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  • il y a 6 semaines
Cette semaine, notre émission « Au bonheur des livres » célèbre également le bonheur des images, puisqu'il y est question du rapport fécond entre l'art et la littérature. Claire Chazal reçoit ainsi l'artiste Eva Jospin, qui, en plus de l'actualité de son importante exposition parisienne au Grand Palais avec Claire Tabouret, publie un très beau livre, où elle illustre une nouvelle de Jean Giono, L'homme qui plantait les arbres (Ed. Gallimard). Elle est accompagnée sur le plateau par Dan Franck, qui fait paraître quant à lui le deuxième volet de sa série intitulée Le roman des artistes (Ed. Grasset), libre chronique historique retraçant la passionnante et très romanesque saga des écrivains et des artistes au XIXe siècle, en particulier, pour ce volume, autour de la révolution de 1848. Ainsi se trouvent réunis deux sensibilités et deux regards, d'écrivain et d'artiste, pour nous faire approcher un peu des mystères de la création, à la fois dans le foisonnement des œuvres du passé et dans la réalité toute contemporaine d'une pratique d'aujourd'hui... une belle rencontre en perspective. Année de Production :

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Transcription
00:00Générique
00:00Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:20Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d'Au bonheur des livres.
00:24Vous le savez, chaque semaine, nous essayons tout simplement, assez modestement,
00:28de vous donner envie de lire des livres et puis aussi de découvrir ou de mieux connaître leurs auteurs.
00:33Alors aujourd'hui, une émission assez originale, un peu nouvelle pour nous,
00:36car elle accueille une plasticienne et sculpteur.
00:39Je ne sais pas si on dit sculptrice, Eva Jospin.
00:42On dit comme on veut. Déjà, plasticienne, ce n'est pas follement joli non plus.
00:46Enfin, une grande artiste qui fait essentiellement des sculptures.
00:51Et puis aussi, à côté d'elle, un écrivain.
00:53Et tous les deux, vous allez le voir, nous font découvrir ou redécouvrir, bien sûr,
00:57des grands classiques de notre littérature.
00:59Eva Jospin, donc, vous êtes connue pour des installations,
01:03ces sculptures dont je parlais, principalement en carton,
01:05mais aussi en broderie, en dentelle,
01:07qui représentent souvent une nature fantasmagorique.
01:10Et vous nous proposez cette fois un très beau livre,
01:12chez Gallimard, dans une collection tout à fait jolie et à propos.
01:17Car vous illustrez de vos gravures, enfin, on va en parler de vos dessins,
01:22la nouvelle de Jean Giono, l'homme qui plantait des arbres.
01:26Il y a aussi une très belle exposition qui a commencé au Grand Palais,
01:28on va en parler.
01:29Et puis vous, Dan Franck, voici le deuxième volet de votre roman des artistes.
01:33Ces artistes à qui vous donnez cher dans ces livres,
01:39puisque vous racontez parallèlement l'histoire du 19e siècle,
01:43et puis donc l'histoire de ces écrivains, de ces peintres,
01:46de ces photographes aussi,
01:48qui ont créé ce foisonnement du 19e.
01:51Et cette fois, dans ce deuxième volet baptisé
01:53« Révolution » au pluriel chez Grasset,
01:55eh bien, vous nous parlez essentiellement de la révolution de 1848,
01:58qui va avoir de partir Louis-Philippe,
02:00est arrivé Louis-Napoléon Bonaparte.
02:02Alors, d'abord, merci beaucoup à tous les deux d'être là
02:05pour parler de cette littérature que l'on aime tant
02:07et que l'on essaye de défendre.
02:08Bien sûr, vous pouvez intervenir chacun sur le livre de l'autre,
02:12puisque je sais que vous l'avez lu
02:14et que vous l'avez aussi apprécié.
02:17Eva Jospin, je rappelle juste que vous avez fait les Beaux-Arts,
02:20vous aviez commencé, je crois, par l'architecture.
02:22Je précise que vous êtes d'ailleurs élue récemment à l'Académie des Beaux-Arts,
02:25mais oui, c'est la réelle académicienne,
02:27que l'on a découvert progressivement votre travail
02:31dans le monde entier maintenant,
02:32des installations faites de sculptures,
02:35d'une grande finesse, une précision d'horlogerie
02:38qui représente la nature, les forêts, les troncs, les racines,
02:42des grottes.
02:43Et vous avez effectivement exposé à Avignon, à Versailles,
02:48au Grand Palais aujourd'hui, et on va en reparler.
02:53Voici donc ce beau livre chez Gallimard,
02:55L'homme qui plantait des arbres.
02:57C'est une nouvelle de Jean Gionneau.
02:59Vous avez illustré déjà tout simplement comment est née cette association et cette idée.
03:02Alors, c'est une nouvelle collection qu'a lancée Gallimard,
03:05qu'ils appellent La Grande Blanche.
03:10Et le principe, c'est de demander à un artiste ou une artiste contemporaine
03:14d'illustrer un livre de la Pléiade.
03:17Donc, on a un large choix, mais pas infini non plus,
03:21parce qu'il faut que ce soit absolument un auteur de la Pléiade.
03:24Et donc, on a commencé à en parler avec Anne Lagarig,
03:30qui s'occupe de tous ces projets un peu particuliers chez Gallimard.
