- il y a 6 semaines
Didier Varrod reçoit Suzane, autrice, compositrice et interprète, pour évoquer son engagement féministe.
La chanson « Je t'accuse », qui critique la justice pour son inaction en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, dit tout de son combat pour la cause féministe. Elle parle de son propre vécu et raconte le parcours tourmenté des femmes aux prises avec la justice après avoir subi une agression sexuelle. Face à cela, elle appelle à plus de sororité.
Elle l'admet, si ses textes peuvent parfois sembler sombres, elle reste profondément optimiste. Sinon, elle ne ferait plus de musique. Son amour pour le public, pour l'humain, lui donne la force et l'espoir de continuer et lui permet de penser qu'une chanson peut changer les choses.
Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.
La chanson « Je t'accuse », qui critique la justice pour son inaction en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, dit tout de son combat pour la cause féministe. Elle parle de son propre vécu et raconte le parcours tourmenté des femmes aux prises avec la justice après avoir subi une agression sexuelle. Face à cela, elle appelle à plus de sororité.
Elle l'admet, si ses textes peuvent parfois sembler sombres, elle reste profondément optimiste. Sinon, elle ne ferait plus de musique. Son amour pour le public, pour l'humain, lui donne la force et l'espoir de continuer et lui permet de penser qu'une chanson peut changer les choses.
Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.
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00:00Je t'accuse de fermer les yeux alors que t'as tout vu.
00:06Je t'accuse, c'est pas l'innocent, t'as rien fait quand t'as su.
00:12Je t'accuse, main droite levée.
00:19Je t'accuse.
00:22Bonjour Suzanne.
00:23Bonjour Didier.
00:24Bienvenue dans mon compartiment.
00:26Merci.
00:26Vous êtes autrice, compositrice, interprète.
00:28On a beaucoup entendu parler de votre dernier album sorti à l'automne dernier, Millenium.
00:34Cette chanson et ce titre, on va y revenir, qui est quand même très important dans les valeurs que vous
00:39transmettez à travers cet album.
00:41Mais cet album, c'était aussi l'occasion de mettre en lumière une chanson phénoménale qui est devenue un phénomène
00:48sociologique qui s'appelle Je t'accuse,
00:50qui va de surprise en surprise pour vous parce qu'elle a provoqué un très gros choc dans la société
00:56au moment où vous l'avez sortie,
00:58avec ce clip réalisé par Andréa Bescon.
01:01Et puis, il y a eu Rebelote récemment aux Victoires de la Musique, où d'autres gens, encore d'autres
01:07publics, ont découvert cette chanson.
01:09Chanson féministe.
01:10Chanson qui part de l'intime, de votre vécu, à vous, qui avez été victime d'un viol à la
01:16vingtaine,
01:16et que vous avez voulu transcender en une thématique universelle sur l'inaction de la justice française face aux violences
01:27faites aux femmes.
01:28C'est ça ?
01:29C'est bien résumé, Didier, cette chanson.
01:32Je pense qu'elle n'est plus à moi déjà depuis quelques mois déjà.
01:37Effectivement, je l'ai sortie le 24 avril 2025.
01:41Je pense que cette date, elle va rester ancrée longtemps dans ma tête.
01:46C'est le même jour.
01:48C'est hasardeux, mais c'est le même jour où la Cour européenne des droits de l'homme a condamné
01:51la justice française pour inaction, pour misogynie aussi.
01:57Il y a eu une condamnation ce jour-là, et je sors ce « je t'accuse » sans le
02:01savoir.
02:02Je pense que moi, ça part d'un cri du cœur.
02:05En tout cas, moi, ça a été un moment où je l'ai écrite, je suis entre quatre murs, je
02:09n'ai pas vraiment toute cette vision.
02:12Je ne sais pas où va finir cette chanson, je ne sais même pas que je vais la partager un
02:15jour.
02:16Vous êtes seule au piano ?
02:17Oui, j'ai besoin de l'écrire, cette chanson.
02:19Vous vous remémorez de cette tragédie intime qui a été la vôtre, de subir un viol à l'âge de
02:2620 ans à peu près, lorsque vous travailliez dans un village de vacances, c'est ça ?
02:32Oui, c'est ça. Je pense que c'est plus des flashbacks, parce que je pense que quand on est
02:36victime de viol ou d'agression sexuelle, ça dure longtemps, le temps qu'on digère, c'est un vrai choc.
