00:00Bonjour Hassan Adi, vous êtes réalisateur irakien, vous avez écrit et réalisé le film Le Gâteau du Président ou President's Cake en anglais,
00:10d'ores et déjà désigné Camerador au 78e Festival de Cannes en 2025.
00:15C'est d'ailleurs la première fois qu'un film irakien reçoit un prix au Festival de Cannes.
00:19Le film concourt également aux Oscars prochains.
00:23Vous nous plongez en Irak, on est en 1990, lorsque des sanctions sévères de l'ONU ont plongé le peuple irakien dans une grave crise alimentaire et sanitaire.
00:31Malgré tout, une tradition décidée par le dictateur, le guide Saddam Hussein n'a jamais cessé,
00:37celle de choisir de désigner un enfant dans chaque classe et école deux jours avant pour réaliser le gâteau d'anniversaire du Président.
00:44Nous sommes donc le 26 avril 1990, nous découvrons la queue des habitants pour obtenir des rations d'eau et de nourriture.
00:52Le marché noir, le désespoir à survivre car le peuple ne possède rien.
00:56Et on découvre cette petite fille qui s'appelle Lamia, à son grand désespoir.
01:00C'est elle qui va être choisie par tirage au sort par son professeur pour réaliser ce gâteau.
01:05Ce film n'est pas une fiction, c'est une histoire vraie que vous avez vécue vous-même,
01:10même si vous n'avez jamais été désignée pour le gâteau, mais pour amener des fleurs.
01:14C'était important de trouver la bonne histoire pour raconter ce qui est difficilement racontable, justement, à Sanadi.
01:24C'était vraiment un moment très crucial de l'histoire de l'Irak.
01:3615 ans de sanctions, de dictature et de guerre.
01:41Et personne n'a vraiment exploré ça au cinéma.
01:47Pour moi, ça m'a beaucoup étonné.
01:50Et pour mon premier film, j'ai essayé de me pencher sur des personnages, des lieux que je connaissais.
01:56Pour moi, c'est une histoire qui se raconte d'un point de vue d'enfant.
02:02Votre histoire est incroyable, à Sanadi, parce que vous étiez effectivement dans un pays dirigé par Saddam Hussein,
02:08donc sous sanctions américaines.
02:10Vous n'avez jamais mis les pieds dans un cinéma durant toute votre enfance,
02:14parce que les cinémas étaient fermés.
02:15Ils étaient même souvent, d'ailleurs, transformés en entrepôts.
02:19Comment vous aviez accès au film ?
02:20Comment est venue cette envie de faire du cinéma ?
02:23En fait, j'achetais des vidéos clandestines, des VHS.
02:34Et on allait dans des maisons privées et on prenait des vidéos.
02:40Et quand on était à la maison, j'essayais de regarder des vidéos.
02:44Quand ma famille dormait, on avait juste un magnétoscope.
02:50Donc je jouais une des cassettes.
02:51Et là, ça m'ouvrait à un autre monde complet.
02:57C'était vraiment une programmation de Tarkovsky à Godzilla, à Kurosawa,
03:04et tout ce qu'il y a entre les deux.
03:06C'était très atypique.
03:07Mais j'ai développé une passion pour la cinéphilie, le fait de regarder des films.
03:12Et finalement, j'ai une flamme en moi qui faisait que je restais éveillée pour ensuite partager mes impressions sur les films.
03:26Mais je ne savais pas forcément que je voudrais être réalisateur à ce moment-là.
03:30Je savais juste que j'aimais regarder des films.
03:31On découvre la puissance de ces enfants dans ce film que vous avez mis en place,
03:36le gâteau du président Hassan a dit.
03:38On comprend qu'à travers le regard vit finalement votre regard d'enfant.
03:44C'était important de montrer cette histoire du haut et du point de vue de ces enfants,
03:49avec toute leur insouciance, leur naïveté et surtout leur courage.
03:52Oui, parce que l'idée, c'était de transporter le public en 1990 pour leur montrer ce que c'était la vie en Irak,
04:03dans ces conditions-là, sous sanctions, sous la dictature.
04:08Et finalement, c'était ça le point de vue le plus objectif.
04:10Il faut montrer comment était la vie quotidienne.
04:13C'était sans point de vue, sans politique, sans filtre, de façon très dépouillée.
04:22Et à l'époque, à l'époque où se situe le film,
04:30c'était vraiment comme dans un trou noir.
04:37On ne savait pas exactement ce qui se passait en Irak.
04:39Personne ne savait.
04:41Il y avait la séparation, le boycott de la communauté internationale
04:46et notre dictateur violent qui nous a séparés du reste du monde.
04:52Donc je pense que c'est la première fois que le public va avoir accès à ce qui se passait en Irak à cette époque,
04:59en 1990.
05:02Et c'est vraiment une petite brèche dans ce qui se passait à l'époque,
05:07sur mon expérience personnelle.
05:10On est très marqué par ce que les enfants chantent dans cette cour d'école.
05:13Chaque matin, un texte arrivait dans la cour d'école.
05:16Il était lu par l'un des enfants dans cette cour.
05:21Ils chantent ensemble.
05:22Ils vaincront par leur sang et par leur âme.
05:24Pour Saddam, par notre sang, par notre âme.
05:26Nous nous sacrifions pour toi, Saddam.
05:29Ça fait froid dans le dos.
05:31Ces termes-là sont des termes qui sont réels,
05:34qui ont vraiment existé,
05:35qui faisaient partie d'ailleurs de votre quotidien.
05:38Est-ce qu'on arrive à les oublier, ces termes-là ?
05:40On peut y travailler, à l'oublier.
05:51Je pense que les traces seront toujours un petit peu là.
05:57Mais ça peut paraître idiot.
05:59Mais en fait, c'est toujours quelque chose avec lequel on se débat.
06:01Ça prend un temps fou de reconstruire une nation
06:05et de la libérer des traces de la dictature.
06:10et ce que ça a fait à la société.
06:12Pour terminer, je voudrais qu'on termine sur l'espoir
06:16qui est véhiculé par ce film.
06:18C'est ça la grande force Hassanadi de ce film,
06:21qui est extraordinaire vraiment, que je conseille à tout le monde.
06:24C'est que le désespoir a toujours cette petite lumière finalement
06:28qui l'attend au bout du tunnel et qui rend les choses possibles
06:32et qui balaie d'un verre de main le côté tragique,
06:38le côté dur et difficile, presque insoluble finalement,
06:42qui est vécu par la population.
06:46C'était ça ? C'était d'abord de créer un film d'espoir ?
06:49Oui, on dit que la vie est très étroite
07:02s'il n'y a pas l'espace pour l'espoir.
07:04Et c'est vraiment ça le message du film.
07:07Malgré la noirceur, il y a quand même la place pour l'espoir,
07:13pour le rire, l'humour.
07:16Et j'espère vraiment que le public qui regardera ce film
07:20l'aura en tête, que malgré tout, on peut trouver la joie
07:24et une façon d'avoir un espoir pour l'avenir.
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