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  • il y a 59 minutes
Une professeure du collège La Guicharde de Sanary-sur-Mer (Var) a été poignardée mardi 3 février par un élève de 14 ans. Transférée à l'hôpital, la victime se trouve toujours dans un état «préoccupant». Le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, a donné une conférence de presse pour détailler les circonstances du drame.

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Transcription
00:00Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre présence.
00:03Cette conférence de presse se tient dans le cadre de l'application des dispositions de l'article 11 du Code de procédure pénale,
00:09lequel prévoit que le procureur de la République peut rendre public des éléments d'une procédure en cours, même concernant un mineur,
00:17pour éviter la diffusion d'informations parcellaire ou inexactes, ou en cas de trouble à l'ordre public.
00:22Je suis accompagné de M. le Contrôleur général Jérôme Martin, qui est le directeur départemental de la Police nationale du Var,
00:30et qui vous fera dans un instant un point rapide sur les équipes qu'il a mobilisées sous mon autorité pour cette enquête.
00:37Comme vous le savez, le 3 février dernier, au sein d'une classe de 3e du Collège Laguicharde, à Sanary-sur-Mer,
00:45une professeure d'art plastique, âgée de 60 ans, a été grièvement blessée par l'un de ses élèves avec un couteau,
00:53dans une classe comptant 22 adolescents.
00:56À ce jour, il m'a été indiqué que son état de santé restait préoccupant,
01:02et que les médecins étaient encore réservés sur son pronostic vital,
01:06compte tenu de la gravité des blessures, ayant nécessité de lourdes interventions chirurgicales encore toute la journée aujourd'hui.
01:13Nous espérons tous que cette professeure pourra rapidement retourner auprès de sa famille
01:19pour le travail médical hautement réputé de l'hôpital militaire de Saint-Anne à Toulon.
01:25À cet instant, je souhaite assurer ses proches, en particulier sa famille, ainsi que ses collègues du Collège,
01:33que l'autorité judiciaire fera tout pour rechercher la vérité
01:37et tenter de comprendre le comportement de l'élève mis en cause.
01:40De fait, comme vous le savez, un élève de la classe de la victime est un garçon de 14 ans,
01:47qui aura 15 ans dans un mois, a été immédiatement appréhendé, après les faits,
01:52par un pétrole de la police.
01:55J'ai co-saisi le commissariat de police de Sanary-sur-Mer,
02:01et la division de la criminalité territoriale, la DCT, du commissariat de Toulon,
02:07que je remercie vivement pour l'important travail effectué.
02:11Au cours de sa garde à vue, le collégien mis en cause s'est exprimé sans difficulté ni réticence.
02:19Il a immédiatement reconnu être l'auteur des quatre blessures infligées à la victime avec le couteau,
02:24trois au niveau de l'abdomen et une au niveau de l'avant-bras gauche.
02:29Il explique avoir commis ces faits dans la salle de classe, en présence de ses camarades,
02:35au moment de la pause de 14h25, après s'être emparé du couteau dissimulé dans son sac,
02:41un opinel doté d'une lame de 12 cm.
02:45Il affirme avoir pris cette arme le matin même dans la cuisine familiale,
02:49avec l'intention de, je le cite, « planter sa professeure d'art plastique »,
02:55ayant développé à son encontre, je cite encore, « trop de haine ».
03:00Il estimait en effet que sa professeure avait été injuste avec lui
03:04en relevant plusieurs incidents disciplinaires à son encontre ces dernières semaines.
03:09De fait, les enquêteurs ont découvert sur l'application Pronote de l'Éducation nationale
03:14qu'il apparaissait dix incidents depuis le début de l'année scolaire,
03:19allant du simple oubli de son matériel, en passant par le fait de jouer avec la nourriture à la cantine,
03:24des bavardages, des retards et des propos irrespectueux à l'encontre de plusieurs professeurs,
03:30en particulier à l'égard de la victime, donc la professeure qui a été blessée,
03:35qui elle-même avait relevé cinq des dix incidents.
03:39L'adolescent affirmait également que toute la matinée du jour des faits,
03:43il n'avait pensé qu'à une seule chose, assassiner, je le cite, sa professeure,
03:48selon ses propres termes, tout en expliquant aux enquêteurs
03:52qu'ils connaissaient la différence entre un meurtre et un assassinat
03:56et qu'ils savaient que l'assassinat était plus grave.