02:43C'est une amnésie traumatique, on peut le dire comme ça ?
02:46Je pense que pendant des années, j'ai eu tellement honte, je me sentais tellement sale et il y avait
02:50tellement d'émotions qui m'abîmaient.
02:54J'étais abîmée à l'intérieur, parce que c'est ça que ça fait, une agression sexuelle ou en viol,
02:58ça abîme, mais on ne le voit pas.
03:00Comment dire ? J'arrivais quand même à vivre, mais à l'intérieur, je survivais.
03:06Ce qui est important de dire aussi, c'est que vous surviviez, mais surtout parce que la société patriarcale a
03:13édicté ça comme une vérité en soi.
03:16Une femme victime de viol est victime, donc elle n'ose pas dire qu'elle a été agressée.
03:23En tout cas, la période où j'ai été agressée, effectivement, on était encore dans des schémas où c'était
03:30honteux presque pour la victime.
03:33Ce n'était pas l'inverse.
03:34Quand on dit que la honte change petit à petit de quand, j'ai l'impression que c'est en
03:38train d'arriver maintenant.
03:40Par contre, toutes les femmes à qui j'ai pu parler, ou en tout cas moi quand je l'ai
03:43vécu, tous les discours qu'il y avait autour de moi dans la société,
03:46c'était quand même, tais-toi, garde cette honte pour toi et n'éclabousse pas les autres de cette honte.
03:54Il ne faut pas, ça gêne les gens, ça met mal à l'aise et puis on va te traiter,
03:57toi, de menteuse.
03:58Oui, c'est ça, c'est pour ça que vous désignez.
04:00Cette remise en question de la parole de la victime et ça, en tout cas, à cette période, j'ai
04:06eu peur.
04:07Je pense que ça ne m'a pas aidée, effectivement, à sortir ce choc, ce traumatisme que j'avais eu.
04:13Je me suis construite là-dessus, ça a duré des années, je me suis réfugiée dans plein de choses pour
04:17essayer de me guérir.
04:20Mais je pense qu'à l'heure d'aujourd'hui, peut-être que ce qui a été le plus efficace,
04:24c'était de parler à mon piano un soir.
04:27En tout cas, je ne me suis pas mise à mon piano en me disant, tu vas écrire là-dessus.
04:31Je pense qu'il y a eu d'abord ces flashs traumatiques qui reviennent dans ma vie de femme.
04:36C'était lourd à porter, c'était en 2024.
04:38Je me revois la nuit, le jour, quand je parlais parfois à des gens, voire des images, des scènes qui
04:43me revenaient.
04:44C'était comme quelque chose qui restait trop longtemps dans le ventre et qu'il faut que ça sorte.
04:50Je dis souvent que je l'ai vomi, je t'accuse, je l'ai craché, je l'ai vomi.
04:53En tout cas, c'était dans ces zones-là.
04:56Ça m'a fait du bien, c'était un fou qui fait du bien, c'était un soulagement, c'était
05:00une libération.
05:02Je ne libère que ma parole à ce moment-là et je ne sais pas tout ce qui va se
05:05passer derrière.
05:06Je ne sais pas.
05:07Ce « je t'accuse », c'est une colère réparatrice.
05:11Oui, je trouve que c'est bien dit, c'est une colère réparatrice.
05:15C'est un noir qui vient, quelque chose de sombre qui vient illuminer aussi parce que je la joue en
05:26concert, cette chanson.
05:28Et j'appréhendais un petit peu de la jouer en concert parce que je sais que ce « je »,
05:32depuis, il est devenu « on ».
05:33Il y a tellement de gens concernés par ce « je », ce « je t'accuse », que quand
05:38je vois des points levés, je vois la dignité, je vois la force, je vois le courage de ces victimes,
05:44en fait, le soir, avec ses mains tendues.
05:47Donc, je vois de la lumière, finalement, dans cette chanson.
05:49C'est bizarre de dire ça sur un « je t'accuse », mais moi, en tout cas, c'est
05:52ces images-là que j'ai le soir.
05:54C'est des moments d'union, de rassemblement, de force, en fait, de dignité.
05:59Donc, tout ça, tout à coup, je me dis, cette noirceur que j'ai traînée tellement longtemps, j'en ai
06:05fait une petite lumière, en tout cas, dans ma vie.
