- il y a 8 mois
Budget 2026 : le regard et l'agacement d'un patron sur l'instabilité politique et ses conséquences sur le commerce. Jean-François Rial, le PDG du groupe Voyageurs du Monde, est l'invité d'RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 08 décembre 2025.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 08 décembre 2025.
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00:00RTL, il est 7h42.
00:01Thomas Soto, RTL Matin.
00:04Il est le PDG d'un groupe Voyageurs du Monde qui va bien.
00:06Il incarne, ont écrit les échos justement,
00:08la réussite à la française dans le tourisme.
00:09Mais aujourd'hui, il est surtout un patron inquiet.
00:12Jean-François Rial est l'invité d'RTL Matin.
00:13Bonjour et bienvenue sur RTL, Jean-François Rial.
00:15Bonjour.
00:16Le gouvernement semble plus fragile que jamais
00:17avec la mise au vote demain du budget de la CQ à l'Assemblée.
00:21Si ça passe pas, bien sûr que le Premier ministre devra démissionner.
00:24Disait par exemple hier le député Rassemblement National
00:26Jean-Philippe Tanguy au grand jury sur RTL.
00:28Vous, le chef d'entreprise,
00:30de quel oeil vous regardez tout ça ?
00:31Qu'est-ce que vous avez envie de dire aux députés, aux sénateurs aussi ?
00:35J'ai envie de dire ce que explique François Langlais
00:38depuis plusieurs semaines de façon très brillante.
00:40C'est-à-dire qu'on est dans une espèce de mauvaise série
00:48économico-politique catastrophique.
00:50C'est-à-dire qu'au-delà des péripéties des votes de budget
00:53de la Sécurité Sociale et du budget de l'État,
00:57on ne peut pas être dans un pays qui prélève,
01:01on va dire, pour faire simple, 50% de la richesse nationale
01:04et pour autant perd 150 à 200 milliards d'euros
01:08sans investir dans la technologie de l'avenir.
01:11C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a perdu la guerre du numérique,
01:15on a perdu la guerre probablement de l'IA et des semi-conducteurs.
01:21Il faudrait qu'on investisse dans la technologie de l'avenir.
01:23C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est dans un système où on perd 150 à 200 milliards d'euros par an
01:28pour financer les dépenses courantes,
01:30sans investir pour l'avenir et sans financer des nouveaux besoins
01:33comme la dépendance.
01:34Vous dites qu'on a tout faux, quoi ?
01:35On a tout faux, évidemment qu'on a tout faux.
01:37C'est-à-dire qu'on a une Union européenne,
01:40alors que je suis un Européen convaincu,
01:43qui ne fait que mettre en place des normes négatives pour ces industriels
01:47sans nous protéger de la compétition internationale
01:50qui ne respecte pas les mêmes règles que nous.
01:52Donc, on a tout faux.
01:53Oui, on a tout faux.
01:54Et aujourd'hui, on n'arrive plus à financer notre système de protection sociale
02:00et on ne fait que des choses qui vont faire qu'on va réduire
02:04notre capacité à produire des richesses
02:06et donc à financer ce système social.
02:09C'est-à-dire qu'en réalité, on va dans le mur.
02:10Il faut envoyer et valser tous ces budgets.
02:12Vous êtes un traumatisé de l'instabilité.
02:14Vous dites qu'il vaut mieux quand même un peu de stabilité avec un mauvais budget
02:17ou il faut envoyer valser ?
02:19Non, l'instabilité politique n'est pas bonne, on le sait tous.
02:22Mais aujourd'hui, elle n'est qu'un détail de ce qu'on est en train de vivre.
02:29Il faut qu'on arrive à trouver des gens
02:32et qu'ils arrivent à être élus
02:33et qu'ils fassent ces réformes structurelles
02:36que la France n'a pas faites depuis 30 ou 40 ans
02:38et que les autres pays ont faites, y compris en Europe.
02:41C'est-à-dire que malheureusement,
02:42on ne peut pas dépenser 58% de la richesse nationale.
02:46Ce n'est pas possible et ce n'est pas létal le sujet.
