Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 15 heures
Chaque année, 10 000 km de haies sont arrachés en France. La tendance n'est pas nouvelle, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nos paysages agricoles ont été profondément transformés. Le bocage a laissé la place à des open-field, plaines immenses dépourvues d'arbres. Pour répondre au marché hyper compétitif, nombre d'agriculteurs arrachent leurs haies pour agrandir leurs parcelles, et produire plus.
Pourtant les Haies présentent de nombreux atouts, aussi bien pour la biodiversité que pour que pour le bien-être des animaux.
Le sénateur écologiste d'Ille-et-Vilaine, Daniel Salmon, en a fait son combat depuis plusieurs années. De sa campagne bretonne aux bancs de la chambre haute, le sénateur lutte pour protéger et réhabiliter les haies dans nos campagnes. Année de Production :

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00C'est une délégation un peu particulière qui débarque aujourd'hui sur l'exploitation de Serge Fournerie.
00:20Donc oui, en s'enlevant, la ferme qui était ici, qu'on a reprise, elle s'appelait le Grec des Vents.
00:24C'est pour dire qu'ici, ça s'ouvre toujours.
00:26Tous sont jurés du concours général agricole, dans une catégorie très spécifique.
00:33Cet éleveur de vaches laitières présente aujourd'hui sa plus belle haie.
00:36C'est plutôt une haie, on va dire patrimoniale, c'est vraiment une haie, vous allez voir, très vieille.
00:43Depuis 2020, le concours général agricole consacre un de ses volets à l'agroforesterie et particulièrement à la gestion des haies.
00:50Ce concours permet de récompenser les exploitants qui transitionnent vers un modèle agricole plus respectueux de l'environnement.
01:00Pousser, voilà, ça fait même, vous allez voir, des grattoirs pour les animaux, les branches qui descendent, je ne les coupe pas.
01:07La haie, on voit que ce côté-là, elle reste à son état naturel, où les branches, il est choisi par l'éleveur de ne pas les couper.
01:15Et ça permet aux animaux d'être aussi bien protégés.
01:19Le jury examine tous les aspects de la haie.
01:22La grille d'évaluation comprend plus d'une vingtaine de critères.
01:26Je ne sais même pas combien d'en a, je n'ai pas compté.
01:29Mais oui, je trouve qu'en en a beaucoup.
01:33On regarde vraiment tous les aspects d'une exploitation.
01:36Donc comme on est dans un domaine agricole, il y a autant l'aspect agronomique que l'aspect gestion de la haie en elle-même.
01:42On parle beaucoup d'agriculture, pas souvent d'aie, donc ça les met un peu en valeur.
01:49On est fiers de la façon dont on chère Noé.
01:54J'en ai planté beaucoup, donc voilà, je le fais savoir et je le fais voir.
02:00En quelques années, les haies sont devenues de véritables bêtes de concours.
02:05Une prise de conscience de leur valeur environnementale.
02:08Car pendant plusieurs décennies, de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'en 2005,
02:14une politique a dominé la gestion des haies, le remembrement.
02:19Cette politique d'aménagement du territoire débute à la fin de la guerre.
02:24A l'époque, l'agriculture française se modernise à grande vitesse.
02:28Les agriculteurs doivent produire plus.
02:30Mais le territoire n'est pas adapté à un système hyper productif.
02:33Les parcelles sont souvent très petites.
02:37Les haies sont alors arrachées pour en faire de grandes surfaces de culture.
02:41Il y en avait combien de parcelles là avant ?
02:43Cinq.
02:44Ça vous apporte quoi ?
02:45C'est plus rentable, question de travail.
02:48Question de travail, ça vous permet de travailler avec des tracteurs, avec des machines ?
02:52Le remembrement a transformé le paysage de Bocage en un paysage uniforme.
03:00Le sénateur écologiste Daniel Salmon a grandi ici, à quelques kilomètres de Rennes, en Ile-et-Vilaine.
03:06Depuis que je suis gamin, on vient régulièrement ici.
03:10C'est mon petit poumon, à vrai dire.
03:12C'est mon coin d'oxygène.
03:14Si je n'y passe pas régulièrement, je suis comme un arbre qu'on aurait déraciné.
03:19Ce petit coin de paradis, le sénateur l'a vu se métamorphoser au fil des années.
03:25Ici, on est dans l'ancienne ferme de mes grands-parents.
03:28Mes grands-parents maternels étaient des petits paysans, des tout petits paysans bretons.
03:33On était dans un tout autre contexte, un tout autre paysage.
03:37C'était le paysage, on va dire, ancestral qui s'était construit sur des millénaires dans ce pays breton,
03:43avec tous ces maillages de Bocage qui étaient là.
03:47Et moi, j'ai vu une transformation terrible de cet endroit.
03:53À côté de la maison, des champs s'étendent à perte de vue.
03:57C'est ça que je voulais vous montrer.
04:00Entre ici et les premiers arbres qu'on voit là-bas, du temps de mes grands-parents,
04:06c'est-à-dire avant le remembrement,
04:07il y avait au minimum sept rangées de haies perpendiculaires à la pente.
