- il y a 9 heures
C'est une émission d'Au bonheur des livres toute en musique que nous propose cette semaine Claire Chazal, en accueillant Agnès Desarthe et Elsa Fottorino. Ces deux romancières formidables sont en effet également mélomanes, et cette passion se retrouve avec bonheur dans leurs nouveaux livres.Elsa Fottorino, par ailleurs journaliste spécialisée et elle-même musicienne avertie, raconte ainsi dans Passion brève (Ed. Mercure de France) la relation intense, mais complexe, entre un vénérable pianiste virtuose et sa cadette de quarante ans... ou comment l'amour se joue parfois des conventions, quand l'art réunit les êtres.Agnès Desarthe, quant à elle, compose avec son livre au titre évocateur, L'Oreille absolue (Ed. de L'Olivier), une magnifique œuvre orchestrale, au sens strict, où elle réalise en musique ce rêve un peu fou que nous avons tous : suspendre la mort…Deux univers, une même passion musicale : trois raisons de s'intéresser à une conversation qui s'annonce passionnante entre Claire Chazal et ses invitées ! Année de Production :
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Musique
00:01Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:21Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro de Bonheur des livres.
00:24C'est notre émission hebdomadaire et chaque semaine, vous le savez,
00:27nous essayons tout simplement de vous donner envie de lire
00:30et de découvrir ou de mieux connaître les auteurs.
00:32Alors avec nous aujourd'hui, deux romancières qui ont en commun,
00:36pour ces deux livres, un amour pour la musique
00:38et qui écrivent deux livres, j'allais dire,
00:41mais ça on va en reparler, à mon sens plutôt apaisés,
00:45au-delà bien sûr des aléas et des passions et des récits intérieurs.
00:51La musique, la beauté de la musique, c'est pour elle,
00:54on va le comprendre, le ciment des êtres,
00:57et un élément très fort qui va souder les hommes et les femmes.
01:01D'abord Agnès de Sarthe qui publie L'Oreille absolue aux éditions de l'Olivier.
01:06Merci beaucoup Agnès de Sarthe de venir nous voir, ça nous fait très plaisir.
01:10Et Elsa Fautorino qui nous propose Passion brève au Mercure de France.
01:14Deux livres donc, vous l'avez bien compris,
01:16enfin on va mieux le comprendre au cours de notre conversation,
01:18reliés par la musique.
01:19Elsa Fautorino dans Passion brève, c'est votre cinquième roman,
01:22où vous faites le récit d'un amour absolu,
01:24j'allais dire au-delà de toutes les conventions,
01:27un amour d'une jeune fille de 20 ans,
01:29elle est étudiante pour un pianiste célèbre,
01:30qui est donc forcément plus âgé,
01:32qui a même plusieurs décennies de plus qu'elle,
01:35et qui s'interroge bien sûr, non seulement sur sa fin de carrière,
01:37mais aussi sur l'avenir de cette relation amoureuse,
01:39qui lui apparaît peut-être dangereuse,
01:42ou en tout cas déséquilibrée,
01:43ou peut-être promise à un avenir trop bref,
01:45compte tenu donc, et de la pression sociale,
01:48et de cette différence d'âge.
01:51Agnès de Sarthe, je précise que vous êtes normalienne,
01:54vous avez écrit de nombreux livres pour la jeunesse,
01:57une dizaine de romans pour adultes,
01:59vous avez reçu le prix Renaudot des lycéens en 2010
02:02pour Dans la nuit brune,
02:04et puis le prix aussi, le prix littéraire du monde en 2015
02:08pour Le cœur changeant,
02:09vous êtes agrégée d'anglais,
02:10vous avez fait d'ailleurs de nombreuses traductions.
02:12Avec l'oreille absolue,
02:14nous allons faire la connaissance de plusieurs personnages,
02:17d'une petite commune du bord de mer,
02:19nous sommes en Normandie,
02:21je ne sais pas si on peut dire la Normandie d'ailleurs,
02:23on peut dire la Normandie,
02:24et qui ont en commun tous ces personnages
02:26de faire partie d'une philharmonie locale,
02:29d'une harmonie municipale plutôt.
02:31D'abord, dites-nous pourquoi la musique est si présente dans ce livre,
02:34ce n'est pas la première fois,
02:36puisque par exemple, vous aviez écrit,
02:37notamment sur une biographie très intéressante d'ailleurs,
02:40de René Autréguer, le jazzman,
02:42ou comment, j'ai changé ma vie,
02:44il y avait aussi de la musique,
02:45est-ce que c'est présent chez vous ?
02:47C'est très présent, c'est vrai,
02:49et c'est présent dans ma vie depuis l'enfance,
02:52par la pratique,
02:53c'est très présent dans ma famille,
02:55il y a beaucoup de musiciens chez nous,
02:57et puis c'est une discipline sœur de l'écriture,
03:01ce que fait la musique,
03:03l'écriture ne peut pas le faire,
03:04ce que fait l'écriture,
03:05la musique parfois échoue à le faire,
03:06ou tente de le faire,
03:08donc c'est assez intéressant de faire dialoguer les deux.
03:11Ça veut dire, on peut dire que vous pratiquez toujours aujourd'hui,
03:13que vous avez fait du piano par exemple ?
03:15J'ai fait du piano,
03:16mais je fais surtout de la flûte traversière.
03:17Ah, de la flûte traversière, d'accord,
03:19est-ce que vous aviez commencé à apprendre jeune ?
