:30j'avais 20 ans,
12:31je me faisais pas.
12:32On se fait chier à 20 ans.
12:34Il faut prendre tous les risques.
12:35Donc,
12:35j'ai tout pris.
12:35J'ai tout pris.
12:39J'avais envie de tout connaître,
12:40de tout voir.
12:41Et ceux qui ne le font pas
12:42le regret,
12:42je pense.
12:43Vous arrivez la veille de votre mort
12:45qui dit,
12:45oh merde,
12:46tiens,
12:46j'ai jamais fait ça.
12:47Oh merde,
12:47j'aurais dû essayer ça.
12:49À tout point de vue.
12:49Lionel Perrin s'est calmé,
12:51comme vous ?
12:52Non,
12:52moi je ne me calmerai pas.
12:54Moi aussi,
12:54un jour,
12:55je vais finir par me calmer.
12:56Mais je suis révolté.
12:58Il y a une phrase que j'aime beaucoup
12:59qui dit,
13:00ce qui vous effleure me déchire.
13:03Je pense que cette histoire
13:04d'hypersensibilité,
13:06elle ne fait pas de nous des héros.
13:07C'est simplement que notre métier
13:09exige de nous
13:10qu'on soit vulnérable,
13:11fragile.
13:12C'est comme si on était
13:13prédisposé aux émotions.
13:15Et si vous êtes un rock,
13:17mais vous ne pouvez pas
13:18vivre les émotions.
13:20Alors,
13:20vous êtes comme lui,
13:22au fond,
13:22c'est-à-dire que vous avez
13:23encore envie,
13:23mais vous n'êtes pas prêt
13:24à vous commettre.
13:25À me ?
13:26Commettre.
13:28À vous compromettre.
13:30Moi,
13:30je suis trop privilégié.
13:31Qu'est-ce que vous voulez
13:32que je fasse pour me compromettre ?
13:33J'ai tout maintenant.
13:35Je raconte souvent
13:36un truc trivial.
13:37J'avais les toilettes
13:37dans la cour,
13:39dans l'immeuble.
13:40J'avais très peur.
13:41Oui,
13:42c'est comme on dit,
13:42est-ce que c'est du travail ?
13:43Moi,
13:43je livrais des journaux
13:44à 6 ans,
13:45à 8 ans.
13:46Ça,
13:47c'était du travail.
13:48Aujourd'hui,
13:49faire du cinéma,
13:49mais ça n'a jamais
13:50été du travail.
13:51Osez ce stylo !
13:53Mais c'est vous
13:53qui me l'avez mis
13:53dans les pattes !
13:55Extrait.
13:56Je ne sais pas
13:56ce que Chalamon
13:57t'a promis,
13:58mais je te dis un truc.
13:59Si je me retrouve
14:00à Matignon,
14:01tu ne feras jamais
14:02partie du gouvernement.
14:03Un,
14:04parce que c'est
14:04du népotisme pur.
14:06Il ne peut y avoir
14:06qu'un seul pèrein
14:07sur le marché.
14:08Deux,
14:09parce que tu n'auras
14:11jamais
14:11ce qu'il faut.
14:13Fils 2,
14:15ce film très réussi,
14:16c'est surtout un film
14:17sur une relation
14:18père-fils abîmée.
14:20Un père qui ne prend pas
14:21soin de son fils,
14:22qui ne l'épaule pas,
14:22qui ne lui parle pas,
14:24qui ne lui témoigne pas
14:25d'affection.
14:26Et d'un fils
14:26qui a beau avoir
14:27changé de nom,
14:29mais enfin,
14:29quand il a fallu choisir,
14:31qu'est-ce qu'il a fait ?
14:32De la politique,
14:34probablement pour que
14:35son père le voit,
14:36pour que son père
14:36le regarde.
14:38Et vous,
14:39quand vous choisissez
14:39d'être acteur,
14:41vous voulez que
14:41qui vous regarde
14:42que qui vous voit ?
14:44Je dirais qu'avec le recul,
14:45quand je me vois acteur,
14:46quand je vois mes départs,
14:48quand je vois cet égoïsme
14:49nécessité
14:50de cette carrière,
14:52d'être toujours disponible,
14:54qu'un rôle vous appelle plus
14:55que de passer des vacances
14:56avec vos enfants,
14:58je n'ai que ce regret-là
14:59de me dire que
15:01j'ai dû leur manquer.
