00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:02Il est 8h19 face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:08Vous vous souvenez sans doute de Sonia, l'héroïne des attentats du 13 novembre 2015.
00:11Marc-Olivier, vous l'aviez reçu, c'était il y a environ deux mois.
00:14Elle vous avait raconté sa vie en clandestinité, son quotidien très difficile depuis dix ans.
00:19Une cagnotte avait été lancée et les Français ont été particulièrement généreux.
00:23Sonia, Marc-Olivier, dont nous avons modifié la voie pour d'évidentes raisons de sécurité.
00:28Bonjour Sonia, je vous avais reçu le 13 novembre dernier.
00:33C'est vous qui aviez permis de localiser et neutraliser les terroristes, éviter qu'ils commettent un nouveau carnage.
00:38Et depuis dix ans, je le rappelle, Sonia, vous vivez dans la clandestinité, vous enchaînez les déménagements,
00:43vous ne pouvez pas travailler normalement, vous vivez sous une fausse identité, une légende, une vie difficile donc,
00:49et qui a touché les Français. Ils ont voulu vous aider, vous remercier.
00:53Et Sonia, cette fameuse cagnotte va être clôturée à la fin de la semaine et elle atteint les 350 000 euros.
01:00Alors pour commencer, comment vous réagissez devant un tel élan de générosité ?
01:04Je suis en admiration devant mes compatriotes et je suis ému par leur implication. Je ne m'attendais pas à ça en fait.
01:11Ému par leur implication, vous pensiez quoi ?
01:13Vu comme depuis 2015 je suis isodé, étant donné que je n'existe pas, ni administrativement ni physiquement, pour moi je ne me voyais pas à venir en fait.
01:21Je n'ai même pas les mots.
01:22La reconnaissance, elle me touche complètement parce qu'en fait non, c'est moi qui leur suis reconnaissance en fait.
01:27Vous êtes reconnaissance de quoi ? Qu'il vous manifeste autant de générosité et d'intérêt ?
01:33C'est un acte d'amour, de générosité et de fratrie.
01:35Mais depuis 10 ans en fait, au-delà de l'argent, c'est cet amour qui vous avait manqué ?
01:39C'est l'amour qui me manque tout simplement.
01:41C'est le lien social, c'est la fraternité, c'est l'ouverture d'esprit, c'est le respect, c'est toutes des valeurs que...
01:48Je me rends compte que finalement, au fur et à mesure des années, les gens ils les perdent et non, il faut qu'on devienne cette France que j'aime tant en fait.
01:58Avec l'argent qui vous a été donné, il y a beaucoup de messages.
02:01Merci madame, vous êtes un exemple pour tous.
02:04J'espère que cette cagnotte lui rendra un peu de confort de vie.
02:08Vous êtes la Marianne de notre époque, vous faites maintenant partie de l'histoire avec un grand H française.
02:13Quand vous entendez ces mots-là Sonia, vous vous dites quoi ?
02:16Je me dis que je ne l'hérite pas en fait, parce que je pense que tout le monde est fait comme moi.
02:20Je me dis que finalement, non, c'est mes frères, c'est nos concitoyens, on est tous les Mariannes de la France.
02:27Et à tous les autres Mariannes de la France, sauf que c'était vous qui vous êtes illustré ce jour-là et qui ont donné jusqu'à plus de 300 000 euros, vous leur dites quoi ce matin au micro de RTL, Sonia ?
02:35Je leur dis je vous aime et qu'on doit vivre comme ça, on doit vivre d'amour, de fraternité, de respect et que si on voit quelque chose qui n'est pas normal, il faut le dire, il ne faut pas avoir peur.
02:45Parce que moi, je n'hésiterai même pas à le refaire en fait.
02:48Même si les 10 ans et on va y revenir qui viennent de passer ont été difficiles, quand vous voyez que celui qui a été à l'initiative de cette cagnotte, c'est Arthur Desnouveaux, le président de l'association Life for Paris, l'un des rescapés du Bataclan.
02:59C'est symbolique de voir que c'est une victime qui est à l'origine de cette générosité pour vous ?
03:04Vous avez permis que d'autres ne le vivent pas, puisqu'il faut le rappeler qu'en dénonçant les terroristes, en ayant le courage de leur tenir tête, en allant immédiatement à la police, vous avez évité un attentat qui était manifestement en train de se préparer, notamment à la défense.
03:27Vous avez évité d'autres victimes, d'autres Arthur.
03:31J'ai évité d'autres Arthur, j'ai évité d'autres victimes, oui, parce que je suis, je ne le cache pas, je n'ai pas mes origines, je n'ai pas mes convictions religieuses,
03:42et je suis fier d'être française, je suis de confession musulmane, et chez nous ça ne se fait pas.
