- il y a 5 mois
Le streameur Raphaël Graven, connu sous le nom de Jeanpormanove, est décédé à l'âge de 46 ans, après une série de lives extrêmes réalisés sur la plateforme Kick. Une enquête judiciaire a été ouverte pour déterminer les circonstances de son décès. On en parle avec : Paul Conge, journaliste police-justice BFMTV. Yassin Sadouni, avocat d'Owen C. (Naruto). Sylvain Trinel, journaliste Tech&Co. Jonathan Bellaiche, avocat en contentieux, associé fondateur de Goldwin Avocats. Et Anne Sénéquier, psychiatre, chercheur à l'IRIS, auteure de "L'anxiété de mon enfant".
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00:00C'est une histoire effroyable dont vous avez entendu sûrement parler et que l'on va de nouveau vous raconter ou vous allez découvrir peut-être.
00:07C'est la mort en direct sur internet, celle d'un streamer français, ça s'est passé à Comte dans les Alpes-Maritimes.
00:14En fait, l'homme que vous voyez derrière moi était connu, Jean Pormanov, pour être une espèce de souffre-douleur.
00:22L'enquête devra déterminer si c'était vraiment consentant.
00:24Souffre-douleur en direct, regardé par des milliers de personnes et tous ceux qui mettaient en scène ça.
00:33Et lui, il participait, gagnait de l'argent grâce à ce qu'on appelle les vues.
00:37Alors, on va résumer l'affaire et puis essayer d'en tirer les conséquences avec d'abord Paul Conge du service police-justice de BFMTV.
00:44Paul, précisément, cette mort en direct, ça s'est passé après ce qu'on pourrait appeler une espèce de marathon physique et violent.
00:51Oui, exactement. Jean Pormanov s'est éteint à l'issue d'une expérience très particulière.
00:57Au bout de 298 heures de live sur la plateforme Kik, il était filmé 24 heures sur 24,
01:04des heures pendant lesquelles il a enduré toutes sortes de sévices, de moqueries, d'humiliations, de violences physiques et verbales.
01:11Tout cela sous les encouragements de milliers d'internautes, vous l'avez dit.
01:14Et puis, c'est vers la fin, à la 287ème heure du live, qu'on a pu regarder ces images, nous, à un BFMTV.
01:21Eh bien, il est endormi, jippé, c'est comme ça qu'il l'appelle, sur un matelas avec d'autres personnes.
01:26Et puis, il est en train de ronfler bruyamment.
01:27Et puis, subitement, il y a des râles qui s'échappent de sa gorge.
01:30Et puis, il finit par ne plus faire de son.
01:33L'expérience s'interrompt soudain lorsque les téléspectateurs, dans le chat, font remarquer qu'il ne bouge plus.
01:37Et puis, c'est à la 298ème heure, 289ème heure, pardon, que son acolyte, Naruto, lui lance une bouteille d'eau sur la tête.
01:46Pas de réaction, il va voir, il ne bouge plus, il constate qu'il a arrêté de respirer.
01:50Fin de la retransmission, les gendarmes arrivent et il constate son décès vers 10h à son domicile, donc à Comte, au nord de Nice.
01:57Alors, qu'on comprenne bien, ils étaient connus dans le monde du streaming, ce petit groupe, lui aussi d'ailleurs, Jean-Port Manœuvre.
02:04À quoi se livraient-ils ? Quelles étaient ces mises en scène, alors ?
02:07Eh bien, la vie de Jean-Port Manœuvre, c'était un peu ça, justement, cette violence et ce sadisme en ligne.
02:13Au début, il était connu comme gamer sur des plateformes de jeux vidéo comme Twitch,
02:17mais il avait basculé il y a quelques années sur cette plateforme Kik, qui est spécialisée dans les contenus trash.
02:22Et sur cette chaîne, vous l'avez dit, c'était un souffre-douleur, qu'on s'entend ou pas, on le saura peut-être,
02:27de deux autres streamers qui se font appeler Naruto et Sofine,
02:31et qui lui font endurer en direct des services sadiques, des défis extrêmes, dangereux,
02:36claques, jet de peinture, tir de terre au paintball, ingestion de produits, strangulation.
