Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 minutes
Chaque matin dans Europe 1 Matin, Jacques Serais reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs et responsable du pôle plaidoyer de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:007h12 sur Europe 1, Jacques Seré vous recevez ce matin Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs,
00:06responsable du pôle plaidoyer de la Société Française d'accompagnement et de soins palliatifs.
00:11Bonjour Claire Fourcade.
00:13Bonjour.
00:13C'est donc le jour J à l'Assemblée Nationale.
00:16Les députés vont se prononcer aujourd'hui en deuxième lecture sur la création d'un droit à l'aide à
00:21mourir,
00:22autrement dit la mise en place de l'euthanasie et du suicide assisté.
00:26Alors cette réforme sociétale avait été largement adoptée en première lecture.
00:30Les parlementaires auront à se prononcer aujourd'hui sur un premier texte concernant le développement des soins palliatifs
00:36avant de trancher sur l'euthanasie.
00:38Est-ce que le vote de cet après-midi, Claire Fourcade, peut réserver des surprises ?
00:43Alors je pense qu'on n'aura pas de surprise sur le vote sur le texte sur les soins palliatifs
00:46qui devrait être très largement adopté et même probablement à l'unanimité.
00:51Par contre le vote sur le texte intitulé « Droit à l'aide à mourir » est extrêmement incertain
00:56parce que le texte a beaucoup évolué au cours de cette deuxième lecture
00:59et donc il y a beaucoup de députés qui sont en difficulté avec le texte qui arrive au vote
01:03et donc c'est très difficile de prévoir ce qui peut se passer.
01:06Qu'espérez-vous ce matin, Claire Fourcade ?
01:08Une forme de réveil des consciences dans cette dernière ligne droite ?
01:12Moi ce que j'espère c'est qu'un certain nombre de députés prennent conscience complètement du texte qu'ils
01:19votent
01:19parce que je pense que beaucoup ne réalisent pas forcément les implications et ce que deviendra ce texte.
01:26Je pense que beaucoup de députés pensent voter un texte pour des situations exceptionnelles
01:30alors qu'on est devant un texte très proche du texte qui est actuellement en vigueur au Canada
01:36et qui va ouvrir un très grand nombre d'euthanasies.
01:40Et donc ce que j'aimerais c'est que ces députés-là prennent conscience de ce qu'ils votent
01:43pour qu'on n'ait pas dans dix ans de députés qui nous disent
01:45« Ah mais moi c'était absolument pas ça que je voulais ».
01:48Et donc il y a vraiment cette nécessité d'ouvrir les yeux sur la nature du texte qui arrive à
01:52l'Assemblée.
01:53Vous avez le sentiment qu'une partie des députés ne réalise pas la portée
01:56de ce qui est en train de se jouer pour notre société ?
01:59Alors on a vu tout au long de la deuxième lecture, pour ceux qui ont un petit peu suivi,
02:02il n'y a jamais eu plus de 150 députés dans l'hémicycle.
02:05On peut imaginer que ceux qui sont dans l'hémicycle tout au long des débats
02:08sont ceux qui sont les plus motivés par le sujet
02:10et que ceux qui sont absents, c'est une supposition,
02:12mais sont ceux qui sont peut-être plus indécis ou en tout cas moins alertés sur le sujet.
02:18Et donc ces députés qui vont arriver pour le vote
02:21ont peut-être moins d'éléments que ceux qui ont participé à l'ensemble des débats.
02:24Et donc il y a vraiment une crainte
02:27et c'est pour ça qu'il y a une grande incertitude sur ce vote.
02:29C'est-à-dire que tous ces députés qui arrivent sans avoir participé au débat,
02:33comment est-ce qu'ils vont comprendre ce texte ?
02:35Quels sont-ils qu'ils vont en saisir ?
02:36On a vu quand même que beaucoup de ce qu'on appelle à tort, à mon avis,
02:41des garde-fous ont disparu.
02:43Et donc ce texte est encore plus large que ce qu'il était déjà au départ.
02:47Et donc à mon avis, un texte extrêmement difficile,
02:51il est très difficile d'en envisager la mise en œuvre.
02:53Claire Fourcade, est-ce le scénario que vous redoutiez
02:56des temps qui est en train de se produire ?
02:58C'est-à-dire un débat qui s'éternise
03:00et des garde-fous qui sautent les uns après les autres ?
03:03Alors en fait, ce qu'il me semble, moi,
03:05c'est qu'il n'y a pas de garde-fous possible en fait.
03:08Et donc c'est ce qu'on est en train de voir en direct.
03:10À vrai dire, je pensais que ça prendrait plus de temps
03:12et qu'il faudrait y revenir plusieurs fois sur plusieurs années.
03:15Mais en fait, à partir du moment
03:16où on envisage de répondre à la question de la souffrance par la loi,
03:20il est impossible de mettre des limites.
03:22Il est impossible de dire à une personne qui souffre
03:24« Ah ben vous, vos souffrances vous donnent accès à ce nouveau droit
03:27ou vous, vos souffrances ne donnent pas accès à ce droit ».
03:29Et on a vu que les députés ont passé beaucoup de temps
03:31à essayer de chercher des critères,
03:33ce qu'on appelle des critères stricts,
03:34et qui dans le réel de la médecine ne sont absolument pas stricts.
03:37Mais en fait, c'est impossible de tracer une ligne claire
03:39qui sépare les souffrances qui donnent accès à un droit
03:41de celles qui ne donnent pas accès.
03:43Et là, on voit en direct dans les débats
03:45à quel point c'est impossible.
