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  • il y a 2 jours
C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :

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00:00Générique
00:00Bonjour à tous, je suis très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:14Il vient de Guyane, vit entre Paris et Bruxelles.
00:17Notre invité est le réalisateur et scénariste Maxime Jean-Baptiste.
00:21Son regard aujourd'hui sur les actus abordés cette semaine dans votre magazine a commencé par le fléau de la méthamphétamine en Polynésie.
00:28Régulièrement, dessaisie, 40 kilos la semaine dernière encore aux marquises.
00:34Cette drogue de synthèse également appelée ICE détruit des vies entières dans le Pacifique.
00:40Pourquoi le créole ne figure-t-il pas dans la liste des langues régionales pour le concours d'agrégation prévu le mois prochain ?
00:46Corse, Breton ou Occitan sont maintenus, mais alors que près de 2 millions d'ultramarins par le créole, il semble lui avoir été oublié.
00:53Et puis une partie de l'espace aérien de Saint-Pierre-et-Miquelon devrait être cédée par la France au Canada.
01:00Perspective qui interroge au moment même où dans la région, la plus grande île au monde, le Groenland, est convoitée par les Etats-Unis.
01:06On y revient évidemment dans un instant.
01:10Bonjour Maxime Jean-Baptiste.
01:11Bonjour.
01:11Je suis très heureuse de vous accueillir sur ce plateau.
01:14Alors on vous doit plusieurs films et courts-métrages.
01:17Il y a « Couter voix » dont on parlera largement tout à l'heure.
01:20Il y a aussi « Écouter le battement de nos images ».
01:22Point commun, la Guyane.
01:24Que représente ce territoire à vos yeux, Maxime Jean-Baptiste ?
01:27Pour moi, la Guyane, c'est beaucoup de choses.
01:29C'est le territoire de mon père d'origine.
01:33Et c'est un territoire aussi où il y a beaucoup d'histoires, beaucoup de contextes différents qui coexistent.
01:39Et ça a toujours été pour moi important de le représenter au cinéma parce qu'il a, à mon sens, été toujours assez mal représenté.
01:47Et c'était pour moi assez important de donner une image juste et importante par rapport à ce territoire.
01:53Une image juste et importante.
01:54On va revenir sur ces termes qui vous sont très chers.
01:57Vos œuvres ont été présentées en Suisse, en Allemagne, aux Etats-Unis.
02:01Que souhaitez-vous dire au monde à travers vos réalisations ?
02:05À qui vous adressez-vous surtout ?
02:08Il y a plusieurs choses.
02:11L'important dans mon cinéma, c'est les émotions.
02:14Mais les émotions, elles sont aussi liées à un contexte.
02:16Là, c'est celui de la Guyane.
02:18Et donc aussi un contexte géopolitique.
02:20Et donc, pour moi, c'est vraiment important à la fois de parler d'émotions liées à plusieurs histoires.
02:26J'ai traité du spatial avec un court-métrage.
02:29J'ai traité d'un fait divers qui a marqué la Guyane.
02:31Le meurtre d'un jeune, en 2012, dans Coutévoix.
02:35Et pour moi, c'était toujours important à la fois de parler des émotions que peuvent créer ces événements.
02:40Mais en même temps, de parler aussi de l'aspect politique qu'il y a derrière ça aussi.
02:44On verra tout cela, effectivement, tout à l'heure.
02:47La semaine dernière, Maxime Jean-Baptiste, 40 kilos de méthamphétamines ont été saisis aux marquises.
02:53Cette drogue de synthèse, également appelée ICE, fait des ravages en Polynésie.
02:57Un fléau que rien ne semble pouvoir enrayer.
02:59On en parlait cette semaine dans « C'est pas si loin ».
03:01Regardez cet extrait.
03:10Quartier de Pyrée, commune voisine de Papé-Été.
03:13Charles a été appelé en urgence par une mère de famille.
03:15Elle est inquiète pour ses enfants.
03:18Déjà fumeur de cannabis, il semble aussi consommer de l'ice,
03:22le nom de la méthamphétamine en Polynésie.
03:28Votre maman s'inquiète pour vous deux.
03:30Pour votre état, pour votre santé.
