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Personnes
Transcription
00:00La femme a pris une grande place au sein de la société.
00:04D'une part parce qu'elle travaille, d'une part parce qu'elle apporte financièrement parlant,
00:07donc elle a le droit de parler, elle a le droit de citer.
00:09La virilité, encore une fois, c'est toujours le capital qui parle.
00:13De la même manière avec la pilosité tout à l'heure et aujourd'hui avec la place de la femme,
00:17lorsque la femme existe d'un point de vue capital, existe économiquement parlant,
00:21eh bien forcément, elle va commencer à contrôler de plus en plus les pans de la société.
00:24Or, ça c'est oublier le côté intrinsèque de la femme qui a besoin d'être protégée,
00:31choyée, chérie et aimée.
00:34Je voudrais réagir à cette interview qui a circulé récemment,
00:38celle de l'imam Mehdi, invité donc par la librairie africaine.
00:43C'est une discussion posée, calme, intelligente,
00:45où l'on parle de virilité, d'islam, de capitalisme, d'espagne ainsi que de société.
00:50Et je le dis tout de suite, je respecte le cadre, je respecte le ton,
00:53je respecte le fait qu'on essaye d'aller au-delà des clichés.
00:56Mais justement, c'est parce que la conversation est sérieuse
00:59qu'il faut aussi être sérieux sur ce qui est dit.
01:03Parce qu'à plusieurs moments, l'imam présente des choses comme
01:06si elles étaient universelles, intemporelles, naturelles.
01:09Alors qu'en réalité, elles appartiennent à une vision particulière,
01:12religieuse, historique et culturelle.
01:14Et mon but, pour être très précis ici, n'est pas d'attaquer l'islam,
01:17ni d'attaquer un imam, non.
01:19Mon but, c'est de rappeler calmement ce qu'il dit n'est pas universel.
01:23Ce n'est pas intemporel.
01:24Et quand on parle de virilité, d'histoire, d'étravage,
01:27on ne peut pas se permettre de tout simplifier.
01:29Quand par exemple, il explique que l'homme moderne aurait perdu sa virilité
01:33parce qu'il porte des sacs à main, des bagues ou des tatouages,
01:36on a l'impression qu'il parle d'une vérité éternelle.
01:39Comme si depuis toujours, être un homme voulait dire la même chose.
01:42Sauf que non, ça n'a jamais été vrai.
01:44Si maintenant on regarde l'histoire sérieusement,
01:47on voit quelque chose de très simple.
01:48La virilité a toujours été culturelle.
01:50En Égypte pharaonique, par exemple, des hommes se maquillaient,
01:53portaient des perruques, des bijoux en or.
01:55Et personne ne disait qu'ils ne sont pas virils.
01:57Dans de nombreuses sociétés africaines, amérindiennes ou même asiatiques,
02:01les hommes portaient des parures, scarifications, des perles, des plumes,
02:05même des bracelets.
02:06Et ce n'était pas de la coquetterie.
02:08C'était un langage.
02:09Un langage qui voulait traduire le statut, le passage à l'âge adulte,
02:13le courage ainsi que la responsabilité sociale.
02:15Les accessoires ont souvent symbolisé la place de l'homme dans la communauté
02:20par un manque de virilité.
02:21Et même en Europe, perruques, talons, dentelles, bagues, broderies,
02:25les nobles, les rois, les généraux portaient tout cela.
02:28Personne ne disait qu'ils étaient moins hommes.
02:30Donc dire aujourd'hui,
02:31les hommes mettent des accessoires parce qu'ils ne sont plus virils,
02:35ce n'est pas une analyse historique.
02:36Je suis désolé.
02:37C'est confondre quoi ?
02:38Confondre notre époque avec une soi-disant loi universelle.
02:42La virilité a toujours changé.
02:44Elle n'a jamais été une seule chose valable pour tout le monde entier.
02:47Quand ensuite, on lui parle de négrophobie,
02:50il répond quoi ?
02:50Il répond qu'il n'y a pas de chiffres,
02:52qu'il y a des mariages mixtes et que l'Occident divise.
02:56Mais pause.
02:57Dit comme ça, ça rassure.
02:59Mais ça rate totalement le sujet.
03:01Pas de chiffres.
03:01Pour être très concret, ça ne veut pas dire pas de réalité.
03:04L'absence de statistiques n'efface pas les faits.
03:06Pendant longtemps, il n'y avait pas de chiffres sur le harcèlement,
03:09les violences conjugales et le racisme au travail.
03:11Et pourtant, ça existait.
03:13Les mariages ne suffisent pas.
03:14On peut aimer quelqu'un noir et garder des préjugés envers les noirs.
