- il y a 2 jours
De Moscou à Paris, des services secrets soviétiques aux ors de la République française, voici l'incroyable saga des Glucksmann. Un grand-père espion au service de Staline. Un père philosophe, figure des « nouveaux philosophes » et intellectuel médiatique. Un fils, Raphaël, désormais sur le devant de la scène politique et prétendant à l'Élysée en 2027.
Espion, philosophe, candidat : le film suit trois générations de Glucksmann...
Entre idéologies, trahisons et conquête du pouvoir, « Les Glucksmann » raconte comment une dynastie singulière de militants traverse le siècle. Et si, à travers l'histoire d'une famille, se jouait aussi celle de la France ? Année de Production : 2025
Espion, philosophe, candidat : le film suit trois générations de Glucksmann...
Entre idéologies, trahisons et conquête du pouvoir, « Les Glucksmann » raconte comment une dynastie singulière de militants traverse le siècle. Et si, à travers l'histoire d'une famille, se jouait aussi celle de la France ? Année de Production : 2025
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00:00Est-ce que vous savez qui est Reuven Guidoni ?
00:06Euh...
00:07Je suppose que c'est...
00:10C'est mon grand-père Reuven ?
00:13Non, Guidoni, c'est qui ? Je sais pas.
00:17Si Raphaël Glucksmann semble hésiter, il n'est pas seul.
00:20Tous les services de contre-espionnage se sont cassés les dents sur la véritable identité de son grand-père.
00:27Je sais qu'il était agent.
00:28En fait, j'aimerais bien m'asseoir avec lui et écouter son histoire.
00:34Mission acceptée.
00:36Mais pour raconter cette histoire, il faut s'asseoir avec Sébastien.
00:40Cet historien allemand a épluché pendant plusieurs années les archives des services secrets occidentaux
00:45pour retracer l'itinéraire de Reuven.
00:47C'était un espion soviétique.
00:50Il a été recruté en Palestine et l'une de ses missions était de transférer clandestinement
00:56des armes aux républicains espagnols.
01:01Pour les beaux yeux de Staline, Reuven va traverser l'Autriche, la Palestine, l'Allemagne, la France et l'Angleterre.
01:08Sa mission ?
01:09Exporter la révolution bolchevique partout sur la planète.
01:12Un membre du communitaire, il est multicarte.
01:17Entre deux missions, Reuven trouve le temps de mettre au monde un fils, André, qui n'a
01:22pas tout à fait les mêmes opinions sur le communisme.
01:25Il y a eu des goulags et il faut en parler.
01:27Et c'est terrorisant les goulags.
01:30André est l'auteur de livres qui vont bouleverser la vie intellectuelle française.
01:33Dans les années 1970 et 1980, il devient une figure incontournable du paysage médiatique.
01:40Il a été mon contemporain capital.
01:43Tout ce que les Glucksmann ont apporté d'humain dans la politique, ça, c'est formidable.
01:52Dans la famille Glucksmann, je demande à présent le petit-fils.
01:55Il est engagé aux côtés du Parti Socialiste depuis 2019.
01:58Et il faut reconnaître qu'il y a bien un air de famille.
02:01Allons-nous baisser la tête ?
02:03Devant Trump et Poutine.
02:05Mon cher monsieur Poutine,
02:07nos généraux ne vont pas être décorés pour la lutte antiterroriste.
02:11Ils vont être poursuivis pour crimes contre l'humanité.
02:17Trois générations de Glucksmann,
02:19trois époques différentes,
02:21trois engagements à gauche.
02:23Voici l'histoire d'une famille française pas comme les autres.
02:33L'histoire débute dans une vieille monarchie d'Europe centrale.
02:39L'Empire austro-hongrois.
02:41Dirigé par l'empereur François-Joseph depuis le milieu du 19e siècle.
02:46Pour les Glucksmann, tout commence par un coup de chance.
02:48Le nom Glucksmann, littéralement, ça veut dire homme chanceux.
02:54Cela remonte au 19e siècle,
02:56à l'époque où les Habsour ont imposé aux Juifs
02:59de porter des noms de famille.
03:01C'est l'administration qui choisissait,
03:03et la plupart du temps,
03:04cela se faisait par rapport à la profession que les Juifs exerçaient.
03:07Parfois, certains avaient plus de chance que d'autres.
03:10Et on était tombés sur un fonctionnaire sympa
03:12qui nous allait donner un nom plutôt heureux.
03:14Heureux, comme un Juif dans l'Empire austro-hongrois.
03:20Avant 1914, la communauté juive compte 2 millions d'âmes.
03:24Ruben vient de Bukovine,
03:27une contrée orientale rattachée à l'Empire au 18e siècle.
03:32Ici, les communautés juives côtoient des Allemands,
03:35des Polonais, des Moldaves.
03:36Tous essayent de prendre en route le train
03:38de la deuxième révolution industrielle.
03:40Ruben Glucksmann est né en 1889 à Tchernovitz,
03:46dans une famille juive très pauvre.
03:48Tchernovitz, qui est aujourd'hui une ville ukrainienne,
03:50faisait alors partie de l'Empire des Habsbourg.
03:53Au début du 20e siècle,
03:55les Juifs sont environ 10 millions dans le monde,
03:58dont plus de 80% en Europe.
04:01Ruben Glucksmann a grandi dans un environnement profondément juif.
04:06Tchernovitz était une ville multiculturelle,
04:08on y parlait plusieurs langues.
04:10C'était aussi un centre talmudique majeur,
04:12dans lequel se trouvait une importante communauté juive.
04:18L'Empire austro-hongrois de la Belle Époque.
04:22Ce monde dans lequel Ruben grandit
04:24a été immortalisé dans un livre par l'écrivain Stephen Zweig,
04:28lui-même originaire d'une famille juive.
04:31C'était un petit havre de paix.
04:32Riches et pauvres, tchèques et allemands,
04:37juifs et chrétiens vivaient en paix,
04:39en dépit de quelques taquineries occasionnelles,
04:42et même les mouvements politiques et sociaux
04:44ne déchaînaient pas ces haines atroces
04:46que nos contemporains ont maintenant dans le sang,
04:49comme un aigle empoisonné de la Première Guerre mondiale.
04:52La guerre qui éclate en 1914
04:59entre les puissances du continent décime l'Europe.
05:0310 millions de morts civiles,
05:0520 millions de blessés
05:06et combien de destinées brisées.
05:11À l'âge de 30 ans, Ruben décide de quitter la vieille Europe.
05:14Entre les années 1880 et les années d'après-guerre,
05:21il y a environ 2,5 à 3 millions de juifs européens
05:24qui quittent l'Europe
05:26parce qu'il y a un certain nombre de pogroms en Russie,
05:30des conditions de vie
05:32et notamment des conditions économiques difficiles
05:34qui conduisent un certain nombre de juifs à émigrer.
05:39Sur ces rares photos du couple,
05:41Ruben et sa future compagne, Martha,
05:44une juive de Prague.
05:46Chacun de leur côté,
05:47ils tombent comme beaucoup de juifs
05:49sous le charme d'une nouvelle idéologie,
05:51le sionisme.
05:53Né au tournant du siècle sous l'élan de cet homme,
05:56Théodore Herzl,
05:57un journaliste autrichien.
06:00C'est une idéologie qui dit
06:02que les juifs ont droit
06:04à avoir une terre,
06:06à avoir un pays,
06:07à avoir un État
06:09et cet État, il faut le construire.
06:12Donc, c'est ce qui animait ces jeunes.
06:17En octobre 1917,
06:19Lénine et les bolcheviks s'emparent du pouvoir en Russie.
06:23Beaucoup de juifs de la région se laissent séduire.
06:25Notamment les jeunes marxistes
06:28qui ont tout cet imaginaire
06:29du kibbutz,
06:30de la terre,
06:32du marxisme
06:33qu'on développerait
06:34en terre de Palestine.
06:37C'est le cas de Ruben et Martha,
06:39qui au début des années 1920
06:40sont donc sionistes
06:41et socialistes.
06:43Il faisait partie du mouvement sioniste,
06:46l'aile la plus à gauche du sionisme.
06:48À cette époque,
06:48vous ne rejoignez pas la Palestine
06:50si vous n'êtes pas sioniste.
06:51On dirait aujourd'hui
06:53que c'était une immigration de gauche.
06:57Sur ces photos,
06:58des jeunes sionistes de gauche.
07:01Une fois arrivés en Palestine,
07:02ils travaillent de leurs mains
07:03pour créer un État juif
07:04et socialiste.
07:07Martha rejoint quant à elle
07:08un kibbutz,
07:09cette expérimentation sociale inédite
07:11qui voit le jour
07:11sur les bords du lac de Tibériade.
