00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:02Il est 8h16, pendant 4 semaines, seuls contre tous ou presque, qu'ils ont défendu Cédric Jubilard,
00:10l'homme accusé d'avoir tué sa femme et qui a des airs de coupable idéal.
00:14Au lendemain de leur plaidoirie et à quelques heures de la décision des jurés de la cour d'assises du Tarn,
00:18vous recevez, Marc-Olivier, ses deux avocats, Maître Emmanuel Franck et Alexandre Martin.
00:23Bonjour Maître Franck, bonjour Maître Martin.
00:26Bonjour.
00:26Dans quelques heures, donc maintenant, Cédric Jubilard connaîtra le verdict de son procès.
00:31Pour commencer, dans quel état d'esprit l'avez-vous laissé hier soir ?
00:36On l'a laissé dans un état d'esprit, comme vous pouvez l'imaginer, d'un homme qui est inquiet,
00:43qui peut avoir peur qu'une décision de condamnation soit prononcée en dépit de son innocence.
00:51Inquiet, justement, non, comme on ne peut pas l'imaginer, parce qu'on va y venir tout au long de ce procès,
00:56il a tellement semblé impassible qu'on ne sait pas ce qu'il a dans la tête.
00:59Donc, vous nous dites inquiet ce matin.
01:02Comment ne le serait-il pas ? La justice est humaine, les décisions ne sont jamais écrites avant d'être prononcées.
01:08Impassible. Alors, ce n'est pas de l'impassibilité.
01:12C'est un homme, comme on l'a expliqué hier, qui vit depuis quatre ans et demi à l'isolement
01:18et qui est un peu incapable, effectivement, de verbaliser ou de présenter ses émotions.
01:27Vous ne l'avez pas briefé pour ça ? Vous avez entendu les avocats des partis civils ?
01:32Vous avez peut-être entendu ici, sur RTL, l'ex-amant d'Elphine, qui disait qu'en fait,
01:37on a l'impression qu'il est briefé pour ne pas commettre d'erreur, pour vous laisser pouvoir dérouler
01:41et espérer convaincre les jurés.
01:43Alors, ce que pense l'amant dans ce dossier de Cédric Jubilard nous importe peu.
01:52Briefer quelqu'un, il faut arrêter d'imaginer que les avocats seraient des marionnettistes,
01:57qu'on peut parler à la place d'un client qui serait une sorte de ventriloque.
02:02Non, mais M. Sachar, qui va en revanche briefer un client, vous seriez dans votre rôle.
02:06Non, mais je ne le prends pas comme un reproche, votre question.
02:09Mais simplement, sur quatre semaines, Cédric Jubilard montre ce qu'il est,
02:13ce qu'il est, mais pas ce qu'il a été.
02:16Ce qu'il est, après, effectivement, quatre ans et demi, enfermé au quartier d'isolement.
02:20C'est-à-dire que c'est quand même des conditions de détention qui ont tendance
02:24et ont vocation à un peu couper les affects.
02:26Donc, c'est compliqué aussi pour lui d'arriver.
02:28Et puis surtout, je vais vous dire, je pense que quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise,
02:32de toute façon, ça n'ira pas.
02:33S'il pleure, on va considérer que ce sont des larmes de crocodile.
02:36S'il ne pleure pas, ce n'est pas normal.
02:37Enfin, on est quand même dans une position, et avec la présentation d'un homme,
02:41qui, de toute façon, quoi qu'il dise, il ne satisfera personne.
02:44Alors, on va venir à ce qu'il est, évidemment.
02:46Encore quelques mots sur ce qui va arriver à 9h.
02:48Il va faire une dernière déclaration ?
02:51Oui, c'est la loi.
02:53La présidente va lui redonner la parole avant que de clore les débats.
02:57Et ensuite, le jury se retirera pour délibérer sans désemparer,
03:01c'est-à-dire sans pouvoir sortir de la salle délibérée jusqu'à ce qu'une décision soit rendue.
03:05Il n'est pas obligé de le faire, mais il va le faire.
03:07Il va parler. Il va le dire quoi, grosso modo ?
03:10Pour l'instant, je ne le sais pas.
