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  • il y a 1 minute
Ce jeudi 22 janvier, la gestion des dérivés climatiques a été abordée par Didier Marteau, professeur émérite à l'ESCP, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00C'est Didier Marteau qui est avec nous, professeur émérite à l'ESCP.
00:04Bonjour Didier Marteau.
00:05Bonjour Etienne.
00:06Vous nous accompagnez régulièrement dans Good Morning Market afin de parler des dérivés.
00:10Mais aujourd'hui, on va parler d'un dérivé intéressant.
00:13Je suis sûr qu'il va passionner bon nombre d'auditeurs, téléspectateurs.
00:17Il s'agit des dérivés climatiques.
00:18Alors, on parle souvent des options des dérivés.
00:20Il y a une livraison, mais là, on ne livre pas de la température.
00:23Comment ça marche, ces fameux dérivés climatiques ?
00:25Et surtout, par qui c'est utilisé ?
00:26Très bien. Je vais vous donner un exemple, si vous voulez,
00:29pour commencer.
00:30D'abord, le dérivé climatique peut prendre trois formes,
00:33qui sont les formes habituelles des dérivés.
00:35Ça peut être des contrats à terme, ça peut être des options,
00:38ou ça peut être des swaps.
00:40Prenons un exemple.
00:41Vous êtes un brasseur, Heineken, Karsberg,
00:45et vous avez observé, grâce à des études statistiques,
00:48qu'une variation de 1 degré Celsius de la température moyenne l'été
00:53entraînait une variation de votre chiffre d'affaires,
00:56de la consommation de bière, d'à peu près 7,5%.
00:58C'est le chiffre qui résulte des statistiques.
01:01Donc, quand vous élaborez votre budget,
01:03vous allez élaborer le volume de vente de bière l'été,
01:08et vous le faites à partir d'une température budget,
01:10imaginons 25 degrés dans le sud de l'Europe.
01:13Pour vous couvrir, pour protéger votre budget,
01:16vous allez, c'est un peu curieux,
01:18vendre à terme de la température.
01:20Imaginons quelle cote aujourd'hui, je regardais,
01:2225 degrés Madrid août.
01:25Ça veut dire quoi ?
01:26Ça veut dire que, quand on va arriver à la fin du mois d'août,
01:29un organisme météorologique va vous donner la température moyenne
01:32qui a été observée.
01:34Imaginons 23 degrés.
01:3623 degrés, donc 2 degrés en dessous de votre température budget,
01:39et donc cela veut dire un volume de vente de bière inférieur.
01:42Mais vous aviez vendu à terme 25.
01:44Vous rachetez, comme sur n'importe quel marché financier,
01:47votre contrat à 23,
01:48et vous avez gagné 2 degrés Celsius.
01:51Évidemment, dans le contrat,
01:52un degré Celsius est valorisé,
01:54imaginons 1 million d'euros.
01:56Donc, Carlsberg, Heineken,
01:58gagnent 2 millions d'euros sur son contrat à terme climatique.
02:02Mais bien évidemment, comme il n'a fait que 23 degrés,
02:05il a réduit son volume de vente,
02:07son résultat, imaginons, de 2 millions,
02:09si la corrélation était bonne,
02:11entre une variation de 1 degré Celsius
02:12et la variation de son résultat.
02:15C'est une assurance, en quelque sorte.
02:17Là, vous avez cité des groupes agroalimentaires,
02:19ça peut également être des groupes dans le secteur du tourisme.
02:22Ce n'est pas utilisé pour faire de la spéculation
02:23ou gagner de l'argent.
02:24C'est se prémunir contre une certaine forme d'aléa climatique.
02:30Alors, le dérivé climatique remplit un rôle d'assurance,
02:36mais ce n'est pas une assurance.
02:37Parce que la différence entre une assurance et un dérivé,
02:40c'est que le dérivé est négociable.
02:42Vous pouvez l'acheter, le revendre avant son échéance,
02:45alors que l'assurance n'est pas un instrument négociable.
02:48D'ailleurs, quand vous achetez une option,
02:50c'est un actif financier que vous achetez,
02:51qui va l'activer votre bilan.
02:53Lorsque vous payez une prime d'assurance,
02:54ça va en résultat et ça réduit votre résultat.
02:57C'est une charge.
02:58Donc, je crois que c'est très important de bien noter.
03:00Prenons l'exemple toujours du brasseur,
03:03plutôt que de vendre à terme la température.
03:05Parce que si la température, en fait, est plus élevée que prévue,
03:09si vous avez vendu à terme 25 et qu'il fait 27,
03:12le brasseur paye 2 millions d'euros à sa contrepartie.
03:16Mais évidemment, il a vendu plus de BR, il a gagné 2 millions d'euros.
03:18S'il ne veut pas payer si la température monte,
03:21il peut acheter des options.
03:22Il peut acheter le droit de vendre la température.
03:25Tout ça est un peu bizarre,
03:26mais c'est exactement la réalité du marché climatique.
03:28Vous achetez le droit de vendre à 25 degrés.
03:31Comme ça, s'il fait 27 degrés, évidemment,
03:34vous profiterez de l'augmentation de votre chiffre d'affaires
03:37sans devoir payer les 2 millions d'euros.