03:33Quand je regarde, vous êtes des champions aussi dans la drogue.
03:37C'est ça, hein ?
03:38Vous êtes en train de vous insciter la santé.
03:41On s'est souffrées.
03:42Et j'ai votre drogue bu.
03:43C'est juste le coca.
03:47Ils disent qu'il ne touche pas au coca,
03:48mais je sais qu'il touche à l'ice aussi.
03:52Je peux reconnaître un AIC à 99%.
03:55Il y a les symptômes qui restent sur le visage, tout ça.
03:58Ils sont tombés dans une phase où
04:00ils sont obligés de se faire suivre par un psychiatre
04:03et des CV médicals aussi.
04:08Ce que je crains,
04:10ils vont fumer aussi,
04:11ils lui ont mis à l'ice.
04:13Mais je ne les vois pas fumer l'ice.
04:16C'est pour ça que je lui ai demandé de venir.
04:18Cette drogue-là, la AIC va te conduire sur trois chemins.
04:22Qui est la prison,
04:24qui est l'hôpital psychiatrique,
04:25qui est la mort.
04:26Comme un ce matin.
04:27On vient l'enterrer là, aujourd'hui.
04:30Il s'est donné la mort samedi.
04:32Samedi soir.
04:32Selon le gouvernement,
04:3530 000 personnes consommeraient de la méthamphétamine en Polynésie.
04:39Un stimulant de synthèse très addictif,
04:42parfois consommé sous forme de poudre blanche
04:44ou de cristaux transparents,
04:46semblables à de la glace.
04:48Je ne veux plus que vous allez chercher la drogue-là.
04:49Moi, je préfère que vous allez chercher
04:50les sous avec votre maman.
04:53C'est la maman qui va gérer votre argent.
04:56La situation, Maxime Jean-Baptiste,
04:57elle est gravissime en Polynésie
04:59face à cette drogue, la méthamphétamine.
05:01Même les associations qui aident les familles,
05:03victimes collatérales, sont absolument dépassées.
05:06Est-ce que c'est une situation que vous connaissez ?
05:09Effectivement, ça me parle,
05:11puisque en Guyane, on a un problème assez similaire.
05:15Ce n'est pas exactement la même drogue.
05:16Nous, on a un problème de krach qui est très, très fort.
05:19Mais ce qui est assez aussi perturbant,
05:23je pense, c'est qu'il faut aussi essayer de comprendre.
05:25C'est à la fois de voir d'où ça vient,
05:27tous ces problèmes d'addiction,
05:29puisque ça crée aussi des formes
05:31d'impossibilité de faire partie de la société,
05:34des formes de violences.
05:36Et souvent aussi dans les médias,
05:37souvent ces personnes sont représentées
05:39comme des dangers, même dans les discours.
05:42J'ai passé beaucoup de temps en Guyane,
05:43dans les cités, tout ça.
05:45C'est des personnes qui sont mal vues.
05:46Mais en fait, c'est aussi lié à un contexte.
05:48C'est-à-dire que nous, ce qu'on a aussi beaucoup,
05:50qui est très présent, c'est les mules.
05:53Oui, on en a beaucoup parlé dans notre magazine.
05:55C'est vu qu'on est sur le même système,
05:58qu'on est un département d'outre-mer,
06:00donc on est aussi une porte vers l'Europe.
06:02Et donc, nous, ce qu'il y a, c'est qu'on reçoit beaucoup,
06:05notamment la cocaïne qui vient de la Colombie,
06:07qui est ensuite transportée par le biais des mules vers l'Europe.
06:10On rappelle qu'effectivement, ce sont ces personnes
06:12qui souvent ingèrent de la drogue
06:13ou portent de la drogue dans leurs bagages,
06:15dans leurs effets personnels, les mules.
06:17Je vous en prie.
06:17Tout à fait.
06:19Et je pense qu'il faudrait avoir une double critique.
06:22C'est à la fois, effectivement, vis-à-vis des narcotrafiquants
06:25qui utilisent tous ces jeunes.
06:26Moi, j'ai pu en rencontrer en passant dans des cités.
06:31C'est de l'argent facile.
06:33Et en même temps, ils utilisent ces corps comme des chiffres.
