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  • il y a 7 minutes
DB - 02-02-2026

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00:00:00Sous-titrage MFP.
00:00:30L'histoire que je vais vous raconter, je suis seul à pouvoir en révéler le secret.
00:00:37Vous le savez, l'histoire varie selon celui qui la raconte.
00:00:41Aussi, avant de commencer mon récit, je voudrais avoir, non pas l'honnêteté, ni le scrupule,
00:00:48mais simplement l'exactitude de vous dire comment je l'ai vue.
00:00:53Je n'ai que souci de l'observation juste.
00:00:57Ce souci est devenu une manie.
00:01:01Voyez-vous, j'observe, je ne témoigne pas.
00:01:06Je suis médecin, je soigne les corps, les âmes, je me contente de les scruter.
00:01:11J'ai pratiqué pendant trente ans ce double exercice qui me valut tour à tour l'estime et la méfiance de mes concitoyens.
00:01:17Ma clairvoyance trop brutale.
00:01:19Dirais-je même un peu cruelle, ne convenait pas l'esprit aristocratique et dévot qui régnait ici.
00:01:25Mais voyez-vous, il fallait que mes clients choisissent entre moi et l'extrême onction.
00:01:30Et tous dévots qu'ils étaient, ils me prenaient encore de préférence au sein de Suivre.
00:01:34Sans cette considération, je n'aurais jamais gagné vingt mille livres de rente.
00:01:38Cynique, pensez-vous ?
00:01:40Non. Matérialiste, sans doute.
00:01:43Ce qui est sûr, c'est que je n'ai pas le goût de la morale.
00:01:48Nerville est située à une centaine de lieux de la capitale.
00:01:51A cette époque, elle comptait environ cinq à six mille armes et foisonnait de noblesse.
00:01:56C'était peu de temps après la restauration et Nerville passait pour être plus royaliste que le roi.
00:02:02Bien que la révolution eût interdit aux nobles le port de l'épée,
00:02:05la ville avait gardé sa réputation de brêteuse.
00:02:07Ses habitants se piquaient d'être difficiles.
00:02:11Il ne leur suffisait pas de tuer leur homme.
00:02:14Ils voulaient le tuer savamment et artistement.
00:02:19Il leur moitié d'un maître d'armes.
00:02:21Un ancien prévôt ouvrit une salle.
00:02:23Il avait eu là tout simplement une idée de génie.
00:02:26Stassin, c'était son nom.
00:02:27La pointe au corps, son surnom.
00:02:29Un surnom que ses talents de tireur lui avaient valu.
00:02:32Très justement, croyez-moi.
00:02:34Le maître d'armes fut admiré, considéré
00:02:35et traité de père accompagnant par les gentils hommes de la ville.
00:02:41En garde.
00:02:43Changez un rampant.
00:02:44Changez un rampant.
00:02:45Allongez le bras.
00:02:46Fendez-vous.
00:02:47Là, en garde.
00:02:48Rompez.
00:02:49Une, deux.
00:02:50Là.
00:02:51Fendez-vous bien.
00:02:52En garde.
00:02:53Rompez.
00:02:54Rompez.
00:02:55Une, deux, trois.
00:02:57En garde.
00:02:58En garde.
00:02:59Allongez le bras.
00:03:00Fendez-vous.
00:03:00À fond, à fond.
00:03:02Mon cher, je vous l'ai dit.
00:03:03C'est une masette.
00:03:05Stassin aura beau faire, il n'en tirera rien.
00:03:07C'est un tireur difficile.
00:03:09Il est jeune et gâté par les vanités romantiques.
00:03:13Stassin en a dressé d'autres.
00:03:15Doublé.
00:03:18Là, encore une fois.
00:03:21Là.
00:03:21Reste pendu.
00:03:22Reste pendu.
00:03:23Bien, en garde.
00:03:25Eh bien, messieurs, avez-vous bien jugé mon fils ?
00:03:28C'est un homme de terrain, c'est un tireur de salle.
00:03:30Qu'en est-tu, Stassin ?
00:03:31Eh bien, monsieur le comte, regardez.
00:03:33En garde.
00:03:36Tire droit.
00:03:37Tire de volante.
00:03:38Ripostez.
00:03:39L'asse-volante.
00:03:41Croisez-de-sous.
00:03:42En garde.
00:03:43Tire droit.
00:03:44Dis-moi, Stassin.
00:03:47Le garçon a le sentiment du fer.
00:03:49Lui manque le style.
00:03:50Si vous lui permettez de ne pas manquer ce leçon,
00:03:53il sera bientôt en mesure de vous défier.
00:03:55Je n'ai pas d'exemple d'un père
00:03:57qui n'ait été battu par son fils.
00:03:59J'ai un maître diabolique, Stassin.
00:04:01Quand verrons-nous ton fils te battre ?
00:04:02C'est là ce décide en ce moment.
00:04:04Ce matin, j'ai laissé ma femme au bon soin du docteur Tanty.
00:04:07Elle doit être sur le point d'accoucher.
00:04:09Et vous êtes là.
00:04:09Que puis-je faire d'autre, monsieur ?
00:04:11Tenir l'épée, pour moi, c'est un peu prier Dieu.
00:04:14Alors, prions ensemble.
00:04:15Avec plaisir.
00:04:17Si tu touches le premier,
00:04:19tu as un fils.
00:04:20Si je te boutonne,
00:04:22je t'accorde une fille.
00:04:23Allez, en place.
00:04:53T'en es plus trente, Stassin.
00:05:02Il n'en passera pas une.
00:05:12Oui, touchez.
00:05:14Monsieur Stassin, vous avez une fille.
00:05:17Une fille ?
00:05:17Une fille ?
00:05:18Qu'elle soit bénie, puisqu'elle m'a donné la victoire.
00:05:21Veux-tu-le-moi pour parrain ?
00:05:23J'aime déjà cette fille qui sait tenir les paris.
00:05:26Sera-t-elle seulement tenir l'épée ?
00:05:27Il suffit de lui choisir un nom qui guide sa main.
00:05:30C'est un autre pari à faire.
00:05:32Une fille d'un homme comme toi ne peut se nommer que comme l'épée d'un preu.
00:05:36Appelons-la Haute-Claire.
00:05:39Haute-Claire ?
00:05:40Allons, Stassin, tu lui feras sa destinée.
00:05:42Allez, c'est dit.
00:05:43Demain, nous baptisons Haute-Claire Stassin,
00:05:46né d'une faute de son père.
00:05:47Et c'est ainsi que le nom de l'épée d'Olivier passe à la fille du maître d'armes.
00:05:55On dit que les grimaces du curé peuvent accoutumer à pareilles fantaisies de baptême.
00:05:59Alta Clara,
00:06:01ego te baptizo in nomine Patrice,
00:06:06et fili,
00:06:09et spiritus sainte.
00:06:14Salut !
00:06:15Là, là, la main, hop !
00:06:17Haute-Claire grandit.
00:06:20Dès qu'elle put tenir debout,
00:06:21son père commença à l'appliquer aux exercices de l'escrime.
00:06:25À 16 ans,
00:06:26elle avait déjà un meilleur style que lui.
00:06:29Trois,
00:06:29trois,
00:06:29trois,
00:06:30trois,
00:06:31trois,
00:06:31trois,
00:06:32trois,
00:06:32trois,
00:06:33trois,
00:06:34un coup droit.
00:06:35Pareille seconde,
00:06:36enveloppé Thiers.
00:06:37En garde,
00:06:38dégagé.
00:06:40Pareille Thiers,
00:06:40riposté par couronnement.
00:06:43Pareille carte haute,
00:06:43riposté par couronnement.
00:06:45Deux appels,
00:06:46attendez.
