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  • il y a 10 mois
Le verre représente 3 % des émissions carbone de l’industrie en France. Pour Jacques Bordat, président de la Fédération des Industries du verre, un des leviers pour décarboner le secteur est d’inverser son mix énergétique. Magali Filhue, déléguée générale du syndicat Les Brasseurs de France, explique comment le secteur de la brasserie agit pour améliorer le recyclage des bouteilles.

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Transcription
00:00C'est le débat de ce Smart Impact, on parle des industries du verre avec Jacques Borda, bonjour.
00:12Bonjour.
00:12Vous êtes le président de la Fédération des industries du verre et Magali Filu, bonjour.
00:16Bonjour.
00:16Déléguée générale de Brasseurs de France.
00:18Allez, quelques mots de présentation rapide.
00:20La Fédération des industries du verre pour commencer, vous représentez le secteur, c'est combien d'entreprises, d'emplois ?
00:26C'est 24 entreprises, 17 000 salariés, plus de 40 usines en France et on couvre différents secteurs.
00:32L'emballage alimentaire, parfum cosmétique et pharmacie, le vitrage, le verre plat dans le bâtiment et dans l'automobile, les arts de la table, la laine de verre, la fibre de verre et les verres spéciaux.
00:44Et donc on l'a vu, 40 sites industriels, près de 18 000 salariés.
00:49Brasseurs de France, il y en a combien de brasseurs en France aujourd'hui ?
00:52Parce que je vous aurais posé la question il y a 10 ans, ça aurait été plus simple, ils étaient moins nombreux.
00:58Alors aujourd'hui, le secteur brassicole, c'est environ 2500 entreprises réparties sur l'ensemble du territoire français.
01:04Alors on le dit couramment qu'il y a toujours une brasserie à moins de 30 km de chez soi.
01:08Donc ça se vérifie la plupart du temps.
01:10Donc effectivement, ça a été un moment de création de brasseries à partir des années 2000-2010.
01:14C'est ça.
01:15Puisque dans les années 80, il n'y avait plus qu'une trentaine de brasseries en France.
01:18Mais même si on est le premier pays en nombre de brasseries, on est le dernier pays européen en termes de consommation de bière.
01:24C'est vrai ça.
01:25Donc il y a encore de la marge.
01:26Alors que je lisais que les jeunes boivent de plus en plus de bière et de moins en moins de vin.
01:29En fait non.
01:30D'une manière générale, toutes les filières de boissons alcoolisées, on a une perte de consommation depuis maintenant 10-15 ans.
01:36Donc effectivement, la bière, comme les autres filières de boissons alcoolisées, on a une diminution de la consommation de boissons.
01:41Alors, on a la chance dans la bière d'avoir la bière sans alcool qui est par contre un segment qui se développe.
01:46Bon, très bien.
01:47Et à chaque fois qu'on parle d'alcool, je donne évidemment le message officiel.
01:51L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.
01:53On va parler de décarbonation.
01:55À quel point pour l'industrie du verre, c'est un enjeu important ?
01:59Il faut peut-être rappeler à quel point le verre mobilise de l'énergie pour être fabriqué déjà.
02:05Oui, le verre demande de l'énergie pour être fondue au niveau des matières premières.
02:09À très haute température.
02:09On chauffe à entre 1300 et 1500 degrés, principalement avec du gaz naturel et de l'électricité.
02:15Et donc, on émet du CO2.
02:16On émet au niveau français 0,6% des émissions totales.
02:20Et on émet, par rapport à l'industrie, qui représente 20% des émissions, 3% des émissions.
02:28Globalement, l'industrie a déjà fait un gros travail sur la décarbonation,
02:32plus que d'autres secteurs émetteurs, comme les transports ou le bâtiment,
02:35où là, il y a vraiment un chantier majeur.
02:36Mais c'est pour nous, aujourd'hui, très clairement, la priorité d'action de décarboner nos...
02:41Avec quels leviers ?
02:42Alors, les leviers, on les a identifiés.
02:44Ils sont clairement identifiés.
02:46Ils sont nombreux.
02:47Le premier levier, c'est effectivement de changer le mix énergétique.
02:51Aujourd'hui, 80% de notre énergie est fournie par le gaz et 20% par l'électricité.
02:56L'idée, pour faire très simple, c'est d'inverser quasiment le mix énergétique,
03:01donc de passer avec des fours qu'on va appeler hybrides, vers 80% d'électricité et 20% de gaz.
03:07Et on a l'avantage, en France, d'avoir une électricité qui est très fortement décarbonée,
03:11parce qu'on a le nucléaire, les énergies renouvelables, etc.
