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Vendredi, samedi et dimanche dans Europe 1 Soir Week-end, Stéphanie de Muru reçoit un invité au cœur de l'actualité politique.
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00:00Europe 1, soir, week-end, deuxième heure, j'accueille mes débatteurs Gilles Boussingot, ancien journaliste au Figaro.
00:05Bonsoir Gilles.
00:06Bonsoir Stéphanie.
00:07Elliot Mamane, chroniqueur politique.
00:09Bonsoir Elliot.
00:10Bonsoir.
00:11Je suis ravi, je disais aussi aux chroniqueurs de la première heure,
00:15je suis ravi que vous soyez avec moi le jour de la Saint-Valentin.
00:17J'espère que je ne vous ai pas trop privé d'une soirée prometteuse.
00:20Bon, dans une heure vous serez...
00:22Mais la soirée prometteuse c'est à Europe 1.
00:24Exactement mon cher Elliot, bonne réponse.
00:27Bonsoir Guylain Bénessa.
00:29Bonsoir.
00:29Vous êtes avocat, docteur en droit, auteur de « Nos vrais maîtres, histoire secrète de ces hommes qui vendent la
00:35France à l'Union Européenne » aux éditions L'Artilleur.
00:38Alors c'est intéressant, alors que se tient la conférence de Munich sur la sécurité en présence de 60 chefs
00:43d'État et de gouvernement,
00:46c'est intéressant de vous entendre sur ce livre qui interroge qui gouverne la France, les politiques ou des juges
00:52que personne ne connaît.
00:53On a souvent ce genre de débat ici sur Europe 1.
00:56Alors vous, clairement, Guylain Bénessa, vous dites que ce ne sont plus les politiques qui gouvernent mais bien les juges
01:03européens.
01:04Écoutez, ce bouquin c'est simple, c'est mon dossier Epstein à moi.
01:07C'est-à-dire qu'on nous dit depuis 75 ans environ que les juges, enfin en tout cas depuis
01:12quelques années, que les juges font tout, qu'on ne peut plus rien faire.
01:14Et en fait j'ai choisi, à mon avis, un angle inédit et qui est pour moi très parlant, en
01:19tout cas je l'espère,
01:20c'est que l'Europe a été fabriquée par des hommes de droit, que ces hommes de droit on n
01:23'en sait strictement rien.
01:24C'est-à-dire que c'est des biographies inconnues, c'est des anonymes qui ont réglé la machine européenne
01:29depuis le départ.
01:30Et c'est des petits hommes gris, parfois inconnus, parfois très talentueux, parfois, il faut le dire simplement,
01:36loger là où il faut, au bon endroit, au bon moment, qui ont usiné un fédéralisme et une supranationalité
01:41qui fait qu'en fait l'Europe est totalement axée sur le fédéralisme depuis le départ, depuis le premier jour,
01:46depuis les années 50.
01:47Raison pour laquelle en 2026, lorsqu'on a le Mercosur, l'insécurité, l'immigration ou tout le reste,
01:52on est bloqué parce que le droit a été fermé et verrouillé de façon à ce qu'on puisse ne
01:57plus rien faire
01:58et qu'on regarde le train marcher sans nous.
01:59Oui, c'est ça que vous nous expliquez, Guylain Benessa, dans votre livre,
02:03c'est que vous écrivez que le système a été conçu pour interdire toute machine arrière.
02:08Alors, ça veut dire qu'un État ne peut pas vraiment revenir en arrière sans sortir de l'Union Européenne,
02:13c'est ça que vous dites ?
02:14En fait, ce que je dis, c'est que vouloir envisager, comme beaucoup de gens le disent,
02:18on va tout refaire de l'intérieur, c'est une chimère, c'est une illusion absolument mortifère,
02:22pour une raison simple, c'est que le premier jour dans le bureau de Jean Monnet,
02:24jusqu'en 2026, avec Emmanuel Macron, 2026,
02:27on a eu un seul axe qui a été créé depuis le départ, c'est le fédéralisme ou rien du
02:32tout.
02:32Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, lorsqu'on dit non, non, mais on va changer l'Europe,
02:35on va essayer de retrouver des coopérations entre États,
02:37on va essayer de trouver de la liberté, on va essayer de faire des référendums,
02:40on va essayer de changer la loi, on va essayer, on va essayer.
