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  • il y a 5 mois
Quatre jours après la condamnation de Nicolas Sarkozy à 5 ans de prison ferme dans l'affaire Khadafi, le maire de Nice a annoncé, ce lundi 29 septembre, vouloir donner le nom de l'ancien président au parvis de l'Hôtel de police de sa ville.

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Transcription
00:00Maître Boulet, bonsoir, vous êtes avocat, co-président de l'association des avocats pénalistes.
00:05Quand on écoute ce magistrat, finalement, il est de la chance Nicolas Sarkozy, il pourrait être déjà en prison.
00:11Nicolas Sarkozy ne se rend pas forcément compte qu'en fait, il est injusticiable comme les autres.
00:15Il a tellement appelé ça de ses voeux en disant je ne veux pas être jugé comme étant ni au-dessus de la loi, ni en dessous de la loi,
00:20qu'il découvre ce qu'est la réalité de la justice pénale française.
00:23La justice pénale française, contrairement à ce que son camp prétend depuis des années,
00:26ce n'est pas une justice laxiste, c'est une justice qui peut se montrer sévère et qui peut se montrer dure.
00:31Vous allez même plus loin, vous dites finalement je suis assez content que l'ancien président critique l'exécution provisoire
00:37parce que vous en tant qu'avocat pénaliste, c'est quelque chose qui vous dérange cette exécution provisoire,
00:42à savoir qu'on met l'individu en prison avant même son procès en appel.
00:47Absolument, et on le dit pas seulement de façon ironique, on se réjouit de constater aujourd'hui
00:51qu'une certaine frange politico-médiatique semble constater que finalement,
00:58ce que nous dénonçons depuis des années, notamment les reculs des droits de la défense
01:02et par exemple l'atteinte à la présomption d'innocence que peut constituer l'exécution provisoire
01:07lorsqu'un jugement est frappé d'appel,
01:08que peuvent constituer certaines infractions comme l'association de malfaiteurs
01:12dont depuis des années nous dénonçons l'utilisation par les parquets de façon de plus en plus extensive,
01:18et bien Nicolas Sarkozy aujourd'hui se rend compte que ces lois qu'il a votées
01:22dont, rappelons-le, depuis des années...
01:24Le renforcement de l'exécution provisoire, il ne l'a pas voté, il n'était pas à l'Assemblée à ce moment-là.
01:29Alors, le renforcement de l'exécution provisoire...
01:30Ça date de 2019.
01:32Non, mais non, ça c'est la création du mandat des poids du ferret,
01:34mais on va essayer de ne pas rentrer dans la technique.
01:35Depuis des années, une certaine droite prétend que la justice est laxiste,
01:39prétend que les gens doivent partir en détention dès les premiers faits,
01:42prétend que les recours exercés ne doivent pas permettre la remise en liberté
01:46et la réalité c'est qu'aujourd'hui, M. Sarkozy se rend compte que les lois qu'il a votées,
01:50qu'il a appelées de ses voeux et dont son camp réclame systématiquement le durcissement
01:54s'appliquent tout à chacun et notamment...
01:57Ça veut dire qu'il aurait pu sortir avec les menottes au poignet ?
01:59Mais le texte le prévoit et ce que disait M. le Président du tribunal ce matin,
02:04c'est qu'on a créé en 2019 effectivement le mandat de dépôt à effet différé
02:08et c'est une mesure de faveur, c'est-à-dire que le tribunal aurait pu,
02:10et d'ailleurs deux coprévenus ont été condamnés
02:12et ont vu les menottes passer immédiatement au tribunal jeudi dernier,
02:16il aurait pu partir en détention immédiatement,
02:19le tribunal a considéré qu'il présentait certaines garanties
02:22et il lui a offert ce délai pour qu'il puisse s'organiser de façon personnelle.
02:25Alors il faut reprendre quelques points de droit effectivement
02:27sur cette exécution provisoire, ce mandat différé,
02:32en fait ça date de quand tout ça Paul ?