03:18Ça ne veut strictement rien dire.
03:19Les mariages ne font pas disparaître les blagues humilantes,
03:23les hiérarchies de couleur,
03:25les mots blessants ou les regards méprisants.
03:27Oui, par contre, l'Occident a divisé.
03:28Mais si on explique tout par ça,
03:30personne ne se regarde en face.
03:31On peut critiquer l'Occident
03:33tout en reconnaissant que certaines représentations
03:35viennent aussi de nos propres histoires.
03:38Parler de négrophobie, ce n'est pas accuser un peuple.
03:40Non, du tout.
03:41C'est nommé une réalité pour mieux la dépasser.
03:43Ensuite, il confond la critique du capitalisme
03:45et le contrôle patriarcal.
03:48Critiquer la surconsommation, c'est intéressant.
03:50Mais chez lui, ça devient quoi ?
03:51Ça devient, pour résister au capitalisme,
03:52il faut revenir à un modèle où l'homme décide de tout.
03:56Donc, le problème n'est pas le système économique.
03:59Le problème serait les femmes qui travaillent,
04:01la crèche, la modernité.
04:02C'est un déplacement dangereux.
04:04Ensuite, sur la virilité encore.
04:05Il explique que l'homme viril serait celui qui gère,
04:09celui qui se pose des questions.
04:10Par exemple, est-ce que ma femme doit vraiment travailler ?
04:12Est-ce que mes enfants doivent aller à la crèche ?
04:15Est-ce qu'on a vraiment besoin d'autant d'argent ?
04:17Ou sinon, est-ce qu'on a besoin d'un iPhone dernier cri,
04:20de voyager, tout ça, etc.
04:21Et aussi, il posait la question du capitalisme,
04:23de la consommation et de la course à l'argent.
04:25Honnêtement, je trouve ça très intéressant.
04:28Mais, encore une fois, il y a un glissement.
04:30Quand on l'entend dans sa logique,
04:31résister au capitalisme, ça devient surtout quoi ?
04:33La femme ne travaille pas,
04:35l'homme décide, protège,
04:36gère tout, tout passe par lui.
04:38Là, on n'est plus dans une critique économique, non.
04:40On revient à un modèle patriarcal
04:42présenté comme logique, naturel et évident.
04:45Or, ça n'a rien de naturel.
04:47Ce n'est pas universel non plus.
04:49C'est un choix culturel, religieux, moral,
04:52parmi tant d'autres.
04:53Ce qu'il fait exactement, mais sans l'assumer réellement.
04:55Il dit que l'islam n'est pas qu'une religion,
04:57c'est un mode d'emploi complet pour toute la vie.
05:00Famille, couple, argent, enfant, société.
05:03À partir de là, tout ce qu'il décrit
05:05n'est plus présenté comme un choix,
05:07mais comme ce qui serait normal, logique, meilleur.
05:10Il répète quoi dans la vidéo ?
05:11Que l'homme protège, que l'homme sort,
05:13travaille, gère, l'homme conduit,
05:15ferme la porte, assume les tâches ingrates,
05:17comme il le dit.
05:18Sur le papier, ça sonne noble.
05:20Mais en réalité, l'homme reste quoi ?
05:22Reste la référence.
05:23La femme est définie par rapport à lui
05:25et la bonne famille est celle
05:28où chacun reste dans son rôle.
05:30Ce modèle, c'est littéralement quoi ?
05:33L'homme pilote,
05:34la femme est un soutien émotionnel et domestique.
05:37Selon lui, l'égalité ferait disparaître la virilité.
05:40Il le dit très clairement.
05:41Il dit que quand deux travaillent,
05:43quand les tâches se partagent,
05:44la virilité disparaît.
05:46Autrement dit, c'est quoi ?
05:47Si l'homme n'est plus au-dessus,
05:50il perd de sa valeur.
05:51Il dit, je ne veux rien imposer,
05:53mais il impose un modèle.
05:54Il dit clairement, je ne suis pas normatif,
05:57je n'impose rien, c'est un partenariat.
06:00Puis, il décrit un système extrêmement codifié.
06:03La femme s'occupe de la maison,
06:05s'occupe des enfants,
06:06est un soutien moral, comme je le disais, de l'homme,
06:08fait ce que lui n'aime pas faire
06:10pendant que l'homme gère l'extérieur,
06:13l'argent, les décisions.
06:15Pause.
06:15C'est exactement une norme.
06:17Même s'il dit qu'il ne veut pas en faire une norme.
06:20Il explique ensuite que si les femmes travaillent,
06:22gagnent de l'argent,
06:23participent aux décisions,
06:25alors les hommes seraient castrés.