03:22Oui, oui, oui, enfant,
03:23et après ça ne s'est jamais arrêté,
03:25après j'ai enseigné à mes enfants,
03:26et voilà quoi,
03:29la musique n'a jamais quitté ma vie.
03:32On peut dire que c'est la même chose pour vous,
03:33Elsa Fautorino ?
03:35Oui, oui, oui.
03:35Vous me mettez au piano,
03:36même si en amateur, j'entends ?
03:37Oui, complètement, oui.
03:39Mais ça fait partie de votre vie depuis toujours ?
03:42Oui, depuis toujours, oui,
03:44je suis complètement imprégnée de musique,
03:46et je trouve que c'est une chance extraordinaire
03:49d'avoir pu avoir cet accès-là dès l'enfance,
03:51parce qu'il y a quelque chose qui se forge
03:54de façon définitive,
03:55une sensibilité,
03:56et puis c'est vrai que la musique,
03:58c'est un énorme secours dans toutes les étapes de la vie.
04:00Bien sûr, et peut-être ça peut précéder l'écriture,
04:03ou pas précéder l'écriture,
04:04ça a peut-être été conjoint pour vous, Agnès de Sartre,
04:06se mettre à écrire et se mettre à la musique ?
04:08C'était plutôt une sorte de bifurcation,
04:13qu'est-ce qu'on choisit,
04:15et peut-être choisir les deux,
04:17puisque en écrivant sur la musique,
04:20la musique est dans l'écriture.
04:21Oui, c'est vrai.
04:24Et vous êtes devenu ô combien un écrivain important.
04:27Dans ce roman,
04:32l'oreille absolue,
04:33qui est chorale, je le disais, polyphonique,
04:35on va reparler bien sûr de la forme,
04:38vous nous proposez quatre histoires parallèles,
04:41et d'abord,
04:42on va bien sûr un peu détailler ces personnages,
04:44mais nous rencontrons le maire d'une petite commune,
04:46qui est une commune que vous connaissez bien,
04:48j'imagine, qui est un petit peu votre pays,
04:50ou en tout cas quelque chose de familier.
04:52C'est ça, oui, tout à fait.
04:53Alors ce maire, il va organiser un concert de Noël
04:56avec cette philharmonie locale,
04:58je ne sais pas si on peut dire ça comme ça,
05:00une sorte de fanfare,
05:01enfin, un ensemble de musiciens,
05:04et alors lui, il est en proie
05:04à toutes les difficultés administratives possibles.
05:07C'est des choses que vous avez observées,
05:08ça, j'imagine,
05:09cette espèce de chose kafkaïenne.
05:12Le pêle-mêle,
05:14c'est l'avantage des inconvénients
05:17des petites communes,
05:17c'est que tout est en même temps,
05:21doit être géré avec la même urgence,
05:24le chauffage de l'école,
05:26le concert de Noël,
05:28et là...
05:29La place dans un cimetière.
05:30Et là, le problème, c'est que le cimetière est plein.
05:32Donc, plus personne ne doit mourir.
05:34Voilà.
05:34Voilà.
05:35C'est sans doute quelque chose
05:36que vous avez entendu, forcément, un jour.
05:38Oui, mais j'ai été étonnée quand même.
05:41Oui.
05:41Mais pourtant, en fait, c'est très banal.
05:43Ça arrive tout le temps.
05:44Alors là, il va falloir que personne ne meure,
05:47et on va comprendre que cette période
05:49va devenir une petite parenthèse de Noël.
05:52On va faire connaissance aussi avec l'immense Raoul,
05:55qui, lui, alors il veut en finir avec la vie,
05:59et puis c'est un petit garçon qui va...
06:01Matisse, qui va...
06:03Alors lui, qui est assez turbulent,
06:05un peu orphelin de père, d'ailleurs,
06:07et il va le pousser à renoncer, finalement,
06:11au dernier moment, à ce geste.
06:12Sans faire exprès, d'ailleurs.
06:13Ils ont juste décidé, tous les deux,
06:15de disparaître l'un pour faire une blague
06:17et l'autre pour de vrai,
06:18et ils ont choisi le même endroit pour cela,
06:21une grange abandonnée.
06:23Et l'irruption de ce petit garçon
06:24va interrompre Raoul dans son geste,
06:27parce qu'il faut dire que Raoul,
06:28à part être au bout du rouleau,
06:30c'est aussi un joueur de phonium tout à fait...
06:34Remarquable.
06:35Remarquable.
06:35Et que...
06:36Voilà.
06:38Qui joue dans l'Orchestre d'harmonie du village.
06:40Et il se trouve que le petit garçon,
06:42qui, lui, n'est pas musicien,
06:44ou pas encore,
06:45il n'a pas reçu d'éducation musicale,
06:46mais il a l'oreille absolue,
06:47il ne sait pas ce que c'est.
06:48Mais en tout cas, il reconnaît que ce monsieur-là,
06:51c'est le monsieur qui joue vraiment bien dans l'orchestre.
06:53Il le sait, lui, profondément.
06:55Et il le lui dit,
06:56et c'est comme s'il le rattrapait par les cheveux,
06:59mais vraiment sans...
07:00Lui, il trouve ça super, l'idée du suicide, le petit garçon.
07:02Il trouve que c'est vraiment très courageux.
07:05Puis il lui dit,
07:05« Bon, mon père, il s'est tiré une balle,
07:06je trouve ça vraiment... »
07:07Et ma mère l'aime beaucoup plus depuis, il remarque.
07:10Donc, il ne fait pas exprès...
07:11C'est quand même toujours l'auteur de l'œuvre pour la jeunesse.