07:13Le kibbutz est une commune
07:16essentiellement agricole.
07:18L'idée originelle
07:19est que les gens
07:22n'ont pas d'argent
07:23ou de possession à eux-mêmes,
07:25que tout revient au collectif,
07:28à la commune,
07:29qui va redistribuer à chacun
07:31selon ses besoins.
07:33Donc, tout le monde
07:34est un peu placé
07:36sur le même plan
07:37et il n'y a pas d'exploitation
07:40en quelque sorte
07:41de l'un par l'autre.
07:43Martha a d'abord vécu
07:45dans un kibbutz,
07:46mais elle a vite été dégoûtée
07:47par le mode de vie.
07:49Elle a alors décidé
07:50de partir à Jérusalem
07:51où elle a rencontré Ruben.
07:58Jérusalem, 1923.
08:00Peut-être l'année du mariage
08:01entre Ruben et Martha.
08:03L'album de famille
08:04ne le précise pas.
08:05Une chose est sûre,
08:07en Palestine,
08:08tout n'est pas rose.
08:09La faim,
08:11les maladies,
08:11le chômage.
08:12Beaucoup de jeunes juifs
08:13quittent le pays
08:14quelques mois
08:14après leur arrivée.
08:15Ruben et Martha,
08:17eux,
08:18se détournent du sionisme.
08:20Martha et Ruben
08:21sont tous les deux
08:22devenus membres
08:23du Parti communiste
08:24en Palestine.
08:25Un petit groupe
08:27de pionniers
08:29convaincus
08:31qu'il faut aller
08:32avec Lénine,
08:33qu'il faut suivre
08:33la direction
08:34de la révolution bolchevique,
08:38ont fait scission
08:39donc du mouvement sioniste
08:41et se sont constitués
08:44en Parti communiste
08:45de Palestine
08:46selon les instructions
08:47de Lénine.
08:49Ce sont des gens
08:50qui sont venus
08:50comme sionistes
08:51et qui,
08:53sous l'effet
08:53de la révolution bolchevique,
08:56sont devenus
08:57farouchement
08:58anti-sionistes.
09:00Dans la Palestine
09:01des années 1920,
09:02contrôlée par l'Empire britannique,
09:04le nombre
09:04de militants communistes
09:05se compte
09:06en dizaines.
09:08Mais celui
09:08qui intéresse
09:09de près
09:09les bolcheviques,
09:11c'est Ruben.
09:14Si vous venez
09:16de Tchernovitz
09:16comme Ruben Glucksmann,
09:18vous maîtrisez
09:19au moins trois langues.
09:20Vous parlez ukrainien,
09:22roumain,
09:23allemand
09:24et probablement yiddish.
09:26C'est sûr
09:27que parler autant de langues,
09:28ça aide
09:29pour devenir espion.
09:34Désormais communiste fervent,
09:36Ruben est recruté
09:36par le Comintern.
09:39Le Comintern,
09:41c'est une organisation
09:42qui était au-dessus
09:43normalement
09:43des partis communistes,
09:45qui les rassemblait bien sûr,
09:46mais qui était au-dessus
09:46des partis communistes
09:47et qui devait aller
09:49justement
09:49avec des agents,
09:51du Comintern,
09:52aller porter la révolution
09:54au Moyen-Orient,
09:55en Europe.
09:56C'était en vérité
09:56une armée secrète,
09:57si on peut dire,
09:57grosso modo,
09:58du communisme.
10:02Ruben devient
10:03un bon petit soldat
10:04de cette armée secrète
10:05dirigée depuis Moscou.
10:07Au début des années 30,
10:08il est envoyé
10:09à Hambourg,
10:10en Allemagne.
10:13Hambourg,
10:13c'est pas n'importe quoi.
10:14Il y avait dans la pensée
10:16bolchévique
10:16que l'Allemagne
10:17était la terre centrale
10:19de l'Europe
10:19et que si l'Allemagne
10:21basculait dans le communisme,
10:23toute l'Europe
10:23allait basculer
10:23dans le communisme.
10:27C'est dans cette Allemagne
10:28des années 30
10:28que Ruben devient
10:29un agent actif
10:30du Comintern.
10:31Il se lance
10:35dans le trafic
10:36d'armes
10:36à destination
10:37des républicains
10:37espagnols.
10:40Un membre
10:40du Comintern,
10:41il est multicarte.
10:42Voilà,
10:42on pourrait dire
10:43il est multicarte
10:44et il est un agent
10:45politique,
10:46militaire,
10:47de renseignement
10:48au service
10:49du système soviétique.
10:52Un agent
10:53qui opère
10:53dans l'Allemagne
10:54d'Adolf Hitler
10:55porté au pouvoir
10:55en 1933.
10:56Malgré la Gestapo
10:58qui s'intéresse
10:59à ces activités,
11:01Ruben poursuit
11:01sa mission.
11:05Je n'ai pas eu
11:08le journal intime
11:08de Ruben
11:09qui raconte
11:10son quotidien
11:10d'espion.
11:11Mais ce qu'on sait,
11:15c'est qu'il a d'abord
11:16travaillé
11:16pour une société
11:17de sécurité.
11:18À l'époque,
11:19un vaste réseau
11:22de fausses entreprises
11:23en lien
11:23avec l'Union soviétique
11:24opérait
11:25dans toute l'Europe.
11:26Officiellement,
11:30ces entreprises
11:31faisaient du commerce
11:32de fourrure.
11:33Cela permettait
11:34de justifier
11:35les échanges
11:35avec les pays de l'Est.
11:37C'était vraiment
11:38une couverture parfaite.
11:43Une couverture
11:44qui l'utilisera ensuite
11:45depuis la France
11:46où la famille
11:47déménage au milieu
11:47des années 30.
11:49Puis en Angleterre
11:51où Ruben
11:51s'installe seul
11:52à Londres.
11:53L'Angleterre
11:57était perçue
11:58comme le principal
11:59ennemi
11:59de l'Union soviétique.
12:01Sa politique
12:01était résolument
12:02anticommuniste.
12:04Pour les soviétiques,
12:05Londres était alors
12:06le centre névralgique
12:07de l'Europe.
12:11Avec la Deuxième Guerre mondiale,
12:13le Royaume-Uni
12:14va se trouver
12:14en première ligne
12:15face à l'agression nazie.
12:18De nationalité autrichienne,
12:20Ruben éveille
12:21la suspicion
12:21des autorités britanniques.
12:27Ils se sont mis
12:28à traquer Ruben.
12:29Ils ont rapidement
12:30été convaincus
12:31qu'il était un espion.
12:34Ils ont intercepté
12:35ses appels
12:35et fouillé
12:37son courrier.
12:39La police britannique
12:39a épluché
12:40ses lettres
12:41et a conclu
12:41que l'entreprise
12:42pour laquelle
12:43il travaillait
12:43n'était qu'une couverture
12:45pour ses activités
12:46d'espionnage.
12:49Démasqué,
12:50Ruben est finalement
12:51arrêté le 17 mai 1940
12:53en plein cœur
12:53de Londres
12:54par deux agents
12:55du MI5,
12:56le contre-espionnage
12:57britannique.
13:00Il est immédiatement
13:02emmené au poste
13:02et interrogé.
13:09Lors de son interrogatoire,
13:10Glucksmann était très nerveux,
13:12pleurant à intervalles réguliers.
13:13Il buvait compulsivement
13:15de grandes gorgées d'eau.
13:17Le colonel a débuté
13:17l'entretien
13:18en demandant
13:18qui il était.
13:20Il lui a posé
13:20des questions
13:21sur son certificat
13:22de naissance.
13:23Glucksmann
13:24semblait vraiment
13:24très secoué.
13:26Il était hésitant
13:26et disait
13:27qu'il était trop
13:27bouleversé
13:28par les événements
13:28pour répondre
13:29aux questions.
13:31Lorsque le colonel
13:31lui a demandé
13:32le nom de son père,
13:33il a,
13:34après plusieurs
13:34longues minutes
13:35de silence,
13:35répondu
13:36Moritz Glucksmann.
13:38Grossiste de vêtements,
13:40mort à Vienne
13:40à l'âge de 73 ans
13:41en 1928.
13:43Or,
13:44sur le certificat
13:45de naissance,
13:46le colonel
13:46lui a fait remarquer
13:47que le nom indiqué
13:47n'était pas
13:48Moritz,
13:49mais Moïse.
13:51Interrogé
13:51sur cette différence,
13:53Ruben a répondu
13:53qu'il n'a pas
13:54de souvenirs précis
13:55mais que selon lui,
13:56Moritz et Moïse
13:57étaient la même personne.
