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  • il y a 1 an
Elle pensait trouver protection et amour auprès de sa propre mère… mais c’est l’horreur qu’elle a subie. Trahie par la personne qui aurait dû la protéger, son histoire est celle d’une souffrance silencieuse, d’un combat pour survivre et d’une quête de justice. Une vie marquée par la douleur, mais aussi par une force intérieure incroyable.

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Transcription
00:00Jamais j'emploie le mot maman, parce que j'ai pas une maman.
00:04Je lui dis, est-ce que tu te souviens quand tu m'as tripoté quand j'étais petite fille ?
00:08Elle ne me répond pas, donc je le répète, c'est-à-dire qu'il n'y a pas un mot qui sort de sa bouche.
00:13Je viens vers vous pour vous parler de l'inceste maternel, ce sujet qui est extrêmement tabou, dont j'ai été victime.
00:19Je suis d'une origine aristocrate, arménienne, donc d'un milieu social plutôt élevé, avec une culture artistique, intellectuelle.
00:28J'ai subi des attouchements sexuels de la part de ma mère quand j'étais bébé, des deux ou trois mois, je pense.
00:35J'ai la conviction de ça parce que j'ai failli passer à l'acte avec ma fille quand elle avait elle-même deux ou trois mois.
00:43Alors déjà, aucune culpabilité maintenant d'avoir eu cette pulsion, puisque je ne suis pas passée à l'acte.
00:49Ça, je vais absolument l'affirmer.
00:50J'ai eu la pulsion de répétition, c'est-à-dire de gommettre le même acte que ma mère avait commis sur moi,
00:57à savoir des attouchements sexuels, mais même des viols, puisqu'il y a eu pénétration digitale.
01:04Donc j'ai failli reproduire.
01:06Par contre, au moment où je sens effectivement que j'ai cette pulsion, que je la ressens,
01:12c'est l'affolement parce que je me dis « mais ça, ce n'est pas toi ».
01:16Et je ne suis pas passée à l'acte.
01:17Évidemment, par déduction et surtout par l'analyse, j'ai compris que ça s'est produit bien avant mes deux ans et demi
01:24et que c'était une répétition qu'elle commettait sans doute parce qu'elle-même a dû être victime aussi.
01:31Ma fille, elle me dit toujours « je m'en fous, ça va ».
01:34J'ai été éduquée par ma grand-mère paternelle.
01:37Cette femme, elle lui a apporté de l'amour.
01:39Je n'ai pas voulu, moi, qu'elle soit avec elle.
01:41Ce n'est pas moi qui ai décidé de s'en faire parce que moi, je n'ai jamais voulu, j'allais dire, me délivrer de ma fille.
01:47Certainement pas.
01:47Quant à la pulsion, je crois que franchement, je ne l'ai pas évoqué directement avec elle
01:51parce qu'en fait, elle n'a pas eu lieu.
01:53C'est-à-dire qu'en fait, il n'y a pas eu de passage à l'acte.
01:55Le moment où j'ai confronté ma mère, je revenais d'un boulot où j'avais pris du LSD.
02:01C'était la première fois, d'ailleurs, que je me droguais, entre guillemets.
02:04Et papa, entre guillemets, d'ailleurs.
02:07Enfin, il y avait un digerquet dans une boîte de nuit, il m'a proposé, je travaillais dans la boîte,
02:11il m'a proposé un assis de LSD.
02:13Donc, je suis carrément passé au plus fort direct.
02:15Donc, j'étais en descente, comme on dit, quand je suis allée voir ma mère, c'était le lendemain matin.
02:19Donc, j'étais dans un état un peu second, mais très, très lucide.
02:22Ben, maman, tu te souviens ?
02:25Déjà, la paix de maman, ce n'est même plus la peine maintenant.
02:27Je ne peux pas.
02:28De toute façon, elle est morte depuis 21 ans, ça va.
02:30Mais jamais, jamais.
02:32Dans mon livre, d'ailleurs, « Doutes de l'envécu », je précise.
02:36Jamais, j'emploie le mot « maman ».
02:38Parce que je n'ai pas eu de maman.
02:40Je n'ai déjà pas eu de papa, il est mort, j'avais de maman.
02:42Donc, je lui dis, est-ce que tu te souviens, quand tu m'as tripoté, quand j'étais petite fille ?
02:48Elle ne me répond pas, donc je le répète.
02:50C'est-à-dire qu'il n'y a pas un mot qui sort de sa bouche.
02:53Mais c'est juste un rochement de tête négatif.
02:57Et qui dit, ben non, quoi.