06:37Mais de l'autre côté, il faut aussi se rendre compte
06:38des conditions dans lesquelles on est.
06:40C'est-à-dire qu'il y a peu de travail,
06:42il y a énormément de chômage.
06:44Tous ces jeunes n'arrivent pas à avoir de perspective.
06:47Et beaucoup de travail sont pris aussi,
06:50notamment par des personnes qui viennent de l'Hexagone.
06:52Donc, en fait, c'est aussi logique que beaucoup de jeunes fassent ça.
06:56Maxime Jean-Baptiste, ce qui est glaçant,
06:58c'est que là, vous nous parlez de la situation en Guyane.
06:59On a vu la situation en Polynésie.
07:01Qu'il s'agisse d'ice, qu'il s'agisse d'herbe, de marijuana,
07:04de cocaïne, de crack.
07:05Au final, la répression est toujours l'unique solution,
07:09l'unique option, en tout cas, des autorités.
07:12Mais pas la seule solution, justement.
07:14Est-ce que vous avez le sentiment que les politiques publiques
07:16s'intéressent à la base du problème,
07:18à ce manque de perspective que vous évoquez, justement ?
07:21Oui, je pense que c'est une bonne question.
07:24Je pense que pas du tout.
07:25En fait, ils s'intéressent à ça.
07:26Ils pensent, comme vous le dites très justement,
07:28à des mesures répressives, en fait,
07:30de sécurité par rapport au quartier,
07:32par rapport à ce fléau de la drogue.
07:34Mais en fait, le documentaire le montre.
07:37On a cette personne qui connaît la localité
07:42et sait parler à ces gens.
07:43Et c'est ces gens-là, en fait,
07:45qui savent exactement, ces agents-là,
07:48ces personnes qui sont très actives dans les quartiers,
07:51mais que souvent, ils ont très peu de moyens.
07:53On ne les écoute pas du tout.
07:55Mais c'est eux qui font un travail colossal.
07:57Moi, j'ai pu rencontrer, en travaillant d'ailleurs sur mon film,
08:00sur un quartier à Cayenne,
08:02j'ai rencontré beaucoup de ces personnes-là
08:04qui se sentent délaissées complètement
08:06parce qu'ils s'occupent de tous ces problèmes-là.
08:09Et ils savent aussi comment parler avec eux.
08:10C'est-à-dire qu'ils connaissent ces jeunes,
08:12ils savaient qui ils étaient
08:12et ils savaient comment ils se sont transformés.
08:15Et c'est que ce dialogue-là qui est possible
08:16pour changer, pas un dialogue de répression,
08:19parce qu'en fait, en les mettant en prison,
08:21ils sortent, ils sont encore pires.
08:22– Effectivement.
08:23On passe au deuxième sujet de la semaine, Maxime Jean-Baptiste.
08:27Le créole a-t-il été oublié ou exclu
08:30du concours d'agrégation des langues de France ?
08:33L'examen aura lieu le mois prochain,
08:34mais aux côtés du basque ou du catalan,
08:37pas de langue régionale des Antilles-Guyanes
08:39et de la Réunion.
08:40Extrait.
08:40– Ce long chemin pour la reconnaissance
08:49a abouti en 2000 à la création d'un CAPES de créole
08:52pour qu'il soit enseigné dans les collèges et lycées.
08:54– Qu'ils ont une thématique là ?
08:56– Contrées.
08:59– Comme ici, au lycée Félix-Proto au Zébim,
09:02où Elsa et Nimod Dernot enseignent à des élèves
09:05de terminale en spécialité créole.
09:07– Je ne peux pas inviter J-DES à sous-table.
09:09– C'est une fierté pour moi de le parler
09:13et je vois qu'on n'est pas nombreux à savoir
09:14qu'il y a une SP créole.
09:16Si plus personne ne prend cette SP,
09:18elle n'existera plus.
09:19On ne saura plus vraiment comment parler créole
09:21ni l'écrire convenablement.
09:24Donc c'est important pour moi de continuer
09:26à faire vivre cette langue.
09:27– Par contre, cette expression-là,
09:28« ikabamoun bol ».