02:40C'est un peu comme c'est un collégien qui se ferait maltraiter par une bande de caïds sadiques,
02:45mais en direct, avec la bénédiction de milliers de téléspectateurs,
02:48qui, dans les commentaires, pouvaient donner parfois des instructions en direct,
02:51qui pouvaient, à leur tour, enclencher de nouvelles violences.
02:55Une enquête est en cours ?
02:56Une enquête judiciaire est en cours, effectivement, en recherche sur les causes de la mort,
03:00pour déterminer les raisons pour lesquelles il est décédé.
03:03Une autopsie est en train d'avoir lieu, et la police judiciaire de Nice,
03:06qui est chargée de l'enquête, devra déterminer, notamment,
03:08si les sévices qu'il avait endurés pendant les dix jours précédents
03:12ont un lien ou pas avec son décès,
03:14et surtout, si les personnes qui étaient présentes avec lui
03:16ont une part de responsabilité dans sa mort.
03:18Justement, nous sommes avec Yacine Sadouni, qui est l'avocat de l'un de ses acolytes.
03:23Bonsoir, Maître Sadouni.
03:25Merci d'être avec nous en direct.
03:28Ils ont une responsabilité dans la mort de leur comparse ?
03:34Avant toute chose, déjà, j'ai entendu beaucoup de choses,
03:36souffre-douleur, sadisme.
03:38Il me paraît quand même opportun de revenir sur la chose qui nous préoccupe le plus,
03:42à savoir le décès de M. Gravel.
03:44Je tiens tout d'abord à exprimer mes sincères condoléances à la famille.
03:47Alors, maintenant, vous me posez une question quelque peu frontale
03:50sur le décès de M. Gravel.
03:52Est-ce qu'ils ont une responsabilité là-dedans ?
03:54On a perdu la liaison.
03:59Allez-vous, Maître Sadouni.
04:00L'équipe qui est sur place va reconnecter votre micro
04:02de façon à ce qu'on puisse entendre vos arguments.
04:06Nous sommes avec Sylvain Trinel, qui est journaliste à Tech & Co.
04:11Il faut qu'on comprenne ce qui se passe sur ces plateformes.
04:14Parce que pour beaucoup de gens, dire que c'est un streaming,
04:17c'est en direct, c'est sur la plateforme Kik.
04:19C'est-à-dire... Ah, l'avocat est de retour.
04:21Donc, on va revenir vers vous dans un instant, Sylvain.
04:24Mais allez-y, répondez à ma question frontale, Maître Sadouni.
04:27– Alors, à ce jour, aucune autorité judiciaire met en cause mon client.
04:34C'est la seule chose que j'ai à dire.
04:35– Dans un post qui a été écrit par votre client,
04:41donc son pseudonyme est Naruto,
04:44il écrit « Je redoutais que cela n'arrive ».
04:47Donc, ça veut dire quand même...
04:49Et ensuite, il dit qu'il pleure toutes les larmes de son corps.
04:51Voilà, j'ai toujours redouté le jour où je devrais écrire ces mots.
04:54Ça veut dire qu'il savait quand même qu'il jouait à un jeu dangereux
04:56et potentiellement mortel.
04:59– Non, ça n'a rien à voir avec le jeu.
05:01C'est juste une personne qui avait peur que son âme y meure, tout simplement.
05:05– Un ami qui avait des problèmes cardiovasculaires,
05:08un ami qui avait des défaillances cardiaques, tout simplement.
05:11– D'accord, il sait qu'il a un ami qui a des défaillances cardiaques
05:14et il joue à des jeux de strangulation avec.
05:19– Mais les jeux de strangulation,
05:21on peut en tirer toutes les conséquences que l'on veut en regardant les images.
05:25Mais toutes ces scènes, ce ne sont que des mises en scène issues d'un script.
05:30Issues d'un script entre Naruto et le défunt, tout simplement.
05:35– Ça veut dire que ce ne sont pas des vraies strangulations ?
05:37Il ne s'étouffe pas vraiment alors, si c'est une mise en scène ?
05:40– Exactement, c'est exactement mon propos.
05:43D'ailleurs pour cela, je vous donne une information que vous avez sans doute déjà.
05:47Il a été placé en garde à vue en janvier 2025.