02:33Alors M. Troublige a tout à fait raison quand il dit que c'est le quotidien de la justice
02:37que de voir effectivement des exécutions provisoires,
02:39notamment lorsque des mandats de dépôt sont prononcés,
02:42en fait ce qui choque beaucoup l'entourage de Nicolas Sarkozy,
02:44c'est plutôt ce mandat de dépôt, à savoir l'incarcération,
02:46aussitôt la peine prononcée, donc là c'est différé.
02:49Mais s'il avait effectivement condamné un mandat de dépôt simple,
02:52comme par exemple l'homme d'affaires Alexandre Djoury,
02:54il serait effectivement sorti du tribunal les menottes au poignet.
02:57Un mandat de dépôt s'est toujours exécuté tout de suite,
03:00peu importe que vous fassiez appel, vous partiez en prison immédiatement.
03:03Là le mandat de dépôt a effet différé, ça existe depuis pas très longtemps,
03:07depuis une loi, vous l'avez dit, qui date de mars 2019,
03:09donc à l'époque c'était Nicole Belloubet qui était garde des Sceaux.
03:13Avant ça, l'effet différé n'était quasiment jamais utilisé,
03:17mais maintenant il y a un article dans le code de procédure pénale
03:19qui fixe effectivement les critères par lesquels
03:21l'exécution provisoire peut s'appliquer.
03:24Sans cette loi, Nicolas Sarkozy a été condamné à 5 ans de prison,
03:26et comme toutes les personnes condamnées à 5 ans de prison
03:29y partaient en détention,
03:30et bien sans cette loi, Nicolas Sarkozy se trouverait
03:32dès jeudi dernier en prison, à la prison de la santé.
03:34– Et quand on met quelqu'un en prison avant son procès en appel,
03:38on se dit qu'on voit mal la justice en appel,
03:41finalement dire, maintenant il est innocent,
03:44il a fait de la prison pour rien, ça arrive ça ?
03:46– Heureusement que l'avocat que je suis peut vous dire
03:47qu'il m'arrive d'avoir des bons résultats,
03:50et oui, il m'arrive de faire constater par une cour d'appel
03:52qu'une décision de culpabilité prononcée en première instance
03:55soit affirmée en appel, ça sert à ça une cour d'appel.
03:57– Donc la personne qui a fait plusieurs mois de prison,
04:00elle a fait pour rien en fait ?
04:01– Il y a une réparation quand même ?
04:03– Bien sûr, tous les jours, à Paris,
04:05mais partout en France, mais singulièrement au tribunal de Paris,
04:08il y a une commission d'indemnisation de la détention provisoire
04:11qui indemnise, et vous n'avez pas idée du nombre de dossiers
04:14qui sont examinés quotidiennement,
04:16des gens qui ont été placés en détention provisoire
04:18et qui sont in fine innocentés,
04:20et qui se voient effectivement indemnisés par la justice,
04:22je vous rassure tout de suite, ça ne coûte pas très cher aux contribuables
04:25parce que les indemnisations sont très symboliques.
04:27– Alors justement, on va voir si la justice peut se déjuger en appel,
04:31est-ce que ça arrive souvent ou pas ?
04:33C'est avec Nargis Hadji, après avoir jugé,
04:36est-ce que la justice revient sur ce qu'elle a décidé finalement ?
04:40– Eh bien après des jugements correctionnels,
04:42c'est le cas de Nicolas Sarkozy,
04:43c'est le tribunal correctionnel de Paris qui l'a condamné,
04:46la réponse est tout simplement non.
04:47Lorsque l'on regarde sur le site du ministère de la justice,
04:51alors les chiffres sont très récents, c'est 2024,
04:54tous les appels confondus, 9 fois sur 10,
04:56la cour d'appel confirme la décision de culpabilité.
04:59Alors en revanche, ce qui change, c'est le taux de confirmation des peines,
05:03lui varie de 20 à 70% en fonction de la cour d'appel.
05:07Dans le cas où la personne est relaxée ou acquittée en appel,
05:11peut-elle demander une indemnisation ?
05:12Eh bien la réponse est oui, d'ailleurs elle a 6 mois pour le faire.
05:16Regardez ce que dit le code pénal.