09:30– Mais pour Elsa, première agrégée de créole
09:33à l'ouverture du concours en 2020,
09:35il reste encore beaucoup à faire.
09:37– Quand j'ai décidé de ne plus enseigner
09:40les lettres modernes et de passer à l'enseignement du créole,
09:43j'ai quand même eu droit dans mon entourage
09:45à quelques marques de surprises.
09:48Ça signifie quand même que dans la représentation,
09:52un professeur certifié de lettres serait quelque chose
09:55d'un peu plus intéressant qu'un professeur de créole.
09:59Parce que le créole renvoie peut-être au statut d'esclave
10:02et ensuite d'ouvriers agricoles qui restent assez en vie,
10:05entre guillemets, sur l'habitation.
10:07En 1946, la départementalisation a joué un rôle,
10:11a été un cap aussi, parce qu'à ce moment-là,
10:13pour devenir pleinement citoyen français,
10:15il faut intégrer le système scolaire français,
10:17il faut réussir à l'école française,
10:19et pour ça, il faut maîtriser la langue française.
10:22Et le préjugé qui a la dent dure,
10:25c'est que le créole et la culture créole
10:27vont représenter un frein à cette entrée dans le système.
10:30En tant que Guyanais,
10:33que représente à vos yeux l'enseignement
10:35et la reconnaissance du créole dans nos institutions,
10:38et surtout, en l'occurrence,
10:39ce que traduit son exclusion de ce concours ?
10:43C'est vrai que l'exclusion actuelle du créole,
10:46là, maintenant, c'est quelque chose d'assez violent
10:48et qui fait référence aux siennes,
10:50à une blessure, en fait, où le créole était interdit.
10:53Moi, c'est vrai que dans ma famille,
10:55mon père me disait que c'était interdit,
10:57en fait, de parler créole.
10:58Je vous confirme, moi aussi, en Martinique.
11:00Ben voilà, c'est ce qu'on partage.
11:03Et il y a eu aussi une redoublance de ça
11:07en venant en France, aussi,
11:08où on se voit, en fait, à chaque fois vivre du racisme.
11:12Et donc, je pense que le fait que c'était devenu,
11:15en fait, un outil de transmission, en fait,
11:18le créole qui fasse partie de l'école,
11:20ça permettait, en fait, de rétablir cette blessure,
11:22en fait, en se disant, c'est une langue parmi d'autres,
11:25qui est pratiquée par de nombreuses personnes.
11:27Et c'est aussi, c'est l'identité, en fait,
11:30c'est une identité martiniquaise,
11:32guadeloupéenne, guyanaise.
11:34Ça fait partie de ce qu'on est.
11:36Et donc, de l'interdire, c'est comme se couper d'une partie de soi.
11:39Pourquoi c'était interdit, à l'époque, Maxime Jean-Baptiste ?
11:42Pour ce qui est le cas de la Guyane,
11:45et je crois qu'elle l'explique très bien aussi,
11:48c'est que, par le biais de la départementalisation,
11:51il y avait cette idée aussi d'être,
11:53de faire vraiment, vouloir faire partie du système français parfaitement.
11:57Donc, il y avait une forme d'assimilation derrière.
12:00Et effectivement, c'est comme ça qu'on l'a interdit.
12:03Et ça a créé beaucoup de violence, derrière aussi.
12:06Vous nous disiez, en préparant cette émission,
12:08que c'est une langue qui a, dans son ADN,
12:10quelque chose de très politique.
12:12Je rappelle que vous vivez en partie à Bruxelles.
12:14Quelles initiatives locales ou européennes
12:17devraient, selon vous, voir le jour,
12:18afin de protéger, voire sanctuariser, peut-être,
12:21l'enseignement du créole ?
12:23Déjà, ne pas l'exclure, comme ils voudraient le faire.
12:27Ça, ce serait important.
12:29Et puis après, il faut aussi voir la particularité de cette langue.
12:32C'est une langue qui, à mon sens aussi,
12:36est très vivante et changeante aussi.
12:39Il faut aussi se rappeler le contexte de création de cette langue.
12:43Elle a été créée dans la plantation,
12:44pendant la période esclavagiste.
12:46Et c'était vraiment une langue de résistance.
