00:006h, 9h, RTL Matin, avec Stéphane Boutsoc.
00:04Nous vous parlons ce matin sur RTL de la mort de Raphaël Graven,
00:07connu sous le pseudonyme de Jean Pormanov ou JP,
00:10dans des vidéos très suivies sur les réseaux sociaux.
00:13Une mort en direct particulièrement choquante pour cet homme de 46 ans
00:17qui avait l'habitude de se filmer en train de subir des violences physiques
00:21et des humiliations de la part d'autres streamers.
00:24Images diffusées sur le réseau Kik.
00:26Une enquête a été ouverte sur les circonstances et responsabilités de ce décès.
00:32En direct avec nous, Arthur Delaporte, bonjour.
00:35Bonjour.
00:36Vous êtes député socialiste du Calvados,
00:38président de la commission d'enquête sur les effets psychologiques du réseau TikTok sur les mineurs.
00:43On précise évidemment d'emblée que le réseau TikTok n'est absolument pas impliqué dans ce drame,
00:47mais ça fait de vous un connaisseur de ce dossier.
00:50La mort de ce streamer a été diffusée sur le réseau Kik,
00:53où est hébergée sa propre chaîne vidéo,
00:55suivie par près de 200 000 personnes.
00:57Il y a une autorité de régulation de l'audiovisuel compétente,
01:00elle s'appelle l'Arcom.
01:02Elle est là pour encadrer ses médias numériques.
01:04Vous nous dites ce matin, Arthur Delaporte, qu'elle a failli à sa mission ?
01:08Aujourd'hui, ce qui est sûr, c'est que l'Arcom a été saisi,
01:12notamment suite à une enquête de Mediapart en décembre dernier,
01:16qu'elle a été de nouveau saisie par la LDH en janvier dernier,
01:19et qu'elle devra expliquer pourquoi il ne s'est rien passé depuis.
01:22Et que s'il y a eu une suspension temporaire du compte,
01:25ça a été du fait de la plateforme elle-même,
01:28et non pas, a priori, d'injonction de l'Arcom.
01:30Même s'il y a eu en parallèle de ça, en plus, une enquête de police,
01:34et que tout ceci a continué jusqu'au drame tragique
01:37qui s'est passé il y a deux jours maintenant.
01:40Et donc, voilà, moi je tiens à dire déjà que je suis,
01:42je pense, comme l'ensemble des Françaises et des Français,
01:43choqués, sidérés par le décès de Raphaël Graven,
01:46mais que ça révèle plus largement, oui, une défaillance
01:49dans la modération des plateformes d'une part,
01:52parce que c'est à elle que revient la responsabilité première,
01:54et de Kik en particulier, qui a construit son modèle
01:57comme un modèle toxique, et puis des pouvoirs publics
01:59qui n'ont pas su protéger suffisamment cet homme.
02:02Est-ce qu'il faut aller plus loin sur Delaport ?
02:04C'est-à-dire qu'au-delà des contrôles qui sont du ressort de l'Arcom,
02:07est-ce qu'il faudrait créer un service qui soit entièrement dédié
02:10aux streams et aux réseaux sociaux ?
02:13Alors, ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, l'Arcom n'a pas les moyens de sa mission.
02:16Elle n'a que 23 personnes pour assurer l'application du DSA.
02:20Ils sont une soixantaine en Allemagne.
02:22Là, le DSA, c'est le règlement sur les services numériques à l'échelle européenne,
02:25qui permet justement de mettre des sanctions aux plateformes,
02:27de leur mettre des amendes, de leur demander des comptes.
02:29Donc, il y a un sujet à ce niveau-là.
02:30Il y a aussi un sujet au niveau du renforcement des moyens de la police,
02:33parce qu'en fait, ici, c'est Faro, c'est notamment des enquêteurs spécialisés sur le numérique
02:38qui doivent pouvoir agir très rapidement
02:39quand on remarque que des personnes en situation de vulnérabilité
02:42sont exploitées.
02:44Et il faut évidemment donner aussi des pouvoirs au juge judiciaire
02:47pour pouvoir suspendre plus rapidement, dans des délais extrêmement forts,
02:51des différentes vidéos qui sont problématiques.
