00:00D'abord Didier Lemaire, est-ce que vous pourriez nous rappeler un peu le contexte de ce que vous aviez vécu, vous en tant qu'enseignant ?
00:06D'abord j'ai été professeur à Trappes, j'ai été nommé à Trappes en 2000, si bien que j'ai vu toute l'évolution de la ville.
00:16Le départ dans le lycée, il y avait une mixité sociale. Dans les années 2010, cette mixité s'est tarie.
00:24Ensuite au moment des attentats en 2015, mes élèves ont eu des problèmes à se positionner.
00:30Je me suis donc beaucoup investi.
00:31Se positionner c'est-à-dire ?
00:32Se positionner par rapport à ces attentats.
00:36Était-il par exemple l'attentat de Charlie Hebdo ?
00:39J'avais des élèves qui justifiaient en partie cet attentat en disant, vous savez cette phrase qu'on a beaucoup entendue, ils l'ont bien cherchée.
00:49C'est ça.
00:49Voilà, sans l'approuver bien entendu, mais il y avait un problème de positionnement de mes élèves.
00:56Et puis à partir des années 2020, je dirais que là il y a eu un basculement.
01:02C'est-à-dire que les lois de la charia, comme je l'ai déjà dit, se sont appliquées dans ma classe, à savoir les garçons d'un côté, dans certaines classes, les filles de l'autre.
01:12La taquia aussi, c'est-à-dire on est en cours mais on fait semblant et on ne s'investit pas dans le cours de philosophie pour des raisons en fait idéologiques.
01:23Donc j'ai vu cette emprise islamiste de plus en plus forte sur la ville.
01:27Et après l'assassinat de Samuel Paty, j'ai moi-même appelé mes collègues lors d'une lettre que j'ai publiée dans l'Obs.
01:36Et c'est ce qui m'a valu d'être moi-même accusé de raciste et d'islamophobe.
01:41Inversion accusatoire, une fois encore.
01:43Et ce qui m'a valu de devoir enseigner d'abord sous escorte policière, avant d'être retiré de l'établissement et de vivre pendant quelques mois sous protection policière.
01:53Si on ne se couche pas, on est accusé.
01:56Oui, et il faut savoir que moi j'ai pris la lumière, mais dans l'académie de Versailles, ce sont des dizaines d'enseignants qui sont aujourd'hui encore menacés,
02:06qui sont déplacés par l'institution à leurs frais.
02:10C'est-à-dire que leur carrière finalement est mise sous le boisseau puisqu'ils n'ont plus le choix.
02:17Les déplacés pourquoi ?
02:19Parce que des élèves par exemple les ont menacés de mort.
02:22Donc les élèves, eux, restent dans les établissements, dans un collège, notamment à Argenteuil par exemple.
02:30Les élèves restent dans l'établissement.
02:31Le professeur, lui, est déplacé.
02:33On met la poussière sous le tapis.
02:34La chose n'existe pas, il ne faut pas faire de vagues.
02:39C'est assez frais.
02:41Je connais une de mes collègues qui est intervenue pour demander à Mme Borne, qui était à l'époque ministre,
02:47de l'aider dans une situation financière difficile.
02:55Et Mme Borne n'a pas daigné répondre à cette enseignante.
02:58Aujourd'hui, il y a encore des enseignants qui sont dans cette situation.
03:02Je ne sais pas si le ministre, lui, agira, le nouveau ministre de l'Éducation nationale, M. Geffroy.
03:10Et d'où vous prenez le chiffre de plusieurs dizaines d'enseignants ?
03:13Nous, on en a un qui nous ont appelé la dernière fois et tout.
03:16Vous êtes en contact avec plusieurs enseignants ?
03:18Oui, j'ai fondé une association qui s'appelle Défense des Serviteurs de la République.
03:22Et j'ai des informations parce que les enseignants font appel à cette association pour leur défense.
03:29Y compris, d'ailleurs, je dois le dire, à l'université dont la situation est peut-être encore plus catastrophique qu'à l'école.
03:34On va marquer une pause et on prendra Yvon qui nous appelle de la Sarte et puis Géraldine Amon,
03:39on sent qu'elle a envie de parler.
03:40C'est triste, surtout, parce que l'enseignement, c'est un métier de vocation, en fait.
03:44Les gens ne font pas enseignement pour avoir 16 semaines de vacances, mais parce qu'ils aiment ça.
03:47Et voilà, il y a des enseignants qui doivent enseigner sous escorte policière.
03:51On en est là.
03:51On en est là.
03:52Et beaucoup ne disent rien, ne disent plus rien.
03:55Beaucoup partent sur la pointe des pieds, changent de boulot.
03:58Et cela, c'est la zone non identifiée de beaucoup de professeurs.
04:02Moi, j'en connais un certain nombre, en tout cas.
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