03:35Et voilà, on a réfléchi, on a pris le temps,
03:37parce que ça fait presque deux ans, en fait, qu'on a démarré ce dialogue.
03:42Et puis, à un moment, comme une évidence,
03:45l'homme qui plantait des arbres...
03:46Bizarrement, ce n'était pas ma première idée.
03:48J'avais envie d'aller vers Marguerite Duras,
03:50mais comme je ne représente pas les humains et les animaux et les corps,
03:54c'était plus complexe à incarner.
03:57Et cet homme qui plantait des arbres,
04:00c'est un très beau livre, court,
04:02qui fonctionne comme un conte contemporain,
04:04qui a une histoire amusante aussi sur la façon dont il a été écrit.
04:08J'ai plongé dans le texte pour essayer de trouver une façon de le mettre en image.
04:15Il y a une harmonie extraordinaire entre votre œuvre et le texte.
04:18Bien sûr.
04:19Donc ça, c'est un mariage formidable.
04:21Absolument.
04:21Parce que cette nouvelle de Jean Gionneau,
04:26on va bien sûr parler de votre façon de dessiner,
04:28comment vous l'avez illustrée, avec quels procédés, quels matériaux.
04:32Mais déjà, puisque vous l'avez rappelé,
04:34elle parle et de la nature, mais aussi de l'humanité.
04:37C'est ce que dit Jean Gionneau.
04:39Ce n'est pas qu'un écrivain régionaliste qui décrit la Haute-Provence.
04:42C'est quelqu'un qui s'intéresse à l'homme.
04:43On peut peut-être raconter rapidement l'histoire de ce sujet.
04:47Alors, en fait, c'était un concours de nouvelles organisé par le Rider Digest.
04:53Mais le principe, c'était qu'il fallait raconter l'histoire d'une vraie personne.
04:59Et là, Gionneau a répondu à ce concours en écrivant l'homme qui plantait des arbres sur un berger
05:05qui s'appelle Elzéar Bouffier et qu'il rencontre avant et après la Première Guerre mondiale
05:13et qui va, en fait, transformer un paysage assez désertique
05:18et il va en faire un lieu qui devient une immense forêt.
05:23Il ne transforme pas d'ailleurs uniquement à Sésa Kébo le paysage,
05:27qui était un peu aride et qu'il transforme en forêt,
05:29mais il fait revivre les villages.
05:30Il fait revivre les villages, l'eau revient.
05:32Il y a même peut-être une exploitation forestière,
05:36donc une économie aussi qui revient grâce à ça.
05:39Et donc, il remporte cette nouvelle.
05:41Évidemment, le Rider Digest prend ça très au sérieux.
05:44Donc, il envoie un reporter pour interroger ce fameux Elzéar Bouffier
05:48qui était né, malheureusement ou heureusement, de l'imagination de Jean Gionneau
05:53et qui n'a jamais existé, puisqu'il l'a vraiment écrit comme un conte d'aujourd'hui.
05:58Et c'est une histoire, évidemment, qui résonne très fortement.
06:02Pour nous, écologistes, la nature, bien sûr.
06:07Et il y a un point commun, je trouve, très très fort avec le roman des artistes,
06:12c'est que Jean-Nord en fait un conte moderne,
06:16mais il y a une toile de fond, en fait, derrière cette histoire,
06:20qui est la Grande Guerre.
06:21Et donc, c'est à la fois un peu un cultiver son jardin,
06:26mais en même temps, comme toile de fond, les désastres du monde,
06:31les bouleversements du monde, qui ne sont pas oubliés dans le texte.
06:35– Et qui sont en filigrane.
06:36– Et qui sont en filigrane permanents.
06:37– Donc, ce n'est pas du tout hors-sol, ce n'est pas du tout déconnecté.
06:41Et c'est comment, en fait, finalement, de cette grande histoire,
06:45très modestement, sans argent, juste par un geste et une envie
06:50et une détermination assez systématique, un peu obsessionnelle aussi, il faut le dire,
06:54on peut transformer un espace à soi, ça, ça me parle profondément.
06:59– J'ai une vision du monde très, très optimiste, en fait, en vérité.
07:02– Très, très optimiste.
07:02– La nature l'emporte sur le reste.
07:04– Voilà, même si, à ce moment-là, Jionno, sortant de la guerre,
07:06parce qu'il va retrouver, enfin, il dit qu'il retrouve ce berger,
07:09qu'il va faire des abeilles, d'ailleurs, après, qu'il va faire autre chose,
07:11mais qu'il quand même continue à s'occuper de la nature.
07:13– Il reste dans la nature.
07:13– Mais cette guerre va traumatiser Jean-Jionno à jamais,
07:15à en faire un pacifique, après, bien sûr, ça va le transformer.
07:20Et ce que vous dites est vrai, c'est vraiment, j'allais dire,
07:24moi, j'ai envie de dire qu'évidemment, c'est ce que disait Dan,
07:27les troncs, les arbres, les forêts, la nature, le sous-sol, etc.,
07:33ça rejoint ce qui vous inspire, Eva Jospin.
07:36– Oui, complètement.
07:36Alors, pour illustrer ce texte, en fait, j'ai tout simplement
07:40essayé de chercher dans le texte tout ce qui était descriptif,
07:45donc, de lieu ou d'éléments.