02:59Non.
03:00Elle a regardé ses pompes et évidemment, elle a été dans le déni le plus infernal pour moi, en fait.
03:07Mais enfin, auparavant, elle était allée voir un psychiatre.
03:09Je me souviens parce qu'elle était épileptique.
03:11Et donc, elle a été suivie par un psychiatre.
03:13Je l'attendais dans la salle d'attente.
03:15Et que quand elle est sortie du cabinet, je l'ai rejointe.
03:18Et elle m'a dit, oh ben, de toute façon, vous pouvez toujours attendre, je lui ai rien dit.
03:24Mais c'était quoi ? Rien dire.
03:26En fait, la psychanalyse, c'est passionnant.
03:29La psychanalyse, c'est un travail sur l'inconscient qui demande des années.
03:34C'est pas vrai.
03:35On peut pas, avec une petite thérapie, considérer et surtout analyser ce qu'on a vécu dans l'enfance.
03:42C'est à travers les mots, M-O-T-S, qu'on arrive avec un guide.
03:48Donc, quelqu'un, évidemment, d'autoriser professionnellement.
03:52Parce qu'un psychanalyste, c'est quelqu'un qui connaît son travail sur les comportements, sur la gestuelle, sur les mots avant tout.
04:01Je crois que la psychologie, c'est pas fait pour tout le monde.
04:04Parce qu'on est encore dans une ère où tout est rationaliste, matérialiste, etc.
04:09Et que de parler de ses états d'âme, de parler de ses émotions, de parler de qui on est, c'est impossible pour certains.
04:16Moi, je ne vis qu'avec mes émotions, je suis une artiste.
04:18Et donc, j'ai raté ma vocation de chanteuse à cause d'elle.
04:22Et ça, pour moi, c'est peut-être le pire.
04:25C'est ma souffrance.
04:27C'est mon vide.
04:28C'est ma noirceur.
04:30C'est le fait de ne pas avoir réussi à chanter.
04:35Donc maintenant, je crie.
04:36Voilà, je crie maintenant.
04:38Et la psychanalyse, c'est important.
04:41Parce que la psychanalyse m'a sauvée.
04:42Parce que sinon, je serais morte et je ne vous parlerais pas.
04:44C'est-à-dire que j'ai fait 30 ans de psychanalyse avec un psychanalyse.
04:48Si je n'avais pas eu ça, si je n'avais pas eu cette possibilité,
04:51et c'était à la suite d'un shoot de trop parce que j'étais toxicomane,
04:54j'étais sous-héroïne pendant 8 ans, ou 7 ans, enfin, oui, environ.
05:00En fait, j'ai eu une rencontre qui a été un homme avec qui j'ai vécu pendant 7 ans,
05:05qui était un voyou parce qu'il avait aussi des problèmes dus à l'enfance,
05:11opérations du sexe, de l'œil.
05:14Et puis, il a vécu des choses, et pourtant, il était très, très séduisant.
05:18J'ai passé 7 ans avec lui.
05:19Il ne pouvait pas travailler, en fait, parce que, vu ses difficultés,
05:23donc il est tombé un petit peu dans la sombritude, comme dirait Chegolène.
05:26C'est-à-dire qu'il est tombé dans l'obscur, qui est immatériel.
05:28Et donc, il voulait qu'on vendre du cannabis.
05:31Je lui ai dit non.
05:32Et après, il a dit oui.
05:33Et puis après, évidemment, le dealer nous a dit,
05:36oui, mais vous vendez du cannabis, ça ne rapporte pas assez d'argent.
05:38Vous vendez de l'héroïne.
05:40Mais ne touchez pas, ne touchez pas à l'héroïne.
05:43Mais évidemment, goûtez quand même pour savoir si elle est bonne.
05:46Eh bien, on a goûté, elle était bonne, elle était bonne,
05:48elle était tellement bonne que ça lui reste 7 ans.
05:50Ce shoot de trop, ce moment où je me pique,
05:53et que je me dis, non, mais je ne sens rien,
05:55je vais en refaire un, je vais en refaire un,
05:57mais je dis, ça passe ou ça casse.
05:59Et si ça passe, eh bien, je vais appeler au secours.
06:03Et puis, sinon, je serai morte.
06:05Et là, en fait, ça a été le déclencheur
06:08de la psychanalyse.
06:10C'est-à-dire que c'est passé,
06:11j'ai téléphoné,
06:13j'ai été prise vraiment en charge
06:15par une institution formidable,
06:17Trait d'Union,
06:18qui existe toujours pour toutes les addictions,
06:20d'ailleurs, il faut le souligner.
