L'invité du 7H50 de Benjamin Duhamel est Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne à la Prospérité et à la Stratégie industrielle. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-19-janvier-2026-8233151
00:007h48 sur Inter, Benjamin Duhamel, votre invité et vice-président de la Commission Européenne pour la Prospérité et la Stratégie Industrielle.
00:09Bonjour Stéphane Séjourné.
00:10Bonjour Benjamin Duhamel.
00:11Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:13Si l'on souhaite vous entendre ce matin, c'est parce que de vous dépend une partie de la riposte européenne aux menaces de Donald Trump sur la question du Groenland,
00:21alors que l'escalade est inédite.
00:22C'est le président américain qui a annoncé vouloir imposer 10% de droits de douane supplémentaires à 8 pays, dont la France qui s'oppose à l'annexion du Groenland.
00:31Est-ce que cette fois, l'Union Européenne, la Commission dont vous êtes le vice-président vont riposter et dire ça suffit ?
00:38Bon d'abord je voudrais le dire ce matin de manière très ferme, le Groenland ne sera jamais américain.
00:44Il faut que le chantage cesse.
00:46Je pense que l'administration américaine fait une erreur importante.
00:49C'est de tester les Européens sur deux principes qui sont des principes fondamentaux de la construction européenne,
00:56qui est l'autodétermination des peuples et la souveraineté territoriale des États membres de l'Union Européenne.
01:03Alors nous avons discuté pendant ces dernières semaines avec mes collègues, avec l'ensemble des partenaires européens.
01:10Il y a une solidarité de fait qui se construit autour de ces principes, de ces valeurs.
01:14Et puis il faut regarder l'Ukraine, y compris ces valeurs qui ont construit l'unité européenne des Européens.
01:22Alors oui, évidemment, nous avons un certain nombre de faiblesses aujourd'hui, des dépendances, notamment économiques.
01:31Nous avons un certain nombre de faiblesses qui fait que certains pays ont des craintes sur des répercussions économiques,
01:37et notamment sur des répercussions économiques commerciales,
01:40puisque nous sommes soumis à des chantages de droits de douane dorénavant.
01:44Mais nous devons tenir, et la pression doit maintenant s'exercer du côté européen.
01:48Juste, je m'arrête un instant sur cette phrase que vous venez de prononcer,
01:51« Le Groenland ne sera jamais américain ».
01:52Vous avez le sentiment que Donald Trump est sensible à ce genre de phrase,
01:57puisque en l'état, il se moque parfaitement de ce qui peut être dit par des leaders européens ?
02:02Oui, j'ai le sentiment surtout que si nous n'affirmons pas cela, c'est la course,
02:07et je ne sais pas où s'arrêtera ce désir de puissance et d'annexion du Groenland.
02:15Donc nous devons affirmer un certain nombre de principes,
02:18et donc nous devons l'affirmer de manière cohérente entre nous, mais surtout de manière unitaire.
02:24Affirmer des principes et répondre.
02:26Que peut faire l'Union européenne ? Que peut faire la Commission européenne ?
02:29Là encore, on va essayer de prendre les choses dans l'ordre, Stéphane Séjourné.
02:32Emmanuel Macron vous demande d'activer ce qu'on appelle l'outil anti-coercition,
02:36qu'on qualifie d'armes nucléaires, de bazooka commercial.
02:40Est-ce que c'est sur la table ? Est-ce que vous pourriez décider d'activer cet outil ?
02:44Ce que nous sommes en train de vivre est un cas d'école de coercition.
02:48C'est la première étape, peut-être, pour la Commission européenne,
02:51c'est de constater qu'un outil commercial, en l'occurrence les droits de douane,
02:57nous est soumis en termes de chantage pour nous contraindre à, en l'occurrence, céder le Groenland.
03:04Et donc c'est un cas d'école aujourd'hui,
03:06et la définition est très claire dans les textes européens de ce qu'est la coercition,
03:11et c'est un cas d'école de coercition.
03:12Donc si c'est un cas d'école de coercition, ça légitime l'activation de l'outil anti-coercition ?
03:17Nous sommes en discussion, et la représaille d'ailleurs, nous sommes au stade de la menace du côté américain,
03:23nous devons être au stade également de la menace au niveau européen,
03:28et l'outil anti-coercition est en quelque sorte une arme de dissuasion.
03:32Une arme de dissuasion qui doit permettre le dialogue,
03:35et surtout d'éviter l'application des droits de douane.
03:39Et donc c'est ça aussi l'objectif que nous donnons,
03:42avoir une discussion, mais mettre aussi l'ensemble des outils sur la table.
03:45Il y a visiblement parfois un peu de langage diplomatique aussi à la Commission européenne,
03:48juste pour que les choses soient très claires.
03:49Je n'ai pas l'impression ce matin d'être dans un langage diplomatique.
03:51Pour que les choses soient très claires, l'outil anti-coercition est sur la table,
03:54si Donald Trump met ses menaces à exécution.
03:57Encore une fois, les choses sont par étapes, il faut constater la coercition,
04:00et je crois aujourd'hui être clair ce matin.
04:03Et puis après, ce sont les États membres qui doivent décider aussi,
04:06et de trouver des majorités pour pouvoir l'utiliser.
04:10L'outil anti-coercition, c'est une arme de dissuasion,
04:14et un certain nombre de mesures que nous pouvons paramétrer.
04:18Là encore, pour être très précis, si cet outil était activé,
04:21concrètement, pour ceux qui nous écoutent, ça veut dire quoi ?
04:23Ça veut dire bloquer des investissements américains ?
04:26Est-ce que ça veut dire, par exemple, aller jusqu'à fermer la plateforme,
04:29le réseau social d'Elon Musk X en Europe ?
