- il y a 2 heures
DB - 24-01-2026
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00:00:00Ces images ont été filmées dans la Russie des Tsars.
00:00:11Comme dans l'Inde d'aujourd'hui, la population rurale représentait 82% de la population totale.
00:00:18Tous les 10 ans, parce que l'année était mauvaise, l'exploitation inefficace, les impôts trop lourds,
00:00:23la famine revenait, accompagnée des épidémies, le typhus, le choléra.
00:00:30On évaluait à 6 millions le nombre de paysans qui, chaque année, délaissaient leur foyer dans l'espoir d'une aventure meilleure.
00:00:38Les enfants mouraient sur les routes comme des bêtes condamnées par le destin.
00:00:43Les Russes eux-mêmes ne savaient que penser.
00:00:47Les Occidentaux déclaraient le Moujik incapable de tout progrès.
00:00:51Les Slavophiles croyaient à son émancipation dans la liberté.
00:00:55De toute manière, les plaisirs de Saint-Pétersbourg faisaient tout oublier.
00:01:02Les clubs se disputaient les jeux les plus nouveaux et les plus élégants,
00:01:07qui gardaient la taille fine à ceux qui mangeaient trop.
00:01:11Et ceux que les troubles des campagnes inquiétaient se donnaient des raisons de garder bonne conscience.
00:01:17L'émancipation des serfs avait été votée en 1861.
00:01:22Le tsar, pour leur permettre d'acquérir rapidement leur lot,
00:01:26avait racheté les terres et leur avait consenti des prêts à longue échéance.
00:01:31Ils devenaient les éternels débiteurs de l'État,
00:01:34qui, pour garantir sa créance,
00:01:36imposaient à la commune, représentée par une assemblée populaire,
00:01:39la responsabilité collective du paiement.
00:01:43Mais cette assemblée de paysans, dominée par des propriétaires rapaces,
00:01:48était souvent plus intraitable que les anciens seigneurs.
00:01:52Telle était la situation dont Anton Tchékov,
00:01:56journaliste, écrivain, médecin, âgé de 33 ans,
00:02:01fut le témoin attentif et dévoué lors de cette grande famine de 1893.
00:02:07Tchékov était un enfant réservé.
00:02:11Il savait que son grand-père s'était libéré du servage en 1841.
00:02:16Plus tard, il écrira,
00:02:18« Il était battu par les seigneurs
00:02:20et le dernier des fonctionnaires pouvait lui casser la figure.
00:02:24Notre père était battu par son père et nous par notre père. »
00:02:29Ce que les écrivains de la noblesse reçoivent gratuitement par droit de naissance,
00:02:33les roturiers l'achètent au prix de leur jeunesse.
00:02:38Dans mon enfance, je n'ai pas eu d'enfance.
00:02:43Accablé toute sa vie par des soucis d'argent,
00:02:46Tchékov fut un écrivain très exigeant de lui-même.
00:02:49La nouvelle, dont vous allez voir l'adaptation,
00:02:52n'est pas l'histoire d'une famine.
00:02:54C'est le malentendu d'un homme et d'une femme
00:02:55auquel la famine, dont ils sont les témoins,
00:02:59donne un prétexte éclatant.
00:03:02Tchékov savait peut-être déjà
00:03:03que les désordres du cœur
00:03:05ressemblent parfois au désordre des sociétés.
00:03:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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00:06:13Monsieur,
00:06:23Monsieur,
00:06:23Non loin de chez vous, dans le village de Pestrevoix,
00:06:26il existe des choses que j'estime de mon devoir de porter à votre connaissance.
00:06:33Tous les paysans de ce village ont vendu leur maison
00:06:35pour aller s'installer dans la province de Koursk, mais ils ont dû rebrousser chemin avant d'être arrivés.
00:06:42Ici, bien entendu, ils n'ont plus rien, toutes et maintenant d'autres.
00:06:46Ils se sont installés à trois ou quatre familles par maison.
00:06:48Et ils n'ont rien à manger, c'est la famine et l'épidémie de diffusent les guettes.
00:06:54Tout le monde délire et l'un rit tout fort, l'autre grimpe au mur.
00:07:00Dans les maisons, c'est une infection.
00:07:03Et comme nourriture, uniquement des pommes de terre gelées.
00:07:06Il faudrait de l'argent.
00:07:07Connaissant votre humanité, je vous prie de ne pas nous refuser une aide très pronte.
00:07:12Quelqu'un qui vous veut du bien.
00:07:37Quelqu'un qui vous veut du bien.
00:07:53C'est l'infirmière ou le médecin.
00:07:55Le docteur Sobol.
00:07:56Ou les deux qui me font la leçon.
00:08:01À ces gens de l'administration urale ne font que répéter qu'ils ne peuvent rien faire.
00:08:05Et ils finissent par le croire.
00:08:07Mais ils se font tout de même payer par des pauvres bourreaux qui mangent des pommes de terre gelées.
00:08:12Et ils se donnent le droit de juger si je suis ou non humain.
00:08:17Je t'avais bien dit, mon pauvre Paul, que les choses tourneraient mal.
00:08:21Aujourd'hui, les gens jugent tout, décident tout.
00:08:25Ce matin, deux de ces miséreux étaient venus pleurer à l'office.
00:08:28Il y a Ljouchka à leur donner à manger dans les bols en argent de ta pauvre mère.
00:08:32Sais-tu ce qu'elle a trouvé à moi et ponte quand j'en ai fait la remarque ?
00:08:34Soyez tranquille, je les laverai.
00:08:35Paul, je ne viens plus à bout des domestiques.
00:08:42On ne respecte plus rien.
00:08:46Rappelle-toi, Maria, du temps de ma mère.
00:08:49Les paysans n'auraient pas démoli un mur comme ils l'ont fait cette nuit pour me voler 20 sacs de seigle sous prétexte qu'ils avaient faim.
00:08:56Les plus pauvres avaient encore de la morale.
00:08:58Maintenant, le désordre est partout.
00:09:00Oui, eh bien, moi, je serai le défenseur des règlements.