00:06:48Dis-moi,
00:06:49Haute-Claire l'a bien nommé.
00:06:50Tu battras bientôt tous les hommes de la ville,
00:06:52hein ?
00:06:52Tu ne veux pas répondre ?
00:06:55C'est ton droit.
00:06:56Le langage que tu possèdes est plus juste que tous les mots.
00:07:01Pardonnez-lui, monsieur le comte.
00:07:03Tu peux t'en aller ?
00:07:04Oui.
00:07:05A-t-elle peur de moi ?
00:07:11Non.
00:07:12En vérité,
00:07:13je ne sais pas.
00:07:14On dirait qu'elle est partagée entre l'orgueil et la honte.
00:07:17Peut-être qu'elle est ivre d'un pouvoir qu'elle possède et qu'elle ne comprend pas.
00:07:22Yves reste dangereuse, méfie-toi.
00:07:26C'est une enfant.
00:07:26Non, ce n'est plus une enfant.
00:07:29Elle ne le sait pas encore, mais elle le sent.
00:07:35Fais-tu étudier ?
00:07:36Elle se pliait difficilement à la discipline de l'école.
00:07:40Depuis que je suis celle,
00:07:42votre Claire est devenue mon compagnon.
00:07:44Oui, elle monte à cheval avec toi,
00:07:46elle se bat avec une audace, une ardeur géniale,
00:07:49mais tu oublies d'en faire une femme.
00:07:53Cette salle d'armes est mon seul bien.
00:07:55En lui apprenant ce que je sais,
00:07:57je lui donne le moyen de vivre quand je serai mort.
00:08:01Tu lui prépares un destin difficile.
00:08:02a-t-elle des amis ?
00:08:06Bonjour, maître.
00:08:07Bonjour, monsieur.
00:08:08Sa condition ne lui permet pas d'être reçue
00:08:10par les jeunes filles de la bonne société.
00:08:12Ce sont des sottes.
00:08:13Elle n'en veut pour elle d'autre.
00:08:15Elle reste seule la plupart du temps.
00:08:17Elle court les bois, elle fuit la ville.
00:08:19Des nuits entières, sa chambre demeure éclairée.
00:08:22Et j'ai découvert des livres de poésie dans sa boîte à ouvrages.
00:08:27Je ne sais qu'il est lui prête,
00:08:29mais j'ai bien peur que ses lectures ne gâtent que l'imagination.
00:08:35Regarde, cette exaltation solidaire ne lui vaut rien.
00:08:39Elle risque d'y prendre goût
00:08:40et de concevoir un mépris de ses semblables
00:08:42qui la fera souffrir.
00:08:44Nous connaissons notre condition, monsieur le bonheur.
00:08:46Je saurais le lui rappeler.
00:08:47Je la connaissais bien, cette Amazon des Solitudes.
00:09:13C'est à moi qu'elle devait se ne m'y passer à lire.
00:09:15Je ne m'y passer à lire.
00:09:45Eh bien, je veux-tu ?
00:09:55Bonjour, docteur.
00:09:57Je suis venue vous rapporter vos livres.
00:09:59T'en veux un autre ?
00:10:00Non, je vous remercie.
00:10:02C'est la dernière fois que j'ai recours à votre bibliothèque.
00:10:05T'en as trouvé une meilleure ?
00:10:06Non.
00:10:07J'ai seulement décidé de ne plus lire.
00:10:09Mon père a découvert les livres que vous me prêtiez dans ma boîte à ouvrages.
00:10:16Il t'a fait des reproches ?
00:10:17Non.
00:10:19Mais il suffit qu'il ait cru nécessaire de visiter mes affaires.
00:10:22Je parlerai à ton père.
00:10:24Tu n'avais d'ailleurs aucune raison de lui cacher les livres que je t'ai prêtés.
00:10:27Je vous demande pardon, mais je ne souhaite pas que vous parliez à mon père.
00:10:29Quel jeu veux-tu jouer, Haute-Claire ?
00:10:31Ou as-tu pris ce goût des mystères inutiles ?
00:10:33Quand la vérité est si simple, si facile à faire admettre ?
00:10:36La vérité est simple pour vous, pas pour moi.
00:10:41Prends-tu tant de plaisir à te dérober à ceux qui t'aiment ?
00:10:46Je préfère le silence aux explications.
00:10:50Je vous remercie et grâce à vous, j'ai eu beaucoup de joie.
00:10:55Au revoir, docteur.
00:10:56Haute-Claire, pourquoi caches-tu ton visage ?
00:11:04Au revoir, docteur.
00:11:05Haute-Claire, je souhaite-moi que tu me répondes.
00:11:08Mon père ne m'a jamais posé cette question quand il m'accompagnait en promenade.
00:11:12N'as-tu pas pensé qu'on pourrait te détester, d'aimer autant la singularité ?
00:11:16Les autres, peut-être.
00:11:18Mais pas vous, docteur.
00:11:20Vous avez trop le goût des gens singuliers.
00:11:26Le goût des gens singuliers, c'était vrai.
00:11:33Je l'avais toujours cru un différent atout.
00:11:35Et voilà qu'en trois mots, elle témoignait d'une étonnante perspicacité.
00:11:39Était-ce pour préserver cette lucidité précoce qu'elle dissimulait son visage ?
00:11:44Son visage, oui.
00:11:48Son visage, c'était bien le commencement d'une légende.
00:11:51Mystérieuse, haute claire, dont les talents à l'épée fascinaient les hommes de la ville.
00:11:56Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:26Son visage, c'était une question.
00:12:39La question que me posaient quotidiennement les jeunes filles de la ville lorsque je rendais visite à leur mère.
00:12:46Respirez, madame.
00:12:50Respirez plus fort.
00:12:51Eh bien, madame, aujourd'hui, je peux vous assurer votre bon chité guéri.
00:12:58Mais est-ce bien sûr, docteur ?
00:13:00Certains. Les synapistes me l'ont tué.
00:13:02Je vous remercie.
00:13:04Alors, pardonnez-moi, je retourne aux frivolités mon coiffeur maintenant.
00:13:08Camille, tu verras le docteur pour ton mal blanc.
00:13:10Oui, maman.
00:13:11Au revoir, docteur. À demain.
00:13:13Madame.
00:13:15Prouvez-vous mal, mademoiselle ?
00:13:16Au doigt, je me suis piquée avec mon aiguille à tapisserie.
00:13:20Prenez un bain de bouillir chaud trop, qu'elle fera dans la journée.
00:13:22Et demain, vous montrerez votre doigt.
00:13:24N'oubliez pas, mademoiselle, il ne faut pas négliger ces bobos-là.
00:13:27Non, docteur, je le ferai.
00:13:29Docteur.
00:13:29Mademoiselle.
00:13:31Je suis maladroite, n'est-ce pas ?
00:13:33Un peu distraite seulement.
00:13:35Haute-Claire-Stassin n'est jamais distraite, elle.
00:13:38Je ne l'ai jamais vue, une aiguille entre les mains.
00:13:40Bien sûr.
00:13:41Mais à l'épée, est-elle aussi forte qu'on le dit ?
00:13:45Votre frère ou votre père vous renseigneraient mieux que moi.
00:13:47Leur science de l'esprit me les rends meilleurs juges.
00:13:49Mon père en dit du bien.
00:13:51Mon frère ne tarie pas d'éloge, mais il admire si facilement.
00:13:54Je prendrai le parti de cette admiration.
00:13:57Faut-il jouer au jeu des hommes pour qu'ils vous admirent ?
00:14:00Soyez nouveau.
00:14:02Ma mère m'avait appris le contraire.
00:14:05Haute-Claire-Stassin n'a plus sa mère, mademoiselle.
