- il y a 3 mois
DB - 24-10-2025
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00:03:10Un de ces jours
00:03:10Ce sera mon dernier jour
00:03:13Je m'en irai petite
00:03:16Quand je suis venu
00:03:18Ma mère m'a mis au monde au champ
00:03:22Je veux pas mourir au lit
00:03:26Je veux mourir à partir
00:03:29Dans les champs
00:03:33Comme ça
00:03:34Comme je suis venu
00:03:37Les commentaires là
00:03:40Un de ces jours, oui
00:03:45Ce sera mon dernier jour
00:03:49Je m'en irai le matin
00:03:53Et je reviendrai pas
00:03:56Il suffira d'écrire
00:04:01Là où je serai tombé
00:04:03Mon drôle de nom
00:04:06D'Evariste
00:04:08Évariste
00:04:10Évariste
00:04:12On a Arabiste
00:04:13L'autre minute
00:04:20Nasõ ju haaut
00:04:20Son
00:04:21A
00:04:21A
00:04:22Que
00:04:24L'autre
00:04:24Est
00:04:25Pas
00:04:25Salt
00:04:26Périste
00:04:26Arratis
00:04:26La
00:04:28D'Ost
00:04:32Merci.
00:05:02Monsieur Evariste !
00:05:10Monsieur Evariste !
00:05:21Evariste Bush. Je m'appelle Bush. Evariste Bush.
00:05:26Mon père, c'était un bounoum, ce qu'on appelle aujourd'hui un ouvrier agricole.
00:05:33Il est mort, usé jusqu'à la corde, à 57 ans.
00:05:40Tout son âge, il l'a passé dans une grosse locatrice, au Debraise, un peu plus de 4 km à travers sur le Nord.
00:05:48Mon vieux, il s'appelait Auguste. Auguste Charles Bush. Du même nom que moi, évidemment.
00:05:58Bush. C'est un beau nom pour un Jacques Bonhomme.
00:06:02Il a donc miséré toute sa vie pour le comte Alexis, et moi avec, dans mon jeune âge.
00:06:14Un jour d'automne, mon père est touché les bœufs avec l'aiguillon, comme on dit, au champ.
00:06:24Il est là que monsieur Alexis passe en chemin sur son cheval.
00:06:29Alors mon père, il lui demande des sous.
00:06:32Parce qu'il en avait pu.
00:06:34C'était rien qu'un bonhomme.
00:06:36Il fallait voir, le comte Alexis, bel homme en habit brun, il s'arrête presque pas.
00:06:47Mais tout de même, il jette une belle pièce de 100 sous par-dessus la bouchure.
00:06:51La bouchure, c'est le nom qu'on donne à la haie dans notre patrouille.
00:06:56Donc il jette une pièce de 100 sous par-dessus la bouchure.
00:06:59Oh, le vieux causson qui est mon père ! Oh, le vieux causson !
00:07:06Alors mon père et moi, on a laissé les bœufs au sang.
00:07:09Et tous les deux, on a cherché les 100 sous.
00:07:13À quatre pattes, dans la boue.
00:07:18Dans la boue.
00:07:37Toujours mon père.
00:07:38Où tu viens, bel avardure ?
00:07:44A voir mon père.
00:07:45A voir ton père. Et où tu vas ?
00:07:46A voir ma mère.
00:07:47A voir ta mère.
00:07:49Bah dis-moi adieu.
00:07:50Adieu.
00:07:51Rembrasse-moi.
00:08:08Je me rappelle dans ma jeunesse, quand on était domestiques ensemble au château.
00:08:28Louisa et moi, elle à la cuisine et moi à la basse-cour.
00:08:32On avait le même âge, tous les deux.
00:08:36On était du siècle.
00:08:37Né en 1900.
00:08:39Quand elle a eu 16 ans, j'aurais bien voulu lui faire un petit cadeau de dague.
00:08:44Mais j'avais pas de sous.
00:08:46Je donnais tout ce que je gagnais à ma mère, qui en avait bien besoin pour faire bouillir la marmite.
