00:00Et nous avons Marie qui nous a appelé sur Sud Radio et qui a envie d'échanger avec vous Jean-Pierre Klein. Bonjour Marie.
00:08Oui, bonjour Brigitte, bonjour Dr Klein.
00:11Bonjour Marie.
00:12Merci de prendre mon appel.
00:14Je vous en prie, allez-y.
00:16J'ai bien entendu tout ce que Dr Klein disait sur le traumatisme subi par un enfant et cette sidération
00:22parce que je l'ai connue effectivement puisque j'étais abusée quand j'avais 14, presque 15 ans.
00:30De la part de mon père, cette absence de non-reconnaissance et de personne ne voulait m'entendre fut par me faire père.
00:40Et donc le mot fermeture employé par le Dr Klein est très juste.
00:44Je me suis fermée et c'est les thérapies qui m'ont aidée à commencer à m'ouvrir un petit peu.
00:52Alors justement Marie, vous vous fermez, ça on l'entend et on le comprend tout à fait.
00:56Mais j'imagine qu'il y a des symptômes qui apparaissent.
01:00Vous allez mal, je suppose.
01:03Oui, il est symptôme.
01:04Vous ne parlez pas mais votre corps parle, enfin il y a des choses qui parlent et qui font qu'à un moment donné vous vous sentez obligée d'aller en thérapie, je suppose.
01:14Oui, en fait moi ça s'est traduit par énormément de colère, d'anxiété.
01:21Je prenais des antidépresseurs quand j'avais 17 ans qui ne m'ont absolument pas aidée.
01:26Et puis un jour quand j'ai eu...
01:28Attendez, excusez-moi, mais je vous interromps, c'est pour qu'on comprenne bien.
01:33Donc vous avez 17 ans, vous n'allez pas bien et ça peut se comprendre et la raison c'est l'inceste évidemment.
01:40Et qu'est-ce qu'on dit ? On dit c'est une enfant qui tourne mal, c'est une adolescente qui fait sa crise.
01:44C'est de sa faute, des fois on dit ça.
01:47Oui, mais donc on vous donne des antidépresseurs, ce qui ne va rien régler, ça va cacher la colère si je puis dire.
01:56Et la colère est normale, et la colère est nécessaire, vraiment, elle est justifiée.
02:03Oui, c'est vrai que le sentiment de ne pas être entendu et de ne pas être reconnu est beaucoup en colère.
02:09Et c'est vrai, tout à fait vrai Brigitte, c'est que c'était ma faute, j'étais en crise d'adolescence, j'étais agressive, tout ça, effectivement, je l'ai entendu.
02:19Et j'ai commencé en fait à faire, après cette histoire, cet épisode d'antidépresseur, je me suis dit, de toute façon, dès que j'aurai un peu les moyens de me prendre en charge,
02:32je suis allée voir un psychanalyste parce que c'était remboursé, tout simplement, juste pour ça.
02:38Et j'ai commencé une psychanalyse qui était longue, où je ne me suis pas sentie bien.
02:44La psychanalyse n'est pas remboursée par la Sécurité Sociale ?
02:48Ça dépend par qui, si c'est des psychiatres, oui, si c'est des psychologues parfois, si c'est d'autres, non.
02:56Non, non, c'est-à-dire qu'il était à la fois peut-être psychiatre et psychanalyste.
02:58Quand on dit se prendre en charge, ça veut dire qu'on a été victime, ça veut dire qu'on a été objet, je me prends en charge,
03:08c'est-à-dire je redeviens sujet de moi-même et je participe à ma transformation, avec l'aide de quelqu'un, évidemment, qui accompagne.
03:16Oui, c'est vrai, c'est tout à fait juste.
03:20En fait, ce médecin était pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, parce que j'ai eu la chance, on va dire comme ça, de pouvoir bénéficier du placement.
03:31Non, pour moi, c'est une chance, même si c'était difficile, ça m'a sauvée des griffes de mon bourreau et c'était pris en charge.
03:39Donc, j'ai réussi à faire des séances, mais pour moi, ça ne m'a pas aidée du tout, parce qu'en fait, j'avais une écoute moyenne et le psychanalyste en question,
03:50on peut parler, la parole, ça libère, mais ça n'aide pas beaucoup.
03:56Ça ne m'a pas aidée, sincèrement.
03:58Mais parce que, vous l'avez dit, il ne vous a pas écouté avec beaucoup d'empathie et beaucoup de chaleur humaine, en fait.
04:06Il vous a écouté, quoi.
04:08C'est-à-dire que vous avez pu parler, mais sans le sentiment d'être réellement reçu dans votre souffrance.
04:16Je peux parler, justement, de porte fermée.
04:20Il y a une façon de faire de l'art-thérapie qui est le théâtre de la rémuniscence,
04:25c'est-à-dire on dit un souvenir à une troupe qui le joue sous sa direction.
04:31Et il y a eu quelqu'un qui venait, enfin, sa mère était morte.
04:36Son père l'emmène avec sa sœur.
04:39Elle avait 9 ans.
04:41Et d'un coup, son père l'appelle.
04:43Il l'emmène dans un autre pays parce qu'ils étaient espagnols.
04:47Et il l'appelle.
04:49Et elle ne peut pas s'empêcher d'y aller.
04:52Et elle nous a dit, la porte s'est refermée depuis et jamais elle n'a été ouverte.