07:14Il ne fait pas exprès de le sauver,
07:15mais c'est peut-être plus la musique qui le sauve, finalement.
07:19Il va le sauver.
07:20Il y a aussi deux anciens amants qui se retrouvent,
07:22enfin, ils sont engagés l'un et l'autre,
07:24ils sont dans des familles,
07:25enfin, mariés, ou pas d'ailleurs,
07:27mais ils vont se retrouver
07:27et peut-être découvrir que l'amour existe encore,
07:33c'est ça ?
07:33C'est aussi la question de comment on se croise
07:43dans un village ou dans une harmonie municipale.
07:46C'est encore plus petit,
07:47c'est de microcosme en microcosme plus petit.
07:50Comment on se croise quand on a eu des amours,
07:54des aventures, des ruptures ?
07:56Est-ce qu'on se retrouve ?
07:57Est-ce qu'on fait comme si on ne se connaissait pas ?
07:59C'est cette espèce de chorégraphie.
08:01Alors là, pour ces deux-là,
08:02autant les deux premiers se rencontrent,
08:04autant le couple d'amants essaye plutôt
08:06de s'éviter dans un premier temps.
08:08Oui, voilà.
08:09Mais quand même, ce que l'on comprend,
08:10et c'est pour ça que je dirais que c'est un livre
08:13presque apaisé,
08:16ou en tout cas, qui donne...
08:20Ah oui, qui transmette un peu de bonheur
08:23ou de joie de vivre, disons,
08:25parce que ces dysfonctionnements familiaux,
08:28tout ça va se réunir,
08:31bon, c'est grâce à la musique,
08:32mais à la fraternité, au fond,
08:33c'est un peu un hymne à l'amitié
08:36ou à, disons, à la solidarité locale.
08:38Le fait qu'en fait, tous les personnages,
08:40ce qui est relié à tous les personnages,
08:41c'est qu'ils jouent tous dans cette harmonie,
08:43ou qui sont parents de quelqu'un qui joue,
08:46et c'est le fait de jouer ensemble
08:49qui transforme leur existence,
08:52puisque c'est un moment
08:54qui est complètement arraché
08:55à l'ordinaire de l'existence.
08:58C'est un moment pendant qu'on joue
09:00où tous les problèmes,
09:02les questionnements,
09:03les inquiétudes s'arrêtent.
09:06Et ce moment de suspension,
09:08dont ils bénéficient tous,
09:09c'est ça que j'ai tenté de mettre en scène
09:11dans ces diverses histoires
09:12où chacun vit des drames,
09:14des tiraillements,
09:15mais pendant qu'on joue,
09:17ça s'arrête.
09:17Ça s'apaise.
09:18Mais est-ce qu'on ne constate pas ça
09:20quand on est spectateur, finalement,
09:22ou quand on écoute un orchestre,
09:24qu'on est ensemble,
09:24et qu'on se dit que ce moment-là
09:26est un peu précieux et apaisé ?
09:28Bien sûr,
09:29et c'est ça qui est assez miraculeux,
09:31c'est cette ouverture d'un nouvel espace-temps,
09:33finalement,
09:34que la musique définit son propre espace.
09:36Et ça nous met complètement en marge,
09:39justement, de la réalité.
09:41Et je trouve que c'est intéressant,
09:42aussi, cette forme du concert,
09:43d'ailleurs, aujourd'hui,
09:44qui est presque anachronique,
09:45c'est une sorte de messe, de silence,
09:47on n'a pas le droit de sortir nos téléphones,
09:48on écoute,
09:49et c'est quelque chose de, justement,
09:51de quasi-religieux,
09:52de quasi-mystique,
09:53où on est quand même dans un état
09:55d'arrachement du quotidien total.
09:58Et peut-être, donc,
09:59d'apaisement des tensions,
10:01si on peut dire.
10:03C'est non seulement la musique,
10:04mais c'est aussi l'émotion partagée,
10:05surtout, c'est le fait
10:06qu'on a du plaisir à écouter la même chose
10:09ou à ressentir des choses.
10:11Et hors du langage,
10:12point de malentendu, aussi.
10:13Donc, c'est pas mal.
10:14Il y a aussi une commission possible.
10:16Voilà, on ne se parle pas,
10:17mais on partage une émotion
10:18qu'on n'a pas forcément formulée.
10:20Alors, l'oreille absolue,
10:21on va dire un petit mot du titre,
10:22mais bon, chacun sait à peu près ce que c'est,
10:25mais expliquez-nous, Agnès de Sarthe.
10:27C'est une espèce de don
10:29qui est aussi un handicap,
10:30parce que ça permet de situer
10:33une note sur une gamme,
10:35et ça permet aussi d'entendre
10:36toutes les variations de justesse
10:39autour de cette note.
10:40et la plupart des musiciens
10:43et des instruments
10:45en jouent très, très légèrement faux.
10:48Mais ça fait partie
10:49de la musique.
10:53C'est une onde, le son.
10:55Mais pour quelqu'un
10:56qui a l'oreille absolue,
10:57ça peut être assez pénible
10:58parce que sans cesse,
11:00la note se rappelle à vous.
11:04Mais bon, ça s'apprivoise,
11:05et c'est pas bien grave.
11:06Mais j'aimais bien l'idée
11:07que ce soit à la fois un don
11:08et quelque chose de compliqué
11:10à gérer parfois.
11:11Oui, mais on ne peut pas le perdre,
11:12ce don, on ne sait pas.
11:13Mais on peut l'acquérir.