00:09:02J'ai porté plainte, Maria.
00:09:08Et nous verrons les suites.
00:09:10La commission provinciale, les directions cantonales ne valent pas mieux.
00:09:13La corruption est partout.
00:09:16Et si j'ai quitté le ministère des communications,
00:09:18si je suis venu ici pour écrire cette histoire des chemins de fer, c'est pour avoir la paix.
00:09:21Je suis venu ici pour écrire cette histoire des chemins de fer.
00:09:51Je ne saurais même pas qu'il y en a qui meurent.
00:10:03Et je ne peux compter sur personne.
00:10:07Des indifférents, incapables ou malhonnêtes.
00:10:10En guise de famille, cette bonne Maria Gerasimovna,
00:10:13qui ne sait même pas gouverner les domestiques depuis la mort de mes parents.
00:10:17Et cette cervelle frivale est absente de ma vie.
00:10:25Ma femme.
00:10:26Ma femme, tiens.
00:10:29Un bel objet.
00:10:31Aussi inutile et coûteux qu'une perruche.
00:10:32C'est vrai qu'elle m'avait tourné la tête.
00:10:46Mais elle était douce, mais amère, comme l'absinthe.
00:10:51Je n'entendais pas des scènes, des rapproches, des plaintes et des explosions suivies de fuites à l'étranger.
00:10:57Je lui ai envoyé une petite somme d'argent pour la tenir et pour piquer son amour-propre.
00:11:06Et dire que ça a duré sept ans.
00:11:10Sept ans.
00:11:12Elle vit en dessous de moi.
00:11:14Nous sommes des voisins polis.
00:11:18Indifférents.
00:11:19C'est bien fini.
00:11:25Depuis deux ans que nous sommes séparés, j'ai retrouvé le calme auquel j'ai droit.
00:11:30Tu habites ma maison comme une étrangère, mais tu dépends de moi, ma belle, mon orgueilleuse, ma fière.
00:11:38Je paie tes domestiques, ta calèche, tes chevaux, le moindre bouquet de violettes que tu fais rapporter par ton cocher.
00:11:46Cette satisfaction est l'unique consolation à ma solitude.
00:11:56Et sans ces figus paysans et leurs fémines, je serai le plus heureux des hommes en écrivant mon histoire des chemins de fer.
00:12:03La voilà encore qui part.
00:12:15Dieu sait à quelle heure elle reviendra.
00:12:16Et maintenant, elle mène sa vie tout près de moi sans même se préoccuper de savoir si je mange, si je dors.
00:12:29Je pourrais mourir, elle l'apprendrait par les domestiques.
00:12:35Ne t'inquiète pas, mon ange.
00:12:37Je serai patient.
00:12:38Je vais vieillir, mais toi aussi.
00:12:43Le cœur se refroidiront, mais tout dira mieux.
00:12:46Ah, braguine.
00:13:04Et dire qu'il était le don juan de toutes les fêtes quand j'avais dix ans.
00:13:08Si ma sœur Andréiafna n'était pas morte, elle ne regretterait pas de s'être mariée au conseiller Smirnoff.
00:13:18Comme je suis heureux de vous voir, mon ami.
00:13:20Mais dites-moi, vous avez encore grossi.
00:13:23Ma bonne Maria, grosse comme une puce.
00:13:26Je ne sais pas si je vous trouverai pour vous embrasser.
00:13:29Ce n'est pas que j'ai grossi, mais les piqûres d'abeilles me font enfler.
00:13:34On ne les compte plus.
00:13:36Êtes-vous toujours extrémiste ?
00:13:37Le souffle, mon ami, j'ai perdu le souffle.
00:13:40Et vous rajeunissez toujours.
00:13:43Dites-moi, cher gamin, vous avez bien 40 ans.
00:13:47La vérité pour vous tout seul, 46.
00:13:51Et moi, 65.
00:13:54Ça me pèse de partout, mais je n'y fais rien.
00:13:58Je dors beaucoup le matin, après mon déjeuner.
00:14:03Un peu avant dîner, pour mieux digérer mon souper.
00:14:07Je ronronne ma vie.
00:14:09Vous sentez-vous la fumée ?
00:14:10La vieillesse n'est pas si méchante pour ceux qui ne sont pas trop exigeants.
00:14:18C'est de votre sagesse et de vos conseils que j'ai besoin, Bradine.
00:14:22Vous savez la misère qu'il y a partout, dans le district.
00:14:26À Pestrovaux, les paysans meurent de faim.
00:14:29Elle l'a sauvée.
00:14:30Je voudrais organiser une aide aux victimes de la famine.
00:14:34Très intéressant.
00:14:36Votre concours nous serait précieux.
00:14:38Je ne sais comment m'y prendre.
00:14:40Je ne vous aurais pas dérangé, mon cher, mais vraiment, je ne vois personne d'autre que vous à qui m'adresser.
00:14:46Vous connaissez les gens d'ici.
00:14:48Je ne vaux pas mieux.
00:14:50Ce n'est pas mon avis.
00:14:50Eh bien, Maria, puisque nous sommes d'ailleurs en voie d'Enfénia, demandait à madame de bien vouloir monter.
00:14:56Et fait dire qu'il s'agit d'une affaire urgente.
00:14:59Qu'elle vienne de suite, si elle peut.
00:15:01Votre femme est une fleur très rare.
00:15:05Je ne me lasserai pas de regarder.
00:15:08Vous savez que nous sommes séparés.
00:15:11Oui, oui, je sais.
00:15:12Il fallait en arriver, là.
00:15:16Elle me paraît heureuse.
00:15:17Nous sommes heureux.
00:15:19Tout est clair.
00:15:25Ah, nous nous entretenions d'une affaire très importante, Nathalie.
00:15:30Vos conseils nous seront précieux.
00:15:32Je craignais de ne pas vous voir, mon ami.
00:15:36Asseyez-vous bien en face de moi, que je vous regarde.
00:15:40Vous savez prendre la vie avec le sourire, Iban Ivalovitch.