07:49Donc, ça pouvait être, ben voilà, les herbes sèches balayées par le vent,
07:54quelque chose d'aride, une source, quelques glands,
07:59ou bien les plantes qui poussent, voilà.
08:01Donc, j'ai essayé de chercher tous les éléments descriptifs
08:06de lieux, de plantes, ou même d'éléments comme le vent,
08:11la pluie, l'eau, etc., et essayer de voir comment mes dessins
08:14pouvaient appuyer ces éléments du texte
08:17pour créer une correspondance entre deux,
08:19parce qu'il y a un moment où le village est en ruine,
08:22puis, au contraire, après, il renaît,
08:24donc, voilà, travailler sur des dessins
08:26qui inspiraient un peu cette idée de ruine,
08:28ou alors de palais qui renaît de ses centres,
08:31enfin, voilà.
08:32– Le reflet du texte, c'est l'image.
08:34– Et tout ça est un peu entrelacé, ce qui est très joli.
08:37On peut dire que c'est un encre de Chine et la mine de plomb,
08:39ou comment est-ce qu'on peut, c'est ça ?
08:40– Oui, on peut dire que c'est ça, parce que c'est ça.
08:42– Alors, ce qui est beau, je trouve,
08:45la correspondance aussi, elle va dans la minutie du travail.
08:48Ce berger, il a une grande patience, au fond,
08:51et j'ai envie de dire, un peu comme vous,
08:53qui est dans le détail du dessin.
08:55– C'est vrai que son côté obsessionnel
08:59est déterminé dans le temps, m'a beaucoup parlé,
09:02et ce qu'il m'a aussi beaucoup parlé dans ce texte,
09:04mis à part la résonance, qui est très forte
09:06et qui nous saute aux yeux par rapport à ce que nous vivons
09:10dans la prise de conscience de cette crise climatique
09:12qui n'a pas démarré à 20 ans,
09:13mais dont on a vraiment pris conscience,
09:18finalement, depuis une vingtaine d'années,
09:21puisque avant, c'était moins présent dans nos têtes,
09:24même si c'était déjà en train de se produire.
09:26Et c'est vrai que dans mon travail,
09:28il y a beaucoup le thème de la forêt, de la grotte,
09:31du jardin, des folies architecturales,
09:33qui sont ces espèces d'architectures inutiles
09:37qui fadèlent les jardins.
09:39Ça peut être une pagode, une ruine,
09:43voilà, j'adore ça.
09:45Et il y a cette idée de créer son monde à soi
09:49et de, quelles que soient les circonstances,
09:52finalement, d'arriver à créer un retranchement
09:55pas vers la peur, mais au contraire,
09:58vers l'intériorité,
10:00et de pouvoir donner, finalement,
10:02c'est un peu aussi ce que j'essaye de faire
10:03dans les expositions,
10:04que ce soit un support à l'imaginaire
10:06et un retour à la fois,
10:08que le point de contact avec l'autre
10:09soit justement le retour vers son intimité.
10:12Mais par la lecture ou par la visite d'une exposition.
10:17Et finalement, c'est à la fois le moment
10:18où on est le plus anonyme les uns envers les autres
10:21et en même temps, le point où on peut le plus se rejoindre.
10:25On va vers ces lieux que vous décrivez qui sont sauvages,
10:27parfois, où les peurs pourraient ressurgir,
10:30parce que c'est les peurs de l'enfance,
10:31aussi celles du conte, des légendes qu'on nous racontait,
10:33mais aussi avec cette espèce d'enveloppement
10:38dans lequel on se sent peut-être bien, finalement,
10:42et c'est ce qu'on ressent.
10:43J'ai envie de dire, notamment,
10:44dans votre exposition au Grand Palais,
10:46il faut le signaler, c'est en ce moment,
10:48et c'est magnifique,
10:49c'est couplé avec une autre artiste importante
10:51qui s'appelle Claire Tabouret,
10:52mais là, on retrouve vos structures,
10:55je le disais, fantasmagoriques, étranges,
10:57dans lesquelles on peut pénétrer,
10:58même avec les enfants,
10:59et dans ce carton que vous aimez
11:03depuis le début de votre travail.
11:04Depuis, oui, assez longtemps maintenant,
11:06et c'est vrai que l'exposition qu'il y a au Grand Palais,
11:08elle joue sur...
11:10Oui, Grotesco.
11:11Grotesco.
11:11Alors, j'ai choisi ce titre,
11:13parce que, puisqu'on est dans une émission sur les livres,
11:15on va parler des mots,
11:18et Grotesco, en fait, c'est, en italien,
11:20le style grotesque,
11:22mais j'ai choisi ce titre
11:24parce qu'en fait, le style grotesque,
11:27il a été dénommé comme ça,
11:28pas parce qu'il était un style avec des figures
11:31qui pourraient, pour nous,
11:32être des figures grotesques,
11:33un peu monstrueuses, etc.
11:35En fait, c'est ce titre, ce mot,
11:38il rappelle les conditions de la découverte
11:40de ce style,
11:41et en fait, c'est un jeune garçon
11:42à la fin du 15e siècle
11:44qui tombe dans un trou,
11:46il croit tomber dans une grotte,
11:47en fait, il tombe dans le palais doré de Néron,
11:50la Domus Aorea,
11:52et les plus grands artistes
11:53de la fin de la Renaissance,
11:56vont redécouvrir
11:58ces fresques romaines
12:00avec des entrelacs,
12:02des gerbes de fleurs,
12:03des satyres,
12:05des éléments
12:05qui mélangent l'animal
12:09et le végétal
12:10avec des formes
12:12un peu étranges,
12:14et ce style va être remis
12:15au goût du jour
12:17et se déployer un peu
12:18dans toute l'Europe,
12:19orner les palais,
12:20pourrait devenir
12:21un élément très important,
12:24un style ornemental
12:25appelé le grotesque.