05:18Toute personne placée en détention provisoire
05:19ou exécutant une peine, puis finalement acquittée ou relaxée définitivement
05:23a droit à une réparation intégrale du préjudice moral et matériel.
05:28Alors quelle indemnisation ?
05:30Pas de barème officiel, évidemment c'est au cas par cas,
05:32mais plusieurs choses entrent en compte.
05:34D'abord la durée de détention, le préjudice subie,
05:36est-ce que la personne a perdu son emploi ?
05:38Par exemple, y a-t-il eu une atteinte à sa réputation
05:41ou encore des conséquences psychologiques ?
05:43L'indemnisation en moyenne est d'environ 1000.
05:46à 1500 euros par jour de détention injustifiée,
05:50mais cela varie fortement en fonction des dossiers.
05:54Et l'exemple le plus tristement célèbre,
05:56c'est celui de Christine Villemin,
05:58la maman du petit Grégory, vous vous souvenez ?
06:00Elle passe 11 jours derrière les barreaux,
06:02c'était en juillet 1985.
06:04Finalement la cour d'appel de Dijon prononce un autre lieu
06:07et en réparation de sa détention,
06:09elle reçoit plus de 400 000 francs,
06:11ce qui équivaut à un petit peu plus de 60 000 euros.
06:13Et si on divise cela par les 11 jours placés en détention,
06:17ça équivaut à environ 5 500 euros par jour de détention.
06:20Merci Nargis Adjie.
06:22Je rappelais tout à l'heure la date dans le calendrier judiciaire de Nicolas Sarkozy,
06:25c'est le 13 octobre qu'il connaîtra la date de son incarcération.
06:29Comment ça va se passer le 13 octobre ?
06:30C'est-à-dire, il va aller où l'ancien président de la République ?
06:33Il va avoir qui en face de lui ?
06:34Le 13 octobre, il rencontre un magistrat de l'exécution des peines du parquet
06:38qui va prendre contact avec la maison d'arrêt,
06:40vraisemblablement la maison d'arrêt de la santé,
06:42et ils vont convenir d'une date à laquelle il devra se rendre à la maison d'arrêt pour être incarcéré.
06:46Ça se passe comment ? C'est un face-à-face ?
06:48Ça se passe dans un bureau, c'est très administratif,
06:51les avocats sont là, mais on ne peut pas revenir sur la décision.
06:54Il peut aller en prison le jour même.
06:56Dans l'absolu, il peut aller en prison le jour même,
06:57c'est sans doute pas ce que va décider le parquet,
06:59qui va le laisser encore une fois s'organiser.
07:00– D'accord, nous sommes avec Christian Estrosi, le maire de Nice,
07:04qui est en direct avec nous, vice-président d'Horizon,
07:07vous avez été un long compagnon de route politique de Nicolas Sarkozy.
07:12Bonsoir, monsieur le maire.
07:14Il y a quand même une chose, vous avez décidé,
07:15vous l'avez annoncé aujourd'hui sur les réseaux sociaux, sur votre compte Twitter,
07:19vous avez décidé de donner le nom de l'ancien président de la République
07:21au futur parvis de l'hôtel des polices municipales et nationales.
07:25Un projet qui a soutenu d'ailleurs Nicolas Sarkozy.
07:29Est-ce que ce n'est pas un peu trop tôt ?
07:30Est-ce qu'il ne fallait pas attendre que toute la procédure judiciaire soit passée ?
07:36– En quoi ce serait lié d'ailleurs ?
07:38Pour moi c'est un geste de décence et d'amitié à l'égard de celui
07:43qui fut un grand ministre de l'Intérieur, un grand président de la République,
07:49qui a beaucoup accompagné la ville de Nice,
07:52que ce soit pour l'Euro 2016 et la construction de son grand stade,
07:56qui était à l'initiative de ce qui sera livré d'ailleurs dans quelques semaines
08:00le grand hôtel des polices mutualisées de la ville de Nice entre police municipale et police nationale.