04:00De fait, les investigations ont démontré qu'il avait effectué des recherches sur Internet
04:05quelques jours avant les faits sur les risques judiciaires encourus
04:08par un mineur qui tuerait sa professeure.
04:10De plus, il a révélé aux policiers qu'il avait déjà projeté d'agresser sa professeure
04:16la semaine précédente, ayant apporté également un couteau au collège à cette fin,
04:21mais qu'il y avait renoncé, ayant eu peur de passer à l'acte.
04:26À l'issue de sa première audition, l'adolescent affirmait qu'il regrettait beaucoup son geste,
04:30qu'immédiatement après les faits, il avait ressenti une grosse haine envers lui,
04:34davantage encore qu'à l'encontre de sa professeure, et qu'il avait pleuré toutes les larmes de son corps,
04:39je le cite, en se portant des coups à lui-même.
04:43Dans sa seconde audition d'hier après-midi, il a finalement affirmé qu'au moment des faits,
04:49il n'avait pas eu l'intention de tuer sa professeure, mais uniquement, je le cite encore,
04:54de la planter pour qu'elle ait mal.
04:55Il disait se souvenir d'un seul coup de couteau.
05:01Cet après-midi, il a été déféré donc au parquet, puis devant le magistrat instructeur,
05:06et à cette occasion, l'adolescent, devant le juge, a confirmé les déclarations faites aux policiers,
05:11notamment sur la préméditation, précisant qu'il voulait se venger,
05:15car il craignait d'être exclu en raison des incidents relevés par sa professeure.
05:20Il a répété qu'il regrettait son geste, dont il se rendait compte de la gravité,
05:24en précisant que la professeure ne le méritait pas,
05:28qu'il n'était plus trop lui-même, évoquant un coup de folie.
05:32Il a évoqué la possibilité de mettre fin à ses jours.
05:37Conformément aux réquisitions de mon parquet,
05:38l'adolescent a été mis en examen cet après-midi du chef de tentative d'assassinat,
05:43puis il a été placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention,
05:48il y a quelques minutes à peine.
05:51En cas de condamnation ultérieure,
05:53cette qualification fait encourir la peine de réclusion criminelle à perpétuité,
05:58réduite à 20 ans de réclusion criminelle pour les mineurs âgés de moins de 16 ans.
06:02Concernant sa personnalité,
06:05il dit ne pratiquer aucune religion,
06:07ce que confirme son entourage.
06:10De fait, en perquisition,
06:12aucun élément de radicalisation religieuse ou politique n'a été retrouvé.
06:16En revanche, il possédait plusieurs armes blanches dans sa chambre,
06:21parce qu'il trouvait ça, je le cite,
06:23« stylé ».
06:24Il affirme ne consommer aucun stupéfiant,
06:27et de fait, au moment de son interpellation,
06:30les dépistages d'alcool et de stupéfiants étaient totalement négatifs.
06:34Il dit n'avoir aucun problème médical,
06:36ne prenant aucun traitement médicamenteux,
06:39ce que confirme sa famille.
06:40Il dit jouer régulièrement aux jeux vidéo,
06:43mais pas plus d'une à deux heures par jour,
06:45le mercredi et le week-end.
06:47Son entourage, et en premier lieu ses parents,
06:50ne comprennent donc absolument pas son geste,
06:53le décrivant comme étant habituellement calme et gentil.
06:57Ils sont effondrés par la situation.
07:01De fait, jusqu'à présent,
07:02il n'avait jamais été mis en cause dans la commission d'infraction.
07:06Certes, et vous l'avez évoqué à plusieurs reprises,
07:09la famille a été suivie par un juge des enfants,
07:12d'abord entre 2023 et 2024,
07:14puis de nouveau à compter du 17 septembre 2025,
07:17mais uniquement dans le cadre d'une procédure d'assistance éducative,
07:21c'est-à-dire lorsque la justice estime que les conditions d'éducation,
07:25de santé, de sécurité ou de moralité des enfants
07:27sont susceptibles d'être compromises.
07:30En l'espèce, ces mesures d'assistance éducative
07:33ont été ordonnées par le juge des enfants du tribunal de Toulon
07:35en raison essentiellement de signalements concernant des violences
07:39qui auraient été commises par les parents
07:41uniquement sur sa petite sœur et non pas sur lui.
