00:00Il est 6h14 au coeur de l'actu et au coeur du soupçon, surtout le service anti-stupe de Marseille dont deux hauts responsables sont en garde à vue depuis hier matin
00:13dans le cadre d'une vaste enquête sur la disparition de près de 400 kilos de cocaïne, c'était en 2023.
00:19La drogue devait arriver sur le port de Fosse-sur-Mer en provenance de Colombie, les policiers étaient censés surveiller son acheminement et sa livraison,
00:26sauf que la marchandise s'est volatilisée. Bonjour Frédéric Ploquin, merci d'être avec nous ce matin, vous êtes journaliste et auteur du livre
00:34Les narcos français brisent l'omerta, c'est paru chez Albin Michel. On précise que trois autres policiers sont déjà mis en examen dans cette affaire,
00:43il y a aussi des indics, des informateurs. Au départ donc, les policiers marseillais ont pour mission de surveiller la livraison et l'acheminement de la drogue
00:51sans la saisir pour coincer un gros bonnet du trafic de drogue à Marseille. C'est une technique classique ça ? C'est une technique habituelle ?
01:01Absolument, si vous voulez, on part de l'idée que le pays est totalement débordé, qu'il y a un flux permanent de marchandises
01:08qui arrive à peu près partout, partout les ports, les aéroports, les frontières, etc.
01:15et que par définition, on ne sait pas d'ailleurs combien de drogues rentrent dans ce pays. Donc à partir du moment où on a un renseignement,
01:24c'est vraiment le renseignement étant vraiment l'arme fatale de lutte dans ces cas-là contre le trafic de stupéfiants,
01:31on a un renseignement comme quoi au départ entre 200 et 400 kilos de cocaïne vont arriver dans le port de Marseille
01:39en provenance de Colombie, renseignement donné par les collègues américains.
01:43Et au lieu de faire ce qui s'appelle une saisie sèche, c'est-à-dire de récupérer ces 6 kilos de cocaïne dans le bateau,
01:51de les saisir et de les détruire, ce qui ne donnerait rien et ne servirait pas à grand-chose.
01:56Comme vous le savez, si on supprime de la marchandise, les traficants de stupéfiants continuent.
02:01Je veux dire, ils n'ont pas de soucis là-dessus.
02:04Donc au lieu de faire ça, on décide de faire ce qui s'appelle dans le jargon une livraison surveillée.
02:09C'est-à-dire qu'on va laisser sortir la marchandise, mais on va mettre des sonnettes partout, des caméras,
02:15on va la surveiller, on va regarder ce qui se passe.
02:17Le but étant d'attirer dans le piège, si possible, un important trafiquant de stupéfiants
02:23intéressé par cette grosse quantité.
02:26Donc on met, c'est l'État, ce sont des services de l'État qu'il faut bien comprendre,
02:30qu'ils mettent sur le marché.
02:31Donc du coup, une marchandise à condition évidemment de contrôler ce qui se passe dans le but.
02:35C'est une espèce de pot de miel dans lequel on espère que les mouches vont tomber.
02:39Sauf que les mouches ne sont pas venues.
02:41Sauf que les mouches ne sont pas venues pour des raisons qui restent à élucider.
02:44Parce qu'il peut y avoir, vous savez, il n'y a pas plus corruptif que le milieu de la drogue.
02:49Il n'y a pas dans le milieu criminel d'autres endroits où il y a autant d'argent.
02:54Donc en tout cas, ils ne viennent pas.
02:56On saura peut-être un jour s'ils ont été mis au courant ou pas.
02:59Mais qu'est-ce qui a pu se passer ?
03:00Les policiers se sont fait avoir par leurs informateurs ou ils ont été complices d'un trafic ?
03:06Comme d'habitude, c'est quand même un milieu extrêmement difficile.
03:15La manipulation d'indicateurs est extrêmement complexe.
03:18Et à chaque fois que quelque chose déraille, c'est précisément là que ça se passe.
03:22C'est-à-dire que c'est dans le fait qu'on tente, on a besoin de ces informateurs.
03:30Mais à un moment donné, on ne sait plus qui manipule qui.
03:33Et là, visiblement, sur le terrain, dans ce petit groupe de policiers qui appartiennent quand même, je le rappelle, au service d'élite de la lutte contre les stupéfiants, l'OFAST.
03:41C'est pour ça, d'ailleurs, que c'est probablement la pire affaire au pire moment et au pire endroit.
03:48Je le rappelle quand même, le pire endroit, c'est Marseille qui est le cœur, le cœur même du trafic de stupéfiants en France.
03:55Au pire moment, parce qu'on est en train de remettre sur pied cet office central qui, je le rappelle, en 2020, a déjà été traversé par un scandale du même type.
04:04Pareil, à cause d'une livraison surveillée qui a mal tourné.
04:07Donc après, sur le terrain, est-ce qu'il y a, on va le savoir, mais il y a visiblement, en tout cas, il y a un allié de la police sur le terrain qui est un serrurier marseillais qui sert à ouvrir les portes quand il le faut.
04:21On dirait un mauvais polar, votre truc, là.
04:23Voilà, mais il y a un serrurier marseillais qui s'est retourné, qui lui-même a dénoncé les policiers avec lesquels il travaillait,
04:29et qui prétend, lui, qu'il y a effectivement sur le terrain plusieurs policiers qui ont complètement dérapé.
04:36En tout cas, toujours s'est-il, ces 400 kilos ont, il faut le rappeler aux auditeurs, totalement disparu.
04:40Valeur marchande, 21 millions d'euros.
04:43Donc effectivement, ça peut faire tourner la tête.
04:45Frédéric Ploquin, pour conclure, qu'est-ce qu'elle révèle, cette affaire, que la police doit travailler autrement aujourd'hui contre le narcotrafic ?
04:53Le problème, c'est ça, c'est qu'on n'a pas beaucoup d'autres solutions.
04:56Si vous misez sur le flair du douanier pour intercepter les kilos de cocaïne qui rentrent sur le territoire,
05:04vous allez en saisir peut-être, on ne sait pas, mais 5-10%, même pas, du produit qui rentre sur le territoire.
05:11Donc la seule solution, c'est ça, c'est d'infiltrer ce milieu pour savoir qui fait quoi.
05:17Mais c'est précisément là où le maillon, c'est le maillon faible.
05:21Et du coup, il faut effectivement, non, en fait, la leçon, c'est qu'il ne faut absolument pas laisser sur le terrain des policiers seuls.
05:31Il faut les encadrer, il faut les former, il faut mieux faire de la prévention sur le fait qu'il y a tellement d'argent là-dedans que la bascule est facile.
05:41Et là, ce sont de hauts responsables de l'OFASTE et de Marseille qui sont en garde à vue.
05:45Mais les responsables vont devoir rendre des comptes, non pas parce qu'ils ont mis les mains dans le cambouis eux-mêmes,
05:51mais parce qu'à un moment donné, ils ont probablement ou laissé faire, ou en tout cas pas vu, ou bien pas prévenu de la bonne façon.
05:58Tout ça, il faut le rappeler, attendez, sous le contrôle des juges.
06:00Il n'y a pas que des policiers qui vont avoir des soucis dans cette affaire, il y a aussi des magistrats.
06:05On va suivre cette affaire parce que cette enquête, elle n'est pas terminée, évidemment.
06:07Merci beaucoup Frédéric Ploquin, journaliste et auteur du...
06:10Merci.
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