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00:00Europe 1 Info, Clélie Mathias.
00:03Europe 1 Info qui se poursuit jusqu'à 15h.
00:06On va parler de cette colère des agriculteurs qui sont mobilisés,
00:09qui sont venus jusqu'à Paris pour faire entendre leur voix.
00:13Je suis accompagnée par Hélène Rouet, journaliste au JDD.
00:16Bonjour Clélie.
00:16Et Victor Ayrault, journaliste politique à Valeurs Actuelles.
00:18Bonjour Clélie.
00:19Bonjour Clélie.
00:19Bonne année.
00:20Bonne année également, c'est vrai qu'on ne s'est pas vus.
00:23Soyez les bienvenus.
00:25Toute cette émission va être consacrée à cette mobilisation agricole.
00:29On a vu ces bonnets jaunes de la coordination rurale devant l'Arc de Triomphe
00:34ou bien sûr devant l'Assemblée Nationale.
00:37Des syndicats agricoles qui sont reçus en ce moment même
00:39par la présidente de l'Assemblée Nationale, Yael Brown-Pivet.
00:42Et de ce matin, Maude Bréjour, la porte-parole du gouvernement,
00:45a dénoncé ces actions illégales de la part des agriculteurs.
00:48Elle était sur France Info, écoutez-la.
00:50La situation qu'on voit depuis cette nuit, depuis ce matin, n'est pas acceptable.
00:54Donc sur l'appel à manifester devant l'Assemblée Nationale
00:56comme sur les tracteurs qui sont en ce moment même sur la place de l'Étoile
01:00à l'Arc de Triomphe, je n'ai qu'une chose à dire.
01:03Tout ça est illégal.
01:04Nous ne laissons pas faire et nous ne laisserons pas faire.
01:06On a laissé, je pense, avec une forme de bienveillance,
01:09en tout cas avec du dialogue, avec de la mesure,
01:12les expressions se faire.
01:13Je le redis, le ministre de l'Intérieur ne laissera pas faire.
01:15Un gouvernement qui apparaît extrêmement ferme face à ces agriculteurs
01:20qui nous le disaient, nous étions en ligne avec l'un d'entre eux
01:22qui compte venir manifester demain à Paris.
01:26Et il y a comme Victor Hérault un fossé réellement qui se creuse
01:29entre d'une part l'exécutif et cette colère agricole, une incompréhension.
01:33Il est déjà creusé depuis un bon moment, depuis plusieurs, peut-être même décennies.
01:38Je parlais de tous les gouvernements précédents.
01:40Il n'est pas en voie de se résorber ?
01:41Non, mais d'ailleurs, je pense que c'est une erreur, même pas de communication,
01:44mais de stratégie politique majeure de la part du gouvernement
01:47que d'y aller en frontal face aux agriculteurs.
01:49Tous les gouvernements qui ont essayé d'y aller en frontal face aux agriculteurs,
01:52ils ont perdu des dents.
01:53Ça ne sert à rien, ce n'est pas comme ça qu'il faut régler la situation.
01:56C'était les mêmes débats sur la dermatose nodulaire,
01:57c'était les mêmes débats en 2024, c'était les mêmes débats les années précédentes.
02:01Maintenant, une fois qu'on a dit ça, la colère, la détresse des agriculteurs
02:05se comprend parfaitement.
02:07En revanche, je pense qu'il est trop tard.
02:08C'est-à-dire que tout cela ne sert strictement à rien.
02:12Je pense que ça fait...
02:12Alors, vous leur dites quoi aux agriculteurs de laisser tomber ?
02:15Non, évidemment, mais ce que je veux dire, c'est qu'à mon avis,
02:18l'issue est certaine, cet accord sera signé,
02:21et quand bien même cet accord ne serait pas signé,
02:23la situation des agriculteurs est déjà catastrophique,
02:26et cette profession est en voie de disparaître,
02:28Mercosur ou pas Mercosur.