05:51Il a fait 24 heures de garde à vue.
05:52Le parquet de Nice a décidé ensuite de relâcher,
05:55de ne pas prolonger sa garde à vue.
05:56À ce jour, il n'y a aucun élément constitutif de quelconque infraction
06:00à l'encontre de M. Sénazandotti, mon client.
06:03J'ai entendu des propos qui sont quelque peu déplaisants,
06:06notamment tortionnaires, alors qu'on n'a rien
06:08qui permet de caractériser une quelconque infraction.
06:11– Paul Conge, question.
06:13– L'enquête judiciaire qui a été ouverte par le parquet de Nice
06:15est toujours en cours pour les suspicions de maltraitance
06:19dont il aurait fait l'objet.
06:20Pour l'heure, effectivement, le client de l'avocat avait été placé en garde à vue
06:27au mois de janvier.
06:27Il avait été relâché à ce stade sans poursuite.
06:30Mais bon, l'enquête se poursuit.
06:31On ne peut pas préjuger non plus tout de suite
06:32des décisions que prendront les enquêteurs à l'issue de leur enquête.
06:37– Sauf que là, il y a mort d'homme, maître.
06:39– Il y a mort d'homme, effectivement.
06:44Et il y a mort du meilleur ami de mon client, qui est bouleversé.
06:48– Donc, il n'est pour rien là-dedans.
06:50Il n'est pour rien là-dedans.
06:53Et l'enquête le déterminera.
06:55Comme vous l'avez dit, je ne vais pas aller plus vite que l'enquête.
06:57Le parquet de Nice a entre ses mains la direction de cette enquête.
07:01M. Senazandotti, mon client, se tient prêt à être entendu
07:04et à donner toutes les informations utiles.
07:06L'autopsie déterminera les raisons de la mort de M. Gravel.
07:10Je vais vous dire une chose de plus.
07:12M. Gravel, ses parents plutôt, sa mère et son frère,
07:16sans ton étroite collaboration avec M. Senazandotti, mon client.
07:22Il se parle constamment et elle écarte toute responsabilité de mon client
07:26dans la mort de son fils.
07:29– Elle vous l'a dit précisément ?
07:32– Elle a dit à mon client qu'elle le dira très rapidement au journaliste.
07:37– Et aux enquêteurs donc aussi ?
07:39– S'il la convoque, bien sûr qu'elle le dira.
07:43– Ça veut dire que pour elle, de ce que vous savez,
07:46elle estime au regard des images de ce qu'elle a vu
07:49et de ce qu'elle sait, de ce à quoi il se livrait,
07:52que les deux comparses n'y sont absolument pour rien.
07:56– C'est exactement mon propos.
08:01Madame la mère du défunt était très souvent en contact avec mon client,
08:07notamment lors de différents lives.
08:10Elle l'appelait mon client et il y avait un jeu dans lequel elle devait l'insulter.
08:14Tu m'as pris mon fils, ainsi de suite.
08:16Mais tout cela n'était que mis en scène.
08:19– M. Zadoui, est-ce qu'aux yeux de votre client,
08:22simplement les dix journées qui se sont écoulées avant la mort,
08:26de Jean-Port Manœuvre, les dix jours de service qu'il a endurés,
08:30selon vous, est-ce qu'il n'avait vraiment rien à voir avec son décès ?
08:37– Je ne peux pas me prononcer sur cela, je suis avocat, pas médecin,
08:41donc malheureusement, je ne peux pas vous en dire plus.
08:43J'ai juste une chose à vous dire, c'est qu'ils avaient l'habitude,
08:46avant fin août, de faire 12 jours de live continu.
08:50C'est-à-dire qu'on laisse la caméra 24h sur 24.
08:53Ce n'était pas la première fois.
08:54– Vous avez fait vous-même état de difficultés
09:00ou de soucis cardiovasculaires pour Jean-Paul Portmanœuvre.
09:05Mais là, sur ce que l'on voit des vidéos,
09:07et l'enquête devra le déterminer,
09:09il semble que ce ne soit pas pris en compte.
09:10On les voit même chronométrés des moments de strangulation.
09:13– Je reviens effectivement sur ma notion de script et de mise en scène.