02:48Le sujet, c'est les dépenses sociales.
02:50Tout le monde le sait, de gauche comme de droite.
02:53Je ne connais pas un entrepreneur qui ne pense pas cela.
02:56Et aujourd'hui, ce n'est plus un sujet de gauche ou de droite,
02:58c'est un sujet de bon sens.
03:00Elle nous protège les dépenses sociales.
03:03Non, elle ne nous protège pas.
03:04Elle nous enfonce.
03:05Parce que ceux qui sont protégés par la dépense sociale,
03:07demain, ne pourront plus toucher
03:09ces revenus sociaux parce qu'on ne pourra plus les financer.
03:12La vérité, c'est celle-là.
03:13On ne pourra plus financer notre retraite.
03:15On ne pourra plus financer notre santé.
03:18Et on ira dans le mur.
03:19Parce qu'aujourd'hui, on ne peut pas avoir
03:21deux tiers de la dépense publique
03:24qui est sur la dépense sociale.
03:25Ça n'a pas de sens.
03:26Et tous les hommes, je dirais, un peu réfléchis
03:32dans le monde économique et aux politiques de gauche,
03:35le pensent.
03:36On a touché le fond dans ce pays
03:38quand on a eu un programme qui s'est appelé de gauche, le NFP.
03:44C'était un tissu d'ânerie inouï sur le point économique.
03:48Tout le monde le pensait.
03:49Y compris à gauche, parmi ce que j'appelle
03:51les courants modérés,
03:53rocardiens ou de gauche progressiste
03:55que je peux représenter ici.
03:57Jean-François Rial,
03:58une des solutions qu'on nous amène
04:00dans l'urgence face à la situation,
04:02c'est l'impôt.
04:03C'est plus d'impôt.
04:03Est-ce que vous êtes prêt à payer plus d'impôt ?
04:05Est-ce qu'il faut accepter de payer plus d'impôt aujourd'hui ?
04:07Alors, moi, je veux bien payer plus d'impôt
04:09à titre personnel,
04:10si on considère qu'il y a un trou dans la raquette
04:11sur les ultra-riches,
04:12même si je n'en fais pas partie.
04:14Mais il faut qu'il y ait moins d'impôt au global.
04:16Il faut qu'il y ait moins d'impôt au global.
04:20Parce qu'on ne peut pas créer de la richesse.
04:22Parce que, quel est le problème ?
04:24Le problème, c'est qu'il faut créer plus de richesse.
04:27Il faut créer plus de richesse.
04:28Et pour ça, il n'y a que les entrepreneurs
04:30qui peuvent le faire.
04:32Et si vous créez plus de richesse,
04:33vous pourrez avoir plus de redistribution.
04:37Mais là, vous êtes en train de faire en sorte
04:39de décompétitivité
04:43l'ensemble des entrepreneurs français
04:45et donc de créer une moindre richesse.
04:47Donc, si vous voulez...
04:48Il y a le problème économique,
04:49mais il faut aussi rabibocher la société.
04:50Il y a un appel à plus de justice fiscale.
04:52Vous l'entendez, ça ?
04:53Vous le partagez ?
04:54Mais la justice fiscale existe en France.
04:58Il peut y avoir un trou dans la raquette
05:00pour 0,0,1% des ultra-riches.
05:02Et encore, je n'en suis pas complètement sûr
05:04pour la totalité d'entre eux.
05:06On peut le régler.
05:07On peut le régler.
05:08Mais pas au prix d'augmenter.
05:10Vous savez, aujourd'hui,
05:11c'est les riches qui payent...
05:1390% des riches payent à peu près
05:1590% de l'impôt sur le revenu.
05:17Même si ce n'est pas le seul impôt, bien sûr.
05:19Mais on est dans un système
05:20extrêmement redistributif en France.
05:22Extrêmement redistributif.
05:23Donc les Français se trompent, en fait,
05:25quand ils disent qu'il n'y a pas de justice fiscale ?
05:26Bien sûr que les Français se trompent.