04:32Est-ce que ça peut aller jusque-là ?
04:33Alors, il y aura une discussion mercredi au Collège des commissaires,
04:36il y aura une discussion également, a priori, dans un Conseil européen extraordinaire,
04:39avec les chefs d'État et de gouvernement,
04:41et ces mesures, ces dispositifs seront expliqués, peut-être approuvés,
04:46peut-être que nous aurons un mandat au niveau de la Commission
04:48pour pouvoir expertiser un certain nombre de mesures.
04:51Mais oui, nous avons un certain nombre d'éléments graduels.
04:55Mais est-ce que vous pouvez nous donner un exemple concret ?
04:57Ça va de l'interdiction de la part des entreprises américaines
05:01de prétendre à des marchés publics européens, par exemple,
05:04et puis un certain nombre de fermetures du marché européen.
05:10Donc, tout ça, encore une fois, ce sont des hypothèses.
05:13Nous sommes, au moment de cette menace, dans l'évaluation,
05:18et surtout dans notre capacité à pouvoir répondre par des outils.
05:22Nous avons les outils à nos dispositions,
05:24et on doit s'en servir si nécessaire,
05:26et si ces droits de douane étaient confirmés.
05:27Autre outil qui serait, pour le coup, beaucoup plus rapide à activer,
05:30c'est un paquet de droits de douane
05:32qui avait été envisagé par l'Union européenne,
05:3493 milliards de droits de douane sur les Etats-Unis.
05:37Est-ce que, là encore, vous nous dites, ça, ça fait partie
05:39des choses qu'on pourrait décider très rapidement ?
05:42Il n'y a pas besoin de la ratification du Parlement,
05:45il n'y a pas besoin d'un accord à la majorité qualifiée,
05:47puisque c'était déjà envisagé l'année dernière,
05:49au moment où vous discutiez des droits de douane avec Donald Trump.
05:51Pour que vos éditeurs comprennent bien,
05:53nous avions gelé ce dispositif.
05:55La représaille européenne, c'était 93 milliards de droits de douane
05:59supplémentaires sur l'économie américaine
06:02si nous n'avions pas d'accord avec les Américains.
06:05Nous avons eu un accord avec les Américains
06:07et donc les Européens se sont engagés à suspendre ces droits de douane.
06:10Ces droits de douane, ils ont été votés par le Conseil et les co-législateurs
06:14et donc évidemment que c'est un des dispositifs que nous avons sous la main
06:21pour pouvoir aussi riposter en cas de droits de douane américains supplémentaires.
06:26Donc c'est important ce que vous nous dites ce matin,
06:28non seulement la possibilité de l'outil anticoercition,
06:30mais aussi ces 93 milliards de droits de douane.
06:33La question qui se posera Stéphane Séjourné,
06:34si d'aventure vous décidez de mettre en oeuvre ces mesures,
06:37c'est celle des rétorsions que pourraient alors décider les Etats-Unis de Donald Trump.
06:41Est-ce que les pays européens sont prêts à rentrer dans ce qui dépasserait
06:45alors seulement le cadre d'une guerre commerciale, une véritable opposition ?
06:48Est-ce que vous pensez que les économies européennes sont prêtes au sacrifice
06:52qu'impliqueraient ce genre de mesures ?
06:54En tout cas, on aura besoin d'unité, d'unité de patriotisme européen
06:58et pour avoir vécu la négociation sur les droits de douane
07:02de la première partie du mandat de Donald Trump,
07:06évidemment que notamment dans le secteur privé
07:09et dans certains nombres de capitales,
07:13l'unité nous a fait défaut.
07:14Et donc on a beau critiquer le résultat de l'accord
07:17entre les Etats-Unis et l'Union européenne,
07:20mais nous avions un mandat à la Commission
07:22et c'est probablement le manque d'unité
07:25qui nous aurait, si l'unité était plus forte,
07:30si nous avions pu parler tous le même langage de la force,
07:33c'est presque un euphémisme, c'était pas seulement un manque d'unité,
07:38vous avez une sorte de tétanie des Européens,
07:42vous avez la présidente de la Commission européenne
07:43qui a fini par conclure un accord en se rendant en Écosse
07:46sur un golfe pour conclure avec Donald Trump.
07:49Vous comprenez que certains aujourd'hui se disent
07:50s'ils ont été faibles l'année dernière en 2025,
07:52pourquoi ne le seraient-ils pas de nouveau aujourd'hui ?
07:54C'est pour ça qu'il faut être fort dès le début
07:57et de commencer justement ces discussions
07:59avec aussi un langage de la force.
08:02C'est l'objectif que nous nous donnons également au niveau européen,
08:06c'est pour ça que je suis là ce matin
08:07et que j'ai ces paroles fortes sur ce sujet.
08:12Il faut tenir compte de ce qui nous a manqué
08:15la dernière fois dans cette négociation
08:17pour aujourd'hui avoir des résultats plus probants
08:20et surtout éviter de rentrer dans cette escalade
08:23des droits commerciaux.
08:25Je parlais de l'accord qui avait été conclu l'année dernière,
08:27est-ce que la situation actuelle,
08:29la possibilité que Donald Trump mette en oeuvre
08:31de nouveaux droits de douane,
08:32est-ce que ça rend cet accord de 2025
08:34qui, je le rappelle, impliquait 15% de droits de douane
08:37si on met de côté l'aluminium,
08:38est-ce qu'il est caduque aujourd'hui ?
08:40Si je regarde en tout cas les déclarations
08:42des chefs de groupe au Parlement européen
08:45et notamment du PPE,
08:47de la droite conservatrice, de Manfred Weber,
08:49si je regarde l'ensemble des déclarations,
08:52à ce stade, aujourd'hui, cet accord est caduque.
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