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  • il y a 6 mois
Femme engagée, artiste intergénérationnelle et figure emblématique du féminisme, Lio revient sur son parcours hors du commun. De ses débuts précoces à son statut d’« icône », elle retrace une carrière marquée autant par la scène que par ses prises de parole.

Au-delà de la musique, Lio rappelle que la cause des femmes n’appartient pas qu’au passé : elle se vit au présent et se construit pour l’avenir. Chaque combat, chaque témoignage, chaque action s’ajoute comme une pierre à l’édifice d’un monde plus juste et égalitaire.
Un message qui résonne avec force, transmis par une artiste qui a su transformer sa voix en arme, et son histoire en héritage pour toutes les générations de femmes.

"L'amour de ma vie", le premier single de son nouvel album à venir, déjà disponible.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Les médias m'ont traité comme ils traitaient toutes les femmes,
00:02comme des esservelées, des petites, sexualisées à mort.
00:05Le féminisme, c'est du meilleur pour tous, et ça, ça me semble important.
00:10L'engagement public et féministe, il m'a été toujours très spontanée.
00:16Je déteste l'injustice, je ne comprends pas certaines choses,
00:20et j'ai beau les retourner dans tous les sens.
00:22Après, je les nomme, je fais des recherches historiques,
00:24et quand même, au final, je dis la même chose, c'est inconcevable.
00:27Et à partir de là, oui, je recommande à tout le monde d'être féministe,
00:33et surtout aux garçons, parce que je remarque que dans les pays
00:36où les femmes atteignent des responsabilités hautes,
00:40eh bien, ça va mieux pour tout le monde, pas que pour les femmes.
00:44Et de l'autre côté, je voulais, si vous voulez, boucler une boucle.
00:49J'aime bien cette idée que le monde, c'est des boucles, pas des cordes.
00:53Et moi, je voulais boucler la boucle, voilà.
00:56Faire comme un dernier album qui soit en miroir avec mon premier album.
01:02La vie m'a montré que c'était les femmes qui m'ont toujours tapé sur l'épaule
01:05et qui m'ont soutenue.
01:06Alors, je me suis tournée vers elles.
01:07Je ne suis pas sotte, je ne vais pas aller vers ceux qui me crachent au visage.
01:13Le premier cadeau que j'ai reçu, c'est-à-dire la première chanson, elle est de Hoshi.
01:17Et on s'est rencontrés tout à fait par hasard au NRJ Music Awards.
01:21Alors, autant vous dire que ce n'est pas ma place et qu'elle ne se sentait pas à l'aise non plus.
01:26Et on a fait soror.
01:28On a fait sororité.
01:29Et puis, quand on est partis, on est allés dîner.
01:32Et puis, j'ai su qu'elle m'avait écrit une chanson.
01:34Et la phrase qu'elle a dite, c'est « Je veux rhabiller Lyo ».
01:37Alors, c'était comme si j'étais toute nue et c'était un peu vrai.
01:41Et du coup, ça a été pour moi formidable parce que je me suis sentie aimée.
01:45Je me suis sentie quelque chose de pas mal important pour une nouvelle génération
01:51que j'avais déjà un tout petit peu côtoyée.
01:54Alors, j'ai eu l'idée que peut-être, comme aussi toute cette nouvelle génération
01:59de chanteuse, d'autrice, de compositrice m'avait donné le goût de réécouter de la musique d'aujourd'hui.
02:06Je trouvais ça si fort.
02:08Et surtout, ce que je trouvais génial, c'était comme mes sœurs, petites sœurs, mais comme mes filles.
02:14Dans le sens aussi où, pour elles, il y avait des tas de choses d'acquises et surtout leur créativité.
02:19C'était dur encore.
02:21J'entends Pomme, j'entends Angèle.
02:23Je sais, je les suis.
02:24Aïa !
02:25Je sais tout ça.
02:26Mais elles ont des talents, en plus d'avoir du génie.
02:31Elles ont des talents.
02:33Et moi, j'avais du talent.
02:35Et c'était très facile de me mettre sous la technique.
02:38Et donc, de filles en aiguille, de fil en aiguille, ben voilà, j'ai contacté d'autres filles,
02:44d'autres artistes femmes, où elles sont venues à moi spontanément.
02:48Et ça, c'était aussi...
02:50Waouh !
02:53Des sacrés cadeaux.
02:55Et puis, cet album a surgi.
02:58Et grâce à la famille et au soutien du public, du petit public, maintenant il est là, cet album, il va arriver.
03:05Quand j'ai parlé tout à fait spontanément de ce qu'était le quotidien à nous,
03:12femmes, et déjà je parlais des femmes artistes en premier,
03:15parce qu'il faut toujours partir du plus proche de soi.
03:18Sans vouloir parler à la place du tout des femmes racisées, j'embrasse leur cause à 1000%.