03:15Donc, on a un vrai atout à faire valoir au niveau de la décarbonation.
03:18C'est un enjeu pour la filière des brasseries ?
03:21Quelle quantité de verre vous...
03:23Évidemment, il y a aussi des canettes, mais quelle quantité de verre vous utilisez ?
03:27C'est vrai que c'est un enjeu extrêmement important,
03:29puisque notre objectif, effectivement, c'est de décarboner l'ensemble de la chaîne de valeur.
03:33Aujourd'hui, l'emballage, d'une manière générale, représente à peu près 40%
03:36sur nos émissions carbone dans la filière brassicole.
03:39Donc, c'est un enjeu très, très fort sur lequel on travaille beaucoup, justement,
03:42avec les fournisseurs, c'est-à-dire les verriers.
03:45C'est un enjeu absolument primordial pour nous.
03:49Effectivement.
03:49Avec, donc, si j'ai bien compris, des fours qu'il va falloir changer.
03:53Donc, comment vous accompagnez ?
03:56C'est des investissements sans doute assez lourds.
03:58C'est des investissements colossaux.
04:00Je rappellerai juste qu'un four, la durée de vie d'un four verrier, c'est de l'ordre de 15 ans.
04:04Et donc, on ne peut faire ces changements de mix énergétique
04:07uniquement à la reconstruction des fours.
04:09Donc, c'est une fois tous les 15 ans.
04:11Donc, on a une fenêtre de tir qui est très précise.
04:13Si on la rate, on repart pour 15 ans.
04:15Et donc, aujourd'hui, on est en train de s'engager dans cette voie de décarbonation
04:19en reconstruisant nos fours sur un mode de fours hybrides qui seront très fortement électrifiés.
04:24Donc, c'est vraiment un axe majeur.
04:25Et on a un four électrique qui s'est construit chez Veralia en 2024, 100% électrique, celui-là.
04:32Et on a, sur le début de l'année 2026, deux fours hybrides,
04:35l'un chez Veralia et l'autre chez l'autre grand verrier qui est Ouaï,
04:39qui seront des fours hybrides qui vont démarrer concrètement sur début 2026.
04:43Disons qu'on est vraiment dans une feuille de route qu'on a faite avec les pouvoirs publics,
04:48avec le ministère de l'Industrie, avec l'ADEME.
04:50Et cette feuille de route, elle est vraiment en train d'être déclinée et mise en œuvre.
04:54C'est une feuille de route complexe.
04:55Vous l'avez dit, il y a des investissements majeurs à soutenir.
04:58Et puis, il faut aussi avoir une énergie électrique,
05:01compétitive, disponible et qui arrive dans l'usine.
05:05Et on pourra en reparler après sur les questions de raccordement
05:07qui, quelquefois, représentent un éclinage.
05:10À quel point vous, brasseurs, mettez la pression aux industriels du verre
05:14pour vous fournir des bouteilles un peu plus décarbonées ?
05:20Je crois que d'abord, ce n'est pas une pression,
05:23même si sans parler du jeu de mots de la bière,
05:25mais en tout cas, c'est vraiment un travail en commun.
05:28Le travail, je dirais, il a commencé déjà avant,
05:30c'est-à-dire avec toute l'éco-conception,
05:32c'est-à-dire d'avoir des bouteilles les plus légères possibles.
05:35C'est-à-dire que là, on a déjà eu un effet très, très fort
05:39en termes de bilan carbone,
05:40et c'est un travail qui a commencé depuis plus d'une dizaine d'années.
05:43Effectivement, les nouvelles technologies,
05:45la recherche et le développement ont permis d'alléger
05:47de manière très importante les bouteilles.
05:49Et puis après, le deuxième sujet,
05:51qui est un sujet important et qui a été mis en oeuvre
05:53depuis 20, 30 ou même 40 ans,
05:56c'est-à-dire de préserver les ressources naturelles,
05:58c'est-à-dire de recycler,
05:59c'est-à-dire d'avoir une incorporation
06:01de matières recyclées importantes dans les bouteilles.
06:04Et ça, le premier geste, c'est le geste consommateur.
06:06C'est-à-dire de mettre ses bouteilles en verre
06:08dans les points d'apport volontaire
06:09ou dans sa poubelle verte, d'une manière générale,
06:11pour qu'elles puissent être recyclées.
06:12Avec ce chiffre, le taux de recyclage du verre,
06:15il est quasiment 78%.
06:18C'est le chiffre 2023.
06:19Peut-être qu'il s'est amélioré.
06:20Je ne sais pas si vous avez des données plus récentes.
06:23On est à 84% de taux de recyclage.
06:25Et ça continue.
06:26Alors, c'est déjà très élevé.