15:02En tout cas,
15:03j'ai manqué
15:04d'influence auprès d'eux.
15:06Mais ça,
15:07si vous voulez,
15:07c'est comme ça.
15:09Vous savez,
15:09être acteur,
15:10c'est,
15:11je ne sais pas,
15:12c'est un truc
15:14trop personnel,
15:17c'est un truc
15:17de d'infos.
15:17C'est moi d'abord ?
15:19Oui,
15:19c'est tout le temps
15:20moi d'abord.
15:21Et ça,
15:21c'est épouvantable
15:23la vie
15:23pour les enfants,
15:25pour les maris
15:27comme pour les femmes.
15:28Mais parce que
15:28vous avez eu
15:29un père
15:30et une mère
15:30qui dans leur vie
15:31ont été tout le temps
15:32moi d'abord ?
15:33Ah,
15:33mais vous lisez
15:35dans les boules de cristal.
15:37Non,
15:37mais oui,
15:38c'est la vérité.
15:39En tout cas,
15:39ma mère,
15:39ma mère a pensé
15:40à elle d'abord.
15:41Je n'en ai jamais voulu
15:42parce que c'était
15:42pour des raisons
15:43très importantes.
15:45C'était quoi,
15:46ses raisons ?
15:47Son plaisir,
15:48son orgasme.
15:50Son orgasme,
15:51un plaisir sexuel ?
15:53Oui,
15:53une envie d'être une femme.
15:54Vous savez,
15:55on peut vivre,
15:55on peut survivre,
15:56mais si on veut exister,
15:58une femme a besoin
16:00de connaître l'orgasme.
16:01Oui,
16:02bien sûr qu'elle a besoin
16:03de connaître l'orgasme.
16:04Alors si elle ne le connaît pas
16:05à 40 ans,
16:06elle s'en va
16:07si jamais elle a la chance
16:08de le découvrir
16:09avec un autre.
16:10Parce que je n'en ai jamais voulu.
16:12Enfin,
16:13vous ne lui en avez jamais voulu.
16:15Est-ce que
16:15quand on vieillit,
16:17on comprend,
16:19on accepte,
16:21est-ce qu'on pardonne ?
16:22Parce que comprendre,
16:23accepter et pardonner,
16:24ce n'est pas exactement
16:24la même chose.
16:25Quand vous étiez petit,
16:26vous lui en vouliez
16:27d'être parti ?
16:28Je vais vous raconter
16:29une histoire un peu intime.
16:31Comme ma maman est partie
16:32il y a six mois,
16:33elle ne m'en voudra pas.
16:34Elle vient juste de mourir ?
16:36Oui.
16:36J'ai dit à ma mère
16:38pourquoi tu es partie ?
16:39Elle m'a dit,
16:40j'avais huit ans.
16:41Elle m'a dit,
16:42je te le dirai
16:43quand tu seras grand.
16:44Et puis quand j'ai eu 13 ans,
16:45je suis retourné la voir
16:47et je lui ai dit
16:48pourquoi tu es partie ?
16:49Elle m'a dit
16:49parce que ton père
16:50est un lapin.
16:51Et mon frère
16:52qui était plus grand que moi,
16:53je suis allé le voir,
16:53je lui ai dit
16:54mais c'est dément,
16:55tu sais ce que maman m'a dit ?
16:56Elle est partie
16:56parce que papa est un lapin.
16:58Et il a éclaté de rire.
16:59Il m'a expliqué après
17:00ce que ça voulait dire
17:01et je n'en ai jamais voulu
17:03parce que je suis un homme
17:05et j'ai pu très bien comprendre
17:06ce que c'est qu'une...
17:08Une femme qui cherche de plaisir.
17:09On peut survivre, vivre ou exister
17:11mais on ne peut pas passer à côté
17:12de ce qui nous permet d'exister.
17:15C'est quand même
17:15une grande chance de jouir, non ?
17:17Ceux qui passent à côté
17:18sont très handicapés
17:19par le manque de bonheur de la vie.
17:21Merde !