11:14On peut l'acquérir.
11:15Oui, il peut vous tomber dessus
11:16n'importe quand, méfiez-vous.
11:17D'accord, vous ne l'aviez pas eu
11:18en tant que pianiste.
11:20Justement, pour les pianistes,
11:21c'est plus facile de l'avoir
11:22parce que contrairement
11:23aux violonistes
11:24qui doivent passer deux années
11:25à trouver le son juste,
11:28on appuie, ça sonne.
11:29Pourvu que le piano soit accordé,
11:30bien sûr.
11:31Bien sûr.
11:32Mais là,
11:33donc en fait,
11:34c'est quelque chose
11:34d'un peu mystérieux
11:35mais ça a aussi bien sûr
11:36à voir avec la littérature
11:37parce que d'une certaine façon,
11:40ce qu'un écrivain
11:42doit rechercher au plus près,
11:44finalement,
11:44les sensations,
11:45les sentiments humains,
11:46les voix.
11:47Les voix des personnages,
11:48on doit vraiment prêter l'oreille.
11:50Oui, c'est vrai.
11:50Être juste est aussi ça,
11:52c'est trouver le son juste.
11:54Et la musique,
11:54évidemment, nous y aide.
11:55Alors Elsa Fautorino,
11:56vous êtes écrivain et journaliste,
11:58vous intervenez d'ailleurs
11:59sur France Musique
12:00dans la tribune
12:01des critiques de disques.
12:02Vous écrivez dans les magazines,
12:03une pianiste et classica.
12:06Votre roman
12:06« Parle tout bas »
12:07a été très remarqué d'ailleurs
12:08et était très personnel.
12:09On va en dire
12:10un tout petit mot tout à l'heure.
12:11Donc voici ce cinquième roman
12:13qui s'appelle
12:13« Passion brève ».
12:14Donc c'est l'histoire
12:15autour de la musique
12:17d'un amour fou
12:18entre une jeune étudiante...
12:20Jeune historienne.
12:21Jeune historienne.
12:21Jeune prof d'histoire.
12:22Voilà,
12:23jeune prof d'histoire
12:23et d'un pianiste concertiste,
12:26tout à fait confirmé,
12:27mais bien sûr plus âgé
12:28et qu'elle va rencontrer
12:30parce qu'elle vend
12:32le piano de sa mère
12:33qui est un Bechstein
12:37et que lui est à la recherche
12:39d'un piano
12:39que les nazis ont spolié,
12:41ont pris à sa propre famille.
12:43C'est cette rencontre-là
12:44qui va être déterminante.
12:46C'est ça.
12:46Finalement,
12:46il n'achète pas le piano,
12:48mais en tout cas,
12:49c'est autour de cet instrument
12:50que se fait cette rencontre
12:52où il va un jour chez elle
12:54pour essayer cet instrument
12:55qu'elle a mis en vente
12:55et il fait sonner
12:57les premiers accords
12:58des funérailles de liste
12:59qui montent
13:00des entrailles de la terre
13:01et puis finalement,
13:03il décide que cet instrument
13:04ne sera pas le sien
13:06et il n'est pas celui
13:07qu'il recherche
13:08par rapport à cette histoire
13:09qu'il traverse,
13:10cette histoire juive
13:10très douloureuse
13:11de spoliation,
13:12de déportation.
13:14Mais malgré tout,
13:15la relation reste.
13:16Parce qu'il faut bien dire
13:17que le choix d'un piano
13:18n'est jamais neutre.
13:20Enfin, je pense...
13:21Enfin, je ne sais pas,
13:22moi, j'en ai un chez moi,
13:23mais je ne suis absolument
13:24pas pianiste
13:25et je pense que c'est difficile
13:26de choisir un piano.
13:28Certains pianistes professionnels
13:30disent que c'est avant tout
13:31une rencontre
13:32et que finalement,
13:33vous pouvez avoir
13:3450 pianos
13:35qui sortent de l'usine
13:36qui sont exactement
13:37les mêmes modèles
13:38qui ont été réglés
13:38de la même manière
13:39mais il y aura toujours
13:40des subtilités,
13:41des nuances
13:41qui font que ça va être
13:43tel piano
13:43et pas tel autre.
13:44Vous aviez eu ce sentiment-là,
13:46vous, Agnès Dessart ?
13:47Un jour, j'ai posé les mains
13:48sur le Beckstein
13:49qui appartenait à mon frère
13:50et je me suis dit
13:51« Ah, tiens,
13:52ça aurait été le mien
13:52si j'avais joué du piano. »
13:54Mais il l'a vendu.
13:55Ah, dommage !
13:56Pas à moi.
13:58Oui, et vous lui avez reproché
14:00d'avoir vendu.
14:00Mais non, parce que je ne suis pas pianiste.
14:02Si j'avais été pianiste.
14:04Mais vous avez senti
14:04que c'était un...
14:05On sent, oui,
14:06il y a quelque chose
14:06qui se passe.
14:07Ah oui, voilà.
14:08Donc c'est à ce moment-là
14:09que ces rencontres se produisent.
14:12Alors là, il y a comme une alchimie
14:13mais l'alchimie,
14:14elle se fait parce qu'elle
14:14l'entend jouer aussi un peu.
14:16C'est ça qui déclenche
14:17l'amour de cette jeune historienne,
14:20donc professeure,
14:21pour ce pianiste.
14:22Parce qu'elle l'entend.