13:59Il a ajouté
14:00qu'il était juif
14:00et que pour cette raison précise,
14:03il ne pouvait pas
14:03se souvenir
14:03de la date de naissance
14:04de son père
14:05car le calendrier hébraïque
14:06était différent
14:07d'une autre.
14:09Interrogé ensuite
14:10sur la date de naissance
14:11hébraïque de son père,
14:12Glucksmann a répondu
14:13qu'il ne s'en souvenait
14:14pas non plus.
14:16Remarque du colonel,
14:17Glucksmann n'a
14:18aucune caractéristique
14:19du juif,
14:20il n'en a ni l'apparence
14:21ni les manières.
14:23Glucksmann affirme
14:24n'être allé qu'à
14:24trois reprises
14:25en URSS dans sa vie.
14:32Ruben n'avouera jamais.
14:35Expulsé du pays
14:36sur ce bateau,
14:37il est déporté
14:38vers le Canada.
14:40Mais il n'arrivera
14:41jamais à sa destination.
14:46Il était à bord du navire
14:47mais le bateau
14:48a été bombardé
14:49par une torpille allemande
14:50à proximité
14:51de la côte irlandaise
14:52et le navire
14:53a coulé
14:54au fond de la mer.
14:55Ainsi se termine
15:02le mystère
15:03Ruben Glucksmann
15:04ou, devrais-je dire,
15:07Reuven
15:07Glucksmann ?
15:08Il ne voyageait pas
15:15avec le nom
15:16Ruben Glucksmann.
15:17Il avait un autre passeport.
15:20Il en possédait un
15:22qui avait été délivré
15:23par l'administration britannique
15:24au nom de
15:27Reuven Glucksmann.
15:27Guedoni.
15:30Quelques années plus tard,
15:32les autorités britanniques
15:33ont essayé de savoir
15:34qui était
15:35ce Reuven Guedoni.
15:36Mais elles n'ont rien trouvé.
15:38Elles ont donc conclu
15:39que cet homme
15:40n'avait jamais existé.
15:46Sébastien aurait encore
15:47beaucoup de choses
15:48à raconter sur Ruben.
15:50Mais moi,
15:51j'ai voulu savoir
15:51ce que les autres Glucksmann
15:52savaient de cette histoire.
15:54Est-ce que vous savez
15:56qui est Reuven Guedoni ?
15:58C'est mon grand-père Ruben ?
16:01Non, Guedoni,
16:02c'est qui ?
16:03Je ne sais pas.
16:04Je dois préciser un truc,
16:06c'est que moi,
16:06dans ma famille,
16:07en fait,
16:07il n'y a jamais eu
16:08de grande discussion familiale
16:10sur nos origines,
16:11d'où on venait.
16:12Peut-être que c'est parce
16:13que mon père
16:14a été
16:16orphelin de père
16:17très vite.
16:21Effectivement,
16:22quand Ruben meurt,
16:23André,
16:24le père de Raphaël,
16:25à droite sur la photo,
16:26n'a que trois ans.
16:29Il ne saura jamais
16:30ce que l'homme
16:30qui le tient dans les bras
16:31faisait réellement
16:32pour les soviétiques.
16:35Vous avez commencé
16:36dans la violence.
16:37Le début de la conscience
16:39date de la rencontre
16:40avec la guerre.
16:41En 2006,
16:42sur le plateau
16:42de Public Sénat,
16:44il revenait avec émotion
16:45sur l'engagement
16:45de ses parents.
16:47Cette capacité
16:49d'aller au front,
16:50en quelque sorte,
16:51m'a beaucoup émue.
16:55Mon père est mort
16:55en 1940
16:56et ma mère a continué.
16:58Ma mère a choisi
16:59de rester en France
17:00alors qu'elle aurait
17:00peut-être pu être
17:01évacuée en Russie
17:03au moment du pacte
17:04germano-soviétique.
17:05Elle a refusé.
17:06Oui,
17:06mais elle n'a pas choisi
17:07entre Staline et Hitler
17:09parce que le choix
17:10est impossible.
17:11Mais elle a choisi
17:11de combattre
17:12là où elle avait
17:13les moyens de combattre.
17:14Un combat
17:16qu'elle mène
17:17dans la France occupée
17:17avec le petit André,
17:19quatre ans
17:20sur cette photo
17:20et qui semble déjà
17:22en colère
17:22contre les injustices
17:23du monde.
17:25Plus tard,
17:25avec une poignée
17:26d'autres figures
17:26de sa génération,
17:28il sera de tous
17:29les engagements
17:29du siècle.
17:31Notre génération,
17:33on a un problème.
17:34On était
17:35contre le colonialisme.
17:37On était
17:38contre l'impérialisme.
17:40On était
17:41contre le mal
17:42pour le bien.
17:43OK ?
17:45On a soutenu
17:46le FLN
17:48algérien.
17:50On a soutenu
17:51le Vietcong.
17:52On a soutenu
17:53Castro.
17:54On a soutenu
17:55après
17:56Nicaragua.
17:57Tous ces mouvements
17:59de libération nationale
18:00ont terminé
18:01en totalitarisme.
18:03Tous ces mouvements,
18:05tout ce pour quoi
18:06on s'est battu,
18:07ça s'est terminé
18:08en totalitarisme.
18:10Nous sommes
18:10la génération
18:11de la guerre d'Algérie.
18:12La guerre d'Algérie
18:13a focalisé,
18:14nous a pris chacun
18:16à la fois par le cœur
18:17et par le bras.
18:19Et c'était nous.
18:21Je pense que nous sommes
18:22d'une dernière génération
18:24à tenter
18:25d'avoir une vision globale
18:26des choses
18:27et d'avoir
18:28cette hypersensibilité
18:30à la liberté
18:31et à son contraire
18:32à l'oppression.
18:33C'est une génération
18:35qui a été guidée
18:35par une pensée simple
18:38qui est
18:39on a laissé crever
18:42des gens
18:42dans des chambres à gaz
18:43et dans des fours
18:44sans que le monde
18:46ne réagisse.
18:48Et qui ensuite
18:49s'est juré
18:50de ne pas laisser cela
18:52se reproduire.
18:57Empêcher que cela
18:58se reproduise.
18:59Après la guerre,
19:01le mouvement
19:01qui semble le mieux armé
19:02pour faire barrage
19:03au fascisme,
19:05c'est le communisme.
19:08Le parti communiste français
19:09sort très puissant,
19:10très renforcé
19:11de la Seconde Guerre mondiale.
19:13C'est un parti
19:13qui devient
19:16ce qu'on appelle
19:17le premier parti de France
19:18qu'on appelle aussi
19:19le parti des fusillés.
19:21C'est un parti
19:22qui est auréolé
19:23de ses actions
19:24pendant la Seconde Guerre mondiale
19:25parce que c'est
19:26un parti résistant.
19:27Un parti
19:30qu'André rejoint
19:30à l'âge de 13 ans.
19:32Comme son père,
19:34André devient donc
19:35communiste.
19:37Dans ma famille,
19:37en fait,
19:37il n'y a pas
19:38de truc
19:39d'insurrection
19:40contre le père,
19:41de Deedipe
19:42ou de je ne sais pas quoi.
19:44C'est un chemin,
19:44c'est un fil
19:45et mon père
19:48commence sa vie
19:49là où son père
19:50la termine.
19:52À croire
19:53que le communisme
19:54se transmet
19:54par le sang.
19:56Il faut attendre
19:57en 1956
19:58pour que l'histoire
19:59d'amour
19:59se termine
19:59entre les Glucksmans
20:00et le bolchevisme.
20:03L'année 1956
20:03est incontestablement
20:05une année
20:05charnière
20:06dans l'histoire
20:07du communisme.
20:09Au mois de février,
20:10Nikita Khrouchev,
20:11chef du Parti
20:12communiste soviétique,
20:13prononce
20:14un discours choc
20:14connu sous le nom
20:15de rapport Khrouchev.
20:19Il y a d'abord
20:19le 20e congrès
20:20du Parti communiste
20:21du RSS
20:22qui est un congrès
20:23particulier
20:24parce qu'il y a
20:25la reconnaissance
20:26lors de ce congrès
20:27à huis clos
20:27toutefois
20:28des crimes staliniens
20:29et notamment
20:30des crimes antisémites.
20:32Quelques mois plus tard,
20:34à Budapest,
20:35l'armée rouge
20:35écrase dans le sang
20:36un soulèvement populaire
20:37contre le régime soviétique.
20:38C'en est trop.
20:42André claque
20:42la porte du parti.