17:23Merde, comme vous dites.
17:24Merde !
17:25Est-ce que vous avez envie
17:28de parler de Marie Trintignant
17:30qui est morte au début des années 2000,
17:33du fils que vous avez eu avec elle
17:35et de ce documentaire sur Netflix
17:37consacré à Bertrand Cantat,
17:39donc l'homme qu'il a assassiné,
17:41qui a eu un retentissement immense
17:43ces dernières semaines ?
17:44François Cluzet.
17:46Marie fait partie de ma vie.
17:48Pour moi, c'est évidemment bouleversant
17:50de penser à Marie
17:51parce que je l'ai aimée,
17:52qu'elle m'a aimée,
17:53qu'on a ce fils.
17:53Mais un jour, mon fils m'a dit
17:55et il devait avoir déjà 30 ans,
17:57« Papa, s'il te plaît,
17:58ne parle plus jamais de Marie
18:00à la télé ou à la radio
18:01parce que si tu savais,
18:03comme à chaque fois,
18:04ça nous redonne un coup de poignard. »
18:06Et ce jour-là, je lui ai promis
18:08que je n'en parlerai plus jamais.
18:10Est-ce que moi,
18:11je peux vous dire quelque chose ?
18:12Bien sûr !
18:13Alors moi, je fais partie
18:14des millions de gens
18:15qui ont vu cette enquête documentaire
18:17diffusée sur Netflix.
18:19Et je ne vous parlerai pas
18:20de Bertrand Cantat,
18:21il y a un procureur à Bordeaux
18:22qui viendrait ouvrir une enquête,
18:24etc.
18:24Je ne vous parlerai pas de ça.
18:25Je voudrais juste vous dire
18:26que je pense qu'on est des millions
18:28à avoir vu ce film
18:29et à avoir compris
18:30la solitude dans laquelle
18:32vous avez pu être,
18:33vous qui l'avez aimée,
18:35en 2003 quand elle est morte.
18:38Parce que de revoir
18:39ces extraits de télé,
18:41aujourd'hui,
18:41c'est insupportable.
18:42De voir ces journalistes
18:44qui font leur mea culpa
18:46dire qu'on n'était pas capable
18:48d'en parler comme il fallait
18:49et en fait,
18:50Marie Trintignon,
18:50on l'a effacée,
18:51on l'a tuée une deuxième fois.
18:53Donc on est très nombreux,
18:54je pense,
18:54à avoir pensé à vous.
18:55Ce qui était dingue,
18:56c'était que c'était plus
18:57votre histoire que la nôtre.
19:00Cette incompréhension.
19:01On nous parlait d'une histoire
19:03qui était notre intimité.
19:05C'est complètement dingue.
19:06Tout le monde parlait
19:07de cette histoire
19:07sans parler de nous.
19:10Et quand je dis de nous,
19:11pour moi,
19:11ce sont les enfants.
19:13C'est les enfants.
19:14Et c'est pour ça,
19:15je comprends qu'à chaque fois
19:16qu'on...
19:17Si l'un de nous,
19:18les pères ou qui que ce soit,
19:19les faux amis,
19:21disent à quel point
19:21ils ont tellement bien connu.
19:23Ça nous fait rire
19:23parce que nous,
19:24nous étions vraiment proches.
19:26Moi, j'étais séparé avec Marie,
19:28mais on riait comme Pazin.
19:29On a fait des films ensemble,
19:30on se connaissait bien,
19:31on s'appréciait énormément.
19:34Mais bon, voilà.
19:37Je comprends pour les enfants
19:38ce coup de poignard.
19:40Merci François Cluzet.
19:41Moi aussi,
19:42j'étais vachement heureux
19:43de venir et puis de vous écouter.
19:45Revenez si vous voulez,
19:46je vous offre le stylo Bic
19:48avec lequel vous avez tant joué pendant...
19:50Je suis tellement privilégié
19:51que le mien est quasiment en or.
19:53Mais je le prends quand même.
19:54Allez voir Fils 2 la semaine prochaine.
19:56C'est absolument formidable
19:57et ça m'a fait mourir de rire.
19:59Merci mille fois.
20:00A très bientôt François Cluzet.
20:01Merci beaucoup.
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