03:12Bon, j'imagine que le sens de son intervention, qui durera quelques secondes,
03:16c'est de dire une nouvelle fois qu'il est innocent des faits qu'on lui reproche.
03:19Trois magistrats, six jurés vont se retirer pour délibérer.
03:22Sept sur neuf membres de la cour d'assises va déclarer Cédric coupable,
03:26pour qu'il soit condamné.
03:27Vous n'allez évidemment pas faire de pronostics, c'est impossible, sur le verdict.
03:31Est-ce que vous, vous avez mis beaucoup de vous-même pendant ces quatre semaines,
03:35vous avez l'impression d'avoir fait vaciller l'accusation ?
03:38C'est toujours très compliqué de répondre à cette question,
03:40parce que, évidemment, nous ne sommes pas dans la tête des jurés.
03:44Ce sont des jurés qui ont été exemplaires,
03:46parce que tout au long des quatre semaines,
03:48et c'était long et c'était parfois sûrement pénible,
03:50ils ont été extrêmement attentifs.
03:52Ils l'ont été également pendant toutes les plaidoiries,
03:54partie civile, parquet général, la défense,
03:57et je pense qu'ils vont faire la synthèse dans leur esprit
04:01de tout ce que ces éléments-là ont pu indiquer à leur conscience.
04:06Donc c'est très très difficile de faire des pronostics, bien sûr,
04:08et puis on ne le souhaite pas,
04:09et c'est très difficile de savoir ce qu'ils ont dans la tête.
04:11Alors, en tout cas, vous, Maître Franck, vous dites
04:13qu'on ne condamne pas les sales types, on condamne les coupables.
04:16En gros, vous préférez que Cédric Jubilard soit un sale type
04:20qu'un coupable.
04:22Non, c'est absolument pas ça.
04:24Moi, d'abord, je ne considère pas que ce soit un sale type,
04:26et j'ai l'avantage sur beaucoup de quand même le côtoyer
04:28depuis quatre ans et demi,
04:29et c'était une façon de dire,
04:31on vous a présenté que cet homme, finalement,
04:34était à ce point un sale type
04:36qu'il ressemblait au crime qu'on lui reproche.
04:38C'est-à-dire qu'à un moment donné,
04:39le débat, pendant les quatre semaines,
04:40s'est un peu dévié sur la personnalité de Cédric Jubilard,
04:44ce qui est normal, mais c'était un peu à outrance,
04:46parce que j'ai eu le sentiment que la volonté était de dire,
04:49regardez, il a la tête d'un meurtrier,
04:51donc ce n'est pas étonnant qu'on lui reproche un meurtre.
04:53C'est ça qui est un peu désagréable.
04:54C'est qui, Cédric Jubilard ?
04:55Parce que les témoins qu'il accusait à la barre
04:58l'accusent d'être menteur, violent, feignant,
05:00manipulateur, nerveux, impulsif, sans affect,
05:02lui-même dit qu'il est vulgaire,
05:05ses enfants, enfin, son grand le charge.
05:08C'est qui, Cédric Jubilard ?
05:10Peut-être pas un coupable, on verra ce que dit la Cour,
05:12mais c'est qui, pour vous ?
05:15Cédric Jubilard, c'est un être polyforme,
05:17je dirais, un peu comme tout le monde,
05:19avait des qualités et des défauts.
05:20Des défauts ont été longuement développés,
05:23il peut être impulsif,
05:24il peut être violent en parole,
05:26à l'exclusion de violences sur sa femme,
05:30sur les autres,
05:32une violence éducative exagérée
05:35à l'encontre de son fils,
05:36je n'en dis ce qu'on ne vient pas.
05:38Il peut être grand de gueule,
05:39il peut être provocateur,
05:40il peut être un peu j'ai tout fait, j'ai tout vu,
05:42ça c'est une réalité qui correspond aussi...
05:44Au point de faire des aveux à ses co-détenus,
05:46à son ex qui a témoigné sur RTL,
05:49histoire de faire le fier à bras,
05:51c'est ça que vous dites ?