08:08Et j'ai estimé qu'à un moment où il y avait un message d'amitié, de solidarité,
08:15en même temps que dans ma ville j'ai veillé depuis mon élection à ce que le nom de tous les présidents de la République,
08:22de la Ve République puisse figurer dans ma ville alors qu'ils n'y étaient pas tous,
08:27c'était le cas de Georges Compidou, c'était le cas de François Mitterrand,
08:32qu'à son tour son nom puisse figurer en reconnaissance de ce qu'il a fait pour nous
08:37et plus particulièrement dans ces moments où naturellement c'est une épreuve pour lui,
08:43pour ses amis, pour sa famille et pour ceux qui sont dans l'incompréhension.
08:47– Oui mais vous annoncez donc Nicolas Sarkozy donnera son nom à ce parvis à Nice
08:54au moment où l'ancien président s'apprête à entrer en prison,
08:58est-ce que ce n'est pas un pied de nez ou un défi à la justice en disant
09:01« bon peu importe la décision de justice, je fais ce que je veux » ?
09:04– Non absolument pas, ce n'est pas un défi, je ne veux pas de cela,
09:10ça c'est un petit débat polémique qui opposerait politique et magistrat,
09:16auquel je me refuse et rendre hommage ce n'est pas jugé, c'est rendre hommage
09:21et tout simplement c'est ce que nous faisons, la vérité c'est que la France et la République
09:28ont besoin des deux, des magistrats comme des hommes politiques,
09:32mais naturellement je m'interroge comme beaucoup de Français sur cette décision,
09:39mais ce n'est pas le fond du sujet du tout en tout cas,
09:40il s'agit de rendre hommage à ce qu'il a été et qu'il restera d'une manière ou d'une autre
09:46au-delà de l'amitié, de la confiance sans limite que je continue à lui porter.
09:53– Mais Christian Estrosi c'est le fait du prince, c'est une décision personnelle
09:57ou est-ce que vous allez en parler avec le conseil municipal et il y a un vote du conseil municipal ?
10:03– Absolument, ce sera soumis par un vœu au conseil municipal qui se tiendra le mercredi 1er octobre
10:10et donc il appartiendra au conseil municipal de se prononcer sur ce vœu que je lui soumets.
10:17– Vous dites je m'interroge sur cette décision de justice, en quoi vous vous interrogez, sur quel motif ?
10:25– Je vous dis que ça va totalement au-delà de ce pourquoi je m'interroge moi-même
10:36et il y a des millions de Français qui s'interrogent, nous voyons bien qu'aujourd'hui
10:42il y a un tas de réponses qui ont été apportées sur sa non-culpabilité,
10:47sur la plupart des faits qui lui étaient reprochés et je ne vais pas rentrer dans un débat
10:53puisque vous m'avez convié simplement pour que je vous donne les raisons pour lesquelles je souhaite
10:58donner son nom à un lieu emblématique auquel il a contribué dans notre ville,
11:05mais je ne crois pas qu'on puisse non plus balayer d'un revers de main
11:10ces interrogations que nous nous posons et que se posent un certain nombre de Français
11:15en proclamant comme un dogme l'infaillibilité de la magistrature.
11:20La République ce n'est pas un dogme, ce n'est pas le Vatican.
11:24S'interroger ce n'est pas un sacrilège tout simplement.
11:28– On a le droit de critiquer une décision de justice ?
11:31– Je ne la critique pas, je vous dis que nous nous interrogeons
11:34et que s'interroger au contraire c'est une force de notre démocratie,
11:39ce n'est pas un sacrilège.
11:42– Mais c'est une décision politique ce qui arrive à Nicolas Sarkozy selon vous ?
11:47– Je vous répète une nouvelle fois que s'interroger n'est pas un sacrilège
11:54et qu'il n'y a aucune infaillibilité, pardon, mais il y a aujourd'hui un appel.
11:59– Bien sûr, mais monsieur le maire, pardon, je vais préciser ma question,
12:03je vais préciser ma question monsieur le maire.
12:05– Dans une situation où dès lors qu'il y a un appel, il y a une présomption de l'innocence.
12:11Bon, accordons cette présomption de l'innocence, tout simplement,
12:15celle-ci sera jugée en son temps.