00:15:45Avez-vous une recette ?
00:15:46À vous regarder, c'est facile, Nathalie.
00:15:49Et quand je vous aurai quitté, je me souviendrai de vous et je serai heureux.
00:15:55Je vous l'ai dit, Nathalie, je vous ai fait venir pour vous entretenir d'une affaire importante.
00:16:01Je veux faire quelque chose pour les victimes de la famine.
00:16:04La situation est sérieuse.
00:16:06Grave.
00:16:07Oui, sérieuse.
00:16:10Grave.
00:16:10Nous devons agir vite.
00:16:14Et je suggère que, en tête des règles que nous devons élaborer,
00:16:20nous inscrivions d'abord la sévérité.
00:16:24Et comme à la guerre, coup d'œil, vitesse offensive.
00:16:27Oui, la vitesse, c'est bon ça.
00:16:31Malheureusement, il n'y a rien à faire.
00:16:34Il n'y a pas eu de récolte.
00:16:35Ni coup d'œil, ni offensive ne feront rien pousser.
00:16:41Tout dépend toujours de la pluie et du beau temps.
00:16:44Et ça, c'est l'affaire de Dieu, mon cher Paul.
00:16:48Vous n'y pouvez rien.
00:16:49Mais l'homme a une tête qui lui permet de lutter contre les éléments.
00:16:53Oui, ma foi, oui.
00:16:55Une tête, une grosse tête.
00:16:59Est-ce vraiment si utile ?
00:17:02Nathalie, donnez-moi donc un peu de thé et quelques gâteaux.
00:17:07Ça m'aidera à réfléchir.
00:17:20Combien avez-vous d'ouvriers, Ivan Ivanovitch ?
00:17:22Une trentaine et un régisseur qui ne fait que pleurer, le vélet branlait.
00:17:29Vous me voyez au milieu de ce gémissement et ces lamentations.
00:17:33En croque-mitaine, je vous vois merveilleusement.
00:17:37Quelle force de caractère est le vôtre, monsieur Varguide ?
00:17:40Monsieur Rathalie, quel adorable clown.
00:17:45C'est que j'aime rire.
00:17:46Et vous êtes un très bon partenaire.
00:17:48Et vous que lorsque je suis bien seul et un peu morose,
00:17:53je regarde la courbe de mon ventre et je ris.
00:17:57Eh bien, mes amis, nous sommes ici pour prendre une décision.
00:18:02Que faisons-nous ?
00:18:08Voilà mon avis.
00:18:11Avant tout, nous ouvrons une souscription.
00:18:15Vous et moi, Nathalie, nous écrivons à nos amis, à nos parents,
00:18:18nos relations à Moscou, à Tversbourg, au Dessin.
00:18:20Et dès que nous avons réuni une certaine somme,
00:18:24j'organise les achats, blé et nourriture pour le bétail.
00:18:30Et vous, Ivan Ivanovitch, vous vous chargez de la répartition des secours.
00:18:35Naturellement, nous nous en remettons à votre tact,
00:18:37mais nous nous permettrons de souhaiter
00:18:40que vous preniez sur place et en détail toutes les informations nécessaires.
00:18:44Il est indispensable de veiller à ce que le blé
00:18:48soit uniquement distribué aux seuls affamés
00:18:52et en aucun cas aux ivrognes, aux feignants et aux gros paysans accapareurs.
00:18:56Voilà de bien belles phrases.
00:18:59Les affamés, les affamés, c'est bien joli, mais ils prennent tout de travers.
00:19:04Ils en veulent à ceux qui ont le ventre plein
00:19:07et ceux qui ont de quoi manger en veulent aux affamés.
00:19:11La faim rend l'homme fou, idiot, sauvage.
00:19:16Il pousse les gens à jurier les autres, à les voler, à faire pire même.
00:19:21Il faut comprendre et en prendre son parti.
00:19:25Voilà, c'est tout.
00:19:29Vous êtes très bon, Ivan Ivanovitch.
00:19:32Vous comprenez que le malheur rend méchant.
00:19:35C'est facile, Nathalie, mais ce n'est pas vrai de tout le monde.
00:19:38Les gens ont le goût de la dénonciation.
00:19:42À lui seul, le bistrot de Klotschkoff en a fait expédie onze aux travaux forcés.
00:19:49Oui, oui, le juge d'instruction, assis minuit,
00:19:53accouché chez moi avant-hier, voilà ce qu'il m'a raconté.
00:19:57L'autre matin, un propriétaire apprend par son régisseur
00:20:01que, durant la nuit, on a fait un trou dans le mur de sa grange
00:20:05pour voler vingt sacs de seigle.
00:20:08Indigné qu'on ait osé commettre un tel crime chez lui,
00:20:12il envoie un télégramme au gouverneur, un au procureur,
00:20:16un troisième au commissaire de police
00:20:18et un autre au juge d'instruction.
00:20:22C'est bien connu.
00:20:23Les autorités redoutent les chicaneurs.
00:20:26On a mis tout en branle.
00:20:27Deux villages ont déjà été perquisitionnés.
00:20:32Les pauvres gens.
00:20:33Permettez, monsieur Braguine.
00:20:35C'est chez moi que les vingt sacs de seigle ont été volés.
00:20:38J'ai télégraphié à Saint-Pétersbourg,
00:20:40lié au gouverneur,
00:20:42non pas parce que j'ai le goût de la chicane,
00:20:44comme vous paraissez le prétendre,
00:20:46ni parce que je prends mal la chose,
00:20:48mais je m'en tiens à une attitude de principe.
00:20:51La loi reconnaît et juge les voleurs,
00:20:54qu'ils soient affamés ou pas.
00:20:57Il y a des gens qui gâchent tout.
00:21:01Ils n'ont qu'une seule raison de s'intéresser au malheur des hommes,
00:21:04d'échaîner contre leur mauvais caractère et leur nesquinerie.
00:21:07Il y a des gens parfaitement indifférents
00:21:09qui font la charité sans en avoir le moindre goût,
00:21:11uniquement par jalousie de tout ce qui peut être entrepris
00:21:14sans leur participation.