12:50Et donc, elle échappe aussi à un enfermement,
12:53à une espèce de codification,
12:55comme pourrait l'être le français ou l'italien
12:56ou d'autres langues européennes.
12:59Elle est aussi performative.
13:00C'est vrai que moi, des fois, on me demande
13:02« Tu peux parler créole, s'il te plaît, pour moi ? »
13:05Et je leur dis quelques mots,
13:07mais en fait, c'est quelque chose qui se vit aussi en communauté.
13:10On ne peut pas juste dire le créole comme ça.
13:13C'est une langue vivante,
13:14qui est liée aussi à un espace
13:16où on est protégé pour pratiquer cette langue,
13:19qui, je le rappelle, est née dans un contexte aussi d'oppression.
13:22Est-ce que vous diriez que le cinéma peut remplacer
13:24ou peut-être venir compléter cet enseignement
13:27afin de maintenir cette langue vivante, justement ?
13:31Effectivement, c'est ce que j'ai pu aussi avec mon film.
13:34On l'a vu aussi ces derniers temps avec d'autres films.
13:38Il y a eu Zion, par exemple, de Nelson Foer,
13:40Marmaille, ça, c'est La Réunion,
13:44et d'autres films qui montrent que le créole,
13:47à son existence, est une langue parmi d'autres.
13:50Ce n'est pas un français différent, pas du tout.
13:54C'est une langue.
13:55Et ça, il faut le reconnaître.
13:57Et c'est vrai que le cinéma, ce qui permet, en fait,
13:59c'est de sortir aussi des institutions.
14:02On rentre dans un univers intime.
14:04Et c'est là aussi où le créole se pratique.
14:06Merci pour la perche,
14:07parce que le créole, c'est justement la langue
14:09que vous avez choisie pour le titre de votre dernier film,
14:14votre film « Coupes et voix »,
14:15« Écoutes les voix », sorti en 2024.
14:18C'est votre premier long-métrage.
14:19On en parle juste après cette bande-annonce.
14:24Je serai là, t'inquiète.
14:26Je t'accompagnerai comme à chaque fois,
14:28je t'ai toujours accompagné.
14:30Merci.
14:30Dans tout, ça va nous rémémorer plein de choses.
14:35On aura la sensation que Lucas sera parmi nous, là, ce soir.
14:43T'as connu, Lucas ?
14:44Ouais, j'avais deux ans.
14:45Il y a un mot qui meurt.
14:46Mon Lucas, c'est dans le sang, c'est dans le cœur.
14:48C'est même il y a dix ans, quinze ans,
14:50il est là toujours avec nous.
14:53Il n'y a pas eu de justice à mes yeux.
14:58Pour moi, je n'ai pas eu de vengeance là, pour lui.
15:00Prends courageux, me frais, prends courageux.
15:16Contre-bas, re-place.
15:17Les cuves à côté.
15:18Et les basses, rapprochez-vous.
15:19Prends courageux, me sa, prends courageux.
15:27Prends courageux, me sa, nana, prends courageux.
15:32Comment peut-on pardonner ?
15:53C'est quoi le pardon ?
15:55Comment faire ?
15:55Alors, très honnêtement, ce film, je l'ai regardé tard hier soir.
16:04Il m'a retourné.
16:06C'est un peu de fiction autour d'un drame bien réel.
16:09Le meurtre d'un jeune homme de 18 ans, c'était en mars 2012, en Guyane.
16:13Votre cousin, Maxime Jean-Baptiste.
16:15Un film qui raconte une violence latente, parfois invisible aussi.
16:19Ce qui est étonnant, c'est la façon dont vous en parlez, à travers notamment la rage
16:23que l'on peut ressentir chez les survivants, chez son copain qui s'est interposé et qui
16:27a pris des coups de couteau, chez sa maman qui essaye de continuer à avancer.
16:33Oui, effectivement, c'est une histoire qui m'approche.
16:36Et ce que j'ai vu aussi, c'est que quand ça s'est passé, c'était en 2012, c'est
16:40devenu plus qu'un fait divers, un fait social aussi, qui a beaucoup marqué la Guyane.
16:44Il y avait un trop-plein, en fait.