00:14:08L'aurait-elle encore qu'elle devrait penser assurer son avenir ?
00:14:11Dites-moi, docteur, vous la connaissez assez pour qu'elle découvre son visage devant vous.
00:14:16Eh bien, en toute confidence, est-elle belle ?
00:14:20Je crois qu'elle est belle.
00:14:22Je ne peux vous dire autrement.
00:14:30Je ne sais plus d'elle que c'est très d'enfant.
00:14:32Depuis quelque temps, elle a pris le goût de se cacher.
00:14:34Elle disparaît quand on la surprend.
00:14:37Mais est-elle jamais souffrante ?
00:14:38Jamais.
00:14:39Mais comment mon frère peut-il alors m'affirmer qu'elle est belle ?
00:14:42Tout dans ses gestes le laisse supposer.
00:14:44Mais enfin, à quoi peut-elle bien rêver ?
00:14:47Je vous le demande, docteur, à quoi peut-elle bien rêver ?
00:14:53Qui est là ?
00:14:55Devine.
00:14:56Delphine.
00:14:57Ma gentille Delphine.
00:14:58Eh bien, oui, ma chère.
00:15:00J'ai quitté ma campagne pour la journée.
00:15:02Mais dis-moi vite, des rêves de qui te souciais-tu ?
00:15:05De Haute-Claire, c'est à ça.
00:15:08Je me demande pourquoi elle cache son visage.
00:15:10Mais c'est là tout le mystère que tu as m'offrir aujourd'hui, Camille.
00:15:13Mais cacher son visage est une prétention qui ne s'accorde pas avec Laurent, cette jeune fille.
00:15:17Cela vaut d'être méprisé, mais ne justifie pas ta curiosité.
00:15:21Eh bien, mademoiselle, la leçon est parfaite.
00:15:22Il ne me reste plus qu'à vous demander la permission de me retirer.
00:15:25On dirait que dans les villes, on se soucie de gens sans importance.
00:15:30Au revoir, docteur.
00:15:31Ah ! Surtout, n'oubliez pas la tapisserie.
00:15:37Et pensez à soigner votre doigt.
00:15:39Oui, docteur.
00:15:40Mais demoiselle.
00:15:43Eh bien, ma chère, j'ai mille choses à te dire et peu de temps.
00:15:45Je t'écoute.
00:15:48Mais pourquoi es-tu venue ?
00:15:49C'est si rare.
00:15:52Ma mère a brusquement décidé de me faire une garde-robe très élégante.
00:15:56Mais que se passe-t-il ?
00:15:57On te marie ?
00:15:59Raconte.
00:16:01Et voilà quinze jours, le duc de Bourg-Père, tu sais, l'ongle de Serlan de Savigny,
00:16:07qui était depuis cinq ans à Paris.
00:16:09Oui, je suis allée à Savigny quand ses parents vivaient encore.
00:16:11Je te disais donc, le duc a passé une journée entière à la maison.
00:16:15Je n'ai pas su pourquoi, je ne l'ai pas vue.
00:16:17Simplement, le lendemain, lorsque nous étions à table, mon père a dit
00:16:20« Tiens, Serlan de Savigny va revenir de Paris.
00:16:25Il viendra habiter le château familial.
00:16:26Il paraît que sa première visite sera pour nous. »
00:16:32Il m'a semblé que papa me regardait en disant cela.
00:16:34Mais voyons, c'est clair, on veut te le faire épouser.
00:16:36Tu le crois, toi aussi ?
00:16:38Oui.
00:16:39Sais-tu seulement si tu l'aimeras ?
00:16:41Voilà une idée bien sotte.
00:16:43Pourquoi ne l'aimerais-je pas ?
00:16:44Il a un nom, des biens, et puis on dit qu'il est bel homme.
00:16:49On nous a sûrement enseigné le même art de vivre.
00:16:52Nous avons l'un et l'autre, toutes les raisons de bien nous accorder.
00:16:56Tu sais parler ou te taire quand il faut.
00:17:00Être distante toujours.
00:17:03Tu as toutes les vertus d'une jeune fille bien née.
00:17:06Je suis ce qu'on m'a faite et je ne m'en repends pas.
00:17:09Oublies-tu que tu me ressembles, Camille ?
00:17:11Je le sais.
00:17:11Je suis seulement un peu moins sage que toi.
00:17:16Je suis triste à l'idée que peut-être nous nous verrons moins.
00:17:21Je t'aime, Delphine.
00:17:23Monsieur de Savigny t'aimera.
00:17:25Il me suffit de lui rendre la vie aimable.
00:17:29C'est environ une semaine plus tard que la ville a pris, sans s'en étonner,
00:17:32que le beau serron de Savigny avait été admis à faire sa cour à mademoiselle Delphine de Cantor.
00:17:37Ce fut un sujet de conversation infiniment conforme aux traditions de notre ville.
00:17:41On fut attendri, rassuré, de trouver dans la perspective de cette union
00:17:46la preuve que la révolution n'avait pas entamé les solides préjugés qui font les meilleurs mariages.
00:17:52Cependant, nos messieurs n'ont continué pas moins de ferrailler chaque jour chez le maître Stassin.
00:17:56Allons.
00:17:57Allons.
00:18:12Là, rassemblés.
00:18:13Vous faites beaucoup de progrès, Lucien.
00:18:18Il faudrait acquérir un peu plus de grâce.
00:18:20Bien, maître.
00:18:21Verrons-nous, mademoiselle Stassin, aujourd'hui ?
00:18:24Je le pense, oui.
00:18:26Maître, puis-je vous demander ma leçon ?
00:18:28Donnez-moi quelques minutes.
00:18:30Je voudrais me reposer quelques instants.
00:18:32Mais je vous en prie.
00:18:33Merci.
00:18:33Elle part en promenade.
00:18:40Tu as une chance, arrête-la.
00:18:43Mademoiselle, mademoiselle, nous voulions vous demander si vous nous feriez l'honneur
00:18:47de nous accepter comme adversaires aujourd'hui.
00:18:49Je regrette, mais je dois sortir.
00:18:51Mademoiselle, autant vous dire la vérité.
00:18:54Nous attendons un visiteur de marque et nous aurions beaucoup souhaité que vous soyez là.
00:18:58Je ne crois pas que je vous serais très utile.
00:19:00On ne m'a jamais appris à faire la révérence, vous savez.
00:19:02C'est que notre ami revient de Paris avec une réputation de brêteur qui semble justifiée.
00:19:08Vous voudriez le battre.
00:19:09Et vous ne vous en sentez pas capable ?
00:19:12Nous ne sommes pas sûrs d'être les plus forts, mais nous aimerions lui prouver cependant
00:19:16qu'à Nerville, on sait tenir l'épée aussi bien qu'à Paris.
00:19:18Et c'est à moi que vous demandez de faire cette démonstration ?
00:19:21Oui.
00:19:22Si toutefois vous pouvez remettre votre promenade.
00:19:25Je ne le peux pas.
00:19:26Je ne pense pas qu'il m'appartienne de défier ce monsieur dès son arrivée.
00:19:30Nous arrangeons cela de façon que vous n'en soyez pas gênée.
00:19:33C'est inutile, je déteste les arrangements.
00:19:36Si ce monsieur a besoin d'une leçon, mon père la lui donnera.
00:19:39Excusez-nous.
00:19:42Quelle orgueilleuse.
00:19:43Auclair !
00:19:44Oui, mon père.
00:19:45Je me sens très fatigué.
00:19:49Je ne suis pas sûr de moi.
00:19:51Je te fais assez confiance pour te demander de me remplacer.
00:19:56C'est une lourde charge.