12:26Et que l'on retrouve
12:27dans cette exposition,
12:28bien sûr,
12:28que vous pouvez aller voir
12:29Grotesco au Grand Palais.
12:31Alors, Dan Franck,
12:32on continue à dialoguer,
12:33bien sûr,
12:34vous êtes un écrivain très reconnu
12:36avec des livres très personnels,
12:37d'ailleurs,
12:38La Séparation, par exemple,
12:39qui avait obtenu
12:40le Renault d'or en 1999,
12:42L'Arrestation aussi en 2023,
12:44beaucoup plus récent,
12:45là où vous revenez
12:45sur votre passé
12:46de jeune,
12:48proche de l'extrême gauche,
12:49et c'était un livre
12:51absolument passionnant
12:52et surtout très touchant.
12:53Et puis,
12:54elle va la rappeler,
12:56vous vous lancez
12:56dans une vaste fresque
12:58littéraire et artistique,
13:01si l'on peut dire.
13:02Il y a d'abord eu une trilogie
13:04Les Aventuriers de l'art moderne,
13:06alors là,
13:06on était sur le XXe siècle
13:08et donc un peu
13:08Jean Giono finalement.
13:10Je ne sais pas si vous parliez
13:10de Jean Giono dans ces...
13:11Un petit peu, oui.
13:12Surtout de ses rapports
13:13avec René Char,
13:15qui était le rapport.
13:15Bien sûr.
13:16Compliqué.
13:16Et là,
13:17alors là,
13:17nous avons affaire
13:18à une tétralogie
13:18dont vous nous présentez
13:20aujourd'hui le deuxième volet.
13:21Là,
13:22nous sommes au XIXe siècle,
13:23ça s'appelle
13:23Le roman des artistes
13:24et cette fois-ci,
13:27on va le voir
13:28dans ce deuxième volet,
13:29vous concentrez principalement
13:30sur une période
13:31assez foisonnante
13:32et folle politiquement
13:33puisque c'est la révolution
13:34de 1948.
13:36Est-ce que d'abord,
13:36on peut dire
13:37que cette démarche
13:38que vous faites,
13:38Dan Franck,
13:39de cette plongée
13:40dans notre histoire
13:41littéraire et artistique,
13:43c'est une façon
13:43de rendre hommage
13:44à ce que vous avez aimé,
13:45à votre culture,
13:47à vos traditions classiques ?
13:50Oui,
13:50oui,
13:51à la fois c'est ça
13:52et puis c'est les thématiques
13:53qui m'intéressent.
13:54Moi,
13:54ce qui m'intéresse,
13:55c'est l'engagement
13:56des artistes
13:57dans le monde,
13:59la manière dont
13:59ils inventent leurs œuvres,
14:01la manière dont ils participent
14:03à la vie de la société
14:05et j'ai essayé,
14:06en exergue du premier tome,
14:08il y a une phrase de Baudelaire
14:09qui dit en substance,
14:10on ne connaît jamais mieux
14:12l'œuvre des grands hommes
14:13qu'en connaissant leur vie,
14:15donc je m'intéresse
14:16autant à leur vie
14:17qu'à leurs œuvres
14:18et qu'au développement social.
14:20Vous vous détestez ça ?
14:21Avec Contre Sainte-Beuve,
14:22il voulait l'inverse,
14:23lui,
14:23il ne voulait pas
14:24qu'on juge l'œuvre
14:26par rapport à l'homme.
14:27Oui,
14:27mais en même temps,
14:28c'est très intéressant
14:29de savoir comment Victor Hugo
14:31écrit Les Misérables
14:32et pourquoi il les écrit
14:33et qu'est-ce qu'il faisait
14:34en 1948,
14:35etc.
14:36Donc,
14:37voilà,
14:37comme je suis romancier,
14:39d'abord et avant tout,
14:40je veux écrire
14:43le roman des artistes,
14:44je veux écrire ça
14:45comme un roman,
14:46comme le roman populaire
14:47du XIXe,
14:48au fond.
14:48C'est ce qu'on sent,
14:49Eva Jospin,
14:50quand on lit,
14:50on a l'impression
14:51d'un pédagogue souriant,
14:52ce Dan Franck.
14:53Oui,
14:53j'ai trouvé que c'était
14:54vraiment passionnant
14:56parce qu'en fait,
14:57on a aimé ses auteurs
14:59parce que là,
14:59il y a quand même,
15:00on est surpris de voir
15:02que pour nous,
15:03l'intellectuel engagé,
15:04c'était Jean-Paul Sartre,
15:05mais en fait,
15:05le XIXe siècle
15:07en est rempli,
15:08c'est complètement fou,
15:09on le savait pour Victor Hugo,
15:11on le savait pour certaines figures,
15:12mais pas pour Lamartine,
15:13on l'avait oublié.