00:08:51Je me rappelle bien.
00:08:53Louisa.
00:08:57Elle était une jeune fille, comme toi tu es.
00:08:59Mais...
00:09:02Elle est devenue bien vieille alors qu'il est.
00:09:29Surprenant.
00:09:32C'est quoi, c'est quoi ?
00:09:35Oh, c'est quoi ?
00:09:36C'est quoi ?
00:09:37C'est quoi ?
00:09:38C'est quoi ?
00:09:40J'ai pas de temps.
00:09:41C'est quoi ?
00:09:42C'est quoi ?
00:09:43C'est quoi ?
00:09:44C'est quoi ?
00:09:46Le retour.
00:09:47Du coup.
00:09:48C'est quoi, c'est qu'on problème.
00:09:49C'est quoi ?
00:09:51C'est quoi ?
00:09:52Il y a déjà un petit peu.
00:09:54de bouclette louise andré oui mon nom d'andré je le tiens de l'assistance ni père ni mère ni terre
00:10:04je détendais de je ne sais où la misère sans doute une grande misère de commis et de commises
00:10:13on parlait pas encore français autour du château y avait qu'hévariste avec qui je pouvais dire
00:10:20quelques mots de patois mais je me le reprochais pardon pas patois que je me disais tu me fais
00:10:28honte c'est pourtant bien ainsi que tu causais avec variste dans la basse cour pour commencer
00:10:35de s'apprendre à parler encore une fois et variste il aimait bien nos petits mots de pays et tous les
00:10:41baisers et le reste c'est la nature rien que ça depuis que je suis devenue grandette et variste
00:10:48m'a donné son coeur prends garde petite lousin quand il t'a déboutonné le corsage c'était aussi en
00:10:55patois prends bien garde de lui parler sérieusement à présent elle n'existe qu'en français les paroles
00:11:01pour lui dire que je n'aimerais jamais que lui mais je les connais pas tout de même ni sa main sur ma
00:11:10poitrine il a bien dû sentir battre mon coeur et a vu les yeux qu'il avait il nous aime il faudrait
00:11:17demander à monsieur le curé cinq ou six mots poli en français pour lui dire qu'on l'aime aussi
00:11:22il ya 60 ans de ça et je suis venu bien vieille
00:11:30tout a changé autour de moi même les filles toi tu es jeune tu vois tu es pas jeune comme moi j'étais
00:11:41t'as pas vu grand-père si ça là bas
00:12:01grand-père
00:12:05vous savez pourquoi je vous appelle grand-père alors je suis pas votre petite fille
00:12:18c'est que j'ai jamais eu de grand-père
00:12:23du côté de ma mère il n'y a jamais eu de famille pour ainsi dire
00:12:29et puis de ce côté ci du côté de la campagne j'ai pas connu mon grand-père constant le constant
00:12:39comme vous dites au pays
00:12:40ton grand-père il est né en face où habite ton oncle et ta tante et ton pays à toi comment c'est
00:12:50c'est pas la campagne et en même temps c'est pas encore la ville du béton pas d'arbre
00:12:59dis moi comment tu vis à quelle heure tu te réveilles etc etc je me lève à 7 heures je prends un
00:13:11autobus je prends le métro et puis encore un autobus j'arrive à mon école à 8h30 en même temps que
00:13:19les enfants et puis je sais pas moi je leur apprends à lire à écrire à compter tout
00:13:27t'as pas l'air d'une maîtresse d'école t'es trop jeune j'arrive pas à croire que t'en ai une
00:13:32j'ai quand même 22 ans et où elle est ton école mon école elle est dans la banlieue de paris
00:13:38c'est des enfants d'ouvriers des gosses de 6 ans presque tous algériens espagnols ou portugais
00:13:46français c'est pas leur langue maternelle comme nous le patois dans le temps
00:13:51vous savez l'autre jour je leur ai cheval blanc pour l'adjectif blanc j'avais pris le nom cheval un
