Lancement de l'université d'été LFI. A quoi s'attendre des blocages du 10 septembre prochain ? Que proposent les Insoumis ? Vers une nouvelle censure du gouvernement ? Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, député LFI des Bouches-du-Rhône (4ème circonscription), est l'invité de RTL Matin. Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Stéphane Boudsocq du 21 août 2025.
00:02Il est 7h45, la rentrée politique commence aujourd'hui avec l'université d'été de la France Insoumise.
00:10Ça se passe à Valence dans la Drôme de ce jeudi jusqu'à dimanche.
00:14Invité de RTL ce matin, Manuel Bompard, député des Bouches-du-Rhône et coordinateur de LFI. Bonjour à vous.
00:20Bonjour.
00:21Une rentrée politique sur plusieurs fronts pour les Insoumis avec en point de mire la bataille qui s'annonce autour du budget 2026.
00:27Avant de parler de politique intérieure, Manuel Bompard, un mot de l'actualité internationale qu'a dominé cet été.
00:34Les discussions sur une paix entre la Russie, bien sûr, mais aussi les tensions entre Paris et Jérusalem autour de la reconnaissance annoncée par Emmanuel Macron d'un État palestinien.
00:45C'est rare, mais j'imagine que sur ce point au moins, vous soutenez le Président de la République.
00:51En tout cas, je soutiens la nécessité de reconnaître cet État de Palestine le plus rapidement possible.
00:56Il y a déjà plus de la moitié des États dans le monde qui reconnaissent l'État de Palestine.
01:00Et aujourd'hui, on est face à une situation qui est une situation dramatique à Gaza.
01:05On est face à une volonté de la part du gouvernement israélien d'annexer la bande de Gaza, et y compris maintenant d'annexer la Cisjordanie.
01:14Et face à cette situation, il faut une réaction.
01:16Et la reconnaissance de l'État de Palestine fait partie des outils nécessaires, des décisions nécessaires pour mettre un terme à ce génocide à Gaza.
01:26C'est une bonne chose.
01:27De mon point de vue, c'est trop tardif.
01:29Et si on en reste à cela seulement, ça ne sera pas suffisant.
01:32Ça doit s'ajouter à des sanctions contre le gouvernement de M. Netanyahou, à la suspension des coopérations économiques entre la France, l'Union Européenne et l'État d'Israël.
01:42Parce qu'on ne peut pas rester impuissant, rester inactif face à la situation toujours plus dramatique chaque jour qui passe à Gaza.
01:49Alors, on en vient maintenant à l'actualité en France.
01:52Manuel Bompard, on a pris connaissance en juillet des objectifs de François Bayrou pour le projet de budget 2026.
01:56Ça sera débattu à l'automne à l'Assemblée. 44 milliards d'euros d'économies souhaités pour réduire la dette.
02:02Mais aussi une nouvelle réforme de l'assurance chômage, l'éventuelle suppression de deux jours fériés.
02:08Votre réponse, les Insoumis, c'est un non catégorique et un appel à faire tomber le gouvernement par une motion de censure.
02:16Oui, bien sûr. Parce que les propositions qui sont contenues dans ce plan Bayrou sont des propositions qui, si elles étaient mises en œuvre, feraient beaucoup de mal au pays.
02:25Et en particulier aux Françaises et aux Français qui seraient directement impactés par ces mesures.
02:32Quand on parle par exemple d'une année blanche, ça veut dire qu'on ne revalorise pas à la hauteur de l'inflation un certain nombre de prestations sociales, un certain nombre de revenus, des pensions de retraite.
02:43Et donc que ça se traduit par une baisse directe du pouvoir d'achat pour une très grande partie des Françaises et des Français qui sont déjà dans une situation très difficile.
02:51On a atteint, il y a quelques mois, un record historique, par exemple, de pauvreté en France.
02:56Et donc la solution face à la dégradation des comptes publics, elle ne peut pas être de demander aux Françaises et aux Français de payer le prix des cadeaux
03:04qui ont été faits par Emmanuel Macron depuis qu'il est arrivé au pouvoir, aux très riches, aux grandes entreprises, aux multinationales.
03:11Ce n'est pas en demandant maintenant aux Françaises et aux Français de passer à la caisse en quelque sorte qu'on va apporter une réponse qui est une réponse satisfaisante.
03:19Et on est face à un gouvernement qui manifestement veut passer en force.
03:23Et l'outil dont nous disposons en tant que parlementaires pour nous n'y opposer, c'est une motion de censure.
03:28Moi, ce que je vous dis, c'est que le premier jour de la session parlementaire, les Insoumis déposeront une motion de censure avec l'objectif de faire chuter le gouvernement
03:36et donc d'empêcher ce plan en Bayrou de pouvoir voir le jour.