00:21:16Il n'y a rien de sacré pour leur fatuité.
00:21:20Il y a des gens qui ont une âme angélique
00:21:22et des pensées magnifiques,
00:21:23mais qui les expriment d'une telle manière
00:21:26qu'on a du mal à distinguer l'ange
00:21:28d'une vendeuse au marché d'Odessa.
00:21:35On m'attend en bas, vous passerez chez moi.
00:21:38Je ne vous dis pas au revoir.
00:21:43Il faut que je m'en aille, mon cher Paul.
00:21:45Vous ne m'avez donné aucun conseil.
00:21:50Je suis hydropique, je n'ai pas de nerfs.
00:21:54Quel conseil pourrais-je vous donner ?
00:21:56Croyez-moi, ne vous faites pas de soucis.
00:21:59Ma parole, ça n'en vaut pas la peine.
00:22:01Comment ça n'en vaut pas la peine ?
00:22:03Il y a déjà le petit fusil, il paraît.
00:22:04Et après, il y a une nouvelle récolte dans quelques mois.
00:22:07Il faut bien mourir aujourd'hui.
00:22:09Je ne peux pas ne pas m'en faire.
00:22:10Je vous parle en ami.
00:22:13Changez de caractère.
00:22:15Vous êtes difficile à vivre.
00:22:18Vraiment difficile.
00:22:21Allons, au revoir.
00:22:25Ne m'enveillez pas, je suis vieux.
00:22:27Je dis tes âmes.
00:22:28Vous devriez faire un voyage
00:22:37à Pétersbourg
00:22:39ou à l'étranger, Excellence.
00:22:41Vous perdez vos plus belles années.
00:22:44Vous êtes jeune,
00:22:45vigoureux, riche.
00:22:47A votre place,
00:22:55je filerai comme un lièvre
00:22:56à ne plus entendre
00:22:58que le vent dans mes oreilles.
00:22:59C'est bien.
00:23:20Maria, tu es là ?
00:23:21Oui, pote.
00:23:23Qu'y a-t-il ?
00:23:23Je vais débarrasser cette table.
00:23:24Je ne peux pas supporter ce désordre.
00:23:26Seigneur !
00:23:59Vous n'avez pas une histoire
00:24:03à nous raconter.
00:24:05Voulez-vous des potins ?
00:24:07Oui.
00:24:10Ostropovich
00:24:11s'est fâché avec l'instituteur
00:24:13parce qu'au retour de l'école,
00:24:15son fils lui a dit
00:24:16« Au fond, papa,
00:24:19si tu es riche,
00:24:22c'est à force de faire payer les pauvres. »
00:24:24Comment son gamin
00:24:26osait lui dire cette vérité première ?
00:24:28Et il lui en a coûté d'avoir les fesses bleues.
00:24:31Après quoi,
00:24:31Ostropovich a fait une attaque.
00:24:34Sitourmi,
00:24:35il est allé trouver l'instituteur
00:24:36et il lui a dit
00:24:37« Coquin,
00:24:39vous osez me prendre en exemple
00:24:41dans vos leçons
00:24:41et pour me dénigrer devant mon propre fils. »
00:24:45« Ça, jamais je ne parle de leur famille
00:24:46à mes élèves, »
00:24:47a dit l'instituteur.
00:24:49« Mais leur avez-vous parlé
00:24:50des riches et des pauvres ? »
00:24:52« C'était dans mon sujet
00:24:54à abordouiller l'instituteur.
00:24:56Je vous retire mon fils
00:24:57à hurler Ostropovich
00:24:59et je vais écrire au gouverneur
00:25:01pour lui dire que vous êtes un homme
00:25:03qui fait voir la vie
00:25:05de travers à ses élèves. »
00:25:07C'est arrangé.
00:25:08J'ai passé la soirée d'hier
00:25:09à le convaincre
00:25:11que la leçon était bonne
00:25:12et que son fils lui avait dit cela
00:25:14pour lui prouver
00:25:15qu'il était savant
00:25:16alors qu'il ne l'était pas.
00:25:18J'ai démontré au fils
00:25:19que son exemple était mal choisi.
00:25:21Il vous a cru ?
00:25:22Il avait trop mal aux fesses
00:25:24pour ne pas me croire.
00:25:27Ostropovich n'avait peut-être
00:25:28pas tout à fait tort.
00:25:31L'instituteur ne devrait pas
00:25:33faire de leçon dans le sens.
00:25:34Ça retourne contre les parents.
00:25:38Dites-moi, monsieur Logos.
00:25:40Docteur Sobol.
00:25:42Docteur Sobol,
00:25:45combien avez-vous d'hôpitaux
00:25:46dans le district ?
00:25:48Il y en a deux
00:25:48qui sont bourrés de malades.
00:25:51Et combien de morts par an ?
00:25:52à chaque hôpital ?
00:25:53Paul.
00:25:55Tout ce que la médecine
00:25:56ne peut pas guérir.
00:25:58La médecine ou votre incompétence ?
00:26:00Paul.
00:26:02Je vais vous parler.
00:26:04Voulez-vous venir ?
00:26:05Qu'avez-vous à me dire
00:26:06d'aussi secret ?
00:26:07Je vous demande de venir.
00:26:11Excusez-moi, je reviens.
00:26:15Promettez chez vous immédiatement.
00:26:16C'est la vieille histoire.
00:26:24Il recommence.
00:26:30Vous ne voulez pas partir.
00:26:34Votre guise, restez.
00:26:36Je partirai.
00:26:37Ils ont tous le kiffus.
00:26:40Il n'y a rien à faire.
00:26:41Mon pauvre Sobol,
00:26:42il faut bien mourir
00:26:43un jour ou l'autre.
00:26:44Nathalie,
00:26:46venez nous égayer un peu.
00:26:59Elle me hait.
00:27:01Alors tout va recommencer.
00:27:09Les larmes,
00:27:10les cris,
00:27:10les malédictions.