20:44Si vous voulez,
20:45j'ai quitté le PC
20:46à cause de la Hongrie,
20:48c'est-à-dire
20:49quand j'ai vu
20:49les tanks russes
20:50contre la classe
20:52ouvrière hongroise,
20:53contre la population hongroise
20:54et puis quand j'ai vu
20:55l'attitude du PC
20:56en France
20:57qui soutenait
20:59les socialistes
21:00qui eux-mêmes
21:01faisaient la guerre
21:01en Algérie.
21:02Donc,
21:03colonialisme d'un côté,
21:04répression antipopulaire
21:06de l'autre,
21:06les tanks
21:07contre les hommes
21:07ça suffit.
21:11Mon père,
21:12quand il parle
21:13du marxisme fanatique,
21:15il parle de lui,
21:16de comment est-ce
21:17qu'on a pu
21:18toute une génération
21:19basculer dans ça,
21:20même pour un laps de temps
21:21très court
21:22et même à très longue distance.
21:27Sur ces images
21:28de mars 1968,
21:30André a 30 ans.
21:31Il est agrégé de philosophie
21:33et vient de publier
21:34un ouvrage sur la guerre.
21:36Pour sa toute première télé,
21:37il est accompagné
21:38d'une jeune militante
21:39d'extrême-gauche.
21:41Une jeune femme
21:42incroyablement jolie.
21:44Enfin,
21:45une présence
21:46et elle dégageait
21:47quelque chose
21:48de princesse.
21:50Elle était
21:51intouchable.
21:53Cette femme,
21:55c'est Françoise Villette,
21:57dite Fanfan.
21:58Fanfan est un personnage
22:00magnifique.
22:01Elle a eu un rôle
22:02considérable
22:03dans la vie d'André
22:04et tant qu'elle était là
22:05dans la vie de Raphaël.
22:08Elle est la fille
22:08de la philosophe
22:09Jeannette Colombel,
22:11figure du féminisme
22:12et résistante.
22:14De sa mère,
22:15Fanfan tient
22:16son tempérament volcanique.
22:19Fanfan a quitté la maison
22:20très tôt.
22:20Elle s'est mariée
22:21il y a 18 ans.
22:22Entre autres,
22:22parce qu'elle était
22:23très en colère
22:24contre sa mère.
22:25Elle était en révolte
22:26adolescente
22:27très tôt.
22:28Fanfan,
22:30c'était
22:31la révolte.
22:33La générosité,
22:34la révolte,
22:35la passion,
22:36les sentiments forts.
22:37C'est elle
22:37qui l'amène
22:38dans la rue
22:38en 68
22:39en lui disant
22:40si tu descends
22:40pas faire la révolution,
22:41je te quitte.
22:44André s'exécute.
22:46Les deux amants
22:47se jettent à corps perdu
22:48dans le mouvement étudiant.
22:50On a partagé
22:52un moment extraordinaire
22:54de liberté
22:55avec toutes
22:56ces contradictions
22:57après.
22:57Mais c'est vrai
23:01que ça a été
23:01un moment important
23:02et cette révolte
23:04pour moi
23:05était une révolte
23:07contre une société
23:08complètement sclérosée,
23:11autoritaire,
23:12sclérosée,
23:14en fait organisée
23:15par la génération
23:17de la guerre
23:17qui a donc
23:18avait une vision
23:19de la vie
23:20qui ne correspondait
23:22plus à l'évolution
23:23de la société.
23:25Parmi la myriade
23:26de groupuscules
23:27d'extrême-gauche
23:28qui germent
23:28à la période,
23:30un point commun,
23:31le marxisme.
23:33Nous,
23:33c'était la vulgate
23:34marxiste,
23:35la vulgate,
23:35ces trucs extrêmement
23:36simplifiés
23:37dans des petites écoles
23:38de formation
23:38ou des petites brochures.
23:40Et pour nous,
23:41c'était une explication
23:42scientifique du monde.
23:44Et quoi de mieux
23:45quand vous êtes
23:46boum,
23:46de savoir
23:47où sont les bons
23:48ou sont les méchants ?
23:50Tout partait de Marx.
23:51C'était extraordinaire.
23:52C'était en partant
23:53de Marx.
23:54Vous pouvez être
23:54Trotsko machin,
23:56Trotsko,
23:57tendance 1, 2, 3, 4,
23:59ça que vous m'arrêtez
23:59quand vous voulez.
24:00Vous étiez Mao,
24:011, 2, 3, 4,
24:03vous m'arrêtez
24:03quand vous voulez.
24:04Mais vous partiez
24:05toujours de Marx.
24:07Il y avait
24:07des trotskistes,
24:08des maoïstes.
24:09Alors,
24:10c'était
24:10de valeureux
24:11sectaires
24:13des uns
24:14et les autres
24:14à des degrés divers.
24:16Au tournant
24:17des années 1970,
24:18le gauchisme
24:19le plus violent
24:19s'incarne
24:20dans le maoïsme.
24:21Son nom d'ordre
24:22se résume
24:23en quelques mots.
24:24Le pouvoir
24:25est au bout du fusil,
24:26c'est ce qu'on disait,
24:27parce qu'on pensait
24:28qu'une classe
24:29dominante
24:31ne se laissait pas
24:32défaire
24:33sans combattre.
24:35Ça a beaucoup
24:35attiré
24:36de grands intellectuels,
24:38des normaliens.
24:40C'est curieux.
24:40C'est curieux
24:41et
24:42triste,
24:43parce que
24:43c'était une période
24:44où ils auraient été
24:45capables de faire
24:45n'importe quoi.
24:46Il y a eu un report,
24:47si je puis dire,
24:48d'espoir communiste
24:50sur Mao Zedong,
24:52dans un peuple
24:52très pauvre,
24:54un grand leader,
24:55et particulièrement
24:56dans la révolution
24:57culturelle,
24:58qui va jouer
24:58un très grand rôle
24:59dans la formation
25:00intellectuelle
25:01des jeunes
25:02intellectuels français.
25:04Lancée en 1966
25:06par Mao Zedong,
25:08la révolution culturelle
25:09a pour objectif
25:09de purger la Chine
25:10de ses éléments
25:11des bourgeois.
25:13L'idée de Mao Zedong,
25:15c'était non pas seulement
25:17de s'appuyer
25:17sur les masses ouvrières,
25:19qui en Chine
25:19étaient peu nombreuses,
25:20mais sur les masses
25:21paysannes.
25:22D'où le mot d'ordre
25:23du retour à la campagne,
25:25d'obliger tous les intellectuels
25:26qui portaient des lunettes
25:27et qui étaient bien habillés
25:29d'aller faire des travaux de force.
25:31Mais le Maoïsme a été
25:33comme une sorte
25:35de régénération
25:36de l'idéal marxiste-héliniste,
25:39sauf que ça s'est révélé
25:40une farce
25:40monstrueuse
25:41et criminelle.
25:43Professeur,
25:44intellectuel,
25:45cadre du Parti communiste,
25:46personne n'est épargné.
25:48Des millions
25:48d'étudiants chinois
25:49se lancent
25:50dans une gigantesque traque.
25:52Ils ont bouffé
25:52leurs professeurs,
25:53ils ont mangé
25:54leurs professeurs.
25:55Je ne plaisante pas.
25:55Non, mais vous avez l'air
25:57de rigoler,
25:57mais ce n'est pas vrai.
25:58C'est vrai.
25:59Et pas qu'une seule fois.
26:00Ils ont fait cuire leur foie
26:00et ils ont mangé.
26:02Bilan de la révolution culturelle,
26:04environ 2 millions de morts.
26:07À Paris,
26:08André et Fanfan
26:08deviennent chinois eux aussi.
26:12C'était
26:13la volonté spontanée
26:16de poursuivre
26:17les événements
26:18de mai 68.
26:20Mais ça m'a fait
26:21une expérience,
26:22oui, profonde.
26:24C'est-à-dire que
26:24j'ai vu
26:25comment se constituaient
26:27les groupuscules nihilistes.
26:30L'idée que, au fond,
26:32c'est le meurtre
26:33commis en commun
26:34qui soude
26:35une organisation radicale,
26:38c'est une idée
26:39qu'en France,
26:40on a frôlée,
26:42mais qu'on a évité
26:42quand même.
26:44Il y a un moment
26:45où ce n'est pas loin
26:46de faire une action
26:48exemplaire
26:50contre un patron.
26:51C'est les dérives absolues
26:52qu'il va y avoir
26:53en Italie.
26:54c'est-à-dire
26:54si vous détenez
26:56la vérité
26:56et que les cadences
26:57ne vont pas,
26:58on jambise,
26:59c'est-à-dire
27:00on tire directement
27:01dans la rotule
27:02d'un contre-maître.
27:04Quand même,
27:05quelle folie
27:05à un moment donné
27:07nous a animés.