04:13La mécanisation qui s'est amplifiée au cours des années
04:18a amené à devoir avoir des parcelles de plus en plus grandes.
04:23Et lorsque vous avez des épandages avec des bras d'épandage qui font 15 mètres,
04:28effectivement, vous avez pu passer dans le champ entre les haies.
04:33Aujourd'hui, la haie, dans l'esprit de l'agriculteur,
04:36c'est un coût en temps et en argent.
04:38Pourtant, les haies avaient un rôle essentiel sur ces terres.
04:44Donc, c'était perpendiculaire.
04:45Donc, ça retenait forcément la terre, parce qu'on est en Bretagne.
04:48Il pleut souvent, c'est souvent une petite pluie fine,
04:50mais il arrive que c'est des fois des pluies quand même plus conséquentes.
04:54Eh bien, écoutez, là, ce qui se passe, c'est que la terre,
04:58eh bien, la terre, elle descend tranquillement,
05:00mais sûrement dans le fond du vallon.
05:03Et après, elle part dans un petit ruisseau et rejoint l'AF et la vilaine plus tard.
05:08Ces haies offraient aussi un refuge à plusieurs espèces d'animaux.
05:12Une faune expropriée qui se rabat désormais sur les quelques haies bosquées survivants.
05:18Mais les chiffres sont alarmants.
05:20En 15 ans, un tiers des oiseaux ont disparu des campagnes.
05:24Pourtant, chaque année, 5000 kilomètres de haies sont arrachées,
05:28malgré un objectif fixé par l'État de replanter 50 000 kilomètres de haies d'ici à 2030.
05:37Ici, au bord de la Manche, dans le Cotentin, le vent étrie les cultures.
05:42La terre descend lentement vers la mer.
05:45Les paysans savent bien que les haies sont leurs alliés.
05:49Mais dans la course à la productivité, à la rentabilité,
05:53certains continuent de les arracher pour agrandir leur parcelle.
05:56Moi, j'ai acquis ces parcelles il y a trois ans.
06:01Après, il faut bien pouvoir travailler.
06:04Et puis, je les ai rendus mécanisables.
06:07Il y en avait une au fond qui refermait.
06:09Là, il y en avait une qui revenait là, qui refermait.
06:11C'était que des parcelles comme ça.
06:13Qu'est-ce que vous voulez faire avec des micro-parcelles ?
06:16Rien.
06:17Sur cette parcelle, cet éleveur de vaches laitières a arraché presque un kilomètre de haies.
06:23Lorsqu'il l'a achetée, elle ne faisait que 15 mètres de large.
06:26Exactement la taille de la parcelle voisine.
06:30Dans son champ, les traces plus claires témoignent de l'emplacement des haies arrachées.
06:34Aujourd'hui, on a un pulvérisateur, il fait 30 mètres.
06:37Vous voyez bien que dans des petites parcelles, on ne peut rien faire.
06:40On perd de l'engrais dans les croisements.
06:43Il n'y a aucun intérêt de garder des petites parcelles pour pouvoir travailler.
06:51Jean-Philippion est vice-président de la coordination rurale de la Manche.
06:56Pour lui, les exploitants n'ont pas le choix.
06:58Pour rester compétitif face à la concurrence étrangère,
07:01ils doivent forcément travailler sur de grandes parcelles.
07:04Donc voilà, on n'est pas anti-haies.
07:07Mais voilà, ça s'aménage.
07:09Qu'on nous demande d'être compétitif,
07:11mais être compétitif par rapport à des pays où il y a des plaines de 100 hectares ou des choses comme ça.
07:18On ne peut pas être compétitif comme ça, ce n'est pas possible.
07:19On n'est pas là pour massacrer, on est là pour optimiser notre outil de travail,
07:26pour gagner de l'argent et en vivre.
07:31Mais ces arrachages de haies sont aujourd'hui illégaux.
07:35Pierre Simon, lui, a été dénoncé par un de ses voisins.
07:39L'Office français de la biodiversité, la police de l'environnement,
07:43a remarqué que l'éleveur avait arraché plus de 2 kilomètres de haies pendant 6 ans.
07:48C'est la cartographie, des linéaires de haies qui ont été arrachées.
07:54Donc je ne sais pas si on voit bien.
07:57En fait, tous les traits rouges, c'est les haies qui existaient.
07:59Donc là, on voit bien que c'était que des petites parcelles.
08:02On a un satellite qui prend en permanence des photos.
08:06Ils savent tout.
08:07L'éleveur a été condamné devant le tribunal correctionnel à 500 euros d'amende avec sursis
08:13et a replanté 3 kilomètres de haies.
08:15Car depuis mars 2025, la loi subordonne toute destruction de haies
08:21à la replantation d'un linéaire équivalent.
08:24Un amendement inséré dans le projet de loi d'orientation agricole
08:28par nul autre que le sénateur Daniel Salmon.
08:31Mais pour Pierre Simon, replanter des haies, c'est inenvisageable.
08:35Ils me demandent de respecter un cahier des charges.
08:39Donc, sur talus de 2,50 m, clôture barbelée, ils choisissent les essences.