12:20– Mais est-ce qu'il faudra revenir sur l'exécution provisoire ?
12:23Comme certains le souhaitent en disant qu'il y a un problème avec cette exécution provisoire.
12:26– Quelle imbécilité que d'avoir mis dans notre droit,
12:32et je regrette que des parlementaires se soient retrouvés majoritairement
12:37pour mettre dans notre droit cette exécution provisoire,
12:41qui bafoue me semble-t-il en Europe,
12:44car c'est une pratique que l'on ne trouve que dans notre pays,
12:48ces exécutions provisoires, là où dès lors qu'il y a un appel,
12:51et tout le monde en Europe a droit à un appel dans la plupart de nos démocraties,
12:57qui naturellement vous accorde la présomption d'innocence.
13:03Aujourd'hui, nous avons quelqu'un qui est présumé innocent,
13:07et il serait temps que l'on revienne sur cette disposition législative
13:12qui n'a plus aucun sens aujourd'hui.
13:15– Vous vouliez réagir, maître ?
13:17– Oui, je crois qu'on ne se rend pas compte du vent mauvais
13:20qui souffle depuis quelques jours,
13:21et je crois que les politiques n'ont pas forcément conscience des propos.
13:24Là, on a une sorte de précaution oratoire de la part de M. le maire
13:28qui dit, attention, je ne viens que critiquer une décision de justice,
13:32ou plus exactement, on a le droit de critiquer une décision de justice.
13:35Depuis trois jours, ce qui se passe, c'est qu'en fait,
13:36on est en train de critiquer l'institution,
13:38je voudrais rappeler quand même que le pouvoir judiciaire
13:40est l'un des trois pouvoirs,
13:42que Nicolas Sarkozy se permet de dire
13:43qu'on a franchi toutes les limites d'atteinte à l'État de droit,
13:46et qu'en réalité, le premier soutien de l'État de droit,
13:48c'est le respect du juge,
13:49et c'est le respect de la décision de justice.
13:51Évidemment que Nicolas Sarkozy a le droit de critiquer
13:53une décision qui lui est des favorables.
13:53– Surtout quand ça concerne.
13:55– Évidemment que ses avocats ont le droit de critiquer,
13:57qu'en revanche, une espèce de mouvement se mette en place derrière
14:00et vienne mettre à bas en critiquant,
14:02cette fois-ci personnellement, des magistrats et la loi,
14:05ça me semble particulièrement dangereux.
14:07– Il y a des menaces de mort, d'ailleurs, contre la présidente du tribunal.
14:08– Ensuite, pardonnez-moi, mais je le prends presque avec le sourire,
14:11d'entendre M. Estrosi dire
14:12« c'est une imbécilité d'avoir introduit dans la loi
14:14la question de l'exécution provisoire »,
14:17je crois qu'en fait, les gens ne réalisent pas.
14:19Tous les jours, tous les jours,
14:21des décisions de justice, des centaines de décisions de justice
14:23sont rendues avec exécution provisoire.
14:25Tous les jours, les politiques sont félicites.
14:26– Ça dépend des faits.
14:27– Mais pourquoi ça dépend des faits ?
14:28Pourquoi est-ce que quand on est présumé...
14:32– Mais attendez, laissez-moi aller jusqu'au bout de ma question.
14:34Par exemple, Nicolas Sarkozy dit
14:36« moi, je ne vais pas fuir, on connaît mon adresse ».
14:38Alors peut-être qu'effectivement,
14:39quelqu'un qui pourrait fuir ou récidiver,
14:41c'est normal de le mettre en prison.
14:43Quelqu'un qui, a priori, ne va pas récidiver, ni fuir.
14:45– Pardonnez-moi, mais il est ancien président de la République,
14:47il a trois mentions sur son casier judiciaire.
14:49Si lui avait à critiquer, encore une fois,
14:50je ne suis pas l'avocat de Nicolas Sarkozy,
14:53et il ne s'agit pas pour moi de parler de Nicolas Sarkozy.
14:54Mais non, pas du tout.