27:10Comment le gauchiste André,
27:12sur le point
27:12de prendre les armes
27:13contre les capitalistes,
27:15se retrouvera
27:1540 ans plus tard
27:16aux côtés du candidat
27:17Nicolas Sarkozy ?
27:19Que s'est-il passé
27:21entre-temps ?
27:24Je crois que ce qui les guidait,
27:27c'était l'idée
27:27de faire la révolution.
27:28Il faut faire la révolution.
27:30L'épisode Mao,
27:31c'était une ruse
27:33de la raison.
27:34C'est-à-dire que c'était
27:35un chemin
27:36pour sortir
27:37du communisme,
27:40pour sortir
27:40de la gauche totalitaire.
27:41Le tranchant du maoïsme
27:43a cassé
27:44comme une noix
27:45cette espèce
27:46de chose
27:47d'idéologie compacte
27:49qu'était
27:49le marxisme-lénilisme.
27:51André reconnaîtra
27:52plus tard
27:53une erreur.
27:54Il en tire
27:55rapidement les leçons.
27:57Sur ces images,
27:58un dissident soviétique,
27:59Solzhenitsyn.
28:01En 1973,
28:02il publie
28:03L'archipel du goulag.
28:04Sur mille pages,
28:06il décrit
28:06l'ampleur
28:06du système répressif
28:07des camps soviétiques.
28:09Pour André,
28:10c'est une révélation.
28:12Il signe
28:13quelques mois plus tard
28:14son livre
28:14le plus célèbre
28:15« La cuisinière
28:16et le mangeur d'hommes ».
28:18J'ai tout de suite acheté,
28:20j'ai lu
28:20et là,
28:22ça a été
28:22une révélation.
28:24La cuisinière
28:24et le mangeur d'hommes
28:25a mis le doigt
28:26sur les atrocités
28:27du régime soviétique.
28:28Pour la première fois,
28:30on ne disait pas
28:31« Le marxisme
28:33est détestable
28:34parce qu'il
28:35encourage
28:36les humains
28:37à se révolter.
28:39Mais,
28:39le marxisme
28:40est détestable
28:41parce qu'il
28:42encourage
28:42les humains
28:43à se soumettre. »
28:46André a été
28:47le premier
28:47à dire
28:48« Ce que le marxisme
28:49léninisme
28:50a de haïssable,
28:52c'est que c'est
28:53une pensée
28:54de servitude,
28:55pas une pensée
28:55de révolution. »
28:59Cette fois,
28:59la rupture est nette
29:00et définitive
29:01avec la gauche communiste.
29:04Elle recevra
29:05sa consécration nationale
29:06quelques années plus tard
29:07dans une émission
29:08télé à succès.
29:10Le 27 mai 1977,
29:12ce qu'on appelle
29:13les nouveaux philosophes
29:14sont invités
29:15chez Bernard Pivot.
29:16C'est un soir de mai.
29:20Il fait doux.
29:21En principe,
29:22personne n'est devant
29:23son poste de télévision.
29:25Les gens ont mieux
29:25à faire.
29:26Ils se promènent.
29:27On arrive là,
29:29il me semble,
29:29l'un comme l'autre,
29:31sans avoir
29:31la moindre idée
29:32des enjeux éditoriaux,
29:35ça va de soi,
29:37mais même idéologiques
29:38de cette émission.
29:39On est là,
29:40voilà,
29:40parce qu'on vient
29:41de publier chacun un livre.
29:42Lui,
29:43les maîtres-penseurs,
29:43moi,
29:43la barbe
29:44avec des jumeurs
29:44et que l'émission
29:45de Bernard Pivot,
29:46c'est l'endroit
29:46où il faut être
29:47pour vendre des livres.
29:50Donc,
29:50on y va vraiment
29:51les mains dans les poches.
29:53Une fois sur le plateau
29:54de Pivot,
29:54ils sont accueillis
29:55chaleureusement.
29:56Une philosophie
29:57qui est nulle
29:57et dérisoire.
29:58Comprendre que
29:59la nouvelle philosophie
30:00procède par amalgames,
30:02dénaturations de textes,
30:04triturages dans tous les sens,
30:06coups de force,
30:08mépris,
30:08mépris du public,
30:10mépris de tout le monde.
30:10Alors,
30:11moi,
30:11je ferai un petit éloge
30:12de la compétence,
30:13excusez-moi,
30:13mais à ce niveau-là,
30:14on ne dit pas n'importe quoi
30:16sur l'histoire,
30:16on ne dit pas n'importe quoi
30:17sur la philosophie.
30:19André encaisse les coups
30:21avant d'exploser.
30:22Il y a eu des goulags
30:23et il faut en parler
30:24et c'est terrorisant
30:25les goulags.
30:26Absolument.
30:26Et les goulags,
30:27ils sont venus d'Occident,
30:28ils sont venus d'Europe.
30:29Mais il n'y a rien de ça
30:29dans les nouveaux philosophes.
30:31Et cela est...
30:32Je vous en prie.
30:33C'est vraiment pas...
30:34Oui, ça ne m'intéresse pas,
30:35moi, ce qu'il y a
30:35dans les nouveaux philosophes.
30:36C'est chacun ce qui m'en tira.
30:40Alors, il faut savoir,
30:41il se trouve que tout à coup,
30:43en France,
30:43à l'heure actuelle,
30:44tout le monde se retrouve marxiste.
30:46Ça pose un sacré problème.
30:49Toutes les élites politiques de gauche
30:50se retrouvent marxistes.
30:51Toutes les élites politiques de gauche
30:53refusent qu'on parle de la Russie,
30:55refusent qu'on parle des goulags
30:57qui se trouvent en Chine
30:58ou n'importe au Cambodge.
31:00Ils le refusent.
31:01Et là, il y a un mur.
31:03Mais là, vous utilisez
31:04le mot goulag
31:05de façon magique
31:07pour...
31:08Mais ce n'est pas de la magie,
31:09le Cambodge,
31:09c'est un million de morts.
31:10Moi, quand les Américains
31:12envoyaient du napalm
31:14sur le Cambodge,
31:14j'ai gueulé,
31:15j'ai manifesté dans la rue.
31:17Et vous croyez que maintenant
31:18les cadavres des Cambodgiens,
31:19quand ils sont tués
31:20à coups de mitraillette
31:20au lieu d'être tués
31:21à coups de napalm,
31:22c'est pas terrifiant,
31:24c'est pas terrorisant,
31:25et on n'en parle pas.
31:27Il faut comprendre
31:28ce que c'était
31:28que la gauche française avant.
31:32C'était saturé
31:33de pensées communistes.
31:35C'était vraiment dominé
31:37par le refus
31:39de voir ce qui se passait
31:41à l'aise du mur.
31:42L'émission est diffusée
31:44vendredi soir.
31:45Le lundi,
31:46les livres des deux philosophes
31:48sont introuvables.
31:49En rupture de stock
31:50dans plusieurs librairies parisiennes.
31:53Je crois vraiment
31:53que quand nous sortons
31:54cette émission,
31:55que ce soit André ou moi,
31:58nous n'avons aucune espèce
32:00d'idée
32:00que quelque chose
32:02s'est produit.
32:04Malgré les critiques,
32:06la nouvelle philosophie
32:07devient vite
32:07un phénomène d'édition.
32:09Ils ont eu une manière
32:11d'intervenir dans la société
32:12qui était nouvelle.
32:15Et puis André était beau,
32:16Bernard-Anlid est beau,
32:18donc c'est devenu rapidement
32:20un phénomène social.
32:21C'est vrai qu'à un moment
32:22dans la politique,
32:24ils sont devenus
32:25les ennemis
32:26de tous ceux
32:26qui ne voulaient pas
32:27se libérer du marxisme.
32:30Le geste intellectuel
32:31que nous produisions,
32:33c'était en effet
32:33de critiquer par le massif gauche
32:35et pas par le massif droit
32:36le bloc de pensée
32:38ou de non-pensée
32:39ou de bêtises
32:40du totalitarisme marxiste.
32:44Dans les mois qui suivent,
32:45André devient l'une des figures
32:47de la scène intellectuelle parisienne.
32:48Mais sa plus grande œuvre,
32:50selon lui,
32:51la voici.
32:54Mon enfant,
32:55qui a deux ans,
32:56c'est la passion.
32:58Et la passion,
32:58c'est une œuvre d'art,
33:00mais c'est aussi
33:00faire un enfant,
33:02c'est aussi élever un enfant
33:03pour qu'il soit à son tour libre,
33:05c'est-à-dire libre
33:05de nous gifler,
33:07libre de nous dire au revoir,
33:09libre de nous dépasser,
33:10libre d'aller ailleurs.