00:27:12Et puis les départs à l'étranger.
00:27:15Et la peur qu'elle me trompe
00:27:16avec un de ces gigolos
00:27:17italiens ou russes
00:27:18qu'on rencontre partout.
00:27:21Je lui refuserai son passeport.
00:27:25Mais je serai seul.
00:27:27Toujours seul.
00:27:30Mes vieux.
00:27:31En cinq ans,
00:27:34j'aurai des cheveux blancs.
00:27:40Madame Reçoit,
00:27:41ses distractions,
00:27:42c'est tout ce qui compte.
00:27:44On se moque pas mal de moi.
00:27:46Oh, elle sera toujours belle,
00:27:47bien sûr,
00:27:48elle me trompera.
00:27:49Et pourquoi ne me tromperait-elle pas ?
00:27:52Elle n'aura plus aucune raison
00:27:53de ne pas me tromper.
00:27:55Mais pourquoi n'ai-je pas
00:27:57accepté le divorce
00:27:58lorsqu'elle me le demandait ?
00:28:00Et elle,
00:28:00pourquoi n'est-elle pas partie ?
00:28:03Elle n'avait qu'à partir.
00:28:07Je ne souffrirai plus.
00:28:10Je ne veux plus souffrir.
00:28:12Je pourrai finir ma vie tranquillement,
00:28:15sans penser à rien.
00:28:20Et voilà.
00:28:22Tout ce beau monde va se mettre à souper,
00:28:25à mes frais,
00:28:26naturellement.
00:28:28Et moi, voilà toute ma compagnie,
00:28:31des morts qui me regardent du haut de l'enfer.
00:28:34mais je suis vivant.
00:28:37Mais je suis vivant.
00:28:39J'ai ma vie.
00:28:43Après tout, je suis le maître ici.
00:28:50Je peux les chasser tous si je veux.
00:28:52Et tout de suite.
00:28:53Alors, mon vieux,
00:28:56ridicule en plus de ça.
00:28:59Tu sais bien que ça ne veut rien dire.
00:29:01Tu as beau être conseiller,
00:29:02être riche,
00:29:03être le gentil homme du tsar,
00:29:06tu n'es le maître de personne.
00:29:08Personne.
00:29:09Et surtout pas de ta femme.
00:29:14Alors, rien n'a changé.
00:29:17Ce brave Youpof y va de sa chanson.
00:29:19Dans un quart d'heure,
00:29:20ils seront tous partis.
00:29:23Je suis là,
00:29:24tracassé comme un pauvre imbécile.
00:29:26Oui,
00:29:27je ne sais rien passer d'extraordinaire.
00:29:29C'est une bonne petite soirée traditionnelle.
00:29:37C'est une bonne petite soirée traditionnelle.
00:29:54Entrez.
00:30:01Monsieur doit être fatigué.
00:30:03L'étard.
00:30:04Avec tout ce tapage,
00:30:05impossible de dormir.
00:30:06Tout le monde est parti?
00:30:07Oui, monsieur.
00:30:09C'était une bien belle réunion.
00:30:10Qui a-t-on applaudi si fort?
00:30:12Les donateurs.
00:30:14Quels donateurs?
00:30:15Eh bien,
00:30:16on a lu la liste des dons
00:30:17qu'ont fait ces messieurs et dames
00:30:18au profit des affamés de pestreauvre.
00:30:21Monsieur Akamov a donné 1000 roubles
00:30:22et 2000 kilos de farine.
00:30:24Et une vieille dame a promis d'installer
00:30:26un réfectoire pour 150 personnes.
00:30:28C'était merveilleux.
00:30:30Et madame a annoncé
00:30:31qu'on se réunirait chez elle
00:30:32tous les vendredis.
00:30:34D'ici, en bas?
00:30:36Tous les vendredis?
00:30:37Oui, monsieur.
00:30:41Pensez donc,
00:30:42depuis le mois d'août,
00:30:43madame a déjà réuni
00:30:446 000 roubles.
00:30:46Tu dis depuis le mois d'août?
00:30:47Oui, monsieur.
00:30:49La fois qu'elle y met,
00:30:50madame ramassera sûrement beaucoup.
00:30:52Les gens sont riches par ici.
00:30:54Très bien, merci.
00:30:55Merci, Alexis.
00:30:56Bonsoir, monsieur.
00:30:57Bonne nuit.
00:30:57Bonsoir.
00:30:58Allons, mon vieux d'or,
00:31:11et cesse de t'inquiéter.
00:31:12Non, monsieur n'a pas de souci à se faire.
00:31:23Le toit de la ferme est réparé.
00:31:26Le couvreur a révisé les gouttières.
00:31:29Le gel ne les fera pas claquer.
00:31:32Tout est en ordre.
00:31:33C'est bien, Popovitch.
00:31:37Je vais partir aujourd'hui ou demain en voyage.
00:31:41Monsieur, pas pour longtemps.
00:31:44Quelques semaines.
00:31:46Alors,
00:31:47bon voyage et bon amusement, monsieur.
00:31:51Merci.
00:31:52A bientôt.
00:32:05J'allais oublier le plus important.
00:32:07Monsieur va être content.
00:32:08On a arrêté les voleurs
00:32:09qui lui avaient volé le Seigne.
00:32:11Ça, c'est tout le temps-là.
00:32:13La vérité, monsieur.
00:32:14Hier, le juge d'instruction
00:32:15a fait arrêter trois paysans de Pestrovo.
00:32:17Fiche-moi le camp, imbécile.
00:32:19Fiche-moi le camp !
00:32:20Imbécile !
00:32:21Fiche-moi le camp !
00:32:51Madame Hédard ?
00:32:59Oui, monsieur.
00:33:00Non, non, laissez-le.
00:33:01Je veux seulement dire au revoir, madame,
00:33:03avant de me demander par en voyage.
00:33:05Madame travaille à son bureau.
00:33:06C'est la dernière fois que je vous vois, Nathalie.
00:33:17Je ne vous regarderai plus, même pas de ma fenêtre.
