00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Patrick Roger.
00:077h41, pour ou contre la réouverture des maisons closes.
00:12C'est une proposition qui fait beaucoup causer.
00:15Nous avons voulu en savoir en fait un peu plus ce matin.
00:17Et nous sommes avec une escort girl qui ne s'en cache pas.
00:21Mathilde, auteure d'un livre, 300 dollars, c'est le prix de ma liberté aux éditions Max Milo 2022
00:28et qui a accepté de témoigner ce matin sur Sud Radio, qui est avec nous.
00:32Bonjour Mathilde.
00:33Bonjour Patrick.
00:34Bon, je précise que c'est un prénom que vous avez choisi pour garder en fait l'anonymat.
00:41Vous avez pris la parole dans ce livre pour assumer haut et fort votre activité.
00:47Quand vous avez entendu parler de cette proposition sur la réouverture des maisons closes,
00:53quelle a été votre réaction ? Qu'est-ce que vous en pensez vous ?
00:57Écoutez, moi je trouve déjà que c'est très bien de pouvoir mettre un petit peu ce débat sur la table.
01:02Donc c'est toujours très intéressant de pouvoir donner la parole aux travailleurs du sexe
01:09et puis de voir un petit peu comment on peut faire évoluer effectivement cette loi contre la pénalisation des clients.
01:15Oui, c'est ça.
01:17Plus que l'ouverture des maisons closes d'ailleurs.
01:18Alors certains disent non mais c'est pas possible, c'est l'exploitation en fait des femmes,
01:23y compris dans des maisons closes.
01:25Qu'est-ce que vous dites ?
01:28Et à travers votre histoire personnelle, vous, est-ce que c'est un choix ou est-ce qu'il y a eu une exploitation, Mathilde ?
01:34Non, moi j'ai jamais vécu d'exploitation.
01:36Ça a été effectivement purement un choix.
01:38C'est ce que j'explique dans mon livre.
01:40Moi j'ai eu une vie complètement normale.
01:42J'ai une carrière professionnelle, j'ai fait des études, je n'ai jamais été violentée ni battue.
01:48Simplement à l'âge de 30 ans, j'ai décidé effectivement de passer aux rencontres tarifées
01:53parce que je trouvais que c'était bien plus plaisant finalement que les rencontres d'un soir
01:57comme on peut avoir dans la vie de toujours via les applications, etc.
02:02Et qu'au contraire, il n'y a pas du tout d'exploitation de mon côté.
02:06C'est plus une revendication même féministe d'avoir le droit de faire ce que l'on veut de son corps
02:12sans que ça pose de problème à personne.
02:14Mais est-ce que vous considérez ça comme un métier, Mathilde ?
02:18Mais absolument, et puis c'en est un d'ailleurs.
02:20Il ne faut pas oublier que la prostitution en France est complètement légale.
02:24Vous pouvez vendre un service, ce qui était illégal en France c'est de l'acheter.
02:27Donc oui, c'est absolument un métier, oui.
02:30Oui, c'est ça. Et donc vous, vous avez pu faire cohabiter ce métier d'escort girl
02:38à un autre métier puisque vous avez dirigé, même co-dirigé, une entreprise.
02:45Absolument, tout à fait, exactement.
02:48L'un n'empêche pas l'autre.
02:50C'est un milieu où on pense toujours que les femmes sont perdues
02:55alors qu'il y a de nombreuses, de milliers de femmes qui font ce choix-là
03:00pour explorer leur sexualité et une autre façon de rencontrer des hommes.
03:08Oui. Mathilde, est-ce que vous en parlez avec vos clients, avec des hommes,
03:13sur cette décision de rouvrir ou pas des maisons closes
03:16et puis sur ces relations tarifées ?
03:21Qu'est-ce qu'ils disent et qu'est-ce que vous leur dites, vous, à ces hommes ?
03:25Écoutez, ce qui est problématique en France aujourd'hui,
03:30c'est la loi sur le proxémétisme, c'est-à-dire que tout est considéré
03:35comme étant du proxémétisme.
