00:006h, 9h, RTL Matin, avec Stéphane Boutsoc.
00:05Bruno Retailleau sera donc aux Antilles ce soir.
00:08Le ministre de l'Intérieur va passer trois jours sur place, en Martinique puis en Guadeloupe,
00:12sur le dossier de la lutte contre le narcotrafic et les trafics illécites dans les Caraïbes,
00:17au programme des réunions et des déplacements sur le terrain aux côtés des forces de l'ordre.
00:22Avec nous ce matin sur RTL, le journaliste d'investigation Frédéric Ploquin. Bonjour à vous.
00:27Bonjour.
00:28Bruno Retailleau arrive aux Antilles dans un contexte local de plus en plus inquiétant.
00:32Le trafic de drogue semble y exploser.
00:35Un chiffre, plus de 10 tonnes de cocaïne saisies sur les six premiers mois de l'année.
00:40Frédéric Ploquin, comment parleriez-vous de la situation actuelle sur place ?
00:46Du point de vue de la criminalité, la situation en Guadeloupe, Martinique, est assez chaotique.
00:52En fait, c'est l'un des endroits où, proportionnellement au nombre d'habitants, le taux d'homicide est le plus élevé en France.
00:59Et surtout, c'est un lieu de conquête évident et affiché et déclaré de tous les gangs latino-américains qui ont décidé de s'implanter sur place,
01:11d'investir et d'utiliser cette, on va dire, les Antilles françaises comme une espèce de plateforme de rebond de la cocaïne.
01:19Je vais vous dire, c'est très simple, vous allez comprendre tout de suite.
01:21Dès lors que vous faites rentrer sur le territoire de la Guadeloupe ou de la Martinique une certaine quantité de cocaïne,
01:30elle est cette cocaïne dans l'espace Schengen, puisque ces îles en font partie.
01:35A partir de là, le transfert vers la métropole est a priori plus facile que si vous partez du Venezuela ou du Pérou ou du Mexique,
01:44au niveau des contrôles et des frontières.
01:47Donc, les narcos, on va dire, les cartels latino-américains ont décidé de transformer les Antilles françaises en plateforme,
01:55on va dire, de combat pour l'exportation de cocaïne vers l'Europe.
01:59Il y a quelques années, c'est la Guyane qui était dans le viseur des autorités en matière de lutte contre le trafic de drogue.
02:05Pourquoi est-ce que c'est moins le cas ?
02:06Ça veut dire qu'il y a eu aussi plus de contrôle des bateaux et des ports en Guyane ?
02:10Alors, on a mis à peu près dix ans, dix ans, je dis bien, à se rendre compte que la France était envahie de toute petite quantité de cocaïne en provenance de Guyane.
02:21C'était un trafic de fourmis, mais de centaines de milliers de fourmis.
02:24Il y avait parfois jusqu'à vingt transporteurs de cocaïne dans un seul avion de ligne aérienne.
02:33Donc, à partir de là, si vous voulez, il y a eu une réaction de l'État, mais très tardive.
02:39Parce que la cocaïne s'était, entre-temps, implantée dans énormément de villes moyennes en France, à partir de la Guyane et de Cayenne.
02:46Il y a eu une réaction de l'État.
02:48Et il y a des policiers qui ont mis en place, notamment à l'aéroport de Cayenne, des moyens, des espèces de doubles, triples, quadruples rideaux,
02:58pour décourager les mules.
03:02On a commencé à les ficher.
03:03Il y avait des interrogatoires au départ.
03:06Et donc, il y a eu un reflux.
03:08On a gagné, si vous voulez, provisoirement.
03:11C'est une petite bataille qui a été gagnée.
03:13Sauf que, sur le long terme, il y a deux choses qui se produisent.
03:16C'est que, un, le dispositif se relâche parce qu'il n'y a pas assez d'effectifs policiers dans les Antilles.
03:21Ça va être un problème qui va être posé à Bruno Retailleau lors de ce voyage.
03:25Et, deuxièmement, les trafiquants de stupéfiants sont extrêmement souples.
03:31Et donc, ils ont tout de suite dit, bon, OK, on va prendre des vols Cayenne, Fort-de-France, Pointe-à-Pitre.
03:37Et, à partir de là, on rebondira sur Roissy.
03:40Et non plus sur Orly, qui est relié à Cayenne jusqu'à présent.
03:44Donc, voilà, les trafiquants de stupéfiants, si vous voulez, ne s'avouent jamais vaincus.
03:49Et, à partir du moment où ils ont constaté que ça devenait difficile à Cayenne, on contournait l'obstacle.
03:57Et, du coup, ça fait un accroissement, on va dire, des quantités de cocaïne qui transitent par la Martinique et la Guadeloupe.
04:05Alors, les responsables politiques locaux antillais demandent et attendent beaucoup pour cette visite du ministre de l'Intérieur.
04:13Le sénateur guadeloupéen Victorin Lurel demande carrément un Big Bang républicain.
04:19Et c'est ça l'enjeu ? Il faut vraiment prendre le problème à bras-le-corps maintenant ?