02:43De toute façon, l'Europe, depuis le départ, dit, c'est le fédéralisme,
02:46c'est-à-dire c'est moi qui décide, moi, Europe, ou alors c'est vous,
02:50mais dans ce cas-là, l'Europe n'existera plus.
02:52Et c'est ce duel absolument invraisemblable, et j'allais dire absolu,
02:56qu'il faudra soit mener de front, soit laisser la machine continuer comme elle est en ce moment.
03:01Alors, à mon avis, pour le pire des résultats,
03:03mais c'est le grand débat de notre temps,
03:05et si on comprend ces petits hommes qui l'ont fait de cette façon,
03:09on comprend qui en sont les héritiers, comme Emmanuel Macron,
03:11et surtout qui a vraiment le volant et qui tient le guidon depuis le départ.
03:15Le reste, j'ai envie de vous dire, c'est que littérature.
03:18Alors, c'est vrai que dans votre introduction,
03:20vous nous dites en gros que c'est Ursula von der Leyen
03:23qui tient bien le volant en ce moment,
03:24et vous donnez cet exemple, évidemment, dont on se souvient tous,
03:27de cette femme, sur le golfe de Donald Trump,
03:32qui se voit asséner les droits de douane,
03:34en étant presque ravie que la sentence ne soit pas plus lourde.
03:38C'est une illustration très parlante de ce que vous nous dites dans ce livre.
03:43Ah mais complètement.
03:43Le problème, vous savez, il est simple,
03:44c'est que Ursula von der Leyen, elle tient le guidon,
03:47c'est la présidente de la Commission européenne,
03:48mais en fait, et ce qu'on sait beaucoup moins,
03:51c'est qu'elle tient le guidon, elle fait comme elle peut.
03:53Alors déjà, il faut dire que face à Donald Trump,
03:55même pour l'instant, on ne pèse pas grand-chose,
03:56on verra demain pour l'instant, on voit ce que ça donne,
03:58mais qu'en plus derrière, il faut bien comprendre
04:00que derrière Ursula, on a créé plein de concepts
04:03qui permettent à l'Europe d'avancer toujours un peu plus.
04:05Alors en fait, on a un visage qu'on connaît,
04:07c'est le visage d'Ursula, l'impératrice de l'Union européenne,
04:10mais derrière, on a toute une machine
04:12qui permet pour elle d'avancer chaque jour un peu plus.
04:15C'est cette machine-là dont on ne comprend rien,
04:17et il faut le dire pour une raison simple,
04:18pour moi, c'est la ruse de la machine d'ailleurs,
04:20c'est que l'Europe, ça a l'air très ennuyeux,
04:22parce que le droit, c'est très ennuyeux,
04:24et que du coup, la ruse ultime,
04:26c'est que plus c'est ennuyeux, moins on s'y intéresse,
04:28moins on s'y intéresse, plus on se dit,
04:29il n'y a rien à faire.
04:30Et moi, ce que je dis, c'est arrêtons de croire
04:32que c'est ennuyeux, il y a des gens
04:33qui le rendent ennuyeux volontairement,
04:36parce que plus vous le rendez ennuyeux,
04:37moins le peuple s'y intéresse,
04:39et moins le peuple s'y intéresse.
04:40Mais vous savez, il y a un vrai complot
04:43que je raconte dans le bouquin,
04:44c'est pas un complot au sens où dès le premier jour,
04:46tout était absolument écrit,
04:47mais il y a des héritiers, des petits hommes
04:49qui ont continué l'œuvre depuis Jean Monnet,
04:52c'est cette histoire-là que je raconte,
04:53si on comprend comment cette histoire s'est forgée,
04:56on sait pourquoi en 2026,
04:57à mon sens, la plupart des promesses
04:59sont exclusivement des chimères.
05:01Alors, bénéfice, et un peu moins ceux des citoyens ?
05:05Pour les citoyens,
05:06je ne vois même pas tellement le bénéfice.
05:08Vous savez, je ne suis pas devenu
05:11sceptique par idéologie,
05:12je suis devenu sceptique vis-à-vis de tout ça
05:14à force de travailler.