03:26Sans vouloir du tout parler à la place des femmes trans, j'embrasse leur cause à 1000%.
03:30Parce que c'est des sœurs.
03:32Et que pour moi, le féminisme, c'est du meilleur pour tous.
03:35Parce que c'est comme une éthique, et ça, ça me semble important.
03:38Et donc, comme j'ai fait spontanément tout ça, c'est-à-dire que moi, il me semblait que j'étais honnête et que je regardais les choses et que je pouvais apporter une expérience.
03:47Et mon expérience était une vie quotidienne de mise sous l'étouffoir, d'une histoire qui m'était enlevée, d'être fort close, d'être élevée en rivale,
03:58d'au final avoir une misogynie intégrée qui ne me plaisait pas du tout.
04:02Et j'étais seule, mais je ne pensais pas que je serais seule.
04:06Est-ce que si je l'avais su, j'y serais pas allée ? Je crois pas.
04:09Je crois que j'y serais allée quand même.
04:11Parce que je pense que de toute façon, c'est toujours des fleurs qu'on sème.
04:14C'est toujours des... Enfin, ça vaut toujours le coup.
04:18Parce que se taire, là, ça pose une vraie question d'éthique.
04:22Les médias m'ont traité comme ils traitaient toutes les femmes, c'est-à-dire comme des esservelées, des petites, sexualisées à mort,
04:29surtout si elles étaient un peu mignonnes.
04:31Humiliées à mort si elles ne correspondaient pas aux critères, ça a toujours été comme ça.
04:35Parce que de toute façon, ça ne change que si les femmes prennent les décisions et prennent les contrôles des médias.
04:42Je suis d'accord avec Hélène Myrène quand elle dit que Margaret Thatcher a été très importante.
04:48Pour toutes les petites filles qui entendaient parler d'elle de mal, de bien,
04:50elles me disaient « mais qui c'est cette femme ? »
04:52Et qu'on disait « c'est le premier ministre ».
04:55Alors là, la première ministre.
04:57Tout d'un coup, dans la tête de ces petites filles, paf !
05:01Ouais, je peux l'être.
05:02C'est comme ça qu'on est quand on est petit.
05:03Et donc c'est important, même si je n'aime pas Margaret Thatcher.
05:07Moi, l'humiliation, je connais.
05:09Je n'y ai jamais donné prise.
05:11Ça, ça m'a semblé être la dernière chose à faire parce que je savais dans mon fort intérieur
05:18que le rire est aussi bien, chez moi, un talisman contre mon désespoir.
05:24C'est l'humour noir des Portugais.
05:26Et l'humour est une arme de destruction massive parce que quand vous ne donnez plus prise
05:31et que vous riez de bon cœur, et j'insiste, de bon cœur,
05:36de ce qui est en train de se tramer en face de vous,
05:38quoique vous êtes inatteignables, et que ça, ça fout le somme.
05:42Là, vous êtes vraiment fortes.
05:44Et j'aime ce moment.
05:45J'en ai eu peu dans ma vie, mais j'en ai eu et je les cultive.
05:48C'est des grandes et belles victoires qui ne font couler aucun sang,
05:54qui sont radicales et définitives.
05:55Ça veut dire on scotche.
05:58C'est comme une formule magique, ça protège.
06:01Alors, il y a 20 ans, quand je parlais de féministe, je n'étais pas seule.
06:05Il y avait une génération derrière moi, la génération des Antoinette Fouque,
06:09des Monique Wittig.
06:10Ça, il ne faut pas l'oublier.
06:11Il y avait le MLF derrière moi, avec ma mère qui m'avait emmenée à Bruxelles.
06:17Avortement libre et gratuit.
06:19Mon corps m'appartient parce qu'il y avait des médecins qui étaient jugés
06:22pour avoir pratiqué des avortements, je ne sais plus, entre 72-74 à Bruxelles.
06:29Et en fait, je n'étais pas seule.
06:30J'étais seule en chanteuse de variétés.
06:33Enfin, 10 ans avant moi, il y avait Anne Sylvestre.
06:36Sauf qu'elle était boycottée de partout,
06:38parce qu'elle n'était certainement pas assez jolie, d'après les critères.
06:41Et pas assez variétés, plutôt folk.
06:43Et moi, je suis arrivée en Stoumeline, comme on dirait en Belgique.
06:47Ils ne m'ont pas vu venir.
06:49Sinon, je ne serais pas là.
06:50Ils m'auraient tué dans l'œuf.
06:52J'en suis sûre.
06:54C'est le fait de n'être de nulle part.
06:55C'est-à-dire d'être une immigrée, avec personne dans le métier.
06:59Ça donne une immense liberté.
07:00On ne connaît rien.
07:02On est jeune, alors on y va.
07:04Et donc, ils ne m'ont pas vu venir.