09:20Les images, on peut les faire parler, on peut leur faire dire tout et n'importe quoi.
09:24– Alors, de quoi il est mort ?
09:26– Ah ben ça, l'autopsie nous le dira.
09:29Je ne suis pas en capacité de vous le dire, moi, aujourd'hui.
09:32– Maître Sadoni, les coups, ils ont existé.
09:34Je veux dire que tel qu'on les aperçoit sur les vidéos,
09:36sur des dizaines, des centaines d'heures de vidéos,
09:39les coups qui sont infligés sont bien réels.
09:41Les tirs de paintball qu'on fait sur lui sont bien réels également.
09:45Les sauts de peinture dont on l'asperge sont réels également, non ?
09:48– Donc là, vous êtes en train de faire un lien de causalité
09:51entre les violences et la mort.
09:54Je vous laisse mettre de vos propos, moi, je ne suis pas capable de le faire.
09:56– Non, mais je vous reprends, je ne faisais absolument pas le lien de causalité
09:58entre ces violences et la mort, mais vous disiez que tout était scripté
10:00et que donc ces violences n'étaient pas réelles.
10:02En revanche, ce qu'on aperçoit sur les vidéos, c'est qu'au contraire,
10:05les tirs de paintball sur Jean-Port Manoeuf, elles sont bien réels.
10:08Les sauts de peinture qu'on lui jette dessus sont bien réels.
10:11Les claques qu'on lui met, elles sont bien réelles, non ?
10:13– Ça, on n'en sait rien. Après, on revient toujours à cette notion d'intensité.
10:18Sur la vidéo, ça peut paraître quelque chose de douloureux,
10:21quelque chose d'intense, mais on n'en sait rien.
10:24Et jusqu'à preuve du contraire, le défunt ne s'était jamais plaint de cela.
10:27– Merci d'avoir été avec nous, Maître Sadouni, donc avocat d'Owen, de Naruto.
10:33Ah oui, une question pour vous, pardon Maître Sadouni, une dernière question pour vous.
10:36– Bonsoir Maître, j'avais une dernière question.
10:38Le fait est qu'ils ont effectivement été mis en garde à vie en janvier 2025
10:41pour des faits potentiels de violences sur des personnes déficients avec un handicap.
10:49Est-ce que justement, ça ne les a pas fait réfléchir pour se lancer dans un stream de 12 jours,
10:54comme vous le dites, où vraisemblablement, effectivement, tout était quasi permis
10:57avec donc du paintball, etc. Est-ce que ça ne les a pas fait réfléchir ?
11:01Pourquoi aujourd'hui, ils se lancent dans ce marathon-là ?
11:04– S'il y avait eu une poursuite judiciaire et qu'on avait matérialisé l'infraction,
11:11évidemment, ça les aurait fait réfléchir. Mais aujourd'hui, ça n'a pas été le cas.
11:14Donc non, ils ont continué.
11:16Et là, on vous parle exclusivement de la mort du défunt.
11:20Moi, ce n'était pas ça mon propos.
11:21Aujourd'hui, je suis là en tant qu'avocat d'un plaignant qui est victime de cyberharcèlement.
11:26Nous avons déposé aujourd'hui une plainte avec mon confrère Maître Elouchikli
11:30pour lesquelles nous attendons des suites.
11:32Mais concernant la mort de M. Gravel, M. Owen Senzanti n'est absolument pas mis en cause.
11:39– Donc là, aujourd'hui, vous estimez qu'il y a une nouvelle victime, c'est votre client, quoi ?
11:43– Victime, je ne lui donnerai pas de suite ce statut, mais il y a un plaignant, effectivement.
11:48– Mais pour savoir si les uns ou les autres ont une part ou non de responsabilité dans cette mort,
11:54il va falloir attendre les conclusions de l'autopsie, il va falloir attendre les conclusions
11:57des investigations de la police judiciaire de Nice, qui sont les seuls à même de dire
12:01si un tel ou un tel est responsable ou non.
12:03– Effectivement, et nous attendons sereinement le rapport d'autopsie.
12:08– Merci Maître Senzanti, merci d'avoir été avec nous en direct sur BFM TV.
12:12– Merci.
12:12– Merci beaucoup.
