00:00Je suis tellement heureux pour cette première de l'année de recevoir un artiste qui traverse les générations avec élégance, des contractions.
00:08C'est le rappeur français qui a le plus de vocabulaire.
00:11C'est pas moi qui le dis, c'est une étude américaine.
00:14Plus de 7000 mots différents dans ses textes, ce qui le place bien au-dessus de la moyenne qui est de 24 mots.
00:21Ça c'est moi qui le dis par contre.
00:22MC Solar est avec nous ce matin.
00:24Le vent souffle en Arizona, un état d'Amérique dans le Cap Arizona.
00:30C'est le cow-boy and the bang bang you fly.
00:32Bonjour Alicé Zola, merci d'être là.
00:35Il paraît que vous avez une quarantaine de dictionnaires chez vous, c'est vrai ça ?
00:37Oui, je les avais quand j'étais plus jeune.
00:40J'avais bien sûr les dictionnaires normaux, et puis après il y avait les dictionnaires thématiques.
00:46Ceux qu'on voit que dans question pour un champion.
00:50Dans les dictionnaires de la mort, de l'amour, de ceci, de cela.
00:53C'est-à-dire la concentration de tout le savoir de quelqu'un.
00:56C'était super parce que rien qu'en ouvrant des pages, on faisait des tas de voyages.
01:00Une passion pour les mots.
01:01Avant de parler de votre actu, on va revenir sur quelques moments de votre parcours à MC Solar avec quelques petits sons.
01:07Voici le premier.
01:12Bien sûr, tout le monde a reconnu Ghetto Boys.
01:18Ghetto Boys, ça fait partie de vos premières influences.
01:21Il faut dire qu'au-delà des licos, vous êtes une encyclopédie du rap, MC Solar.
01:25Vous dites souvent que vous aimez tous les raps.
01:27Moi, j'ai du mal à le croire, c'est vrai que vous aimez vraiment tous les raps.
01:30Si, j'aime bien.
01:31Par exemple, ce groupe-là qu'on entend, c'est un groupe qui s'appelle Ghetto Boys, un groupe de Dallas,
01:34qui faisait du rap très très gore, mais avec une forte...
01:38C'est super littéraire quand on écoute ce qu'ils font.
01:41Vous êtes bilingue ?
01:42Oui, bien sûr.
01:44Français, verlan.
01:47Mais vous faisiez traduire les textes ou vous faisiez quoi ?
01:49Non, alors, la particularité de ce groupe, c'est qu'ils prononcent vraiment avec un accent texan,
01:53on croirait ce qu'on fait à l'école quand on a du mal à prononcer.
01:56C'est très compréhensible.
01:58Et le rap d'aujourd'hui, avec les voix totalement trafiquées, qui se ressemblent un peu toutes, ça vous plaît, ça ?
02:04Ça, ça ne m'a pas plu au début, parce que j'ai suivi mon maître aux Etats-Unis, il s'appelait Jay-Z, il a dit que ça ne devait pas exister.
02:12Et puis, je crois que 15 ans après, c'est passé dans les mœurs, ça fait un refrain qui monte un peu.
02:17Je sais que ce serait très difficile pour moi, mais...
02:20Vous n'y êtes pas mis, vous, à trafiquer votre voix ?
02:24Non, mais c'est parce que j'aurais envie d'essayer de chanter pour de vrai, plutôt que de transformer le truc, je parle pour ma part.
02:31Et alors, votre premier texte, vous l'avez écrit M.C. Solaire en 1988, je crois que vous le connaissez encore par cœur.
02:37Ah ouais ?
02:38Mon délire est total.
02:39Et mon rythme infernal, quelque chose que tu ne retrouveras plus jamais dans les annales, il faut me comprendre et ne jamais prétendre que Claude M.C. est un dur, car ce gars est un tendre.
02:48C'est pas mal, c'est pas mal.
02:49C'était déjà bien en 1981.
02:51Vous envisagez pourtant plutôt une carrière dans la traduction ou le journalisme à l'époque, vous vouliez faire mon boulot, c'est ça ?
02:56Eh bien, exactement, oui, j'avais croisé un oncle qui m'a donné un truc pour une école de journalisme.
03:03Bon, je ne savais pas ce qu'il fallait faire, mais je savais que ça devait être un peu dans les lettres.
03:05Alors que je connaissais quelqu'un qui faisait de la traduction, et puis cet oncle qui était journaliste, il m'a dit, il faut aller à l'école à Nice, tu fais ceci, cela.
03:16Bon, c'était mon objectif, plus jeune, c'était boulanger, à 8 ans, et puis après, une fois qu'on a le bac, on se dit autre chose.
03:23Mais c'est parce que je suis allé au CIDJ, le Centre d'Information et de Documentation des Journales.
03:29Et puis ils ont dit que c'était possible de faire des choses comme ça, journalistes, et donc, je ne sais pas, ça ne m'avait plus.
03:35Jusqu'au jour où vous entendez ça.
03:37Pourquoi tant de haine ? C'est vraiment pas la peine.
03:39Je récate de dire à des hommes, nous sommes les mêmes.
03:42Malgré les pressions et l'argumentation visant à la destruction de ma nation.
03:46Vous avez reconnu la voix aussi.
03:47Aïam, 1989, vous écoutez cette mixtape d'Aïam, et ce morceau en particulier, qui s'appelle Red, Black & Green.
03:54Et là, c'est une révélation.
