00:00On part ce matin en Indonésie où le premier TGV du pays, vitrine de la coopération avec la Chine, tourne au cauchemar financier.
00:07Annalisa Capellini, un problème essentiel, il n'y a pas assez de passagers.
00:10En effet, pourtant ce projet avait été vendu en grande pompe par les autorités indonésiennes.
00:14C'était le premier TGV d'Asie du Sud-Est. Il avait été qualifié de projet stratégique national pour l'Indonésie.
00:22Un TGV co-financé par la Chine à travers une co-entreprise qui réunit des Indonésiens et des Chinois.
00:28Sauf qu'il manque la matière première, si je puis dire.
00:31Donc en gros, les passagers. Pourquoi ?
00:33Parce que cette ligne relie Bandung à Jakarta, la capitale, sur 140 kilomètres.
00:39Sauf qu'il y a déjà une ligne conventionnelle qui fait le même parcours en trois heures.
00:43Et puisque les deux gares TGV sont très éloignées des centres-villes,
00:46donc il faut rajouter le temps de trajet pour arriver après dans le centre-ville,
00:49quand on compte le trajet de 40 minutes plus les transports, on n'épargne pas beaucoup de temps.
00:55Alors que les billets, eux, sont beaucoup plus chers évidemment que pour la ligne traditionnelle.
00:58Donc il n'y a pas suffisamment de passagers.
01:00Il y a une question de coût aussi, le budget a explosé.
01:03Effectivement, c'est pour ça qu'on parle d'une bombe à retardement.
01:06C'est un vrai gouffre financier.
01:08En gros, le projet coûte plus qu'il ne rapporte.
01:10Et donc Jakarta est obligée de s'endetter pour combler les trous.
01:13Parce que dans le projet, il y a aussi une extension vers tout l'est du pays,
01:17jusqu'à Surabaya.
01:19Donc pour l'instant, on parle de 6 milliards d'euros.
01:22C'est déjà 40% de plus par rapport au budget initial.
01:24Une dette contractée donc auprès de qui ?
01:27Eh bien, auprès des Chinois qui continuent d'injecter des milliards dans le projet,
01:31mais qui à un moment vont bien demander des intérêts.
01:34Il commence à y avoir quelques doutes aussi à Jakarta sur une possible surfacturation.
01:39Ce train est livré directement par les Chinois aux Indonésiens.
01:43Et il aurait peut-être été surfacturé.
01:45C'est en tout cas ce que pense l'ancien ministre de la Coordination des Affaires Politiques, Juridiques et Sécuritaires.
01:50C'est lui qui en a parlé pour la première fois.
01:53Le projet aurait coûté 15 millions d'euros par kilomètre à la Chine
01:56et aurait été vendu à l'Indonésie pour 45 millions d'euros par kilomètre.
02:00Donc c'est trois fois plus.
02:01Pour la Chine, ce n'est pas complètement un échec ?
02:04Non, en effet.
02:05Ce projet était un grand symbole des nouvelles routes de la soie.
02:08Donc ce projet colossal de soft power chinois qui consiste à installer des infrastructures dans plusieurs pays,
02:14notamment des pays du sud global.
02:16Le problème, c'est que ces infrastructures sont très souvent emportées directement de Chine.
02:21Donc avec une technologie clé en main, sans évaluer la compatibilité avec le terrain.
02:27Et puis ces infrastructures qui sont le plus souvent financées à crédit
02:30deviennent après évidemment des leviers pour Pékin pour mieux contrôler le gouvernement de ces pays
02:35et pour avoir un moyen de pression.
02:36Donc en tout cas, en Indonésie, on commence à réaliser que le but de ce TGV
02:40n'a peut-être jamais été vraiment celui d'être utile aux Indonésiens
02:44et de générer de l'argent.
02:46Ces infrastructures financées par Pékin
02:48servent parfois davantage le discours et la stratégie des Chinois
02:51que les réels besoins sur le terrain.
02:53Du coup, ça tend un peu les relations avec Jakarta, entre Pékin et Jakarta.
02:56Oui, en effet.
02:56Alors qu'on était parti sur un partenariat fraternel entre la Chine et l'Indonésie,
03:01en réalité, les Indonésiens se rendent compte qu'ils sont piégés par la dette.
03:04Ils essayent de s'en sortir, mais ce n'est pas toujours simple.
03:06Ils sont encore très dépendants de la Chine.
03:08Annalisa Cappellini, Le Monde qui Bouge,
03:09s'est retrouvé en replay et en podcast sur l'application BFM Business.
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