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  • il y a 5 mois

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00:00Sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le journaliste au Figaro, Wally Bordas.
00:05Bonjour Wally Bordas, grand reporter politique en charge de l'Assemblée Nationale au Figaro.
00:09Donc votre dernier livre, je le montre sur Europe 1.fr et votre appui Europe 1,
00:13Palais Bourbier, chronique d'une France ingouvernable, c'est chez Robert Laffont.
00:18Alors ingouvernable en grande partie à cause justement de ce Palais Bourbon
00:21qui est devenu impraticable faute de majorité.
00:24Les députés s'en plaignent et pourtant, est-ce qu'ils ont vraiment envie que ça change ?
00:28Avoir leur crainte à tous, que vous racontez cette semaine dans le Figaro,
00:32crainte d'une nouvelle dissolution, on peut en douter.
00:35Vous les côtoyez au quotidien ces députés.
00:38Quelle est l'ambiance depuis dimanche dernier, depuis la chute express du gouvernement Lecornu ?
00:42La vérité c'est qu'en dépit de ce qu'on peut entendre, des appels à la démission, des appels à la dissolution,
00:47il y a un vent de panique générale depuis quelques jours à l'Assemblée Nationale
00:52parce que tous sentent bien que la dissolution semble inéluctable.
00:56Et finalement, personne ne la souhaite vraiment.
00:59Du RN à LFI, le RN pour des raisons, eux évidemment ils en sortiraient grandi et renforcés à l'Assemblée Nationale
01:07mais ils n'auraient certainement pas, ou peut-être pas en tout cas, une majorité absolue, ce qu'ils souhaiteraient.
01:12Et donc ils le craignent.
01:13Et les autres, ils ont peur d'exercer le pouvoir, vous nous dites.
01:16Ils ont aussi peur d'exercer le pouvoir parce que ce qu'ils souhaiteraient dans l'idéal,
01:19c'est une victoire nette et sans bavure en 2027, avec une majorité absolue, un président de la République ou une présidente de la République.
01:25Avoir tous les pouvoirs d'un coup.
01:26Voilà.
01:27Et ne pas s'user dans l'exercice d'une cohabitation, ou pire encore, d'une demi-cohabitation avec une majorité relative.
01:35Les autres, de LFI à LR, ils ont tous peur de la dissolution tout simplement parce qu'ils pourraient y perdre des plumes.
01:41Oui, ils ont peur du dégagisme en fait, c'est ça ?
01:42Ils ont peur du dégagisme.
01:44La gauche, parce que si elle n'est pas rassemblée, elle perdrait forcément des plumes,
01:48et notamment LFI qui pourrait avoir son groupe divisé par deux.
01:51Même LFI a peur de la dissolution.
01:53Même LFI a peur de la dissolution.
01:55Parce que c'est vrai, ils sont déjà dans l'étape d'après la démission du président, c'est leur objectif, ils ne cessent de le répéter.
02:00D'ailleurs, on le voit dans les prises de parole de Jean-Luc Mélenchon comme de Marine Le Pen.
02:05C'est d'abord la démission d'Emmanuel Macron avant la dissolution.
02:09Et ce n'est pas pour rien qu'il y a cet ordre des priorités en quelque sorte.
02:15Oui, parce qu'en fait, il y a aussi dans le calcul politique de se dire,
02:18si Emmanuel Macron prononce la dissolution et que par le fait politique, il est contraint de démissionner après,
02:24le président qui serait élu dans la foulée n'aurait pas les mains libres.
02:27Il ne pourrait pas prononcer à nouveau une dissolution.
02:30Il y a cette année pendant laquelle on ne pourrait rien faire.
02:33Ce délai d'un an, exactement, qui s'imposerait finalement au président de la République élu
02:40et qui hiriterait finalement du bourbier de l'Assemblée Nationale, en cas de bourbier évidemment,
02:46parce qu'il n'est pas dit qu'il n'y ait pas de majorité absolue s'il y a dissolution.
02:51Mais c'est effectivement l'une des problématiques.
02:53Et c'est pour ça que, si cette dissolution est prononcée, après son résultat,
02:58je doute grandement que les principaux responsables politiques,
03:03à savoir Marine Le Pen d'un côté, Jean-Luc Mélenchon de l'autre,
03:06continuent de crier à la démission, puisque de toute façon,
03:09ils ne pourraient pas avoir de législatives anticipées.