03:47Et je n'accepterai jamais que des monstres comme ça assimilent des actes monstrueux comme ça à une religion ou à un être humain.
03:56Ce n'est pas possible, je ne pourrai jamais accepter ça.
03:59Vous pensez qu'au-delà du mal qu'ils ont fait évidemment à ces nombreuses victimes, ils ont fait du mal aussi aux musulmans, parce qu'ils ont finalement stigmatisé les musulmans dont vous êtes ?
04:08Ils ont essayé de détruire la France, ils ont essayé de détruire les musulmans, ils ont essayé de détruire ce respect qu'on a entre nous, cet amour qu'on a entre nous.
04:16Et ça je ne peux pas l'accepter.
04:18Amour pas totalement détruit, la preuve, 300 000 euros à minima pour vous.
04:23A la base, Arthur Desnouveaux il s'attendait à 2500 euros.
04:26Moi je ne m'attendais même pas à ça en fait, j'ai l'impression de rêver.
04:29On est en train de me redonner un souffle de vie.
04:32Mes concitoyens me montrent que la vie elle existe encore.
04:35Parce que racontez-nous, depuis 10 ans, c'était la galère notamment financière ?
04:39Ça a été la galère financière, ça l'est toujours.
04:41Par rapport à des soucis administratifs, je suis rentré dans un programme, et je le redis, et je le redirai toujours, pas par choix mais par obligation.
04:50Le programme des légendes, comme les repentis d'une certaine manière, et tout ça a beaucoup de contraintes, notamment administratives, qui vous ont contrainte à vous endetter d'ailleurs.
04:58Qui m'ont contrainte à m'endetter, faire des crédits pour régler certaines dettes, que je n'ai toujours pas résorbées.
05:03Parce que des crédits, des dettes, vous en avez à hauteur de combien Sonia ?
05:18Expliquez-nous pourquoi, pour que nos auditeurs, qui peuvent encore donner sur cette cagnotte d'ailleurs,
05:23pourquoi, avec ce statut qui a été créé pour vous, et vous êtes la première à en avoir bénéficié,
05:28pourquoi ça a été la galère administrativement, et qui a fait que vous avez dû contracter ces crédits ?
05:33Je pense qu'on me traite comme une repentie, mais on n'a pas voulu m'attribuer les droits des repentis.
05:38Ce qui fait que, fiscalement, je me suis retrouvé inexistante, civilement, je me suis retrouvé aussi inexistante.
05:44J'ai essayé de faire un passeport, la préfecture et la mairie m'ont dit que j'allais être convoqué pour nous surpasser aux identités.
05:50Ah oui, quand même.
05:50Je me suis fait contrôler par la police, j'ai donné ma pièce d'identité, on m'a dit que c'était défaut.
05:56Je me suis retrouvé au poste de police.
05:57Mais vous avez pu travailler, par exemple, toucher un salaire, où à chaque fois...
06:00Alors, moi, quand on m'a fait signer ce papier-là de contrat de repenti, je ne voyais pas de psychologue, je ne voyais pas de psychiatre.
06:07Je commençais seulement à consulter, j'avais peur de tout le monde, en fait.
06:10Je n'étais pas en état moralement ni psychologiquement de comprendre, en fait, ce qu'on me demandait de signer.
06:15Et on m'a dit que je n'avais pas le choix.
06:17Vous avez signé quelque chose qui, par exemple, pour le travail, vous contraint à quoi ?
06:21Vocalement, on m'a dit, on va vous réinsérer professionnellement.
06:24Mais en fait, ça n'a pas été le cas.
06:25Mais par vos propres moyens, vous avez trouvé du travail ?
06:27Vous avez travaillé depuis ces dix ans ?
06:29Par vos propres moyens, j'ai trouvé du travail, deux fois.
06:31La première fois, je suis parti travailler à l'usine, comme tout le monde.
06:33Je n'ai pas adhéré parce que je me suis senti, en fait, agressif.
06:38On m'a manqué de respect.
06:39J'avais déjà ce poids du 13 novembre, qui n'était plus ou pas sorti.
06:43Et j'ai fait une dépression encore.
06:44Je me suis dit, pourquoi l'être humain, il est méchant, en fait ?
06:47Et ensuite, je me suis dit, non, il faut que tu te relèves.
06:48Je suis parti, j'ai fait une formation, j'ai réussi à découter un travail,
06:52mais j'ai été reconnu deux fois.
06:53Et comme j'ai été reconnu deux fois et menacé qu'on allait dire qui j'étais,
06:57j'ai missionné, j'ai fait en sorte de me faire renvoyer, en fait.