06:27Et ça continue à progresser année après année.
06:30On a commencé à recycler le verre en 74, il y a 50 ans,
06:33après le premier choc pétrolier.
06:35Donc, l'idée était simple.
06:36La France n'avait pas de pétrole, mais on avait des idées.
06:38Donc, l'idée avait été pionnière, c'était de développer le recyclage.
06:41Et comme le dit Magali, on voit effectivement aujourd'hui
06:43que le geste de tri par le consommateur est très ancré, très présent.
06:48Et on continue à progresser.
06:49On a encore des progrès à faire dans les grandes villes,
06:52en habitat vertical.
06:54C'est là où les performances sont moins bonnes.
06:56Mais on a sur la collecte de verre un engagement très fort,
06:58à la fois des metteurs en marché, des embouteilleurs,
07:01et aussi des collectivités territoriales.
07:04Les communes de France sont très engagées pour faire progresser la collecte verre,
07:08donner des moyens de collègue qui soient faciles d'accès, agréables, etc.
07:13Et on est à quel pourcentage de verre recyclé dans les bouteilles de bière aujourd'hui ?
07:19Je ne sais pas si... Ce n'est pas une colle, mais...
07:21Non, aujourd'hui, on est autour de 85%, 90%.
07:24Ça va dépendre du type de verre.
07:25Là, je ne parle pas uniquement pour la filière brassicole,
07:27mais en filière brassicole, on est dans ces chiffres-là.
07:30Donc aujourd'hui, effectivement, utiliser du calecin,
07:32c'est-à-dire des brides verres,
07:33aujourd'hui, ce calecin permet d'économiser à la fois de l'énergie
07:37et à la fois, évidemment, des ressources naturelles.
07:40Donc pour nous, c'est un enjeu important.
07:42Et puis après, le deuxième enjeu important
07:44et sur lequel on a un vrai travail avec les verriers,
07:46c'est aussi le développement du réemploi.
07:47Oui, alors justement, sur la consigne,
07:49on a reçu ici même, il y a quelques semaines,
07:53la filière des vins de Loire,
07:55qui fait un gros travail sur le réemploi et la consigne.
07:59Est-ce que...
08:00Parce qu'on réinvente quelque chose qui existait,
08:04qu'on faisait naturellement dans notre pays,
08:06qu'on a abandonné, que d'autres pays d'Europe ont moins abandonné ?
08:08D'ailleurs, on en est où ?
08:10Sur la consigne des bouteilles de bière.
08:12Alors aujourd'hui, c'est vrai que la filière brassicole,
08:14c'est la première filière, je dirais,
08:15très investie dans le réemploi.
08:16D'abord, historiquement,
08:17même si ça ne concerne pas la filière verte,
08:19mais qui était les fûts.
08:20Aujourd'hui, c'est pratiquement 80% de la bière
08:23en café, hôtel, restaurant,
08:24qui est transportée par les fûts,
08:26qui sont avant tout, évidemment,
08:27c'est 17 millions de fûts en France,
08:29une durée de vie autour de 15 ans.
08:31Donc effectivement, le fût,
08:32c'est le premier emballage réemployable
08:35qui est depuis des années dans la firme brassicole.
08:37Après, est-ce qu'il faut adapter les bouteilles ?
08:39Parce que là, je regarde mon parallèle avec le vin,
08:41où il faut, alors c'était intéressant,
08:43parce qu'il fallait à la fois recréer des bouteilles
08:46un peu plus lourdes pour qu'elles ne cassent pas,
08:48et puis aussi des cols pour que les étiquettes
08:52se décollent facilement, etc.
08:53C'est ça, il faut effectivement une bouteille
08:55un petit peu plus lourde pour être un petit peu plus résistante,
08:57pour faire un nombre de rotations plus important.
09:00Et ce qui est visé, avec un système efficace,
09:02c'est une vingtaine, 20 à 25 rotations,
09:04pour que la bouteille soit...
09:05C'est pas antinomique ?
09:06C'est-à-dire qu'on peut mener les deux ?
09:08C'est-à-dire qu'on a à la fois allégé les bouteilles
09:10pour consommer moins de verre ?
09:11C'est complètement complémentaire.
09:13Ça existe depuis...
09:14Enfin, le réemploi a continué à exister depuis toujours.
09:17En CHR, dans les cafés, au restaurant,
09:18il est toujours très présent.
09:19Quand vous prenez de l'eau minérale
09:21ou une boisson rafraîchissante, etc.,
09:23ce sont des bouteilles réemployables.
09:25La vraie question qui est posée,
09:26c'est effectivement le redéploiement de la consigne
09:28au niveau des grandes surfaces, supermarchés, hypermarchés,
09:31où là, effectivement, le réemploi a disparu,
09:34sauf exception en Alsace, dans les années 90.