06:26Donc, la virilité, dans ce discours-là,
06:29reste attachée à l'idée que l'homme doit demeurer au-dessus.
06:32Comme je le disais tout à l'heure,
06:33il parle de partenariat.
06:34Mais ce n'est pas un partenariat où l'on discute,
06:37où l'on négocie,
06:38où l'on choisit ensemble.
06:39C'est un partenariat où quoi ?
06:40Où l'homme protège, décide, pourvoie,
06:42où la femme, comme je le disais, devient soutien,
06:45soigne, organise et apaise.
06:46Ce n'est pas universel.
06:48Ce n'est pas non plus intemporel.
06:50C'est un modèle religieux, culturel
06:52et historiquement classé.
06:54Qu'ensuite, après, il dit
06:55le bébé serait mieux avec sa mère
06:56plutôt qu'en crèche,
06:58il ne parle plus d'économie, encore une fois.
07:00Il parle de contrôle des choix des femmes
07:02au nom de la virilité.
07:04Beaucoup de femmes aiment leur travail.
07:06Beaucoup de femmes n'ont pas le choix.
07:08Beaucoup d'hommes n'ont pas les moyens d'assurer seules.
07:11Résister au capitalisme,
07:12ce n'est pas enfermer les femmes à la maison
07:13et transformer l'homme en tant que chef incontestable.
07:17Vous voyez ?
07:18Résister au capitalisme,
07:19c'est réfléchir ensemble à la justice,
07:21au partage, au bien-être,
07:23aux libertés de chacun,
07:25pas seulement de l'homme.
07:26Quand maintenant,
07:27on parle des lavages dans le monde musulman,
07:29qu'est-ce qu'il répond ?
07:30On ne peut pas être musulman et esclaviste.
07:33Je suis d'accord.
07:34Et puis ensuite, après, il dit
07:35qu'en Occident aussi,
07:36il y a des lavages modernes.
07:38Là, il ne répond plus.
07:40Il déplace encore une fois le sujet.
07:42Dire oui,
07:43mais ailleurs aussi,
07:44ce n'est pas analysé,
07:45c'est esquiver.
07:46Exploitation économique,
07:48aujourd'hui,
07:49n'est pas égale à l'esclavage légal d'hier.
07:51Tout mélanger dilue l'histoire
07:53jusqu'à la faire disparaître.
07:54Le lavage a existé partout.
07:55Oui,
07:56Maghreb,
07:56monde musulman,
07:57royaume africain,
07:58Europe américain.
07:59Partout.
07:59Justement.
08:00Pour ça,
08:01on ne peut pas dire
08:01tout le monde l'a fait,
08:03on passe à autre chose.
08:04Non.
08:04À quoi sert l'histoire concrètement ?
08:05Elle sert à comprendre
08:07comment on l'a justifié,
08:08comment ça s'est organisé
08:09et quelles traces
08:10ça laisse encore aujourd'hui.
08:12Ensuite,
08:12il dit aussi quoi ?
08:13Que dans l'islam,
08:14on encourage la libération des classes.
08:16Je ne suis pas là
08:16pour remettre en question
08:17ce qu'il dit en tant qu'imam.
08:19Mais attention,
08:20libération individuelle
08:21ne veut pas dire
08:21abolition du système.
08:22Historiquement,
08:23en Arabie,
08:24en Asie,
08:24en Europe,
08:25en Afrique,
08:26la servitude,
08:27la captivité et les sages
08:28faisaient partie
08:28de l'organisation sociale.
08:30Je ne juge pas moralement
08:31le passé.
08:32Je dis juste quoi ?
08:34Personne n'avait intérêt
08:35à abolir quelque chose
08:37qui enrichissait les élites.
08:39Dire,
08:39chez nous,
08:40on libérait,
08:41peut-être vrai,
08:42mais ça ne remet pas
08:42le système en question.
08:43Quand il dit,
08:45mais pourquoi en parler ?
08:46Ça ne change rien.
08:47C'est là que c'est très dangereux.
08:48Ne pas en parler,
08:49ne l'efface pas.
08:50L'histoire ne reste pas derrière nous.
08:52Elle travaille encore
08:53dans le présent.
08:54Pour être très concret,
08:55nos mots,
08:56nos hiérarchies,
08:57nos inégalités,
08:58nos tensions,
08:59rien de tout cela
09:00n'apparaît
09:01par magie du néant.
09:03Si on refuse d'en parler,
09:04on garde les effets,
09:05mais on refuse
09:07de voir les causes.
09:08Parler du passé,
09:09ce n'est pas culpabiliser,
09:11c'est éviter de reproduire.
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