15:14Lamartine un peu,
15:15mais on est moins dans ce contexte,
15:16on ne sait pas
15:17qu'Alexandre Dumas
15:17se présente à des élections,
15:19on ne sait pas
15:20que je ne suis,
15:21Balzac,
15:21il fait très très peu de voix,
15:23comme vous le dites
15:23à la fin de cette première élection
15:25et c'est vrai que
15:26c'est fascinant
15:28parce qu'en fait,
15:29on a des bribes
15:30en fait de ce XIXe siècle
15:32et soit on étudie
15:33des livres d'histoire,
15:33soit on lit ces auteurs
15:35parce qu'on les aime,
15:36mais il n'y a pas
15:36le lien entre les deux
15:37pour recomprendre
15:39un contexte politique
15:40extrêmement troublé,
15:42ce qui nous donne
15:42beaucoup d'espoir
15:43pour notre propre contexte.
15:44– Et bien si finalement
15:45il n'est pas si troublé que ça,
15:47parce que ce que vous décrivez
15:48c'est assez violent.
15:49– L'idée de ce livre,
15:49elle m'est venue
15:50d'une constatation
15:51assez simple,
15:51c'est qu'au moment
15:53où la révolution industrielle
15:54apparaît,
15:55Berlioz crée
15:57l'orchestre moderne
15:58avec la division
15:59des pupitres
16:00et en fait,
16:01je me suis dit
16:01mais il y a toujours
16:02un rapport finalement
16:03entre l'art
16:04– Et l'économie
16:05– Et l'économie
16:06et le développement
16:06de la société
16:08et comment est-ce
16:08que les artistes
16:09s'engagent ou ne s'engagent pas,
16:11quelles sont
16:11leurs histoires d'amour,
16:14il y a des personnages
16:16qui sont plus importants
16:17que d'autres,
16:18en tout cas que moi
16:18j'aime plus que d'autres,
16:19j'aime beaucoup
16:20Georges Sand évidemment.
16:21– On se rend bien
16:21que vous avez de la tendresse
16:22pour certains,
16:23c'est sûr, oui bien sûr.
16:23– Dumas, j'adore Dumas.
16:24– Oui, oui, le pot,
16:25c'est sûr.
16:28Mais ce qu'on disait là
16:29et c'est vrai,
16:29c'est ce qui est frappant
16:30dans votre livre,
16:31cette histoire politique
16:32que vous illustrez
16:33grâce à tous ces artistes
16:35que l'on croise,
16:37elle était quand même
16:38très violente
16:38à ce moment-là.
16:39– C'est quand même,
16:40c'est la naissance
16:40de la Deuxième République.
16:42– Oui, c'est ça.
16:43– En fait, c'est la naissance
16:44du monde d'aujourd'hui,
16:45c'est la naissance
16:45du monde moderne.
16:47Et donc cette constatation
16:51politique ou sociale
16:52qui est une évidence,
16:54elle vient également
16:55dans les œuvres d'art,
16:57c'est-à-dire que le romantisme,
16:58ce qui s'appelle
16:59le roman des artistes,
17:00le premier volet
17:01s'appelle le romantisme,
17:02c'est une déclaration
17:03de guerre contre
17:04le monde ancien.
17:05C'est comment Delacroix
17:06invente des figures
17:09qui sont des figures
17:10populaires.
17:11– Comment Victor Hugo
17:12écrit Arnani
17:12et fait une réaction.
17:13– Absolument,
17:14ou comment Dumas
17:15crée le roman populaire,
17:19ou comment Balzac
17:20crée le roman moderne
17:21et comment Flaubert,
17:22c'est l'entrelacement
17:23de tout ça
17:24et c'est une période
17:24très fondamentale
17:26à la fois au niveau
17:27de politique et sociale,
17:29au niveau artistique.
17:30– C'est un effoisonnement.
17:31Alors avec des corollaires,
17:32bien sûr,
17:33l'engagement politique,
17:34Eva le disait,
17:35il y a la Martine,
17:36etc.
17:37Ils s'engagent vraiment.
17:38– Oui,
17:39mais c'est un paradoxe
17:41très étonnant,
17:42la Martine,
17:43parce que la Martine,
17:44en fait,
17:44il passe pour le romantique
17:45absolu.
17:47Voilà,
17:47et c'est lui qui,
17:48alors qu'il est royaliste,
17:50et c'est lui qui,
17:51voyons le développement,
17:53est obligé
17:53se rallient à la République
17:55et proclament la République
17:57à l'hôtel de ville
17:59de Paris.
18:00– Alors il y en a
18:01qui vont être plus réfractaires
18:02parce qu'arrive,
18:03évidemment,
18:04quelqu'un qui s'appelle
18:05Louis Napoléon
18:06et qui va prendre un peu
18:06le pouvoir
18:07de façon autoritaire,
18:08qui va devenir
18:08Napoléon III,
18:09bien sûr,
18:10et donc il y a l'exil
18:12de certains artistes,
18:13et bien sûr,
18:13notamment de Victor Hugo.
18:15– Le parcours politique
18:16de Victor Hugo
18:16est très intéressant
18:17parce que…
18:18– Il est d'abord royaliste.
18:19– Il est royaliste,
18:20il est pensionné
18:21par les rois.
18:21– Il est père de France.
18:24– Il est père de France.