07:00Et à côté de ça, malgré tout, ça a mis du temps.
07:02Mais à un moment donné, vous avez eu une forme de dénommagement indemnité mensuelle.
07:05Vous me le disiez la dernière fois.
07:07C'était à hauteur de combien, cette indemnité mensuelle,
07:09que vous avez finalement eu, mais pas au début ?
07:12Bah, 1 500 euros.
07:131 500 euros.
07:14Donc avec ça, c'est compliqué, évidemment, de vivre.
07:17Aujourd'hui, 30 000 euros de dette.
07:19Mais là, 300 000 euros au minimum de cagnotte.
07:22Vous allez rembourser les dettes ?
07:23Vous allez faire quoi, Sonia, de cet argent ?
07:24Comment vous allez enfin profiter de la vie ?
07:26Je vais payer les études de mes enfants.
07:28Je vais aider mes enfants parce qu'ils ont, dans un programme qui ne leur convient pas.
07:33On a beaucoup de contraintes, en fait.
07:35Ils ont du mal à avancer professionnellement.
07:37Avec les études, ça a été très compliqué.
07:39Moi, j'ai mon fils qui a dû avoir donné des études par rapport à ce programme.
07:44On lui a mis des bâtons dans les roues.
07:45Et au final, je vais essayer de leur redonner un peu de vie aussi.
07:50Ils veulent faire quoi, vos enfants, aujourd'hui ?
07:52Ce nouveau départ grâce à cette cagnotte et cet élan de générosité ?
07:55Ils veulent ce que veulent tous les jeunes.
07:57Vivre, se marier, faire des enfants et d'avancer.
08:01Votre avocate disait aussi que vous souhaitiez revenir à vos premiers amours, le caritatif.
08:05Ça veut dire que cet argent, vous allez évidemment bénéficier et en personne ne va vous le reprocher.
08:09Mais vous comptez également soutenir des causes qui vous tiennent à cœur ?
08:13Oui, 13 novembre déjà.
08:14Et puis moi, j'étais bénévole au restaurant du cœur et vraiment, ça me manque.
08:19Le lien social me manque.
08:20Est-ce que vous allez arriver à vous faire plaisir vous-même, Sonia ?
08:23Je ne sais pas, partir en vacances, loin, au soleil, ce que vous n'avez pas dû faire depuis des années.
08:28À chaque fois qu'on parle de ça, tout le monde me regarde et me dit
08:30« Mais en fait, tu penses aux autres, tu ne penses jamais à toi. »
08:33Mais moi, j'ai envie de dire à tout le monde que oui, je pense à moi.
08:36Parce que quand j'ai du lien, moi, c'est le lien social, c'est l'affection, c'est l'amour
08:41qu'on peut redonner à son prochain.
08:43Quand je faisais les maraudes, c'était pour redonner un lien social à ces personnes-là
08:47qui l'avaient perdu.
08:48Et c'est un cadeau phénoménal.
08:50Mais un petit luxe personnel, Sonia.
08:51Il y en a bien un que vous allez faire.
08:53Vous offrir quelque chose à vous, vous faire plaisir.
08:55Peut-être que je vais m'acheter une voiture.
08:57Et ce sera encore pour aller faire plaisir au STF.
09:00On ne se refait pas ?
09:01Non, on ne se refait pas.
09:02Vous savez, j'ai tellement d'amour à donner.
09:04En gros, avec ces 300 000 euros, vous avez une bonne dizaine d'années devant vous.
09:09Confortable.
09:09J'espère.
09:10Moi, à chaque fois que je tombe, je me dis toujours que l'espoir, c'est vivre.
09:13Et c'est à chaque fois qu'ils m'enlèvent.
09:15En fait, vous avez foi en l'humanité.
09:17J'ai une foi immense en l'humanité.
09:19Et ces messages et cet argent, ça la conforte ?
09:22Ça la conforte, oui.
09:23Je ne saurais même pas comment leur dire la reconnaissance que j'ai envers eux
09:27et l'amour que j'ai envers ces personnes-là.
09:30Je ne les connais pas, mais je les lis toutes.
09:32Parfois, j'ai envie de leur répondre, mais je ne peux pas.
09:34Vous le faites ce matin par l'intermédiaire du micro d'RTL.
09:36Ils vous écoutent, on vous écoute.
09:38Et une nouvelle fois, on vous admire, Sonia.
09:39Moi aussi, je vous admire et je vous donne tout.
09:42Bonne journée à vous. Merci à vous.
09:44Merci.
09:44Merci Marc-Olivier, merci à vous.
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