00:00RTL Matin, Thomas Soto.
00:04Il est 8h17, face à Fogial, l'interview de Marc-Olivier Fogial.
00:07Il est accusé d'avoir empoisonné 30 patients, dont 12 sont décédés.
00:11Dans quelques minutes, à 10 heures, l'anesthésiste de Besançon, Frédéric Péchier,
00:15sera jugé devant les assises du Doubs, un procès au long cours qui devrait durer 3 mois et demi.
00:20Mais juste avant de comparaître, France Frédéric Péchier a accepté de répondre en exclusivité pour RTL à vos questions.
00:27Bonjour Frédéric Péchier.
00:28Bonjour.
00:28Jusqu'à présent, vous étiez resté silencieux, c'est le moins que l'on puisse dire.
00:33Là, juste avant votre procès, vous prenez la parole. Qu'est-ce qui vous pousse à le faire ?
00:36La première chose, c'est que depuis le début, il y a eu beaucoup d'articles de faits qui étaient contre ma position.
00:42Je pense que c'était utile de rappeler un petit peu avant le procès quels étaient les véritables enjeux
00:47et quelles étaient les choses qui m'étaient reprochées.
00:49On va le faire ici. Forcément, je vais reprendre les termes de l'accusation.
00:53C'est lourd ce qu'il vous a reproché.
00:5530 patients empoisonnés, 12 qui sont morts.
00:57C'est lourd et vous êtes le principal accusé.
01:01Oui, je suis le principal accusé sous une forme qui est un petit peu bizarre.
01:04C'est-à-dire que sur l'ensemble des dossiers qui ont été retenus, qui étaient beaucoup plus importants,
01:09on n'a retenu que ceux où j'étais présent.
01:11Quand on lit à ce moment-là les dossiers, systématiquement, je n'arrive pas comme par hasard.
01:15Je suis appelé. Je viens donner un coup de main à celui qui a un problème avec une patiente ou un patient.
01:20Alors, on va y venir parce qu'évidemment, l'accusation dit que vous êtes appelé et que vous êtes mis en situation d'être appelé pour être un peu le sauveur.
01:27Vous qui aurez empoisonné ces gens et que c'est une forme d'envie narcissique d'apparaître comme le héros.
01:34Mais dans quel état d'esprit vous appréhendez ce procès ?
01:35Vous êtes aujourd'hui sous contrôle judiciaire.
01:37L'affaire Péchi, elle débute en 2017.
01:39Vous avez tout perdu.
01:40Vous avez fait une tentative de suicide.
01:42Vous avez eu des petits problèmes avec l'alcool.
01:44Vous êtes au RSA.
01:45Dans quel état d'esprit vous abordez ce procès ?
01:47En pleine conscience et avec vos moyens ?
01:49En pleine conscience, oui.
01:51C'est un procès que j'attends depuis longtemps maintenant.
01:53Il faut qu'on étale maintenant toutes les cartes.
01:55Peu de gens connaissent le fond du dossier.
01:56Peu de gens l'ont travaillé.
01:57Et ça, c'est important.
01:58C'est la chose primordiale qui est intéressante pour justement comprendre pourquoi on m'a mis sur le dos ces 32 empoisonnements.
02:05On a l'impression que vous êtes confiant en abordant ce procès, ces trois mois et demi de procès qui sont devant vous.
02:10Je ne suis pas confiant.
02:11J'y appréhende quand même ces trois mois et demi de procédure.
02:14Mais j'ai quand même des arguments forts.
02:16Et donc, je n'y vais pas reculant.
02:18En face de vous, 156 parties civiles, 155 témoins, 15 experts.
02:23On va revenir sur leurs expertises.
02:24Elles sont sévères à votre rencontre.
02:26Vous appréhendez de les retrouver à la barre, à voir en face de vous la détresse de familles qui ont perdu des proches,
02:32d'autres qui sont toujours là mais qui ont des séquelles lourdes ?
02:36J'apprends pas plus que ça.
02:37La détresse de ces familles, je la comprends.
02:39Je la comprends tout à fait.
02:40Mais d'un autre côté, je ne suis pas responsable de leur détresse.
02:42Alors, on ne va pas faire le procès avant le procès.
02:44Mais on va revenir sur un certain nombre de pièces.
02:47Ça démarre en 2017, après l'arrêt cardiaque suspect d'une femme de 36 ans en pleine opération.
02:51Du potassium est découvert dans la poche de soluté utilisée pour son anesthésie.
02:54Deux mois plus tard, vous êtes mis en examen.
02:56À la suite de plusieurs investigations portant sur plus de 70 événements indésirables graves, comme on dit.