18:25Il a une vie personnelle
18:28extrêmement mouvementée
18:29avec sa femme,
18:30sa maîtresse officielle,
18:31les hôtes,
18:32les constats d'adultère,
18:34les rapports
18:34avec les amours ancillaires.
18:36Enfin, c'est un personnage
18:37absolument très étonnant,
18:39il faut dire,
18:40et qui, au moment,
18:41et qui a une constante quand même,
18:42c'est qu'il est toujours
18:43opposé à la peine de mort
18:44et que ça,
18:44c'est extrêmement courageux.
18:45– C'est vrai,
18:45un grand avocat de la commission.
18:47– Oui,
18:47comme Lamartine
18:48et comme Georges Sand,
18:49d'ailleurs.
18:49– Et ça,
18:50c'est vraiment à son honneur.
18:51– Sur lesquels s'appuiera
18:52d'ailleurs Robert Badinter
18:53sur les textes de Victor Bézzi.
18:53– Absolument, absolument.
18:55Et donc, en fait,
18:56il soutient,
18:56comme tout le monde,
18:58Louis-Napoléon Bonaparte
18:59et en fait,
19:00toute la gauche,
19:00Proudhon,
19:01tous les écrivains ont soutenu.
19:03Et puis,
19:03au moment du coup d'État,
19:04il s'enfuit,
19:05en fait,
19:06sa tête est mise à prix,
19:08il se déguise en ouvrier
19:09et puis il part à Bruxelles
19:10et après,
19:10il va s'exiler
19:11et il va rester en exil
19:13– Très longtemps, oui.
19:14– Très longtemps
19:15et avec un amour de lui-même
19:19et une science extraordinaire
19:21qu'on dirait du storytelling
19:22aujourd'hui
19:23qui est absolument incroyable.
19:24C'est-à-dire qu'il se fait
19:25photographier par son fils,
19:27Victor Hugo réfléchissant,
19:28Victor Hugo regardant la mer,
19:30il fait envoyer ça partout
19:31à Paris,
19:32il organise la sortie de ses livres
19:34d'une façon absolument incroyable.
19:36La publication des Misérables,
19:37c'est fascinant,
19:38on n'a jamais vu ça.
19:39mais il vit en exil
19:41et il reviendra
19:42à la chute de l'Empire.
19:43– Bien sûr,
19:43et il fait une maison
19:45très étrange.
19:47– Hauteville House.
19:48– Extraordinaire
19:49qui est une espèce de maison
19:51d'œuvre avant l'heure.
19:53– Avec des haches.
19:54– Oui, oui.
19:55– Il décore,
19:55il construit des meubles.
19:57– Il faut d'ailleurs visiter
19:57la maison de Victor Hugo
19:58Place des Vosges.
19:59– Oui, bien sûr.
19:59– Il y a une intéressante exposition
20:00sur Victor Hugo,
20:01décorateur.
20:02– C'est extraordinaire.
20:03– Il aime ça, oui.
20:05– Ses dessins sont absolument…
20:06– Magnifiques.
20:06– Ah ben les encres,
20:07c'est formidable.
20:08– C'est pas très loin
20:11de ce que vous faites,
20:11Eva Jospin.
20:12– Non, mais c'est vrai
20:13que…
20:13– C'est quelque chose gothique
20:14et un peu…
20:14– Oui, et puis il y a aussi
20:16un rapport à l'abstraction
20:17dans les encres de Hugo.
20:20– Oui, absolument.
20:21– C'est absolument vrai.
20:22– Qui sont précurseurs.
20:23Et on sent qu'il y a en fait,
20:24comme c'est pas complètement
20:25son dôme, enfin,
20:27il a à la fois une…
20:29il est prolifique
20:29dans sa production,
20:31mais il n'a pas à suivre
20:32les canons de l'époque.
20:33Il a à suivre juste
20:34où est son goût.
20:35Et pareil pour sa maison.
20:37Il y a une espèce
20:37d'éclectisme
20:38et de fantaisie
20:40et de monde en soi.
20:42À la maison,
20:42c'est complètement ça.
20:43C'est extraordinaire.
20:43– Mais en fait,
20:44Victor Hugo au 19e,
20:45c'est comme Picasso au 20e.
20:46C'est-à-dire qu'ils prennent
20:48une place absolument considérable.
20:49Par exemple,
20:50quand Flaubert publie
20:51Salambo,
20:52il ne veut pas publier
20:53en même temps que Victor Hugo.
20:54Et tout le monde attend
20:55les œuvres des textes,
20:56etc., etc.,
20:57qui sont imprimées
20:58clandestinement ici ou là.
21:00C'est la figure majeure.
21:02C'est pas forcément
21:03la plus sympathique.
21:05C'est pas forcément
21:06la plus sympathique.
21:06– Pas toujours ?
21:07– Pas toujours,
21:08mais…
21:08– Oui,
21:10mais il est quand même,
21:11il souffle de la mort de sa fille.
21:12– C'est un personnage,
21:12oui, bien sûr.
21:13– Il est amoureux,
21:15au moins de deux,
21:16enfin,
21:16au moins de sa maîtresse
21:17et de plusieurs femmes,
21:19mais au moins de sa maîtresse.
21:19– Les femmes de ménage aussi.
21:21– Oui, oui, bien sûr.
21:22puis après, il va aimer ses petits-enfants
21:23et puis il s'intéresse aux pauvres.