00:14:04cheval blanc et bien les enfants ils avaient jamais vu de cheval blanc un cheval blanc moi non plus j'en
00:14:12avais jamais vu mais mon père disait toujours au pays nous avions un cheval blanc à côté alors à force
00:14:19comme si je l'avais vu et c'est pour ça que t'es venu oui je voulais vous connaître mon père m'avait
00:14:28parlé de vous tous je voulais tous vous connaître le pays de son père papa disait toujours le pays
00:14:36au pays là-bas c'est pas ton pays non grand-père pas tout à fait encore si tu veux que je te raconte
00:14:47notre histoire il faut que je commence en 17
00:14:51c'est en 17 que je suis parti à la guerre de 14 c'est là que tout a commencé parce que la guerre
00:15:01on n'en est jamais tout à fait revenu petite est ce bien moi qui suis revenu ou un autre à ma place
00:15:07est ce vraiment moi qui te parle en ce moment vous me faites marcher c'est encore une de vos
00:15:19craques avec vous pas moyen de savoir si vous racontez des histoires ou si vous dites la vérité
00:15:24un jour tu le sauras que je t'ai dit la vérité et que ça m'a fait mal
00:15:348 janvier 1918 ma bonne modeste je vous remercie de bien vouloir devenir ma marraine comme cela il me
00:16:04restera toujours un peu d'air du pays au milieu des batailles ici nous labourons la terre à notre
00:16:11façon avec des obus et il ne pousse que les croix je suis en compagnie avec des ouvriers ils n'ont
00:16:21pas grand maître au soleil non plus leur usine est pareil pour eux que pour nous la propriété de monsieur
00:16:27le comte à qui en parenthèse vous ferez bien mes respects quant à vous si vous le permettez je vous
00:16:38envoie de bombay
00:17:08au
00:17:10moi
00:17:13au
00:17:15au
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00:17:21au
00:17:23au
00:17:24au
00:17:25Sous-titrage MFP.
00:17:55Je suis bien à ce de vous revoir.
00:18:03Je vous ai rapporté une bague de la guerre.
00:18:06J'ai fait avec un obi-boche.
00:18:15Je dois vous dire de la part de M. Alexis
00:18:18que vous pourriez prendre en météries le domaine des craches
00:18:22si vous voulez qu'on se marie.
00:18:32Je croyais que c'était dans mes bras qu'il allait se jeter après la guerre
00:18:35puisqu'il m'avait embrassée dans la basse-cour avant de partir.
00:18:39Mais il a préféré la modeste
00:18:44qui était nigerée.
00:18:47Elle avait appris deux ou trois bonnes manières
00:18:48et surtout à écrire, la salope.
00:18:53Sur les lettres, on ne met pas en patois.
00:18:54Et puis moi,
00:19:07je n'avais rien en dot que mon cœur
00:19:09tandis que l'autre,
00:19:11elle était cubénite avec la défunte, madame.
00:19:13Le comte avait dit
00:19:21qu'il prendrait comme métérier
00:19:23l'homme de la modeste
00:19:24au cas où ce serait un brave garçon.
00:19:27Ça s'était su
00:19:28et l'évariste,
00:19:30il l'avait entendu de sa mauvaise oreille
00:19:32qui est celle de droite
00:19:33qui n'écoute que son intérêt.
00:19:36Évariste et moi,
00:19:37on a décidé de se marier
00:19:38avec votre permission.
00:19:40Je vous la donne de tout cœur.
00:19:44J'ai un cadeau pour vous.
00:19:47Louisa!
00:20:06J'ai un cadeau pour vous.
00:20:27C'est parti.
00:20:57C'est parti.
00:21:27On est devenu des personnes.
00:21:34La terre, elle n'est pas encore à nous, mais la moitié de ce qu'elle donne est à nous.
00:21:38Ça fait un oeuf sur deux à manger et la moitié du duvet doit pour dormir.
00:21:45Une fois qu'on aura mangé et dormi, on fera des économies.
00:21:56Et avec les économies, on prendra un bail de fermier.