06:07Je ne dis pas que ça règle tout, une chanson.
06:09Je ne suis pas guérie en chantant « je t'accuse » et je ne peux pas prétendre guérir les
06:14autres non plus, mais elle répare.
06:17J'aime bien que tu emploies ce mot-là.
06:18Voilà. Cette chanson aussi, elle n'aurait peut-être pas existé si l'affaire Pellicot, le drame de Gisèle Pellicot,
06:29n'avait pas saisi la France entière.
06:32Je pense que ça a fait partie. Dans tous les cas, je me serais libérée en chanson, parce que j
06:37'ai cette chance-là d'écrire des chansons et, dans ma vie de femme, de pouvoir m'exprimer en musique.
06:42Malheureusement, il y a l'affaire Gisèle, mais il y a l'affaire, quand je cite tous ces noms au
06:45début de la chanson, tous les jours, en France,
06:48il y a une affaire, qu'elle soit médiatisée ou pas. Il y a une affaire de violence sexuelle, que
06:52ce soit des femmes, que ce soit des enfants, des hommes.
06:55Il y a beaucoup de statistiques, mais rarement des visages, rarement des prénoms, rarement on oublie les vies de ces
07:01personnes-là.
07:02Gisèle, je pense que c'est une figure qui est importante, parce qu'on l'a vue, on a entendu
07:07cette histoire atroce,
07:08on s'est dit comment ça peut exister, ça, dans notre pays, la soumission chimique.
07:12On découvre la soumission chimique, on découvre l'horreur qu'elle a vécue, et on s'attend à avoir une
07:18victime abîmée, complètement cassée, brisée.
07:21On espère presque la voir un petit peu comme ça, je pense que c'est notre œil de...
07:25La société est comme ça, elle attend de ça, de la victime.
07:27En fait, on voit Gisèle qui ouvre ce huis clos, qui dit que la honte va changer de camp, qui
07:32montre le visage de ses agresseurs.
07:35Et là, tout à coup, nous, en tant que femmes, en tant que victimes d'agressions, de viols, on se
07:39dit, ça peut exister, ça.
07:41En fait, elle a libéré, j'imagine, tellement de gens en faisant tous ces choix-là, en étant forte, en
07:47étant courageuse.
07:48Et je trouve qu'elle l'est encore aujourd'hui, on attendait qu'elle soit triste, et elle est en
07:51train de sourire sur les plateaux télé en disant qu'elle, elle veut retrouver la joie dans sa vie.
07:55La joie de vivre, qui est le titre de son livre, en plus.
07:58Ouais, ça m'émeut, mais je trouve ça très fort, en tout cas, c'est réparateur, ce qu'elle fait
08:01Gisèle sur toutes les femmes.
08:03Et donc, malheureusement, il n'y a pas eu que Gisèle.
08:05D'abord, il y a eu Gisèle, et puis il y a eu Sophie, Lisa, qui a DJ Marie.
08:07Et malheureusement, la liste pourrait être tellement longue, et elle continue de l'être.
08:13Et moi, je me rends compte, en tout cas, à quel point, dans les commentaires YouTube, dans les concerts, etc.,
08:17on est tellement nombreux à être concernés.
08:19C'est ça qui est malheureusement un triste constat sur cette chanson.
08:23Alors, vous avez mis aussi en lumière, avec Andréa Bescon, qui a réalisé le clip,
08:27cette notion très importante, qui est aujourd'hui une notion qui caractérise la chanson française,
08:32dont vous êtes une des héroïnes aujourd'hui, c'est la sororité.
08:38Ce clip, où vous avez fait intervenir Catherine Ringer et plein d'autres personnalités identifiées,
08:45et puis des personnalités plus anonymes, elle met en place, comme référent de lutte et de militance, la sororité.
08:55Qu'est-ce que c'est pour vous la sororité, Suzanne ?
08:58La sororité, c'est quelque chose qu'on ne nous apprend pas, je pense, quand on est femme.
09:04On est souvent mis en concurrence, mis en compétition, d'ailleurs, Miss France existe encore.
09:11Je trouve que les femmes, souvent, sont divisées pour des choses qui sont parfois très futiles.
09:19En tout cas, ce moment soror, en tout cas, cette sororité, moi, j'en ai compris la définition.
