- il y a 7 mois
"FEMMES GI'S VIOLEES : L'ENNEMI DE L'INTÉRIEUR" / Elles se sont engagées dans l'armée américaine, prêtes à donner leur vie pour leur patrie. Elles ont été entraînées à affronter l'ennemi de l'extérieur... Pas celui de l'intérieur. Elles n'ont pas été violées par des Irakiens ou des Afghans mais par leurs frères d'armes ! Tina, Jessica, Suzanne et Stéphanie sont doublement victimes. Violées par un collègue d'unité ou un supérieur, elles sont ensuite ignorées par leur hiérarchie militaire. Le Pentagone reconnaît avoir reçu 3 000 plaintes rien que pour l'année 2006. Face à l'ampleur du problème, un programme de prévention est créé en 2004. Le nombre de plaintes explose mais pas le nombre de condamnations : à peine 2 \% des présumés violeurs sont traînés devant la Cour Martiale. Aujourd'hui, rares sont ces femmes GI'S qui acceptent de témoigner. Tina, Jessica, Suzanne et Stéphanie racontent, à visage découvert, leur calvaire. Pour ne pas revivre le cauchemar quotidien des viols infligés par son commandant en Irak, Suzanne, 21 ans, refuse de repartir en mission. Elle est emprisonnée et jugée en Cour Martiale. Jessica, 25 ans, violée aux USA et en Corée, rêve de réintégrer les rangs et voir un jour ses violeurs condamnés. Stéphanie, officier, regrette de ne pas avoir porté plainte et ainsi perpétué la loi du silence. Quant à Tina, 20 ans, violée en Irak, elle n'est plus là pour raconter son drame. Elle se serait "suicidée". Sa mère dénonce un meurtre. Nous avons fait le tour du pays pour rencontrer ces femmes et transmettre leur douleur, leur révolte et aujourd'hui, leur combat.
Catégorie
✨
PersonnesTranscription
00:00Nous sommes en Irak, près de la frontière syrienne.
00:07Retour de mission dans cet avant-poste de l'armée américaine.
00:12Ici, dans ce fort Apache, comme ailleurs en Irak, un GI sur dix est une femme.
00:20A 10 000 kilomètres du front, à Washington, une marche en hommage aux soldates tombées en Irak.
00:28Parmi elles, une jeune fille de 20 ans, originaire du Texas, Tina.
00:36Tina n'est pas morte au champ d'honneur, mais dans son lit.
00:39Violée par un collègue de son unité, elle se serait ensuite suicidée.
00:43Sa mère n'y croit pas.
00:49C'est triste qu'elle ait dû se protéger non pas de l'ennemi extérieur, mais de l'ennemi intérieur, dans l'armée.
00:56C'est injuste.
01:07Pour les soldates, le danger n'existe-t-il que sur les champs de bataille ?
01:13Où commencent-ils dans les casernes ?
01:16Que se passe-t-il vraiment dans l'armée américaine ?
01:20Images volées d'une base militaire en Californie.
01:35C'est la première fois que Jessica retrouve cet univers.
01:40Difficile pour cette jeune femme d'accepter que ce ne soit plus le sien.
01:44Difficile aussi de gérer le traumatisme causé non pas par la guerre, mais par ses frères d'armes.
01:49J'ai été violée deux fois.
01:55J'ai été agressée sexuellement plusieurs fois et harcelée.
02:01D'une manière ou d'une autre, constamment.
02:03Harcèlement sexuel, harcèlement verbal et même harcèlement dans mon unité.
02:08Tout.
02:09Ces hélicoptères de combat, c'était toute sa vie.
02:12En Corée, Jessica dirigeait une équipe de mécaniciens.
02:17Mais jamais la jeune soldate ne s'est sentie respectée par ses collègues.
02:21Jessica subit deux viols.
02:24L'un aux Etats-Unis, l'autre quelques mois plus tard en déploiement en Corée.
02:29La jeune victime est finalement évacuée et quitte l'armée.
02:32Alors aujourd'hui, voir des femmes en khaki, c'est pour elle le douloureux rappel d'un rêve brisé.
02:40Tu as l'air triste.
02:42Je suis jalouse.
02:46J'aimerais être aussi active et aussi impliquée qu'elles le sont.
02:52Moi, je crois toujours en cette cause.
02:55Je suis toujours prête à servir mon pays.
02:58Mais mon pays n'a même pas su...
03:01Disons que j'étais prête à mourir pour ma patrie.