00:33:19Vous êtes jolie au milieu de toutes vos choses.
00:33:24Il n'y a pas de tendresse chez moi, là-haut, vous savez.
00:33:28Je suis bête, mais vous êtes l'unique être au monde que j'aime.
00:33:36Vous êtes ma femme.
00:33:37Vous savez qu'il fait jour, Nathalie ?
00:33:41Vous voulez que j'ouvre les volets ?
00:33:44Je ne sais pas, ça n'a pas d'importance.
00:33:48Excusez-moi.
00:33:51Mais j'ai appris, par hasard,
00:33:55que vous organisiez des secours pour les victimes de la famine.
00:33:59C'est exact, mais c'est mon affaire.
00:34:04Oui, sans doute, c'est votre affaire.
00:34:06Et je vous en félicite,
00:34:08puisque vous m'avez devancé dans un projet
00:34:10dont je vous avais fait part.
00:34:12Non, je suis simplement venu vous demander
00:34:14d'accepter ma participation.
00:34:19Excusez-moi, je ne peux pas accepter.
00:34:21Pourquoi ?
00:34:23Je suis comme vous, Nathalie.
00:34:25Je ne manque de rien.
00:34:26Et je désire aider ceux qui ont faim.
00:34:31On ne vous demande rien ?
00:34:32À vous non plus, on ne vous demande rien.
00:34:35Et pourtant, dans ma propre maison,
00:34:37vous avez organisé un comité sans m'en prévenir.
00:34:40On me l'avait demandé.
00:34:42Mais à vous, croyez-moi, on ne vous le demandera jamais.
00:34:45Allez porter secours là où on ne vous connaît pas.
00:34:48Je vous en prie.
00:34:50Ne parlez pas sur ce temps.
00:34:53Écoutez, Paul.
00:34:53Pendant deux ans, nous avons vécu en paix sans nous gêner.
00:34:58C'est fini.
00:35:00On dirait que vous voulez revenir au passé.
00:35:01Pourquoi ?
00:35:03Hier, vous êtes venu uniquement pour le plaisir de m'humilier,
00:35:05moi et mes amis.
00:35:08Je vous en prie.
00:35:09Contenez-vous, ne faites pas ça.
00:35:13Si vous continuez, demain, je ferai une demande.
00:35:15J'obtiendrai des papiers à mon nom.
00:35:16Et je m'en irai, je m'en irai, je m'en irai.
00:35:18J'irai dans un couvent, dans une maison de peau,
00:35:20dans un asile.
00:35:21De fou, de fou.
00:35:22Tant mieux, tant mieux.
00:35:23Aujourd'hui, à Pestervo,
00:35:25j'enviens les pays dames qui sont malades et qui ont faim
00:35:27parce qu'elles ne vivent pas avec un homme comme vous.
00:35:30Elles sont honnêtes, libres.
00:35:32Tandis que moi, selon votre bon plaisir, je vise à vos dépens.
00:35:34Je sombre dans l'oisiveté
00:35:36et je vous paie de ma libre stupide et inutile
00:35:38parce que vous ne m'accordez pas le droit d'avoir des papiers à mon nom.
00:35:41Je suis obligée de respecter l'honorabilité de votre nom
00:35:43à laquelle personne ne croit plus.
00:35:45de ces réunions, ces complots,
00:35:46ces rassemblements de l'inspirateur dans ma maison.
00:35:50Je l'admets ici, des gens que je connais
00:35:51dut à tout ce traracail de chercher un autre local
00:35:54pour exercer sa philanthropie.
00:35:57Toutes ces comédies n'ont d'autre but
00:35:58que d'exciter une névrosée comme vous.
00:36:00...
00:36:28Vous comprenez mal, Nathalie.
00:36:31Vous êtes injuste à mon égard.
00:36:34Vous n'avez que de bonnes pensées en venant vous voir.
00:36:36Qu'un seul souci, faire du bien comme vous.
00:36:39Paul, je vous en supplie,
00:36:41faites une bonne action au moins une fois dans votre vie.
00:36:44Oubliez les affamés, partez en voyage.
00:36:47Je vous pardonnerai tout, tout, je vous le promets.
00:36:51Mais vous remontfoncez inutilement.
00:36:54J'étais venu vous annoncer ma décision de partir en voyage.
00:36:56Mais je ne m'en nierai pas
00:36:58avant d'avoir rempli mon devoir.
00:37:01Je veux faire quelque chose pour les victimes de la famine.
00:37:05La famine et la pauvreté ne sont pas la cause de votre tourment.
00:37:09Vous êtes malheureux parce que les affamés eux-mêmes se passent de vous.
00:37:13Que l'administration rurale et ceux qui organisent les secours
00:37:15n'ont pas besoin de votre aide,
00:37:17mais de votre direction.
00:37:21Je suis venu vous parler sérieusement, Nathalie.
00:37:26Asseyez-vous, je vous en prie.
00:37:30Asseyez-vous.
00:37:39Tout ceci est grave.
00:37:42Écoutez-moi bien.
00:37:42Vous êtes une femme.
00:37:48Vous n'avez pas d'expérience.
00:37:50Vous êtes trop confiante, trop expansive.
00:37:55Vous êtes lancée dans une entreprise généreuse,
00:37:58mais malgré toute l'estime que j'ai
00:38:00pour vos qualités d'esprit et de cœur,
00:38:04je ne peux pas admettre
00:38:05que vous soyez seul responsable d'une affaire aussi lourde.
00:38:11Vos nouveaux amis vous paraissent animer
00:38:12des mêmes intentions que vous,
00:38:14mais vous ne les connaissez pas.
00:38:16Pensez-vous que quelqu'un vous défendra
00:38:18si vous,
00:38:21si moi peut-être,
00:38:23nous sommes accusés d'avoir ramassé 200 000 roubles
00:38:25dont on ne retrouve pas la trace,
00:38:26parce que des négligences
00:38:29ou des gaspillages auront été commis.
00:38:30À ce moment-là,
00:38:35je devrais faire face à vos obligations.