03:01Les cas de 30 patients victimes d'un arrêt cardiaque en pleine intervention chirurgicale,
03:05d'abord à la clinique Saint-Vincent et à la polyclinique de Franche-Comté,
03:08où vous travaillez, sont finalement retenus.
03:0912 personnes sont mortes malgré les tentatives de réanimation auxquelles vous avez participé.
03:13Est-ce que vous reconnaissez que, disons, que la concomitance de votre présence trouble ?
03:18Oui, elle trouble parce que les dés ont été jetés comme ça.
03:22Vous dites, il y avait 70 cas au départ, 70 cas et 32 à l'arrivée.
03:26Qu'est-ce qu'on fait des 38 autres ?
03:28Mais déjà pour celles-là, d'autant que ce qu'on découvre dans le dossier,
03:31c'est que pour la polyclinique où vous êtes passée,
03:34les cas de décès, ça ne concerne que la période où vous êtes là.
03:36Il n'y en a pas eu avant, il n'y en a pas eu après.
03:37C'est très troublant quand même.
03:39C'est très troublant peut-être, mais ce n'est pas quand je suis là.
03:42Je ne suis là qu'une fois.
03:44Une autre fois, je suis en vacances et la dernière fois, je suis parti de la clinique depuis 10 jours.
03:48En tout cas, dans son réquisitoire de plus de 500 pages,
03:50l'accusation détaille sa conviction.
03:52Seul l'anesthésiste avait la possibilité matérielle, les connaissances requises et immobiles,
03:57punir ses collègues en utilisant leur patient comme une arbre.
04:00Dans les deux hôpitaux où il a exercé, il y avait des tensions.
04:03Il y avait des tensions entre vous et vos collègues ?
04:05Imaginez 15 anesthésistes travaillant comme libéraux,
04:09payés à la journée, si vous voulez, en fonction des actus qu'ils font.
04:12Il n'y a pas de pot commun avec chacun le même salaire.
04:15Et donc, il y a forcément des tensions.
04:16Moi, j'ai vu des bagarres entre anesthésistes.
04:18J'ai vu des anesthésistes démonter des casiers de l'autre en lui disant
04:21« La prochaine fois, c'est pour ta gueule. »
04:23Donc, des tensions, il y en a toujours eu.
04:25L'accusation dit que c'est vous, en gros, qui, pour pouvoir arriver à vos fins,
04:29voulaient détruire professionnellement vos collègues en empoisonnant leurs patients
04:33et aussi en apparaissant comme le sauveur, en arrivant derrière,
04:36en disant « Mais moi, je peux trouver l'antidote à l'empoisonnement. »
04:39Sur cette histoire d'antidote, dans les 32 cas, je fais deux fois un diagnostic.
04:44Les experts disent que c'était un diagnostic qui était normal et qu'il fallait le faire.
04:49Dans aucun autre cas, je propose un diagnostic.
04:52Et pourtant, dans le dossier, on dit que vous arrivez avec la solution miracle
04:54et c'est ce qu'on vous reproche, c'est que vous arrivez avec la solution miracle,
04:58un peu comme le Messie, vous qui, selon les expertises psychologiques, aiment être flatté.
05:03C'est la romance du juge.
05:05C'est une construction intellectuelle faite par le parquet et le juge pour arriver à ses déductions.
05:11Sur la base, quand même, par exemple, d'expertise psychocriminologique,
05:14il est le profil d'un criminel organisé qui cherche à atteindre ses collègues narcissiquement et professionnellement.
05:20Il a une personnalité calculatrice, perverse, égocentrée, peu empathie.
05:23Ça, c'est un expert qui le dit ?
05:25Oui.
05:25Vous vous reconnaissez, là-dedans ?
05:26Non. Mais d'ailleurs, je ne reconnais pas cette expertise.
05:29Ça n'existe pas en France.
05:30C'est-à-dire ?
05:31Les expertises criminologiques n'existent pas.
05:33Là, en l'occurrence, c'est dans le dossier.
05:35Ben oui, mais ça n'existe pas.
05:36Maintenant, vous prenez toutes les autres expertises psychiatriques et psychologiques que j'ai eues,
05:40elles me dépeignent comme quelqu'un de normal.
05:41Toujours selon ces experts-là, vous êtes dépourvus de sens moral,
05:45vous semblez être prêt à tout pour arriver à vos fins, quel que soit le prix humain.
05:49C'est du blabla criminologue.
05:50C'est quoi, vous, votre théorie ? Si ce n'est pas vous, c'est qui ?