03:39Alors, vous ne serez sans doute pas les seuls. D'autres parties de gauche le feront aussi, peut-être.
03:43On en annonce également, éventuellement, du côté du Rassemblement National, les motions de censure ou la motion de censure.
03:49Les Insoumis, vous, là où les voterez, d'où qu'elles viennent ?
03:54Non, nous, on fait comme on a fait depuis maintenant plusieurs mois.
03:57Vous savez, on a déjà, depuis le mois de janvier, déposé huit motions de censure pour faire tomber le gouvernement de François Bayrou.
04:04Et en ce qui concerne, par exemple, le Rassemblement National, il n'en a voté aucune.
04:07Donc, à un moment, il faut faire preuve d'un petit peu de cohérence.
04:12Nous déposerons une motion de censure, nous la déposerons avec tous les parlementaires à gauche qui souhaitent faire tomber le gouvernement
04:18et ensuite, libre à l'ensemble des parlementaires à l'Assemblée Nationale, d'où qu'ils viennent, de la voter s'ils veulent effectivement être
04:25et s'inscrire dans l'opposition à la politique de M. Bayrou.
04:29Malheureusement, pour l'instant, ce n'est pas ce qu'on a observé, puisque aucune de ces huit motions de censure a, par exemple, été votée par le Rassemblement National.
04:37Alors, qu'à l'école, Emmanuel Bompard, si le gouvernement tombe, soit on change de Premier ministre, soit le Président de la République a aussi l'option de dissoudre l'Assemblée
04:45et donc de convoquer de nouvelles élections législatives.
04:48Emmanuel Macron indiquait cette semaine qu'il ne le souhaitait pas.
04:50Le pays a besoin de stabilité, notamment au vu de la situation internationale.
04:55Ce sont ces mots dans l'avion qu'il ramenait de Washington.
04:59Oui, c'est un chantage qui est inacceptable, parce que ce n'est pas parce que la situation internationale est ce qu'elle est aujourd'hui
05:05qu'elle doit nous conduire à accepter des choses qui sont inacceptables.
05:10C'est une forme de chantage sur les oppositions et sur les parlementaires qui est tout simplement inacceptable.
05:15Si M. Macron veut de la stabilité, il faut qu'il change de politique.
05:20Et comme il n'a pas l'intention de changer de politique, il est normal que les oppositions fassent leur travail
05:25et empêchent une mauvaise politique de pouvoir être mise en œuvre.
05:30Donc maintenant, si le gouvernement tombe, si M. Macron exclut, puisque c'est ce qu'il semble faire désormais,
05:36toute forme de dissolution, il ne lui restera qu'une solution, c'est de s'en aller lui-même.
05:40C'est ça, vous avez plus loin, vous demandez la démission du Président.
05:44On est d'accord.
05:44Je dis que si le gouvernement tombe, puisque M. Macron ne veut pas,
05:50dissoudre l'Assemblée nationale, alors c'est la question de son propre départ qui sera posée.
05:55Parce qu'on aura besoin, dans tous les cas, d'un moment démocratique.
05:59C'est comme ça, en démocratie, qu'on tranche les difficultés politiques.
06:02On le fait par le vote et on permet aux Françaises et aux Français de décider de l'avenir du pays.
06:06Et puis, il y a un autre enjeu sur cette rentrée sociale qui s'annonce ajoutée.
06:10C'est ce mouvement qui arrive autour d'un blocage du pays le 10 septembre.
06:15Les Insoumis souhaitent s'y associer.
06:18C'est une manière de revenir à l'esprit des Gilets jaunes, disent certains.
06:21On a pu entendre hier sur RTL des sympathisants de ce mouvement qui s'appelle Bloquons tout le 10 septembre
06:27nous dire qu'ils souhaitaient rester apolitiques et que si les Insoumis ou d'autres partis se joignaient à ce mouvement,
06:34eh bien, ils hésiteraient à le poursuivre.
06:37Vous en pensez quoi ?
06:38Non, mais la France Insoumise, elle dit les choses de manière très simple.
06:42Il y a ce mouvement qui est né, effectivement, de manière, moi je vais dire plutôt apartisane qu'apolitique.
06:47Parce que je pense qu'elle porte des messages politiques et notamment le refus de ce plan Bayrou.
06:52Et nous, à la France Insoumise, nous disons, nous appuyons, nous soutenons, nous nous mettons à disposition de ce mouvement.
06:58Évidemment, il ne s'agit pas que ce soit la France Insoumise qui en prenne la tête.
07:02Ce n'est pas du tout notre objectif.
07:04Et donc, dans ce mouvement, il y aura sans aucun doute des personnes qui y participeront
07:08et qui ne partagent pas les opinions politiques ou toutes les opinions politiques de la France Insoumise.