05:15Et je raconte notamment,
05:16vous savez, moi ça m'a rendu presque fou furieux,
05:19j'ai découvert par exemple que les juges européens,
05:21la justice européenne,
05:23a été créée par un antisémite
05:25qui s'appelait Maurice Lagrange,
05:26qui était un vichiste,
05:27je ne dirais absolument pas tenté,
05:29et quand vous remontez à l'origine de tout ça,
05:31et vous vous dites,
05:32la merveille de Bécane qu'on nous a créée,
05:34qui est censée nous apporter tous les jours,
05:36paix, prospérité, réussite,
05:38bienveillance, et tout ce qu'on veut,
05:40on voit un peu les origines douteuses,
05:42et en plus, on voit le résultat
05:43qui est loin d'être formidable tous les jours,
05:45j'ai envie de dire,
05:46mettre un peu de scepticisme là-dedans,
05:47ça ne fait pas de mal,
05:48surtout au moment où les gens se disent,
05:50dites l'Europe merveilleuse,
05:51elle nous a apporté beaucoup de choses,
05:53mais on voit la guerre,
05:54on voit la misère qui s'installe,
05:57la paupérisation des classes moyennes,
05:58les gens se demandent
05:59pourquoi l'électricité coûte de plus en plus cher,
06:01on ne peut pas dire quand même
06:02que ce soit une belle réussite
06:04depuis des décennies.
06:04J'ai le beau singot.
06:06Oui, Guillaume Benessa,
06:07justement, votre livre m'amène à une réflexion,
06:09si j'ai bien compris l'esprit de votre ouvrage,
06:12c'est que c'est un gouvernement des juges quasiment,
06:14un gouvernement de l'ombre,
06:15et que finalement,
06:17ce gouvernement des juges
06:18ne retient aucune autre autorité que la sienne.
06:20Du coup, pour pouvoir changer cela,
06:22qu'est-ce qu'il faudrait,
06:23quelle solution on pourrait trouver,
06:24si ce n'est une révolution qui vienne de l'intérieur,
06:26mais est-ce que c'est possible ?
06:27En fait, c'est exactement ça.
06:29C'est pire encore qu'un gouvernement des juges,
06:31comme on l'imagine.
06:32On imagine souvent que des juges
06:34prennent des décisions,
06:35qu'elles ne sont pas bonnes
06:36et qu'on est bloqués.
06:36C'est plus insidieux que ça.
06:38C'est qu'en fait,
06:39l'Europe, c'est du droit,
06:40et le droit, c'est de l'Europe.
06:41Tout simplement.
06:42Vous savez, l'ancien président
06:43de la Commission européenne,
06:44Walter Hallstein,
06:45dont Philippe Develier
06:46a longuement parlé dans son propre livre,
06:48Walter Hallstein disait dès les années 60,
06:50l'Europe n'a rien.
06:51Elle n'a pas de pouvoir,
06:52pas de police,
06:53pas d'administration,
06:54pas d'armée,
06:55c'est du papier.
06:56Donc du coup, il faut faire quoi ?
06:57Il faut fonder du droit,
06:59parce que le droit,
07:00ça va être l'arme nucléaire de l'Europe.
07:01C'est une façon de lier les États.
07:03Mais quand vous faites du droit,
07:04d'une part, c'est obscur,
07:06et d'autre part,
07:06il vaut des interprètes
07:07et des fabricants de droits.
07:08Les fabricants de droits,
07:09c'est les juges.
07:10Ce qui fait que depuis les années 50,
07:1260, 70,
07:13c'est une longue histoire,
07:14les juges ont auto-légitimé
07:15leur pouvoir,
07:16et celui de l'Europe en même temps,
07:17en disant,
07:18si j'ai que du droit,
07:19on va faire du droit,
07:20et plus il y aura du droit,
07:21plus il y aura d'Europe.
07:22Raison pour laquelle
07:23la technocratie a pris le pouvoir,
07:26parce que le droit
07:27n'a pas besoin de visage.
07:28Les juges, souvent,
07:29c'est des anonymes,
07:30ils sortent très peu du bois.
07:31Mais qui sont-ils, justement,
07:33ceux qui verrouillent
07:34cette domination de l'Union Européenne
07:36et qui interdisent
07:37toute marche arrière ?
07:38Vous, en tant qu'avocat,
07:39vous les connaissez ?
07:40Quels sont leurs profils ?
07:43Est-ce qu'ils sont
07:44l'empreinte d'idéologie ?