03:05Mais ils ne se sont pas embarrassés de mes petits soucis
03:07et n'ont pas fait les choses correctement.
03:12Depuis son retour à la vie civile, Jessica vit à San Diego.
03:26Elle se débrouille comme elle peut.
03:28En quittant l'armée avant la fin de son contrat, elle a tout perdu.
03:33Plus de soldes et oublié tous les avantages promis lors de son engagement.
03:38Elle comptait sur l'armée pour financer ses études après six ans sous les drapeaux.
03:44Aujourd'hui, Jessica vit dans un deux-pièces, avec son mari, ses deux chats et son serpent.
03:54Je garde mon uniforme, mon uniforme de parade.
04:00C'est important pour vous ?
04:01Oui, très important.
04:03Pourquoi ?
04:04Ben, c'est important...
04:07Je le portais lors d'événements officiels.
04:10C'est sentimental.
04:13Il y a toutes mes médailles sur ma manche et sur ma poitrine.
04:19C'est important pour moi.
04:22Donc l'armée fait toujours partie de votre vie ?
04:25Oui, beaucoup.
04:26Même si elle vous a blessée ?
04:28Ce n'est pas l'armée en général, mais la structure de l'armée qui m'a blessée.
04:34Dans ma tête, je leur appartiens toujours.
04:36J'ai joué dans la cour des grands.
04:37J'en faisais partie.
04:40Jessica pensait pouvoir faire confiance à ses collègues masculins.
04:43Mais l'été dernier, lors d'une sortie avec un GI basé en Corée, lui aussi, elle est violée pour la deuxième fois.
04:51On regardait un film et il a commencé à me toucher.
04:55Et je me suis dit, ça y est, un autre gars sous.
05:00Il faisait environ 25 centimètres de plus que moi.
05:04Et il était beaucoup plus gros que moi.
05:06Enfin, il n'était pas gros, mais il n'était pas non plus le gars le plus musclé que j'ai vu.
05:11Donc, il m'a fait tomber et j'ai été violée.
05:18Après, je suis partie en tremblant.
05:21Et je me suis dit, mais qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne comprends pas.
05:25Pourquoi cela m'arrive à nouveau ?
05:30Est-ce qu'il est écrit sur mon front, « Violez-moi » ?
05:34Jessica a dénoncé les viols, mais l'armée n'a jamais poursuivi aucun des deux présumés coupables.
05:40Les deux hommes sont toujours militaires, l'un basé au Texas, l'autre en Irak, libre, libre même d'écrire à Jessica la preuve il y a trois jours encore.
05:50« Un des violeurs me contacte encore. Je ne sais pas pourquoi. Il a laissé un commentaire sur cette photo. Voilà, j'aime cette photo de toi. Le fait qu'il m'écrive prouve que l'armée ne le surveille pas et ne fait aucune enquête sur lui. »
06:16Jessica nous montre l'ambiance machiste omniprésente chez les militaires.
06:21Voici comment, dans sa base en Corée, on fête les anniversaires.
06:25Fille ou garçon, chez les GIs, l'humiliation est permanente.
06:29Et voici une autre vidéo qu'elle a tournée à l'insu de son commandant.
06:40Ces 30 secondes de vidéo montrent exactement ce que j'ai enduré quotidiennement en Corée.
06:46« C'était ça l'attitude de mon sergent d'unité. Les femmes sont des objets. Elles ne sont pas supposées être soldats. »
06:57« Voici mon sergent d'unité. Il humilie ce jeune soldat devant toute l'unité parce qu'il a découvert qu'il était puceau. »
07:08Certaines victimes ne sont plus là pour témoigner.
07:19C'est le cas de Tina, morte en Irak.
07:22Sa mère et sa soeur jumelle évoquent ces derniers moments.
07:25« Les oiseaux, ils salissent tout. Je la nettoie avec ça. »
07:38« Comment elle est morte ? »
07:39« Elle est morte en Irak. L'armée dit qu'elle s'est tirée une balle dans la poitrine et qu'elle en est morte. »
07:50« Ça, c'est ce que dit l'armée. Moi, je ne sais pas comment elle est morte. Et je veux découvrir comment elle est morte. »
08:02« Vous en pensez quoi, vous ? »
08:04« On ne sait pas quoi en penser. »
08:06« Il y a tellement d'opinions différentes. Moi, je ne la vois pas se suicider. »
08:17« Mais si elle l'a fait, je peux comprendre pourquoi. »
08:20« Pourquoi ? »
08:21« À cause du traumatisme qu'elle a enduré, à cause du viol et la manière dont les gens l'ont traité après. »
08:30« Je peux comprendre qu'elle était à ce point déprimée, qu'elle se soit suicidée. »
08:34« Mais ça ne lui ressemble pas. »
08:39Suicide ou assassinat ?