00:22:01Alors tout ce que la terre donne sera nôtre.
00:22:10Les deux oeufs et tout le duvet doit.
00:22:11On fera encore des économies et on achètera de la terre.
00:22:19Alors dis, variste, t'as pas trop de regrets ?
00:22:31La croûte du pain, elle est meilleure à la bouche que les lèvres d'une jeune fille.
00:22:36La croûte du pain, elle est meilleure à la bouche.
00:23:06Cette date de la Saint-Martin du 11 novembre 1926.
00:23:15Vous m'avez vendu deux paires de bœufs, quatre vaches et quatre génisses, dix cochons gras, 80 petits cochons.
00:23:27Bien, bien, les varistes.
00:23:29Les bons comptes sont les bons amis.
00:23:30Je vous paierai donc une paire de bœufs, deux vaches, deux génisses, cinq cochons gras et 40 petits cochons.
00:23:41Vous, de votre côté, vous avez vendu de la volaille.
00:23:44100 poulets de l'année, 50 dindes, 30 oies, 30 pintades, 30 canards.
00:23:51Donc vous me devez la moitié.
00:23:54On est d'accord ?
00:23:55Oui.
00:23:56Bien.
00:23:58Et pour le grain, 800 doubles décalitres de blé.
00:24:01400 pour vous.
00:24:03400 pour moi.
00:24:04Dont 100 doubles décalitres que vous avez consommés pour votre pain.
00:24:07Reste 300 doubles décalitres.
00:24:09Je vais vous payer immédiatement, parce que je crois que c'est tout pour cette année.
00:24:16Faut peut-être que je dise aussi à monsieur le comte que nous allons bientôt avoir un marmeau.
00:24:22Compliment, mon vieux. Compliment.
00:24:23Compliment.
00:24:39La propriété d'alors, elle appartenait à des gens qui pouvaient marcher
00:25:08au moins sur 18 kilomètres, sans sortir de chez eux.
00:25:1318 kilomètres à soi.
00:25:15Voilà ce qu'on appelle avoir un bon bout de liberté.
00:25:19Alors j'ai eu fin de terre, quoi.
00:25:21Fin.
00:25:21Fin.
00:25:38Je voulais de la terre à moi.
00:25:56Ça m'a pris au labour, juste le jour où Modeste a fait un petit.
00:26:00Le 3 novembre 1926.
00:26:05Quand on retourne la terre de toutes ses forces, et que la terre ne vous appartient pas à vous,
00:26:10c'est comme si on perdait un flot de sang inutilement.
00:26:12Et on en meurt.
00:26:15Eh oui, il n'y a plus qu'à cesser mourir.
00:26:18Sans espérance.
00:26:19Eh oui, il n'y a plus qu'à cesser mourir.
00:26:49Eh oui.
00:27:00Oh.
00:27:08Allons.
00:27:10Pas de repos tout pendant que j'aurais pas un peu de terre à moi.
00:27:15Posséder un morceau de la création.
00:27:17Voilà qui vous rapproche de Dieu.
00:27:33Allez.
00:27:35Allez.
00:27:35Allez.
00:27:37Allez.
00:27:38Allez.
00:27:38C'est parti.
00:28:08C'est parti.
00:28:38C'est parti.
00:29:08C'est parti.
00:29:09C'est parti.
00:29:10C'est parti.
00:29:11C'est parti.
00:29:12C'est parti.
00:29:13C'est parti.
00:29:14C'est parti.
00:29:15C'est parti.
00:29:16C'est parti.
00:29:17C'est parti.
00:29:18C'est parti.
00:29:19C'est parti.
00:29:20C'est parti.
00:29:21C'est parti.
00:29:22C'est parti.
00:29:23C'est parti.
00:29:24C'est parti.
00:29:25C'est parti.
00:29:26C'est parti.
00:29:27C'est parti.
00:29:28C'est parti.
00:29:29C'est parti.
00:29:30C'est parti.
00:29:31C'est parti.