09:24Le jour de ce tournage de Je t'accuse avec Andréa Bescon, avec toutes ces femmes qui étaient sur le
09:29plateau,
09:30victimes anonymes ou publiques, il y avait aussi beaucoup de techniciennes sur ce plateau.
09:36C'est beaucoup de femmes qui ont œuvré dans l'ombre pour qu'on puisse mettre en lumière ce message.
09:41J'ai vu à quel point, quand on réunissait les femmes, on peut vraiment pousser des montagnes.
09:48Je pense qu'on peut vraiment être... La sororité, c'est une vraie force qu'on ne connaît pas encore
09:54vraiment,
09:55parce qu'on commence à l'expérimenter. Pas assez, je trouve.
10:01Mais dans cette ville, en tout cas, j'aurais connu ce moment de sororité très fort avec toutes ces femmes
10:07sur le plateau
10:08et qui se prolonge, en plus, parce que c'est des images, donc c'est magnifique de pouvoir les revoir.
10:13Et j'espère que quand je serai très vieille, je pourrai regarder ce clip et me dire déjà que les
10:18chiffres ont beaucoup baissé.
10:21Ce clip n'est plus utile, mais on l'aura fait et on aura peut-être ouvert quelques portes avec
10:25ces femmes-là, ce jour-là.
10:27Alors, il faut aussi parler des autres chansons de cet album. Il ne faut pas que Je t'accuse, Écrase,
10:33tout le propos de...
10:34Non, Écrase pas, mais je la sors de tous mes albums, celle-ci.
10:37De Millenium. Et je vais vous poser une question simple et frontale. C'est quoi la virilité ?
10:45Parce que vous avez une chanson qui s'appelle Viril et que vous écrivez, vous orthographiez avec un E.
10:50La virilité, c'est quelque chose qui s'applique aux deux genres.
10:54Parce que la virilité, c'est du courage, c'est de la puissance, c'est de la détermination, c'est
11:00de la force.
11:02Ce qui peut être attribué aux femmes. Je pense que tous ces adjectifs qu'on a du mal à nous
11:07attribuer, peuvent nous être attribués.
11:10Ça peut être de la sensualité aussi ?
11:12Bien sûr.
11:12La virilité ?
11:13Je crois. La féminité est... Et je pense qu'on peut l'associer, la féminité est virile, quoi.
11:20Je pense qu'aujourd'hui, d'assumer d'être une femme, d'être... Peu importe le modèle, aujourd'hui, on
11:24voit que les femmes sont très différentes, qu'elles sont riches, justement, d'être différentes.
11:28Qu'on n'est pas que dans un seul carcan.
11:30Et qu'on peut s'exprimer sur nos looks, sur notre sexualité, sur tout plein de choses, sur nos choix.
11:37Donc, je pense que la virilité, c'est là où elle se situe, quoi.
11:41Je me suis beaucoup renseignée, parce que je ne comprenais pas, et je pense ça depuis longtemps.
11:45Depuis que je suis gamine, j'ai l'impression, la première fois qu'on m'a dit que j'étais
11:49un garçon manqué, je me suis demandé pourquoi il n'y avait pas le terme fille réussie, ou pourquoi garçon
11:54manqué.
11:56Je me suis toujours posé la question avec ces mots. Pourquoi ces mots ? Pourquoi ces mots nous rangent déjà,
12:01en tant que femmes ?
12:02Et j'ai voulu ajouter ce E à viril, parce qu'il y a eu des sociétés apparemment très anciennes,
12:10où les femmes, dans une société matriarcale, étaient viriles, parce qu'elles partaient, elles défendaient leur territoire, elles mettaient des
12:20enfants au monde.
12:20Enfin, tout ça, ça faisait partie, en tout cas, des formes de virilité. Et donc, les femmes ont déjà été
12:26viriles.
12:26C'est extraordinaire ce que vous dites. Ça veut dire que vous associez la maternité à un acte de virilité.
12:32Bien sûr. Imaginez accoucher d'un enfant, mettre au monde quelqu'un. C'est notre corps qui... C'est courageux.
12:41C'est moi, quand je sais que ma mère... Moi, c'est une de mes plus grandes phobies. Accoucher.