05:53Pour l'instant, on parle d'empoisonnement, mais sur les 32 cas, il n'y a aucune preuve.
05:58En même temps, ce qu'il y a comme preuve, en tout cas statistique,
06:01c'est qu'il y a eu beaucoup plus de morts que d'habitude dans ces établissements liés à l'anesthésie.
06:06Oui, c'est possible.
06:07Vous êtes un professionnel de santé. Ça ne vous paraît pas bizarre ?
06:10Au départ, ça ne nous a pas paru bizarre.
06:12On a fait des recherches, on a concerté les dossiers, mais on n'a rien trouvé de flagrant.
06:16Des EIG et des arrêts cardiaques, il y en a eu encore après mon départ.
06:21Je comprends qu'il y en a eu après, mais il y en a eu beaucoup. Pendant que vous étiez là, quand même.
06:23Il y en a eu 70, mais on n'en retient que 32.
06:26C'est déjà pas mal.
06:27Ben oui, mais...
06:27Oui, mais je suis d'accord avec vous, mais le problème, c'est la sélection.
06:31Qu'est-ce qu'on a fait les autres cas ? On ne les a pas retenus parce que dedans, il n'y avait pas péché.
06:34Est-ce que vous entendez qu'il n'y avait pas péché, mais il y avait peut-être quelqu'un d'autre ?
06:37Ce n'est pas moi qui vais faire la démonstration-là.
06:39En tout cas, il y a d'autres indices graves à votre encontre, en lisant le dossier.
06:43Cette perquisition de médicaments, des seringues sont retrouvées dans votre casier, dans votre voiture.
06:48Il y a une infirmière qui dit qu'il faut fouiller sans cesse dans les armoires,
06:51qu'ils se souviennent de ce cartable avec lequel, en dépit du règlement, vous veniez au bloc chaque jour.
06:56Cette perquisition, c'est matérielle, là, pour le coup.
06:58On ne parle pas de...
06:58J'avais une trousse de secours dans la voiture.
07:00Chez moi, j'avais des médicaments pour traiter, notamment, une de mes filles qui avait une maladie chronique grave.
07:05Pour ce qui est de la valise que j'avais, c'était une valise normale dans laquelle j'en mets mon ordinateur
07:09parce que dedans, je devais faire, moi, toutes les semaines, les programmes opératoires pour toutes les semaines suivantes.
07:14Et quand elle dit qu'il faut fouiller sans cesse dans les armoires,
07:17si vous voulez, les écoutes téléphoniques ont donné beaucoup de choses intéressantes
07:21où on voit que le personnel médical se met tous à dire la même chose
07:25et se rappelle le soir des auditions de police en disant « moi, j'ai dit ça, donc tu diras ça,
07:29il faut que tu appelles un tel pour le convaincre de dire la même chose que nous, etc. »
07:33Et pourquoi vous êtes la cible de tout ce personnel de santé qui vous mettrait tout ça sur le dos
07:37si vous n'aviez rien à vous reprocher ?
07:39Vous avez une personnalité qui dérange ?
07:41Non, je pense que c'est la construction intellectuelle de la police.
07:43Enfin, là, ça va au-delà, parce que si c'est le personnel entre eux qui s'appelle et qui dit
07:46« il faut que tu dises la même chose, quel rapport avec la police ? »
07:49Une fois mise en examen, si vous voulez, si Pêchier n'est pas coupable, la clinique tombe.
07:54Tous les médecins libéraux qui travaillent dedans, ils perdent leur job.
07:56Donc c'est ça pour vous ce qu'il y a derrière ?
07:58Ça, c'est une évidence.
07:59Et quand on vous soupçonne même d'avoir empoisonné un de vos propres patients pour détourner les soupçons ?
08:03Ça, c'est n'importe quoi.
08:04Ce jour-là, d'ailleurs, vous demandez à une infirmière de venir plus tard
08:07pour que vous occupiez vous-même du matériel, selon le dossier ?
08:09Mais ça, c'est logique.
08:11Je travaillais en neurologie.
08:12Il y avait un bloc qui devait commencer à 7h et l'autre à 7h30.
08:15Sauf que celle qui devait travailler à 7h ne pouvait pas.
08:18Donc je l'ai décalé à 8h.
08:19De toute façon, on va pouvoir en revient les malades l'un après l'autre.
08:21Et empoisonnez vous-même votre propre patient pour détourner...
08:23Non, mais ça, c'est n'importe quoi.
08:24Donc, en gros, soit vous êtes victime d'une machination,
08:28soit vous êtes l'un des plus grands serial killers de France.