03:56En écoutant ça, vous vous êtes dit, en fait, faire du rap en français, c'est possible.
03:59Moi, je ne savais pas que c'était du français au départ, il y avait l'accent de Marseille,
04:02mais surtout, je n'avais jamais entendu quelque chose d'aussi structuré.
04:05Puis je réécoute la cassette que j'avais enregistrée sur une radio.
04:08C'est du français.
04:10Alors, je sors, puis après, je vois un peu les paroles, ça parle du monde.
04:13Et j'avais dit, bon, il faut être sérieux à la fac.
04:17Et bien, je n'ai pas été à 100% sérieux, puisqu'il y avait toujours ce groupe-là qui me trottait dans ma tête.
04:24C'est heureusement que j'ai écouté cette cassette, parce que ça m'a replongé dans ce genre de musique.
04:30Moi, ça me fascine, ça, ce genre de truc où tu te dis, juste parce que ce jour-là, j'ai écouté une cassette,
04:34ça a changé le cours de ma vie.
04:36C'est assez génial, les chemins de vie comme ça.
04:38Et l'année suivante, en 1990, donc vraiment juste l'année suivante, vous sortez votre premier single et c'est direct un tube.
04:44Bouge de là, et puis Caroline, de l'année suivante, votre premier album,
05:07Qui s'aime le vent, récolte le tempo, qui cartonne, avec plus de 400 000 exemplaires vendus en France.
05:11Mais alors aussi à l'étranger, j'ai vu ça, vous avez fait une tournée en Russie, en Pologne.
05:17Vous vous êtes intéressé très vite, en dehors de nos frontières, à chercher un autre public comme ça ?
05:22Je ne sais pas, il y a quelqu'un qui traînait un peu dans l'onde de grande parisien,
05:26qui nous a dit, est-ce que tu veux nous suivre en Russie ?
05:28Donc on est parti là-bas, il n'y avait pas spécifiquement des choses organisées.
05:32On est allé à Régard, on est allé à Moscou, où il n'y avait pas vraiment beaucoup de public.
05:35On a rencontré les rappeurs locaux, et puis surtout, je ne sais pas, l'art de vivre,
05:42c'est-à-dire, à cette époque-là, c'était la perestroïka, post-perestroïka,
05:47il n'y avait pas grand-chose dans les magasins.
05:49En fait, c'était bien de voir ce qui se passe de l'autre côté.
05:51Mais ça vous a inspiré, de voir tout ça ?
05:53Oui, ça m'a inspiré sur une réalité.
05:57Et puis, je me suis fait, je crois, des amis, quoi.
06:02Des potes russes ?
06:03Ah là là, ils faisaient...
06:06C'était vraiment de la débrouillardise.
06:08C'était super.
06:09Et puis, la Pologne, ça a été...
06:11Je ne sais pas comment on s'est retrouvés en Pologne,
06:13mais c'était bien, c'était ma première vodka.
06:16Évidemment.
06:17Et puis, alors, vous vous êtes attaqué aussi au marché américain.
06:20Est-ce que vous vous souvenez de ça ?
06:21Ça, c'était l'Ovenir le Mal, collaboration avec Gourou du groupe américain Gangstar.
06:36Vous êtes quand même le premier rappeur français à faire un morceau avec un américain.
06:39C'était en 93.
06:42Ça aussi, souvenir énorme, comme ce titre avec Missy Elliott aussi.
06:46Vous avez collaboré quand même avec Missy Elliott.
06:48Ça aussi, c'était du génie.
06:50C'est fou.
06:51Comment vous avez réussi à rencontrer Missy Elliott ?
06:53Ah, Missy Elliott.
06:54Je ne sais pas si on l'entend, mais Missy Elliott.
06:56Il y a quelqu'un qui me dit, est-ce que tu connais Missy Elliott ?
06:57Je lui ai dit, je viens de la voir à Amsterdam ou à Rotterdam il y a quelques jours.
07:00Mais bien sûr que je connais.
07:02Tu connais vraiment, oui ?
07:03Elle aimerait faire un morceau avec toi, ou bien vice-versa.
07:06Et donc, je suis parti à New York enregistrer.
07:09Et puis, j'étais content.
07:09Parce qu'en réalité, je les connais.
07:11C'est dans ma culture.
07:13Alors, non, non, c'était vraiment un grand bonheur.
07:16Et puis, j'écris très rapidement.
07:17Ils ont dit, bon, now it's time to go.
07:20J'ai écrit, moi, dans ma tête, en écoutant.
07:22C'était parti.
07:24Il fallait qu'elle puisse comprendre sans parler français.
07:27C'est pour ça qu'il y a un zigzag, des mots un peu rigolos.
07:29Ah oui.
07:31Vous avez tout écrit sur ce morceau ?
07:33C'est vous qui écrivez tout ?
07:34Elle n'a pas participé à l'écriture ?
07:35Elle, elle a fait sa partie qu'elle avait faite en amont.
07:38C'est en anglaise, c'est ça.
07:39Qu'elle a faite en amont.
07:40Et puis, moi, je suis allé dans un petit coin avec un stylo.
07:43Vous avez été très inspiré aussi pour votre nouveau titre,
07:46Missy Solar, qui s'appelle
07:47qui est issu d'un triptyque.
07:56Alors, pourquoi un triptyque ?
07:57Et d'abord, qu'est-ce qu'un triptyque ?
07:59Réponse dans très exactement 30 secondes sur Europe 1.
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