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00:00:00La littérature urbaine raconte la ville depuis ses marges.
00:00:14Migration, culture populaire, vie à hauteur d'habitants.
00:00:17Des récits qui remettent au centre des trajectoires sociales et politiques longtemps invisibilisées.
00:00:22Mais quelle place leur accorde aujourd'hui la littérature française ?
00:00:25À l'heure où les idées d'extrême droite traversent aussi le monde de l'édition,
00:00:28ces contre-récits deviennent un champ de bataille symbolique.
00:00:32Quand la littérature urbaine devient résistance,
00:00:34on a posé nos micros à la gaieté lyrique à Paris
00:00:36pour le tout jeune festival des littératures urbaines.
00:00:40Bonjour à tous.
00:00:41Bonjour.
00:00:42Et ce miroir social que nous présente la littérature urbaine,
00:00:45nous allons l'analyser avec deux jeunes auteurs sélectionnés,
00:00:48Rouda et Slammeur et Rappeur.
00:00:50Les Jardins perdus, son deuxième roman, a pour décor une cité comme mille autres.
00:00:53Il y raconte l'histoire de deux frères, jeunes adultes,
00:00:55dont l'un se laisse gagner par la haine et la violence que lui vend l'ultra-droite française.
00:01:00Un roman poétique sur le délitement d'une famille populaire
00:01:03et la dégradation du climat social en France.
00:01:07Autre sensibilité,
00:01:08Nasseratamer publie Allo La Place,
00:01:10un premier roman intime sur le lien complexe que vous entretenez avec la langue de vos parents,
00:01:14le Darija,
00:01:15un dialecte avec lequel vous voudriez renouer depuis Paris.
00:01:18Vous nous partagez dans ce roman votre douce obsession pour les taxiphones,
00:01:22ces lieux de passage qui changent aussi vite que le monde,
00:01:25d'où l'argent et les mots partent vers ce que vous appelez le pays loin.
00:01:28Mam Fatou Niang est la présidente du jury 2026 du prix du Festival des littératures urbaines,
00:01:34maîtresse de conférence à l'université Carnegie Mellon aux Etats-Unis,
00:01:37où vous travaillez sur la littérature française et francophone,
00:01:40la question noire et l'identité dans les villes et les quartiers populaires.
00:01:42Vous avez co-écrit un essai renversant et pourtant dépassionné sur la notion d'universalisme à la française,
00:01:48un idéal de façade que vous souhaitez voir refondé.
00:01:51Merci d'être avec nous.
00:01:53Et enfin, Médi à la Fanny,
00:01:54vous êtes un des organisateurs de ce festival qui ouvre sa troisième édition à Paris.
00:01:58Huit romans et cinq essais ont été sélectionnés pour ce prix.
00:02:01Vous faites aussi partie de Conscience de classe,
00:02:03un collectif de réflexion et d'action autour de la question des transfuges de classe,
00:02:07un espace où vous dites que fatigué d'avoir le cul entre deux chaises,
00:02:10vous créez la chaise à deux cul, n'est-ce pas ?
00:02:13Tout à fait.
00:02:14J'espère que vous êtes bien assis aujourd'hui.
00:02:16Tout d'abord, je voudrais vous poser une question.
00:02:18Pourquoi l'impose nécessité de créer ce prix des littératures urbaines ?
00:02:22Le prix et le festival viennent un peu de la même origine,
00:02:24c'est-à-dire qu'ils sont créés à l'initiative de deux auteurs originaires de quartiers populaires,
00:02:28que ce sont Zakaria Roussi et Freddy Zokanga,
00:02:31qui chacun ont écrit de leur côté.
00:02:33Freddy a publié en auto-édition,
00:02:34Zak a été édité par les éditions de Noël.
00:02:37Et tous les deux, en se rencontrant, en viennent à une conclusion,
00:02:39il y a un constat, ils se disent, pourquoi est-ce qu'aujourd'hui,
00:02:41parmi toutes les manifestations littéraires qui existent en France,
00:02:44il n'existe pas de manifestations littéraires
00:02:46qui viennent justement célébrer les autrices et les auteurs
00:02:48qui viennent des quartiers populaires ?
00:02:50Donc rapidement, lorsque l'idée germe,
00:02:52il s'associe avec, à l'époque c'était avec Taoufique Vallée-Puram,
00:02:54et puis on se dit au tout début de la réflexion
00:02:56qu'on ne peut pas s'arrêter à avoir une littérature
00:02:59qui va parler simplement des quartiers populaires.
00:03:01On ne veut pas essentialiser ces auteurs-là,
00:03:03ces auteurs et ces autrices,
00:03:04parce que c'est quelque chose qui trop souvent est fait,
00:03:06et c'est quelque chose qui revient à dire quelque part
00:03:09que dans cette catégorie.
00:03:10Nous, ce qu'on voulait montrer aussi,
00:03:11c'était qu'ils avaient une place dans toute la littérature contemporaine française,
00:03:14que ce soit au niveau de la narration,
00:03:16donc des histoires qu'ils racontent,
00:03:17que ce soit au niveau de la langue,
00:03:18de l'oralité notamment,
00:03:19qu'ils vont porter dans ces récits.
00:03:21C'est quelque chose qui, aujourd'hui, apporte du renouveau
00:03:23à un monde littéraire français qui en manque cruellement
00:03:25et qui en a cruellement besoin.
00:03:27Donc voilà, l'initiative, elle part d'une idée de représentation,
00:03:31mais on se rend compte aussi que les littératures urbaines
00:03:33sont quelque chose qui apporte vraiment une nouveauté
00:03:35au paysage culturel français,
00:03:37et que du coup, on a cette nécessité de célébrer
00:03:39cette diversité de voix, de récits et d'opinions aussi.
00:03:42On va en parler, mais pour vous, par exemple,
00:03:44Nasser Atamère, vous qui êtes jeune autrice,
00:03:46dans quelle mesure c'est important d'avoir ce type d'événement ?
00:03:50Alors pour moi, j'ai apprécié d'être sélectionnée pour ce prix
00:03:55et de voir cette programmation,
00:03:58parce que c'était une manière, pour moi,
00:04:00d'exister en dehors des circuits balisés
00:04:03par les institutions culturelles dominantes.
00:04:07Et en fait, de voir mon livre circuler dans un espace plus alternatif
00:04:10et qui pense les formes littéraires autrement,
00:04:13c'était vraiment important pour moi.
00:04:14Donc j'étais très, très heureuse
00:04:17et je suis très heureuse de pouvoir discuter aujourd'hui sur ce sujet.
00:04:20Mais votre livre est quand même validé
00:04:22par ce que vous appelez l'institution littéraire par ailleurs.
00:04:24Comment vous le recevez, ça ?
00:04:27De manière ambivalente.
00:04:30C'est aussi l'ambivalence de la narratrice tout au long du récit.
00:04:34Et je pense que j'ai un droit à l'ambivalence.
00:04:36C'est-à-dire que même si je viens d'un quartier populaire,
00:04:39même si je me sens proche du milieu ouvrier, du milieu immigré,
00:04:43j'ai aussi une aspiration à faire de la littérature
00:04:46et à être prise au sérieux en matière littéraire.
00:04:48Et donc j'avais envie aussi d'être dans une belle maison d'édition.
00:04:52Et j'apprécie aussi d'avoir un retour critique.
00:04:57Voilà, j'ai eu un retour critique qui m'a touchée.
00:05:02Mais pour autant, ça va au-delà de mes aspirations.
00:05:06J'espère que justement, je peux naviguer ailleurs.
00:05:11Et donc voilà, c'est d'être à la fois validée,
00:05:18pourquoi pas, par ce qu'on appelle la culture légitime.
00:05:21Et ça n'empêche pas de pouvoir parler à d'autres personnes
00:05:24et de pouvoir contribuer à d'autres discussions.
00:05:28Donc Rouda, pour vous, est-ce que c'est le même principe,
00:05:30ce type de festival, c'est inventer en fait
00:05:32ce qui vous permet d'exister dans votre littérature ?
00:05:35Alors venant du rap et du slam,
00:05:37cette question-là, moi, elle me traverse depuis longtemps.
00:05:39Je rejoins Mehdi sur la question de la représentation,
00:05:42de la représentativité.
00:05:43Je pense que la littérature, elle se doit de parler à tout le monde,
00:05:46à ceux qui lisent, comme à ceux qui ne lisent pas
00:05:48ou ceux qui ne savent pas encore qu'ils peuvent lire.
00:05:51Et par contre, incarner des voies, des géographies,
00:05:54des territoires issus des quartiers populaires
00:05:57me semble ultra important.
00:06:00Mais pour autant, il faut aussi qu'on continue
00:06:02à se confronter aux autres milieux,
00:06:04qu'on puisse continuer à les rencontrer,
00:06:06à se faire accepter et que tout le monde continue à se croiser.
00:06:10C'est en ce sens où je pense qu'on va rendre
00:06:12les objets littéraires beaucoup plus accessibles.
00:06:15Mehdi, est-ce que vous pouvez nous expliquer
00:06:16comment un peu s'organise justement ce prix ?
00:06:18Comment vous avez sélectionné, etc. ?
00:06:19Et ensuite, on prendra l'avis de Mme Fatou,
00:06:22qui est président du jury.
00:06:23On a eu des évolutions, effectivement,
00:06:24sur le jury et sur le prix,
00:06:26mais assez vite, on s'est dit que, déjà,
00:06:28à la différence de la grande majorité des prix littéraires,
00:06:30des grands prix littéraires français,
00:06:32nous, on ne voulait pas de cette opacité
00:06:34qui les entoure en général.
00:06:36Donc, on avait déjà une exigence, du coup, de transparence.
00:06:39Et à cette exigence de transparence,
00:06:41assez rapidement, on y a associé une exigence de démocratie.
00:06:43Une exigence de démocratie qui, je dois le dire encore aujourd'hui,
00:06:46parfois, elle est désagréable pour nous,
00:06:47l'équipe organisatrice,
00:06:48parce que, du coup, fait que notre voix
00:06:50n'est juste celle de coordinateur et de coordinatrice.
00:06:52Nous ne sommes pas ceux qui décidons qui va gagner le prix.
00:06:55Et c'est quelque chose d'important.
00:06:56On fait confiance à notre processus,
00:06:57on fait en sorte que ce processus évolue.
00:06:59Mais pour le rappeler, donc,
00:07:00cette année, on a commencé avec un peu plus de 120 livres,
00:07:03romans et essais,
00:07:04parce que nous avons, du coup,
00:07:05une catégorie romans et une catégorie essais.
00:07:07Et ensuite, sur ces livres-là,
00:07:09ce qu'on va faire,
00:07:10c'est qu'on va aller regarder,
00:07:11par rapport à notre définition du roman ou du récit urbain,
00:07:14notre définition, d'ailleurs,
00:07:15qui n'est pas stricto sensu portée par l'Association Cartibiste de la Littérature,
00:07:19mais qui est originaire d'une chercheuse en littérature française
00:07:22qui s'appelle Christine Horvart,
00:07:24et qui travaille sur le roman et le récit urbain,
00:07:26qui, d'ailleurs, elle définit comme le meilleur exemple étant Zola.
00:07:29Donc, on part vraiment de cet héritage-là,
00:07:31de cet héritage de comment on va montrer la ville,
00:07:33de ces différents quartiers,
00:07:34et de ces différentes dynamiques.
00:07:36Donc, c'est un peu ce qu'on va faire au début sur ce premier tri
00:07:38de ces 120-130 livres.
00:07:39On va regarder à quel point ils sont, entre guillemets, urbains,
00:07:41à quel point ils parlent de la ville
00:07:42et qu'est-ce qu'ils y apportent.
00:07:44Donc, ça nous donne une possibilité
00:07:46de déjà en éliminer un certain nombre.
00:07:48C'est ensuite qu'on fait appel à un comité de lecture citoyen.
00:07:51Cette année, il était composé de 112 personnes
00:07:52qui sont des personnes qui se répartissent pour lire les livres.
00:07:55Chaque personne va en lire au minimum deux.
00:07:57Moi, par exemple, j'ai commencé à participer au festival
00:08:00parce que je me suis rendu compte
00:08:01que sur une présélection de 50 livres,
00:08:03j'en avais déjà lu une quinzaine.
00:08:04Donc, j'ai écrit à l'équipe en disant
00:08:05« Peut-être qu'on peut se parler ».
00:08:07Et du coup, ce comité de lecture lit,
00:08:09rend des fiches de lecture.
00:08:11Et ensuite, ces fiches de lecture sont transmises
00:08:13à ces mêmes membres du comité
00:08:15qui se réunissent chacun
00:08:16pour sélectionner une partie des livres.
00:08:19Ce qui est important, c'est que ce sont des livres
00:08:21qu'ils n'ont pas lus.
00:08:22Ce qui veut dire que les gens qui choisissent des livres
00:08:23choisissent des livres qu'ils n'ont pas lus.
00:08:25Pour nous, c'est extrêmement important
00:08:26parce que ça veut dire qu'ils doivent faire confiance à l'autre.
00:08:28Il y a un vrai sujet d'altérité.
00:08:29Et quand on lit les fiches de lecture,
00:08:31on se pose des questions.
00:08:32Qui a écrit ?
00:08:32Pourquoi on a écrit ?
00:08:33Ces fiches sont anonymes.
00:08:35Cette année, par exemple,
00:08:35on a ajouté quelque chose
00:08:36qui était d'avoir des données démographiques
00:08:37pour permettre à la personne
00:08:39qui va lire la fiche de lecture
00:08:40de situer qui l'a écrit.
00:08:41Est-ce que c'est un homme ?
00:08:42Est-ce que c'est une femme ?
00:08:43Quel âge est-là ?
00:08:43Dans quel milieu social il a grandi ?
00:08:45De quel milieu social il est originaire ?
00:08:46Est-ce que c'est une personne qui vit en ville ?
00:08:48Etc.
00:08:48Tous ces éléments-là, pour nous,
00:08:50sont importants et constitutifs
00:08:51de ce qu'on appelle justement lire un livre.
00:08:53Et je rejoins effectivement
00:08:54ce que tu disais, Rouda.