12:14Je voudrais qu'on revienne quand même sur ce qui s'est passé,
12:16mais cette plateforme Kik et ses streams.
12:19D'abord, qu'est-ce que c'est qu'un stream, pour qu'on comprenne bien ?
12:21– Eh bien, un stream, c'est un peu comme ce qu'on fait là,
12:23sauf que ce n'est pas à la télévision, mais sur Internet,
12:25donc c'est diffusé en direct.
12:27Et effectivement, on a un chat sur le côté qui permet de converser
12:30avec ce qu'on appelle des streamers, ça se fait aussi sur YouTube,
12:34sur Facebook et donc sur Twitch, qui est le concurrent de Kik.
12:37– Donc là, en direct, c'était des mises en scène, nous dit l'avocat,
12:42de violence, d'humiliation, de sévices, potentiellement faux,
12:49puisqu'il parle l'avocat de mise en scène, suivi par des gens qui étaient connectés,
12:54et ça faisait gagner de l'argent à tout le monde.
12:55– Oui, parce qu'on peut s'abonner à ces chaînes, on peut s'abonner,
12:58mais c'était suivi par entre 3 000 et 5 000 spectateurs,
13:03voire jusqu'à 10 000 pour la soirée du dimanche soir.
13:05Donc il y a beaucoup de monde qui suit ce genre de programme,
13:09d'autant que sur Kik, c'est un peu la cour des miracles.
13:11C'est toutes les personnes qui ont été bannies de Twitch,
13:14où les règles sont beaucoup plus sévères,
13:15et là où Kik, et c'est le problème de Kik, n'a quasiment pas de modération,
13:20à part effectivement ces jeux de casino en ligne qui sont illégaux en Europe et en France,
13:24la plupart des streams sur Kik sont quand même d'une violence parfois assez rare.
13:31– Jonathan Belaïch, avocat en contentieux spécialisé justement dans le droit de mériter avec nous.
13:35Bonsoir Maître Belaïch.
13:37Est-ce que les autorités françaises, suite à cette affaire,
13:39peuvent faire quelque chose contre cette plateforme Kik ?
13:43– Oui, bien entendu.
13:45Là, actuellement, ils l'ont mis en demeure.
13:47Ensuite, ils peuvent la sanctionner avec des sanctions financières qui peuvent être très importantes.
13:53Ils peuvent aussi procéder au blocage de la plateforme.
13:57Mais bon, dans le cas ici présent, ça paraîtrait assez unique.
14:04On n'a jamais vu une plateforme qui a été bloquée pour des faits de contenu listé en ligne,
14:09pour le moment, de cette nature.
14:11– La ministre en charge du numérique a saisi l'ARCOM,
14:16vous savez, qui est l'autorité de l'audiovisuel.
14:18Est-ce que l'ARCOM peut faire quelque chose ?
14:21– Oui, bien entendu.
14:23L'ARCOM est une autorité de contrôle qui a des pouvoirs de sanctions.
14:28Ils peuvent procéder notamment à des blocages.
14:31Il peut y avoir des sanctions financières qui sont excessivement importantes,
14:35qui peuvent aller jusqu'à des millions d'euros.
14:37Et là, en l'occurrence, on a vraiment affaire à une spécificité en matière de contenu listé en ligne.
14:46Il est unique, extrêmement…
14:49Il n'y a pas d'antécédent d'une personne qui s'est donné la mort en direct sur une plateforme.
14:54C'est quelque chose qui est horrifiant et qui est extrêmement grave
14:59et qui démontre à quel point les dérives des plateformes en ligne
15:04peuvent aller jusqu'à des conséquences qui vont jusqu'à la mort.
15:07– Oui, mais là, dans cette histoire, maître, votre confrère disait
15:11« Mais non, c'est des mises en scène, tout le monde était consentant. »
15:14Donc certes, on pouvait se faire mal,
15:17mais il refuse les termes de sévice, acte de torture ou autre,
15:21puisque c'était un petit groupe qui s'adonnait à ça depuis plusieurs mois maintenant.
15:24– Moi, ça ne fonctionne pas comme ça en matière de loi pénale.
15:30On ne peut pas s'estimer à être consentant à de la violence et à des sévices.