14:23Il y a une sorte de mystère
14:24tout de même
14:25parce qu'il y a quelque chose
14:26d'inexplicable
14:27et justement,
14:28je n'ai pas cherché
14:28dans ce livre
14:29à déceler la vérité.
14:31Qu'est-ce qui fait
14:31qu'on aime ?
14:32Qu'est-ce qui fait
14:33qu'on va être soudain
14:34complètement percuté
14:35par la vérité d'une personne
14:37et qu'on va être
14:38complètement habité
14:39hanté par elle ?
14:40Ça, je ne l'explique pas
14:41dans le livre.
14:42Donc il n'y a pas
14:42d'explication rationnelle
14:44sur la naissance de l'amour
14:46mais c'est plutôt
14:46comment on va pouvoir
14:47s'exercer cet amour
14:49dans un contexte de vie
14:50qui est compliqué,
14:51qui est décalé
14:52parce qu'il y a
14:53une grande différence d'âge
14:54entre eux.
14:55Mais ce n'est pas tant
14:56la différence d'âge
14:57qui m'a intéressée,
14:59c'est surtout le regard
15:00qu'une jeune femme
15:01pouvait porter
15:02sur un être,
15:04un homme qui vieillit.
15:06Et ça, je trouve
15:07ça assez fascinant
15:07parce que cet homme-là
15:08qui n'a plus
15:09évidemment
15:10tous les atouts
15:11de la jeunesse,
15:12la peau élastique
15:13bien tendue,
15:15la vigueur,
15:16etc.
15:16Mais finalement,
15:17qu'est-ce qui va rester
15:17de lui ?
15:18Et je trouve que quelque part,
15:20on atteint comme ça
15:21le noyau dur de l'âme
15:22et il y a cette relation
15:24qui se crée finalement
15:25sans artifice,
15:26même s'il y a toujours
15:27ce malentendu
15:27parce que lui pense
15:28qu'elle attend de lui
15:30la performance, etc.
15:31ce qu'il ne peut plus donner
15:32ou ce qu'il pense
15:33qu'il ne pourra plus donner.
15:34Il pense qu'il ne peut plus
15:36la donner
15:36et même ça se traduit
15:37aussi dans son propre
15:39métier de pianiste
15:40parce que finalement,
15:41il perd progressivement
15:42l'usage de sa main droite.
15:45Et qu'évidemment,
15:45il remet en question
15:46sa carrière,
15:47qu'est-ce qu'il va faire,
15:48etc.
15:48Alors,
15:49bien sûr que c'est mystérieux
15:50ce coup de foudre,
15:51enfin cette espèce
15:51de passion qui va naître
15:53brutalement,
15:54rapidement,
15:55mais il y a quand même,
15:56revenons-en,
15:57revenons à la musique,
15:59il y a quand même
15:59les notes qu'elle entend
16:00et d'ailleurs chaque fois
16:02qu'elle va l'écouter,
16:04elle aime l'écouter,
16:05on le sait
16:05et vous en parlez,
16:07je dois dire,
16:08vous écrivez des choses
16:09avec beaucoup de précision,
16:10je dirais presque d'érudition,
16:12mais ça reste quand même
16:13très simple pour le lecteur
16:14et ça,
16:14je dois dire que
16:15ça m'est apparu
16:18vraiment comme quelque chose
16:19d'assez remarquable
16:20parce que moi,
16:20ça m'a parlé,
16:21mais je ne suis pas
16:22technicienne,
16:23bien sûr,
16:24et malgré tout,
16:25c'est précis.
16:26Est-ce que vous avez eu
16:27conscience d'écrire
16:28sur la musique
16:29de façon aussi accessible
16:31et précise ?
16:32En tout cas,
16:32je ne voulais pas
16:33être hermétique
16:34et pour moi,
16:35c'est tellement naturel
16:38dans ma vie,
16:38la musique,
16:39que je n'avais pas du tout
16:40envie d'en faire quelque chose
16:41justement d'érudit,
16:43de l'associer
16:44à un langage virtuose
16:45ou qui peut être
16:45aussi excluant
16:46parce que la musique classique,
16:48quand on n'a pas eu
16:49forcément la chance
16:50de la connaître
16:51ou d'avoir été éduquée
16:53à ça,
16:53d'avoir eu les codes,
16:54etc.,
16:54ça peut paraître
16:55et c'est dommage
16:56parce que c'est vraiment
16:57pour tout le monde,
16:58c'est facile d'accès
16:59mais ça peut paraître
16:59dans la façon
17:01qu'on a d'en parler,
17:02dans le langage,
17:02quelque chose
17:03de réservé
17:04aux personnes qui savent.
17:06Certaines émissions
17:07sur France Musique
17:07sont tout de même érudites,
17:08c'est vrai.
17:09Bien sûr.
17:09Et il faut aussi...
17:10On ne comprend pas bien
17:11les subtilités.
17:12Non mais c'est vrai,
17:13on parle du même morceau
17:15joué différemment
17:16mais parfois,
17:17ça nous échappe complètement
17:18à ce que vous...
17:19les avis que vous portez
17:20les uns et les autres.
17:21Bien sûr, bien sûr.
17:22Pensez à nous
17:22quand vous parlez.
17:24Eh bien justement,
17:25disez Passion Brève
17:26parce que pour moi,
17:27c'était vraiment très important
17:28de parler avec des images
17:30et j'ai aussi vraiment recherché
17:31non pas l'érudition dans la musique.
17:34Enfin moi,
17:34ce qui m'intéresse
17:35quand j'écoute une œuvre,
17:36ce n'est pas forcément
17:37de chercher comment
17:38elle est analysée,
17:39etc.