33:12Et c'est ça la passion.
33:13La passion,
33:13c'est oser,
33:15dans l'horreur des choses,
33:18dans le temps qui passe
33:19et qui dissout tout,
33:21oser créer.
33:22Oser créer une œuvre
33:24qui vivra de ses propres ailes.
33:27Le petit Raphaël
33:28comparé à une œuvre d'art.
33:30Cela mérite plusieurs heures
33:31d'analyse chez le docteur Freud.
33:34Le dernier des Glucksmannes
33:35naît en octobre 1979.
33:38André a 41 ans,
33:40Fanfan 37.
33:41Fanfan m'a souvent raconté
33:44que quand Raphaël est né,
33:46comme nourrisson,
33:47il a eu une jaunisse
33:48vraiment très grave.
33:50Et il est donc resté
33:51à l'hôpital, je crois,
33:52une quinzaine de jours.
33:54Et après ces 15 jours,
33:55les infirmières ont eu
33:56beaucoup de mal à le lâcher.
33:58Et elles ont dit à Fanfan,
33:59surtout, n'y touchez pas,
34:01il est parfait.
34:02Elle a découvert la passion
34:04avec Raphaël.
34:06Elle a dit qu'elle n'avait jamais
34:07vécu une telle passion.
34:09Donc elle a passé sa vie
34:11non pas à le protéger
34:12dans le couvent,
34:13mais à le protéger
34:14des mauvaises influences
34:15et surtout de l'autorité.
34:19La parentalité ne détourne pas
34:21les Glucksmannes
34:22d'un militantisme
34:23qui se fait toujours à deux.
34:27André et Fanfan,
34:27ils étaient très fusionnels.
34:30Et c'était deux personnalités
34:31d'une force égale.
34:33Fanfan était hyper discrète.
34:35Elle ne voulait pas être
34:36dans les photos.
34:36Elle ne voulait pas être
34:37sur le devant de la scène.
34:38J'ai un souvenir.
34:41Nous sommes au Mexique ensemble.
34:43Nous faisons une tournée
34:44des universités mexicaines
34:46gagnées par la mauvaise fièvre
34:48du castrisme.
34:49Et nous faisons face
34:51à des assemblées houleuses.
34:54Et André parle.
34:55Et quand André parle,
34:57Fanfan, du premier rang,
34:59mais il ne peut pas l'entendre,
35:00il voit juste le mouvement
35:00des lèvres, murmure.
35:03Elle lui parle.
35:04Elle lui parle
35:05en langage muet.
35:09Le couple reçoit chez lui,
35:11dans son appartement
35:12du Faubourg Poissonnière
35:13à Paris,
35:14qui, dans les années 1980,
35:16devient le carrefour
35:17d'un activisme acharné.
35:19Ils hébergeaient chez eux
35:21des Tchétchènes.
35:22Ils hébergeaient chez eux
35:23des Rwandais.
35:24Il y avait une jeune femme
35:25rwandaise qui était chez eux
35:27et qui les considérait
35:27comme leur fille.
35:28En France,
35:30il y avait des réfugiés
35:32russes,
35:33il y avait des réfugiés
35:34tchèques,
35:35mais il y avait aussi
35:35des réfugiés chiliens,
35:37des réfugiés argentins.
35:39Et je me suis employée
35:41à ce moment-là
35:42à les mettre en contact.
35:45Galia Ackerman
35:46est une dissidente soviétique.
35:48Arrivé en France
35:49au milieu des années 1980,
35:51elle rencontre André
35:52qui l'aide à s'intégrer.
35:54Déjà, je l'ai trouvé
35:55physiquement très beau,
35:56je ne cache pas.
35:57et on a très vite établi
36:01des relations de confiance
36:04parce que c'était quelqu'un
36:06qui était très curieux.
36:08Il s'intéressait beaucoup
36:09au combat de dissidents,
36:11il le soutenait,
36:12il écrivait des tribunes
36:13enflammées, etc.
36:14Dans sa maison,
36:16j'ai croisé
36:17beaucoup de dignitaires tchétchènes.
36:19J'ai croisé
36:21des gens extrêmement dignes
36:23et fréquentables.
36:24Certains étaient
36:25moins fréquentables.
36:27Dans leur salon,
36:29à cette époque,
36:30le tout pari intellectuel
36:31défile.
36:33L'appartement du Faubourg Poissonnière,
36:35c'était un peu
36:36l'annexe familiale
36:37où on se retrouvait
36:38pour le plaisir
36:40de se retrouver.
36:41On se retrouvait
36:42quand il y en avait
36:43l'un d'entre nous
36:43qui avait sorti un bouquin
36:45et quand il se passait
36:46quoi que ce soit
36:47dans le monde
36:48pour en discuter,
36:49il se passait toujours
36:50quelque chose.
36:52Raphaël est vite
36:53intégré à la bande.
36:55Sur cette photo
36:55de Richard Avedon,
36:57il pose avec papa
36:58dans une très chic revue
36:59de l'époque.
37:01André et Fanfan
37:02ont laissé Raphaël
37:03totalement libre
37:04dès la petite enfance.
37:06Et ils ont eu
37:07à cœur
37:07de le laisser
37:08trouver sa voie,
37:10se développer
37:11sans restriction,
37:13J'ai appelé mes parents
37:15papa et maman
37:16à leur mort.
37:18Mais dans la conversation
37:19de la vie,
37:21j'appelais mon père
37:22Gus d'abord
37:23parce que je n'arrivais
37:24pas à dire Gluxman
37:25quand j'étais petit.
37:26Mon Gus,
37:27Gugus.
37:28Et ensuite Glux
37:29et ma mère Fanfan.
37:33Et donc c'était
37:34une relation filiale
37:36avec le respect
37:38qu'on doit
37:38aux figures
37:39de la mère
37:40et du père.
37:41Mais c'était aussi
37:42une relation d'amitié.
37:43Le jeune Gluxman
37:46est bon élève.
37:47Après une cagne
37:48au lycée Henri IV
37:49et un passage
37:49par Sciences Po,
37:51il traverse
37:51la Méditerranée.
37:53Direction Alger
37:54pour un stage
37:54au soir d'Algérie.
37:56Il s'intéresse ensuite
37:56au Rwanda
37:57où il réalise
37:58un documentaire
37:58sur le génocide.
38:00Zapper le génocide
38:01des Tutsis au Rwanda,
38:03ce serait en fait
38:03condamner
38:04ce continent
38:06à la répétition
38:07du même.
38:08Et c'est pour ça
38:09que,
38:09à mon avis,
38:11même si c'est court,
38:12c'est maintenant
38:12que ça doit être fait.
38:12Sinon,
38:13ce sera trop tard.
38:14Progressivement,
38:15ces combats rejoignent
38:16ceux d'André
38:16et de Fanfan.
38:19Après 89,
38:20après la dissolution
38:20du mur,
38:21la reconstitution
38:23Helsine,
38:24Poutine
38:24et la Tchétchénie
38:26va être le déclencheur
38:27de notre approchement
38:29d'une activité
38:30politique intense.
38:31quand il y avait
38:31quand il y avait
38:31des dîners
38:32qui étaient organisés
38:33toujours autour
38:34de figures
38:35qui avaient quelque chose
38:36à dire,
38:37des dissidents,
38:38des opposants,
38:39des persécutés,
38:41des dirigeants étrangers,
38:43il y avait une règle
38:44qui était de se taire
38:45en fait.
38:46Et je me souviens
38:48de voir mon père
38:49passer des dîners entiers
38:50à simplement écouter
38:52une féministe algérienne,
38:54un dissident tchèque,
38:55un poète russe.
38:56Il se taisait
38:58et il posait des questions.
39:00À table,
39:01il y a Raphaël,
39:02il y a les copains de Raphaël,
39:03il y a...
39:04On ne fait pas plus gaffe
39:05que ça,
39:05mais ils sont là.
39:06Et ils assistent au dîner
39:08à toutes ces discussions
39:09et toutes les polémiques
39:11pour qualifier
39:12exactement
39:13quel était le pouvoir
39:15qui était en train de naître
39:17autour de...
39:18Il faut poursuivre
39:20les Tchétchènes
39:20jusque dans les chiottes.
39:23Poursuivre les Tchétchènes
39:25jusque dans les chiottes.
39:26Le poète à l'origine
39:27de ce qui n'est pas
39:28qu'une métaphore,
39:29le voici.
39:30Vladimir Poutine.
39:32Je vous le disais en titre,
39:33la Russie a un nouveau
39:34Premier ministre
39:35depuis ce matin,
39:36le chef des services secrets,
39:37Vladimir Poutine.