12:46Pourtant, je suis une femme et je sens que c'est une peur. C'est une peur de mettre un
12:51enfant au monde, de me dire est-ce que mon corps va fonctionner ?
12:53Est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que ça va me faire mal ? Quand je vois
12:57ma mère qui est accouchée de quatre enfants, je trouve qu'à sa manière, elle est virile.
13:01Parce que passer sur une table d'opération et mettre au monde quelqu'un et... Oh là là, mais quel
13:08courage, quoi ! Et ça fait mal.
13:10On fait souvent des... On voit parfois sur Internet des tests de garçons qui veulent essayer de voir ce que
13:17font les règles ou ce que font la douleur d'un accouchement.
13:20Et ils reconnaissent parfois ces endroits quand même. Ils se disent, bon... C'est vrai que le corps de la
13:25femme, déjà, on est avec beaucoup de douleur, quoi.
13:28Toute notre vie, on aura des douleurs, ne serait-ce que tous les mois.
13:31Le corps de la femme, vous l'avez expérimenté à travers un mode d'expression qui est la danse.
13:38Oui.
13:38Vous avez fait de la danse classique, toute petite. Vous avez suivi même un cursus scolaire où la danse était
13:44vraiment conjuguée à votre cursus scolaire.
13:49Vous avez abandonné la danse et pourtant vous reconnectez à la danse par la musique aujourd'hui, puisque vous dansez
13:57beaucoup lorsque vous êtes sur scène.
14:01Le corps, c'est une arme de séduction. Est-ce que le corps, c'est une arme, déjà, en soi
14:05?
14:06Évidemment. Évidemment. Surtout le corps d'une femme. Je pense que c'est même politique, aujourd'hui, le corps d
14:13'une femme.
14:14Quand on voit des femmes manifester, peu importe comment elles le font, qu'elles soient seins nus ou pas seins
14:19nus, peu importe où elles le font dans le monde,
14:22ou quand elles défendent leurs droits, le corps est sexualisé.
14:27C'est un enjeu.
14:28C'est un enjeu, forcément. Enfin, on sait depuis la nuit des temps que... Déjà, on parle du corps, on
14:33associe ça quand même au fait de pouvoir reproduire.
14:37Les femmes, aujourd'hui, c'est ça qui... On est quand même l'origine de l'humanité, quoi.
14:44Donc, il y a cette pression, je pense, quand même, sur nos corps. Est-ce qu'ils nous appartiennent vraiment
14:48?
14:48Est-ce qu'on n'est pas là que pour faire des enfants ? Il y a ce rapport... Voilà,
14:51vraiment.
14:53Il y a tellement de questions sur le corps de la femme, en fait. Même nous, quand on est femme,
14:56on se dit qu'il y a tellement d'enjeux à faire nos choix.
14:58Sur nos corps, mais en tout cas, j'ai l'impression qu'on est quand même dans une envie de
15:02se libérer, de pouvoir être nu ou pas nu,
15:06ou voilé ou pas voilé. C'est nos choix, à la fin.
15:10Et la danse, dans tout ça, ça a permis, pour vous, peut-être, d'aller chercher dans des territoires qui
15:17vous intéressaient et qui vous questionnaient aussi.
15:20Je m'exprime avec mon corps et j'ai l'impression qu'utiliser mon corps en dansant, c'est m
15:25'émanciper aussi.
15:25C'est avoir le contrôle dessus, c'est me l'approprier.
15:30C'est jauger la souffrance aussi, parce que dans la danse classique, il y a ça.
15:34Oui, il y a ça, il y a beaucoup de dictates aussi dans la danse classique. C'est vrai qu
15:37'on a mal au pied, on est sur des pointes, on est censé être très légère pour être portée par
15:40un garçon.
15:41Je pense que c'est ça qui m'a fait arrêter aussi tout ce cadre un petit peu, où la
15:45fille doit être constamment dans une légèreté absolue, tout sourire alors qu'elle souffre.
15:50Je trouve que ça rejoint beaucoup ces mantras de « sois belle et tais-toi » et ça ne marchait
15:54pas avec moi.
15:55Donc je pense que je me suis libérée par d'autres danses justement aujourd'hui.
15:58J'ai boudé la danse parce qu'elle a été écrasante, elle m'a dominée à un moment où limite
16:05je ne me suis plus aimée quand j'ai regardé le miroir.