17:39Ça peut m'intéresser
17:40dans un deuxième,
17:41dans un troisième temps
17:41mais c'est d'abord
17:42l'immédiateté de la musique,
17:44c'est le côté charnel
17:45et quand on écrit,
17:46on a presque envie de ça.
17:47J'avais envie d'être
17:48vraiment à la surface du sensible
17:49comme on peut être
17:50à la surface des touches
17:51ou à la surface de la peau.
17:52Il y a quelque chose
17:53d'extrêmement organique.
17:55Vous avez ce même sentiment
17:56de sorte d'écouter
17:58de la musique
18:00mais de ne pas vouloir
18:03d'érudition en musique,
18:04c'est-à-dire de chercher
18:05simplement l'émotion
18:06ou est-ce que le savoir
18:08vous permet aussi
18:10de mieux apprécier ?
18:12Ça ne s'exclut pas pour moi.
18:15C'est ça.
18:15Ça peut être...
18:16L'un peut nourrir l'autre
18:17et on peut tout à fait
18:19avoir une écriture
18:20totalement sensible
18:21mais à partir de choses
18:22qu'on a analysées
18:23grâce à une approche,
18:27à un savoir.
18:28Ce n'est pas nécessaire
18:29mais ce n'est pas excluant.
18:30Je ne crois pas.
18:32Alors, cet amour,
18:34bien sûr,
18:34il y a la musique au cœur
18:35mais il y a cette difficulté
18:37de l'écart d'âge,
18:38on l'a dit.
18:39Il y a donc
18:40ces conventions sociales
18:42qui font que cet amour
18:44est peut-être sans futur,
18:45sans avenir.
18:46mais est-ce que quand même
18:47on ne peut pas dire aujourd'hui
18:48que ces tabous ont volé
18:49en éclats ?
18:50Oui, bien sûr.
18:51Ce n'est pas vraiment...
18:52Oui, ce n'est pas un sujet tabou
18:55du tout dans la société
18:56mais par contre,
18:58dans la relation entre eux deux,
19:00lui appartient à une génération
19:02qui n'est pas la sienne.
19:03Et qui est encore sensible à ça.
19:04Voilà, et pour lui,
19:05c'est complètement ancré.
19:06Donc, c'est plutôt
19:08dans l'exercice
19:09de leur relation,
19:11dans cette intimité
19:12qui va se créer entre eux
19:12que ça devient
19:13un obstacle total.
19:15Et lui,
19:15il est complètement obsédé
19:17par le regard des autres.
19:18Donc, il y a toujours
19:19quand même...
19:20Et puis, on est malgré tout
19:21dans une société
19:22qui est assez normative.
19:23Donc, si on a un biais
19:24comme ça de jugement
19:25et qu'on peut ne voir
19:27plus que ça,
19:28plus que ce jugement des autres,
19:30plus que ce regard
19:31qui est le regard de...
19:35Voilà, qui condamne d'avance
19:37cette relation
19:38qui va forcément
19:39la disqualifier
19:41avant même
19:42d'en connaître
19:44les tenants et les abouissants.
19:46Oui, c'est au point
19:46qu'il se sent même coupable
19:48de peut-être abîmer
19:52cette jeune fille.
19:53C'est ça,
19:53comme si c'était
19:54une sorte de cannibalisation.
19:57Alors qu'on est d'accord
19:58que sur les conventions
20:00sociales, Agnès de Sartre,
20:01la différence...
20:01Enfin, ces considérations
20:03de différence d'âge
20:04ont largement volé en éclat.
20:06Quand la femme est plus jeune,
20:07ça passe pas trop mal,
20:09je dirais.
20:10Si c'était un jeune homme
20:13de 29 ans
20:13avec une pianiste...
20:16Mais pourquoi pas ?
20:17Mais voilà.
20:19Mais pourquoi pas ?
20:20Il y a d'abord...
20:21D'ailleurs,
20:21on parle rapidement
20:23de sa mère à elle
20:25et on sent
20:26que c'était une pianiste
20:27avec un fort tempérament.
20:28Donc, on pense à Martha
20:30Argerich ou quelque chose
20:31comme ça, mais...
20:32Oui, oui, bien sûr.
20:33Il y a une sorte de mélange
20:34entre Martha Argerich
20:35et Brigitte Ungerer,
20:36une sorte d'excès total,
20:38à la fois dans le jeu,
20:39en même temps
20:40d'immenses libertés,
20:42d'audace.
20:44Alors, même si cette passion
20:46est inscrite,
20:47j'allais dire,
20:49enfin, sa fin est inscrite
20:50dans l'histoire même,
20:52j'ai pas le sentiment
20:52que c'est une histoire...
20:53C'est comme d'ailleurs
20:54le livre d'Agnès de Sartre,
20:55je n'ai pas ressenti
20:56d'amertume.
20:57Je trouve qu'il y a,
20:59même à la fin du livre,
21:02il n'y a pas de message...
21:06Alors, il n'y a pas
21:07de message féministe,
21:08pour moi,
21:08je n'en ai pas vu,
21:09je veux dire,
21:10de revendication
21:11ou de...
21:12Et je n'ai pas senti
21:12d'amertume ou d'aigreur
21:13parce que cet amour
21:15peut prendre fin.
21:16Non, c'est ça,
21:16en fait,
21:17c'est finalement
21:17une photographie
21:18de cette relation amoureuse
21:20et pour moi,
21:21il y a au contraire
21:21une grande générosité.
