Skip to playerSkip to main content
  • 2 hours ago

Category

🗞
News
Transcript
00:00Et tout de suite, notre invité c'est vous, Jean-Marie Théauda. Bonjour à vous, bienvenue sur l'antenne de France 24.
00:05Vous êtes directeur du département géographie à l'université Panthéon-Sorbonne.
00:09Vous connaissez très bien Haïti, on vous doit d'ailleurs un ouvrage, Fat Rapport au Prince, édité en 2021 aux éditions Parole.
00:16D'abord, je le disais en préambule de notre échange, il y a plusieurs crises qui parcourent Haïti depuis quelques années.
00:24Mais est-ce que vous diriez déjà qu'on peut parler d'un effondrement du pays, d'un État failli ?
00:31Nous sommes à une sorte de carrefour où le monde est obligé de reconnaître que 40 ans après la chute du régime des Duvaliers,
00:41qui était considéré comme le principal obstacle à l'inscription de ce pays dans un circuit, on dirait, de développement, de démocratie,
00:50qui, à l'époque, concernait le reste de l'Amérique latine, on avait pensé que 1986, c'était le début de la délivrance.
00:58Or, on se rend compte que 40 ans plus tard, la situation est encore pire qu'avant.
01:02Situation catastrophique sur le plan environnemental, catastrophique sur le plan économique.
01:07On considère que 5 millions d'Haïtiens sont aujourd'hui menacés de famine sur une population de 12 millions, cela fait beaucoup de gens.
01:14On considère qu'il y a 1,4 million de personnes déplacées dans la capitale, c'est-à-dire plus d'un provincien sur deux
01:22est aujourd'hui obligé de quitter sa maison pour aller se réfugier, soit en province, soit chez des voisins.
01:29Et surtout, sur le plan strictement institutionnel, cela fait 10 ans qu'il n'y a pas eu d'élection dans ce pays,
01:36donc nous ne savons plus à quel sein nous vouer.
01:38Et justement, il aurait dû même se tenir des élections dans le pays, il y a eu cette transition menée par le Conseil présidentiel de transition
01:48qui devait donc conduire vers un scrutin dont le mandat s'achève demain. Pourquoi est-ce que ça a été un échec, d'après vous ?
01:54Cela a été un échec, à mon avis, parce que l'on a mis la charrue avant les bœufs.
01:58On a demandé à un Conseil présidentiel d'organiser des élections dans un pays où on a compté plus de 8 000 morts l'année dernière
02:08du fait de la violence des gangsters.
02:11Donc comment voulez-vous que les gens aillent voter sous la menace des fusils, sous la menace des...
02:16Il y a plus de 500 000 armes de guerre en circulation dans ce pays.
02:20Donc s'il ne peut pas y avoir de paix civile, il ne peut pas y avoir non plus d'élection.
02:25Donc le résultat était, pour ainsi dire, couru d'avance.
02:28C'est la seule faute à la situation sécuritaire et aux crimes organisés, aux gangs, d'après vous, Jean-Marie Théodat,
02:34ou il y a aussi eu un problème dans la sélection des personnes qui ont siégé dans ce Conseil de transition ?
02:39Il y a aussi eu des rivalités en interne ?
02:43Disons que le verre était dans le fruit.
02:46À partir du moment où nous avions un Conseil présidentiel qui n'avait aucun mandat de la part d'une quelconque partie de la population,
02:56ces gens ne représentaient qu'à la fin.
03:00Et lorsque l'on place ainsi les commandes de l'État entre des mains qui n'ont pas l'option d'une élection,
03:11cela laisse la place ouverte à toutes les dérives.
03:14Donc c'est le contraire, moi, qui m'aurais étonné,
03:16parce que ces gens qui savaient dès le départ qu'ils n'avaient de compte à rendre à personne.
03:21Maintenant, je pense qu'il ne suffit pas de stigmatiser les personnalités ici présentes
03:29pour trouver la clé de la situation, parce que d'autres n'auraient peut-être pas fait mieux.
03:35Donc le problème est vraiment structurel, ce n'est pas une question de personnalité.
03:39Vous évoquiez la violence des gangs aussi, plus de 8000 personnes tuées depuis l'année dernière.
03:43Justement, pourquoi est-ce que la justice, la police, l'armée n'arrivent pas à enrayer ce crime organisé ?
03:49Comment est-ce qu'ils se structurent ?
03:52Comment se structurent ces gangs ?
03:54Qui les finance et qu'est-ce qui fait qu'ils peuvent autant faire régner la terreur sur l'île ?
04:01Si je savais vraiment qui les finançait, je pense que je ne serais plus vivant.
04:04Je ne serais plus ici. Je serais moi-même menacé.
04:07Mais nous pouvons du moins établir des conjectures.
04:11Il faut savoir que le commerce de la cocaïne,
04:13qui est la principale substance illicite qui circule dans cette région,
04:18a fait de Haïti un trou noir, a fait d'Haïti une sorte de passerelle
04:23entre le principal lieu de production, la Cordillère des Andes,
04:26et le principal marché de commercialisation, la Floride.
04:30Et pour cela, il fallait déboulonner l'État.
04:33Il fallait faire en sorte que ni la justice, ni la police,
04:38ni... En fait, il fallait créer les conditions chaotiques
04:42qui rendent le passage de cette marchandise de la façon la plus fluide.
04:49Et aujourd'hui, si Haïti se trouve dans l'œil du cyclone,
04:53c'est bien parce que ces bandits,
04:56dont le chiffre d'affaires s'élève à plus de 100 milliards de dollars,
05:00ont des capacités logistiques qui dépassent très largement
05:04celles d'un petit État tel que Haïti,
05:06dont le produit intérieur brut ne dépasse pas 10 milliards de dollars par an.
05:10Merci beaucoup, Jean-Marie Théoda.
05:12Merci d'avoir pris le temps de répondre à nos questions sur France 24.
05:14Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Comments

Recommended