08:41« Sans connaître la vérité, impossible pour Joy et Daniel de faire leur deuil. »
08:49« À une heure du cimetière, à Giddings, en plein Texas, la maison familiale, un sanctuaire à la mémoire de Tina. »
08:56« Voici la casquette qu'elle portait. Et là, c'est son écriture. »
09:06« Et voici les bottes de combat de ma petite-fille. »
09:13« Elle aimait que les gens la regardent et lui disent « Oh, vous êtes dans l'armée ! » et lui serre la main. »
09:20« Elle était très fière. Très fière de cela. »
09:25Avant de mourir, le 1er mars 2006, Tina écrit plusieurs lettres.
09:29Elle raconte qu'elle est terrorisée par son agresseur.
09:33L'armée a longtemps caché ses lettres à sa famille, sans doute parce que Tina y donne sa vérité.
09:39« J'aurais dû savoir qu'il allait me tuer, me violer ou me frapper. »
09:47« Rappelle-toi, je t'avais parlé de mes pires craintes. Elles sont devenues réalité, devant mes propres yeux, avant ma mort. »
09:54« Il m'a violée. Et s'il est libéré, il me battra à mort ou me tuera. »
10:01Une lettre qui résonne comme une prémonition.
10:03Le présumé violeur ne restera que quelques jours en prison.
10:08À plusieurs reprises, Tina le croise dans la base.
10:15« C'est vraiment pénible de me retrouver face à lui, maman. Les regards qu'il me lance sont terrifiants.
10:22Ne pleure pas, ils prennent soin de moi.
10:26Ton meilleur soldat, Tina, ta fille qui t'aime. »
10:32Ces lettres font désormais partie du volumineux dossier judiciaire.
10:42Quinze jours après la mort de Tina, le tribunal militaire conclut qu'il n'y a eu ni viol, ni assassinat.
10:48La famille est scandalisée. Joy et Daniel égrènent une à une les anomalies de l'enquête.
10:54« Voici le lieu du crime. Ceci montre comment elle était couchée.
11:03Ça, c'est l'endroit de sa tête, les coussins, et on peut voir par où sont passées les balles dans la tête du lit. »
11:12« Quel fusil aurait-elle utilisé pour se suicider ? »
11:15« Le fusil que l'on voit sur cette photo, un M16.
11:21Et voici le fusil qui a été trouvé près de son lit.
11:25C'est le même fusil, apparemment. »
11:32« Et comment aurait-elle fait pour se suicider avec ce fusil ? »
11:36« Si elle s'est tiré une balle, à mon sens, si l'on regarde la trajectoire de la balle depuis l'entrée jusqu'à la sortie,
11:43elle a forcément dû tenir son fusil en l'air comme ceci pour se tirer une balle.
11:46Et son bras, d'après les mesures qui ont été faites, de son épaule à ses doigts, son bras était à peine assez long.
11:54Donc elle aurait dû apprêter la gâchette avec son pouce, et même comme ça, son pouce n'était pas assez long pour qu'elle tire dans cette position.
12:00« Et même l'autopsie ? »
12:06« Même dans l'autopsie, il y a des aberrations. »
12:08« Lesquelles ? »
12:09« L'autopsie décrit une rousse aux cheveux longs, alors que Tina, à l'époque, comme vous le constatez sur les photos,
12:16Tina n'a pas de longs cheveux roux, mais des cheveux courts et blonds foncés.
12:20L'autopsie ne détecte aucune pièce de métal dans ses pieds, alors qu'elle en a.
12:25Et le document ne mentionne aucune des cicatrices derrière les oreilles, alors qu'elle en a une à gauche et une à droite.
12:30Pendant l'interview, nous leur apprenons que le présumé violeur vit dans une caserne à moins de deux heures de chez elle.
12:39Pour connaître la vérité, Danielle est prête à tout, même à contacter celui qui aurait violé sa sœur.
12:45« S'il vous plaît, aidez-moi, s'il vous plaît, appelez-moi ou écrivez-moi pour me dire si vous acceptez de me parler.
12:51Je ne me fâcherai pas, je veux juste des réponses.
12:54Je peux oublier le viol s'il me donne des réponses sur sa mort.