05:27Les Français se trompent
05:28parce que les hommes politiques français
05:30leur racontent ces bobards
05:31parce que c'est populaire,
05:32que c'est électoraliste.
05:34Mais la réalité, c'est qu'il faut
05:36qu'on fasse tout
05:37pour créer des richesses dans ce pays.
05:38Et on sait très bien
05:39que plus vous avez un niveau d'impôt élevé
05:42et il est déjà trop élevé en France,
05:44moins vous fabriquez de richesses.
05:45C'est un système qui s'auto-détruit.
05:48Vous disiez déjà ça
05:49quand vous étiez un patron de gauche, Jean-François Réa ?
05:50Bien sûr.
05:51Je suis toujours un patron de gauche.
05:52Mais aujourd'hui,
05:54opposer la gauche et la droite
05:56sur des sujets aussi basiques
05:58et aussi évidents,
05:59ça me paraît délirant.
06:00C'est un problème de bon sens.
06:02Ce n'est plus un problème de gauche ou de droite.
06:04Et d'ailleurs,
06:04tous mes amis,
06:05comme je vous le disais tout à l'heure,
06:06entrepreneurs de gauche
06:08pensent la même chose que moi.
06:09Tous.
06:10Parmi les propositions
06:11qu'on fleurit ces dernières semaines,
06:12celle d'un emprunt obligatoire
06:13à 0% d'intérêt pour les riches,
06:1620 000 contribuables à peu près.
06:17Ça vous irait, ça ou pas ?
06:18Bonne idée ?
06:19Je n'ai rien contre,
06:20je n'ai rien pour.
06:21C'est une rustine.
06:22Ça ne sert à rien.
06:23Le problème,
06:24ce n'est pas de financer notre déficit,
06:26c'est de baisser notre déficit
06:27pour pouvoir investir
06:28dans les industries d'avenir
06:29et financer notre protection sociale
06:31à long terme.
06:32Si on veut que les riches
06:33participent au financement
06:35de ce déficit
06:36avec une politique intelligente,
06:37pourquoi pas ?
06:38Mais le sujet n'est pas là.
06:39Cette fragilité politique,
06:40cette incertitude,
06:41est-ce que ça fragilise
06:41le business aujourd'hui ?
06:42Bien sûr.
06:43Dans quelle mesure ?
06:44Déjà, vous avez tous les entrepreneurs
06:46qui baissent leurs investissements.
06:49Il ne faut pas se raconter d'histoire.
06:50Vous, c'est un groupe qui va bien.
06:52Est-ce que vous êtes plus prudent
06:53au moment d'investir ?
06:54Bien entendu.
06:55Vous avez freiné,
06:56stoppé des investissements ?
06:57Nous, par exemple,
06:58on a une croissance naturelle,
07:00on va dire,
07:01de 5 à 7% par an.
07:03Eh bien, j'estime
07:05que l'année prochaine,
07:06on va plutôt être
07:07entre 0 et 3%.
07:08Je n'en sais rien,
07:09mais je l'estime.
07:11Et donc, qu'est-ce que je fais ?
07:12Eh bien, j'investis
07:13effectivement
07:14dans le développement
07:15de la proposition
07:17de voyageurs du monde
07:18qui est un service
07:19à valeur ajoutée très fort
07:20sur le voyageur-mesure
07:21à l'étranger.
07:22Donc, en Italie,
07:23en Allemagne,
07:24en Suisse alémanique,
07:25aux Etats-Unis.
07:26Mais sur mes pays traditionnels,
07:28je freine mes recrutements.
07:30C'est évident.
07:31C'est-à-dire que je crois
07:33que j'ai une masse salariale
07:34pour l'année prochaine
07:35qui est dans un frottement
07:37d'une croissance
07:38de l'ordre de 1 à 2%.
07:40C'est à peine l'augmentation
07:42que je vais faire.
07:43Ça veut dire que je réduis
07:44très légèrement
07:45mes effectifs sur la France.
07:46Donc, ça veut tout dire.
07:47Pour une boîte qui va bien.
07:48Pour une boîte qui va bien, bien sûr.