07:45Le vrai problème,
07:47c'est ce que j'ai écrit
07:48en noir sur blanc dans le bouquin,
07:50c'est qu'on s'imagine toujours
07:51que le droit est pur et parfait,
07:53objectif, neutre,
07:54vous savez, l'état de droit.
07:55Et ce que je montre,
07:56c'est que...
07:56C'est son naissance, a priori, mais...
07:57Je disais tout à l'heure
07:57de Maurice Lagrange,
07:58le premier qui a donné naissance
08:00à tout ça,
08:00jusqu'à aujourd'hui,
08:01les fers de lance
08:02de la justice européenne,
08:03de la Cour de justice,
08:05en fait, ils ont créé
08:05une idéologie commune.
08:07Ils se sont tous référés
08:08à cette idéologie
08:09et le plus frappant,
08:10ce que j'ai trouvé,
08:11je ne pensais même pas
08:12avoir de tels résultats,
08:13je vous avoue,
08:13en écrivant, je me suis dit
08:14« Mon Dieu, je suis ravi
08:15de faire ce livre »,
08:16c'est qu'en fait,
08:17ils se connaissent tous.
08:18Vous avez un coup,
08:19un directeur de cabinet
08:20qui devient assistant du deuxième,
08:22puis qui remplace le troisième
08:23au poste de juge
08:25et vous vous rendez compte
08:25qu'en fait,
08:26c'est de la cooptation,
08:27c'est de l'entraide,
08:28c'est un petit choix,
08:29c'est pour ça que je dis
08:29« C'est mon dossier achat et n'a moins ».
08:31C'est un monde très consanguin.
08:32C'est un réseau consanguin.
08:34Petit à petit,
08:35ils se choisissent,
08:36ils s'entraident,
08:37ils s'autocongratulent,
08:39ce qui fait qu'en plus,
08:39évidemment,
08:40quand vous êtes félicité
08:41par votre ancien
08:42ou par votre successeur,
08:43vous êtes ravis de le rejoindre.
08:45Ce qui fait que petit à petit,
08:46je vais vous donner
08:47juste un exemple très précis.
08:48Dans les années 70,
08:50Valéa Giscard d'Estaing,
08:51centriste pourtant,
08:52a voulu nommer
08:53un ministre gaulliste,
08:54Jean Foyer,
08:55parmi les juges européens.
08:57Et Jean Foyer,
08:58ministre de De Gaulle,
08:59a refusé,
09:00pour une raison simple,
09:01c'est qu'il n'a quand même
09:02pas combattu tous ces gens
09:03toute sa vie
09:04pour aller les rejoindre là-bas.
09:05Parce qu'il savait très bien
09:07que l'idéologie faisant,
09:08il serait marginalisé.
09:10Il serait,
09:10comme disait Chirac à l'époque,
09:12le mouton noir
09:13des juges européens.
09:14Ce qui fait qu'en fait,
09:15petit à petit,
09:16ces juges européens
09:17ont créé
09:18une espèce d'élite à eux,
09:19une petite cour
09:20qui les a remplacés
09:22génération après génération.
09:23Et je raconte plein
09:24de ces petits hommes
09:24dans mon livre.
09:25Ce qui fait qu'au bout,
09:26ils se ressemblent tous.
09:27Vous savez,
09:28ce n'est même pas une question
09:29de complot à visage découvert.
09:31Ce n'est même pas une question
09:32de lumière à braquer.
09:33C'est qu'au fond,
09:34quand tout le monde se ressemble,
09:35quand cette petite famille
09:36s'est agrégée,
09:37que tout le monde
09:38a fait les mêmes études,
09:39que tout le monde vient
09:40notamment du comité d'action
09:41Jean Monnet,
09:41que tout le monde vient
09:42des mouvements européens,
09:43que tout le monde vient
09:44des petits cercles fédéralistes,
09:45au bout,
09:46vous n'avez pas un seul juge
09:47qui pense autre chose
09:48que tous ceux
09:49qui pensent la même chose.
09:50C'est passionnant
09:51et assez logique
09:52ce que vous nous racontez,
09:53assez cohérent.
09:54Mais Guylain,
09:56Benessa,
09:57si les gouvernements
09:58voulaient se révolter
10:00finalement,
10:01demain peut-être,
10:02un pouvoir un peu moins,
10:04un peu plus eurosceptique
10:05voulait se révolter,
10:07est-ce que c'est la bonne
10:08manière d'y arriver,
10:09de désobéir tout simplement ?