03:37Les femmes ne peuvent pas s'associer, ne peuvent pas utiliser l'argent
03:41qu'elles gagnent par ce biais-là, ne serait-ce que pour employer
03:43une femme de ménage, par exemple.
03:46Et effectivement, les hommes, eux, souhaiteraient, pour la plupart,
03:50pouvoir avoir accès à ce service sans qu'il soit pénalisé.
03:57Oui. C'est ça.
03:59Est-ce que ce serait un retour en arrière que de rouvrir des maisons closes ?
04:04Non, ce serait plutôt un pas en avant, j'ai envie de dire,
04:08pour sécuriser les femmes.
04:11Après, la réouverture des maisons closes, comme je dis,
04:14ce n'est pas tellement ça le problème, parce qu'il faut que les filles
04:17ou les hommes qui se prostituent puissent exercer de manière comme ils le souhaitent.
04:22On peut être coiffeuse à domicile, on peut être coiffeuse dans un salon.
04:25Eh bien, c'est exactement la même chose pour la prostitution.
04:27Ce qu'il faut, c'est changer la loi et permettre aux femmes d'exercer en toute sécurité
04:33là où elles le souhaitent et permettre aux hommes de ne plus être répréhendés
04:38pour ce service qui existe depuis longtemps et qui existera toujours.
04:42Oui. Il vaut mieux, finalement, être franc, dire les choses,
04:50plutôt que d'être hypocrite et de se cacher pour exercer
04:54ou pour aller voir, en fait, des femmes. C'est ce que vous dites, finalement, Mathilde.
04:59Absolument, c'est ça. Et puis, c'est surtout, c'est la législation qui est hypocrite.
05:05Parce que, comme j'aime le rappeler, la prostitution en France est légale.
05:09Il y a un code NAF, un service des prostituées.
05:12N'importe qui peut ouvrir une entreprise aujourd'hui
05:14et mettre comme secteur d'activité, prostitution.
05:17Donc, en fait, c'est surtout la législation qui est hypocrite.
05:21Oui, c'est ça. Est-ce qu'il y a une différence entre escorte,
05:24girl et prostituée ?
05:27Bon, écoutez, ça, c'est libre à chacune et libre à chacun.
05:31Moi, je n'ai aucun problème. Le résultat, pour moi, est le même.
05:35Ce qu'il faut surtout savoir, c'est ce qu'il faut endiguer, j'ai envie de dire,
05:40c'est les réseaux, c'est celles qui sont contraintes à exercer cette activité.
05:46Oui. Est-ce que vous avez échangé avec d'autres travailleuses du sexe
05:50sur ces propositions et sur ces débats depuis quelques années ?
05:56Oui, absolument. Il y a un syndicat, le STRAS,
05:59qui est le syndicat des travailleurs et des travailleuses du sexe,
06:02qui, effectivement, se battent avec les politiques
06:06pour faire changer cette loi.
06:09Oui. Bon, ben, merci d'avoir témoigné.
06:12Mais vous travaillez encore, vous avez un autre travail encore ou pas ?
06:15Parce que je crois que vous aviez eu, en fait, à la sortie de votre livre,
06:17quelques problèmes avec votre employeur.
06:20Oui, absolument. À la sortie de mon livre, non, mais deux ans après,
06:23effectivement, cet été, j'ai été licenciée.
06:27J'étais assistante de direction et j'ai été licenciée
06:29parce que mon PDG a découvert l'existence de ce livre,
06:33alors que, voilà, je n'exerçais plus en tant que travailleuse du sexe.
06:39Mais l'image, aujourd'hui, voilà, est encore trop néfaste.
06:46Oui, trop néfaste.
06:47Je rappelle votre livre, 300 de l'heure,
06:51c'est le prix de ma liberté aux éditions Max Milot.
06:55Merci d'avoir témoigné, Mathilde d'Avril.
06:58Évidemment, c'est un pseudo.
07:00Merci d'avoir été avec nous ce matin en direct sur Sud Radio.
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