07:50Et l'incertitude internationale,
07:51Trump, l'Ukraine,
07:52est-ce que vous avez le sentiment
07:53que le bruit des bottes
07:54rend les clients frileux ?
07:55Sachant que vous,
07:56c'est plutôt une clientèle haut de gamme.
07:57Alors, c'est une clientèle haut de gamme
07:59pour une partie de ma clientèle.
08:01Mais on a une clientèle
08:01un peu plus large que ça
08:03globalement sur le groupe.
08:04Mais ce n'est pas le sujet.
08:05Oui, bien entendu que ça freine.
08:06Je dirais que ça freine
08:09et ça accélère.
08:12C'est paradoxal.
08:13Parce que les gens se disent
08:15dans cette inquiétude économique
08:17et géopolitique,
08:18il faut que j'en profite.
08:19Donc, je claque.
08:20Mais par contre,
08:22vous avez des délais de réservation
08:23des voyages qui se sont raccourcis.
08:25C'est-à-dire que vous réserviez
08:26des voyages
08:26neuf mois à l'avance,
08:28on va dire, en moyenne.
08:29Maintenant, c'est plutôt
08:29quatre mois à l'avance.
08:30C'est ce genre de choses.
08:32Mais évidemment que la conjoncture
08:33internationale
08:34basée sur
08:35les bruits de bottes,
08:37les régimes populistes
08:38et autoritaires,
08:40que ce soit les Chinois,
08:41les Américains
08:42ou Poutine,
08:42ce n'est pas de nature.
08:44Alors, les États-Unis,
08:45c'est un désastre absolu.
08:46Ah bon ?
08:46C'était la plus grande destination
08:48de notre entreprise.
08:49c'est en baisse de 40%.
08:51Pourquoi ?
08:52Il y a deux raisons.
08:53Il y a deux raisons.
08:54La première, c'est Trump.
08:55Un vrai défi,
08:56enfin, une défiance anti-Trump.
08:58Et la deuxième,
08:59c'est ce qu'on évoquait
09:00tout à l'heure,
09:01c'est,
09:02en fait,
09:02on est en train
09:03de se déclasser.
09:04Parce que c'est trop cher.
09:05C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
09:06les États-Unis,
09:07pour un Français
09:07ou pour un Européen,
09:09c'est extrêmement cher.
09:10Parce que la parité
09:11de pouvoir d'achat
09:12qui était la même
09:13il y a 30 ans,
09:13aujourd'hui,
09:14elle est de 1 à 1,5.
09:15Donc, en fait,
09:19venu aux années 60-70,
09:20quand le patron
09:21était l'ennemi,
09:22pourquoi une telle incompréhension
09:24entre les uns et les autres ?
09:26Comment vous l'expliquez, ça ?
09:28Moi, je ne crois pas
09:28du tout
09:29qu'on soit dans la même situation.
09:31Les entrepreneurs,
09:32aujourd'hui,
09:32les entreprises,
09:33elles sont très proches
09:33de leurs collaborateurs.
09:34Elles mettent en place
09:35des systèmes d'intéressement,
09:36de participation.
09:38Nos salariés,
09:39ils comprennent très bien
09:39ce qu'on raconte.
09:40Non, moi, je crois
09:41qu'on est dans un système
09:42où,
09:45pour des raisons
09:47qu'on peut expliquer
09:48plus ou moins,
09:49qui sont peut-être liés
09:50à la communication,
09:51aux réseaux sociaux,
09:52on est dans l'ultra-simplification.
09:55On adore simplifier.
09:56On adore opposer
09:57les riches et les pauvres.
09:59Par exemple,
10:00on stigmatise les musulmans
10:01plutôt que de stigmatiser
10:03les antirépublicains.
10:04C'est-à-dire que
10:04tous ces débats
10:05qui font le buzz
10:06et qui sont caricaturaux
10:07sont accentués.
10:09Merci beaucoup,
10:10Jean-François Rial,
10:10PDG du groupe
10:11Voyageurs du Monde,
10:12d'être venu.
10:12Merci.
10:13Merci.
10:14Merci.
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