00:29:32C'est parti.
00:29:33C'est parti.
00:29:34C'est parti.
00:29:35C'est parti.
00:29:36C'est parti.
00:29:37C'est parti.
00:29:38C'est parti.
00:29:39C'est parti.
00:29:41Je pense.
00:29:44Nous, les paysans, en 1936, on a eu un peu plus de sous à cause du prix du blé, qui
00:29:47nous était plus profitable.
00:29:49Alors, j'ai demandé à mon bourgeois ma conversion de métaillage en fermage.
00:29:54Mémtaillage et fermage, bon, bon, ce n'est pas la même chose.
00:29:59J'entends garder toute ma liberté dans mes domaine.
00:30:02Moi, à présent, jamais aucun pouce de Picheville ne sera loué en fermage.
00:30:08Néanmoins, je ne veux pas aller contre vous.
00:30:13Si votre condition ne vous convient plus,
00:30:16il vaut mieux partir.
00:30:25Pour acheter de la terre, on a tout vendu ce qu'on avait.
00:30:29Il ne restait plus que cette brouette.
00:30:32C'est là qu'on est venus ici.
00:30:34Il y avait 4 km de petits chemins à faire dans la nuit,
00:30:36comme des voleurs.
00:30:38Pour ne pas qu'on nous voie avec nos misères.
00:30:41Il fallait dans l'idée de dire
00:30:42« Je veux travailler de la terre à moi,
00:30:46et je n'ai pas d'autre solution pour en avoir. »
00:30:50C'était que des friches.
00:30:51Oh là là !
00:30:52C'était rien que des friches, ma terre.
00:30:55Et nous, là-dedans, rien que des sauterelles.
00:30:58Des pauvres grandes sauterelles vertes, affamées.
00:31:01C'est à ce moment-là que je suis née.
00:31:12Juste au moment où ma mère est arrivée ici avec la brouette.
00:31:15Elle était exténuée.
00:31:18Ce sont les voisins d'ici qui m'ont sortie dans le monde.
00:31:22Pendant qu'elle criait tant qu'elle pouvait,
00:31:24et qu'elle perdait la moitié de son sang.
00:31:26C'était un présage.
00:31:33C'était un bon présage d'avoir une fille
00:31:34juste au moment où nous avions de la terre.
00:31:39Juliette.
00:31:41Je l'ai appelée Juliette
00:31:41parce qu'il n'y avait jamais eu de Juliette dans nos familles.
00:31:44et il n'y avait jamais eu non plus de fille
00:31:47qui possédait le moindre petit bout de terre.
00:31:54Le lendemain, j'en ai pleuré de joie.
00:32:06Ta santé, Constant, à la tienne, Edmond.
00:32:09À la tienne, voisin.
00:32:10Santé, Constant.
00:32:11Santé, santé.
00:32:12À notre voisinage, Evariste.
00:32:17Les fameux.
00:32:19Je bois à la santé de nos deux familles.
00:32:20Pais-moi à la tienne.
00:32:23À vous deux, vous êtes de vrais voisins.
00:32:25Vis-à-vis comme ceci.
00:32:27Chacun chez soi, chacun pour soi.
00:32:30Moi, je suis ici.
00:32:32Et lui, là.
00:32:33Moi, je suis le fermier.
00:32:34À toi, Edmond, la terre appartient.
00:32:38C'est qu'une parcelle de laboureurs
00:32:39où on s'est accroché de père en fils.
00:32:41Et le malheur, c'est que c'est tout petit reculé.
00:32:45Moi, j'aurais bien de la surface
00:32:46si je pouvais acheter un jour.
00:32:50Tous les deux, vous vous touchez.
00:32:51Vos femmes se verront d'une fenêtre à l'autre.
00:32:55Tandis que nous,
00:32:56on voit que les corbeaux.
00:32:57Voilà donc comment on était ici,
00:33:18en 36, 37, 38.
00:33:20Trois familles.
00:33:21Les deux fermes vis-à-vis
00:33:24et une autre à l'écart.