00:19:58Je sais les battre, mais serais-je être leur maître ?
00:20:00Tu sais le métier.
00:20:02Tu les as obligés au respect.
00:20:05Ils t'admirent assez pour accepter que tu les enseignes.
00:20:08Si vous en jugez ainsi, je vous obéirai.
00:20:11Merci.
00:20:13Je reste près de toi, je t'aiderai.
00:20:14Je vais te mettre en fin.
00:20:22On dirait qu'elle ne va pas sortir.
00:20:24Il reste peut-être un espoir.
00:20:25Oui, mais rien ne prouve encore qu'elle acceptera.
00:20:27Est-ce qu'on t'a fait part du retour de Sir Londres-Avigny ?
00:20:29Ah oui, depuis ce matin, on a fait cliqueter son nom autour de moi.
00:20:32Tu vas le voir apparaître tout à l'heure.
00:20:34Il revient ici, précédé d'une réputation d'escrimeur hors ligne.
00:20:38Je ne prendrai pas le risque de donner la riposte à ce monsieur aujourd'hui.
00:20:42Tu vas le décevoir.
00:20:44Je suis prête, mon père.
00:20:46Que dois-je faire ?
00:20:47Donnez la leçon à monsieur de Hurpoin.
00:20:54En garde.
00:20:58Le coup droit.
00:20:59En garde.
00:21:01Dégagé.
00:21:03En garde.
00:21:04Dégagé.
00:21:05Contre de carte et riposte et droit.
00:21:11Bonjour, c'est bon.
00:21:13Bonjour.
00:21:14Bien, bonjour.
00:21:14Très bien.
00:21:15Bonjour.
00:21:20Maître, je vous amène aujourd'hui un visiteur dangereux pour la réputation de notre vie.
00:21:26Vous m'embarrassez ?
00:21:26Pas du tout.
00:21:27Monsieur de Savigny, c'est l'escrime comme on ne l'apprend qu'à Paris.
00:21:31Je n'ai pas la validité de croire qu'à Paris, on s'est enseigné mieux qu'ici.
00:21:35Et que dois-je faire, messieurs ? Arbitrer votre combat, critiquer votre style ?
00:21:40Non, non.
00:21:41Tout simplement montrer à monsieur de Savigny que notre ville mérite d'être appelée la brêteuse.
00:21:45Ainsi, monsieur le comte, vous avez pris des leçons d'assaut devant le public le plus délicat, le plus difficile aux éloges.
00:21:54Oui, monsieur, oui. Je n'ai retiré un grand amour de l'escrime. Je m'efforce seulement de savoir tenir mon épée.
00:22:00Et vous y réussissez, j'en suis persuadé.
00:22:04Cependant, avez-vous jamais rencontré, monsieur le comte, une femme qui vous égale et même vous surpasse ?
00:22:13Non, monsieur, je n'ai jamais eu ce bonheur.
00:22:16Il faut dire que les femmes goûtent peu ce genre de compétition.
00:22:20Eh bien, cette chance, je vous l'offre.
00:22:22Et je crois pouvoir vous dire qu'elle est unique en France.
00:22:26Autre clair ?
00:22:27Deux appels rassemblés.
00:22:29Autre clair ?
00:22:30Oui.
00:22:32Que voulez-vous, mon père ?
00:22:33Que tu fasses à monsieur le comte de Savigny l'honneur de le battre.
00:22:37Je suis désolé, mademoiselle, de vous imposer ce défi.
00:22:40Ce n'est pas un défi, monsieur, c'est un devoir.
00:22:42Je le remplirai selon les ordres de mon père.
00:22:45J'aurais préféré, mademoiselle.
00:22:47Alors, Autre clair veut vous dire que ce combat l'honneur.
00:22:50Allez, monsieur, je vous attends.
00:23:06On garde ?
00:23:07Sous-titrage Société Radio-Canada
00:23:09Sous-titrage Société Radio-Canada
00:23:10Sous-titrage Société Radio-Canada
00:23:16On ne vous touche pas facilement, mademoiselle.
00:23:43Serait-ce un augure ?
00:23:46Viens !
00:23:47Viens !
00:24:00Bravo !
00:24:01Je m'accrime, mademoiselle.
00:24:18Vous avez un jeu qui éblouirait les plus forts tireurs de Paris.
00:24:21Bien, hauteur.
00:24:22Très bien.
00:24:22M'accorderez-vous une leçon chaque jour ?
00:24:28Si mon père le souhaite, je lui obéirai.
00:24:30Excusez-la, ce sera un plaisir pour elle de vous donner des leçons.
00:24:33Nous avons rarement un des élèves de votre qualité.
00:24:36N'est-ce pas, Haute-Claire ?
00:24:38Sans doute, puisque vous le dites.
00:24:40Pour moi, je ne sais pas, je n'ai jamais donné de leçon.
00:24:42Mademoiselle, j'aimerais tant que ce ne soit pas pour vous une obligation désagréable.
00:24:53Ce qui est désagréable, ce n'est pas de vous donner des leçons.
00:24:56C'est l'obligation qu'on m'en fait.
00:24:59Insoumise ?
00:25:00Je n'aime pas obéir quand je ne l'ai pas choisi.
00:25:03Et si maintenant je vous donne à choisir, refusez-vous ?
00:25:05Vous, ce sont les refus que vous ne supportez pas.
00:25:08Peut-être.
00:25:10Venant de vous, j'en suis mal au fait.
00:25:12Je ne savais pas qu'on pouvait aimer autant les scrims.
00:25:16J'adore votre réponse.
00:25:19J'accepte.
00:25:21Parce que vous connaissez les feintes.
00:25:26Puis-je vous faire une autre prière ?
00:25:28Apprenez aussi que je déteste être prié.
00:25:31C'est étrange, voyez-vous, il me semble que je n'ai pas à redouter ce que vous détestez.
00:25:35Je voulais seulement voir le visage de mon adversaire.
00:25:38On ne vous a pas averti que je ne découvrais mon visage ni dans la rue, ni dans cette salle ?
00:25:42On m'a averti en effet, mais je ne crois jamais ceux qui donnent les avertissements.
00:25:46Vous ne croyez que vos désirs ?
00:25:48Sans doute.
00:25:50On me tolère mal d'être battu par un masque.
00:25:53Pourquoi vous cachez-vous ? Vous êtes belle.
00:25:56Cela s'entend.
00:25:58Cela s'entend ?
00:26:00Eh bien, pour aujourd'hui, il vous suffira d'en écouter.
00:26:03Pour aujourd'hui ?
00:26:04Est-ce une promesse ?
00:26:06Non, je déteste aussi promettre.
00:26:09Pour Sermon de Savigny, comme pour tous les hommes de la ville,
00:26:12l'amour de l'escrime avait un visage qui se dérobait sans explication.
00:26:16Pourtant, certains soirs, il leur eut suffit de regarder à cette fenêtre,
00:26:19dont les venteaux n'étaient même pas fermés,
00:26:21pour connaître enfin ce qu'ils devinaient depuis longtemps.
00:26:25Haute-Claire Stassin était belle.
00:26:26Plus belle encore qu'ils ne l'imaginaient.
00:26:31Oui, belle, je le savais, moi.
00:26:33Mais c'était un secret dont j'aimais la complicité.
00:26:35C'était un secret.
00:26:54C'est pas seulement ce tout est joli.
00:26:58Oui, très joli.
00:26:58Vous ne semblez pas aimer beaucoup la musique.
00:27:02Mais si, beaucoup, et vous jouez très bien.
00:27:05Aurais-je un piano à Savigny ?
00:27:07Celui que vous choisirez.
00:27:10Racontez-moi un peu comment nous vivrons.