12:57Je pense que je peux mettre ça dans un coin de ma tête s'il accepte de me parler. »
13:02Fort Hood, Texas. C'est ici que le présumé violeur de Tina est en poste depuis son retour d'Irak.
13:08Sécurité maximale, c'est l'une des plus grandes bases américaines.
13:12L'armée nous refuse tout accès et toute interview,
13:15et l'avocat militaire de l'agresseur refuse tout contact avec la famille.
13:19Le lendemain, retour chez la mère de Tina.
13:23Fait exceptionnel ce jour-là, elle reçoit la visite de l'ancien commandant de sa fille en Irak.
13:29À la demande de Joy, nous enregistrons leur conversation.
13:33Elle attend des réponses, lui la sermone.
13:36Le commandant s'en va avec la liste de questions.
14:04Il mettra près d'un mois pour y répondre.
14:07Ses réponses sont loin d'apaiser la famille de Tina.
14:12L'armée aurait-elle peur de reconnaître ses erreurs et d'en assumer les responsabilités ?
14:18Des anomalies dans l'enquête ont pourtant bien été confirmées.
14:21À ses propres frais, Joy a consulté un expert en balistique
14:25et aujourd'hui, ce conseiller indépendant met sérieusement en doute la thèse officielle du suicide.
14:30L'avocat de la famille dispose d'un dossier solide,
14:34mais il ne pourra pas aller plus loin.
14:36Jamais l'affaire ne sera portée devant la justice.
14:40Voici pourquoi.
14:42Parce que la loi ne permet pas de poursuivre l'armée
14:46pour des choses qui se passent dans les zones de combat.
14:48Pensez-vous que l'armée ment ?
14:50Oui.
14:54Oui, soit ils mentent, soit ils cachent la vérité.
14:58Il y a sans doute une distinction, mais c'est l'un ou l'autre.
15:01Pourquoi ?
15:03Parce que c'est la manière de penser de l'armée.
15:07C'est leur politique de ne pas montrer que les choses vont mal en Irak.
15:09Parce qu'ils doivent recruter davantage de femmes et d'hommes pour aller en Irak.
15:20Ils doivent convaincre des parents de laisser leurs enfants aller là-bas.
15:24Et si le danger ne vient pas seulement des Irakiens, mais de nos propres soldats,
15:29les mères ne vont plus laisser leurs fils s'engager là-bas.
15:32Pour tenter de comprendre, nous allons à Washington.
15:36Comment l'administration américaine affronte-t-elle ces accusations de viol au sein de sa propre armée ?
15:42Voici la réponse du bureau spécialement créé au sein du Pentagone pour gérer ce problème.
15:46Par écrit, le Pentagone se contente de nous communiquer quelques chiffres,
16:05un seul à retenir, 3000 plaintes pour viol ou tentatives de viol pour la seule année 2006.
16:12L'état-major ne dit pas tout, la plupart des affaires sont classées sans suite,
16:16moins de 2% des accusés sont traduits en cours martiales.
16:21À Washington, Jessica rencontre pour la première fois celles qui l'ont aidée à sortir de Corée après qu'elle ait été violée.
16:28Sarah, la mère de Suzanne, une autre soldate violée,
16:30et Anne, une ancienne colonnelle devenue pacifiste.
16:35Ça va être grand ! Je suis super excitée !
16:41Juste là, il y a le congrès. On commence dès demain. On va parler aux élus de tout ça.
16:46Je suis super enthousiaste.
16:51Ah, et je voulais vous montrer.
16:54J'ai travaillé hier soir et voilà le résultat.
16:57Autant vous le montrer devant la caméra.
16:58C'est moi qui l'ai dessiné.
17:08J'ai écrit « Quand vous, les femmes, vous entrez dans l'armée, que vous le vouliez ou non, vous êtes soit une pute, soit une victime.
17:17Quand vous choisissez votre arme, choisissez cela aussi. »
17:21Devant la Maison Blanche, chant, musique et slogan contre la guerre en Irak.
17:29Au premier rang, des femmes, couleur de ralliement, le rose.
17:35Sarah, l'une des deux sauveuses de Jessica, est venue manifester avec sa fille Suzanne.
17:40Qu'est-ce que tu fais dans l'armée ?
17:42J'étais dans la police militaire.
17:44Et maintenant, je suis en logistique.
17:46Elle est passée en cour martiale et a fait de la prison.
17:48Pourquoi ?