21:24De toute façon,
21:25le programme est annoncé
21:26dans le titre
21:26Passion Brève,
21:28mais il y a cette idée
21:29de finalement,
21:31voilà,
21:32laisser l'existence
21:32de l'autre s'accomplir
21:34et finalement,
21:35c'est aussi
21:35une grande preuve d'amour
21:36d'aimer,
21:38mais de s'extraire.
21:41Et puis,
21:41de toute façon,
21:41il y a la beauté
21:42et c'est ce qui réunit
21:43aussi vos personnages,
21:44il y a la beauté
21:45de la musique,
21:46bien sûr,
21:46qui va réunir
21:47et qui va transcender
21:48tout ça.
21:49Au fond,
21:49l'apaisement,
21:50il vient de ça aussi.
21:52Enfin,
21:52j'ai ce sentiment-là,
21:53moi,
21:54Agnès,
21:54de ça.
21:54Oui,
21:54oui,
21:55de l'écoute
21:56et de la pratique
21:57et de ce qui,
21:59justement,
22:01ne dépend,
22:02enfin,
22:02c'est le contact
22:03avec la beauté,
22:04c'est quelque chose
22:04qui ne dépend
22:06d'aucune conjoncture,
22:07ça apparaît.
22:08Oui,
22:08et si c'est écouté
22:10avec d'autres,
22:11avec les autres,
22:12c'est évidemment apaisant,
22:15je ne sais pas.
22:16Moi,
22:16j'ai eu ce sentiment-là
22:17et comme si vous aussi,
22:21Elsa Fautorino,
22:22vous aviez perçu la vie
22:24d'une autre façon.
22:26Il y a eu,
22:27vous avez raconté
22:28des choses dramatiques
22:29et vous êtes arrivée
22:29à 19 ans,
22:31à viol,
22:31à 19 ans,
22:32vous le racontez
22:33par le tout bas,
22:34donc on ne révèle pas
22:36de choses,
22:36mais là,
22:37on a le sentiment
22:37qu'il y a quelque chose
22:38de dépassé.
22:40Est-ce que j'en se trouve ?
22:40Oui,
22:41complètement
22:41et depuis longtemps
22:42d'ailleurs.
22:43D'ailleurs,
22:44j'ai écrit ce livre,
22:45j'ai été capable
22:46d'écrire ce livre
22:47puisque ça a été dépassé
22:49et pour moi,
22:49c'était aussi très important
22:50d'accepter,
22:52en fait,
22:52de sortir de cette posture-là
22:53justement de victime
22:55dans laquelle
22:56j'ai été enfermée
22:57forcément pendant
22:58quelque temps
22:59après cet épisode
23:00quand même assez douloureux.
23:03Mais justement,
23:03j'avais vraiment envie
23:04de me tourner vers
23:05quelque chose
23:05de beaucoup plus lumineux
23:06dans l'écriture
23:07et quelle meilleure réponse
23:09finalement
23:09que l'amour
23:10qui est une immense
23:11pulsion de vie.
23:13Oui,
23:14et puis d'écouter
23:15des choses
23:16dont la beauté
23:17nous touche aussi.
23:18Bien sûr,
23:19bien sûr,
23:19et ça aide à vivre.
23:21Vraiment,
23:21la musique,
23:21c'est une aide
23:22qui est extraordinaire.
23:23Voilà,
23:23il y a les livres,
23:25viser,
23:26écouter de la musique,
23:27enfin ça...
23:27Écouter Schubert,
23:28écouter Liszt,
23:29écouter Chopin.
23:30Est-ce que vous avez
23:31des compositeurs favoris,
23:33vous, Agnès de Sarthe ?
23:34Oh,
23:35j'en ai plein,
23:35Prokofiev,
23:36Bartok,
23:37Mendelssohn.
23:38Non,
23:39mais c'est pas forcément
23:39Il y a une très belle playlist
23:40à la fin du livre
23:41d'Elsa Fautorino.
23:42Oui,
23:42c'est vrai.
23:43Et j'étais très contente
23:44parce qu'il y avait
23:44plusieurs interprétations
23:45et je me disais,
23:45ah,
23:46moi aussi.
23:46Ah,
23:46c'est vrai ?
23:47C'est bien.
23:49Ah oui.
23:50Ah oui.
23:50Ah oui.
23:51Mais vous,
23:51vous avez plutôt cité Schubert,
23:53alors Elsa Fautorino.
23:53Oui,
23:53Schubert,
23:54parce que je trouve
23:54qu'il y a une humanité
23:56incroyable dans sa musique,
23:58mais il y a certaines oeuvres
23:59de Chopin aussi,
24:00quelque chose d'assez miraculeux,
24:01où par exemple,
24:02dans la deuxième sonate,
24:04il y a cette marche funèbre
24:05qui est très connue,
24:06on est là,
24:06on suit le corbillard,
24:08c'est dramatique,
24:09et puis d'un coup,
24:10il y a un thème qui s'échappe,
24:12et là,
24:12on se retrouve au paradis.
24:14Pour moi,
24:15c'est quelque chose d'incroyable,
24:16ça,
24:16ça me donne le frisson,
24:17ça,
24:17c'est des contrastes,
24:18voilà,
24:19qui sont assez miraculeux.
24:20Bien sûr.
24:20Est-ce que vous écrivez en musique,
24:22l'une et l'autre ?
24:23Alors,
24:24vous, Agnès ?