08:31Mais je ne dis pas que je suis victime d'une machination.
08:33Un peu, on vous entend.
08:34Vous êtes victime, en tout cas, de gens qui se sont coalisés entre eux pour vous charger.
08:37Après, oui, bien sûr.
08:39Mais après la mise en examen, avant la mise en examen,
08:41lors des premières auditions,
08:44toutes les auditions qui ont été faites au tout départ
08:46sont toutes hyper claires en disant
08:48« C'est un très bon professionnel,
08:49je devais me faire entendre bien, ce serait par lui.
08:51On n'a jamais eu de problème avec lui. »
08:52Comme les médecins de la polyclinique de Franche-Comté,
08:55quand je suis parti de la polyclinique de Franche-Comté,
08:56les médecins ont été auditionnés.
08:58Et leur réponse a été unanime.
09:00C'était « Il a fait le job jusqu'à la fin,
09:01et il n'a pas posé de problème, il n'y a pas eu de colère,
09:03il n'y a pas eu de coup de gueule entre nous. »
09:05Donc, en fait, soit vous êtes victime d'un dossier qui s'est emballé,
09:09soit vous êtes l'un des plus gros serial killers de France.
09:12Oui, en fait, si vous voulez, oui.
09:14Ça, c'était il y a 7 ans.
09:15Le procès, c'est tout à l'heure.
09:16Les 7 ans, en deux mots, comment vous les avez traversés ?
09:19Je le disais, une sorte de descente aux enfers.
09:21L'alcool, la défenestration chez vos parents,
09:24où vous êtes obligés de vivre,
09:24puisque votre contrôle judiciaire vous interdit d'aller là où vous étiez,
09:27alors que vous viviez très confortablement du temps que vous exerciez.
09:31Comment vous les décrivez, ces 7 ans ?
09:32C'est ces 7 ans de calvaire, où je plonge, je perds tout,
09:35je perds ma vie professionnelle, je divorce, je ne vois plus mes enfants.
09:38Je n'ai pas vu mon fils durant son adolescence.
09:41Chaque fois que je faisais une demande au juge
09:43pour passer un Noël ou un jour de l'an chez moi,
09:47enfin, dans mon ancienne maison,
09:49c'était systématiquement refusé.
09:50Et cette famille, elle est derrière vous ?
09:52Elle croit en votre innocence ?
09:54Ou cette famille, elle est gênée ?
09:56Quand vous dites qu'elle a éclaté,
09:57parce que finalement, elle est troublée aussi par ce qu'on vous reproche ?
10:00Non, j'ai ma femme au téléphone tous les jours.
10:02Votre ex-femme, donc ?
10:03Ma non-ex-femme.
10:04Et elle est derrière vous ?
10:05Oui, on s'envoie des SMS tous les jours.
10:06Les enfants, pareil.
10:07Les enfants sont tous là.
10:09Ils seront derrière vous à défendre leur père ?
10:11Oui, ils seront là le premier jour.
10:12Dans 3 mois et demi, il y a 2 solutions.
10:15La prison, pour très longtemps,
10:16ou alors la liberté, peut-être s'il n'y a pas d'appel.
10:18Vous la voyez, cette vie qui peut prendre une direction ou une autre ?
10:22Pour l'instant, je n'envisage pas l'après.
10:24Je ne peux pas me projeter.
10:25Mais par exemple, la prison, elle ne vous fait peur ?
10:27Évidemment que ça me fait peur.
10:28Évidemment.
10:28Mais d'un autre côté, je pense que j'aurai les arguments pour éviter d'aller en prison.
10:33Et vous pensez pouvoir réexercer un jour ?
10:35Je ne sais pas.
10:36Je ne sais pas si j'aurai la force de le faire.
10:39Ce statut, vous rêvez de le récupérer ?
10:39Je ne rêve pas de le récupérer.
10:41Je vais voir ce que je ferai par la suite.
10:43Pour l'instant, je n'ai pas d'objectif d'après.
10:45Un jour après l'autre ?
10:47Exactement.
10:47Merci, Frédéric Péchier, d'être venu ce matin sur RTL.
10:50À quelques heures de l'ouverture du procès, cette interview est enregistrée grâce à Plana Radenovics d'RTL,
10:56que vous connaissez bien et qui a sorti un livre aux éditions Michelon cette semaine.
10:59Le temps qui lui reste.
11:01Merci à vous.
11:02Merci.
11:02Merci Marc-Olivier Fogiel.
11:04Je ne suis pas responsable de la détresse des victimes,
11:07affirme à l'instant le docteur Péchier avant son procès.
11:09Version longue de cette interview.
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