00:08:55En fait, tout le monde aime la littérature.
00:08:57Il faut juste avoir les bonnes approches
00:08:58et les bonnes portes d'entrée.
00:09:00Donc, tout ça, c'est pour arriver.
00:09:01Je vous coupe deux minutes.
00:09:01Je voudrais entendre Mme Fatoul là-dessus,
00:09:03justement, sur le fait que vous,
00:09:06vous évoluez dans ce monde un peu littéraire
00:09:08en France et aux États-Unis.
00:09:09C'est original cette démarche
00:09:11qui est faite, justement,
00:09:12cette approche du prix ?
00:09:14Comment vous l'entendez ?
00:09:15Absolument.
00:09:16Parce qu'on est dans ce qu'il y a
00:09:18de plus démocratique,
00:09:21de plus partageant.
00:09:23Là, on est vraiment dans quelque chose
00:09:25qui intègre le lecteur,
00:09:27qui intègre le maximum de personnes du groupe
00:09:30et qui nous éloigne un peu des processus.
00:09:34Alors, le prix littéraire en lui-même
00:09:36est très souvent un objet symbolique
00:09:40qui sanctionne la fin d'un parcours,
00:09:43qui est très souvent très opaque.
00:09:46Moi, j'étais assez...
00:09:47Alors, je vais parler peut-être
00:09:48de ma position de présidente du jury.
00:09:51Et lorsque vous m'avez invitée,
00:09:54je me suis dit,
00:09:54ah, est-ce que je vais devoir lire 50 livres,
00:09:58diriger un petit comité secret
00:09:59de 5-6 personnes ?
00:10:01Parce que c'est comme ça
00:10:01que ça se passe d'habitude.
00:10:03Et c'est vrai que quand vous m'avez parlé
00:10:04du processus,
00:10:06c'est la première fois en 25 ans
00:10:08dans cette industrie,
00:10:10que ce soit l'université
00:10:11ou le monde de l'édition,
00:10:14que l'on présente ce type de processus.
00:10:18Donc, j'ai trouvé ça extrêmement novateur,
00:10:20extrêmement, oui, démocratisant.
00:10:22Et tout à l'heure,
00:10:23j'ai été interpellée
00:10:24par ce que tu disais
00:10:26sur les espaces de légitimation.
00:10:31La littérature est un espace social
00:10:33qui apporte de la légitimité.
00:10:36Et je pensais tout à l'heure
00:10:37à l'éclosion des littératures urbaines
00:10:41au début des années 80
00:10:43où on a du mal à mettre un nom,
00:10:47une étiquette,
00:10:48sur cet ensemble d'écrits
00:10:50un peu disparates
00:10:51qui ne viennent pas
00:10:54d'écrivains traditionnels.
00:10:57Et quand je dis décrivains traditionnels,
00:10:59des hommes blancs.
00:11:00Et c'est vrai qu'on va se retrouver
00:11:02avec une difficulté
00:11:03à mettre une étiquette,
00:11:05à mettre un nom.
00:11:05On parle de littérature urbaine,
00:11:07littérature immigrée,
00:11:08littérature usideuse, etc.
00:11:09On va se retrouver
00:11:09avec une dizaine d'étiquettes comme ça
00:11:11et des étiquettes
00:11:12qui en fait vont participer
00:11:15à maintenir cet ensemble d'écrits
00:11:17hors de ce qui était considéré
00:11:19comme la littérature française.
00:11:22Celle qu'on trouve à la FNAC
00:11:24au rayon littérature française
00:11:26et qui est dans un circuit
00:11:27de distribution, d'édition
00:11:30et un circuit de prix bien défini.
00:11:33Et le fait de créer son propre prix
00:11:35avec ses propres critères
00:11:37n'est pas dans une volonté
00:11:40de se ghettoiser,
00:11:41mais de proposer.
00:11:43Et moi, c'est ce que j'ai trouvé.
00:11:44Je vais m'arrêter là.
00:11:45Extrêmement fort dans votre proposition,
00:11:47c'est qu'on n'est pas du tout
00:11:48dans quelque chose d'alternatif.
00:11:50On est dans un nouveau modèle
00:11:52qui, je pense,
00:11:53peut servir à la culture plus large
00:11:57dans le monde littéraire,
00:11:58mais aussi au-delà,
00:11:59dans le cinéma, etc.
00:12:00On est vraiment dans un nouveau mode
00:12:01d'évaluation.
00:12:04Et alors, justement,
00:12:05cette assignation à une littérature
00:12:07qui serait une littérature
00:12:08soit francophone,
00:12:09soit une littérature étrangère,
00:12:11est-ce que vous,
00:12:11vous l'avez vécu, Nasser Atamère ?
00:12:13Pour mon cas,
00:12:16je pense que le fait
00:12:17d'être dans une maison d'édition,
00:12:20voilà,
00:12:21on parle de littérature blanche
00:12:23parce que, justement,
00:12:24cette couverture sans signe
00:12:26permet d'identifier tout de suite
00:12:28la maison et donc la supposée
00:12:30qualité littéraire derrière,
00:12:32m'a un peu épargnée
00:12:33de ces étiquettes littérature,
00:12:37je ne sais pas,
00:12:39immigrée, maghrébine,
00:12:40je ne sais pas quoi.
00:12:41En revanche,
00:12:42moi, le sujet m'a intéressée
00:12:43au moment de l'écriture
00:12:44et j'ai fait la démarche
00:12:48de comprendre un peu
00:12:49quelle était la réception
00:12:51d'autrices, d'auteurs racisées
00:12:53issues de milieux populaires.
00:12:55Et effectivement,
00:12:56le constat,
00:12:56c'est qu'il y a
00:12:57comme une invisibilisation
00:12:59et des étiquettes
00:13:02pas toujours flatteuses,
00:13:04toujours rapportées
00:13:04à une littérature légitime.
00:13:07Voilà, on se souvient
00:13:08que Feizhagen était appelée
00:13:09la Françoise Sagan
00:13:11des banlieues.
00:13:13Voilà, avoir perçu ça,
00:13:16j'ai essayé,
00:13:17tant bien que mal,
00:13:18d'éviter des écueils,
00:13:22mais bon, c'est toujours...
00:13:23Est-ce que c'est évitable ?
00:13:24Vous, vous avez une vue
00:13:25assez large
00:13:26et puis vous avez étudié
00:13:28tout un corpus de textes,
00:13:30etc.
00:13:30Est-ce que c'est évitable
00:13:31et comment, en fait ?
00:13:33Alors, est-ce que c'est évitable ?
00:13:34C'est assez compliqué.
00:13:36En vous écoutant,
00:13:37je pensais à 1983,
00:13:39lorsque Mehdi Charef écrit
00:13:40le TORM d'Archi Ahmed.
00:13:42Il est invité
00:13:43par Bernard Pivot
00:13:45à Apostrophe
00:13:46et il est invité
00:13:47dans une émission
00:13:47qui est assez intéressante
00:13:49où des écrivains étrangers
00:13:50qui écrivent en français
00:13:51sont...
00:13:52Donc, il y a
00:13:52Venus Rourigata
00:13:54pour le Liban,
00:13:55il y a un auteur algérien
00:13:56et Bernard Pivot
00:13:57l'introduit en disant
00:13:59« Et nous avons
00:14:00un autre algérien,
00:14:01Mehdi Charef. »
00:14:01Alors, Mehdi Charef
00:14:02était en France
00:14:03depuis l'âge de 8 ans
00:14:04et la première question
00:14:05que Bernard Pivot
00:14:06lui pose,
00:14:07c'est « Pourquoi est-ce que
00:14:07vous écrivez en français ? »
00:14:08Il lui dit
00:14:08« Mais en fait,
00:14:09c'est la langue que je parle. »
00:14:10Et donc,
00:14:10toute la question,
00:14:12tout l'intérêt
00:14:13autour de Mehdi Charef
00:14:14va se faire sur le...
00:14:16Voilà,
00:14:16va tourner autour
00:14:17de cet Algérien
00:14:18ouvrier,
00:14:19un peu délinquant
00:14:20qui écrit en français.
00:14:21Et on voit
00:14:22qu'il y a un arc
00:14:23comme ça
00:14:23assez intéressant.
00:14:24Je pense
00:14:25à Tassadit Imach
00:14:28qui,
00:14:29lorsque son livre
00:14:29sort en 1989,
00:14:32Tassadit Imach
00:14:33est né en France
00:14:34d'une mère française
00:14:34d'un père algérien.
00:14:35Elle n'a jamais
00:14:36mis les pieds en Algérie
00:14:37et lorsqu'elle sort,
00:14:39sa cousine lui dit
00:14:39« Mais je ne trouve pas
00:14:40ton livre à la FNAC,
00:14:41elle y va. »
00:14:42Il n'est pas
00:14:42en littérature française,
00:14:43elle le trouve
00:14:44au rayon
00:14:45littérature algérienne.
00:14:47Et donc,
00:14:47il y a un arc
00:14:49comme ça
00:14:49assez large
00:14:50en 2006
00:14:50en parlant
00:14:51de ces questions
00:14:52d'inclusion.
00:14:54Les grands prix,
00:14:55donc Goncourt,
00:14:56Renaudot,
00:14:57sont obtenus
00:14:57par des écrivains
00:14:58francophones.
00:14:59Et je me rappelle
00:15:00qu'il y a ce manifeste
00:15:01qui est fait
00:15:02par Rouault et Lebris
00:15:03en disant
00:15:04« Est-ce que là,
00:15:05on assiste
00:15:06à une révolution
00:15:08du monde littéraire ? »
00:15:11Et en fait,
00:15:11non,
00:15:11parce que 2006,
00:15:12on est un an
00:15:13après les révoltes
00:15:15en banlieue.
00:15:16Et tous les auteurs
00:15:17qui reçoivent
00:15:18ces grands prix,
00:15:20il y a Alain Mabancou,
00:15:22il y a
00:15:23Léonora Miano,
00:15:24ce sont des auteurs
00:15:25africains,
00:15:26des auteurs francophones.
00:15:27Et toute la masse
00:15:28de textes
00:15:29qui sont écrits
00:15:29par des écrivains urbains,
00:15:31des écrivains de banlieue,
00:15:33passe inaperçu.
00:15:33Et à partir de là,
00:15:35ce qu'on voit,
00:15:35c'est cet arc
00:15:36d'un monde littéraire,
00:15:39que ce soit
00:15:39les maisons d'édition
00:15:40du quartier latin parisien,
00:15:44qui ont du mal
00:15:44à capter
00:15:46ou à intégrer
00:15:47dans le giron
00:15:48de la littérature française
00:15:49ces textes-là
00:15:50parce que trop proches
00:15:51de chez nous.
00:15:52Ce qu'on n'a pas connu
00:15:52pour des écrivains
00:15:53comme Gary,
00:15:54Beckett,
00:15:55Ionesco,
00:15:56qui venaient de l'étranger
00:15:57et qui pour beaucoup
00:15:58ont été intégrés
00:15:58très facilement.
00:16:00Qu'est-ce que ça dit
00:16:01soit du monde de l'édition
00:16:03mais je dirais
00:16:04que c'est bien plus large.
00:16:05C'est beaucoup,
00:16:06beaucoup plus large.
00:16:06Cette ghettoïsation,
00:16:07je pense que Alain Maboucou
00:16:08qui parlait de ghettoïsation
00:16:09justement de ces auteurs.
00:16:11Il y a une difficulté
00:16:13à les intégrer
00:16:14dans le giron
00:16:14de la littérature française
00:16:16et une difficulté
00:16:17qui est passée justement,
00:16:18comme je disais,
00:16:19par une multiplication
00:16:21d'étiquettes.
00:16:21On a parlé
00:16:22de littérature immigrée,
00:16:24de littérature issue
00:16:25de l'immigration,
00:16:26de littérature
00:16:27de la seconde,
00:16:28troisième,
00:16:28quatrième,
00:16:29cinquième génération
00:16:29à se demander
00:16:30combien de générations
00:16:31il faut pour être juste
00:16:32de la littérature française.
00:16:33On a parlé
00:16:34de littérature de banlieue,
00:16:35des étiquettes
00:16:36que certains,
00:16:36par exemple,
00:16:37Achit Jaïdani,
00:16:38refusent l'étiquette
00:16:39de littérature de banlieue,
00:16:40de littérature urbaine
00:16:41et en fait,
00:16:42ce sont des circonvolutions
00:16:44pour juste éviter
00:16:45de reconnaître
00:16:46que ce sont des écrivains
00:16:47qui parlent
00:16:48de la France,
00:16:48de la France.
00:16:49Mehdi Charef
00:16:50parle de la France
00:16:51de 1983,
00:16:52Tassali Timache
00:16:53parle de la France
00:16:54des années 90,
00:16:55tu vous parlais
00:16:56de la France aujourd'hui
00:16:57et qu'il y a
00:16:57une difficulté
00:16:59à laisser,
00:17:00à partager
00:17:00un instrument
00:17:01parce qu'on pense
00:17:02quand même
00:17:02au pouvoir
00:17:03de la langue française.
00:17:05Quand François Ier
00:17:06fait les édits
00:17:07de Villers-Cotterêts,
00:17:08on déclare
00:17:08que la langue française
00:17:09sera la colonne vertébrale
00:17:11de la nationalité.
00:17:13La littérature,
00:17:14à travers toutes
00:17:15les institutions
00:17:15dont la République
00:17:16va se doter
00:17:17de l'Académie française,
00:17:18au prix littéraire,
00:17:20constitue
00:17:21l'un des podiums
00:17:23les plus importants
00:17:24de la littérature.
00:17:24Donc, laisser
00:17:25ou partager
00:17:26ces endroits
00:17:27de prestige
00:17:28avec certaines personnes
00:17:29revient,
00:17:30de facto,
00:17:31à les intégrer
00:17:31à la République.
00:17:32Ce qu'on peut faire
00:17:33très facilement
00:17:34avec Gary,
00:17:35ce qu'on peut faire
00:17:35très facilement
00:17:36avec Beckett,
00:17:36avec Ionesco,
00:17:37c'est un peu plus compliqué
00:17:38quand c'est Mehdi Charef.