02:29Oui, d'ailleurs, il n'y a pas que le Mercosur dans leurs revendications
02:32et dans leur colère, on l'entend, dans leur détresse.
02:35C'est 25 ans que c'est foutu, et que là, ce sont les derniers soubresauts
02:39du monde agricole qui sont importants.
02:41D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que la population est derrière.
02:43Le partisan défend son parti, mais le paysan défend toujours son pays.
02:47C'est un vieux mantra, mais il est plein de sens.
02:49Maintenant, je crois que tout ça est fichu,
02:51et qu'en fait, on se réveille trop tard.
02:52Houellebecq l'écrivait dans Sérotonine, ce n'est pas pour rien.
02:55Je veux dire, il y a tout un tas de choses qui nous démontrent
02:57que ça fait des décennies que cette histoire est réglée.
02:59Alors maintenant que le monde agricole se révolte encore,
03:00c'est parfaitement compréhensible, c'est normal,
03:02ils ne vont pas se laisser mourir sans rien faire.
03:04Mais je crois que tout ça est fichu.
03:06Hélène Rouet, vous partagez ce constat
03:08qui est terrible, finalement, qui est très triste,
03:11qui est extrêmement pessimiste,
03:12pour essayer d'être un petit peu plus optimiste.
03:15Moi, j'aimerais me dire
03:17qu'il y a encore une chance, en tout cas,
03:18ce qui est sûr et certain, c'est que les agriculteurs
03:20sont vraiment en train de jouer la survie.
03:22Pour donner quelques chiffres, les agriculteurs,
03:24en 2023, il y avait 349 000
03:26exploitations agricoles en France.
03:28C'est 314 000 de moins qu'en 2000.
03:30Donc, effectivement, ils ont perdu
03:32100% quasiment de leur exploitation.
03:36Il y a des exploitations qui ferment tous les jours.
03:38Beaucoup d'agriculteurs qui ne veulent pas
03:40reprendre les exploitations familiales.
03:42C'est un vrai problème.
03:43Et ça, d'ailleurs, ça rentre aussi
03:44dans l'agenda politique du gouvernement.
03:45C'est une des raisons pour lesquelles
03:46le gouvernement n'écoute pas les agriculteurs,
03:49ne les comprend pas.
03:50Parce que si ça concerne 349 000 personnes,
03:52en fait, c'est très simple, le gouvernement,
03:54ça ne les intéresse pas.
03:55Ça ne les intéresse pas, toutes ces revendications-là.
03:56On parlait de la réaction de Maude Bréjon.
04:00Pardon, moi, ces propos, je les trouve lunaires.
04:02Je les trouve fous, ces propos-là.
04:04C'est-à-dire qu'avec la détermination,
04:06la froideur avec laquelle le gouvernement,
04:08les élites sont capables de s'adresser
04:10aux agriculteurs, moi, je trouve ça absolument dingue.
04:12Alors qu'on sait depuis le début
04:14que les agriculteurs, ça n'a jamais été
04:16des personnes violentes.
04:17Ils n'ont jamais pris à quelqu'un violemment.
04:19Je veux dire, si le gouvernement utilisait
04:21un tant soit peu la même violence,
04:23mais avec nos autres problèmes qui existent,
04:25où on avait les débordements de la canne
04:26avec le narcotrafic, enfin, je veux dire,
04:28moi, les propos, je les trouve fous.
04:29Et un dernier point, par ailleurs,
04:31sur cette violence et cette froideur du gouvernement,
04:33quand on voit, ils ont réussi à faire la même erreur
04:35deux fois sur les blindés centaures.
04:37Là, déjà, la première fois,
04:39les réactions des agriculteurs,
04:40les réactions médiatiques,
04:41ça avait fait un tollé
04:42quand on avait envoyé un blindé centaure
04:43pour rappeler aux auditeurs
04:44ce que c'est un blindé centaure.