00:33:32Dans le vis-à-vis,
00:33:33Constant et moi,
00:33:35Constant, sa femme et les enfants,
00:33:38Paul, ton père,
00:33:40et Henri, ton oncle.
00:33:41Moi, avec Modeste,
00:33:51ma fille Juliette
00:33:52et mon fils Jacques.
00:33:58Edmond et son épouse
00:33:59habitaient à l'écart,
00:34:02avec Colette, leur fille unique.
00:34:03Je suis bien content.
00:34:15Aujourd'hui, j'ai acheté un cheval blanc.
00:34:23Cet animal,
00:34:25qu'il fut blanc,
00:34:26c'était comme un luxe.
00:34:29On ne savait pas aussi
00:34:30que c'était le signe avant-coureur
00:34:32d'un nouveau monde,
00:34:34un monde sans cheval,
00:34:36la culture à moteur.
00:34:38C'est bon.
00:35:08Oh
00:35:38Oh
00:36:08Mais pourquoi t'es venue ici ?
00:36:27Je suis venue ici
00:36:29C'est parce que mon père est mort
00:36:34Avant de revoir son pays
00:36:35Juste avant de mourir
00:36:40Il m'a dit c'est vrai petite
00:36:42Il y avait un cheval blanc
00:36:44Juste à côté de chez nous au pays
00:36:45Les enfants de ma classe
00:36:50Ils m'avaient demandé où est-ce qu'on pouvait encore en voir
00:36:52Un cheval blanc
00:36:53Alors je leur ai dit là-bas
00:36:57En Algérie, en Espagne
00:37:00Ou au Portugal
00:37:01Dans le pays de votre père doit y en avoir encore
00:37:04Comme il y en a encore sans doute dans le pays de mon père
00:37:08Mais papa est mort
00:37:11Et comment il est mort ?
00:37:15Il est mort écrasé par sa machine
00:37:24Il n'y avait plus que la tête de bonne
00:37:27Complètement écrasé
00:37:29Une machine cent fois plus grosse que lui
00:37:32Ça faisait trente ans qu'il travaillait avec
00:37:36À force
00:37:38Il s'était comme usé
00:37:40Lui et la machine
00:37:41Et c'est après sa mort que tu as décidé de venir ici
00:37:45Oui Jean
00:37:46Pour recueillir ton héritage
00:37:48Si vous voulez
00:37:50Mais il paraît que ton père avait dit
00:37:53La terre appartient à ceux qui la cultivent
00:37:55Où est-ce que je suis ?
00:38:16Je me suis trompée
00:38:17Ça doit être ça la ferme d'Edmond
00:38:19Alors
00:38:20C'est après sa mort
00:38:22Je me suis trompée
00:38:25Alors
00:38:26C'est après sa mort
00:38:27...
00:38:56Vous ne m'avez jamais dit où était la ferme de votre voisin Edmond.
00:39:08Elle est à l'écart, comme je t'ai expliqué.
00:39:10N'empêche, vous ne l'avez jamais montré.
00:39:12Parce que j'aime pas y aller.
00:39:13Mais pourquoi ?
00:39:14À cause de la misère que c'est devenu.
00:39:16Déjà autrefois, Edmond n'était pas riche.
00:39:18Son seul bien, c'était ce cheval blanc qu'il appelait princesse et qu'il faisait tout son travail.
00:39:22Un jour de septembre 1939, la guerre arrive.
00:39:28La guerre, tu sais, ça ne durera peut-être pas trop longtemps cette fois-ci.
00:39:30Tu verras, tu seras bien avec Evariste.
00:39:37On s'occupera de toi.
00:39:40Voilà Evariste.
00:39:42Mon cheval t'obéira en tout et pour tout.
00:39:45Comme à moi.
00:39:46Tu es parlé.
00:39:48Six coups de main à ma femme et à ma fille, collègue,
00:39:51du temps que je suis à la guerre.
00:39:53Mon cheval t'obéira.
00:39:53Mon cheval t'obéira.