39:39À cette époque,
39:40la Russie est en proie
39:41à de mystérieux attentats.
39:43En riposte,
39:44les chars de Poutine
39:44foncent sur la Tchétchénie.
39:48Là où je crois
39:49qu'André a eu raison
39:50avant tout le monde
39:51et contre l'opinion dominante,
39:54c'est qu'il a été
39:54anti-Poutine
39:55dès le départ.
39:55Il a senti très vite
39:57que Poutine était
39:58un restaurateur
39:59et un...
40:01et entre guillemets
40:01un révolutionnaire.
40:03Voici les premières images
40:04des réfugiés
40:05fuyant Grozny.
40:06André écoute
40:07et va sur le terrain.
40:09Il se rend en Tchétchénie
40:09à plusieurs reprises
40:10pour alerter
40:11sur la sale guerre
40:12que mène Poutine
40:12contre la petite république
40:14du Caucase.
40:14Quand j'étais petit,
40:18je tombais malade
40:19dès qu'il partait.
40:21Mais je me souviens,
40:21une fois,
40:21il a disparu
40:22parce qu'il avait été
40:24en Tchétchénie
40:24de manière clandestine.
40:26Il passe la frontière
40:29par le Daguestan
40:30en cisaillant
40:31les barbelés
40:32et ensuite,
40:33on n'a plus de nouvelles
40:34pendant un mois.
40:35Mais zéro,
40:37c'est-à-dire
40:37pas un coup de fil,
40:38pas une info,
40:39rien.
40:39Il y allait
40:41pour témoigner,
40:42pour voir les combattants
40:43de Tchétchènes
40:44dans les montagnes,
40:44pour dénoncer
40:46la guerre de Poutine.
40:48À la fin de l'année 1999,
40:51André est invité
40:51avec Bernard-Henri Lévy
40:52à Moscou
40:53pour une table ronde
40:54sur la question Tchétchène.
40:56Galia est aussi du voyage.
40:59Nous arrivons à Moscou
41:00la veille de cette table ronde
41:03dans la soirée
41:04et puis le lendemain matin,
41:07on se retrouve
41:07et André me dit
41:09mais comme ça,
41:10discrètement,
41:11comme ça.
41:13Et il m'a dit
41:14Galia,
41:15j'ai une surprise,
41:16il ne faut surtout pas
41:17que quelqu'un soit au courant.
41:19Quand j'obtiendrai la parole,
41:22je me leverai tout de suite
41:24et toi,
41:24tu dois te lever
41:25et ensuite,
41:26tu traduis exactement
41:27ce que je dis.
41:30Autour de la table,
41:31le général Manilov,
41:32ici à droite.
41:34Il est le chef
41:34d'une armée russe
41:35en pleine guerre
41:35en Tchétchénie.
41:37C'était une espèce
41:38de grandes fers à cheval
41:40comme ça,
41:41comme un conseil
41:42d'administration.
41:43Il devait être
41:43une trentaine
41:44autour du fer à cheval.
41:46Et puis,
41:46il y avait des paroles
41:47de vérité
41:47et puis,
41:48il y avait des paroles
41:49de plomb,
41:49des paroles
41:50de bureaucrates épais.
41:52Et donc,
41:53André,
41:53il a tendu la main
41:56à plusieurs reprises
41:57et finalement,
41:57il a eu la parole.
41:58Mon cher monsieur Poutine,
42:01quand j'ai lu cet ultimatum,
42:03je me suis dit,
42:04vos généraux
42:05ne vont pas être décorés
42:06pour la lutte antiterroriste,
42:08ils vont être poursuivis
42:10pour crime contre l'humanité.
42:12Le crime contre l'humanité,
42:13c'est la préméditation
42:15et l'indiscrimination
42:17dans les moyens employés.
42:19Les obus et les bombes
42:20ne font pas la différence
42:21entre les terroristes
42:22et les civils.
42:24Raser les villes,
42:25c'est un crime
42:25contre l'humanité.
42:26Et moi,
42:28je vous demande
42:28simplement
42:29une minute de silence
42:31pour correspondre
42:32avec les écartelés,
42:34les déchiquetés
42:35de grosses nées.
42:37Je vous prie
42:38une minute de silence.
42:40Vous pouvez vous
42:41faire ce que vous faites.
42:48On n'est pas resté jusqu'au bout,
42:51mais on est resté assez
42:53pour entendre
42:54ce même général
42:55Manilov
42:57s'indigner
42:58en disant
42:59qu'il se sent
43:00violé
43:00parce qu'on l'a obligé
43:02de se lever
43:03pour une cause
43:04qu'il ne partage
43:05absolument pas.
43:07Nous sommes levés
43:07et nous avons donné
43:10le signal
43:10de la débandade
43:11et nous sommes partis.
43:16La guerre en Tchétchénie,
43:17Raphaël envisage
43:18un moment
43:19d'en faire un documentaire.
43:20il jette finalement
43:21son dévolu
43:22sur une autre république
43:23du Caucase
43:24et débarque en août 2008
43:26à Tbilissi,
43:27la capitale géorgienne.
43:29Pourquoi vous vivez en Géorgie ?
43:31Parce que j'adore ce pays
43:33et que pendant la guerre
43:34j'étais en Géorgie
43:35et j'ai décidé de rester
43:36pour développer des projets
43:37qui permettraient
43:38d'arriver
43:38la géorgie un peu plus
43:39à l'Europe,
43:40je vais créer un centre.
43:41Une expérience
43:41qui lui vaut encore
43:42aujourd'hui des critiques.
43:45Vous avez travaillé
43:45pour le compte
43:46d'intérêt étranger,
43:47pas moi
43:48et pour un président géorgien
43:49qui est aujourd'hui
43:50en prison.
43:51Ça vous gêne
43:51que je rappelle cela ?
43:53Non, j'aurais été bien fait.
43:55Quelques années plus tôt,
43:56au printemps 2003,
43:58les géorgiens
43:58descendent en masse
43:59dans les rues.
44:00Ils réclament des réformes
44:01et un ancrage
44:02du pays à l'ouest.
44:03Mikhaël Saakashvili,
44:04sur cette image,
44:05arrive au pouvoir
44:06à l'occasion
44:06d'une révolution pacifique.
44:08Ce qui se passe en Géorgie,
44:11c'est magnifique à l'époque.
44:12C'est vraiment
44:13un printemps vivant,
44:15un printemps en actes,
44:16un peuple qui se soulève,
44:17un peuple qui demande
44:18la démocratie,
44:19un peuple qui demande
44:20la transparence,
44:21un peuple qui demande
44:21l'état de droit,
44:22un peuple qui demande
44:23la pleine citoyenneté
44:25des femmes.
44:26Sur ces images de 2009,
44:28le président Mikhaël Saakashvili
44:30est l'un de ses jeunes conseillers.
44:32Raphaël a 30 ans.
44:34Il est chargé de coordonner
44:35la politique d'intégration
44:36du pays à l'Union européenne.
44:38et de faire avancer
44:39les dossiers d'armement.
44:41C'est au moment
44:42où les chars russes
44:43arrivent à 50 ou 60 kilomètres
44:46de Tbilisi.
44:48C'est Raphaël Luxman
44:49que je rencontre à Tbilisi,
44:51que je connais depuis son enfance.
44:53J'ai créé un reportage
44:54pour Le Monde à l'époque
44:55et il m'accompagne partout.
44:57On passe quelques jours
44:58à couvrir cette guerre
44:59et là je vois
45:01un Raphaël magnifique
45:03dans mon esprit,
45:04j'ai peut-être tort
45:05de le dire ainsi,
45:06mais vraiment marchant
45:07au sens le plus noble
45:08du terme
45:09sur les traces de son père.
45:13Sur les traces d'un père
45:14qui meurt en 2015
45:16à l'âge de 78 ans.
45:18C'est une immense tristesse.
45:23Ça a été un immense manque
45:25mais d'abord
45:28une immense chance
45:29d'avoir été son fils,
45:30d'avoir pu discuter,
45:33cheminer, échanger
45:34avec lui.
45:35Je dirais,
45:37il y a
45:38une erreur
45:39qui est l'Irak.
45:43La guerre en Irak.
45:45Elle est lancée en 2003
45:46par les États-Unis
45:47de George W. Bush.
45:51Objectif,
45:52renverser Saddam Hussein
45:53et son régime
45:54accusés de détenir
45:55des armes de destruction massive.
45:58On se posait tous
45:59la question de
46:00qu'est-ce qu'on fait
46:02quand il y a un peuple en danger.
46:03C'est un véritable dilemme.
46:04Est-ce qu'il faut intervenir
46:05dans ce cas-là ?