16:07Justement avec ce rapport au corps où je n'étais pas assez mince et pas assez ci, pas assez ça.
16:11Alors que la danse exige le miroir par ailleurs.
16:13Oui, il faut savoir se regarder.
16:16Surtout dans la danse classique.
16:17Exactement, mais à un moment donné quand on ferme le miroir c'est quand même plus agréable parce que quand
16:21j'ai commencé la danse, je ne dansais pas devant le miroir, je ne dansais pas dans des cours.
16:24Je dansais uniquement parce que la musique me traversait et que je ne me regardais pas.
16:28Je n'aime pas me regarder moi de toute façon, même après des prestations je ne me regarde même pas.
16:33Donc je veux juste ressentir sur le moment.
16:35Je chante, je ressens, je danse, je ressens, ça me suffit.
16:39Voilà.
16:40Aujourd'hui, vous êtes porteuse d'un message aussi sur cette génération qui est la génération Millenium, probablement inspirée de
16:53cette trilogie romanesque, mais pas que.
16:56En fait, en écoutant cette chanson, j'ai découvert quand même quelque chose qui m'a fait sourire et qui
17:01m'a aussi interpellé.
17:03Vous dites que vous êtes de cette espèce rare, c'est le mot que vous employez, qui aura connu le
17:09monde avant Internet.
17:10La dernière espèce rare qui aura connu le monde avant Internet.
17:15Oui, je dis je suis d'une espèce rare et comme l'ours on va disparaître, dire qu'on aura
17:20été les derniers à connaître le monde sans Internet.
17:22Et ouais, c'est ma génération, quoi, c'est la génération des milléniaux 90, on est sans Internet, donc on
17:31connaît les jeux en plein air, on connaît la vie sans écran, on connaît ce truc de profiter des choses
17:40simples sans avoir à les filmer, à les partager.
17:43On n'a pas autant de sollicitations du monde extérieur, parce qu'on voit aujourd'hui les infos sur les
17:48images, ça peut être très très anxiogène.
17:50Nous, à la limite, on a le 20h le soir et c'est déjà un peu anxiogène, mais on n
17:55'a pas autant de sollicitations.
17:57Est-ce que ça veut dire que c'était mieux avant, pour autant ?
17:59Désolée, je vais être un peu boomeuse là-dessus, carrément, je suis milléniale, je suis boomeuse.
18:04Sur les réseaux, il n'y a pas que du péjoratif, évidemment, on peut s'unir aussi avec les réseaux,
18:09voir ce qui se passe ailleurs, être informé, et ça, je pense que c'est très important, être bien informé,
18:14sans trop de montage et de manipulation de médias.
18:17Mais aujourd'hui, il y a quand même l'IA, il y a quand même des fake news, il faut
18:20s'en sortir là-dedans.
18:22J'ai l'impression quand même qu'on est censé se connecter à travers ces réseaux, mais moi, je trouve
18:27qu'on est distancié quand même, que ça nous sépare à la fin.
18:31Parce que oui, je suis une enfant des années 90 et j'ai vu les adultes vivre des moments ensemble,
18:36manger ensemble, sans être sur leur téléphone.
18:39Il y avait des moments plus vivants, en fait, on était un peu plus vivants, je trouve.
18:43Quand j'allais en club, moi, que j'allais écouter Daft Punk Justice, je transpirais quand je sortais de là.
18:49Je n'avais pas mon... Les DJ aujourd'hui, les pauvres, ils sont devant des téléphones.
18:55Nous, à l'époque, ils étaient devant des gens. Enfin, à l'époque, j'ai l'impression d'être un
18:58dinosaure, un T-Rex.
19:01Mais vraiment, quand je suis sortie, moi, pour les premières fois, on dansait, on faisait vraiment la fête.
19:07Et même dans vos concerts, j'imagine. Est-ce que vous donnez des...
19:09Moi, je recrée ça, je veux ça.
19:10C'est vrai ? Vous donnez des consignes ?
19:13Il y a certains artistes qui le font, aujourd'hui, qui disent...
19:15Je fais deux doigts, parfois.
19:16C'est vrai ? Vraiment, parfois, j'ai envie de craquer, d'y ranger vos téléphones et on vit le
19:19concert.
19:20Moi, après, les gens, dans mes concerts, quand même, j'ai l'impression que, voilà, sur certains titres...