00:17:40Et comme on est
00:17:41dans un pays
00:17:41où pendant très longtemps
00:17:43il y a des non-dits
00:17:44sur les barrières raciales,
00:17:47les barrières ethniques,
00:17:48mais aussi les barrières
00:17:49historiques
00:17:49qui font que certains corps
00:17:51peuvent être intégrés
00:17:51à la République
00:17:52et que d'autres
00:17:53ne le sont pas.
00:17:54Cette littérature-là
00:17:55qui vient de ces endroits
00:17:57et qui,
00:17:57avec ces corps
00:17:58chargés,
00:17:59quand Mehdi Charef écrit,
00:18:00il est chargé
00:18:01de l'histoire de l'Algérie.
00:18:02Quand Assadite Imach
00:18:03écrit,
00:18:04son histoire est chargée,
00:18:05bien qu'elle n'ait jamais
00:18:06mis les pieds en Algérie,
00:18:07son histoire est chargée
00:18:08du corps
00:18:09de l'Algérie
00:18:12et de la relation
00:18:13entre ces deux pays.
00:18:14Donc,
00:18:14accepter
00:18:15ces écrivains
00:18:16dans le giron français,
00:18:17c'est aussi accepter
00:18:18que c'est notre histoire.
00:18:19Et là,
00:18:20c'est une autre histoire.
00:18:21Rouda,
00:18:22cette historique,
00:18:22justement,
00:18:23dont parle Mahmoud Fatou,
00:18:24est-ce que vous l'avez en tête
00:18:25quand vous vous mettez
00:18:26à écrire
00:18:26votre premier livre ?
00:18:28Pas du tout.
00:18:29Pas du tout, non ?
00:18:30Vraiment pas du tout.
00:18:31C'est passionnant
00:18:32de t'entendre,
00:18:33d'avoir ce regard
00:18:34très large,
00:18:36très éclairé,
00:18:36puisque quand on écrit,
00:18:37on écrit à sa hauteur.
00:18:39Donc, moi,
00:18:39je peux parler juste
00:18:39de ce contre quoi
00:18:41je lutte.
00:18:43Moi,
00:18:43je suis nouveau en littérature,
00:18:44donc c'est un monde
00:18:46inconnu.
00:18:47Mais c'est vrai
00:18:47que je sors la tentation
00:18:49en face
00:18:49d'être catégorisé
00:18:50comme un auteur
00:18:52de banlieue
00:18:52ou incarner...
00:18:53Vous le sentez.
00:18:54Oui, bien sûr,
00:18:55ou incarner un roman
00:18:56de banlieue.
00:18:57Je pense au contraire
00:18:58que nos quartiers
00:18:58sont autant des arènes
00:19:00que des personnages
00:19:02ou des viviers
00:19:03d'histoires
00:19:03à raconter
00:19:04et d'oralité.
00:19:06Le danger
00:19:06d'être catégorisé,
00:19:08d'être étiqueté,
00:19:09il existe,
00:19:10mais je pense
00:19:11que notre rôle
00:19:11en tant qu'auteur,
00:19:12en tant qu'autrice,
00:19:13c'est justement
00:19:14d'incarner
00:19:14des voix différentes,
00:19:15des voix singulières,
00:19:16de raconter
00:19:17des histoires
00:19:18qu'on maîtrise
00:19:18avec des codes
00:19:19et des langues
00:19:20qu'on maîtrise
00:19:20et de leur donner
00:19:22accès à ce statut
00:19:23d'écrivain,
00:19:24d'écrivaine.
00:19:25Moi,
00:19:26le mot écrivain,
00:19:27j'ai grandi
00:19:28avec ce mot-là
00:19:29en me disant
00:19:29« C'est super impressionnant,
00:19:30c'est inaccessible.
00:19:32Comment se sentir légitime
00:19:33quand on vient
00:19:33du format court
00:19:34ou du rap
00:19:35ou de la chanson
00:19:36ou d'une oralité
00:19:37plus épurée ? »
00:19:41Donc,
00:19:41il faut lutter
00:19:41contre tout ça,
00:19:42mais moi,
00:19:42je ne pense pas du tout
00:19:43quand j'écris,
00:19:44j'essaie de penser
00:19:45plutôt aux histoires
00:19:45que je raconte,
00:19:46aux personnages
00:19:47que je veux incarner,
00:19:49aux histoires
00:19:50que je veux traverser
00:19:51ou faire traverser,
00:19:52ce qu'on fantasme,
00:19:53ce qu'on n'a pas vécu,
00:19:54ce qui a été vécu
00:19:55par d'autres.
00:19:56Pour moi,
00:19:56c'est ça,
00:19:56l'écriture
00:19:57et la littérature.
00:19:58Mais est-ce que vous attendez
00:19:59un retour du monde littéraire
00:20:00en face ?
00:20:01Est-ce que, justement,
00:20:01vous tenez à ce qu'on
00:20:03vous positionne
00:20:03d'un côté,
00:20:04d'un autre ?
00:20:05Non,
00:20:05moi,
00:20:05déjà,
00:20:06je n'ai jamais imaginé
00:20:08un jour
00:20:09que je serais édité.
00:20:11Mais pourtant,
00:20:11c'est ce qui se passe.
00:20:12Je n'ai jamais imaginé
00:20:13de retrouver mon propre livre
00:20:15que moi,
00:20:16j'ai écrit dans des boutiques,
00:20:17dans des librairies,
00:20:18ou d'aller à la rencontre
00:20:19d'un public,
00:20:20ou de rencontrer
00:20:21d'autres auteurs,
00:20:22ou d'être dans un prix
00:20:24de littérature.
00:20:25Je pense que,
00:20:26quand on écrit,
00:20:26on écrit sur une intentionnation,
00:20:28un instant,
00:20:29on est très concentré
00:20:30sur soi-même.
00:20:31C'est un peu nombriliste,
00:20:32l'écriture.
00:20:33Et toutes ces questions
00:20:34doivent nous traverser
00:20:35inconsciemment.
00:20:36Mais moi,
00:20:36la question de ma géographie,
00:20:38de mon territoire,
00:20:39ça enlace les branches
00:20:40de mon ADN depuis toujours.
00:20:42Donc, en fait,
00:20:42ce truc-là,
00:20:42je n'y pense pas du tout.
00:20:44Je vais plutôt penser
00:20:45à quelle langue
00:20:46je vais utiliser,
00:20:47comment je vais raconter
00:20:47mon histoire,
00:20:48comment je vais essayer
00:20:49de la partager
00:20:49avec quelqu'un d'autre.
00:20:52Et justement,
00:20:52vous avez choisi
00:20:53d'en faire un fessier
00:20:54à des littératures urbaines.
00:20:56Est-ce que cette crainte-là
00:20:57d'enfermer, finalement ?
00:20:59Est-ce qu'on n'y participe
00:20:59pas avec un événement
00:21:00comme ça ?
00:21:01Ou est-ce que vous le pensez
00:21:01complètement autrement ?
00:21:03Je suis un peu revenu
00:21:04dessus tout à l'heure.
00:21:05Nous, c'est vrai que
00:21:05la manière dont on le pense
00:21:06s'inscrit dans une tradition
00:21:07littéraire française
00:21:08qui remonte à Zola.
00:21:09Donc, c'est déjà
00:21:10un élément qui,
00:21:11quand j'en parle effectivement
00:21:12à des gens qui sont
00:21:13du monde de littérature,
00:21:14ont un peu une espèce
00:21:14de surprise
00:21:15parce que, oui,
00:21:16effectivement,
00:21:17on se revendique
00:21:17héritier de Zola.
00:21:18Et on revendique
00:21:19le fait que ce soit
00:21:20un espace littéraire
00:21:21que lui a créé
00:21:22à cette époque-là
00:21:22et qui, aujourd'hui,
00:21:23est ouvert à tous.
00:21:24Donc, pour nous,
00:21:25c'était important
00:21:25de définir les littératures
00:21:27urbaines comme les littératures
00:21:28qui parlent de la ville
00:21:29et de ceux qui y vivent.
00:21:30Derrière, le label,
00:21:31on sait très bien
00:21:31que le label de littérature
00:21:32urbaine, c'est celui
00:21:34des musiques urbaines
00:21:34que je trouve d'ailleurs
00:21:35complètement ridicule.
00:21:36Je crois que c'était
00:21:36le comte de Bouddherbala
00:21:37qui disait, mais Benjamin Biola,
00:21:38il fait quoi ?
00:21:38De la musique dans les champs ?
00:21:40En fait, les musiques urbaines
00:21:41sont beaucoup plus larges aussi
00:21:43que les littératures urbaines.
00:21:44Donc, nous, on prend le label
00:21:45parce qu'on sait
00:21:46que le label intéresse
00:21:47et que, justement,
00:21:48il va apporter quelque chose
00:21:49et on s'en sert
00:21:50pour déstigmatiser
00:21:51en disant qu'une fois
00:21:52qu'on arrive ici,
00:21:53une fois qu'on arrive
00:21:53dans ce festival,
00:21:54le retour qu'on nous a
00:21:55beaucoup plus fait
00:21:56sur le festival,
00:21:57c'est que c'est
00:21:57un endroit d'expression.
00:21:58Et pour nous,
00:21:58c'est quelque chose
00:21:59qui est très important
00:22:00et quand je vous écoute
00:22:00Rouda Nassera,
00:22:01c'est quelque chose
00:22:02qui me touche beaucoup
00:22:03parce que ce qu'on veut,
00:22:04c'est effectivement montrer
00:22:06que quand on prend
00:22:06des auteurs, des autrices
00:22:07originaires de quartiers populaires
00:22:08ou pas d'ailleurs
00:22:09et qu'on leur fait parler
00:22:10de sujets qui sont
00:22:11en fait des sujets sociaux,
00:22:12des sujets politiques,
00:22:12des sujets économiques,
00:22:13des sujets de la vie
00:22:13de tous les jours,
00:22:14ce sont des gens
00:22:15qui sont impertinents
00:22:16et en plus qui ont
00:22:17une vision des choses
00:22:17qui est assez différente
00:22:18de ce qu'on va retrouver ailleurs.
00:22:19Donc pour nous,
00:22:19cet espace d'expression,
00:22:20il est nécessaire déjà
00:22:21pour mettre en valeur
00:22:22des voix qu'on n'a pas
00:22:23l'habitude d'entendre,
00:22:24pour changer les récits
00:22:25et les narratifs
00:22:26dominants aujourd'hui,
00:22:27mais aussi parce que
00:22:28toutes les personnes
00:22:28qui viennent à ce festival
00:22:30et pour nous,
00:22:30ça nous remplit de joie,
00:22:31ce sont des gens
00:22:31qui à un moment donné
00:22:32vont écrire,
00:22:33vont parler
00:22:33et vont justement
00:22:34faire partie de la société.
00:22:35La deuxième édition
00:22:36était sous le signe
00:22:37du vivre ensemble,
00:22:39cette édition est sous le signe
00:22:40des résistances culturelles
00:22:41et littéraires,
00:22:42mais on s'adapte en fait
00:22:42à chaque fois
00:22:43au contexte politique,
00:22:44au contexte social
00:22:45et à ce qui traverse
00:22:46la France et les Français.
00:22:47Et pour nous,
00:22:47c'est quelque chose
00:22:47de très important
00:22:48de renouer la culture
00:22:50avec quelque chose d'intime
00:22:51et de renouer aussi
00:22:52avec le politique,
00:22:53mais au sens du politique
00:22:54intime qui est
00:22:55le pouvoir du peuple,
00:22:56pas au sens du politique
00:22:57qu'on peut le voir aujourd'hui
00:22:58qui est d'une certaine classe
00:22:59qui s'éloigne justement
00:23:00des préoccupations.
00:23:01On pense que la culture
00:23:02est un excellent moyen
00:23:03pour y parvenir
00:23:03et que la littérature
00:23:04justement est là,
00:23:05notamment au-delà
00:23:06de l'acte d'écrire,
00:23:07je suis d'accord,
00:23:07c'est un acte très nombriliste
00:23:08et de ce qu'elle porte,
00:23:10il y a aussi une charge
00:23:11symbolique très forte
00:23:11sur le milieu littéraire,
00:23:12tu le rappelais,
00:23:13Mufatou,
00:23:13qui est historique en France.
00:23:15Et donc le fait
00:23:16de choisir de s'attaquer
00:23:17justement à la littérature,
00:23:18au livre,
00:23:19à l'objet livre tout à fait,
00:23:20c'est aussi très important
00:23:21parce que ça montre
00:23:22qu'on est dans des espaces
00:23:23où on n'est pas attendu.
00:23:24Le fait d'être aussi
00:23:25dans ce lieu,
00:23:25on est aujourd'hui
00:23:26à la gaieté lyrique,
00:23:26on est au centre de Paris.
00:23:28Nous, on a eu des gens
00:23:28qui nous ont dit
00:23:29en fait, votre événement
00:23:30il marcherait bien
00:23:30mais médiathèque
00:23:31dans le 19e
00:23:32ou alors si c'était
00:23:33en Seine-Saint-Denis.
00:23:35Mais pourquoi ?
00:23:36Est-ce que nous,
00:23:36on n'a pas le droit
00:23:36d'être au centre de Paris ?
00:23:37Est-ce que nous,
00:23:37on n'a pas le droit
00:23:38d'être dans les lieux prestigieux ?
00:23:39Non, en fait,
00:23:39on considère que la place
00:23:40que l'on a
00:23:41et la place que ces auteurs
00:23:42et autrices représentent
00:23:44pour la littérature française,
00:23:45elle n'est pas à démontrer
00:23:46et qu'ils ont tout à fait
00:23:55de tension aujourd'hui.
00:23:57La littérature fleurit
00:23:58dans un contexte
00:23:58de bataille culturelle
00:23:59donc forte.
00:24:00Il y a cinq et sept
00:24:00d'extrême droite
00:24:01qui sont en tête
00:24:02de la vente des livres
00:24:03en France aujourd'hui.
00:24:04On ne va pas les citer.
00:24:05Ils ont assez de publicité
00:24:06comme ça.