46:06Vous êtes un affreux
46:07néoconservateur
46:08comme on disait
46:09à une certaine époque
46:10et vous allez faire
46:11une pagaille
46:12chez un peuple
46:13que vous ne connaissez pas
46:15qui n'est pas le vôtre.
46:16Mais si vous n'intervenez pas
46:17non plus,
46:18vous ne répondez pas
46:19à la souffrance des autres.
46:22La réponse de la France
46:23de Jacques Chirac
46:24la voici.
46:26Hors de question
46:26de participer à la guerre.
46:28Dans ce temple
46:29des Nations Unies,
46:30nous sommes les gardiens
46:31d'un idéal.
46:33Nous sommes les gardiens
46:34d'une conscience.
46:36La lourde responsabilité
46:37et l'immense honneur
46:39qui sont les nôtres
46:40doivent nous conduire
46:42à donner la priorité
46:44au désarmement
46:46dans la paix.
46:49Avec Romain Goupil
46:50et Pascal Bruckner,
46:51André rejette
46:52la position
46:52du gouvernement français.
46:54Les trois camarades
46:55applaudissent même
46:56dans les pages du Monde
46:57de la libération
46:57de la libération
46:57de l'Irak.
47:00On fait un texte
47:01où on appuie
47:02l'idée
47:03d'une intervention.
47:05À l'époque,
47:06on s'est lancé
47:07là-dedans
47:07comme trois couillons.
47:10Je n'ai pas peur
47:11de le dire.
47:12En revanche,
47:13dans le Nord...
47:14Après 500 000 morts,
47:15aucune arme
47:15de destruction massive
47:16ne sera finalement retrouvée.
47:19Je regrette
47:20effectivement
47:21les conséquences
47:22que ça a eues.
47:24Oui, on peut dire
47:24qu'il y a une erreur.
47:26Des erreurs,
47:26il y en a toujours.
47:28Ce n'est pas grave
47:28de faire des erreurs,
47:29mais il faut les reconnaître.
47:30Il faut dire
47:30« Là, oui,
47:31je me suis trompé. »
47:32Puisqu'il y a eu
47:33intervention en Irak,
47:34il n'y aura pas
47:35d'aide apportée
47:37à la révolution syrienne
47:38contre Bachar,
47:39même au moment
47:39des gazages.
47:41Et que toute
47:41l'inaction
47:43et l'incapacité
47:44de l'Occident
47:45ensuite
47:45à produire
47:46une doctrine sérieuse
47:47en matière de géopolitique
47:49est liée
47:49en partie
47:50à cette faillite
47:52qui est l'invasion
47:54de l'Irak.
47:54Meeting de Bercy,
48:00avril 2007.
48:01Le candidat Sarkozy
48:02à la présidentielle
48:03affiche ses prises de guerre.
48:06Les Glucksmans
48:07sont dans le public.
48:08André est l'une
48:09des attractions.
48:11Je suis
48:12très convaincu
48:16qu'il faut
48:18que Sarkozy
48:19gagne.
48:20Aussi parce qu'il est
48:21l'homme
48:22de l'ouverture
48:23au monde
48:24parce qu'il est
48:25l'homme
48:26qui,
48:27dans la politique
48:28étrangère,
48:29rétablit
48:30les droits
48:30de l'homme.
48:32Je le dis,
48:32André Glucksmann,
48:34je n'accepte pas
48:35ce qui se passe
48:36en Tchétchénie
48:37qui est contraire
48:38aux valeurs
48:39universelles
48:40de la France.
48:44Sur Sarkozy,
48:45Raphaël,
48:46moi-même
48:47et Fanfan,
48:48on était très perplexes
48:50et lui pensait
48:51que c'était
48:51d'importance,
48:52mais une importance
48:53capitale
48:53par rapport
48:54aux affaires étrangères.
48:56André s'est
48:56beaucoup investi
48:57en Sarkozy.
48:59Je crois que Sarkozy
48:59s'est servi de lui,
49:01peut-être parfois
49:02de façon un peu
49:02cynique
49:03pour mener à bien
49:04sa politique étrangère.
49:07Je comprends tout à fait
49:07l'itinéraire de mon père,
49:09je n'ai aucun problème
49:09avec ça.
49:11Sarkozy a réussi
49:12à lui faire croire
49:12qu'il allait vraiment
49:15se battre
49:15pour les Tchétchènes,
49:17pour les Géorgiens,
49:18pour les Ukrainiens,
49:20pour l'Europe
49:20contre Poutine.
49:22Une fois il est au pouvoir,
49:23évidemment,
49:23il devient
49:23un des meilleurs copains
49:25de Poutine.
49:27En fait,
49:27c'est impossible
49:28de faire confiance
49:29à des gens
49:29comme ça,
49:31à la classe politique
49:32existante.
49:33Ils sont capables
49:34de vous faire croire,
49:35mais en plus,
49:35parce que je pense
49:36qu'ils y croient eux-mêmes.
49:38Ce que j'en tirais
49:39comme leçon,
49:40c'est que tu ne peux pas
49:42les croire.
49:43Mais je pense que
49:44quand ils parlaient à mon père,
49:45ils y croyaient.
49:47Et ils ont simplement
49:48des sincérités successives.
49:50Et c'est pour ça
49:50qu'ils sont convaincants,
49:51c'est qu'en fait,
49:52ils mentent pas
49:53en ayant conscience
49:53de mentir.
49:54Ils doivent se dire
49:54que c'est ce qu'il faut dire
49:55à ce moment-là.
49:57Et donc ils le font
49:57tellement bien,
49:58avec tellement de conviction,
49:59tellement de force
50:00qu'on les croit.
50:03Raphaël semble oublier
50:06qu'il est désormais
50:07l'un des leurs.
50:08Quel bonheur
50:08d'être avec vous
50:09ici à Nantes.
50:11Élu au Parlement européen
50:12en 2019,
50:14il est le premier gluxman
50:15à s'être présenté
50:16au suffrage des Français.
50:17Je veux m'adresser
50:18à vous.
50:18Vous, les citoyennes
50:20et les citoyens
50:21épris de justice.
50:22Jusqu'où ira-t-il ?
50:24Contrairement à André,
50:25Fanfan, Ruben et Martha,
50:27sera-t-il prêt
50:28à faire des compromis
50:29pour faire triompher
50:30ces idées ?
50:31Il y a des choses
50:32sur lesquelles
50:32il ne transige pas.
50:34Lorsque tout l'invite
50:35à transiger,
50:37lorsque le jeu
50:39de la politique
50:39l'incite au compromis
50:41et lorsqu'il se cabre,
50:44je crois que c'est
50:44la voix de sa maman
50:46et de son père,
50:49la mère de Romain Garry,
50:51qui lui,
50:52la promesse de l'aube,
50:53qui lui murmure à l'oreille
50:55« Ne cède pas, mon fils. »
50:58Raphaël doit trouver sa vie
51:01et il ne peut pas dire
51:03« Je suis le successeur d'André
51:04et je vais être
51:06un intellectuel général. »
51:08Ce n'est pas ça,
51:09ce n'est pas ce qu'ils ont dit en vie.
51:10Je n'ai pas à lui donner
51:11des conseils.
51:12Je crois qu'en 1927,
51:14il n'a aucune chance.
51:16Je ne comprends pas
51:17qu'il veuille être
51:18président de la République
51:19parce que pour moi,
51:21c'est l'horreur absolue.
51:22Mais s'il a envie,
51:24vas-y.
51:25Let's go, let's go.
51:30Vous sortez dans la rue,
51:31les gens vont au café,
51:33il n'y a pas des gars
51:34avec des mitraillettes
51:35qui vous tirent dessus.
51:36Il y a la musique,
51:38il y a le droit de grève,
51:39il y a la capacité d'aimer.
51:41Il y a la capacité
51:42de se visiter
51:43d'une ville à l'autre
51:44sans demander une autorisation
51:45au commissaire politique.
51:47Quand vous dites
51:48que vous ne vous aimez pas
51:49Emmanuel Macron,
51:50il n'y a pas quelqu'un
51:51qui vient frapper à votre porte
51:52pour vous dire
51:53qu'il faut le suivre
51:54et vous finissez au cachot.
51:55Il y a tout ça
51:57qui vaut la peine
51:58d'être vécu
52:00mais qui vaut peut-être
52:01aussi la peine
52:01qu'on le défende.
52:03On a vécu dans l'illusion
52:05d'une bulle protectrice
52:06qui nous permettait
52:07de croire
52:07qu'elle était comique
52:08la politique.
52:09Mais c'est faux.
52:10Ce n'est pas un jeu
52:11la politique.
52:12Je crois que la politique
52:13ça reste profondément tragique.
52:44C'est parti.
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