09:37Donc ce sont des filières de réemploi
09:39qu'il faut remettre en place, c'est ça ?
09:41Exactement.
09:42Donc aujourd'hui, il y a une expérimentation
09:44qui est sur quatre régions,
09:45avec l'aide de notre éco-organisme Citeo.
09:49Donc aujourd'hui, on commence à redévelopper le réemploi
09:52avec, je dirais, une attention sur à la fois
09:54les conditions environnementales, économiques,
09:56mais surtout comment inciter le consommateur,
09:59parce que c'est un geste qu'il a parfois oublié,
10:01le réemploi.
10:02Donc c'est vraiment ce challenge.
10:04Et ce challenge, on essaye de le rendre,
10:07je dirais, tous ensemble et tous les acteurs
10:09de la filière, d'essayer de l'atteindre.
10:11Mais c'est vrai qu'aujourd'hui,
10:13c'est un bouleversement, en fait, des filières.
10:16Économiquement, c'est des investissements importants
10:18pour l'ensemble des parties.
10:19Et je crois que c'est ça, notre futur challenge
10:22pour les années à venir,
10:23c'est le développement du réemploi.
10:25Je voudrais revenir à la question des fours,
10:29de ce renouvellement dont vous nous parliez,
10:33durée de vie 15 ans,
10:34une fenêtre d'opportunité à ne pas louper.
10:38Ça suppose une nouvelle science ?
10:40Les nouveaux fours, on continue d'innover
10:43ou alors ça y est, c'est une technologie qui est maîtrisée ?
10:46Les nouveaux fours, c'est vraiment une nouvelle conception de fours.
10:48On change radicalement, puisqu'on change radicalement les énergies.
10:51On va être très électrique et beaucoup moins gaz.
10:54Donc, c'est vraiment une conception nouvelle.
10:56Les premiers fours ont été installés en 2023 en Allemagne.
10:59Le tout premier four, donc c'est très récent.
11:01On aura forcément une courbe d'apprentissage
11:03qui va se mettre en œuvre.
11:05Et donc, ça demande de piloter ce four
11:08avec des nouvelles méthodes.
11:10Il y aura un effet d'apprentissage,
11:11une courbe d'apprentissage classique.
11:13Et ça demande surtout des investissements extrêmement lourds.
11:15Et ça demande aussi, l'électricité est une énergie plus coûteuse que le gaz.
11:19On a un rapport quasiment de 2 à 3 en termes de coûts.
11:22Donc, c'est une énergie plus onéreuse.
11:24Et donc, il faut qu'on regarde comment est-ce qu'on peut faire accepter
11:28ces surcoûts au marché pour décarboner.
11:31Et j'évoquais aussi un point qui était la question du raccordement de nos usines.
11:34Oui, terminons là-dessus.
11:35On a des usines un peu partout sur le territoire,
11:38très souvent proches des régions de production des vins.
11:40Et donc, quelquefois, éloignées des grands centres
11:42et des lignes à haute tension, pour faire simple.
11:45Et aujourd'hui, pour raccorder une usine avec la haute tension
11:48pour avoir la puissance et les critères nécessaires,
11:50on est sur des coûts de raccordement d'environ 1 million d'euros du kilomètre.
11:54Et on a certaines usines qui sont à plus de 10 kilomètres,
11:57voire à 20 kilomètres.
11:58Vous rajoutez à l'investissement de votre four
12:00un investissement uniquement pour raccorder,
12:03pour amener l'énergie, de pratiquement 20 millions d'euros.
12:05Donc là, il y a des vraies questions qu'on est en train de regarder
12:07avec les pouvoirs publics pour voir comment les choses peuvent se mettre en place
12:10pour que notre stratégie de décarbonation ne soit pas freinée
12:14par ce type d'enjeux qui sont extrêmement prégnants.
12:18Oui, parce que si on rajoute les investissements pour changer de four
12:20avec le raccordement, ça fait beaucoup.
12:22Ça fait beaucoup et peut-être que ça s'arrête.
12:24Et ce qu'on souhaite, c'est pouvoir continuer à produire localement,
12:28proche de nos clients, parce que c'est une dimension très importante
12:30si on travaille sur l'impact carbone de nos emballages.
12:34Il faut qu'on soit effectivement le plus à proximité de nos clients.
12:37Merci beaucoup à tous les deux et à bientôt sur BeSmart4Change.
12:41On passe au grand entretien de ce Smart Impact.
12:44C'est la rubrique Prêt pour l'impact.
12:45Sous-titrage Société Radio-Canada

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