00:27:13Le château est grand.
00:27:16Un peu sévère, mais plein de beauté.
00:27:19Le parc vous réservera des surprises si vous aimez la promenade.
00:27:24Nous aurons des visites, un peu ou beaucoup, comme il vous plaira.
00:27:29Mes domestiques ont appris la maison depuis des siècles.
00:27:32Ils mettront tous ces secrets à votre disposition.
00:27:35Ils préserveront notre isolement.
00:27:39Je vous offrirai les bois.
00:27:42Au petit matin, à cheval, les arbres se plieront sur votre passage,
00:27:45comme si vous alliez les battre.
00:27:48Cela est bien beau, Serlon.
00:27:50Mais vous ne savez pas que jamais je ne monte à cheval ?
00:27:58En l'isolement, je n'en souffrirai pas.
00:28:01Je me passe assez volontiers des papotages de la ville.
00:28:05Mais ne pourrez-vous me conduire en voiture, dans les bois ?
00:28:09Sans doute.
00:28:11Vous aurez votre attelage.
00:28:12Et avez-vous pensé aussi aux douceurs subtiles de la maison ?
00:28:19Je vous attendrai tous les jours à cinq heures dans mon boudoir.
00:28:24Nous y prendrons le thé.
00:28:27Je vous jouerai du piano,
00:28:29où vous ferez la lecture, à votre goût, jusqu'au dîner.
00:28:32Je vois que vous savez l'art de vivre.
00:28:35Cependant, je vous demanderai une faveur.
00:28:37Laquelle ?
00:28:39La permission de distraire quelques heures de ma journée
00:28:41pour me livrer à mon jeu préféré.
00:28:44L'escrime.
00:28:45Vous avez déjà attrapé la maladie de Nerville ?
00:28:47Je l'avais à Paris,
00:28:48et je vous avoue que j'accepterai difficilement de m'en guérir.
00:28:52Est-ce vraiment un jeu si fascinant ?
00:28:54Vraiment.
00:28:56Je vous assure.
00:28:58On donne un peu de son âme à chaque combat.
00:29:00C'est un corps à corps dont le fleuret est l'intermédiaire rigoureux.
00:29:06Pourtant, les audaces de l'épée sont plus difficiles
00:29:09et plus hardies que les audaces du corps.
00:29:14Et cette musique exaltante de Lassau, la connaissez-vous ?
00:29:17Non.
00:29:19Et dois-je l'avouer, Serlon, je ne souhaite pas la connaître.
00:29:23Voyez-vous, j'ai quelques préjugés.
00:29:26Peut-être un peu ridicules,
00:29:27mais je crois qu'ils contribuent au bonheur de la vie en commun.
00:29:33Je suis persuadé que vos préjugés sont les liens.
00:29:37Nous sommes genre de bonne compagnie,
00:29:39c'est pour cela que je vous aime,
00:29:41c'est pour cela que vous m'aimez.
00:29:43Pourtant, je suis une femme,
00:29:45vous êtes un homme,
00:29:47et nous avons nos faiblesses,
00:29:48nos manies,
00:29:50qui nous rendent quelquefois un peu ridicules.
00:29:51Vous êtes piqués d'escrime.
00:29:54Cela est bien, il faut toujours dans la vie adopter un divertissement.
00:29:57Pour moi, j'aime les bibelots à la folie,
00:30:00et je courrais volontiers au bout du monde pour avoir certaines petites boîtes.
00:30:03Je vous suive, oui.
00:30:04Oh, oui, peut-être un moment.
00:30:07Mais je vois combien nous pouvons devenir ennuyeux,
00:30:10moi avec mes miniatures, vous avec votre escrime.
00:30:12Alors,
00:30:15maintenant que nous nous sommes confiés qu'elles étaient nos passions,
00:30:19ne pensez-vous pas qu'il serait préférable de n'en plus parler ?
00:30:23Sans pour cela les perdre.
00:30:27Êtes-vous fâché ?
00:30:29Non.
00:30:31Votre sagesse est pleine d'esprit.
00:30:34Je vous promets,
00:30:35je vous jure même de ne jamais plus vous parler de mes duels.
00:30:39Céron fit sa cour,
00:30:40et prit sa leçon l'une et l'autre au quotidien.
00:30:44Un fait aurait pu faire jaser les mauvaises langues.
00:30:46Le comte de Savigny évitait le plus souvent
00:30:48de prendre sa leçon aux mêmes heures que les autres jeunes gens.
00:30:51Mais cela ne fut pas remarqué.
00:30:54Les observateurs n'étaient pas encore nés sur la question.
00:30:58Les préparatifs d'un mariage,
00:31:00arrangés selon les convenances,
00:31:01enchantaient les esprits.
00:31:03Et la ville entière se rendit à l'église
00:31:05pour voir bénir cette union
00:31:07qui eut lieu trois mois après le retour de l'héritier des Savigny.
00:31:10Céron frénois, comte de Savigny,
00:31:14voulez-vous prendre pour légitime épouse
00:31:16Delphine Marie de Cantor, ici présente,
00:31:19selon le rite de notre mère la Sainte-Église ?
00:31:23Oui.
00:31:25Delphine Marie de Cantor,
00:31:27voulez-vous prendre pour légitime époux
00:31:28Céron frénois, comte de Savigny, ici présente,
00:31:32selon le rite de notre mère la Sainte-Église ?
00:31:35Oui.
00:31:36Donnez-vous la main droite en signe de consentement.
00:31:42Ego coiungo vos in matrimonium,
00:31:45in nomine patris et fili et spiritus sancti. Amen.
00:31:49Mette-Claire, elle aussi, suivit tous les moments de cette cérémonie.
00:32:00Fût-elle troublée ?
00:32:02Rien dans son attitude ne le révélait,
00:32:04et personne, il est vrai, ne songeait à l'observer.
00:32:06La comtesse alla s'établir à son château,
00:32:10fort tranquillement avec son mari,
00:32:12qui ne renonça pas à ses habitudes citadines.
00:32:15Le temps s'écoula,
00:32:17Stassin mourut.
00:32:21Mlle Eau de Clare Stassin annonça
00:32:22qu'elle continuait les leçons de son père.
00:32:25Et loin d'avoir moins d'élèves,
00:32:27elle en eut davantage.
00:32:28J'allais moi-même quelquefois à la salle d'armes,
00:32:32et je n'y voyais qu'une jeune fille grave
00:32:33qui faisait sa fonction avec simplicité.
00:32:36Pas plus à propos de sa vignie qu'à propos de personne,
00:32:39la réputation de Eau de Clare ne fut effleurée.
00:32:42Quand un matin,
00:32:44éclata la nouvelle qui fit l'effet d'un coup de canon.
00:32:47Mlle Eau de Clare Stassin a disparu.
00:32:50Elle avait disparu sans laisser un mot à personne.
00:32:53Sa porte était fermée, son enseigne enlevée.
00:32:56Avec qui était-elle partie ?
00:32:58On se le demanda longtemps.
00:33:00La colère, le mépris,
00:33:02mêlés de regrets qu'on n'avouait pas
00:33:04donnèrent lieu aux suppositions les moins flatteuses.
00:33:07Ce furent les jeunes gens
00:33:07qui lui gardèrent la rancune la plus forte,
00:33:10parce qu'elle n'avait disparu avec aucun d'entre eux.
00:33:14La passion des armes s'affaiblit.
00:33:16Les jeunes gens qui venaient tous les jours
00:33:17ferrailler et échangèrent leur fleuret
00:33:19contre leur faute.
00:33:20Ils se firent chasseurs
00:33:21et restèrent sur leur terre,
00:33:24le comte de Savigny comme les autres.