06:21J'ai vu les morts autour de moi.
06:23L'héroïne, c'est vraiment quelque chose
06:26qui est dévastateur, qui est mortifère,
06:29qui est terrible, d'ailleurs,
06:31et quoi, vertir les joies de nature.
06:32Parce que c'est souvent,
06:34ce sont souvent des enfances bousillées
06:37qui font qu'on devient des adultes toxicomanes.
06:41Parce que c'était une naissance,
06:42parce que j'étais morte avec l'héroïne,
06:44parce que j'avais quitté l'héroïne,
06:46et parce que enfin, je devenais survivante.
06:49Parce que vivante, ce n'est pas vrai.
06:50Ce n'est pas vrai.
06:51Les victimes de l'inceste,
06:53maternelle, paternelle ou autre,
06:57nous sommes des survivants.
06:59J'ai toutes les pathologies chroniques
07:01dues aux incestes.
07:04Fibromiaque, j'ai une neuropathie périphérique,
07:06due aux toxiques,
07:08cirrhose du foie,
07:09due à l'hépatite C,
07:10parce que je me shootais.
07:11Et dans la seringue, il y a l'hépatite,
07:13on ne la connaissait pas encore.
07:14Et après, on a su que c'était la C.
07:15Et puis, j'ai été soignée pour ça.
07:17Mais il y a les restes.
07:18Et c'est surtout des douleurs physiques.
07:20C'est avec beaucoup d'amour,
07:23beaucoup d'amour,
07:25d'empathie,
07:26que j'ai envie de dire,
07:28parlez les enfants,
07:29parlez les adolescents.
07:31Si vous avez une mère
07:32qui vous fait du mal,
07:34qui vous maltraite,
07:36qui vous touche des parties intimes,
07:39parlez-en à quelqu'un.
07:41Sauvez-vous.
07:42Ce que je veux dire aussi,
07:44c'est quand même que
07:45vraiment rien n'est fait actuellement
07:48en ce qui concerne
07:49les enfants victimes d'inceste.
07:51Rien n'est fait.
07:52Heureusement qu'il y a la civile.
07:53C'est vrai.
07:53Merci, M. Édouard Durand.
07:55Mais je trouve que vraiment
07:56rien n'est fait pour l'enfance
07:57en France.
07:58On n'apprend pas l'empathie.
08:00On n'apprend pas à parler à l'école.
08:02On apprend chez maths.
08:03Moi, ça ne m'intéresse pas.
08:05Moi, pour moi, un enfant,
08:06il doit se construire aussi
08:08à l'école
08:09parce qu'il peut avoir
08:10des parents déficients,
08:12déviants,
08:14criminels.
08:16On n'a pas le droit
08:17de tuer un enfant.
08:19On n'a pas le droit.
08:21Mais sinon,
08:22il y a beaucoup de choses à faire.
08:24Moi, je pense
08:25que des psys
08:26dans les écoles,
08:28deux psys par école,
08:29c'est suffisant.
08:30Mais pas les adolescents.
08:33Les enfants, les petits,
08:34saisir leur comportement,
08:36leurs mots.
08:36Des psys qui pourraient
08:37effectivement faire émerger
08:40cette parole
08:41que les enfants ont
08:42beaucoup de mal
08:42à délivrer
08:43parce que les référents
08:45sont les parents
08:46la plupart du temps.
08:47Et la première emprise,
08:49ce sont les parents.
08:50Il ne faut pas se voiler à la face.
08:52J'ai fait une psychanalyse,
08:53je sais de quoi je parle.
08:54Et ce n'est pas parce que moi,
08:56j'ai été incestuée,
08:57c'est qu'on n'a pas besoin
08:58d'être incestuée
08:59pour être aux emprises
09:00de ces parents
09:00et de répéter,
09:01et de répéter,
09:02et de répéter,
09:02de répéter,
09:03de génération en génération.
09:04Empêchons le processus
09:08des pathologies chroniques
09:09qui fait que
09:10moi j'ai cassé la chaîne
09:12de l'inceste.
09:13Ça, je veux le dire.
09:14Oui.
09:14Moi, j'ai cassé la chaîne.
09:16Mes enfants ne vont pas
09:17à se tuer.
09:18Dans les trois,
09:19ils ne vont pas à se tuer.
09:22Je l'assiste
09:24à cesse
09:25tuée.
09:25Tuée.
09:26Tuée.
09:27Tuée.
09:27Tuée.
09:28Tuée.
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