10:11Écoutez,
10:12on a eu une occurrence,
10:13on l'a un peu oublié,
10:13je vais vous raconter aussi,
10:15je raconte dans le bouquin
10:16une anecdote très simple,
10:17en une nuit,
10:18le général de Gaulle,
10:21en 8h,
10:23à 20h,
10:23on lui dit,
10:24l'Europe veut avancer
10:25encore plus son agenda fédéral,
10:27en l'occurrence Walter Hallstein,
10:28le président de la commission
10:29ex-milite en Asie,
10:30à 4h30,
10:318h plus tard,
10:32le général de Gaulle
10:33dit à tous les fonctionnaires
10:34de Bruxelles,
10:35de Luxembourg et consorts,
10:36c'est terminé,
10:37vous rentrez à Paris.
10:38Et là,
10:39il commence le fameux épisode
10:40de la chaise vide
10:41au bout de 8h.
10:42Bien sûr.
10:43Nous,
10:44ça fait des années
10:45qu'on discute,
10:46des années qu'on dialogue,
10:47des années qu'on essaye
10:48de trouver vaguement
10:49une nuance
10:49ou un pourcentage de liberté,
10:51là où de Gaulle a dit,
10:52c'est terminé,
10:53c'est fini pour moi,
10:54parce que désormais,
10:55c'est ce qu'il disait à l'époque,
10:56il faut mettre la crainte,
10:58il faut instiller la crainte
10:59dans ses têtes
11:00qui n'ont même pas l'habitude
11:01d'avoir un peu d'effroi.
11:02Alors du côté de la Pologne
11:03et de la Hongrie,
11:04on commence par moments
11:05à se révolter,
11:06n'est-ce pas ?
11:06Oui,
11:07mais la différence,
11:07je pense, fondamentale,
11:08c'est que,
11:09sans vouloir du tout
11:10leur faire injure,
11:11ces États ont rejoint
11:12au fur et à mesure
11:13le projet européen.
11:14Nous sommes les cofondateurs.
11:16Ce qui veut dire
11:16que nous sommes la France,
11:18le pays sans lequel
11:19il n'y aurait pas eu d'Europe.
11:20Ce qui veut dire
11:21que lorsqu'on réfléchit
11:22notre position,
11:23on ne peut pas la réfléchir
11:24comme satellite,
11:25mais comme décideur
11:26devant reprendre le pouvoir.
11:28Si demain,
11:29la France décide
11:29d'avoir une position gaullienne,
11:31pas vaguement,
11:32pas un saupoudrage,
11:33pas comme les espèces
11:35de pseudo-gaullistes zombies
11:36d'aujourd'hui
11:36qui nous disent
11:37c'est bien de Gaulle,
11:38mais le lendemain,
11:38on fait le contraire.
11:39Ça veut dire
11:40que vous créez
11:40de l'effroi et de la panique
11:41et vous mettez fin
11:43à un...
11:43En tout cas,
11:44vous essayez de stopper
11:45cette machine-là.
11:46Mais sinon,
11:47le reste,
11:48encore une fois,
11:48c'est de la...
11:49Vous savez,
11:50c'est des promesses électorales
11:51et comme disait Charles Pasqua,
11:52elle n'engage
11:53que ceux qui les prononcent
11:54et vaguement ceux qui les écoutent.
11:55Pas bien optimiste,
11:56Eliott Mamann.
11:57Qu'est-ce que vous en pensez ?
11:58Justement,
11:59ça m'amène une question
12:00parce que vous revenez
12:01beaucoup sur la confiscation
12:03de la politique
12:03par des juges
12:05qui bien souvent
12:05n'ont pas été élus,
12:06qui de toute évidence
12:07n'ont pas été élus.
12:08Mais alors,
12:09à l'origine,
12:09comment est-ce que vous caractériseriez
12:11le projet idéologique
12:12de l'Union européenne ?
12:13Parce que vous insistez
12:14par exemple sur
12:15l'agrange et le passé nazi
12:16d'un certain nombre
12:17de protagonistes
12:18qui ont conduit
12:19à la construction européenne.
12:20Mais si on reprend
12:21la déclaration Schumann,
12:22par exemple,
12:22on ne peut pas exactement
12:24qualifier Robert Schumann
12:25de nazi.