16:45Il y avait beaucoup de meurtres de ce type-là à ce moment-là, de jeunes personnes.
16:49Mais qui était révélateur aussi de la situation de la Guyane.
16:53C'est-à-dire qu'il y avait, à cet âge-là, entre 18 et 22 ans, il y avait une difficulté
16:57à pouvoir se projeter en tant que jeune adulte, à savoir où on reste en Guyane, on part
17:01en France, on va ailleurs.
17:02Il y a toujours cette difficulté.
17:03Et c'est là où il y a une espèce de déflagration de violence qui se produit.
17:06Et Lucas était victime de ça.
17:08Et moi, ce que j'ai voulu vraiment, c'était de faire un film sur effectivement ce qui reste,
17:12comment ils vivent avec ce deuil-là, des envies de vengeance et des envies de réparer.
17:17Voilà.
17:18Il date de 2012, donc ce meurtre.
17:21Votre film est sorti en 2024.
17:24Pour quelles raisons ce laps de temps ?
17:26Pourquoi avoir décidé d'y revenir à ce moment-là et de cette façon-là ?
17:29Pour moi, c'est important de laisser du temps lorsqu'il y a une blessure.
17:35Des fois, on a tendance à voir un fait divers et tout de suite vouloir le couvrir.
17:41C'est un terme intéressant aussi, couvrir.
17:44Oui.
17:44Et moi, j'ai voulu laisser le temps.
17:47Et du coup, j'ai vu Nicole assez tardivement.
17:50Nicole qui est la mère de Lucas.
17:51La mère de Lucas, qui est un des personnages principaux, pour qu'ils aient pu digérer aussi,
17:57pour qu'ils aient pu aussi faire face à ça et pouvoir aussi se livrer devant une caméra.
18:02C'était plus facile qu'au moment même des faits.
18:06Juste au parallèle avec le créole dont on parlait juste à l'instant,
18:09quelques passages, tout juste, sont en créole dans ce film, écoutez-voix.
18:13Quelques passages que vous avez choisis de ne pas sous-titrer, ne pas traduire.
18:16Pour quelles raisons ?
18:17Pour moi, c'était important pour différentes raisons.
18:20Le film est principalement en français, parce que le personnage principal parle en français.
18:26Melrix, le jeune qui est le protagoniste, il a beaucoup grandi, lui, en banlieue parisienne.
18:32Mais il a ce désir de se rattacher à ce pays-là.
18:37Et donc, je voulais vraiment qu'on soit dans son point de vue.
18:38C'est-à-dire qu'on découvre ce pays, on découvre ce quartier, on découvre ces gens.
18:42Et on découvre aussi cette langue, mais sans qu'elle soit annoncée.
18:45C'est toujours par...
18:47C'est ça aussi le créole.
18:48C'est quelque chose qui, pour moi, n'attend pas à ce qu'on le traduise, n'attend pas à...
18:54Il est furtif, il est comme il veut, en fait.
18:59Et c'est ça que j'aimais bien aussi.
19:00C'est que le créole, ceux qui vont l'entendre, ils vont tout de suite le comprendre.
19:04Ceux qui ne l'entendent pas, ils ne l'entendront peut-être pas.
19:07Mais pour moi, c'était ça la subtilité.
19:10Écoutez-voix est disponible en vidéo à la demande.
19:12Il a été présenté au FIFAC, le festival international du film documentaire Amazonie-Caraïbe.
19:16Il est passé par la Chine, les États-Unis, le Canada, des pays d'Afrique, la Belgique.
19:20Me semble-t-il qu'il est en lice aussi, éligible au César.
19:24Éligible au César, en lice au René du cinéma, dans la catégorie meilleur documentaire.
19:28L'ironé, équivalent des Oscars belges, en quelque sorte.
19:32Vous qui souhaitez dire votre vérité de l'intérieur,
19:34qui n'aimait pas que cette violence, en l'occurrence, guyanaise, soit reprise par d'autres,
19:38mal expliquée par d'autres.
19:40C'est aussi ce message que vous voulez faire passer à travers le monde ?
19:44Dire les choses de l'intérieur en prenant le temps, c'est capital ?
19:48C'est très important.