04:59Or, quand la troupe lui a joué son souvenir,
05:03elle s'est levée elle-même et elle a dit, ouvrons la porte.
05:06Et elle a libéré la comédienne qui jouait son rôle en retirant les bandages qui la recouvraient.
05:17Ouvrons la porte.
05:19Et ce jour-là, ça a pu libérer complètement de quelque chose qu'elle avait en elle depuis plus de 30 ans.
05:27Oui ?
05:28Oui, Marie.
05:29C'est ça l'art-thérapie, est-ce que je ne connais pas du tout ?
05:32Je n'ai jamais pratiqué cette thérapie-là.
05:34J'en ai fait beaucoup d'autres, mais je ne connais pas du tout.
05:37C'est ça l'art-thérapie ?
05:39C'est une forme d'art-thérapie qui est de la dramathérapie par le théâtre.
05:44Mais ça peut être par l'invention de l'histoire, ça peut être la peinture, ça peut être le sonore, etc.
05:50En fait, Marie, ce qui est important à comprendre avec l'art-thérapie,
05:55c'est qu'on ne va pas parler exactement de ce qui s'est passé,
06:02mais on va en faire quelque chose.
06:04Et du coup, ce n'est pas à vif, si je puis dire.
06:09Exactement.
06:09Vous comprenez ?
06:10D'accord.
06:11C'est-à-dire qu'on va pouvoir exorciser ce qui est en soi, mais pas de manière directe.
06:18Et donc, on peut commencer par quelque chose de soft,
06:22et puis tout doucement, on va aller au cœur du noyau.
06:25C'est délicat, c'est respectueux.
06:29On ne se précipite pas pour tout savoir.
06:32On ne se précipite pas, même dans un premier temps, pour en parler.
06:37Parce que c'est trop dur.
06:38Oui, et puis ça réactive le trauma, parfois le fait d'en parler.
06:44Alors, parfois, on est face à quelqu'un, par exemple, dans certaines thérapies,
06:52il y a des gens qui, je pense à l'EMDR, il y a des gens qui sont formidables,
06:55qui peuvent accueillir et qui peuvent aider.
06:58Mais peut-être que vous avez fait des thérapies avec des gens
07:01qui n'ont pas été suffisamment dans la même longueur d'onde que vous, vous voyez.
07:06Oui.
07:06En fait, certaines thérapies m'ont aidée à tenir, à passer des étapes de ma vie.
07:12J'ai réussi à avoir des enfants.
07:15Mais c'est vrai que cette blessure ferme tellement
07:17qu'à chaque étape de ma vie, je ne sais pas, quand mon enfant est né,
07:20j'ai de nouvelles couches d'onion à enlever, entre guillemets.
07:24Oui, c'est ça.
07:25Et je me dis, mais quand est-ce que c'est fini ?
07:28Vous savez, la vie n'est jamais finie non plus.
07:31On a tous nos casseroles.
07:33Mais peut-être que l'art-thérapie peut vous ammettre un peu de lumière.
07:39Vous voyez, moi j'aime bien cette idée de lumière.
07:41Tout à fait.
07:42Il y a quelque chose, c'est pour ça que c'est optimiste,
07:44il y a quelque chose qui est essayé, dans tout ça,
07:48de trouver un peu de lumière et d'accompagner les forces de vie
07:52alors que les agressions sexuelles, j'ose le dire, de l'ordre de la mort.
07:58Bien sûr.
07:58Comment réactiver ça et comment en faire quelque chose,
08:03comme l'a dit Bogite tout à l'heure ?
08:05En faire quelque chose.
08:06Je suis moi-même en charge d'en faire quelque chose,
08:10évidemment accompagné par quelqu'un,
08:12mais c'est moi qui m'en charge.
08:14Jean-Pierre Klein, pour trouver quelqu'un qui fait de l'art-thérapie
08:17et qui soit digne de ce nom,
08:20est-ce qu'il y a un site ?
08:21Est-ce qu'il y a quelqu'un ?
08:22Bon, depuis 1986, ce qui ne me rajeunit pas,
08:29je forme des arts-thérapeutes.
08:31Donc, il y a en effet une liste de gens.
08:35Mais quel est le site ?
08:37Le site, c'est Inécat, mais il n'y a pas de liste.
08:40On est tellement débordé qu'il n'y a pas de liste.
08:43Par contre, il y a des gens dont je peux dire que je suis garant,
08:48puisque c'est un certificat professionnel,
08:50je suis garant qu'on peut leur confier des gens.
08:53D'accord.
08:53Mais sauf qu'il n'y a pas de liste écrite.
08:56J'entends bien, mais donc on s'adresse à vous
08:57et on peut vous envoyer un mail ?
09:00Oui, tout à fait.
09:01Tout à fait.
09:01Inécat, IANOS, AAT,
09:04c'est l'Institut National d'Expressions, de Création, d'Art et Thérapie.
09:08Je peux m'ouvrir absolument à nos diplômés,
09:17qui sont des diplômés officiels.
09:19Après trois ans d'études,
09:20ce n'est pas, c'est même assez lourd,
09:24pour donner des indications.
09:27Eh bien Marie, je vous invite vraiment à faire quelque chose de lumineux
09:31de ce qui vous est horriblement arrivé.
09:34Merci en tout cas, merci beaucoup de ce témoignage.
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