00:00La Bolivie est secouée depuis des semaines par une contestation populaire massive,
00:04blocage routier, manifestation, et selon le président qui s'est exprimé dans la nuit,
00:08la crise approche d'un point de rupture, ça pourrait être un problème pour Donald Trump.
00:12Oui tout à fait, parce que Rodrigo Paz, le président bolivien,
00:15est l'un des seuls alliés qui reste à Donald Trump en Amérique latine,
00:18c'est lui qui a fait basculer la Bolivie à droite après 20 ans de gauche avec Evo Morales,
00:22c'est lui qui a rétabli des relations diplomatiques avec les Etats-Unis,
00:25et c'est lui donc qui risque de tomber seulement 6 mois après son élection.
00:29Les Etats-Unis pourtant ont soutenu leurs alliés de manière très très explicite
00:33pendant cette phase très compliquée, c'est le secrétaire d'Etat Marco Rubio
00:36qui travaille sur le sujet et qui l'a rappelé sur X,
00:40les Etats-Unis soutiennent sans réserve le gouvernement constitutionnel légitime de Bolivie,
00:44en sachant que les Etats-Unis ne vont pas permettre aux criminels et aux trafiquants de drogue,
00:49je le cite, de renverser les dirigeants élus démocratiquement dans notre hémisphère.
00:53Évidemment quand il parle de notre hémisphère, c'est encore une fois une référence à cette doctrine d'Honro,
00:57donc à la doctrine Monroe révisitée à la sauce Donald Trump,
01:00selon laquelle les Etats-Unis devraient pouvoir avoir une influence
01:03sur tout ce qui se passe sur le continent américain.
01:06Quand Marco Rubio parle de criminels et de trafiquants de drogue, il vise qui ?
01:10Il vise Evo Morales, sans le nommer, mais il vise l'ancien président bolivien de gauche.
01:15Selon les Etats-Unis, ces manifestations en réalité sont orchestrées par l'ancien président
01:19pour revenir au pouvoir.
01:20Lui, s'en défend, il s'est exprimé cette nuit, il s'en est défendu.
01:24En réalité, avant d'être politique, puisque désormais les manifestants demandent la démission de Rodrigo Paz,
01:30cette vague de manifestations était purement économique.
01:33Elle a commencé chez les agriculteurs, chez les ouvriers,
01:36qui exprimait à la base des revendications sur la hausse des salaires pour faire face à l'inflation.
01:42Et puis, petit à petit, la contestation a gagné du terrain,
01:45avec des revendications toujours plus larges, toujours sur le coût de la vie.
01:48Il y a une inflation qui tourne autour des 15% en Bolivie.
01:52Il y a des revendications sur la qualité du carburant.
01:54C'est ce qu'on appelle la gasoline à basso, là-bas.
01:56Donc, c'est l'essence poubelle qui est vendue aux Boliviens et qui endommage les véhicules.
02:00Et il y a, en plus, un soupçon de mauvaise gestion de la part de l'État,
02:04des ressources naturelles boliviennes, donc en particulier le lithium et le gaz.
02:08Vous voyez, tous ces facteurs de mécontentement se sont cumulés
02:11et donc ont donné lieu à des manifestations, à des ressemblements
02:14et surtout à des barrages routiers qui commencent d'ailleurs à coûter très très cher au pays.
02:18Selon Rodrigo Paz, la crise a déjà coûté 600 millions de dollars à l'économie de son pays.
02:23Est-ce que c'est possible que la rue fasse tomber le président ?
02:25Oui, c'est même déjà arrivé par le passé.
02:27Beaucoup compare cette crise à celle de 2003,
02:30qui s'était, elle, terminée par la démission du président de l'époque.
02:33Et puis, c'est vrai que Rodrigo Paz est dans une situation très compliquée.
02:36Il est au pouvoir depuis six mois à peine.
02:38Il n'est pas très installé.
02:39Et il y a une vraie rupture de confiance avec les Boliviens,
02:42puisqu'il avait fait toute sa campagne sur des positions plutôt centristes
02:46en promettant de sortir le pays de cette crise économique.
02:49Et pour l'instant, la promesse n'est pas tenue.
02:52Mais ce qui se joue là en Bolivie va en réalité au bien au-delà de Rodrigo Paz,
02:56puisque la question n'est pas tant de savoir si lui va tomber,
02:58mais si les États-Unis sont capables de le protéger.
03:01La Bolivie, c'est une pièce essentielle dans l'échiquier géopolitique en Amérique latine.
03:06L'Argentine, elle est alignée sur la Maison Blanche.
03:08Le Brésil y est complètement opposé.
03:10Donc en réalité, l'Amérique latine peut encore basculer d'un côté comme de l'autre.
03:14Et ça se joue aujourd'hui aussi en Bolivie.
03:16Merci beaucoup Annalisa Capelino.
Commentaires