04:46C'est un véhicule qui est absolument massif.
04:49Il est doté, notamment, d'outils
04:50pour envoyer du gaz lacrymogène
04:51pour disperser les personnes
04:52qui seraient en face.
04:53C'est un outil qui est utilisé,
04:55notamment, il y a une mitrailleuse
04:56à l'intérieur de ce véhicule.
04:57C'est utilisé dans le cadre du terrorisme.
04:59C'est utilisé dans le cadre
05:00des opérations extérieures, parfois.
05:01Enfin, je veux dire,
05:02c'est pas une voiturette.
05:03Et en fait, ils ont fait l'erreur deux fois
05:05en se disant, bah tiens,
05:05on va leur renvoyer une deuxième fois
05:07les blindés centaures.
05:08Et à côté de ça, en face,
05:09on avait les agriculteurs
05:10qui levaient les mains
05:11en regardant les policiers.
05:12Mais je disais, mais quel,
05:12mais c'est édifiant.
05:14Et comment le gouvernement
05:15a pu faire l'erreur une deuxième fois,
05:16ça m'échappe complètement.
05:23Et elle invite les jeunes
05:25à ne pas se lancer dans l'agriculture.
05:28Aujourd'hui, vraiment,
05:29la profession agricole
05:31est vraiment en danger.
05:33Et comme j'écoute encore parler,
05:35tous ces jeunes
05:35qui voudraient partir dans l'agriculture,
05:38mais moi, très honnêtement,
05:40je leur dis non,
05:41ils n'y allaient pas.
05:42C'est la galère.
05:42C'est la galère du premier jour.
05:44J'entendais un jeune ce matin me dire,
05:46à 20 ans ou 22 ans,
05:48je veux reprendre de l'exploitation familiale,
05:51je pars dans la céréale,
05:53je ne sais pas.
05:53Mais non, mais non,
05:55c'est la galère qui est pour eux.
05:56Moi, très honnêtement,
05:57même moi,
05:58mon mari est agriculteur.
06:01Mes enfants ont repris
06:02l'exploitation familiale.
06:04On a grandi.
06:05C'est du 1er janvier au 31 décembre.
06:087 jours sur 7.
06:09Vector Hérault,
06:10elle constate ce que vous nous disiez,
06:11la mort du métier de son mari
06:14et de ses enfants.
06:15La question de l'héritage,
06:16la question de la volonté
06:17d'entrer dans ce métier
06:19qui est hautement difficile,
06:20un suicide tous les deux jours,
06:21on le rappelle,
06:22dans cette profession,
06:22c'est pour ça que je dis
06:23que tout cela date de bien plus longtemps
06:26que le Mercosur en tant que tel.
06:28D'ailleurs, le Mercosur
06:28qui est en négociation depuis 25 ans.
06:30Et puis, il n'y a pas que le Mercosur.
06:32Il y a eu la dermatose
06:33qui a été la goutte d'eau
06:33et puis il y a bientôt autre chose.
06:34Il y a la PAC, évidemment.
06:36Il y a plein d'autres choses derrière.
06:37Les réformes, les décrets.
06:39Tout part du fait
06:40qu'on a décidé
06:41autour des années,
06:42je ne sais plus,
06:4270-80,
06:44qu'on serait une nation du tertiaire,
06:45qu'on serait une nation du service.
06:47Que produire, c'était bon pour les autres.
06:49Que cultiver, c'était bon pour les autres.
06:51Que nous, on était au-dessus de tout cela.
06:53Et que c'était au pays
06:53en voie de développement,
06:55comme on dit,
06:56de s'occuper de ça.
06:57On a pensé à la Chine,
06:58on pense aujourd'hui au Brésil
06:59pour l'agriculture, etc.