19:50C'est vrai que la Guyane a eu tendance à avoir cette image très négative,
19:53soit à travers le commerce de l'or.
19:56On a eu beaucoup de films qui étaient assez négatifs par rapport à ça,
20:00très spectaculaires.
20:02Ou par rapport au spatial, ou encore à l'Amazonie, on parlait de l'enfer vert.
20:06C'était à la fois des images qui venaient déjà du cinéma,
20:10mais aussi dans l'imaginaire général.
20:15C'était important pour moi de parler d'une Guyane plutôt intime,
20:20plutôt quotidienne, qu'on ne voit jamais en fin de compte,
20:22et surtout de ce quartier-là, mon Lucas, qui est aussi très mal vu dans les médias.
20:27C'est important pour moi de donner une image réelle aussi.
20:29On a tendance à misérabiliser aussi.
20:33Mais ça, ce n'est pas que le cas de la Guyane.
20:34C'est le cas aussi des banlieues parisiennes,
20:36c'est le cas de tous ces lieux marginals.
20:39Et pour moi, c'est important de dire,
20:41oui, il y a des conditions qui sont oppressantes,
20:44mais les gens vivent, en fait.
20:46Avant tout.
20:47Avant tout.
20:48Et si ce ne serait que de l'oppression,
20:50pourquoi les gens resteraient ?
20:51Ils partiraient ou ils se tueraient eux-mêmes ?
20:53Les gens vivent.
20:54Et ça, c'est important pour moi de le montrer.
20:56Dernier thème de la semaine,
20:57Maxime-Jean-Baptiste, Saint-Pierre-et-Miquelon,
20:59c'est le territoire ultramarin français,
21:01à la fois le plus proche de Paris et du Groenland.
21:04Alors évidemment, la question de sa souveraineté
21:06occupe les esprits depuis qu'ont commencé les menaces de Trump.
21:09Ce, d'autant plus que Paris entend céder
21:11une partie de l'espace aérien de Saint-Pierre-et-Miquelon au Canada.
21:15On en parle juste après cet extrait.
21:21Le statut du Groenland aujourd'hui,
21:23que ce soit vis-à-vis de l'Union européenne
21:24ou que ce soit vis-à-vis du Danemark,
21:26sa puissance coloniale historique,
21:27peut se rapprocher, ou en tout cas est proche,
21:29d'un certain nombre de territoires ultramarins,
21:32transocéaniques français.
21:34Le statut du Groenland est assez proche de Saint-Pierre-et-Miquelon.
21:36Surtout que Saint-Pierre-et-Miquelon, en plus,
21:38est un territoire qui est évidemment dans le même ensemble régional
21:40de l'Atlantique nord-ouest que le Groenland.
21:42Il y a des correspondances qui sont assez claires.
21:45Écoutez, ce qui nous sépare de Saint-Pierre-et-Miquelon
21:47du Groenland, c'est quoi ?
21:48Grand maximum, 2000 kilomètres.
21:50Donc, ce n'est pas si loin que ça.
21:52Aujourd'hui, bien entendu,
21:53le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon
21:54n'a pas les mêmes ressources naturelles que le Groenland.
21:58Ceci étant, il pourrait y avoir un intérêt,
22:00notamment pour les Américains,
22:02sur des enjeux de souveraineté.
22:05Trump est quelqu'un d'extrêmement imprévisible
22:07et peut-être qu'à un moment ou à un autre,
22:09il aura un regard sur le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon.
22:12Il l'a eu, d'ailleurs, il n'y a pas si longtemps que ça,
22:14il y a quelques mois,
22:15concernant la taxation douanière
22:16où le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon
22:18allait être le territoire au monde le plus taxé,
22:21à hauteur de 99 %.
22:23Il ne faut pas être dans des inquiétudes démesurées,
22:30il ne faut pas être dans la paranoïa, bien entendu,
22:32mais il faut être très vigilant au rouleau compresseur Trump.
22:36On doit impérativement avoir une vigilance accrue
22:39et puis bien défendre les intérêts de la France en Amérique du Nord.
22:44Nous sommes Français depuis plus de deux siècles,
22:46on souhaite l'être encore de manière indéfinie.