04:23Si vous voulez, quand on voit qu'on a déjà du mal à jubiler le trafic de stupéfiants dans l'Hexagone avec des forces de police relativement importantes,
04:31imaginez ce qui se passe dans ces îles où il y a quelques gendarmes et quelques policiers.
04:36À chaque fois que vous interrogez des gendarmes ou des policiers qui sont en fonction, que ce soit en Guyane, en Guadeloupe ou en Martinique,
04:43ils vous disent la même chose.
04:45C'est que, regardez, une fois que, sachant qu'on travaille 35 heures par semaine, qu'il y a des temps de repos, etc.,
04:53sur le terrain, à l'instant T, il n'y a pas assez de fonctionnaires présents et mobilisables.
05:01Donc, il y a une espèce de sous-dimensionnement de l'appareil d'État dans ces îles.
05:06À partir de là, effectivement, les élus locaux vont demander à Bono Rotaio des miracles,
05:12c'est-à-dire de renforcer considérablement les effectifs sur place.
05:16Alors, je ne sais pas quelle va être la réponse, mais comme il est confronté à des problèmes d'effectifs,
05:22le ministre de l'Intérieur, sur tout l'Hexagone, ça ne va pas être simple pour lui.
05:26Il y a aussi une autre piste intéressante, Frédéric Flauquin, c'est que les Antillais disent,
05:31regardez, les Américains, ils viennent de déployer plusieurs milliers de marines dans les Caraïbes
05:35pour lutter contre le même problème.
05:36On a peut-être, nous aussi, des leviers, des moyens, on voudrait plus d'autonomie locale.
05:41L'idée que ça ne passe pas forcément par la métropole, est-ce que c'est plutôt judicieux ?
05:47Pourquoi pas, mais là, ce dont vous parlez, ce sont des moyens militaires.
05:51Et là, il se trouve que ce n'est plus ni la police ni la gendarmerie,
05:54c'est l'armée française qui est extrêmement présente dans les eaux Caraïbes,
05:58qui sont, je le rappelle quand même, il faut le dire,
06:01le terrain de jeu des trafiquants de stupéfiants depuis 40 ans, les Caraïbes.
06:06Entre les lieux de blanchiment, les îles de rebond,
06:09ce qui se passe en République dominicaine, à Cuba ou à Haïti,
06:14vous voyez bien que la zone est complètement gangrenée,
06:17donc l'armée française est sur place.
06:19Mais là, c'est un autre problème, parce qu'il s'agit d'intercepter des cargaisons
06:22qui ne sont pas forcément à destination des Antilles,
06:25mais plutôt à destination des États-Unis.
06:28Donc, des grosses cargaisons, des gros cargos.
06:31Et donc, ce n'est plus la même question.
06:33Ce n'est plus la lutte contre la criminalité locale,
06:36mais là, c'est plus la lutte contre le trafic international.
06:39Donc, que les autorités locales demandent plus d'autonomie, pourquoi pas.
06:44Mais ça relève quand même aussi de l'Office central des stupéfiants,
06:48de l'OFAST,
06:49en coordination avec les services américains
06:53et avec les collaborateurs qui sont implantés
06:57dans les différentes capitales des pays latino-américains.
07:02Oui, puis il y a aussi une autre piste,
07:04c'est celle des nouvelles technologies,
07:06parce qu'on parle, pourquoi pas,
07:08d'utilisation à renforcer des drones pour la surveillance,
07:10d'un ciblage biométrique du personnel des ports aux Antilles,
07:15ou même l'installation de conteneurs intelligents.
07:18Ça aussi, ça peut être une solution.
07:20S'adapter, parce qu'en face,
07:21j'imagine que les narcotrafiquants,
07:23ces technologies, ils les maîtrisent.
07:25Là, effectivement,
07:27l'État français a toujours un train de retard
07:29en matière technologique par rapport aux trafiquants
07:32qui balisent tous leurs conteneurs,
07:34toutes leurs cargaisons.
07:36Et on a toujours eu du mal.
07:37Je prends l'exemple notamment des scanners,
07:39des fameux scanners corporels.
07:41On a mis des années et des années
07:42à installer ça à l'aéroport de Cayenne,
07:44alors que de l'autre côté, à Amsterdam,
07:46les Hollandais avaient 10 ans d'avance sur nous dans ce domaine.
07:50Mais nous, pour des raisons humanitaires,
07:52on ne voulait pas trop se lancer là-dedans.
07:55Et là, j'ai l'impression que le PAF peut être franchi,
07:59puisqu'il est question de l'installation,
08:00notamment de scanners dans les aéroports aux Antilles.
08:06Après, la technologie, c'est une course sans fin,
08:10je vous dis, dans laquelle les trafiquants du stupéfiant
08:12ont plutôt un temps d'avance sur l'État.
08:16Donc, il ne faut pas se priver.
08:18Mais les lois là-dedans sont extrêmement strictes et pointues.
08:22Tout n'est pas permis, tout n'est pas autorisé.
08:23Et en permanence, il faut modifier les textes
08:26pour permettre aux services, précisément,
08:28d'utiliser de nouveaux moyens technologiques.
08:29Merci Frédéric Ploquin, journaliste et écrivain d'investigation,
08:34d'avoir été notre...
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