07:05Et ça m'a donné une force et une puissance.
07:07Donc, encore une fois, j'ai de la chance.
07:10Merci, ma chance.
07:11Oui, ça l'est indéniablement plus facile de s'exprimer aujourd'hui sur ces sujets-là.
07:16C'est les mentalités qui n'ont pas changé.
07:18Parce que c'est une surface, en fait.
07:19La force des générations qui comprennent vraiment qu'il faut s'unir,
07:23fait que ça chancelle vraiment.
07:25Mais je pense qu'il y a encore beaucoup à faire.
07:27Si vous voulez, c'est dans le divertissement que ça change le plus frontalement.
07:33Mais si vous regardez les institutions, c'est-à-dire la justice,
07:36les lois ne sont pas appliquées.
07:38Et elles existent.
07:39Les lois de protection des femmes.
07:41Et des enfants.
07:42Le documentaire sur l'affaire Marie Trintignant et Bertrand Cantat,
07:48avec tout ce qui a été reconnaissant envers moi,
07:51est arrivé à un moment terrible pour moi.
07:53Et donc, j'étais en colère.
07:56Vous savez, sur ce documentaire,
07:58je crois que les gens ne savent pas le courage qu'il a fallu à ces femmes.
08:01Je me souviens avoir suivi les interventions de Anne-Sophie Jeanne
08:08et à quel point elle était maltraitée sur les plateaux quand elle revenait sur cette affaire.
08:14Elle était en train de travailler sur le documentaire.
08:17Donc, je crois que les gens ne se rendent pas compte du courage qu'il a fallu à ces femmes,
08:22à quel point Bertrand Cantat est protégé.
08:25Donc, j'étais si heureuse pour ces femmes,
08:28et qui ont reconnu aussi de s'être peut-être trompées à l'époque.
08:32C'est incroyable et c'était formidable.
08:34Mais moi, dans ma vie personnelle, c'est arrivé un moment terrible.
08:38Et donc, oui, j'étais en colère contre l'univers.
08:41J'ai engueulé l'ange de mon fils, gravement.
08:46Je me suis vraiment rendue compte,
08:48et avec beaucoup de reconnaissance, d'amour et de tendresse partagée,
08:56que ça avait touché beaucoup de jeunes.
08:59Et ils me l'ont vraiment donné.
09:01Ils me l'ont rendu à 1000%.
09:03Beaucoup, beaucoup de femmes, mais aussi beaucoup d'hommes.
09:07Je l'ai senti, et de toute façon, toutes les vagues d'amour portent.
09:10Et on ne donne jamais de l'amour en vain, quoi qu'il arrive.
09:14Et donc, je remercie tout le monde, vraiment, du fond du corps.
09:17Les conseils que j'ai à donner à la génération des artistes féminines,
09:24c'est, voulez-vous m'en donner ?
09:26Parce que vraiment, vous êtes top.
09:28Je trouve que c'est fantastique.
09:30Franchement, je suis émerveillée, émerveillée.
09:33Et toute seule chez ma fille, yuppie !
09:37Vraiment, les Juliette, les Angèle, les Clara, les Oshii, les Aya.
09:42La magnifique, la sublime, lousaine de Yakuza.
09:45Elles sont fortes.
09:46Elles sont fortes.
09:47Elles sont douées.
09:49Elles sont déterminées.
09:52Et elles iront ensemble très loin.
09:54Et elles sont déjà très loin.
09:55Donc, non, je n'ai aucun conseil à leur donner.
09:57Si elles veulent bien m'en donner, j'ai un Instagram.
10:00Vous pouvez y aller, les meufs !
10:02Est-ce que vous vous rendez compte que pour beaucoup, vous êtes devenue une icône ?
10:05Alors, vous savez, ce qu'on a toujours dit de moi, que j'étais une iconoclaste.
10:09Donc, en fait, je démolis les icônes.
10:11Donc, je serai la première à me démolir à la première occasion.
10:14De toute façon, vous savez aussi, on veut toujours tout regarder en verticalité.
10:18Mais vous savez, il y a d'autres directions.
10:21Et moi, je prends l'échelle et je la mets comme ça.
10:23Et ça me fait une passerelle.
10:24Et c'est tout ce qui m'intéresse.
10:25Oui, j'aime bien ce que vous faites du mot, ce qu'on fait tous ici, du mot iconique.
10:30Parce que c'est devenu chez mes filles avec des cadres partout.
10:32Donc, c'est presque comme une invocation à quelque chose qui est formidable.
10:36Mais qu'on peut aussi démolir.
10:39On peut aussi en rire.
10:41Et ça, c'est très important.
10:42Sinon, on devient dessin.
10:43Et là, vraiment, c'est mort.
10:55Sous-titrage Société Radio-Canada
11:00Sous-titrage Société Radio-Canada
11:01Sous-titrage Société Radio-Canada
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