03:40Mais cette option que vous avez achetée aujourd'hui,
03:42vous pouvez très bien la revendre demain matin,
03:45dans 6 mois, dans 3 mois,
03:47en fonction de l'évolution des anticipations sur la température.
03:50Donc, la différence entre une assurance et une option,
03:53c'est que l'option est un actif financier négociable,
03:56alors que l'assurance n'est pas négociable.
03:59C'est la différence.
03:59Et vous n'êtes pas obligé d'aller jusqu'à l'échéance,
04:01comme toute option.
04:02Vous pouvez prendre une plus-value pendant la validité du produit.
04:06Absolument.
04:07Imaginons, par exemple, que vous ayez acheté le droit de vendre,
04:10enfin, ou que vous ayez vendu à terme.
04:12Reprenons l'exemple instantané à 25 degrés,
04:15et que d'ici 3 mois, les anticipations baissent à 20...
04:19Enfin, vous avez vendu à 25,
04:20les anticipations baissent à 23, vous pouvez racheter votre contrat,
04:2423, vous avez gagné 2 millions d'euros,
04:25vous n'êtes plus protégé, évidemment,
04:27mais vous pouvez ensuite reprendre un contrat à terme ou une option.
04:30Donc, c'est vraiment un actif financier négociable
04:32que vous devez gérer de manière continue jusqu'à son échéance.
04:36Est-ce que c'est un produit qui peut s'adresser
04:37à des auditeurs et des spectateurs particuliers,
04:39ou non, pas du tout ?
04:40On est vraiment sur des cas ciblés, comme vous l'avez souligné.
04:43Oui, alors en fait, les utilisateurs de ces produits dérivés climatiques
04:46sont les entreprises qui sont exposées à la volatilité des indices
04:52température, précipitation, vitesse du vent, hauteur de neige,
04:57et donc c'est essentiellement le secteur agricole,
04:59le secteur agroalimentaire, le secteur énergétique, les loisirs.
05:03Vous savez que les parcs de loisirs, la fréquentation,
05:05est dépendante, quand vous faites des études statistiques,
05:07surtout des précipitations, beaucoup plus que de la température.
05:10On ne va pas au parc Astérix parce qu'il pleut,
05:13mais on y va parce qu'il fait froid.
05:15Et puis, il y a aussi beaucoup de prévente,
05:17ce qui réduit d'ailleurs la sensibilité de ces parcs de loisirs
05:21aux aléas climatiques.
05:23Mais oui, c'est essentiellement des produits
05:25qui sont destinés aux entreprises,
05:28et la plupart des contrats sont négociés à Chicago,
05:31sur le Chicago Mercantile Exchange,
05:33où l'on cote 18 villes, dont 4 en Europe.
05:36On cote la température à Paris,
05:38la température à Londres, à Amsterdam,
05:40et en Allemagne à Essen.
05:41Mais pas encore pour certains domaines skiables,
05:43puisque là, ça pourrait avoir aussi une certaine forme de logique.
05:45Bien sûr que vous avez des banques,
05:47là c'est du gré à gré,
05:48qui cotent en fait la hauteur de neige,
05:51et donc les stations peuvent se prémunir
05:53contre la baisse de l'enneigement,
05:55en vendant à terme une certaine quantité de neige.
05:58Est-ce que le dérèglement climatique a un impact sur ces produits,
06:02dans le sens où ils sont peut-être plus souscrits aujourd'hui qu'avant,
06:04ou est-ce qu'à l'inverse, il y en a moins sur le marché,
06:06parce que c'est compliqué parfois à assurer ?
06:08Alors c'est une très bonne question,
06:10et qui en fait renvoie à celle de l'établissement du cours à terme,
06:14la manière dont il est estimé.
06:15Si je vous achète à terme du blé dans 3 mois,
06:19enfin si je l'achète à terme à un négociant,
06:21le négociant va se couvrir,
06:22il va emprunter, acheter spot le blé,
06:24et le stocker.
06:25Et donc le cours à terme sera bêtement,
06:27le cours spot, plus le taux d'intérêt,
06:30plus le coût de stockage.
06:30Si j'achète à terme une contrepartie de la température,
06:34il ne va pas emprunter, acheter spot la température,
06:36et la porter.
06:38Et donc ça veut dire que le cours à terme de la température,
06:40ou des précipitations,
06:42va dépendre des anticipations des contreparties
06:45sur l'évolution de la température.
06:47Et donc les desks de dérivés climatiques
06:49sont entourés de météorologues,
06:53parce qu'en fait on ne peut pas dupliquer,
06:55comme au Lego, un contrat à terme,
06:57par un spot plus un coût de portage,
06:59comme on le fait sur tous les autres actifs financiers.
07:01Merci beaucoup Didier Marteau pour cet exercice de pédagogie
07:04et ce focus donc sur les dérivés climatiques.
07:06Je rappelle que vous êtes professeur émérite à l'ESCP
07:08pour faire donc un focus sur les dérivés climatiques,
07:12comment ça fonctionne, le mécanisme.
07:13Vous nous accompagnez régulièrement
07:15afin de nous expliquer un petit peu
07:17le mécanisme de ces produits.
07:18Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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