00:24:07Le secteur de l'édition
00:24:09est de plus en plus concentré.
00:24:10Est-ce que ça,
00:24:11vous l'avez senti,
00:24:12vous l'avez vécu
00:24:13en tant qu'auteur ?
00:24:14J'y ai pensé,
00:24:16c'est-à-dire que
00:24:17ça a pris du temps
00:24:18pour moi
00:24:18d'imaginer être publié.
00:24:21Ça a longtemps été
00:24:22complètement inaccessible
00:24:23et puis à partir du moment
00:24:24où je commençais
00:24:25à avoir un texte
00:24:26que je voulais partager,
00:24:28j'ai commencé
00:24:28à y réfléchir sérieusement
00:24:29et à essayer de comprendre
00:24:31comment a été structuré
00:24:33le monde éditorial.
00:24:34Et effectivement,
00:24:35on comprend très vite
00:24:36que se jouent
00:24:38des enjeux politiques majeurs
00:24:40et il était pour moi
00:24:41très important
00:24:42de ne pas être naïve
00:24:46ou dupe
00:24:46de ce qui s'y jouait.
00:24:48Et je souhaitais
00:24:50une maison indépendante.
00:24:52Et c'est vrai que
00:24:54c'est assez délicat
00:24:56parce que je ne sais pas
00:24:58si tous les auteurs
00:24:59et toutes les autrices
00:24:59ont la même possibilité
00:25:02de choix,
00:25:03la même faculté
00:25:05de se dire
00:25:05« tiens,
00:25:06moi je vais plutôt aller
00:25:07dans une petite maison
00:25:08d'édition »
00:25:09alors qu'il manque
00:25:09déjà de visibilité
00:25:10pour certains
00:25:11et certains textes.
00:25:14Donc,
00:25:15je peux aussi comprendre
00:25:15qu'on souhaite être
00:25:16dans une très grande
00:25:17maison d'édition.
00:25:18Enfin,
00:25:18voilà,
00:25:19c'est...
00:25:20Je n'ai pas de...
00:25:23Je sens qu'il y a
00:25:24un danger palpable,
00:25:28mais je n'ai pas forcément
00:25:28davantage d'outils
00:25:30face à ça.
00:25:31Ce qui n'empêche,
00:25:32il y a quand même
00:25:324000 éditeurs indépendants
00:25:33en France aujourd'hui.
00:25:35Donc,
00:25:35il y a une certaine vitalité,
00:25:37même si on sait très bien
00:25:38que financièrement,
00:25:39ce n'est pas le même point.
00:25:40Quelle sort vous avez été
00:25:41réservée en tant que
00:25:41jeune auteur par les éditeurs ?
00:25:43Ah, par les éditeurs ?
00:25:44C'était difficile de convaincre ?
00:25:45Ça se fait facilement ?
00:25:46Alors,
00:25:46moi,
00:25:47je rejoins Nassera.
00:25:48Moi,
00:25:48j'avais déjà ciblé,
00:25:49moi,
00:25:50les éditeurs.
00:25:50D'accord.
00:25:50Vous choisissez vos éditeurs,
00:25:51en fait ?
00:25:52Enfin,
00:25:52choisir...
00:25:52Non,
00:25:53on n'a pas ce luxe.
00:25:54Mais en tout cas,
00:25:55moi,
00:25:55je me suis imposé
00:25:56d'identifier des éditeurs
00:25:58d'abord qui me parlaient,
00:25:58dont le catalogue me parlait,
00:26:01et si possible,
00:26:02qu'ils soient indépendants.
00:26:04Et avec ce critère aussi,
00:26:05qu'ils incarnent
00:26:06une forme de résistance
00:26:07par rapport à monopole
00:26:09ou un pouvoir ultra installé
00:26:11de ces gens
00:26:12que nous ne citerons pas.
00:26:13Et moi,
00:26:14je suis chez Liana Lévy.
00:26:15J'adore la cité
00:26:16et qu'elle porte aussi
00:26:18des voix singulières.
00:26:19Et ça fait clairement
00:26:21partie de mes choix.
00:26:22Après,
00:26:22c'est toujours un coup de chance
00:26:24d'alignement de planètes.
00:26:26je l'ai envoyé
00:26:28à quatre maisons indépendantes.
00:26:31Il n'y en a que deux
00:26:31qui m'ont répondu.
00:26:32Donc,
00:26:32je me considère déjà
00:26:34extrêmement chanceux.
00:26:35Et en plus,
00:26:36sur les deux,
00:26:36il y en a une
00:26:36qui a accepté
00:26:37de tenter cette aventure
00:26:38avec moi.
00:26:39Donc,
00:26:39je me sens très privilégié.
00:26:41Mais mon choix,
00:26:42il s'est bien sûr porté
00:26:43sur une indépendance,
00:26:45un petit catalogue.
00:26:47Et puis aussi,
00:26:48de savoir qu'on travaille
00:26:49avec des gens
00:26:50qu'on apprécie,
00:26:52dont on connaît
00:26:52la ligne politique.
00:26:54C'est fondamental.
00:26:55Je pense que
00:26:55quand on commence
00:26:56en littérature.
00:26:58Est-ce qu'il n'y a pas
00:26:58un risque à ce moment-là ?
00:26:59Peut-être que vous avez
00:27:00une vue un peu large
00:27:00maintenant du monde
00:27:01de l'édition,
00:27:02de polarisation.
00:27:03Ce n'est pas forcément
00:27:04non plus ce qu'on cherche
00:27:04dans le monde de l'édition
00:27:05qu'il y a une polarisation
00:27:06telle qu'une maison d'édition
00:27:08soit vraiment estampillée
00:27:10à gauche,
00:27:10à droite,
00:27:10etc.
00:27:11En fait,
00:27:11il faut comprendre
00:27:12la logique derrière.
00:27:14Et la logique derrière,
00:27:14elle est économique avant tout.
00:27:16Et c'est quelque chose
00:27:16qu'on oublie aussi souvent.
00:27:17Et je pense que ton éclairage
00:27:18est très important aussi,
00:27:19même Fatou,
00:27:20parce que tu as
00:27:20la vision américaine
00:27:21qui est beaucoup plus...
00:27:22Il se markete, quoi.
00:27:23C'est un marché
00:27:24et du coup,
00:27:24on la voit comme marché.
00:27:25En France,
00:27:25c'est un marché
00:27:26qu'on aimerait définir
00:27:28comme libre,
00:27:29qui s'autorégule,
00:27:31mais ce n'est pas vrai.
00:27:32En France,
00:27:33on voit très bien
00:27:33que les grosses maisons
00:27:34d'édition,
00:27:34elles ont une charge symbolique
00:27:35qui est décorrélée
00:27:36de leur poids économique réel.
00:27:38Et la problématique,
00:27:39elle est là, en fait.
00:27:40C'est l'une des questions
00:27:41qu'on s'est posées,
00:27:42nous aussi,
00:27:42en se disant,
00:27:42est-ce que cette année,
00:27:43dans le cadre du prix,
00:27:44est-ce qu'il faut boycotter
00:27:45justement les livres
00:27:46qui proviennent
00:27:47de ces maisons d'édition
00:27:48qui appartiennent
00:27:48à cette concentration ?
00:27:49Et c'est effectivement
00:27:50ce que tu as rappelé Nasserra
00:27:51en se disant,
00:27:51on ne peut pas faire ça.
00:27:52Ce n'est pas légitime
00:27:53pour les autrices
00:27:53et les auteurs
00:27:54qui n'ont pas forcément
00:27:55le choix et le luxe
00:27:56de pouvoir choisir
00:27:57leur maison d'édition.
00:27:58Donc, l'idée,
00:27:59c'est de se dire
00:27:59où est-ce qu'on va
00:28:00et qu'est-ce qu'on vise.
00:28:01À partir du moment
00:28:02où on sait qu'il y a
00:28:03une décorrélation
00:28:03entre pouvoir symbolique
00:28:04et pouvoir économique,
00:28:05on se dit que peut-être
00:28:06l'un est plus accessible
00:28:07que l'autre.
00:28:08Le pouvoir économique
00:28:08d'une grande maison,
00:28:09nous, on ne l'aura jamais,
00:28:10c'est très bien.
00:28:10Le pouvoir symbolique,
00:28:11en fait, on va réussir
00:28:12à le créer
00:28:13et c'est ça qui est important.
00:28:14C'est dans ces interstices,
00:28:15dans ces entre-espaces-là
00:28:16où on a du mal
00:28:17à être défini,
00:28:18en fait, on crée
00:28:18un nouvel espace.
00:28:19Et ce nouvel espace,
00:28:20petit à petit,
00:28:21il va se structurer
00:28:22mais il faut toujours
00:28:22avoir en tête
00:28:23que la réflexion,
00:28:23elle n'est pas uniquement symbolique,
00:28:25elle doit aussi être économique.
00:28:26Dans l'existence du festival,
00:28:27il y a aussi la volonté
00:28:28justement de monter
00:28:29et de montrer
00:28:30de nouveaux publics
00:28:31et de raccrocher
00:28:31des personnes à la lecture.
00:28:32C'est l'un des enjeux
00:28:33des littératures urbaines
00:28:34et on s'en rend compte,
00:28:35notamment avec le livre
00:28:35de Zacharia,
00:28:37Quartier de combat,
00:28:38qui est sorti en 2021.
00:28:39En fait, on s'en rendit compte
00:28:40en mettant ce livre
00:28:41dans la main de jeunes
00:28:42du quartier
00:28:43qui, en fait,
00:28:43l'ont dévoré,
00:28:44parfois en très peu de temps.
00:28:46Parfois, ça a été
00:28:46l'un des premiers livres
00:28:47qu'ils ont lu
00:28:47parce que c'est un récit
00:28:48qui leur parle,
00:28:49c'est un quartier
00:28:50qui leur parle
00:28:50et c'est quelque chose
00:28:51dans lequel ils arrivent
00:28:52à s'inscrire.
00:28:53Donc, on se rejoint aussi
00:29:00par rapport à ça,
00:29:01Madame Fatounyang,
00:29:02est-ce que vous,
00:29:03vous êtes chercheuse aussi,
00:29:05est-ce que c'est documenté
00:29:06ces rapports de domination
00:29:08dans le monde
00:29:09littéraire français ?
00:29:11Alors, moi,
00:29:12ce que j'ai trouvé
00:29:12très intéressant
00:29:13en t'écoutant,
00:29:14c'est de t'entendre dire
00:29:15que pour toi,
00:29:16la littérature,
00:29:17c'est nouveau
00:29:17alors qu'on en parlait
00:29:18juste avant le début
00:29:19de l'émission.
00:29:19Ça fait 20 ans
00:29:20que je t'écoute,
00:29:21que je te lis.
00:29:22Et je trouve qu'il y a aussi,
00:29:23c'est assez intéressant
00:29:24lorsqu'on parle
00:29:25de ces questions
00:29:26de nomenclature,
00:29:27la manière dont on peut être
00:29:28enfermée
00:29:31dans les représentations.
00:29:33Moi,
00:29:33en début de cours,
00:29:35je demande souvent
00:29:36à mes étudiants
00:29:37de googler
00:29:37« What is a writer ? »
00:29:39Qu'est-ce qu'un écrivain ?
00:29:40Et en fait,
00:29:41il faut aller
00:29:42à la neuvième
00:29:42ou dixième page
00:29:43de Google
00:29:44pour trouver quelqu'un
00:29:44qui n'est pas blanc
00:29:45ou trouver une femme
00:29:46ou trouver une femme voilée.
00:29:48Elle sera,
00:29:49l'année dernière,
00:29:49la femme voilée,
00:29:50elle était à la page 23.
00:29:52Donc, un écrivain,
00:29:53la notion de celui
00:29:54qui peut porter la littérature
00:29:55dans tous ses canaux,
00:29:56que ce soit de l'édition
00:29:58à la publication,
00:29:59à la diffusion,
00:30:01au prix,
00:30:02à celui qui donne le prix,
00:30:03à celui qui reçoit le prix,
00:30:04on est dans quelque chose
00:30:05qui est quand même
00:30:05très genré, masculin
00:30:07et très, très blanc.
00:30:08Donc, c'est vrai
00:30:08qu'à partir de là,
00:30:09pour se représenter
00:30:10comme étant dans
00:30:11l'une de ces boîtes-là
00:30:13qui forment la littérature,
00:30:15et c'est pour ça,
00:30:15je trouve que quelque chose
00:30:16comme ce festival,
00:30:18le prix,
00:30:19nous permet aussi
00:30:20de démocratiser
00:30:20notre propre vision
00:30:22de ce qu'est la littérature,
00:30:23quels sont les corps,
00:30:24les voix,
00:30:24les textes
00:30:24qui la portent.
00:30:25Par rapport à ce que tu disais
00:30:26aussi en réponse
00:30:27à ta question,
00:30:28moi, j'habite depuis 20 ans
00:30:29aux Etats-Unis,
00:30:30je suis professeure
00:30:30des universités,
00:30:31j'enseigne,
00:30:32et en fait,
00:30:33dans le premier livre
00:30:34que j'écris
00:30:35qui sort de ma thèse,
00:30:36je parle de ma rencontre
00:30:37avec Tassali Timah.
00:30:38Je pars aux Etats-Unis
00:30:39pour un programme d'échange,
00:30:41je suis étudiante
00:30:42en architecture,
00:30:43et je finis par rester
00:30:44aux Etats-Unis
00:30:45parce que j'arrive
00:30:46et je rencontre.
00:30:48Il fallait faire
00:30:48un travail
00:30:50sur la littérature,
00:30:52les écrits urbains,
00:30:53et j'ai une collègue
00:30:56de classe
00:30:56qui est restée
00:30:57une très bonne amie,
00:30:58c'est la marraine
00:30:59de mes enfants,
00:30:59Cheryl,
00:31:00qui venait de l'État
00:31:01de Georgie,
00:31:02qui me dit
00:31:02« Mais tu connais
00:31:03Tassali Timah,
00:31:04elle est incroyable,
00:31:05elle dépote ? »
00:31:06Je lui dis
00:31:06« Tassali qui ? »
00:31:07Et donc,
00:31:08elle me dit
00:31:08« Tassali Timah,
00:31:09mais c'est pas possible,
00:31:09tu ne la connais pas ? »
00:31:10Donc,
00:31:10je découvre Tassali Timah
00:31:12par une fille
00:31:15qui vient du fonfon
00:31:16de la Georgie
00:31:16qui ne connaissait pas
00:31:17Baldwin,
00:31:18dont moi,
00:31:18j'avais été
00:31:19abreuvée
00:31:20par l'école française.