03:13Oui, il faudra mieux attendre 2027 dans ces conditions.
03:16Alors, ce qui est très intéressant dans votre livre, Wally Bordas,
03:18c'est que vous racontez qu'il y a des signaux faibles à l'Assemblée,
03:21il se passe des choses, en dépit de ce que l'on raconte.
03:24Vous dites par exemple, Sébastien Lecornu, il a beaucoup insisté mercredi à la télévision
03:27sur le regret qu'il avait de l'absence de culture du compromis.
03:31Ah, on n'est pas les Allemands, on ne sait pas bâtir des coalitions.
03:34Mais vous racontez quand même dans le livre que, si, il s'est quand même passé des choses.
03:37La culture du compromis, par exemple, on a appris à la pratiquer au sein du bloc central, par exemple.
03:43On a avancé, on a avancé quand même au cours de cette dernière année.
03:46C'est vrai que la France est particulièrement dans cette cinquième république.
03:51n'est pas habituée à la culture du compromis.
03:54Le président a un gouvernement, une majorité pléthorique, qui vote les lois.
03:59Là, on est dans une situation inédite.
04:02Les macronistes forcés et contraints ont été obligés de faire des compromis.
04:07Et ils l'ont fait, pour l'instant, de manière assez disparate.
04:13Les LR l'ont fait également, puisque Bruno Retailleau le répète assez souvent.
04:19Ils ont accepté de rentrer dans un gouvernement avec des macronistes,
04:22qu'ils combattent quand même depuis pas mal d'années.
04:24Ils ont accepté de gouverner avec un programme qui n'est pas le leur.
04:30Mais est-ce que là, tout n'a pas changé quand même cette semaine, Wally Bordas ?
04:32Vous les avez vus toute la semaine.
04:34C'est quoi un peu l'ambiance en ce moment ?
04:35On a l'impression que c'est chacun pour soi, un peu, cette semaine.
04:39Moi, j'ai une impression du bouquet final d'un feu d'artifice, en fait.
04:44De l'acmé d'une crise politique dont on sait que l'explosion finale est arrivée.
04:53Je ne sais pas, en 48 heures, peut-être un peu plus,
04:56tout ce qu'on a vu, on a vu le premier premier ministre d'Emmanuel Macron réclamer sa démission.
05:01On a vu l'ancienne première ministre d'Emmanuel Macron, Elisabeth Borne,
05:05qui avait fait la réforme des retraites, demander sa suspension.
05:08On voit des députés LR, alors je ne parle pas du patron du parti,
05:11mais on voit des députés LR, peut-être même une majorité d'entre eux,
05:15vouloir, ou en tout cas, imaginer une suspension de la réforme des retraites,
05:21pour laquelle ils ont pourtant fait campagne en 2022.
05:25Tout part un petit peu dans tous les sens.
05:26Et on a l'impression que c'est un petit peu le dernier clou dans le cercueil de cette crise politique.
05:36Mais là, cette semaine, quand vous les avez rencontrés, justement,
05:39quelle était l'ambiance ? Qu'est-ce qu'ils font d'ailleurs, les députés ?
05:42Parce qu'ils ont fait leur rentrée parlementaire il y a quoi ? Il y a dix jours ?
05:45Un peu plus de ça, il y a une dizaine de jours.
05:48La vérité, c'est que c'était un petit peu une fausse rentrée parlementaire, finalement,
05:51parce qu'il ne se passe quasiment rien à l'Assemblée Nationale.
05:55Et pourtant, ils y sont tous les jours, ou presque.
05:57Enfin, là, pas ce vendredi, le vendredi, généralement non, ils sont en circo.
05:59Cette semaine, la vérité, c'est qu'ils n'étaient là quasiment que mardi.
06:03Lundi soir, mardi.
06:05Et ils sont tous repartis en circonscription.
06:06Là, ils savent très bien qu'il y a 99% de chances qu'il y ait une dissolution dans les jours, semaines à venir.
06:16C'est vrai ?
06:16Parce qu'on entend dire quand même que c'était un coup de bluff d'Emmanuel Macron,
06:20pour ramener tout le monde à la table des discussions.