21:25Enfin, il s'intéresse, disons,
21:27c'est ce qu'il va écrire, d'ailleurs.
21:28– Mais sauf qu'en fait,
21:29il prend toute la place
21:30parce qu'en fait,
21:31c'est ce qu'il voulait un peu.
21:32Mais il y a des personnages,
21:33ceux qui paraissent loin derrière,
21:36mais qui sont extraordinaires aussi.
21:37Alexandre Dumas est un personnage merveilleux.
21:39L'évolution d'Alexandre Dumas
21:41qui, en 1830,
21:43prend l'uniforme de son père
21:45et va se bagarrer sur les barricades
21:47et puis qui apprend,
21:49c'est le futur roi Philippe
21:50qui lui apprend à ponctuer
21:51parce qu'il ne s'est pas ponctué
21:52et qui écrit en groupe
21:54parce que c'est très moderne aussi.
21:55Les séries sont écrites de cette façon-là.
21:58Il y a Balzac
21:58qui rencontre Madame Ansca
22:01par petite annonce.
22:02Il y a Georges Sand
22:03qui a une histoire,
22:04des histoires d'amour.
22:05– C'est une histoire de folie.
22:06– Mais il y a des personnages secondaires
22:08qui sont beaucoup moins connus
22:10parce qu'on ne lit plus leurs livres
22:11comme Maxime Ducan dont vous parlez
22:13et qui, en fait,
22:15sont des personnages extrêmement importants
22:17et ce qui est très intéressant,
22:19c'est que certains sont rentrés
22:22dans le pontéon de la littérature
22:24et d'autres sont les protagonistes
22:26de leur époque.
22:27Et ils n'ont pas forcément produit
22:28la même œuvre,
22:29mais à ce moment-là,
22:31ce sont des gens
22:32qui sont des piliers de leur époque
22:34et qui sont extrêmement importants
22:35dans toute cette communauté d'artistes
22:37et communautés politiques
22:38et c'est très intéressant
22:40de les redécouvrir
22:41parce que c'est vrai
22:42que moi, Maxime Ducan,
22:43franchement, je ne le connaissais pas.
22:43– On savait que c'est l'ami
22:44de Gustave Laubère.
22:45– Oui, voilà, on sait qu'il a voyagé,
22:47qu'il fait le voyage.
22:47– Mais on sait très peu.
22:49– Eh bien, j'espère que vous aimiez
22:50cette littérature du 19e
22:52quand vous étiez, j'allais dire,
22:53au début des...
22:54pendant vos études.
22:56– Oui, oui, non,
22:56mais je les ai lues un peu adolescentes.
22:58– Oui.
23:00– Surtout...
23:00– Alors, Balzac, en fait, étrangement,
23:05je l'ai lue un peu adolescente,
23:08mais je l'ai lue surtout
23:09depuis une dizaine d'années
23:10et c'est vrai que...
23:11Bon, c'est formidable
23:12parce qu'il a tellement écrit
23:13que quand on commence à aimer Balzac,
23:16c'est un peu Noël,
23:17il y en a toujours un autre.
23:18– C'est vrai.
23:19– Et je suis particulièrement sensible
23:20à La peau de chagrin
23:21qui est un livre qui me fascine
23:23parce qu'il y a aussi un élément
23:24d'étrange et de merveilleux magique
23:27qui est la première scène
23:30de La peau de chagrin
23:31et la description de cette fête,
23:34pour moi, c'est vraiment formidable.
23:38– Ce qui est intéressant avec Balzac,
23:40mais aussi Dumas et d'autres,
23:41d'ailleurs, c'est qu'en fait,
23:41ils écrivaient pour gagner de l'argent.
23:43– C'était en feuilleton,
23:44c'était dans les journaux,
23:46on leur demandait chaque épisode.
23:47– Mais c'est eux, c'est les feuilletonistes,
23:48en fait, ce sont les grands...
23:49C'est la littérature populaire française
23:51qui est extraordinaire
23:52et moi, j'écris des scénarios
23:55et j'écris des scénarios
23:55de films ou de séries
23:57et je dis toujours,
23:58en fait, la meilleure école,
23:59c'est de lire ces gens-là
24:00parce qu'on leur demandait...
24:02Il y a un type qui s'appelait
24:03Émile de Gérardin
24:03qui a créé la presse moderne
24:05qui ne se vendait pas,
24:05qui était très chère.
24:06Il a demandé à des écrivains
24:08de faire le feuilleton
24:10et ils faisaient tous
24:11et le principe, c'était
24:13il faut absolument
24:14qu'à la fin de chaque épisode...
24:16– On a envie de lire les séries.
24:17– Voilà, c'est comme les séries aujourd'hui.
24:19– Sauf que ça s'appelle aujourd'hui
24:21des cliffhangers
24:21et que Sainte-Beuve appelait ça
24:23des traquenards d'intérêt.
24:24– J'aime bien.
24:25– Ce qui est un mot extraordinaire.
24:27Et ils ont tous,
24:28ils sont tous lancés là-dessus
24:29avec une jalousie quand même.
24:31Balzac, comment ?
24:32– Une émulation.
24:32– Du mal dépasse.
24:33Alors, Dumas,
24:35Balzac est jaloux,
24:36il n'est pas content.
24:37Puis il y a Eugène Su
24:38qui arrive derrière.