05:52Ah non, non, non,
05:53alors là, il faudrait reprendre tout ça
05:56dans le détail,
05:57les aveux à la dernière,
06:01Jennifer, il a toujours contesté
06:02les avoir faits,
06:04s'agissant de Marco,
06:05je ne vais pas vous retenir bien longtemps,
06:07le co-détenu,
06:08c'est ce qu'on appelle une histoire d'un mouton,
06:11quelqu'un qui avait quelque chose à gagner,
06:13et on a fait la démonstration,
06:14en tout cas c'est établi au dossier,
06:15que cet homme a manipulé tout le monde
06:17pour sortir de prison plus rapidement,
06:20je veux dire, ça c'est vieux comme la justice,
06:22ce genre de méthode,
06:24mais cet homme n'est absolument pas crédible.
06:26Sur le mobile,
06:28puisque vous le dites,
06:29ça a été votre point d'arrêt de dire,
06:30il n'y a pas de preuves,
06:31mais il y a un faisceau d'indices
06:33pour l'accusation,
06:35sur le mobile,
06:36et ça c'est l'ex-amant
06:37qui nous l'a dit à ce micro,
06:39il aurait pu péter les plombs,
06:40le soir,
06:41quand Delphine lui aurait avoué
06:43l'identité de son amant,
06:44il confirmait sa volonté de divorcer,
06:45au moment où il recevait un SMS,
06:47c'est impulsif,
06:49sans affect,
06:50en tout cas ça colle ?
06:51Ça ne colle pas,
06:53vous voyez finalement,
06:54ça ne colle pas,
06:54parce qu'on a des horaires,
06:57dans le dossier,
06:57vous savez un dossier,
06:58il y a énormément,
06:59il y a je ne sais plus combien de cotes,
07:02il ne peut pas avoir surpris Delphine,
07:04lorsqu'elle envoie le dernier message,
07:05à son amant,
07:06parce que c'était un horaire,
07:0822h55 en l'occurrence,
07:09où l'enfant du couple est encore avec sa maman,
07:12en train de regarder la télévision,
07:13donc cette scène ne peut pas avoir existé,
07:15donc c'est très bien que l'amant ait un avis,
07:17on est très contents,
07:18mais en l'occurrence c'est complètement faux,
07:19mais c'est normal,
07:20il ne connaît pas le dossier.
07:22Donc voilà,
07:23on n'est pas du tout dans cette configuration-là,
07:25et j'allais dire,
07:25on ne peut matériellement pas l'être,
07:27c'est ça qui était intéressant pour nous,
07:29de redire,
07:29même si bien évidemment,
07:30les jurés l'avaient déjà compris.
07:32Vous vous dites matériellement pas l'être,
07:34puisque votre plaidoirie,
07:36c'est d'expliquer qu'il n'y a pas de preuves,
07:37le faisceau d'indices,
07:39qui peut être considéré comme accablant,
07:41il vous fait peur ?
07:43Non, pas spécialement,
07:45parce que,
07:46attention à ce concept de faisceau d'indices,
07:49faisceau d'indices qui se concentrerait
07:52sur la réalité d'un crime,
07:54déjà c'est la première question,
07:56des indices qui se croisent entre eux,
07:58qui se contredisent entre eux,
08:00donc attention,
08:01les faisceaux d'indices,
08:02ce n'est pas forcément une vérité.
08:04Et puis,
08:05il y a un élément psychologique
08:06que j'ai développé hier,
08:08on nous parle d'un pétage de plomb,
08:09parce qu'il aurait appris
08:10que sa femme voulait divorcer,
08:12mais enfin,
08:12de qui se moque-t-on ?
08:13Elle l'a annoncé depuis des mois,
08:15l'existence de l'amant,
08:16il le connaît depuis plusieurs semaines,
08:19et en tout cas,
08:19il en a la certitude à 2000%,
08:21et pourquoi cette femme...
08:23Au pied du mur,
08:23on ne sait jamais ce qui peut arriver.
08:25Oui,
08:26mais enfin,
08:26c'était quand même intégré
08:28depuis plusieurs semaines,
08:29je ne vais pas...
08:30Mais votre intime conviction,
08:31Maître Franck,
08:32et Maître Martin,
08:34c'est quoi ?