15:39En fait, soit on est dans du cinéma et on est dans une fiction,
15:43soit on est dans la réalité.
15:45Et là, de ce qu'on en comprend,
15:48encore une fois, on n'est pas dans les secrets de l'enquête.
15:54On n'a pas affaire à une fiction, on n'est pas dans un cinéma.
15:58On a affaire à des actes de violence
16:02qui relèvent de la loi pénale.
16:05Et ce n'est pas pour rien que vous avez quand même des autorités judiciaires
16:09qui se sont saisies du sujet.
16:12Donc pour moi, il y a de manière, il y a une limite au consentement.
16:15On ne peut pas par consentement adhérer à la violation de l'ordre public
16:21ou à des faits qui nous seraient à nous-mêmes préjudiciables.
16:26On ne peut pas accepter son propre viol, on ne peut pas accepter son propre meurtre,
16:30on ne peut pas accepter de s'auto-violenter,
16:32accepter qu'on nous violente.
16:34Et encore moins aux yeux et à la vue de tout le monde.
16:39Et je dirais même, j'irais plus loin,
16:40pour moi, il y a un sujet de responsabilité pénale
16:43avec la complicité éventuelle de la plateforme.
16:46Si la plateforme est au courant qu'il y a des illicités de ce type
16:50et qu'elle va laisser les contenus en ligne et la chaîne en ligne
16:54après avoir été avertie,
16:55pour moi, il y a un axe d'enquête qui pourrait être celui de la complicité de la plateforme.
16:59Merci Maître Belaïch d'avoir été avec nous.
17:02Anne Séniquier, vous êtes psychiatre.
17:04Qu'est-ce que ça dit, cette terrible affaire,
17:08cette effroyable mort en direct ?
17:10Malheureusement, je ne vous apprends rien si je vous dis que la société va mal
17:12en termes de santé mentale en ce moment.
17:14Et là, on se pose la question, est-ce que c'est un symptôme ?
17:16Est-ce que c'est une cause ?
17:18Ça met en évidence, en tous les cas, une dérive multiple, finalement, de la société
17:23où la violence devient un bien de consommation.
17:27Clairement, que ça soit scripté ou que ça ne soit pas scripté,
17:30on était dans le spectacle,
17:31puisqu'on est arrivé jusqu'à 5, 10 000 spectateurs.
17:34Et aujourd'hui, avec le décès de ce monsieur,
17:38eh bien, qu'est-ce qui se passe ?
17:39On amplifie, puisque des morceaux de ces vidéos
17:42qui ne sont plus sur la plateforme Kik se retrouvent sur les autres plateformes.
17:45Et finalement, on a cette mise à l'échelle
17:47qui va précipiter complètement la société
17:49dans une sorte de faille qui nous précède
17:52et qui nous précipite finalement dans des situations
17:54où on n'est pas formé pour la gérer encore.
17:58Que ce soit au niveau éthique, que ce soit au niveau juridique,
18:00que ce soit au niveau psychologique,
18:01on se retrouve tous autour de cette table
18:04complètement ahuris par ce qui s'est passé,
18:06de savoir comment c'est possible,
18:07que ce soit au niveau juridique,
18:08que ce soit au niveau psychique,
18:10de se dire, mais tiens, tapons quelqu'un pendant 10 jours
18:13et faisons un spectacle et retirons...
18:16Avec le consentement de ce qu'on nous dit de cette personne.
18:18Avec le consentement, tout en sachant que ce qui se passe là
18:22va normaliser aussi une violence reprise,
18:26magnifiée, glorifiée par des jeunes en mal de repère.
18:29Ils disent, non, mais c'est OK, on le voit sur les réseaux sociaux,
18:32c'est bon, il n'y a plus...
18:33Cette mise à distance à travers l'écran...
18:34Surtout que ça rapporte de l'argent.
18:36Surtout que ça rapporte de l'argent.
18:37Surtout ça, c'est monnayable.
18:38En fait, on a véritablement tous les ingrédients
18:42pour que ça soit une poudrière.
18:46Enfin, je pense qu'il ne faut pas s'étonner après.
18:48Merci beaucoup d'avoir été avec nous
18:51dans la dernière partie de BFM Story.
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