00:38:39Ce n'est pas par mon propre,
00:38:40mais par prévoyance
00:38:41que je souhaite me mêler de vos affaires.
00:38:44Pour moi, c'est un devoir.
00:38:47Vous courez le risque de perdre votre réputation.
00:38:50Venons aux fêtes, je vous prie.
00:38:53Eh bien, voilà, Nathalie,
00:38:55nous allons examiner vos comptes.
00:38:58Ensuite, vous me tiendrez informé chaque jour
00:39:00des entrées et des sorties d'argent.
00:39:03Ah, vous me donnerez également
00:39:04une liste de vos collaborateurs.
00:39:06Ce sont peut-être des gens très bien,
00:39:07mais il faut prendre des renseignements.
00:39:10Vous parlez sérieusement ?
00:39:12Soyez raisonnable, Nathalie.
00:39:14Ayez confiance en moi.
00:39:16Je suis honnête
00:39:17et j'ai de l'expérience.
00:39:24Vous allez vous inscrire ce que vous avez reçu
00:39:25et ce que vous avez dépensé.
00:39:26Où est l'état récapitulatif ?
00:39:32Il n'y en a pas.
00:39:33Il faut faire un état récapitulatif.
00:39:36Alors, et les lettres
00:39:37qui accompagnent les dons en nature
00:39:39et l'argent sont-elles ?
00:39:41Dans le tiroir.
00:39:44Très bien, conservez-les.
00:39:47Et marquez un numéro sur chacune d'elles
00:39:50que vous porterez ensuite sur un registre spécial.
00:39:52Et faites de même avec les lettres
00:39:54que vous écrivez.
00:39:57C'est très simple.
00:39:59Je le ferai.
00:40:00Faites.
00:40:02Faites tout ce que vous voulez.
00:40:05Avec votre permission, Nathalie,
00:40:06je vais prendre ces papiers.
00:40:07Je serai plus tranquille
00:40:08pour les examiner là-haut, chez moi.
00:40:10Sans vous déranger.
00:40:11Nous en parlerons demain.
00:40:13Bon.
00:40:14Alors, tout est là.
00:40:16Y a-t-il rien d'autre ?
00:40:17Prenez tout !
00:40:18Tout !
00:40:19C'était ma seule joie !
00:40:20Le seul honneur
00:40:20qui te fais encore !
00:40:21Prenez tout !
00:40:23Vous êtes encore une petite fille, Nathalie.
00:40:40Quand vous comprendrez,
00:40:41vous serrez la première à me remercier,
00:40:43je vous assure.
00:40:47Allons, séchez vos larmes
00:40:48et rangez cette clé.
00:40:50Il ne faut pas tenter les domestiques
00:40:52en laissant tout ouvert.
00:40:52Ah, Maria, un travail urgent à faire quand on me donne du thé.
00:41:21Ah, ces mœurs de faim vont me faire passer une nuit blanche.
00:41:31Oui, ma femme a réuni 8000 roubles. Et moi, j'en ajoute 5000. C'est le commencement d'une belle œuvre. Mais il faut mettre un peu d'ordre. La charité n'est pas une petite affaire, crois-moi.
00:41:48Avec toi, on peut être tranquille. Tu recommencerais 20 fois une addition plutôt que de laisser filer un copec.
00:41:54Non. Je passe.
00:42:02Les pages ne sont ni numérotées ni reliées.
00:42:04Alors, Maria, vous rêvez ?
00:42:14Je pensais au printemps qui va bientôt venir. Peut-être que tout ira mieux.
00:42:20Il faut attendre la récolte. Et le soleil ne donnera pas d'argent à ceux qui n'en ont pas. Ils continueront à manger leurs potes de terre gelées.
00:42:28Comment peut-il supporter cette misère ?
00:42:30Les uns dorment, les autres deviennent fous.
00:42:34Quel est le prix du seigneur, Prokowicz ?
00:42:36Un rouble 15 copec.
00:42:38Il peut monter ?
00:42:39D'ici la studio, il peut doubler.
00:42:45Évidemment, elle n'a pas inscrit le prix.
00:42:48A-t-on idée de procéder de la sorte ?
00:42:53Et ça ?
00:42:54Tenez à M. Sauvol 32 roubles.
00:42:57Quand et pourquoi ?
00:43:00Et où est la pièce justificative ?
00:43:03Rien.
00:43:05Et rien à comprendre.
00:43:07En cas d'enquête judiciaire, ces papiers ne pourraient qu'obscurcir l'affaire.
00:43:12Ah, ma femme est naïve.
00:43:15Elle abandonne ses livres à des étrangers qui inscrivent tout en désordre.
00:43:19C'est encore une petite fille.
00:43:24C'est comme ma fille.
00:43:26Elle est étonnée d'être punie à l'école lorsqu'elle a fait faire ses devoirs par les voisins.
00:43:47Ta fille est gracieuse, elle rit tout le temps.
00:43:50Elle a été très malade.
00:43:51Nous avons eu peur de la perdre et nous n'avons plus qu'un seul souci.
00:43:55La rendre heureuse.
00:43:56Donne le bonheur tant qu'il dépend de toi.
00:43:59Mais tu as gagné, va ? Maintenant j'ai affaire.
00:44:04Au revoir, monsieur.
00:44:06Au revoir, Maria Gerasimovna.
00:44:07Au revoir, Poklovitch.
00:44:08Eh bien.
00:44:09Tu es content, je pense.
00:44:10Tu as toute l'affaire en main.
00:44:11C'est bien ce que tu voulais.
00:44:12Oui.
00:44:13Mais c'était nécessaire.
00:44:14Il y avait beaucoup de désordre.
00:44:15Tout sera fait dans les règles, maintenant.
00:44:16À ta convenance.
00:44:17Les affamés auront leur fiche.
00:44:18Es-tu sûr de les aimer tant que ça ?
00:44:19Bonsoir, Maria.
00:44:20Bonsoir, Paul.
00:44:21C'est pas toujours bien de faire pleurer les uns pour sauver les autres.
00:44:23Vraiment, merci.