22:48Comment, en tant qu'ultramarins,
22:51percevez-vous ces points fragiles sur la carte du monde ?
22:54Et par points fragiles, j'entends ces territoires français
22:56au cœur de zones convoitées.
22:59Oui, ce qui se produit au Groenland,
23:03c'est un peu ce qui se passe aussi avec nous,
23:06avec nos territoires,
23:07qui sont sous la main d'une plus grande puissance.
23:11C'est le cas des Outre-mer,
23:12c'est la France qui est la superpuissance,
23:14qui détient ces territoires.
23:16Je pense que ce qui est assez fort,
23:20ce qu'a dit Trump à Davos en Suisse,
23:23il parlait d'acquisition de territoire
23:25comme si c'était quelque chose de très normal,
23:27comme l'a fait l'Europe par le passé.
23:29Et donc, en fait, il normalise l'acte de colonisation.
23:32Et j'ai trouvé ça très, très violent.
23:34Et c'est vrai que nous, depuis nos territoires,
23:36en fait, ça réveille encore une fois
23:39cette violence-là coloniale en la normalisant,
23:43alors que pas du tout.
23:43On est Français, mais en fait, on est Français
23:46aussi par un contrat qui a été établi par la France,
23:49ce n'est pas forcément par nous.
23:50On va terminer avec votre photo du jour,
23:53Maxime Jean-Baptiste.
23:55Elle va s'afficher, on la découvre,
23:56voilà, en même temps que nos téléspectateurs.
23:58Qui est ce jeune garçon ?
24:00Alors, c'est Melrick,
24:01c'est le protagoniste du film Côté Voix.
24:04J'ai voulu choisir cette photo parce que c'est son expression, en fait.
24:09L'image est assez courte dans le film,
24:11mais son expression, c'est une expression à la fois de peur,
24:14de questionnement.
24:16Et je pense que c'est ce à quoi est face aussi cette jeune génération.
24:20Elle ne sait pas ce qui va venir,
24:22mais en même temps, elle reste là,
24:23elle reste à regarder, elle reste en vie.
24:26Et c'est pour ça que j'ai choisi cette image.
24:28Et si je peux me permettre,
24:29vous mettez aussi beaucoup en exergue
24:30l'importance de la communication.
24:32Quel que soit le mode de communication,
24:34finalement, c'est aussi ce qu'il ressort de ce film.
24:37L'importance de l'échange,
24:38en l'occurrence avec les plus jeunes générations,
24:40ça, c'est capital.
24:41C'est très important pour moi.
24:42Le film a au centre, au cœur,
24:44un dialogue entre la génération de Nicole,
24:47qui a maintenant 70 ans,
24:50et celle de Melrick.
24:50Nicole, la maman de Lucas, la victime, donc, effectivement.
24:53Voilà.
24:53Et je pense que, même si c'était dans une sphère intime,
24:56en fait, plus largement,
24:57ce dialogue est ton de peu plus important.
25:00Parce que si à chaque fois, on sépare les générations,
25:03il ne pourra jamais y avoir cet avancement dans la société.
25:05Et c'est comme ça aussi que Melrick avance,
25:07mais qu'aussi Nicole avance en écoutant son petit-fils.
25:09En tout cas, je sors peut-être de mon rôle,
25:11mais j'assume, ce film, il est extraordinaire.
25:13Donc, voilà, j'invite ceux qui nous suivent
25:15à foncer le regarder, disponible en vidéo à la demande.
25:18Merci infiniment, Maxime Jean-Baptiste,
25:20d'être venu sur le plateau de C'est pas si loin.
25:22Merci à vous d'être toujours fidèles à ce rendez-vous,
25:26émission que vous pouvez évidemment retrouver
25:28sur la plateforme France.tv,
25:30également en podcast sur toutes les plateformes audio.
25:33Je vous souhaite une très belle fin de journée
25:34sur France Télévisions, un excellent week-end.
25:37Et je vous dis à la semaine prochaine,
25:38même lieu, même heure.
25:39Sous-titrage Société Radio-Canada
25:43Sous-titrage Société Radio-Canada
25:47Sous-titrage Société Radio-Canada
25:51Sous-titrage Société Radio-Canada
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