00:40:23Pendant l'hiver 1939-1940, il n'y avait plus des femmes là-dedans.
00:40:29Je les ai bien un peu aidées, comme il se loue à un voisin.
00:40:33Même là, le printemps qui arrive, c'est la débâcle.
00:40:36Les nouvelles se gardent dans la TSF.
00:40:37Ton père, c'était le plus âgé des jeunes gens du village.
00:40:52Je sais bien.
00:40:53Il m'a raconté.
00:40:55C'était en 40.
00:40:57Il a décidé de partir avec les autres en vélo vers le sud
00:40:59pour échapper aux Allemands.
00:41:01Alors, comme moi, déjà, je ne voulais pas gratter la terre,
00:41:09j'avais appris un peu de géographie.
00:41:12On fout le camp, les gars, que j'ai dit.
00:41:15On a pris nos vélos et on a piqué vers le sud.
00:41:17C'était notre volonté de rejoindre une armée française
00:41:21de l'autre côté de la Loire.
00:41:22Mais il n'y en avait pas.
00:41:24On a continué.
00:41:26Après la ville du Puy,
00:41:28on n'avait plus de quart du pays
00:41:29parce que c'était trop loin.
00:41:32On s'est arrêté à Mande.
00:41:34Là, on se renseigne à la TSF, c'était fini.
00:41:36Du moment que c'est fini, on revient.
00:41:52Quand les garçons, ils ont été de retour,
00:41:54c'était visible qu'il ne restait plus de des femmes là-bas.
00:41:57Elles ont miséré une bonne année encore
00:41:59avec le cheval blanc, coup ci, coup ça.
00:42:02Et Varis leur donnait bien quelques coups de main de temps en temps.
00:42:08Et voilà ce qui est arrivé.
00:42:10Colette, la fille, s'est placée au village.
00:42:14Moi, de mon côté,
00:42:16je m'étais mise en mariage avec un brave homme.
00:42:19Dieu est son âme.
00:42:22Et il m'en était issu un gars, Gaston.
00:42:25Un jour, je l'envoie chez Varis.
00:42:28C'était en...
00:42:29Oui, en 41.
00:42:32Voilà, monsieur Evariste.
00:42:35Voilà, comme dit l'autre.
00:42:38Qu'est-ce qu'il y a, Gaston ?
00:42:42Que je vous explique.
00:42:44Oui.
00:42:47C'est ma mère qui m'envoie.
00:42:50Et alors ?
00:42:52Que je vous explique.
00:42:54La colette de la ferme au cheval blanc.
00:43:01On se cause et tout,
00:43:03comme dit l'autre.
00:43:08Ben, les dames,
00:43:09j'ai 20 ans, comme dit l'autre.
00:43:12Elle est un peu jeunette, je sais.
00:43:14J'ai été avec elle, comme dit l'autre.
00:43:24Elle a 15 ans, la petite voisine.
00:43:26Oui.
00:43:29Donc,
00:43:31elle est au bourg,
00:43:32employée chez le boucher,
00:43:34comme dit l'autre.
00:43:34Moi, l'autre, je dis, j'y vais,
00:43:35et j'ai dit, bonjour, colette.
00:43:37Elle se met à chialer.
00:43:43Et elle me dit,
00:43:44ça y est.
00:43:46Oh mince, alors.
00:43:48Oui.
00:43:52Elle a 15 ans.
00:43:55Et c'est pour ça que je suis venu vous parler.
00:44:01Pourquoi, moi ?
00:44:04Je s'empérais les prisonniers.
00:44:07Vous, vous êtes son bon voisin.
00:44:12Et alors ?
00:44:14Alors, ça presse,
00:44:15comme dit l'autre.
00:44:18Ça presse combien ?
00:44:20Deux mois.
00:44:32Et c'est comme ça
00:44:33qu'est né mon premier petit-fils, Pierre.
00:44:37Moum.
00:44:40Moum.
00:44:42Pouledon.
00:44:43...
00:45:13...
00:45:43...
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