19:23Bon, on est quand même la petite story, mais j'ai l'impression d'être assez...
19:27Les regarder assez fort pour pas qu'ils regardent leur téléphone.
19:30Moi, j'essaye aussi d'avoir un rapport à proximité.
19:34On peut penser, moi, que je peux avoir des shows très carrés, etc.
19:37Oui, il y a la danse, il y a quelque chose de très carré, mais il y a quand même
19:40beaucoup d'humains.
19:41Il n'y a pas que des écrans qui jouent.
19:42Moi, je n'aime pas quand c'est le cinéma, le concert.
19:45Je n'aime pas quand les gens regardent un écran.
19:46Ils viennent me voir, moi, ou l'écran ?
19:49Bon, il faut arriver à avoir une harmonie entre les deux.
19:52Alors, quand on écoute votre album aussi, on voit quand même...
19:55Et ce n'est pas le premier album où on sent ça.
19:58Il y a quand même beaucoup de colère chez vous.
20:00Il y a beaucoup d'indignation.
20:05Vous êtes une femme debout qui s'indigne.
20:08Et c'est extrêmement important.
20:11Et en même temps, en regardant, vous voyez, ces jolis paysages,
20:15on se demande qui est la vraie Suzanne ?
20:19Est-ce qu'elle est si...
20:22Est-ce qu'elle est tout le temps comme ça sur la brèche, dans la colère,
20:25dans une forme de résistance ?
20:28Ou est-ce qu'elle est beaucoup plus...
20:32J'allais dire complexe.
20:34C'est-à-dire qu'elle a une partie un peu plus romanesque,
20:39où vous avez envie de célébrer la vie,
20:42comme la dernière chanson de votre album, à la vie.
20:45Où on voit la lumière, là, pour le coup.
20:47Bien sûr.
20:48Qui est, en fait, Suzanne, au-delà de cette colère qui est en vous ?
20:54Je pense que je suis plus complexe qu'on peut ne le penser.
20:59Je suis un livre qui peut paraître ouvert,
21:02mais il faut lire entre les lignes.
21:04Ou du moins, il faut relire plusieurs fois le livre
21:06pour être sûre de l'avoir compris.
21:08Moi-même, je me découvre encore en chanson,
21:11et pas qu'en chanson.
21:15Pour moi, il n'y a pas de colère sans lumière.
21:17Parce que pour moi, la colère, c'est de l'espoir.
21:19Le jour où je ne suis plus indignée,
21:21le jour où je ne suis plus en colère,
21:22ça veut dire que je ne suis plus humaine.
21:23Ça veut dire que ce que je vois dehors,
21:25ça veut dire que toute cette violence,
21:27qu'elle soit faite aux femmes,
21:28qu'elle soit...
21:30Voilà, quand je vois la misère dans la rue,
21:31quand je vois tout ce qui se passe ailleurs,
21:33en dehors de nos frontières.
21:34C'est dur d'être heureux aujourd'hui, en 2026.
21:37C'est vrai ?
21:37Oui, je trouve ça dur d'être léger.
21:39Peut-être pas heureux, mais léger, se sentir léger.
21:41Alors, comment Suzanne arrive à connecter avec la légèreté ?
21:45Alors, comment elle se sent légère, Suzanne ?
21:45Suzanne, elle adore l'amour.
21:47Elle aime l'amour, déjà.
21:48Je suis amoureuse depuis 15 ans,
21:50donc ça, c'est déjà une belle chose.
21:50Vous êtes une grande amoureuse ?
21:51Je suis une grande amoureuse.
21:52Je pense que c'est l'amour qui me fait tenir.
21:54C'est l'amour qui me sauve de mes angoisses, je pense.
21:58L'espoir aussi, parce que, comme je le dis,
22:00il n'y a pas de rébellion,
22:02il n'y a pas de révolte sans espoir.
22:04Le jour où je n'espère plus,
22:05je n'écris même plus une seule chanson.
22:07Je m'en vais en Lauserre
22:08et juste je m'assois, je regarde un beau paysage.
22:11Vous n'êtes pas punk ?
22:12Alors, il n'y a pas de nos futurs pour vous ?
22:14Alors, je peux penser un peu comme ça.
22:16Je peux parfois me dire,
22:20je n'ai plus espoir il y a des jours comme ça,
22:21mais en fait, non, je pense que je suis une grande optimiste,
22:23mine de rien.