00:31:22Donc,
00:31:22c'est aux États-Unis
00:31:23que je découvre
00:31:23pour la première fois
00:31:24Aimé Césaire,
00:31:25que je lis
00:31:26pour la première fois
00:31:27Asia Jébar,
00:31:27que je lis
00:31:28pour la première fois
00:31:29Fanon,
00:31:30que je lis
00:31:30pour la première fois
00:31:31Marie Scondé.
00:31:32Et si je vous donne
00:31:33ces noms-là,
00:31:34que je découvre
00:31:34les écrits de Faisaghen,
00:31:36qui vient de commencer
00:31:37à écrire,
00:31:37et si je vous parle
00:31:38de tous ces noms-là,
00:31:39c'est qu'aujourd'hui,
00:31:40vous prenez une heure,
00:31:41et c'est une question
00:31:42que c'est un exercice
00:31:44auquel j'invite
00:31:44les personnes
00:31:46qui nous écoutent,
00:31:47vous prenez une heure
00:31:48et vous regardez
00:31:49les programmes
00:31:50de français à Harvard,
00:31:52à Yale,
00:31:53à l'Université de New York,
00:31:54à Columbia,
00:31:54là je vous parle
00:31:55vraiment des très
00:31:56grandes universités,
00:31:57ou alors à l'Université
00:31:58d'État du Texas,
00:31:59à l'Université d'État
00:32:01de Washington,
00:32:02ou alors dans
00:32:03un community college,
00:32:04vous regardez
00:32:04leur programme de cours,
00:32:06la littérature,
00:32:07les cours qui sont donnés,
00:32:09alors on est dans
00:32:10un programme capitaliste
00:32:11où un cours est donné
00:32:11parce que les étudiants
00:32:12s'inscrivent
00:32:14et chaque étudiant
00:32:14qui s'inscrit
00:32:15paye directement,
00:32:16il y a de l'argent
00:32:16qui vient directement
00:32:17au département.
00:32:19Donc aux États-Unis,
00:32:19on est dans un système
00:32:20qui sanctionne
00:32:21un cours
00:32:22qui fonctionne
00:32:23d'un semestre
00:32:24à l'autre.
00:32:25On ne peut pas
00:32:25laisser un cours
00:32:26être donné
00:32:27pendant des années
00:32:28s'il n'y a pas
00:32:29d'étudiants.
00:32:29Et aujourd'hui,
00:32:30lorsqu'on regarde
00:32:31le catalogue
00:32:31des cours de français,
00:32:33l'écrivaine
00:32:34la plus étudiée,
00:32:35c'est Marie Scandé.
00:32:36Lorsqu'on regarde
00:32:37les catalogues
00:32:38de français,
00:32:38donc aujourd'hui,
00:32:39et tu en as parlé
00:32:41en citant Orvas,
00:32:43parce que
00:32:43ce sont des chercheurs
00:32:44américains
00:32:45ou des chercheurs
00:32:46comme moi,
00:32:47français,
00:32:47qui ne trouvant pas
00:32:48leur place en France,
00:32:49sont partis
00:32:49à la fin des années 90,
00:32:52au milieu des années 2000,
00:32:54aux États-Unis.
00:32:55Il y a une vitalité
00:32:56absolument extraordinaire
00:32:57de cette littérature-là
00:32:59qui est étudiée,
00:33:00Faisagaine,
00:33:01et la neuvième
00:33:02écrivaine française,
00:33:03la plus étudiée
00:33:04aux États-Unis.
00:33:05Et donc,
00:33:05il y a une visibilité,
00:33:06une vitalité
00:33:07de ces écritures-là
00:33:08dans le milieu
00:33:10universitaire,
00:33:11dans la recherche
00:33:11universitaire,
00:33:12dans les festivals.
00:33:13et là,
00:33:14je vous parle
00:33:14des États-Unis,
00:33:15mais je suis aussi
00:33:15responsable
00:33:16d'un festival
00:33:17de littérature
00:33:18au Brésil
00:33:19qui,
00:33:20chaque année,
00:33:20au mois de novembre,
00:33:21réunit à peu près
00:33:2260 000 personnes,
00:33:25300 écrivains à peu près.
00:33:26La vitalité
00:33:27de la littérature
00:33:28aujourd'hui,
00:33:29française,
00:33:29pas en français,
00:33:30française,
00:33:31est portée par des voix
00:33:32d'outre-mer,
00:33:33des voix,
00:33:34des quartiers,
00:33:34des voix urbaines
00:33:35qui montrent
00:33:36qu'il y a quelque chose.
00:33:37Et je ne parle pas,
00:33:38je vais m'arrêter là,
00:33:39je ne pense pas
00:33:40qu'il s'agisse
00:33:41d'une dichotomie
00:33:42ou d'une division
00:33:43de la littérature française.
00:33:45Comme nos homologues
00:33:46brésiliens nous l'ont dit
00:33:47il y a quelques semaines
00:33:48au Brésil,
00:33:49on se rend compte
00:33:50que oui,
00:33:50en fait,
00:33:51la littérature française,
00:33:52c'est Hugo,
00:33:53c'est Beckett,
00:33:54mais aussi c'est Rouda,
00:33:55c'est Faïsa.
00:33:56Et donc,
00:33:57cette ouverture-là,
00:33:59pour moi,
00:33:59elle est vitale,
00:34:00elle participe
00:34:01d'une diplomatie culturelle
00:34:03que la France
00:34:03a toujours su bien porter,
00:34:05elle participe
00:34:06de l'émergence
00:34:07de programmes
00:34:07comme la Villa Albertine
00:34:08aux États-Unis
00:34:09où les gens
00:34:10se sont rendus compte
00:34:11que la France
00:34:11ce n'était pas seulement
00:34:12Chanel,
00:34:13le fromage,
00:34:13le vin,
00:34:14mais c'était aussi
00:34:15toute cette vitalité-là
00:34:16qui fait ce que la France
00:34:17est vraiment aujourd'hui.
00:34:19C'est à ta mère
00:34:20le fait de devoir,
00:34:20comme explique Mam Fatou,
00:34:22de devoir partir à l'étranger
00:34:23pour se rendre compte
00:34:24qu'effectivement
00:34:24on a des auteurs ici
00:34:26qui sont plus valorisés
00:34:28de là-bas.
00:34:29Est-ce que ça fait
00:34:30qu'on peut souffrir
00:34:31d'un manque de modèles
00:34:31quand on commence
00:34:32à écrire en France ?
00:34:33Oui,
00:34:35c'est ce que j'ai indiqué,
00:34:35c'est-à-dire que
00:34:36je m'intéressais
00:34:37à la matière littéraire
00:34:39depuis très longtemps
00:34:40et j'ai quand même constaté
00:34:44que je ne connaissais pas
00:34:45plein d'auteurs,
00:34:47d'autrices
00:34:48d'origine maghrébine,
00:34:50d'origine africaine,
00:34:51d'origine populaire.
00:34:53Il a fallu que je fasse
00:34:53la démarche active
00:34:55pour découvrir
00:34:56Tassadit Imach
00:34:58et d'autres,
00:34:58Mehdi Charef,
00:34:59etc.
00:35:01Ces noms-là
00:35:01n'étaient pas
00:35:02dans les programmes
00:35:03de littérature,
00:35:04etc.
00:35:05Et donc,
00:35:06ça a été important
00:35:07pour moi
00:35:08de réaliser ça
00:35:10et de réaliser aussi
00:35:11que c'était
00:35:13aux États-Unis
00:35:14qu'on avait
00:35:15une meilleure reconnaissance
00:35:17de cette littérature-là.
00:35:20La conclusion
00:35:20à laquelle j'ai abouti,
00:35:22c'était de me dire
00:35:23« Peu importe,
00:35:24je vais écrire
00:35:24ce que moi,
00:35:25je souhaite écrire.
00:35:26Je ne vais pas
00:35:27écrire en fonction
00:35:28d'une éventuelle réception
00:35:30par telle ou telle. »
00:35:32Voilà,
00:35:32d'être la plus authentique
00:35:35dans mon geste d'écriture.
00:35:37On va rentrer un peu
00:35:37dans le détail
00:35:38de vos deux autofictions.
00:35:40Donc, Rouda,
00:35:41votre récit
00:35:41est à cheval
00:35:42entre deux mondes.
00:35:43Celui des quartiers,
00:35:44un lieu refuge
00:35:44que vous chargez de poésie
00:35:46et celui des groupuscules
00:35:47de l'ultra-droite,
00:35:48un peu moins poétiques.
00:35:50Les Jardins perdus,
00:35:50c'est l'histoire
00:35:51d'une famille abîmée
00:35:52par les échecs
00:35:52et les renoncements
00:35:53et c'est d'abord
00:35:53l'histoire d'une transmission,
00:35:55celle du racisme ordinaire
00:35:57qui devient le terreau
00:35:59de violences extrêmes.
00:36:00Pourquoi avoir choisi
00:36:01de raconter l'histoire
00:36:02de cette famille des chevaliers
00:36:04dans le contexte actuel ?
00:36:06Cette famille chevalier,
00:36:07pas des chevaliers.
00:36:08Oui, bien sûr.
00:36:09Déjà, je peux rebondir
00:36:11un peu sur ce que disait Nasserra ?
00:36:12Oui, bien sûr.
00:36:13Je trouve aussi
00:36:14qu'il faut qu'on rende hommage
00:36:15à nos grands-fers
00:36:17et grandes-sœurs
00:36:18qui ont défriché
00:36:18le terrain pour nous.
00:36:19Donc, il y a effectivement
00:36:20Faisaghen,
00:36:21mais je pense à Tomteriam,
00:36:23en attendant que le bus
00:36:24s'explose,
00:36:24à Insassané
00:36:25avec Sarcel Dakar,
00:36:26qui ont déjà
00:36:27pas ouvert les portes en grand,
00:36:30mais qui nous ont permis,
00:36:31à nous, je pense,
00:36:32dans une autre génération,
00:36:33d'arriver avec un peu plus
00:36:35de curiosité, je pense,
00:36:36du milieu de l'édition.
00:36:38Les portes n'étaient pas
00:36:38grandes ouvertes,
00:36:39il fallait les pousser
00:36:40un petit peu quand même.
00:36:41Mais voilà,
00:36:41je voulais juste faire
00:36:43cette petite dédicace.
00:36:44Et après,
00:36:44pour revenir sur cette histoire,
00:36:46oui, moi,
00:36:47je me suis intéressé vraiment
00:36:48au basculement,
00:36:50comment on en arrive
00:36:52à se radicaliser,
00:36:53et spécialement
00:36:55sur cette thématique
00:36:56de l'ultra-droite,
00:36:58donc une action radicale,
00:36:59violente,
00:36:59en dehors des institutions.
00:37:01Et j'ai eu l'intuition
00:37:02que beaucoup de choses
00:37:03devaient se jouer
00:37:03dans l'intimité d'une famille.
00:37:05Donc, moi,
00:37:06le quartier des Jardins Perdus,
00:37:07je ne suis pas allé
00:37:08le chercher très loin.
00:37:09Il se trouve que le square
00:37:10de mon adolescence
00:37:11s'appelait
00:37:12les Jardins Perdus
00:37:12et qu'en allant y jouer
00:37:15au basket ou au foot,
00:37:16on n'a jamais eu
00:37:17une seule seconde idée
00:37:19de la portée poétique
00:37:20d'un tel nom.
00:37:21mais donc,
00:37:22il était vraiment
00:37:22sous mes yeux.
00:37:24Et je me suis dit
00:37:25que j'allais zoomer
00:37:26sur ce quartier,
00:37:27zoomer sur l'appartement
00:37:29d'une famille,
00:37:29m'installer avec cette famille
00:37:31et puis les voir évoluer
00:37:32dans le temps
00:37:33et voir
00:37:34qu'est-ce qui les a déchirés,
00:37:36quels ont été
00:37:37les silences,
00:37:38les secrets,
00:37:39les non-dits
00:37:40et donner à entendre
00:37:43peut-être
00:37:43par petites touches,
00:37:45pas des explications,
00:37:47mais des entrées
00:37:48pour essayer de capter
00:37:50comment un jeune
00:37:50de 21-22 ans
00:37:52aujourd'hui en France
00:37:53pourrait adhérer
00:37:55à ces thèses de l'ultra-droite,
00:37:56donc des thèses radicales,
00:37:57violentes,
00:37:58qui visent à renverser
00:37:59les institutions
00:38:01et à favoriser
00:38:03l'avènement
00:38:03d'un État blanc.
00:38:06Donc,
00:38:06ce danger-là
00:38:07est très palpable,
00:38:08on en a parlé
00:38:08très rapidement
00:38:09tout à l'heure,
00:38:10sur le top vente
00:38:11actuel
00:38:12des livres
00:38:14en France.
00:38:14et je trouve
00:38:16que le discours
00:38:17nauséabond
00:38:18de l'ultra-droite,
00:38:19il a pénétré
00:38:19un petit peu
00:38:20non seulement
00:38:21les institutions,
00:38:21mais aussi nos manières
00:38:22d'être tous ensemble
00:38:23et il y avait un sujet
00:38:24à défendre,
00:38:26un sujet
00:38:27dont il fallait absolument
00:38:27que je m'en parle
00:38:28et de raconter une histoire
00:38:30doit être d'élitement,
00:38:31j'étais très long,
00:38:32mais de comment une famille
00:38:33peut faire,
00:38:35malgré elle,
00:38:37surgir
00:38:37cette forme
00:38:38de radicalisation.