17:49Elle a déserté plutôt que de retourner une seconde fois en Irak.
17:52Ouais.
17:53Ça arrive.
17:55Ça valait le coup.
17:56Tu es une héroïne.
17:57Merci.
17:58Pas une criminelle.
17:59Ah, je sais.
17:59Et pourquoi elle a refusé de retourner en Irak ?
18:03Parce qu'elle ne voulait pas à nouveau être violée par son commandant.
18:07Vraiment ?
18:08Vraiment.
18:11Ah, je ne savais pas cela.
18:13Elle a été violée et violée par son commandant pendant des mois quand elle était là-bas.
18:18Par un officier ?
18:19Son commandant.
18:21Son propre chef d'unité.
18:24Nom de Dieu !
18:27Jamais Suzanne n'a porté plainte contre son violeur.
18:30Elle a préféré déserter.
18:31C'était en janvier 2006.
18:33L'armée l'a alors mise en prison et s'y lance dans les rangs.
18:37Pourquoi votre fille ne parle pas à la presse ?
18:39Ma fille ne peut plus parler aux médias.
18:42Les militaires lui ont dit que si elle parle à nouveau à la presse,
18:45elle repassera en cour martiale.
18:49Et à ce moment-là, elle risque la prison.
18:52Suzanne n'arrive pas à quitter l'armée.
18:54Son contrat l'en empêche.
18:55Elle est deux fois victime.
18:57Comme pour Tina et Jessica, les militaires n'ont pas cru à son histoire.
19:01Et le présumé violeur court toujours.
19:04Le violeur ?
19:05Il est libre de violer à nouveau.
19:07Aujourd'hui, il travaille comme garde privée en Irak et gagne 15 000 dollars par mois.
19:14Nous retrouvons Anne, l'ancienne colonne qui a aidé à l'évacuation de Jessica de Corée.
19:19Après 29 ans de carrière, elle n'a pas hésité à démissionner la veille des opérations en Irak.
19:26Aller en Irak n'était pas une urgence nationale.
19:29C'était une guerre choisie.
19:30Une guerre pour le pétrole représenté par Georges Gouche, là, dans cette maison blanche.
19:36Aujourd'hui, Anne m'ont au front sur la question des viols dans l'armée.
19:39Mais pour elle, les mesures du Pentagone sont inefficaces.
19:43Moi, je propose qu'il y ait une ou plusieurs équipes indépendantes
19:47qui se déplacent partout dans le monde où il y a des plaintes pour agression sexuelle ou viol.
19:53Ce sont eux qui mèneraient l'enquête.
19:55Ils ne feraient pas partie de la hiérarchie.
19:58Et donc, ils échapperaient à la pression des commandants d'unité.
20:03Autre vétéran devenu pacifiste, Geoff.
20:06Il revient d'Irak.
20:08Là-bas, plus qu'ailleurs, pour ses consorts d'armes, la peur du viol fait partie du quotidien.
20:15Des copines racontent quand elles reviennent d'Irak qu'elles doivent porter un couteau dans leur botte.
20:21Elles ont parfois dû faire fuir des mecs avec leur couteau.
20:24Ces femmes ne veulent évidemment pas tuer un autre soldat.
20:27Elles ne peuvent donc pas tirer avec leur M16.
20:29Mais elles ont dû se défendre avec leur couteau.
20:32C'est arrivé en Irak.
20:33Des couteaux, mais pour aller où ?
20:35Dans la base.
20:36Juste pour aller aux toilettes la nuit.
20:38Elles portent un couteau pour ne pas se faire violer.
20:41Et je peux comprendre d'où cela vient.
20:43Quand vous commencez à déshumaniser les personnes jusqu'au point où vous pouvez les tuer,
20:47c'est juste une autre étape, les déshumaniser pour les violer.
20:50A l'écart de la manifestation, nous retrouvons Jessica en compagnie de ses parents.
20:58Ils la soutiennent depuis le début.
21:01Ils sont très reconnaissants aux pacifistes d'avoir aidé leurs filles, mais ne partagent pas leur combat anti-guerre.
21:07Jessica non plus.
21:08Pourquoi vous ne participez pas à la manifestation ?
21:13Je ne crois pas à ce en quoi eux croient.
21:17Nous sommes tout à fait...
21:19Si je manifestais, en fait, ce serait contre toutes mes convictions.
21:23Je n'ai jamais été anti-guerre.
21:25Vétéran du Vietnam, son père n'aime pas non plus cette ambiance anti-Bush.