07:13Ça, c'est la vie.
07:14Et je crois que ce qui doit primer, c'est le fait qu'il puisse y avoir un grand rassemblement populaire
07:20pour empêcher ce plan Bayrou de voir le jour.
07:23Et nous, en tant que militants de la France Insoumise, nous utilisons tous les moyens à notre disposition.
07:28Les moyens institutionnels, j'en ai parlé avec la volonté de déposer cette motion de censure,
07:33mais aussi la mobilisation populaire.
07:34Et je crois que c'est notre rôle, notre devoir de nous mettre au service de cette mobilisation.
07:38Je le disais en commençant, Manuel Bompard et les filles se réunissent donc à partir d'aujourd'hui à Valence.
07:43Pour les écologistes, c'est à Strasbourg.
07:46Marine Tondelier, la secrétaire nationale du parti, regarde déjà aussi vers les présidentielles de 2027.
07:52Elle appelle encore toujours à une candidature unique de la gauche.
07:56Ça veut dire primaire.
07:58Et elle invite toujours Jean-Luc Mélenchon à y participer.
08:00Écoutez, je crois qu'il faut d'abord être franc et mettre un terme un peu à cette forme d'hypocrisie
08:09qui consisterait à faire croire qu'il serait possible d'avoir une candidature unique
08:14entre différentes formations politiques qui parfois portent des propositions politiques très différentes.
08:20Je ne parle pas spécialement de Marine Tondelier,
08:22avec qui nous avons porté des candidatures communes aux dernières élections législatives.
08:27Mais j'ai lu par exemple un interview de Raphaël Glucksmann
08:29qui défend des positions politiques qui ne sont pas celles de la France Insoumise.
08:33Et donc faire croire qu'il puisse y avoir une seule candidature
08:35sans dire d'abord sur la base de quel programme,
08:39ça me paraît être une erreur d'analyse et de méthode.
08:42Moi, ce que je vais vous dire, c'est que le premier rendez-vous de rassemblement,
08:46ça doit être la censure.
08:48Et ça sera le premier test.
08:50Est-ce que tout le monde, est-ce que l'ensemble des formations politiques à gauche
08:52se retrouvent pour voter une même motion de censure
08:55dès l'ouverture de la session parlementaire,
08:58pas après des mois de fausses négociations ou de fausses discussions,
09:02comme par exemple le Parti Socialiste l'a fait
09:04au moment de la mise en place du gouvernement de François Bayrou ?
09:08Donc si on veut être cohérent dans cette démarche d'unité de rassemblement,
09:11ça passe par le fait de censurer ensemble le gouvernement le plus rapidement possible.
09:15Si je reviens quand même à cette idée de primaire,
09:17Manuel Bompard,
09:18est-ce que ce n'est pas justement le moment d'expliquer ces différences
09:21et d'essayer de trouver un point d'accord entre candidats de gauche ?
09:25Je comprends votre question, mais vous savez, le principe d'une primaire,
09:29c'est qu'à la fin, quel que soit le vainqueur de cette primaire,
09:32vous vous engagez à soutenir ce candidat.
09:34Or, ce serait vraiment hypocrite de faire croire que si par exemple
09:37la France Insoumise participait à cette primaire,
09:41et si c'est le candidat proposé par la France Insoumise qui devait l'emporter,
09:44je pense que ce serait vraiment hypocrite de faire croire que M. Glucksmann
09:49ou que le Parti Socialiste va soutenir cette candidature
09:51quand j'entends ce que dit le Parti Socialiste sur la France Insoumise
09:55depuis des mois et des mois.
09:56Et donc je pense que c'est une manière, si vous voulez,
09:58de prendre les Françaises et les Français un petit peu pour des imbéciles.
10:02Moi je crois à la cohérence politique,
10:03je crois évidemment à la nécessité d'un rassemblement, c'est important,
10:07mais ce rassemblement il doit se faire sur un contenu politique,
10:09sur un programme politique.
10:10Et ce que je regrette en quelque sorte dans les démarches que je vois fleurir
10:15autour de cette primaire, c'est que personne ne dit jamais
10:19sur la base de quelles propositions politiques.
10:21Est-ce que c'est pour la retraite à 60 ans ou à 64 ans ?
10:24Est-ce que c'est pour mettre en place par exemple
10:26ou rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune ?
10:29Est-ce que c'est pour mettre en place la planification écologique ?
10:32Est-ce que c'est pour passer à la 6ème République ?
10:34C'est ça les questions qui sont importantes je crois pour les Françaises et les Français,
10:37davantage que savoir quelles sont les étiquettes qui vont se regrouper ou ne pas se regrouper.
10:42Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise,
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