00:33:26Je n'avais jamais été appelé à Savigny
00:33:36depuis le mariage à son propriétaire.
00:33:39Je n'avais nulle raison valable
00:33:40pour lui parler de la disparition de Haute-Claire.
00:33:43Quant à lui, il gardait le silence sur ce sujet.
00:33:47Le comte de Savigny
00:33:48semblait vivre avec sa femme
00:33:49dans l'intimité d'une lune de miel
00:33:51indéfiniment prolongée.
00:33:52Et Dieu sait combien de temps
00:33:55j'aurais été dupe de cette réputation.
00:33:58Si un jour,
00:33:59plus d'un an après la disparition de Haute-Claire,
00:34:02je n'avais été demandé au château.
00:34:09L'appel était pressant.
00:34:11La châtelaine était malade.
00:34:12Si le monsieur veut bien me suivre.
00:34:36Docteur Torky.
00:35:04Qui l'a ?
00:35:06Bonjour, docteur.
00:35:10Bonjour, monsieur.
00:35:11Je vous ai fait appeler
00:35:12parce que l'état de la comtesse m'inquiète.
00:35:13Je ne comprends rien à son mal.
00:35:16Bonjour, madame.
00:35:18Bonjour, docteur.
00:35:20Je suis bien lasse.
00:35:22Souffrez-vous, madame.
00:35:23Depuis combien de temps gardez-vous la chambre ?
00:35:25Une quinzaine de jours.
00:35:29Cela a commencé par quelques maux de tête
00:35:31accompagnés d'une fatigue intense.
00:35:35Ayez-vous de la fièvre.
00:35:37Elle venait un jour,
00:35:39s'arrêtait le lendemain,
00:35:41et puis reprenait ensuite avec plus de vigueur.
00:35:44Ces symptômes ne vous ont pas inquiété ?
00:35:46La comtesse était parfois à plusieurs jours
00:35:48sans fièvre et sans migraine.
00:35:49Elle-même ne voulait pas se considérer comme malade.
00:35:52C'est vrai, docteur.
00:35:54Je déteste la médecine.
00:35:57Mon mari m'a soignée avec une patience
00:35:59et un dévouement qui ne rendait pas
00:36:00votre présence indispensable.
00:36:03C'est lui qui a décidé de vous faire venir.
00:36:04Qui avez-vous donné comme remède ?
00:36:07Une potion à la quinine
00:36:09et un sirop fortifiant préparé par la pharmacienne.
00:36:12C'est très bien.
00:36:13Vous auriez fait un parfait médecin, monsieur.
00:36:15Eh bien, puisque vous approuvez ce médicament,
00:36:17c'est l'heure de ma potion.
00:36:18Je vais la prendre.
00:36:20Sir Lor, voulez-vous sonner Eulalie
00:36:21pour qu'elle me la porte ?
00:36:22Ce n'est pas si pressé.
00:36:23Vous feriez peut-être mieux attendre
00:36:24que le docteur ait terminé son examen.
00:36:26Mais pourquoi différer l'heure d'un remède ?
00:36:28D'autant que celui-ci est excellent.
00:36:34Ce pouls est trop rapide
00:36:36et un peu irrégulier,
00:36:37mais nous allons nous efforcer d'arranger ça.
00:36:40Ou puis-je faire une ordonnance ?
00:36:43Oui, je vous en prie.
00:36:54Vous devez l'avoir.
00:36:55Je ne sais pas encore,
00:36:57mais ces longueurs sont dangereuses.
00:36:59Vous alliez lui faire un peu plus tôt.
00:37:01Vous allez vite me guérir, n'est-ce pas, docteur ?
00:37:04Je vous dirai, madame.
00:37:08Mais il vous faudra être un peu patiente.
00:37:10Enfin, la présence de monsieur le comte
00:37:14vous rendra la patience plus facile.
00:37:17C'est vrai.
00:37:19Mon mari m'accorde tout son temps.
00:37:22Je ne suis presque jamais seule,
00:37:23si bien que je me passe des visites sans regret.
00:37:26Vous savez que je n'ai de joie qu'auprès de vous.
00:37:30Entrez.
00:37:30Eulalie, ma potion.
00:37:35La voici, madame la comtesse.
00:37:37C'est bien remporté, cela.
00:38:04Vous permettez, mademoiselle ?
00:38:07Oui, monsieur.
00:38:09C'est vous qui préparez ce remède ?
00:38:11Comment le faites-vous ?
00:38:13Je mets une cuillère à café de potion
00:38:15dans un bol de bouillon de légumes.
00:38:18Eh bien, c'est excellent.
00:38:19Mademoiselle ?
00:38:20Eulalie, monsieur.
00:38:25Eh bien, docteur, que m'ordonnez-vous ?
00:38:29Tout de suite, madame.
00:38:29Eh bien, voilà, madame.
00:38:43Vous allez prendre trois fois par jour après les repas.
00:38:45Eulalie, Haute-Claire,
00:38:47toutes les questions se posaient en même temps.
00:38:49J'avais manqué perdre mon sang-froid.
00:38:51Je me réfugiais quelques minutes dans mon rôle de médecin.
00:38:53Lui attendait.
00:38:57Et je le laissais attendre.
00:39:00Sa sécurité dépendait de moi,
00:39:02de mon silence.
00:39:04Allais-je me taire ou non ?
00:39:07Oui, il l'avait compris.
00:39:10Je me tairais.
00:39:14Eh bien, ma chère, avec votre aide, nous vous guérirons.
00:39:16Je ne perds pas confiance en nous.
00:39:20Et si parfois je me décourage,
00:39:22votre dévouement suffit à me rassurer.
00:39:25Soignez-vous bien, madame.
00:39:26Au revoir, docteur.
00:39:28Jusqu'à nouvel ordre, revenez tous les jours.
00:39:30Je ne vous raccompagne pas.
00:39:32Je vous en prie.
00:39:33Je vous en prie.
00:39:46Elle était là,
00:39:51cette parfaite femme de chambre.
00:39:54Indifférente, calme,
00:39:56occupée seulement à la tâche dont on l'avait chargée.
00:39:59Tout paraissait dans l'ordre.
00:40:08J'avais presque le sentiment d'avoir été le jouet d'une illusion.
00:40:10Oui, je me tairais.
00:40:18Mais non comme le croyait M. de Savigny
00:40:20par crainte de perdre un client comme lui, non.
00:40:23Seulement pour ne pas me fermer la porte d'une maison
00:40:25où il y avait le pareil chose à observer.
00:40:31Je viendrai tous les jours.
00:40:33Et tous les jours, M. le comte,
00:40:34je me contenterai de regarder.
00:40:40Maintenant, il faut avoir l'esprit clair
00:40:55et tenter d'expliquer tout cela.
00:40:58Autre clé enlevé ?
00:40:59Non.
00:41:01Elle est là de son propre consentement
00:41:02et qui a son rôle à la perfection.
00:41:05Depuis combien de temps est-elle là ?
00:41:07Depuis sa disparition ?
00:41:10Comment personne ne l'a-t-il reconnu ?
00:41:13À cette question-là, je crois pouvoir répondre.
00:41:16La lune de miel interminable
00:41:18dont la ville entière avait parlé.
00:41:20Le comte et la comtesse vivent en retirée.
00:41:23Ah, Savigny est à droit.
00:41:25Mais enfin,
00:41:27une visite peut tomber à l'improviste.
00:41:29Il est vrai que si c'est un homme,
00:41:31Haute-Claire n'a aucune raison d'être là.
00:41:34Si c'est une femme,
00:41:35il n'y a plus aucun problème
00:41:36puisqu'aucune d'entre elles ne connaît son visage.