24:39– Alors, Eugène Su,
24:40c'est vrai que moi,
24:40j'ai essayé de lire
24:41les mystères de Paris récemment.
24:44Je les ai maternés.
24:45– Mais c'est très mal écrit.
24:46– Oui, c'est vraiment très mal écrit.
24:47– Mais il le disait lui-même,
24:48il disait j'ai fait mal.
24:49– Non, mais et puis c'est surtout
24:50les, comment dire,
24:54en fait, ce qui est considéré
24:56comme une qualité
24:56chez un homme ou chez une femme
24:58qui sont vraiment des critères
24:59qui nous parlent beaucoup moins
25:01aujourd'hui, on va dire.
25:02– Oui, oui.
25:02– Voilà.
25:03– Mais peut-être qu'on peut dire ça,
25:04pardon,
25:05je ne sais pas si Jean Giono
25:07nous a plu tout de suite.
25:08Est-ce que ce n'est pas un écrivain
25:11un peu, j'allais dire,
25:12laissé de côté ?
25:13– On le lit moins.
25:14– On le lit moins, Jean Giono.
25:15– Qu'est-ce que vous pensez ?
25:16– Oui, mais ça…
25:18Non, mais c'est une bonne façon,
25:20déjà, parce que c'est vraiment
25:20une très jolie nouvelle,
25:22l'homme qui partait des arbres.
25:22Voilà, c'est pour revenir
25:23à Giono.
25:24– C'est très moderne, oui.
25:26– Mais en même temps,
25:27non, mais ça,
25:28ce n'est pas comparable
25:29à Eugène Su, vraiment pas.
25:31– Non, non, non.
25:31– Mais c'est vrai qu'il y a…
25:32– C'est la guerre aussi.
25:33– L'époque dont je parle,
25:36c'est des mouvements très profonds,
25:38des mouvements qui créent
25:39donc le monde d'aujourd'hui.
25:41Tandis que Giono,
25:42il était pacifique.
25:43Donc d'ailleurs, son livre
25:44est emprunt de pacifisme.
25:46– Il était dégoûté par la guerre de 14.
25:48– Il était dégoûté par la guerre de 14.
25:49René Charles lui a beaucoup reproché
25:51de ne pas, de rien faire,
25:54d'être pacifique.
25:55– Oui, mais il y a eu cette génération
25:57de ces hommes qui ont défendu
26:01un pacifisme qui aurait peut-être
26:05été plus utile,
26:06mais c'est toujours facile
26:07de regarder ça après,
26:09avant la Première Guerre mondiale
26:11qu'on se trouvait de guerre.
26:12– À part Jaurès qui l'a défendu.
26:13– Mais c'est très complexe.
26:14– Alors, je rappelle
26:14les titres de vos livres,
26:16à tous les deux,
26:18et merci infiniment d'être venus
26:19dialoguer de façon aussi amicale
26:21et riche.
26:23Alors, L'homme qui plantait des arbres,
26:24c'est un livre, évidemment,
26:25de Jean Giono,
26:26illustré par Eva Jospin,
26:27dont vous devez aller voir
26:28l'exposition au Grand Palais,
26:30qui s'appelle Grotesco.
26:33– Grotesco ?
26:33– Grotesco, pardon, Grotesco.
26:35Et puis, Dan Franck,
26:36alors c'est le roman des artistes.
26:37Alors, on en est au deuxième tome,
26:41mais ça vous décrit le 19e siècle,
26:42dans tout, je disais,
26:43le foisonnement, sa richesse politique,
26:45artistique, etc.
26:47Et il faut lire ça parce qu'on apprend
26:49en s'amusant.
26:50Merci beaucoup à tous les deux.
26:52Quelques coups de cœur, quand même,
26:53pour terminer cette émission.
26:54D'abord, au travail avec Duras,
26:56Rob Grillet, Rivette et quelques autres.
26:58Ça, c'est Luc Béraud.
27:00C'est des souvenirs,
27:01plein d'anecdotes d'un cinéaste,
27:03finalement, qui a longtemps été assistant
27:04et qui raconte son apprentissage du cinéma
27:07avec ses grands du 7e art.
27:09Et puis, Olivier Senna,
27:12qui écrit Le sentiment de l'art
27:14aux éditions de l'Atelier Contemporain.
27:17Il a longtemps tenu la chronique art de Télérama
27:20et livre ici un magnifique récit
27:23et d'initiation personnelle
27:24sur la découverte de la peinture.
27:26Et puis, il y a une petite bande dessinée
27:27pour cette fin d'année.
27:29Lola Lafon, mais elle a écrit aussi,
27:30bien sûr, beaucoup de livres, évidemment.
27:33Et Pénélope Bagieu sur la femme.
27:36Et là, elles se sont associées toutes les deux
27:37pour la nuit, retrouvées.
27:38Alors, c'est une relation fille-mère
27:40dont on découvre, finalement,
27:42que la plus moderne n'est peut-être pas celle
27:43que l'on croit.
27:44Et il y a un secret de famille qui est révélé.
27:46Et c'est tout à fait sympathique.
27:48Merci beaucoup d'être venu.
27:50Merci à vous.
27:51Merci beaucoup.
27:51Très bonne fête de fin d'année.
27:52Et nous vous retrouvons très vite
27:53pour un nouveau numéro de Bonheur des livres.
27:55Merci.
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