08:34Puisque à la barre,
08:35il a senti que Delphine
08:36aurait pu rejoindre une secte,
08:37partir faire le djihad.
08:38Votre intime conviction,
08:39si ce n'est pas lui,
08:40c'est qui ?
08:41Mais,
08:42si vous voulez,
08:43nous,
08:43on n'est pas...
08:43La difficulté,
08:44c'est qu'on est obligé de faire
08:45avec un dossier
08:46qui nous est présenté
08:47par la gendarmerie
08:48et par celui des juges d'instruction.
08:49On n'est pas aux Etats-Unis,
08:50on n'a pas de pouvoir d'enquête.
08:51Je sais bien, oui.
08:52On est dans une procédure
08:53qui fait que nous,
08:53on ne peut pas aller rechercher
08:55des scénarios.
08:56À partir de là,
08:57on fait avec un dossier
08:58qui, de toute façon,
08:59n'a jamais eu d'autre vocation.
09:00Il n'y a pas d'éléments
09:00qui vous permettent
09:01d'avoir une conviction ?
09:02Il y a beaucoup d'éléments
09:03qui nous permettent de dire
09:04que beaucoup de portes
09:05n'ont pas été fermées
09:06et que, donc,
09:07à partir de là,
09:07le champ des possibles
09:08est ouvert.
09:10De là à construire un scénario,
09:12nous en sommes bien incapables.
09:12Vous l'avez un peu fait
09:14en voulant faire porter
09:14le chapeau à l'amant
09:16en parlant de la téléphonie
09:17et puis, finalement,
09:18à la barre,
09:18ça a été contredit.
09:19Mais ça a été bien
09:20un scénario
09:20que vous avez esquissé.
09:21Ce n'est pas un scénario
09:23qu'on a esquissé.
09:24Il fallait être à l'audience.
09:25Si vous voulez,
09:26nous, notre démarche
09:27par rapport à l'amant,
09:27c'était de dire
09:28mais attention,
09:29à un moment donné,
09:29vous écrivez dans le dossier
09:30que son téléphone portable
09:32active la cellule du couple
09:33le soir de la disparition
09:35et vous n'en faites rien.
09:36Et c'est même un peu dissimulé
09:38parce qu'il manque toujours
09:39un procès verbal
09:40quand même dans le dossier.
09:41Notre idée,
09:41ce n'était pas de dire
09:42l'amant est coupable,
09:43jamais je ne ferai
09:44ce que je reproche
09:45que l'on fait à Cédric Jubilard.
09:47Notre idée,
09:47c'était de dire
09:48mais attention
09:48parce que si effectivement
09:49l'amant est venu ce soir-là,
09:51ce dont on n'en sait rien
09:52à ce moment-là,
09:53l'histoire n'est pas la même.
09:55C'était tout simplement ça.
09:56L'histoire n'est pas la même
09:57et votre devoir,
09:58vous, enquêteur,
09:58c'est de vérifier cela.
10:00Parce que si l'amant vient,
10:01peut-être qu'elle est sortie,
10:03ce n'est peut-être pas l'amant
10:04mais en tout cas,
10:05il s'est peut-être passé quelque chose
10:06suite à cette sortie du domicile.
10:08En fait,
10:08c'était une manière de dire
10:09dans ces cas-là,
10:09l'histoire n'est plus du tout la même.
10:10De la même façon...
10:12Pardon,
10:12Il nous reste quelques secondes.
10:13Le verdict,
10:14c'est ce soir,
10:15s'il est condamné,
10:15quoi qu'il arrive,
10:16vous faites appel ?
10:18Oui,
10:18oui,
10:19a priori,
10:21bien évidemment,
10:22nous ferons appel
10:22et nous savons de toute façon
10:24depuis le début
10:25que quelle que soit la décision
10:26de ce soir,
10:27le combat va durer encore
10:29de nombreux mois.
10:31Merci,
10:31Maître Franck,
10:33merci,
10:33Maître Martin,
10:34d'avoir été en ligne
10:34avec nous,
10:35aux côtés de Patrick Dégéraud
10:37qui suit évidemment
10:37avec Cindy Hubert
10:38le procès pour RTL.
10:39Merci à vous deux.
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