00:41:38Mais enfin,
00:41:40que personne ne se soit posé aucune question,
00:41:43comment est-ce possible ?
00:41:46Le souvenir est aigu.
00:41:48Cette millage n'est pas beaucoup dormi.
00:41:50Ses plaisirs impersonnels et solitaires de l'observateur,
00:41:54je m'y suis livré tout entier.
00:41:55Le lendemain, j'étais là très tôt,
00:42:02prêt à relever tout ce qui pourrait me servir d'indice.
00:42:04C'est le frère aujourd'hui.
00:42:09Ah oui, le vent est au nord.
00:42:12Belle bête.
00:42:13Oui.
00:42:13Il faudrait le cavalier pour monter des animaux pareils.
00:42:16Ah oui.
00:42:16Avant la maladie de madame,
00:42:17M. le comte est monté tous les jours à Tour de Roche.
00:42:22A qui la mettre écuillée ?
00:42:23Ah non.
00:42:24Il faut lui tenir les chevaux prêts
00:42:25à n'importe quelle heure du jour et de la nuit.
00:42:27De la nuit ?
00:42:28Oui.
00:42:29Un caprice.
00:42:30Prétend que la nuit,
00:42:30les chevaux sont un peu fous,
00:42:32qui galopent avec frénésie.
00:42:33Vous l'accompagnez ?
00:42:34Ah non.
00:42:36Il monte parfois avec un de ses amis.
00:42:37Un jeune homme du voisinage.
00:42:39Un amateur de sensations fortes aussi, je suppose.
00:42:42Je ne sais pas.
00:42:43Je l'aperçois seulement une fois, de loin.
00:42:46C'est bien d'avoir un maître connaisseur.
00:42:47Ah oui.
00:42:48Pour ça, M. apprécie.
00:42:49Il sait reconnaître les soins qu'on en a ses poulains.
00:42:51Vous savez.
00:42:51Et bon courage.
00:42:58Un cavalier inconnu.
00:43:01Décidément, on n'est pas curieux dans ce château.
00:43:04Les caprices sont si bien ancrées dans les habitudes quotidiennes
00:43:06que les domestiques ne songent même plus à s'en inquiéter.
00:43:10Je comprenais.
00:43:11La volupté du danger.
00:43:13Cela donnait à leur passion des dimensions démesurées.
00:43:16Car il ne fallait pas en douter.
00:43:19Le cavalier inconnu, c'était haut de clé.
00:43:24Mais il n'était pas possible qu'aucun des domestiques ne suent qui elle était.
00:43:28Je connais le chemin.
00:43:40Madame est encore au lit ?
00:43:42Oui, elle n'en bouge que pour aller à son lit de repos.
00:43:44Et toi, tu ne la quittes jamais ?
00:43:46Tu vas mourir, ma pauvre fille, d'être enfermée tout le temps dans cette chambre.
00:43:51Tu sais, je n'étais pas souvent dehors quand elle n'était pas malade.
00:43:54Je préfère la soigner que d'avoir regardé une fille.
00:43:56C'est vrai que tu n'as pas été gâtée dans tes places.
00:43:59Une vieille femme qu'il faut laver, faire manger, rouler en voiture.
00:44:02Et celle-ci, au milieu de ses miniatures, elle est exigeante.
00:44:09Elle n'est plus ni moins qu'une autre.
00:44:12Tu sais, au fond, elle ne me connaît pas.
00:44:14C'est vrai qu'elle ne connaît que le service.
00:44:17Enfin, elle pourrait être contente d'avoir une personne gracieuse autour d'elle.
00:44:20Pour ça, il faudrait qu'elle me voie.
00:44:23La voix-là qui sonne, il ne faut pas que je la fasse attendre.
00:44:26Allez, bon courage, Lally.
00:44:30Eh bien, j'étais renseignée.
00:44:32Il n'avait rien laissé au hasard.
00:44:35Haute-Claire était Lally jusque dans son passé.
00:44:37Eh bien, mon cher, tu espionnes ?
00:45:05Après tout espionné, ce n'est jamais qu'observé à tout prix.
00:45:08Faites gonfler légèrement le col.
00:45:13C'est cela.
00:45:14N'oubliez pas la ceinture.
00:45:17Souple surtout que ça ne passe pas à prêter.
00:45:18Quelle mule, Mme la comtesse, est-elle maître aujourd'hui ?
00:45:40Elle est blanche, naturellement.
00:45:43Puis non, les vieilleurs, ça fera plus gai.
00:45:44Merci, Lally.
00:45:54Je me sens mieux.
00:45:57Je vais marcher un peu dans la chambre.
00:45:59Mme la comtesse n'a sûrement pas de fièvre ce matin.
00:46:02Ses yeux sont moins brillants.
00:46:03C'est vrai.
00:46:12Vous remarquez tout, Lally.
00:46:16Enfin, je vais peut-être guérir.
00:46:20Venez m'aider à me coiffer.
00:46:21Voilà exactement ce qu'on appelle une domestique parfaite.
00:46:35De l'obéissance, de la souplesse.
00:46:37Une entente du caractère de sa maîtresse qui tient du génie.
00:46:42Mais enfin, comment la comtesse est-elle dupe ?
00:46:44Dans cette maison où on cultive à un degré rare la dissimulation des sentiments ?
00:46:48Est-elle simplement un témoin qui se tait avant d'avoir acquis sa conviction ?
00:46:55En admettant qu'elle ignore la vérité,
00:46:57comment a-t-elle pu, aimant son mari,
00:47:00engager une servante aussi belle ?
00:47:04N'est-elle pas jalouse ?
00:47:07Un visage de victime.
00:47:12C'est bien.
00:47:19Merci, Lally.
00:47:21Ré-demandie au jardinier de me faire un bouquet.
00:47:23Bien, madame la comtesse.
00:47:29Je vous attendais, mademoiselle.
00:47:31Voulez-vous annoncer à madame la comtesse
00:47:32que je suis prêt à lui faire visite quand elle le souhaitera.
00:47:34Bonjour, docteur.
00:47:46Bonjour, madame.
00:47:49Je me sens plus vaillante aujourd'hui.
00:47:52Eh bien, madame, nous allons bientôt vous autoriser à vous promener dans le parc.
00:47:59Le pot est excellent.
00:48:01Est-ce que madame la comtesse a encore besoin de moi ?
00:48:03Non, merci, Lally.
00:48:04Allez me chercher les fleurs.
00:48:14Quel pas de velours.
00:48:15Vous avez là une femme de chambre d'un bien agréable service, madame.
00:48:19Oui, elle me sert très bien.
00:48:20J'en suis fort contente.
00:48:21Est-ce une fille de Nerville ?
00:48:23On l'est dit le plus souvent courageuse et dévouée.
00:48:25Non, elle n'est pas Nerville.
00:48:28À vrai dire, je ne sais pas exactement d'où elle est.
00:48:30Il faudrait que vous le demandiez à monsieur de Savigny.
00:48:32C'est lui qui me l'a amenée peu d'un après notre mariage.
00:48:35Elle servait chez une vieille cousine à lui qui était morte et se trouvait sans place.
00:48:40Je l'ai prise de confiance et j'en suis ravie.
00:48:43C'est une perfection de femme de chambre.
00:48:46Je ne lui connais pas un défaut.
00:48:48Moi, madame, je lui en connais un.
00:48:50Ah, lequel ?
00:48:52Eh bien, ce défaut, madame, c'est qu'elle est trop belle.
00:48:54Un de ces jours, on vous l'enlèvera.
00:48:55Vous croyez ?
00:48:57Elle est assez belle pour tourner la tête d'un duc.
00:49:00Il n'y a pas de duc à Nerville.