22:24On ne dirait pas comme ça dans mes chansons,
22:26mais j'y crois encore.
22:27Moi, je veux y croire encore.
22:29Je veux croire en la jeunesse,
22:32peut-être plus qu'en de nos générations,
22:33parce que nous, on essaie encore de changer les choses.
22:35Mais même ce mot « changement »,
22:38ce « millénium »,
22:39ça veut dire nouvelle ère,
22:40commençant par un changement.
22:42Je crois que dans le mot « changement »,
22:43il y a aussi beaucoup d'espoir et d'ouverture.
22:46De transformation.
22:47Oui, de transformation.
22:48Et moi, je crois aux humains.
22:49En fait, je crois que j'aime les humains.
22:51Sinon, je ne ferais pas ce métier
22:52et je ne serais pas montée autant de fois sur scène.
22:55Je crois que j'ai envie d'insuffler quand même,
22:56malgré mes textes sombres,
22:59malgré mon entièreté.
23:00Et parfois, je peux être un peu frontale, effectivement,
23:02et en colère.
23:05Je crois qu'à la fin,
23:06je veux juste que les humains se réveillent.
23:09J'ai l'impression d'être un peu une briseuse de silence, parfois.
23:13Mais j'assume d'être cette briseuse de silence,
23:16parce que le silence peut peser dans ce monde
23:18où parfois, il y a beaucoup de bruit.
23:19On entend ce bruit.
23:21Entendez-le, quoi.
23:22C'est là que vous trouvez votre énergie incroyable.
23:26C'est dans cette idée de briser comme ça le...
23:30Oui, de briser les silences, de casser les dictates,
23:36les choses dont on se sent enfermé.
23:37En fait, je pense que je cherche la liberté à tout prix,
23:39en tant que femme, en tant qu'humaine,
23:41tout court, dans cette vie-là, quoi.
23:43Et de sens.
23:45De sens.
23:45Je crois que la musique est peut-être la seule chose
23:49qui fait que je me lève le matin
23:50en trouvant un peu de sens à ce monde-là.
23:53Oui, sinon, je serai en colère et un peu en dépression, quoi.
23:56Et donc, la musique, finalement,
23:58c'est le territoire qui vous a accompli.
24:02Oui, c'est un guide, c'est une recherche, quoi.
24:04La musique, c'est quelque chose...
24:05C'est déjà, c'était une musique intérieure, à la base, quoi,
24:08que j'ai laissée s'exprimer.
24:10Mais heureusement qu'il y a eu cette musique,
24:11parce qu'elle m'a fait partir de chez moi.
24:14Mais en même temps, c'était bien que je parte de chez moi,
24:16parce que je n'aurais pas pu être moi-même
24:19en restant à Avignon,
24:20vivre, n'étant Suzanne, mon homosexualité,
24:23tout plein de choses, en fait.
24:24La musique m'a guidée au bon endroit à chaque fois.
24:28Avec un train, vous êtes partie.
24:29Avec un train, je suis partie, mais littéralement,
24:32Didier, j'ai pris un train sans retour pour Paris.
24:36J'avais toujours cet accent qui est resté.
24:40Ça va faire plus de 10 ans maintenant que j'ai pris ce train.
24:43Et je pense qu'on en loupe, des trains dans la vie.
24:46Mais celui-là, j'ai bien fait de bien le prévoir
24:49et de poser une date et de dire,
24:53OK, c'est ce jour-là où je vais vers mes rêves.
24:55Merci infiniment, Suzanne, de ne pas avoir loupé ce train
24:58dans lequel je vous invitais.
25:01Je vous souhaite une année extraordinaire.
25:04Elle est déjà bien, bien, bien remplie.
25:07Avec des rendez-vous quand même pour vous
25:09qui vont être des rendez-vous importants.
25:11Le Zénith, Bercy.
25:13Est-ce que la petite avignonnaise aurait cru ça
25:16en prenant le train ?
25:17Non, on ne peut pas prévoir ce genre de choses.
25:20Mais en tout cas, je vais les vivre au maximum.
25:24Merci infiniment, Suzanne.
25:26Merci.
25:27Merci.
25:27Merci.
25:27Merci.
25:28Merci.
25:35Merci.
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