00:44:25C'est pas compliqué.
00:44:26Mais c'était nécessaire.
00:44:27Il y avait beaucoup de désordre.
00:44:28Tout sera fait dans les règles, maintenant.
00:44:30À ta convenance.
00:44:33Les affamés auront leur fiche.
00:44:36Es-tu sûr de les aimer tant que ça ?
00:44:39Bonsoir, Maria.
00:44:41Bonsoir, Paul.
00:44:42C'est pas toujours bien de faire pleurer les uns pour sauver les autres.
00:44:53Je vais m'occuper de madame.
00:45:23Nathalie, ne pleurez plus, je vous en supplie.
00:45:31Voici votre dossier.
00:45:34Tout est bien.
00:45:36Tout est en ordre.
00:45:38Je suis content, je pars demain.
00:45:42Nathalie, assez, assez.
00:45:47Je pars demain, je vous en donne ma parole.
00:45:52C'est décidé.
00:45:58Nathalie, lorsque vous m'avez demandé de m'en aller,
00:46:04vous avez dit, je vous pardonnerai tout.
00:46:09Tout.
00:46:11C'est donc que vous me jugez coupable.
00:46:14Je vous en prie, définissez avec sang-froid et en termes brefs
00:46:18ma faute à votre égard.
00:46:22Je suis fatiguée. Plus tard.
00:46:26Si je suis coupable, je veux savoir de quoi.
00:46:29vous allez sans doute me dire que vous êtes jeune, belle, que je suis, que j'ai presque le double de votre âge.
00:46:46que vous me détestez parce que vous voulez vivre et que je vous en empêche, c'est vrai.
00:46:51Mais est-ce ma faute ?
00:46:53Je ne vous ai pas épousé de force.
00:46:55Eh bien, votre liberté, je vous la rends.
00:46:58Partez.
00:47:00Partez, aimez qui vous voudrez.
00:47:03Je vous accorderai même le divorce.
00:47:05Non.
00:47:07Ce n'est pas ça la vérité, Paul.
00:47:11Je vous aimais, vous le savez bien.
00:47:14Je n'ai jamais pensé que vous étiez trop vieux, ni que je pourrais aimer un autre homme.
00:47:17Je vais seulement rêver que vous seriez différent.
00:47:21Vous êtes égoïste, Paul.
00:47:24Difficile à vivre.
00:47:26Vous réalisez le monde d'une manière que je ne comprends pas.
00:47:31Peut-être.
00:47:36Je ne sais pas.
00:47:42Vous avez toutes les qualités et pourtant vous ne savez pas vivre.
00:47:47Vous êtes instruit, bien élevé, juste.
00:47:51Vous avez d'excellents principes.
00:47:54Et vous apportez je ne sais quoi d'accablant qui outrage et qui humilie.
00:47:57Parce que vous pensez honnêtement, vous voyez, c'est le monde entier.
00:48:07Au nom de la loi ou de la morale, vous obligez une femme jeune, en bonne santé,
00:48:11à user sa vie dans la peur, le regret et l'humiliation de recevoir le vivre et le couvert d'un homme qu'elle n'aime pas.
00:48:19Vous respectez le mariage.
00:48:22Et en sept ans, vous n'avez même pas vécu sept mois avec votre femme.
00:48:27Vous n'avez pas eu de femme.
00:48:30Et moi, je n'ai pas eu de mari.
00:48:34Les premières années, vous m'avez rendu folle.
00:48:37Maintenant, j'ai honte.
00:48:41A force de me défendre de vous, j'ai changé de caractère. Je suis devenue difficile moi aussi.
00:48:46J'ai peur de mon ombre, je me méfie de tout.
00:48:55Et ça ne sert à rien de parler, vous ne comprendrez jamais.
00:48:57Maintenant, laissez-moi.
00:49:01Vous allez manger jusqu'au matin, je n'en peux plus.
00:49:07Vous m'avez promis de partir, je vous remercie.
00:49:11Je ne t'y sais rien d'autre.
00:49:30Et pourtant, la vie aurait pu être belle si vous aviez voulu.
00:49:34Un tout petit peu voulu seulement.
00:49:40Trop tard.
00:49:42Tant pis pour nous, trop tard.
00:49:47Au revoir, Paul, que tu vous gardes.
00:49:48Je ne gâchais pas mon seul réel, mon seul espoir.
00:50:02L'oeuvre que j'avais entreprise.
00:50:05Maintenant, j'ai une tâche à remplir, je m'y accroche.
00:50:09J'ai trouvé ma raison de vivre, d'être heureuse.
00:50:18Thalie, vous êtes une femme de cœur, vous pensez et vous agissez bien.
00:50:23Avant mon départ, accordez-moi une grâce.
00:50:28Aidez-moi à faire mon devoir envers les affamés.
00:50:32Que voulez-vous faire ?
00:50:34Un don en argent ?
00:50:39Voici la liste de souscription.
00:50:48Au revoir.
00:51:02Portez-vous bien.
00:51:06Je vous souhaite beaucoup de succès, Nathalie.
00:51:09Mais croyez-moi, soyez plus prudente avec Sobol et ses amis.
00:51:13Je ne veux pas dire qu'ils sont malhonnêtes, mais...
00:51:15ils n'ont pas d'idéal, pas de principe.
00:51:19Ils n'ont que l'argent en tête.
00:51:22Si l'on vous écoutait,
00:51:24toute entreprise généreuse serait ruinée d'avance.
00:51:28Au fond, Paul,
00:51:30vous êtes une espèce de sauvage.
00:51:32Un site.
00:51:36Et pourtant, je vous assure,
00:51:38il y a de braves gens, de bons livres.
00:51:46Je suis si fatiguée.
00:51:49Je voudrais dormir.
00:51:52Ne vous inquiétez pas.
00:51:54Je voyagerai.
00:51:56Oui.
00:51:58Je vous remercie.
00:52:15...
00:52:29...
00:52:31...
00:52:33Nathalie, Nathalie, vous dormez ?
00:53:03...
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