07:00Et bien, résultat,
07:01tous ceux qui,
07:02parce que la France,
07:02historiquement,
07:03est une nation agricole,
07:04c'est ce qui faisait la beauté de notre pays,
07:05c'est ce qui faisait la richesse de notre pays,
07:07on était capable de nourrir
07:08toute une population
07:09grâce à nos seules récoltes,
07:10à nos sens apportés,
07:11et bien, tout cela,
07:11on a fichu par terre.
07:12Et on se réveille des décennies plus tard,
07:14ça fait un petit moment quand même
07:15que ça boue.
07:16Mais là, on arrive en bout de course
07:17et on se réveille en disant
07:18mais qu'est-ce qu'on peut faire maintenant ?
07:20Je réponds, plus rien.
07:21Je réponds, c'est fini.
07:22On a plié rideau.
07:25Ce n'est pas vrai pour tous les secteurs ?
07:26Par exemple,
07:26le Mercosur est favorable aux viticulteurs,
07:28pour tout ce qui est...
07:30Alors, c'est plus nuancé que ça.
07:31Oui, d'autres secteurs vont en profiter,
07:32en tout cas.
07:33En tous les cas,
07:33la filière du vin,
07:34en tous les cas,
07:35haut de gamme,
07:35va être avantagée par ce traité.
07:37L'industrie va être avantagée aussi.
07:39Oui, on y reviendra.
07:40Mais il y a tout un temps de l'agriculture
07:41qui va être sacrifié,
07:42mais en réalité,
07:43qui est sacrifié depuis 30-40 ans.
07:45Mais j'aimerais justement
07:46qu'on revienne sur le côté positif du Mercosur.
07:48On en parlera,
07:49mais juste,
07:50j'aimerais qu'on se concentre
07:51sur la détresse des agriculteurs.
07:53Et on en avait en ligne
07:55à 13h20
07:56qui nous disait
07:57de la coordination rurale
07:58qui, finalement,
08:00les revendications,
08:01elles sont assez globales.
08:03Ce n'est pas une mesure précise,
08:05ce qu'ils réclament
08:06à corps et à cri.
08:08C'est un ensemble.
08:09C'est la défense
08:10de leur profession
08:11en général.
08:13Oui, mais comme Victor le disait,
08:14ce n'est pas nouveau.
08:16Ça fait 20-30 ans
08:17qu'ils essayent de se faire entendre.
08:18Ça fait des années
08:19qu'ils essayent de se faire entendre.
08:20Déjà en 2024,
08:21ils ont essayé de se faire entendre.
08:22Personne ne les a écoutés.
08:23J'écoutais encore Arnaud Rousseau
08:25sur les antennes de CNews
08:26et d'Europe 1
08:27il y a quelques jours
08:28qui disaient,
08:29voilà,
08:29on nous parlait
08:30le grand plan flux et légumes,
08:32le grand plan protéine.
08:33En réalité,
08:34ils n'en ont jamais vu la couleur.
08:35Ils ont dit,
08:35voilà,
08:36Annie Gennevard,
08:36elle a réussi à débloquer une année
08:37mais pas les autres.
08:38Donc même les revendications de 2024,
08:40elles n'ont pas été écoutées.
08:41Donc pourquoi ils le seraient maintenant ?
08:42Là, aujourd'hui,
08:43ce qui est en train de se passer à Paris,
08:44ils n'ont plus le choix.
08:45Vous croyez que ça les amuse ?
08:46Vous avez vu le temps dehors ?
08:48La pluie, le froid,
08:49les exploitations,
08:50ça a des vraies conséquences
08:51de partir pendant des jours et des jours.
08:52C'est-à-dire,
08:53il y a leur famille
08:53qui est en train de s'occuper
08:54des exploitations.
08:55Enfin, je veux dire,
08:55ils ne sont pas là pour s'amuser.
08:56Et en fait,
08:57c'est parce qu'aujourd'hui,
08:57ils n'ont tout simplement
08:58plus le choix.
09:00Et donc,
09:00effectivement,
09:02c'est très compliqué.
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