08:45Là, voilà, en gros, ils demandent que les ressemblent à une e-bussonnante.
08:51Ils expliquent qu'il faut faire comme ça.
08:54Donc au final, si je refais tout comme dans le cahier des charges,
08:57j'en ai pour 40 000 euros.
08:58Donc, c'est aberrant.
09:02S'il n'a pas commencé à replanter d'ici deux mois,
09:05Pierre Simon devra payer 150 euros d'amende par jour de retard.
09:09Mais pour le moment, il refuse de replanter.
09:13On arrache pour le plaisir.
09:15On arrache pour rendre la parcelle fonctionnelle.
09:18Je ne vais pas me soumettre à de l'administration.
09:20Enfin, ils veulent quoi à notre mort ?
09:24Autant aller travailler dans des grands groupes par chez nous,
09:28il y a du boulot, et puis être tranquille.
09:31Le vendredi midi, on est quitte, il n'y a zéro souci.
09:35L'éleveur a fait appel de sa condamnation,
09:37mais n'a pas encore reçu de date pour son prochain procès.
09:41Pierre Simon est loin d'être le seul confronté à ce dilemme
09:44entre les exigences de rentabilité et le respect des normes environnementales.
09:48Pour les libérer de ce poids,
09:51le sénateur Daniel Salmon souhaite rendre la haie rentable.
09:55Là, il faut attendre 10 ans pour qu'on ait quelque chose de joli.
09:59Il y a trois ans, cet éleveur de vaches laitières
10:01a replanté 2 km de haies autour de cette parcelle.
10:05Ça permettait d'avoir un petit peu d'abri contre le vent
10:08et puis pour mettre les animaux tranquilles par rapport au soleil.
10:15Mais ces avantages coûtent cher.
10:16Car l'entretien d'un kilomètre de haies représente environ 450 euros par an.
10:22Alors forcément, sur une exploitation avec plusieurs kilomètres de haies,
10:26la facture grimpe vite.
10:28Mais Yannick Joubrel bénéficie désormais d'une aide de la politique agricole commune.
10:32Et nous, c'est depuis l'année dernière qu'on s'est déclaré là-dessus.
10:36Et donc, on a une aide de 8 euros à peu près du mètre linéaire.
10:40Ce qu'il n'y avait pas avant, en fait, parce qu'on a toujours eu des haies.
10:42On les entretenait.
10:44Mais là, du coup, c'est la PAC qui participe.
10:47D'accord.
10:48Ça a été fait peut-être dans la mesure où ils se sont aperçus que les gens arrêchaient les arbres.
10:52Peut-être.
10:54Mais cette aide à l'entretien, l'éleveur n'est pas assuré de la toucher tous les ans.
10:58C'est une mesure qui n'est pas inscrite dans la loi de façon permanente.
11:02Et c'est justement le combat que mène Daniel Salmon.
11:05Lui souhaite la création d'un crédit d'impôt sur l'entretien des haies.
11:09Donc là, l'idée, c'est vraiment de faire en sorte de venir aider l'agriculteur
11:13et que lorsqu'il fait ce travail d'entretien de la haie, il soit rétribué.
11:20Ce crédit d'impôt a été voté deux fois au Parlement.
11:23Mais en l'absence de consensus sur le budget 2025, il reste pour le moment en suspens.
11:28Mais le sénateur se dit confiant sur son adoption dans le budget 2026.
11:33Il va falloir que je reprenne mon bâton de pèlerin pour aller voir l'ensemble de mes collègues sénateurs
11:39en leur disant « écoutez, on l'a voté à l'unanimité en début d'année,
11:46il n'y a pas de raison que le Sénat se dédie ».
11:48J'en ai déjà discuté avec un certain nombre de sénateurs.
11:50Je pense qu'on doit pouvoir arriver à le faire passer à nouveau.
11:54Mais un crédit d'impôt ne suffirait pas à convaincre des agriculteurs comme Pierre Simon
11:58de préserver leur haie.
12:00Les exigences de rentabilité sont trop lourdes.
12:03Alors Daniel Salmon veut aller plus loin et faire de la haie une culture à part entière.
12:08Ce qu'il y a à faire, c'est vraiment organiser une vraie filière
12:11pour le copeau, le bois déchiqueté issu de la gestion durable des haies
12:16pour vraiment faire en sorte que l'agriculteur, il est à peu près sûr
12:20d'avoir un exutoire pour son bois.
12:23Il faut que la haie, elle soit perçue comme là aussi une vraie production.
12:29Et puis dans un deuxième temps, cet agriculteur, il va assez rapidement se rendre compte
12:33que sa haie, non seulement elle est rentable, entre guillemets,
12:37mais en plus elle lui apporte plein de services.
12:39Aujourd'hui, l'utilisation de bois issu de haies commence à se développer,
12:44mais la filière reste encore marginale.
12:46Les dispositifs sont méconnus, jugés souvent complexes par les agriculteurs.
12:51Malgré de plus en plus d'aides à l'entretien et à l'exploitation,
12:56les haies se heurent un système agricole hyper compétitif à bout de souffle.
13:01Sous-titrage Société Radio-Canada
13:08...
Commentaires

Recommandations