12:25Donc comment est-ce que
12:26vous interprétez
12:27ces origines idéologiques-là
12:29et comment est-ce qu'elles
12:30se positionnent
12:31dans la nécessité
12:32de puissance
12:32sur laquelle on revient
12:34régulièrement ?
12:34C'est par exemple
12:35ce qui nous a effrayés
12:36lorsque l'on a vu
12:37Ursula von der Leyen
12:38face à Donald Trump,
12:39c'est l'impuissance
12:39de l'Union européenne
12:40à l'heure actuelle.
12:41Pourtant,
12:41on nous présentait
12:42le projet fédéral
12:42comme précisément
12:43le vecteur de la puissance
12:44des pays européens.
12:45Donc comment est-ce que
12:46vous analysez
12:47ces divers paradoxes ?
12:49Ce n'est pas un paradoxe.
12:50L'Europe a été fondée
12:51sur deux piliers.
12:52La faiblesse.
12:53Jean Monnet rêvait
12:54qu'on soit un satellite
12:55des Etats-Unis.
12:55Rien de plus.
12:56C'est ce qu'on est en 2026.
12:57Un satellite des Etats-Unis.
12:59L'Europe est devenue
12:59exactement ce qu'elle est
13:00depuis le premier jour.
13:01Elle n'est rien.
13:02Elle n'a jamais été pensée
13:03comme autre chose que cela.
13:05Premier point.
13:06Deuxième point,
13:07je n'ai jamais dit
13:07que tout était nazi
13:09dans l'Union européenne.
13:10Il ne faut pas non plus déconner,
13:11ce serait aller beaucoup
13:12trop vite en besogne.
13:13Par contre,
13:13ce que je dis,
13:14c'est que dès le départ,
13:16la façon dont ça a été réfléchi,
13:17il y avait deux piliers
13:18ou deux axes centraux.
13:19La technocratie.
13:20Jean Monnet ne voulait pas
13:21de Parlement européen.
13:22Il ne voulait pas
13:23de démocratie européenne.
13:24Ça le faisait,
13:24en gros, flipper.
13:26Ce qu'il souhaitait,
13:27c'est des experts
13:27qui prennent le pouvoir,
13:30qui n'aient pas de lien
13:31avec les propres Etats
13:32dont ils émanent
13:33et qu'ils dirigent le bateau.
13:35Donc le Parlement
13:36est presque une espèce
13:37de contre-histoire
13:38par rapport à ce que rêvait
13:39Jean Monnet,
13:40le parrain de l'Europe.
13:41Et le deuxième vecteur
13:42de tout cela,
13:43à part de là,
13:44la technocratie,
13:45c'était fondamentalement
13:47la confiscation par le droit
13:49de ce qui relevait théoriquement
13:50de la légitimité des élus.
13:52Donc en fait,
13:52comment est-ce que je dirais
13:53que l'Europe fonctionne aujourd'hui ?
13:55Elle fonctionne exactement
13:56en cohérence
13:57avec le programme initial.
13:58C'est ça qui est terrifiant.
13:59C'est que souvent,
13:59on dit,
14:01ça a dérivé.
14:03Maastricht n'a pas bien fonctionné.
14:04On n'aurait pas dû,
14:05en 2007,
14:06avec Lisbonne,
14:07on n'aurait pas dû trahir
14:08le référendum de 2005.
14:09Oui, et puis on n'écoute pas
14:09les peuples, en effet.
14:11On se débrouille
14:11pour ne pas les écouter à la fin.
14:14Évidemment, sauf que,
14:14je veux dire,
14:15c'est précisément l'objet
14:16de mon livre,
14:17c'est dire que
14:17ces petits gens,
14:19pour moi,
14:19Jean Monnet n'est pas franchement
14:20un grand bâtisseur.
14:21C'est même plutôt un destructeur,
14:22mais c'est un lourd débat historique.
14:24Jean Monnet dit clairement
14:25les peuples,
14:26il n'en veut pas.
14:27La technocratie,
14:28il en veut partout.
14:29Il n'a surtout pas envie
14:30qu'il légitimité d'hommes politiques.
14:32Tout ça, pour lui,
14:33c'est l'époque d'avant.
14:34Oui, c'est le monde d'avant.