00:38:38Parce que ça part
00:38:39de petites phrases
00:38:40du père
00:38:41sans rentrer
00:38:42dans les détails
00:38:43et puis on sent
00:38:44que c'est là
00:38:44que se loge
00:38:45peut-être
00:38:46cette autorisation
00:38:47que se donnera
00:38:49le fils plus tard
00:38:50de rejoindre
00:38:51des milieux radicaux.
00:38:53Moi,
00:38:53c'est comme ça
00:38:53que je l'ai compris.
00:38:55Merci beaucoup,
00:38:55c'est comme ça
00:38:56que je l'avais imaginé.
00:38:57Pour moi,
00:38:59le racisme,
00:39:00la peur de l'autre
00:39:01sont toujours
00:39:01l'entrée principale
00:39:02de l'adhésion
00:39:03aux thèses
00:39:04du Rassemblement National,
00:39:06mais derrière
00:39:06se superposent aussi
00:39:07des logiques
00:39:08de solitude,
00:39:09d'abandon,
00:39:10de déclassement
00:39:10dont on parle peu.
00:39:13C'est un sujet
00:39:13que je voulais
00:39:15vraiment traiter
00:39:16et suivre
00:39:17une famille
00:39:18dans le temps.
00:39:19On prend
00:39:20ces deux frères chevaliers,
00:39:22ils sont tout petits,
00:39:23on les accompagne
00:39:24jusqu'à leur adolescence,
00:39:25puis leur jeune âge adulte,
00:39:28d'aller voir
00:39:28un petit peu
00:39:29dans les souvenirs,
00:39:29dans les micro-gestes,
00:39:31les micro-attitudes,
00:39:32comme vous disiez,
00:39:33les petites phrases
00:39:34qu'on peut entendre
00:39:34qui viennent se loger,
00:39:36des graines sournoises
00:39:37qui germent après
00:39:38en arbre immonde.
00:39:41Il y avait
00:39:42cette volonté
00:39:43de rentrer
00:39:44dans l'intimité
00:39:45et je rejoins
00:39:46Mehdi,
00:39:46je pense,
00:39:47sur cette envie,
00:39:49je pense,
00:39:49qu'on comporte
00:39:50de faire rencontrer
00:39:51l'intime
00:39:52et le politique
00:39:52et de les confronter
00:39:54pour faire surgir
00:39:56des histoires.
00:39:57Justement,
00:39:58l'intime
00:39:59peut devenir
00:40:00vraiment
00:40:00un outil politique.
00:40:03Est-ce que vous,
00:40:03vous l'avez un peu perçu
00:40:04comme ça
00:40:04quand vous abordez
00:40:05votre livre ?
00:40:05Ou c'est notre approche ?
00:40:07Oui,
00:40:07c'est-à-dire que
00:40:08pour moi,
00:40:10l'intimité
00:40:11de la narratrice,
00:40:12qui est le récit
00:40:14en grande partie
00:40:15autobiographique,
00:40:16donc je me sers
00:40:16d'événements
00:40:17de ma vie,
00:40:18je le prends
00:40:20plutôt comme
00:40:21un reflet
00:40:21de problématiques
00:40:23collectives,
00:40:24c'est-à-dire
00:40:24que
00:40:26ces sentiments,
00:40:27le fait
00:40:28de se sentir
00:40:29coupable
00:40:31vis-à-vis
00:40:31de son milieu
00:40:32d'origine,
00:40:32le fait
00:40:33de se sentir
00:40:35pas à sa place,
00:40:35d'où le titre
00:40:36Allô Laplace,
00:40:37le fait
00:40:38d'être
00:40:39ambivalente
00:40:40sur son origine,
00:40:42sur le milieu
00:40:43dans lequel
00:40:43elle évolue,
00:40:45et bien tout ça...
00:40:45Je rappelle
00:40:46ce qu'on n'a pas dit,
00:40:46vous avez grandi
00:40:47au Havre,
00:40:48au quartier
00:40:48de la Marrouge,
00:40:49vous venez
00:40:49d'un milieu ouvrier,
00:40:50donc vous dites
00:40:51la famille typique
00:40:52des années marocaines
00:40:53qui arrive dans
00:40:53les années 60-70.
00:40:55Voilà.
00:40:56C'est important
00:40:57qu'on le sache.
00:40:58Et en fait,
00:40:59c'est ces affects
00:41:00qui animent la narratrice
00:41:02reflètent en fait
00:41:04des problématiques,
00:41:06des mots
00:41:06qui sont collectifs.
00:41:08C'est simplement
00:41:09vécu avec une subjectivité,
00:41:12exprimé avec une subjectivité,
00:41:13mais je pense
00:41:14qu'on est nombreux
00:41:16à traverser
00:41:18ces affects-là.
00:41:21Et ma démarche,
00:41:23ça a été aussi
00:41:24de rompre
00:41:25avec des cadres
00:41:27narratifs
00:41:28plus convenus,
00:41:30c'est-à-dire que
00:41:30ce n'est pas tout à fait
00:41:31un récit autopographique,
00:41:33ce n'est pas tout à fait
00:41:33l'histoire
00:41:34d'une transfuge,
00:41:36d'une transclasse.
00:41:38Il y a des éléments
00:41:40de ça,
00:41:41mais il y a aussi
00:41:41de l'écriture
00:41:42plus documentaire,
00:41:44de l'écriture
00:41:44plus poétique.
00:41:46Et pour moi,
00:41:47ça,
00:41:48ce dispositif-là,
00:41:49il permet justement
00:41:50de rompre avec
00:41:51que c'est l'histoire
00:41:52d'une personne
00:41:53qui a eu
00:41:55ce parcours
00:41:55particulier.
00:41:57c'est plutôt
00:41:58de rendre compte
00:42:00de trajectoires
00:42:03avec des coupures,
00:42:05des séparations,
00:42:06des négociations
00:42:07pour essayer
00:42:08de tenir ensemble
00:42:09plusieurs choses.
00:42:10Et c'est ce que j'ai voulu
00:42:10essayer de mettre
00:42:12en forme.
00:42:13Je trouve
00:42:14très intéressant,
00:42:15il y a un écho
00:42:16très intéressant
00:42:17dans ce que vous dites.
00:42:19C'est Charles Bon,
00:42:20professeur de littérature
00:42:21à Lyon 2,
00:42:21grand critique littéraire,
00:42:23qui,
00:42:24au milieu des années 90,
00:42:25disait que cet ensemble
00:42:27disparate d'écrits
00:42:28qu'on appelait à l'époque
00:42:29la littérature beurre
00:42:30n'était pas vraiment
00:42:31de la littérature
00:42:32parce qu'elle était
00:42:33caractérisée
00:42:34par la grande empreinte
00:42:36autobiographique.
00:42:37Ce n'étaient des gens
00:42:38qui n'étaient capables
00:42:38de parler que d'eux
00:42:40à la première personne
00:42:41et puis dans une écriture
00:42:42qui était assez infantile
00:42:43et qui restait bloquée
00:42:44dans les soucis
00:42:44de l'enfance.
00:42:46Alors,
00:42:46je trouve ça assez intéressant
00:42:47parce que si on devait
00:42:47enlever de la littérature
00:42:48française
00:42:49tous ceux qui ont écrit
00:42:50à la première personne
00:42:51de leur enfance
00:42:52ou sur l'enfance,
00:42:53je pense qu'il ne resterait
00:42:53pas beaucoup de textes.
00:42:54Pas les bons cours.
00:42:55Voilà,
00:42:56exactement.
00:42:57On est d'accord,
00:42:57on perdrait les bons cours.
00:42:59Et je trouve que c'est
00:42:59assez intéressant
00:43:00parce que tu parles
00:43:01de formation
00:43:03ou de déformation.
00:43:05On est entre biographie,
00:43:06autobiographie
00:43:07et il y a un ensemble
00:43:08en littérature,
00:43:12en critique littérale,
00:43:13on parle d'autofiction
00:43:14pour justement
00:43:15ce mouvement d'écriture
00:43:17qui mêle,
00:43:18qui prend un peu
00:43:19de l'expérience personnelle,
00:43:22un peu de jeu
00:43:22et qui les sème,
00:43:24l'ensemence
00:43:25avec des procédés
00:43:28d'écriture
00:43:28qui peuvent aller
00:43:29de l'écriture filmique
00:43:30à des expérimentations
00:43:32littéraires
00:43:32un peu plus importantes,
00:43:35un peu plus osées.
00:43:35Je trouve ça assez intéressant
00:43:36en fait,
00:43:37la manière dont on
00:43:38peut définir
00:43:39ses champs
00:43:40et définir un champ
00:43:42à travers
00:43:43ces critiques-là.
00:43:44Mais c'est un procédé
00:43:45justement de l'autofiction
00:43:46qui a été très à la mode
00:43:47d'un temps,
00:43:47qui ensuite a été très décrié
00:43:48en France notamment.
00:43:49Moi je pense notamment
00:43:50à Constance Debré
00:43:51qui est une autrice
00:43:51que j'aime beaucoup,
00:43:53qui a beaucoup travaillé.
00:43:54Mais ce que je trouve
00:43:54intéressant c'est que
00:43:55l'autofiction,
00:43:56quand on est sur un auteur
00:43:57ou une autrice
00:43:58qui va être plutôt
00:43:58représentatif effectivement
00:43:59d'une classe dominante,
00:44:00on va lui poser la question
00:44:01de qu'est-ce qui est fiction,
00:44:02qu'est-ce qui...
00:44:03Quand on est sur des auteurs
00:44:05ou des autrices
00:44:05effectivement qui sont
00:44:06originaires de quartiers populaires,
00:44:07on a cette assignation
00:44:08à la réalité aussi.
00:44:09Cette assignation,
00:44:09comme tu le disais,
00:44:10j'étais surpris
00:44:11de t'en citer Lyon 2
00:44:12qui est quand même
00:44:12une fac assez reconnue,
00:44:14donc j'étais...
00:44:14Mais effectivement,
00:44:15de se dire que
00:44:16pourquoi est-ce que
00:44:17ce serait qu'une parole
00:44:18autobiographique ?
00:44:20Moi je pense qu'il y a
00:44:20une question qui est
00:44:21intéressante aussi,
00:44:22c'est de se dire
00:44:22quelle est la maturité
00:44:23de la littérature
00:44:24ou de cette littérature
00:44:25qu'on a.
00:44:26Effectivement,
00:44:26elle est peut-être
00:44:26moins mature
00:44:27et au début,
00:44:28elle commence par parler
00:44:28de ce qu'elle voit le plus.
00:44:30On se voit le plus nous-mêmes,
00:44:31on voit ce qui nous entoure
00:44:32et puis petit à petit,
00:44:33on s'ouvre au monde.
00:44:34Donc c'est aussi
00:44:34l'un des intérêts
00:44:35ou des enjeux.
00:44:35Comme une étape en fait aussi.
00:44:37Bien sûr, c'est une étape.
00:44:38C'est une étape
00:44:38et c'est une question
00:44:46ce qui est intéressant,
00:44:47c'est qu'effectivement,
00:44:48on a bien vu
00:44:48cette construction
00:44:50là où le cheminement
00:44:51temporel a été différent.
00:44:53C'est-à-dire que le rap français
00:44:54est né finalement
00:44:55assez peu de temps
00:44:56après le rap américain
00:44:57avec des premiers groupes.
00:44:58Moi je pense,
00:44:59I Am par exemple,
00:44:59pour moi,
00:45:00est un groupe de rap américain
00:45:01qui rap en français
00:45:02parce que toutes leurs influences
00:45:03viennent là-bas.
00:45:04Le VQ,
00:45:04même s'ils parlent beaucoup
00:45:05de Marseille,
00:45:06tous les enregistrements
00:45:06ont été faits à New York.
00:45:08Mais c'est intéressant
00:45:09de voir qu'en l'espace
00:45:09de 20, de 30, de 40 ans,
00:45:11le rap est parti de
00:45:12on parle de nous,
00:45:13on parle du quartier,
00:45:13on parle de ce qu'on vit
00:45:14à aujourd'hui,
00:45:15je ne suis pas sûr
00:45:16qu'on est OK
00:45:17sur ce qu'il raconte.
00:45:18Mais c'est intéressant
00:45:19de se dire que le rap
00:45:20a quelque part été récupéré
00:45:21au-delà d'avoir été récupéré
00:45:22par les institutions
00:45:23culturelles françaises,
00:45:24il a été récupéré
00:45:25par le marché.
00:45:26Le marché, quelque part,
00:45:27a toujours justement
00:45:28cette force,
00:45:29cette puissance
00:45:29de dire à la fin,
00:45:31c'est l'argent qui gagne.
00:45:31C'est triste,
00:45:32sauf qu'en même temps,
00:45:33c'est intéressant
00:45:34et ça donne des idées
00:45:35pour se dire
00:45:35si les institutions culturelles
00:45:37ne veulent pas de nous,
00:45:38et je parle là
00:45:39d'un point de vue
00:45:40plutôt littéraire,
00:45:40il ne faut pas forcément
00:45:41aller chercher
00:45:42cette légitimité symbolique,
00:45:44il faut aller chercher
00:45:44comment faire vivre les gens,
00:45:45comment faire vivre
00:45:46les auteurs et les autrices
00:45:46pour qu'ils puissent
00:45:47continuer à écrire.
00:45:49Et moi, il y avait
00:45:50quelque chose
00:45:50d'assez universel
00:45:51que j'ai trouvé
00:45:51dans votre livre.
00:45:52Est-ce que ce n'est pas aussi
00:45:53l'écriture, dans votre cas,
00:45:55le désir de faire vivre
00:45:56la culture d'où l'on vient
00:45:57au moment où elle nous quitte
00:45:59un petit peu aussi
00:46:00parce que, justement,
00:46:01on change de classe sociale,
00:46:03on avance
00:46:03et qu'on n'est plus
00:46:04au même endroit
00:46:04que là où on a grandi ?
00:46:06C'est le point de départ
00:46:08pour moi dans l'écriture.
00:46:10de réussir à mettre le doigt
00:46:13sur ce dont je m'étais éloignée.
00:46:17C'est-à-dire que
00:46:18je suis arrivée à Paris
00:46:20il y a une vingtaine d'années
00:46:21pour étudier,
00:46:23ensuite travailler.