02:52Parce qu'on a ce cas qui est symptomatique,
02:55qui est ce qui est le plus sordide, le plus violent.
02:57Mais plus largement, on a des personnes qui subissent
02:59des harcèlements extrêmement violents,
03:01qui subissent des vidéos non consenties qui sont diffusées.
03:05Et parfois, en fait, elles doivent voir des mois et des mois
03:07leurs vidéos problématiques encore en ligne.
03:10Et ça peut parfois les conduire jusqu'au suicide.
03:12Donc, on a un problème aujourd'hui, en effet, de moyens humains
03:16au service de l'enquête judiciaire ou de l'enquête administrative comme l'ARCOM,
03:21mais aussi de capacité des citoyens à agir quand ils dénoncent des contenus problématiques.
03:26Et puis, il y a aussi un problème de fond, tout de même.
03:28C'est-à-dire que si ce genre de vidéos très choquantes et violentes existent,
03:33c'est qu'il y a une demande.
03:34Vous qui avez enquêté sur les effets psychologiques de TikTok, notamment,
03:38c'est un questionnement, j'imagine, une inquiétude même.
03:41Mais, d'une...
03:42Cette chaîne, il y avait...
03:45Vous m'entendez ?
03:46Oui, on vous a retrouvé.
03:47On vous a retrouvé.
03:47Oui.
03:48Je disais, il y a quelque chose de problématique, c'est que sur cette chaîne,
03:50il y a des gens qui donnaient de l'argent.
03:52C'était la chaîne la plus suivie sur la plateforme Kik.
03:54Et donc, en fait, les personnes qui participaient, et donc Raphaël Graven, y compris lui,
03:59recevaient de l'argent de leur communauté pour mettre en scène ces supplices.
04:04Donc, il y a, en fait, une forme d'économie du sordide, une économie du trash,
04:08qui est née de ces réseaux sociaux et qui est encouragée par les plateformes elles-mêmes.
04:13Et ça se passe sur TikTok, ça se passe sur Twitch, ça se passe sur tout un certain nombre de réseaux sociaux,
04:18parce que ce qui fait du choc, ce qui, finalement, attire l'attention des utilisateurs,
04:22c'est aussi ce qui génère de l'argent.
04:23Et donc, là, il y a un sujet de modèle économique des plateformes.
04:26Et là, ça dépend aussi du régulateur.
04:28Il faut empêcher qu'on puisse faire de l'argent avec le type de contenu.
04:31Alors là, on parle évidemment de plateformes qui sont légales, en tout cas pour l'instant.
04:35Kik, X, Twitch, TikTok, si vous connaissez bien le dossier,
04:39connaissent des dérapages qui sont fréquents.
04:41Mais il y a aussi une phase beaucoup plus sombre, ce qu'on appelle le dark web.
04:44Là, on peut carrément trouver des contenus abjects, violents,
04:48de la sexualité qui met en scène des enfants.
04:51C'est un enjeu de société.
04:53Au-delà de ce cas dramatique dont on parle, il y a vraiment autre chose.
04:57Mais c'est sûr, c'est que là, il y a des enjeux de régulation très forts.
05:00Le dark web, on ne pourra pas jamais aller au bout.
05:02Mais là, ce qu'il faut savoir, c'est que le problème de ces plateformes,
05:04c'est qu'elles sont accessibles très facilement et à tout le monde.
05:07Et donc, l'enjeu de régulation premier, pour moi, il est d'abord ici.
05:10Et évidemment, derrière, il faut aller sur le dark web.
05:12Mais vous savez, sur Telegram, vous pouvez en deux clics être face à des contenus qui sont très problématiques.
05:17Sur TikTok, en deux clics, vous pouvez être face à des contenus de violence.
05:20Donc, en fait, il n'y a pas de spécificité du dark web.
05:24Aujourd'hui, en fait, tous ces contenus, ils sont accessibles en un clic et à tout le monde.
05:28Et avec un enjeu particulier, celui de la protection des mineurs.
05:31Même si là, en l'occurrence, on voit bien que Jean Pormenave n'était pas mineur.
05:35Et donc, finalement, la protection, elle doit être bien plus large que cela.
05:39Merci pour ces éclaircissements.
05:40Merci.
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