00:49:03Et s'il y en avait un, encore faudrait-il qu'il remarque la beauté d'une domestique.
00:49:09Madame, n'avez-vous pas lu le mariage de filles à roues ?
00:49:12Ce sont des sornettes, bonne pour le théâtre.
00:49:15Et puis, voyez-vous, docteur, si on me l'enlève, eh bien, tant pis.
00:49:19Quand ces filles-là veulent vous quitter, rien ne les retient.
00:49:21Eux la lie à le service charmant, mais je me garderais bien de m'y attacher
00:49:24car elle abuserait, comme les autres, de l'affection que je pourrais lui porter.
00:49:29Elle ne sait rien.
00:49:30Si ce n'est qu'elle est noble,
00:49:32et qu'en dehors de la noblesse, le monde n'est pas digne d'un regard.
00:49:37Voilà, docteur, je suis votre malade.
00:49:42Entrez.
00:49:49Où dois-je mettre ces fleurs, madame la comtesse ?
00:49:51Près de la fenêtre.
00:49:53Non, mettez-les plutôt sur la table aux miniatures.
00:49:57En prenant bien soin, non, les fleurs n'auraient aucune.
00:50:04Elle est cassée naturellement.
00:50:06Non, madame la comtesse, elle est intacte.
00:50:08C'est une chance.
00:50:09Si vous aviez le sens de la beauté et de la valeur de ces objets,
00:50:13ce genre de maladresse ne vous arriverait pas.
00:50:17Enfin, on ne peut pas vous demander l'impossible.
00:50:23Que madame la comtesse m'excuse.
00:50:27C'est bien, Elali, vous pouvez vous retirer.
00:50:29Elle accepte tout, même l'inacceptable.
00:50:36Quel amour étrange lui donna ainsi le courage de baisser la tête.
00:50:44Cette main ne tremble pas.
00:50:46La comtesse de Savigny ne soupçonne rien des amours clandestines
00:50:49que cache un tel dévouement.
00:50:50Excusez-moi, où pourrais-je trouver le comte de Savigny ?
00:50:56On m'a dit qu'il était dans le parc.
00:50:57Oui, il est venu tout à l'heure faire une petite promenade,
00:51:00mais je crois qu'il est rentré.
00:51:01Maria, Maria, c'est où est, monsieur le comte ?
00:51:05Il est auprès de madame à cette heure.
00:51:08Il ne la quitte pas de la journée, excepté pendant sa toilette.
00:51:11On m'a dit cependant qu'il était parti faire une promenade à cheval.
00:51:14C'est une erreur, certainement.
00:51:16Monsieur ne supporte pas de quitter madame plus d'une demi-heure le matin.
00:51:19Loin d'elle, il est mort d'inquiétude.
00:51:21La comtesse n'est pas malade au point qu'il ait tant de soucis.
00:51:23Même avant sa maladie, madame n'était presque jamais seule.
00:51:26Monsieur l'a quitté le moins souvent possible.
00:51:29Un mari amoureux de sa femme aussi longtemps ?
00:51:31Je croyais que ça ne se voyait plus.
00:51:33Eh bien, ici, ça se voit.
00:51:35Je vous défie de prouver le contraire.
00:51:36Je vous laisse, monsieur. C'est l'heure du goûter.
00:51:38Eulalie va venir chercher son plateau.
00:51:42En quinze jours de visite, faites quotidiennement à des heures différentes,
00:51:45je n'ai rien pu observer qui détruise la légende d'un accord parfait entre les châtelains de Savigny.
00:51:51J'arrivais parfois à douter de cet amour coupable,
00:51:54dont la présence de Haute-Claire était pourtant la preuve
00:51:56qui avait provoqué l'autre.
00:51:59Était-ce elle ?
00:52:00Était-ce lui ?
00:52:01Je ne veux pas que vous soyez fatigué.
00:52:21Je veux que madame se repose
00:52:24et guérisse
00:52:26pour l'emmener voir le printemps dans le parc.
00:52:31Qu'est-ce qui vous fait plaisir ?
00:52:35Voulez-vous voir vos miniatures ?
00:52:39Laquelle préférez-vous aujourd'hui ?
00:52:44L'Aille-Antoinette ?
00:52:45L'Enfant-Rose ?
00:52:47Vous choisissez.
00:52:49Dites-moi, Serlan,
00:52:51il paraît qu'on dit partout que vous m'aimez.
00:52:53Est-ce vrai ?
00:52:55Qu'on le dit, que je vous aime.
00:52:58Que vous m'aimez ?
00:52:59L'auriez-vous déjà oublié ?
00:53:03Mais parfois, je suis très triste
00:53:07de vous enfermer dans la routine de cette maladie.
00:53:10Suis-je un garde-malade impatient ?
00:53:12Non.
00:53:14Mais quand je sens ce mal durer, grandir,
00:53:17et toute cette fatigue,
00:53:19je pense au jour où vous cesserez d'être patient.
00:53:22Eh bien, ma chère, consolez-vous.
00:53:27Le château est debout et à la même place depuis 300 ans.
00:53:31Je crois que je lui ressemble.
00:53:33Merci, Serlan.
00:53:34Vous me donnez du courage.
00:53:40Et l'escrime, dites-moi,
00:53:43l'avez-vous abandonné ?
00:53:43Il y a longtemps.
00:53:47Mais je croyais que nous étions convenus
00:53:48de ne pas parler de nos manies.
00:53:50Peut-être ai-je eu tort.
00:53:54Les manies, c'est un peu l'âme.
00:53:56À force de pudeur et de convenance,
00:53:59on finit par ne plus très bien savoir avec qui l'on vit.
00:54:02Auriez-vous le mal du mariage aujourd'hui ?
00:54:04Vous avez raison.
00:54:09La maladie s'attaque aux meilleurs principes.
00:54:12Et si la bonne mère bénédictine
00:54:14qui a fait mon éducation m'entendait,
00:54:16elle rirait de mes faiblesses.
00:54:18Eh bien, supposons qu'elle est là
00:54:19et nous en rirons aussi.
00:54:26Entrez.
00:54:27Docteur, entrez, je vous en prie.
00:54:30Bonjour, madame.
00:54:31Je vous prie de m'excuser d'arriver si tard aujourd'hui.
00:54:33Mais j'ai été retenu par un accouchement difficile.
00:54:36C'est sans importance, docteur.
00:54:40Voulez-vous partager notre dîner ?
00:54:41Cela vous remettra.
00:54:42Avec plaisir, madame. Je vous remercie.
00:54:45C'est relant.
00:54:46Voulez-vous sonner Eulalie
00:54:46pour qu'elle rajoute un couvert ?
00:54:52Eulalie, vous ajouterez un couvert.
00:55:01Bien, monsieur.
00:55:03Sœur Loh, voulez-vous aider Eulalie à porter la table ?
00:55:22Assez-y, vous, docteur.
00:55:36Ça fait de mal, docteur ?
00:55:47Belontier, merci.
00:55:48Je vous remercie.
00:56:02J'aimerai.
00:56:02Elle me donnait le froid dans le dos que donnerait un serpent qu'on verrait se dérouler et s'étendre sans faire le moindre bruit en s'approchant du lit d'une femme endormie.
00:56:32Pardon.
00:56:36Je vous en prie, monsieur.
00:56:49Pardon, monsieur.
00:56:54Voyons, Hulali n'insistait pas. Le docteur ne souhaite pas en reprendre.
00:56:57Elle n'imaginait même pas une telle violence, une telle audace.
00:57:01Ce soir-là, je ne suis pas rentré chez moi.
00:57:06À minuit, je revenais rôder dans les parages du château.
00:57:11Où et quand ces gens s'aimaient-ils ?
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