07:45La juge des enfants avait ordonné une thérapie familiale
07:48confiée à une association spécialisée.
07:51À ce stade, aucun des éléments portés à ma connaissance
07:54n'évoque des violences commises par quiconque
07:56au préjudice du mis en examen lui-même.
07:59Pour revenir un instant au fait du 3 février,
08:03le magistrat instructeur est donc désormais
08:05en charge de la conduite des investigations à venir.
08:09S'agissant d'une procédure criminelle,
08:11seront nécessairement sollicités des expertises psychiatriques
08:14et psychologiques du mineur
08:16qui pourront peut-être permettre de comprendre davantage
08:20son comportement.
08:22Cette instruction prendra plusieurs mois
08:24pendant laquelle le mis en examen
08:26doit juridiquement bénéficier de la présomption d'innocence.
08:31Au cours de cette instruction,
08:33mes prochaines communications porteront uniquement
08:35sur l'évolution de l'état de santé de la victime
08:38en espérant de tout cœur que ce seront de bonnes nouvelles.
08:42En conclusion, je rappellerai que,
08:45sauf motif légitime, d'une manière générale,
08:48la loi interdit de porter ou de transporter
08:50en dehors de chez soi toute arme blanche,
08:52en particulier un couteau.
08:54Quelle que soit la taille de la lame,
08:55c'est un délit qui fait encourir une peine d'emprisonnement
08:58d'un an et 15 000 euros d'amende.
09:00On peut sortir avec couteau pour aller pique-niquer,
09:03pour ramasser des champignons ou pour aller travailler,
09:05mais en aucun cas pour aller en boîte de nuit,
09:07dans un restaurant et encore moins, évidemment,
09:10dans un établissement scolaire.
09:12Le respect de cette règle pourrait tous
09:14nous empêcher bien des drames.
09:16Monsieur le directeur, je vous cède la parole
09:18pour évoquer les moyens humains
09:20que vous avez mis en œuvre dans le cadre de cette enquête.
09:22Merci, M. le procureur.
09:24Donc, pour la DIPN 83...
09:26Pour la DIPN 83,
09:31donc, c'est 34 enquêteurs qui ont été mobilisés
09:34dans l'heure qui a suivi la commission des faits.
09:37Des enquêteurs du SLPJ de Sanary,
09:41la totalité des enquêteurs qui étaient présents,
09:43renforcés par des enquêteurs
09:45de la division de la criminalité territoriale de Toulon
09:49et des techniciens de la PTS de Toulon également,
09:55du service d'identité judiciaire de Toulon.
09:58Voilà.
10:00Le challenge était de faire, en 48 heures,
10:03la durée de la garde à vue,
10:04un maximum d'actes pour comprendre au mieux
10:07comment s'étaient déroulés les faits
10:08et essayer de comprendre aussi
10:11la motivation de l'auteur des faits.
10:14Donc, pour cela, évidemment, très classiquement,
10:16il y a eu des constatations sur la scène de crime.
10:22Perquisition chez l'auteur des faits à Sanary,
10:27donc le domicile de ses parents.
10:31Et puis la garde à vue à gérer du mineur.
10:35Et parallèlement, énormément d'auditions.
10:38Je dirais que c'était un petit peu la complexité du dossier,
10:41c'était d'arriver à faire un maximum d'auditions,
10:44puisque beaucoup d'élèves étaient témoins,
10:46donc il a fallu tous les entendre,
10:49chacun ayant des versions.
10:50Et puis, ce qui était important,
10:52M. le procureur l'a souligné,
10:54c'est de savoir s'il en avait parlé avant.
10:56Voilà.
10:56Donc, ces auditions étaient très importantes
10:58pour comprendre le déroulement des faits.
11:01Et puis également, des auditions
11:02dans l'environnement familial,
11:04pour comprendre quel était cet environnement,
11:07qu'est-ce qui avait pu pousser
11:08ce mineur à commettre ce crime.
11:14Donc, voilà.
11:15Donc, tout ça a été mené à bien en 48 heures.
11:17Donc, il y a eu, oui,
11:18beaucoup de travail de fait.
11:20Et puis, voilà, avec le résultat que l'on sait.
11:23Sous-titrage Société Radio-Canada
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