14:56J'essaye d'expliquer que ce que vit Nicolas Sarkozy,
14:58c'est que ce que vivent tous les justiciens.
15:00– D'accord, mais la justice, elle est individuelle.
15:03C'est-à-dire qu'en fonction des cas,
15:04vous dites qu'il faut lui donner l'exécution en revanche.
15:06– Quand le maire de Nice venir dire
15:08« il faut revenir sur cette imbécibilité »,
15:09alors que depuis une semaine,
15:11on a un garde des Sceaux qui dit
15:12« c'est un scandale que des gens qui soient mis en cause
15:14pour des violences policières soient remis en liberté »,
15:16alors que c'est exactement la même chose.
15:18– Ce n'est pas les mêmes faits.
15:19– Vous imaginez qu'entre un violeur et quelqu'un…
15:21– On parle de la présomption d'innocence.
15:23Les principes, c'est ça la force des principes.
15:25Ça doit s'appliquer dans les conditions les plus difficiles.
15:27Ça doit s'appliquer même dans des dossiers de droit commun.
15:30Ça doit s'appliquer même dans des dossiers de terrorisme.
15:32C'est précisément parce qu'on ne veut pas
15:33que des anciens présidents de la République
15:34aillent en détention alors qu'ils sont présumés innocents
15:36qu'il ne faut pas que le droit commun aille en détention.
15:38– Si, peut-être que pour certains,
15:39c'est nécessaire que la personne aille en détention
15:41parce qu'elle est dangereuse cette personne
15:42et qu'elle peut s'enfuir.
15:43– Mais si elle est dangereuse,
15:43vous revenez sur la question de sa présomption d'innocence.
15:46La loi est la même pour tous.
15:47– Donc quelqu'un qui peut s'enfuir,
15:48vous le mettez en liberté aussi.
15:49– Mais quelqu'un qui peut s'enfuir, pardonnez-moi,
15:51mais encore une fois, pour sortir du cas de Nicolas Sarkozy,
15:54il me semble qu'un individu qui aujourd'hui
15:56a les moyens de payer sa défense,
15:57un individu qui aujourd'hui a les moyens de voyager à l'étranger
16:00peut tout autant être regardé comme quelqu'un
16:02qui aurait les moyens de s'enfuir.
16:02– Vous dites bien que l'ancien président ne va pas partir,
16:04ne va pas fuir avec sa famille.
16:06– J'en suis persuadée et c'est bien pour ça qu'aujourd'hui,
16:08de façon ironique, je viens dire,
16:09mais je suis heureux que les politiques réalisent…
16:11– Donc vous voulez que ça s'applique à tout le monde
16:12ou à personne en fait ?
16:13– Non mais c'est pas je veux, mais j'espère bien,
16:16mais je ne comprends même pas qu'on ne partage tout ça,
16:18l'égalité devant la loi, la loi elle doit être la même
16:21pour Nicolas Sarkozy, que n'importe quel justiciable,
16:24qu'un anonyme, qu'un étranger,
16:25ou qu'un type dans une situation précaire.
16:28C'est ça la force du droit français.
16:30– Monsieur le maire, est-ce que vous avez demandé
16:32à Nicolas Sarkozy ou lui-même s'il était d'accord
16:35pour que le parvis des hôtels de police porte son nom ?
16:38Est-ce que vous l'avez informé personnellement ?
16:40– Naturellement, j'ai eu l'occasion d'avoir quelqu'un
16:45qui lui est très proche.
16:48Permettez-moi de conserver, par rapport à mes liens d'amitié
16:52et de proximité avec lui, cette part de discrétion.
16:56Mais voyez, dans ce que j'entends aujourd'hui,
16:59alors que j'ai dans mon propre département
17:03un parquet qui est intraitable dans la lutte contre le narcoterrorisme,
17:10et qui apporte la preuve que lorsque des magistrats se battent
17:17pour protéger nos concitoyens,
17:19de gens qui présentent des risques importants à notre population,
17:23ils le font et ils le font avec courage et avec détermination.
17:27Et je veux leur rendre hommage.
17:30Et je viens d'entendre des propos qui me paraissent
17:32totalement inadmissibles.