00:46:25Et c'est seulement
00:46:26en étant à Paris
00:46:27que j'ai pu mesurer
00:46:28que quelque chose vivait en moi
00:46:32qui était lié
00:46:33au monde parental,
00:46:36qui est ce monde ouvrier,
00:46:38immigré.
00:46:39Et ce n'était pas évident
00:46:40de savoir ce qui vivait en moi
00:46:42de ce monde-là.
00:46:44Donc, il y avait à la fois la langue,
00:46:46mais ce n'est pas seulement la langue,
00:46:47c'est aussi la culture,
00:46:47c'est la religion,
00:46:48c'est tout un rapport au monde,
00:46:54un rapport aux choses
00:46:55que j'ai dû découvrir en écrivant.
00:46:58et je ne sais pas si c'est universel,
00:47:01mais je pense effectivement
00:47:02qu'on a tous des arrachements
00:47:06par rapport à notre enfance,
00:47:08par rapport au monde de nos parents.
00:47:11Et je pense que ça a été possible
00:47:15pour moi de l'écrire seulement
00:47:17à l'approche de la quarantaine,
00:47:19c'est-à-dire qu'il a fallu
00:47:21que j'expérimente pas mal de choses
00:47:24pour pouvoir avoir un regard
00:47:26rétrospectif sur cette vie,
00:47:29sur le quartier dans lequel j'ai grandi,
00:47:32sur la trajectoire de mes parents,
00:47:36etc.
00:47:36Et c'est un récit
00:47:39qui nous recherche de ça.
00:47:41Et on parlait tout à l'heure
00:47:42de l'héritage,
00:47:43des héritiers de Zola.
00:47:45Pour moi, dans votre texte,
00:47:46il y a beaucoup l'héritage
00:47:46d'Annie Ernaud,
00:47:48même dans le titre.
00:47:49Donc La Place,
00:47:49ça s'appelle Allô La Place,
00:47:50alors c'est le nom d'un taxiphone.
00:47:52Est-ce que vous l'avez en tête
00:47:53quand vous écrivez ?
00:47:53Pas tout à fait.
00:47:56Moi, j'avais lu La Place
00:47:57quand j'étais au lycée,
00:47:59c'était au programme,
00:48:00et j'étais passée
00:48:01complètement à côté,
00:48:02c'est-à-dire que j'avais été
00:48:04peu touchée.
00:48:05Je me souviens de quelques motifs.
00:48:06Je pense qu'il en est resté
00:48:06quelque chose.
00:48:07Oui, oui, le papa qui boit sa soupe
00:48:10et qui fait du bruit.
00:48:11Et ces choses-là,
00:48:13j'ai découvert Annie Ernaud plus tard.
00:48:15Et moi, ce que j'aime
00:48:17dans son travail,
00:48:18c'est justement d'articuler
00:48:21une trajectoire personnelle
00:48:23et une trajectoire sociale,
00:48:25collective,
00:48:26et de parler d'elle
00:48:27et de parler de tout le monde,
00:48:30ou de la France
00:48:30et de sa classe sociale.
00:48:33Et son écriture, voilà.
00:48:35Elle fait partie
00:48:37des inspirations,
00:48:39des références que j'ai,
00:48:40mais ce n'était pas conscient
00:48:41dans l'écriture.
00:48:43Ça transparaît vraiment.
00:48:45C'est ça qui est
00:48:45d'autant plus étonnant.
00:48:46Donc, c'est là où la question
00:48:47de l'héritage va peut-être
00:48:49au-delà même
00:48:50de ce qu'on a lu,
00:48:52ce qu'on pense avoir retenu.
00:48:53Absolument.
00:48:54C'est à cette dite image
00:48:55qui le disait
00:48:56lorsqu'elle se rencontre
00:48:58complètement horrifiée.
00:48:59Sa cousine lui dit
00:49:00« Mais je ne trouve pas
00:49:01ton livre à la FNAC. »
00:49:03Donc, elle y va
00:49:05et effectivement,
00:49:06ils font la recherche
00:49:07et la trouvent
00:49:08en littérature algérienne.
00:49:09Et donc, elle se pose
00:49:10et fait un très long entretien
00:49:12sur la réception du livre.
00:49:14Elle dit « Mais en fait,
00:49:15que ce soit pour
00:49:16Nasser Ketan,
00:49:18Mehdi Charef... »
00:49:19Alors, Leïla Sebar
00:49:20et Assa Djébar
00:49:22seront dans une catégorie
00:49:23un peu à part.
00:49:25Et je pense que...
00:49:25Je ne sais pas si on aura
00:49:26le temps d'en parler,
00:49:27mais il y a la question
00:49:27de la classe aussi
00:49:28qui va jouer un peu.
00:49:30où elle dit
00:49:31« Mais en fait,
00:49:32on se rend compte
00:49:32qu'on est quand même
00:49:33un ensemble... »
00:49:34À l'époque,
00:49:35nous, on a fait le travail
00:49:36avec mes étudiants,
00:49:37on est à peu près
00:49:37à une centaine de textes
00:49:38quand même.
00:49:39Donc, ce n'est pas rien.
00:49:40Et on est dans des textes
00:49:41où la question du titre,
00:49:42l'intertitralité...
00:49:43Donc, il y a un ensemble
00:49:44d'éléments.
00:49:46Les personnages,
00:49:47je s'appelle Aïcha,
00:49:48Mohamed,
00:49:48ça ne peut pas être français.
00:49:50Le titre,
00:49:52le théorème d'Archiamed,
00:49:54« Kif, kif, demain »,
00:49:54ce n'est pas français.
00:49:55Donc, il y a un ensemble
00:49:56d'éléments.
00:49:57La photo de couverture
00:49:59qui vont se coaliser
00:50:01et précipiter
00:50:02l'expulsion
00:50:05de ces textes-là
00:50:06hors du canon
00:50:07de la littérature française.
00:50:08Et moi,
00:50:08ce que je vais faire,
00:50:09par exemple,
00:50:09dans ma thèse
00:50:10et dans le premier livre,
00:50:11mon premier livre
00:50:11qui est tiré de ma thèse,
00:50:13donc « Identité française »,
00:50:14j'ai un chapitre
00:50:15qui s'appelle
00:50:16« De la difficulté
00:50:17d'accepter ces textes
00:50:18dans le giron
00:50:18de la littérature française »
00:50:20où je vais étudier
00:50:21« Kif, kif, demain »,
00:50:25à l'époque
00:50:25de Faizaghen.
00:50:26Et on se rend compte
00:50:27et c'est fait exprès,
00:50:30c'était un peu espiègle,
00:50:32en appliquant
00:50:33des procédés
00:50:34de littérature
00:50:35et de lecture critique,
00:50:37en appliquant
00:50:38les mêmes procédés
00:50:39à Zola,
00:50:40Chateaubriand
00:50:41et à Faizaghen,
00:50:42on se rend compte
00:50:43qu'il n'y a rien.
00:50:45On ne peut pas avoir
00:50:46un texte plus français.
00:50:47On ne peut pas avoir
00:50:48un texte
00:50:49qui s'acoquine,
00:50:51qui appartienne
00:50:52plus à la littérature française
00:50:53ce que « Kif, kif, demain »
00:50:55à l'époque
00:50:55de Faizaghen.
00:50:56Et Faizal
00:50:57en parle aussi
00:50:58dans des entretiens
00:51:00où on se rend compte
00:51:00et je pense que c'est aussi
00:51:02ce que tu disais,
00:51:03ce que l'on sent
00:51:06dans ces textes-là,
00:51:07c'est qu'il y a un moment
00:51:08où il représente
00:51:09une photographie
00:51:11à l'instant T
00:51:12d'une société française
00:51:13qui a évolué
00:51:14et qui ne s'est pas
00:51:15senti évolué
00:51:16ou qui ne veut pas
00:51:17se sentir évolué.
00:51:18Et qu'on parlait
00:51:19tout à l'heure
00:51:20de miroir,
00:51:21mais que l'on ait
00:51:21conscience
00:51:22de cette évolution
00:51:23ou pas,
00:51:24que l'on ait conscience,
00:51:25je déteste le mot métissage,
00:51:26mais de cette mosaïque
00:51:28ou pas,
00:51:28cette mosaïque,
00:51:29elle est là.
00:51:30Elle est là.
00:51:31On la voit dans la rue.
00:51:34Elle est vivante
00:51:35dans les arts vivants.
00:51:36Elle est vivante
00:51:37dans la littérature.
00:51:38Elle est vivante.
00:51:39Et cette mosaïque,
00:51:40ces écritures,
00:51:40cet ensemble de textes
00:51:41renvoient une vision
00:51:43à un pays
00:51:43qui a encore
00:51:44beaucoup de mal
00:51:44à accepter,
00:51:45au moins à l'intérieur,
00:51:47cette réalité-là.
00:51:48Parce qu'on le voit,
00:51:49on parlait,
00:51:49moi j'aime beaucoup
00:51:50que tu ramènes
00:51:51les choses
00:51:52à la question économique.
00:51:54Voilà,
00:51:54qu'on reste quand même,
00:51:55parce qu'avec la littérature,
00:51:56on a tendance
00:51:56un peu à décoller
00:51:57de temps en temps.
00:51:58Il faut rester
00:51:58pragmatique.
00:52:00Tu ramènes
00:52:01à la question économique.
00:52:02On le voit aujourd'hui
00:52:03comme instrument diplomatique.
00:52:05Les instituts français,
00:52:06il y a une décorrelation
00:52:09qui est absolument extraordinaire
00:52:10entre les produits culturels
00:52:12qui circulent
00:52:13dans l'Hexagone,
00:52:14je parle de l'Hexagone,
00:52:16dans les lieux prestigieux
00:52:17et les lieux produits culturels français
00:52:19qui circulent
00:52:21via les instituts français,
00:52:23via des instituts
00:52:24comme la Villa Albertine
00:52:25ou la Villa Médicis
00:52:26où là,
00:52:27la France montre,
00:52:28alors que quand je vois
00:52:29par exemple
00:52:30la mosaïque
00:52:31des personnes
00:52:31qui sont présentes
00:52:33dans ce festival,
00:52:34c'est exactement
00:52:35le genre de mosaïque
00:52:36que l'on pourrait retrouver
00:52:37à la Villa Albertine
00:52:38à New York
00:52:38où ils sont présentés.
00:52:39Donc quelque part,
00:52:40au niveau de la diplomatie,
00:52:42la France a quand même compris
00:52:43qu'on ne pouvait plus
00:52:44se permettre de présenter
00:52:45certains...
00:52:46Parce que ça intéresse
00:52:47à l'étranger
00:52:48et parce que ça intéresse
00:52:49et que...
00:52:49Alors ça intéresse,
00:52:51c'est un argument,
00:52:52c'est une arme
00:52:52de diplomatie culturelle
00:52:54qui nous ramène
00:52:55à la question
00:52:55de la diplomatie économique.
00:52:57Et tu sais,
00:52:57c'est la cérémonie
00:52:58d'ouverture des JO.
00:52:59C'est la cérémonie
00:53:00d'ouverture des JO.
00:53:01C'est exactement ça.
00:53:02C'est cette image
00:53:03de la France
00:53:03qu'on a voulu montrer
00:53:03qui est très belle,
00:53:04qui nous convient,
00:53:05que moi j'adore,
00:53:06qui a fait hurler aussi
00:53:09mais qui est la réalité
00:53:11de la France
00:53:11et qui est ce qui s'exporte
00:53:13effectivement.
00:53:13Et tu as raison de dire
00:53:14que, en fait,
00:53:15quand on va regarder
00:53:15à l'étranger,
00:53:16quand on regarde
00:53:17ce que produit
00:53:17et s'exporte la France,
00:53:19c'est ça.
00:53:19Que ce soit ce que
00:53:20les instituts français proposent,
00:53:22ce que la diplomatie
00:53:23culturelle propose
00:53:24n'est pas ce qui est reflété
00:53:26par les produits culturels
00:53:27qui circulent dans des...
00:53:29Donc ça aussi,
00:53:30je trouve que c'est
00:53:30assez intéressant.
00:53:31Mais oui,
00:53:31cette question de...
00:53:33Oui, on a absorbé
00:53:34des choses à l'école
00:53:36et ces choses,
00:53:38ces noms,
00:53:39ces récits,
00:53:39ressortent dans des textes
00:53:42où se croisent
00:53:43les fantômes
00:53:44de Chateaubriand
00:53:45et ceux de Mouloud Ferraoun
00:53:46et qui font la vitalité,
00:53:48aussi la beauté
00:53:49de ces textes mosaïques.
00:53:51On s'approche de la fin
00:53:52mais donc on l'a dit,
00:53:53aux Etats-Unis,
00:53:53la littérature urbaine
00:53:54n'est pas du tout en marge,
00:53:55elle est le cœur battant
00:53:56du récit national
00:53:57sans jamais être enfermée
00:53:58dans une catégorie.
00:54:00Quel rôle a-t-elle aujourd'hui
00:54:01dans des moments de tourment
00:54:02comme ceux
00:54:03que traversent les Etats-Unis ?
00:54:05Alors,
00:54:05les littératures urbaines,
00:54:07les littératures des villes,
00:54:08des écrivains
00:54:10qui ont pu écrire
00:54:10New York,
00:54:11qui ont pu écrire
00:54:12Harlem,
00:54:14qui ont pu écrire Watts,
00:54:15sont absolument inscrits
00:54:17dans...
00:54:19Alors,
00:54:20c'est très difficile
00:54:21de faire les parallèles
00:54:23parce qu'on est dans des...
00:54:25Merci Mehdi encore
00:54:26d'en avoir parlé.
00:54:27Nous sommes dans des logiques
00:54:28de placement de la littérature
00:54:32aux Etats-Unis
00:54:33où on est vraiment
00:54:33dans l'économie capitaliste
00:54:37la plus forte.
00:54:39Qu'est-ce qui se vend ?
00:54:40Qu'est-ce qui est acheté ?
00:54:41Qu'est-ce qui peut écouler
00:54:44des units,
00:54:45des unités dans les universités ?
00:54:47Et c'est ce qui guide
00:54:48le pointage
00:54:51ou la circulation des produits.