24:25J'écoute avant d'écrire,
24:27parce qu'une fois que je me mets à écrire,
24:28je n'entends plus rien,
24:29donc je suis dans le monde de l'écriture
24:33qui est complètement comme une bulle,
24:35donc ça ne sert à rien
24:35que j'écoute de la musique en écrivant,
24:37mais très souvent,
24:38j'écoute avant d'écrire
24:39pour me mettre dans un certain état
24:40ou pour atteindre
24:41un certain type d'émotion
24:43que je cherche.
24:44Oui.
24:44Et votre vie n'est pas envisageable
24:45sans musique.
24:46Ah non, alors non.
24:47Bien sûr, vous la pratiquez.
24:49Et du matin au soir,
24:50France Musique.
24:51Voilà.
24:52Oui, nous aussi.
24:54Et vous aussi, Elsa ?
24:55Moi, je n'écris pas en musique,
24:59mais moi aussi,
25:01j'en écoute pour me déplacer,
25:03justement,
25:03me mettre dans un autre état,
25:04parce que finalement,
25:06écrire,
25:06c'est un peu arracher
25:07toujours du temps au temps,
25:09puis on est toujours percuté
25:10par le quotidien,
25:11par le travail,
25:13les courses,
25:13les enfants,
25:14etc.
25:15Et je trouve qu'arriver
25:16à inscrire
25:18dans le temps
25:19le temps de l'écriture,
25:20ça demande énormément
25:22de disponibilité mentale
25:23et pour moi,
25:23c'est ce qu'il y a
25:24de plus difficile,
25:24finalement,
25:25à obtenir
25:25et c'est beaucoup plus facile
25:26en appuyant sur un bouton,
25:28en écoutant
25:29Philippe Glace
25:30en boucle
25:31ou certaines œuvres
25:32plutôt romantiques,
25:33plutôt 19e.
25:34Mais par contre,
25:35je n'écris pas en musique,
25:36jamais,
25:37parce que ça me conditionne.
25:39Après,
25:39il y a un rythme
25:40qui s'imprime,
25:40une émotion
25:41qui s'imprime,
25:42sauf peut-être Schubert,
25:43parce que Schubert
25:43n'impose rien.
25:44Et ça,
25:45je ne sais pas
25:45si vous êtes d'accord
25:46avec ça,
25:46mais je trouve
25:47que c'est assez fabuleux,
25:48c'est qu'on peut mettre
25:49du Schubert
25:49sur n'importe quelle scène
25:50au cinéma,
25:52ça crée de l'ambiguïté.
25:53C'est un faux compositeur gay.
25:57Pour moi,
25:58c'est déchirant,
25:58Schubert.
25:59C'est déchirant,
26:00mais en même temps,
26:00c'est...
26:00Alors qu'on a pensé
26:00que c'était la truite,
26:01etc.
26:02Léger,
26:03pas du tout.
26:03C'est exactement le inverse.
26:04C'est le sourire sous les larmes.
26:05Toujours,
26:06il y a quelque chose
26:06de cet ordre-là.
26:07Merci beaucoup
26:08à vous deux
26:08d'être venus.
26:09Agnès de Sarthe,
26:10l'oreille absolue,
26:11aux éditions de Olivier
26:13et puis Elsa Fautorino,
26:14Passion brève
26:14au Mercure de France,
26:16de très jolis livres
26:17qui nous parlent
26:18évidemment
26:19de littérature,
26:20d'amour,
26:21mais aussi,
26:22avant tout aussi,
26:23de musique.
26:24Alors,
26:24quelques coups de cœur
26:24pour terminer cette émission.
26:26D'abord,
26:27on parle encore de musique,
26:29mais de la musique
26:31de la poésie
26:32avec les enfances
26:34d'Alexandre,
26:35du grand poète
26:36Jacques Roubeau
26:37qui a disparu
26:38il y a un an.
26:39C'est au Seuil.
26:40Et puis,
26:41nous partons
26:41dans la Rome
26:42des années 80
26:43qu'Hilaria Gaspari,
26:46une jeune philosophe
26:47franco-italienne,
26:49c'est là qu'elle
26:50nous emmène
26:50pour son premier roman
26:51qui s'appelle
26:52Une rumeur dans le vent.
26:54Et puis,
26:54pour ma part,
26:55je conseille
26:55le livre de Christophe Beau,
26:58Un tombeau
26:58pour Dustan.
27:00Christophe Beau,
27:00il a été le directeur
27:01notamment de La monnaie de Paris
27:03et là,
27:03c'est une lettre
27:04d'amour posthume
27:05pour un garçon
27:07qu'il a aimé
27:07et qui lui a mis
27:09aussi sous emprise
27:10mais qu'il a aimé
27:11passionnément
27:12et qui est devenu écrivain.
27:14Ils étaient tous les deux
27:14fonctionnaires
27:15et cette passion amoureuse
27:16de 18 mois
27:17qui a malheureusement
27:18s'est terminé
27:21dans les années Sida
27:22et donc
27:23La maladie
27:24et la mort
27:25mais c'est un livre
27:26très émouvant,
27:27Un tombeau pour Dustan.
27:28Voilà,
27:29vous pouvez retrouver
27:29tous ces choix
27:30et bien sûr
27:30notre émission
27:31sur le site
27:32de Public Sénat,
27:33publicsénat.fr
27:34et on se retrouve très vite
27:35pour un nouveau numéro
27:36de Bonheur des livres.
27:37remercie de nous avoir suivis.
27:38Sous-titrage Société Radio-Canada
27:38Sous-titrage Société Radio-Canada
27:53Sous-titrage Société Radio-Canada
Écris le tout premier commentaire