03:47Et donc, il n'y a pas de garde-fous ou de critères stricts.
03:52On décide de répondre par la loi à l'action de la souffrance.
03:54Et ça me semble une promesse extrêmement difficile,
03:57impossible à tenir,
03:59et avec des enjeux pour les personnes les plus fragiles
04:01qui sont immenses.
04:02Claire Fourcade, je parle là ce matin
04:04aux médecins en soins palliatifs que vous êtes.
04:07Qu'est-ce qui vous a le plus interpellé,
04:09le plus choqué dans ces débats parlementaires
04:12que vous avez suivis avec beaucoup d'attention ?
04:14Alors, je vais vous répondre vraiment comme médecin.
04:17C'est le pouvoir qu'on veut donner aux médecins.
04:20À chaque étape, quand il a été question
04:22de demander un avis d'expert, par exemple,
04:25pour la capacité à consentir, pour le discernement,
04:27à chaque fois, on a répondu,
04:28mais c'est le médecin qui va le faire.
04:29Le médecin qui est à la fois juge et parti,
04:32puisqu'il est celui qui décide,
04:33celui qui évalue, celui qui juge.
04:35Je trouve que c'est un texte
04:37qui revient en arrière de 40 ans
04:39sur la question de l'équilibre de la relation de soins
04:41entre la personne qui soigne et celle qui est soignée.
04:44On essaye de redonner de la place aux patients.
04:46Et là, ce texte a toutes les étapes.
04:47C'est le médecin qui décide,
04:49le médecin qui organise,
04:50le médecin qui est présent,
04:51le médecin qui fait.
04:52Et pour moi, l'impact de ce message
04:53sur les personnes que je soigne
04:55me paraît immense et très difficile
04:57pour nous soignants de continuer
04:59à accompagner ces personnes
05:00quand la société leur dit
05:01« Eh bien, pour vous, mais juste pour vous,
05:03si vous voulez mourir, on est d'accord. »
05:05Alors, cet après-midi,
05:06avant de voter sur l'euthanasie
05:07et le suicide assisté,
05:08les députés devraient adopter
05:09un premier texte
05:11sur le développement des soins palliatifs,
05:13un texte censé augmenter
05:14de 25% les dépenses
05:17pour les soins palliatifs,
05:19selon la ministre de la Santé,
05:20Stéphanie Riste.
05:21Vous soutenez ce texte
05:23ou est-ce qu'il s'agit d'un leurre à vos yeux ?
05:25Alors, il y a deux choses.
05:26C'est que d'abord,
05:27ce texte-là n'a aucune incidence
05:28sur les budgets.
05:29Donc, on y a mis un tableau de financement.
05:31Mais cette loi ne peut pas
05:33avoir d'implication sur les budgets.
05:34C'est seulement le projet
05:35de loi de financement
05:35de la Sécurité sociale
05:36qui a un impact.
05:37Et donc là, il y a un leurre complet
05:39de nous faire croire
05:39que cette loi,
05:40on peut mettre tous les tableaux
05:41qu'on veut avec des milliards
05:42et des dizaines de milliards.
05:43Ce n'est pas une loi de financement.
05:45Donc, elle n'aura aucun impact
05:46sur les budgets.
05:48L'essentiel de ces mesures annoncées
05:50sont des mesures qui viennent
05:50de façon naturelle
05:51avec le vieillissement de la population
05:53et donc l'augmentation
05:54de la quantité de patients
05:56pris en charge.
05:57Mais proportionnellement,
05:58on n'a pas d'avancée significative
06:01malheureusement sur les soins palliatifs.
06:02Alors, il y a quand même une volonté.
06:04Je ne peux pas dire
06:04que rien ne bouge.
06:05Mais en tout cas,
06:06les progrès sont extrêmement faibles.
06:07Et nous, on voit sur le terrain
06:08comme soignant
06:09à quel point c'est fragile
06:10et difficile.
06:11Mais bien sûr que ce deuxième texte
06:13aura un impact très fort
06:15sur le premier.
06:15Pour conclure, Claire Fourcade,
06:17votre sentiment à quelques heures
06:19de ce vote si important,
06:21c'est que l'équilibre promis
06:23depuis des mois
06:24n'est absolument pas tenu ?
06:26Absolument pas.
06:27Déjà, le texte sur les soins palliatifs,
06:28il y a très peu dedans
06:29de mesures législatives
06:31qui étaient réellement nécessaires.
06:32Donc, c'était un texte
06:34qui, je pourrais le dire,
06:37avait plutôt tendance
06:37à servir d'alibi.
06:39En tout cas,
06:40a été très fort mis en avant.
06:42Et même si les progrès
06:44qui sont dedans
06:44sont importants,
06:45même si la rapporteure
06:46Annie Vidal
06:47qui a défendu ce texte
06:48l'a fait de manière
06:49vraiment exemplaire,
06:51mais c'est bien entendu
06:53le texte sur l'aide à mourir
06:54qui est au cœur
06:55des débats actuels,
06:56beaucoup plus que le texte
06:57sur les soins palliatifs.
06:58Et donc,
06:59il n'y a là
07:00aucune commune mesure
07:01et aucun équilibre.
07:02Merci beaucoup,
07:03Claire Fourcade,
07:04médecin en soins palliatifs,
07:05responsable du pôle plaidoyer
07:07de la Société française
07:08d'accompagnement
07:08et de soins palliatifs.
07:09Merci d'avoir accepté
07:11notre invitation.
07:12Merci à vous.
07:12Il est...
Commentaires

Recommandations