00:54:54Donc,
00:54:54on reste quand même
00:54:54assez éloignés
00:54:55de la place
00:54:57symbolique
00:54:59qu'avait...
00:55:01Voilà,
00:55:01qui pouvait être édité
00:55:02chez Gallimard.
00:55:03Je ne sais pas si on a le droit
00:55:04de citer des noms.
00:55:05Mais voilà,
00:55:06on est sur des logiques
00:55:07de circulation,
00:55:08sur des logiques
00:55:09d'appointement
00:55:10qui sont très, très différentes
00:55:11aux Etats-Unis.
00:55:12Sauf que,
00:55:13je pense que
00:55:13ces différences symboliques,
00:55:17elles ont pu être vraies
00:55:18jusqu'il y a peut-être
00:55:2020-30 ans.
00:55:21Elles le sont
00:55:21beaucoup,
00:55:22beaucoup,
00:55:22beaucoup moins.
00:55:23Donc,
00:55:24ce qu'on voit aujourd'hui
00:55:25qui circule
00:55:26entre les deux pays,
00:55:27c'est que
00:55:28en surface,
00:55:31on continue
00:55:32de rester
00:55:33sur ces différences
00:55:33en disant,
00:55:34voilà,
00:55:35le cinéma,
00:55:36on a l'exception
00:55:36culturelle française,
00:55:38on a le prix unique
00:55:40pour le livre,
00:55:41mais la réalité,
00:55:42c'est que la France
00:55:42est absolument,
00:55:44absolument,
00:55:44on est dans un libéralisme
00:55:46qui fait que,
00:55:48voilà,
00:55:48il y a un moment
00:55:49où c'est le produit
00:55:50le plus offrant
00:55:51qui peut être,
00:55:53qui peut circuler
00:55:54et je pense
00:55:56que pour
00:55:56des initiatives,
00:55:58des projets,
00:55:59alors on ne va pas
00:55:59parler d'initiatives,
00:56:00moi je parle de projets,
00:56:01de projets vers le futur,
00:56:03de projets pour le futur
00:56:04comme ce festival
00:56:05des littératures urbaines,
00:56:07il y a,
00:56:07il y a quelque chose
00:56:09à prendre,
00:56:10à prendre là.
00:56:11Et à prendre aussi,
00:56:12parce que,
00:56:13j'y pensais tout à l'heure
00:56:14en t'entendant,
00:56:16nous venons des fois
00:56:17de culture
00:56:19ou d'endroits,
00:56:22de familles
00:56:22où,
00:56:23voilà,
00:56:24on va dire à sa maman
00:56:26ou à sa grand-mère
00:56:27qu'on est écrivain,
00:56:28mais en fait,
00:56:28comment ça être écrivain ?
00:56:30Tu n'es pas Victor Hugo !
00:56:31Où l'écrivain,
00:56:32en fait,
00:56:33sa position d'écrivain
00:56:34peut être reconnue.
00:56:36Et des fois,
00:56:36c'est tout tout bête
00:56:37par la grand-mère,
00:56:39par la tante,
00:56:40parce qu'on a un prix.
00:56:41Et donc,
00:56:42ces petits objets,
00:56:44ces éléments symboliques-là
00:56:46qui sanctionnent l'arrivée
00:56:49ou qui sanctionnent l'entrée
00:56:50dans un monde,
00:56:51si on ne peut pas les avoir
00:56:52de circuits traditionnels
00:56:55ou de circuits
00:56:55un peu plus établis
00:56:59comme l'Académie française
00:57:00ou l'Académie Goncourt,
00:57:01il faut aussi les créer.
00:57:02Et quand je dis
00:57:03il faut les créer pour nous,
00:57:05et nous,
00:57:05ce n'est pas un nous
00:57:06enfermant des gens de banlieue,
00:57:08des gens issus
00:57:08de la colonisation sénégalaise
00:57:10ou algérienne,
00:57:11mais un nous
00:57:11qui finalement représente
00:57:13cette mosaïque
00:57:14qu'est la France
00:57:15et une mosaïque
00:57:15qui pendant très longtemps
00:57:16n'a pas été représentée
00:57:18par une industrie
00:57:20aussi importante
00:57:21que l'industrie
00:57:21de la littérature.
00:57:22Et c'est pour ça,
00:57:23vive votre prix,
00:57:24qu'il continue de vivre
00:57:26parce qu'il fait
00:57:27véritablement résonner
00:57:28la polyphonie
00:57:29de voix,
00:57:30d'écriture,
00:57:31de formes,
00:57:32de sensibilité
00:57:32et de récits
00:57:33qui font la France
00:57:34depuis 1663
00:57:36et l'installation
00:57:38de la compagnie
00:57:39sucrière des Indes.
00:57:40Merci.
00:57:42Mais dit,
00:57:42est-ce que vous avez
00:57:42un livre à conseiller,
00:57:43si on essaie d'être court,
00:57:44à conseiller à une jeunesse
00:57:46qui nous écouterait
00:57:46et qui aura envie
00:57:47de se mettre à lecture
00:57:47là tout de suite
00:57:48ce soir ?
00:57:49Sans hésiter,
00:57:50je conseillerais,
00:57:50outre les livres
00:57:51de Rouda et de Nasserah
00:57:52que j'ai beaucoup apprécié,
00:57:53Le Retour du Roi Djibril
00:57:54qui est un ouvrage collectif
00:57:55coordonné par Rachid Airech
00:57:57et Ramesses Kefi
00:57:58qui est extraordinaire
00:58:00à plusieurs titres.
00:58:01En fait,
00:58:01déjà,
00:58:01il se lit très bien
00:58:01parce que c'est un ensemble
00:58:02de contes,
00:58:03donc c'est les contes
00:58:04de la cité.
00:58:05Chaque chapitre
00:58:06est une histoire
00:58:06différente
00:58:07qui se situe ailleurs
00:58:08en France,
00:58:13retrouvée dans sa ville
00:58:14ou dans son territoire
00:58:15et donc qui crée
00:58:16une polyphonie
00:58:17à l'intérieur d'un même livre
00:58:19où pourtant
00:58:19on arrive aussi
00:58:20à garder un fil
00:58:20avec un seul narrateur
00:58:21et un seul histoire.
00:58:22Donc vraiment
00:58:22une merveille.
00:58:23C'est un vrai plaisir
00:58:24et c'est vrai
00:58:24que ça fait contes
00:58:26et ça c'est génial.
00:58:27Exactement.
00:58:28Madame Fatou,
00:58:29peut-être un livre
00:58:30à conseiller à une jeunesse
00:58:31qui a envie de s'ouvrir l'esprit ?
00:58:34Je conseillerais
00:58:36Le triangle et l'hexagone.
00:58:38Je vais le lire aussi alors.
00:58:39Pour quelle raison ?
00:58:43C'est un livre
00:58:44qui est une photographie
00:58:46je trouve magnifique
00:58:48que l'on pourrait retrouver
00:58:49auprès de son lit
00:58:52dans un endroit
00:58:53qui est la maison
00:58:56et qui est la France.
00:58:58Et c'est un livre
00:58:59qui est vrai,
00:59:01qui se lit tout seul,
00:59:02qui se lit avec difficulté,
00:59:04qui se lit avec amertume,
00:59:05qui se lit avec joie
00:59:06et qui se lit
00:59:07avec tous les sentiments
00:59:08qui accompagnent
00:59:09le fait de vivre
00:59:09dans ce pays.
00:59:10Et c'est un livre
00:59:10qui parle de nous.
00:59:12Et vraiment je le dis,
00:59:13ce n'est pas nous contre eux,
00:59:15c'est nous, nous tous.
00:59:17La France,
00:59:18tout ce qu'a fait la France
00:59:19et nous, la France
00:59:21dans le monde
00:59:22un peu plus large.
00:59:24Donc voilà, l'humain.
00:59:24C'est un livre sur l'humain.
00:59:26Nasser Atamère,
00:59:27un livre qui vous a peut-être marqué.
00:59:28Oui, alors je vais parler
00:59:30du dernier que j'ai lu.
00:59:31Je lis peu d'essais
00:59:32et peu de sens social.
00:59:33J'essaie de m'y mettre
00:59:34de plus en plus.
00:59:35et je recommanderais
00:59:37Le temps des salauds
00:59:37de Hugues Jaillon
00:59:38parce que c'est court
00:59:41et essentiel.
00:59:42C'est un essai, certes,
00:59:44mais il y a une langue,
00:59:46il y a un ton
00:59:46qui fait qu'on s'y accroche
00:59:48et ça raconte notre temps
00:59:50et l'arrivée du fascisme
00:59:52qui devient réel.
00:59:54Donc je pense que ça,
00:59:56c'est nécessaire.
00:59:59Rouda, pour vous ?
01:00:00Moi, je vais...
01:00:02Il y a beaucoup de livres,
01:00:03mais je vais parler
01:00:04du premier livre
01:00:04que j'ai choisi vraiment
01:00:05et celui que l'école
01:00:07n'a pas choisi pour moi
01:00:08parce que souvent,
01:00:09à l'école,
01:00:09on fait des fiches de lecture,
01:00:11on nous demande...
01:00:11Il y a un rapport à lecture
01:00:12très encadré,
01:00:14noté en plus.
01:00:15Moi, c'est
01:00:15Si c'est un homme
01:00:17de Primo Levi
01:00:17et c'est un livre
01:00:19qui m'accompagne encore,
01:00:20que je relis encore
01:00:21avec beaucoup de plaisir.
01:00:23Voilà,
01:00:24qui est une histoire
01:00:24d'espoir,
01:00:25de rédemption,
01:00:26de survie
01:00:26et extrêmement
01:00:27poétique
01:00:28avec une langue
01:00:29très immédiate
01:00:30qui parlerait
01:00:31à n'importe quel jeune
01:00:32qui aurait envie
01:00:32de se lancer
01:00:33dans la lecture.
01:00:35Merci beaucoup
01:00:35et merci à tous.
01:00:37Et pour clôturer en beauté,
01:00:38je vous propose,
01:00:38Rouda,
01:00:39de nous partager
01:00:39votre slam
01:00:40intitulé
01:00:41Les Jardins Perdus,
01:00:42si vous avez la possibilité.
01:00:44Bien sûr.
01:00:44Alors,
01:00:45ça vient des Jardins Perdus,
01:00:46c'est un poème
01:00:46qui s'appelle
01:00:47Le ciel en dentelle
01:00:48et je vais mettre
01:00:49mes lunettes d'écrivain.
01:00:50Oui.
01:00:51On est plus tout jeunes.
01:00:53Les lunettes de vieux.
01:00:54J'ai relié nos histoires
01:00:57et les étoiles entre elles.
01:00:59J'écris tous nos espoirs
01:01:00sur le ciel en dentelle.
01:01:02J'en fais des grains de sable,
01:01:03des poussières qui contiennent,
01:01:05des souvenirs ineffables
01:01:06qui ne passent pas la vingtaine.
01:01:07Photomates sans brillance,
01:01:09des visages griffonnés,
01:01:11de vieux sourires d'enfance
01:01:12qui nous font frissonner.
01:01:14Je déchire les nuits froides
01:01:15en mille éclats glacés.
01:01:17Il reste des ombres fades
01:01:18sur nos deux peaux trouées.
01:01:20Je cherche dans le vent
01:01:21des traces de ton absence,
01:01:23sur le bitume ardent
01:01:23dans les odeurs d'essence.
01:01:25J'ai chevauché le temps
01:01:26pour revenir en arrière.
01:01:28Je garde entre les dents
01:01:29les douleurs,
01:01:30les colères.
01:01:31Je croyais te connaître,
01:01:32j'ai perdu connaissance.
01:01:34On meurt dans les promesses
01:01:35le jour de nos naissances.
01:01:36J'ai confondu tes yeux
01:01:38avec deux billes de verre.
01:01:39J'ai oublié un peu
01:01:40que tu étais mon frère.
01:01:42J'ai relié nos histoires
01:01:43et les étoiles entre elles.
01:01:45J'ai crié tous nos espoirs
01:01:46sur le ciel en dentelle.
01:01:47On reste aveugles et sourds
01:01:48à nos rêves suspendus,
01:01:50de voir fleurir un jour
01:01:51tous les jardins perdus.
01:01:53On avait les mêmes rêves
01:01:54ce qu'on divise en deux,
01:01:56courir jusqu'au soleil
01:01:57pour ne pas dire adieu.
01:01:58Nous n'avions réclamé
01:01:59dans les matins pluvieux
01:02:00ni la gloire, ni l'espoir,
01:02:02ni les larmes, ni le feu.
01:02:04On fuit, on efface tout,
01:02:05on voudrait s'échapper.
01:02:07On fume, on boit sans goût
01:02:08juste pour oublier.
01:02:10La misère et l'école,
01:02:11l'avenir à sauver,
01:02:12les morts sur les motos,
01:02:13les grandes sœurs suicidées.
01:02:15Sur les tours de béton
01:02:16et dans les nuits qui viennent,
01:02:18sur les nuages en laiton
01:02:19et dans les lunes pleines,
01:02:21sur l'amour que nous taisons
01:02:22et dans la porcelaine,
01:02:23on écrit nos prénoms
01:02:24que demain s'en souviennent.
01:02:25Je croyais te connaître,
01:02:27j'ai perdu connaissance.
01:02:29On meurt dans les promesses
01:02:30le jour de nos naissances.
01:02:32J'ai confondu tes yeux
01:02:33avec deux billes de verre.
01:02:35J'ai oublié un peu
01:02:35que tu étais mon frère.
01:02:37J'ai relié nos histoires
01:02:38et les étoiles entre elles.
01:02:40J'écris tous nos espoirs
01:02:41sur le ciel en dentelles.
01:02:43On reste aveugles et sourds
01:02:44à nos rêves suspendus.
01:02:45Devoir fleurir un jour
01:02:46tous les jardins perdus.
01:02:47Merci beaucoup.
01:02:50Merci à tous.
01:02:53Merci à vous.
01:02:53Merci à vous.
01:02:53Merci à vous.
01:02:54Merci à vous.
01:02:54Merci, merci.
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