17:34vouloir mettre cette catégorie-là sur un pied d'égalité
17:40avec un ancien président de la République
17:42qui n'a apporté que du prestige,
17:44qui n'a apporté que des résultats,
17:46qui a mené des combats dans des crises économiques et industrielles
17:50sans pareil et aux côtés duquel j'ai été fier de servir mon pays.
17:54C'est d'une très très grande indécence, tout simplement.
17:59Merci M. le maire de Nice, Christian Estrosi,
18:01merci d'avoir été avec nous.
18:02Est-ce qu'on assiste à la guerre entre le pouvoir judiciaire
18:05et le pouvoir politique ?
18:06Alors il n'y a pas que le pouvoir politique qui s'interroge,
18:08il y a aussi des journalistes, des historialistes, etc.
18:10On la voit, tout le monde a un mot à dire sur cette affaire Sarkozy.
18:14Il y a une libération de la parole, y compris à droite, on le voit.
18:18La droite quand même est un parti de gouvernement,
18:20et de plus en plus à droite, ose dire aujourd'hui qu'à leurs yeux,
18:24la justice est politisée.
18:25C'est-à-dire qu'il n'y a pas que ce problème de l'exécution provisoire
18:28qui en effet pourrait être débattu ou se résoudre par une loi.
18:33Il y a aussi tout ce débat sur la non-impartialité des juges,
18:37avec beaucoup qui à droite ou à la droite de la droite
18:39demandent même à ce que les juges, les magistrats
18:42ne puissent plus se syndiquer aujourd'hui.
18:43On a entendu par exemple Marion Maréchal le dire...
18:46Parce qu'on a appris que la présidente avait manifesté contre Nicolas Sarkozy
18:50en tant que syndicaliste en 2011 contre la politique pénale de Nicolas Sarkozy.
18:54C'est ça, Nicolas Sarkozy qui avait critiqué dans une affaire
18:57le fonctionnement de la justice.
18:59Et à partir de là, certains en déduisent que
19:02si les magistrats se permettent d'aller manifester,
19:06c'est qu'ils sont forcément politisés,
19:07que donc il faut les en empêcher, en prenant en exemple l'armée,
19:10disant que dans l'armée, on n'a pas le droit de se syndiquer aujourd'hui.
19:14Toujours est-il que les propos sont franchement assez rudes et violents,
19:17et ils sont coordonnés avec une dégradation malheureusement
19:20de l'image de la justice dans l'opinion
19:22parce qu'il y a à peine un Français sur deux
19:24dans l'étude du Célipof qui dit avoir confiance aujourd'hui dans la justice.
19:29Dégradation absolue aussi de l'image des politiques
19:30parce que trois quarts des Français considèrent
19:32que les élus ou les responsables politiques
19:34sont aujourd'hui, je cite, plutôt corrompus.
19:36Il n'y a qu'à voir l'accumulation d'affaires de toute façon
19:39et qu'aujourd'hui encore le procès de Rachida Dati
19:41pour qu'on comprenne pourquoi cette idée est alimentée.
19:44Et donc, que ce soit dans l'opinion ou dans la classe politique,
19:47il y a une violence croissante dans les propos
19:50contre l'institution judiciaire
19:52et un non-respect gênant de la part de certains politiques
19:55de décision de justice.
19:56Une dernière question en 20 secondes, Maître Boulay.
19:58Le fait que les magistrats sont syndiqués, ça vous gêne ou pas ?
20:03Que vous dire ?
20:04Il me semble que tous, professionnellement,
20:06on peut faire la part des choses
20:07entre ce qui est une position politique
20:09et une décision de justice.
20:10Encore une fois, ils ne prennent pas les décisions tout seuls.
20:12Ils prennent les décisions à trois.
20:13Les décisions, on peut tous les consulter
20:15et on peut tous les lire.
20:17Moi, ce qui m'importe, c'est que le droit soit respecté,
20:19peu importe les opinions des uns et des autres.
20:20Merci Maître Boulay pour le conge Amandine Attalaya
20:22d'avoir été avec nous.
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