14:35Au fond, je vais vous dire,
14:37la start-up nation
14:38et le monde d'après
14:39d'Emmanuel Macron,
14:39celui qui nous rêvait
14:40de faire advenir,
14:41c'est un petit peu
14:42le rêve de Jean Monnet,
14:43c'est-à-dire
14:43le rêve d'après,
14:44le rêve des experts,
14:45de la technocratie
14:46contre la démocratie
14:47et contre la bonne
14:48vieille légitimité
14:49à l'ancienne.
14:49Guylain Benessa,
14:50qu'est-ce qui vous a donné
14:50envie d'écrire ce livre ?
14:52Vous l'avez écrit, quoi ?
14:53Par militantisme ?
14:55Par observation
14:55de ce que vous avez vu
14:56sur le terrain
14:57et qui vous a révolté ?
14:59Deux choses simples.
15:02Je vais vous dire,
15:03je vais être lyrique là,
15:03mais j'ai mal à ma France.
15:06Je n'aime pas du tout
15:06cette expression de François Giroud,
15:08mais je trouve que
15:09le paysage de désolation
15:10ne donne qu'une seule envie,
15:11c'est de mener le combat,
15:12chacun à son petit niveau.
15:13Et deuxième chose,
15:14je ne voulais pas écrire ce livre.
15:16Pas du tout.
15:17J'ai commencé à ausculter
15:18la biographie
15:19des petits juges
15:20ou des grands juges
15:21qui ont fondé l'Europe,
15:22de Lagrange
15:23jusqu'à le président actuel
15:25de la CEDH,
15:25Mathias Guyomard,
15:26qui est sur un autre plan
15:28évidemment que Lagrange.
15:29Et en fait,
15:30c'est dessiné face à moi,
15:31devant moi,
15:32c'est dessiné.
15:32Une chronologie
15:34que je n'avais jamais vue
15:35nulle part,
15:36pour une raison simple,
15:36c'est que j'avais trouvé
15:37des informations éparses,
15:39mais personne n'avait choisi
15:41de faire le lien
15:42entre les petits cercles,
15:43les petits réseaux
15:44et tout ce petit monde
15:45pour voir non pas l'Europe
15:47comme une masse de normes
15:48qu'on ne comprend pas,
15:49mais comme une poignée d'hommes
15:51qui ont fondé ces normes.
15:53On s'en sort comment ?
15:54Comment on s'en sort ?
15:56En en sortant ?
15:57Non, quand même pas.
15:58Vous êtes un défenseur du Frexit,
16:01par exemple ?
16:02Non, très simple.
16:03Je pense que Frexit ou non,
16:05ce n'est pas le problème.
16:07Je pense que le problème,
16:09c'est les élites
16:10qui ont conduit le combat
16:11de cette façon depuis le départ.
16:13Je vous donne un exemple clair.
16:14si demain,
16:16l'intégralité
16:17de ceux qui tiennent
16:17les cordons
16:18de la puissance française,
16:19notre État profond,
16:20comme on dit,
16:21notre administration,
16:22décide que la Constitution française
16:23prime tout le reste,
16:25parce que,
16:25comme disait De Gaulle,
16:26il y a d'abord la France,
16:27ensuite l'État,
16:28seulement après,
16:29si les deux intérêts
16:30sont préservés,
16:30le droit.
16:31Ça veut dire que si on renverse
16:32tout ce qu'on a fait,
16:33je pense que les issues
16:34sont immédiatement existantes,
16:36sauf qu'on s'est mis
16:37à penser à l'envers,
16:38on s'est mis à oublier la France,
16:40on pense le contraire
16:41et on est arrivé à l'impasse.
16:42Merci beaucoup Guylain Benessa,
16:44nos vrais maîtres,
16:45histoire secrète des hommes
16:46qui vendent la France
16:46à l'Union Européenne,
16:47c'est passionnant,
16:47et c'était passionnant
16:48de vous entendre
16:49aux éditions L'Artilleur,
16:50on marque une pause
16:51et on se retrouve
16:51dans quelques instants
16:52avec Gilles Boussingo
16:53et Eliott Maman
16:55pour la suite de nos débats
16:56avec cette très mauvaise nouvelle
16:58tout à l'heure,
16:58la mort du jeune Quentin
17:00qui a été pris à partie hier
17:02par des militants antifa à Lyon
17:04en marge d'une conférence
17:05donnée par Ima Hassan
17:06à l'IEP de Lyon,
17:08on en parle dans quelques instants.
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