06:21Je peux vous dire qu'eux, en tout cas, s'y préparent, qu'ils sont tous en campagne déjà.
06:26Ils sont tous dans les futures investitures qui auront lieu en cas de législative anticipée.
06:32Ils ont tous préparé leur tract de campagne, ils ont tous préparé tous leurs documents.
06:38Et tout est prêt.
06:39Et donc, l'activité législative n'existe pas.
06:41Et eux sont plutôt en circonscription, en train de préparer la suite.
06:45Alors, comme vous les pratiquez au quotidien, ces députés de tous bords ou à Liborda,
06:49il y a une vie interne à l'Assemblée nationale,
06:51où par-delà les affrontements, les rivalités de familles politiques,
06:55ils vivent ensemble, donc ils se parlent, ils se côtoient, ils se connaissent.
06:58Il y a des amitiés, il y a des inimitiés, il y a des histoires d'amour aussi à l'Assemblée nationale.
07:01Vous racontez ces petits détails-là qui sont intéressants,
07:04mais est-ce que vous croyez, plus fondamentalement, politiquement,
07:07à l'existence encore du Front Républicain ?
07:10On dit, Wally Bordas, que le Front Républicain, il a migré vers la gauche.
07:13Aujourd'hui, le cordon sanitaire, il entoure la France Insoumise,
07:17plus que le Rassemblement National.
07:19Est-ce que vous le sentez, ça, vous, au Palais Bourbon ?
07:21Alors, on le sent énormément.
07:22Et d'ailleurs, j'en parle dans mon livre, j'ai plein d'anecdotes sur le sujet.
07:26Des députés, macronistes notamment, et LR,
07:30qui avant étaient plutôt favorables au Front Républicain anti-RN,
07:35aujourd'hui, ont mis un véritable cordon sanitaire avec la France Insoumise.
07:39Et on le voit dans les relations interpersonnelles en coulisses à l'Assemblée nationale.
07:44Est-ce que ça va se traduire électoralement,
07:46à l'occasion de prochaines législatives, d'une présidentielle ?
07:49Je ne sais pas.
07:50Mais en tout cas, il est vrai qu'à l'Assemblée, on voit que ça bouge.
07:53Parce que vous racontez, c'est le point de départ du livre,
07:56qu'Emmanuel Macron, lorsqu'il prononce la dissolution,
07:58il espérait que le RN l'emporte.
08:00Et puis patatras, Gabriel Attal, la gauche, sont arrivés en fanfare
08:04avec le Front Républicain, le Front Républicain.
08:06Et ça a torpillé ce projet d'Emmanuel Macron.
08:09Ça a complètement ruiné les chances de grande victoire du RN l'année dernière.
08:13Oui, c'est l'une des révélations de ce livre,
08:16où effectivement, Emmanuel Macron, au moment où il prononce la dissolution,
08:21lui voit très bien la situation politique avec un RN
08:24dans une dynamique incroyable après les Européennes.
08:28Emmanuel Macron souhaite s'offrir un duel avec ce RN
08:31à l'occasion de législatives anticipées,
08:33en pensant que la gauche ne saliera pas.
08:35Bon, ça ne marche pas.
08:37Le RN est largement en tête.
08:40Et entre les deux tours des élections législatives,
08:43où le RN peut-être s'apprête à prendre le pouvoir,
08:45Emmanuel Macron appelle des candidats macronistes
08:48pour leur demander de se maintenir
08:50et de ne pas faire le Front Républicain
08:52comme le souhaite, au contraire, Gabriel Attal.
08:56Ça ne marche pas.
08:57La plupart d'entre eux se retirent
08:59et on a le résultat qu'on connaît
09:00avec cette Assemblée Nationale coupée en trois.
09:03Il croit à 99% les députés
09:05qu'il y aurait une dissolution.
09:06Intéressant, hein.
09:07On en parlait avec Wally Bordas.
09:08Merci d'être venu nous en parler.
09:09Grand reporter politique au Figaro
09:11pour son livre Palais Bourbier,
09:12chronique d'une France ingouvernable.
09:13C'est chez Robert Laffont.
09:14Merci Wally Bordas.
09:15Bonne journée.
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