21:31Patriote convaincu, il ne remet en cause ni le président, ni la hiérarchie militaire.
21:38Notre boulot, c'est d'attirer l'attention du président.
21:41Via le Congrès, les responsables militaires que nous pouvons contacter.
21:46Nous nous réunissons avec eux, nous leur expliquons le problème pour qu'ils agissent.
21:50Bush ne doit pas forcément être au courant.
21:52C'est précisément devant le Congrès que nous retrouvons Anne, Jessica et Sarah.
21:58Mission du jour, faire du lobbying, plaider leur cause.
22:03Sarah s'en prend à l'élu de sa région.
22:05C'est un menteur, un menteur.
22:08Il a dit qu'il allait aider ma fille.
22:11Il a dit qu'il allait faire toutes ces choses pour...
22:13Il n'a rien fait.
22:15Il n'a rien fait ?
22:16Non, il n'a rien fait.
22:17J'ai organisé une réunion avec lui.
22:19Je lui ai dit que Suzanne avait besoin d'aide, qu'ils allaient la mettre en prison, que j'avais besoin d'aide.
22:25Et il a répondu, je vais faire une enquête parlementaire sur Suzanne et son cas.
22:32Il n'a jamais rien fait.
22:33Donc je suis allée lui demander des comptes.
22:37Et il a répondu, oh, il n'y a vraiment rien que je puisse faire.
22:41Ce sont les républicains qui ont le pouvoir.
22:43Je ne suis pas dans la commission des forces armées.
22:46Peut-être vous devriez faire ceci.
22:48Si vous me mettez tout ça par écrit que vous me le donnez, alors je pourrais le présenter.
22:51Obstinées, elles arpentent les couloirs, frappent aux portes.
23:01La dernière fois que le Congrès a évoqué les viols dans l'armée, c'était il y a deux ans.
23:06Depuis, pratiquement rien n'a changé.
23:11Pas de chance, l'élu n'est pas là.
23:13C'est l'un des membres de son cabinet qui les reçoit.
23:15Vous aviez déjà entendu parler des abus sexuels et des viols dans l'armée ?
23:25Non, personne ne m'en avait parlé avant.
23:28C'est la première fois pour moi.
23:30Et c'était intéressant ?
23:32C'est alarmant.
23:35Ça semble être un problème très sérieux.
23:39Personne ne demande des comptes aux militaires.
23:41Personne n'en a le pouvoir ou alors ils ont trop peur.
23:45Soit on arrête, soit on continue.
23:49Je pense qu'il faut faire pression.
23:51S'obstiner, s'obstiner, s'obstiner, ne plus les lâcher.
23:55Si on ne fait rien, c'est sûr que rien n'arrivera.
23:57Ça, c'est garanti.
23:59Ce ne sont pas les témoignages de viols dans l'armée qui manquent.
24:03Au détour d'un couloir, notre militante rencontre une autre victime, Stéphanie.
24:10Je souffre d'un sérieux traumatisme.
24:12Mon mari s'est suicidé au retour d'Irak.
24:14Ma fille aussi est traumatisée.
24:19Et moi, j'ai été abusée sexuellement.
24:21Je suis capitaine et à l'époque, j'étais lieutenant.
24:28Et maintenant, je suis ici.
24:30C'est la première fois pour moi.
24:31À côté du cimetière militaire d'Arlington, un musée dédié à la mémoire des femmes militaires.
24:40Cette année, c'est le 60e anniversaire de leur présence dans l'armée.
24:44Les États-Unis font figure de pionniers dans ce domaine.
24:47Aujourd'hui, les femmes représentent près de 15% des effectifs.
24:57Ici, on donne l'image officielle.
25:00L'image idéale de la femme dans l'armée.
25:02Stéphanie y a passé 4 ans de sa vie.
25:05Ici, les femmes dans l'armée sont encensées, respectées et reconnues.
25:17Et c'est vraiment le cas ?
25:19Non, je ne pense pas.
25:20Ce n'est pas la réalité.
25:21C'est une image sympa pour les filles de 13 ans qui viennent ici, pour qu'elles pensent que c'est ça l'armée.
25:26Une fille de 13 ans comme elle, par exemple.
25:41Un mari suicidé après l'Irak.
25:43Un viol en 2001 jamais dénoncé.
25:46Des traumatismes jamais réglés.
25:48La prise de conscience a été tardive pour Stéphanie.
25:51J'ai été sexuellement agressée.
25:58Quelques jours plus tard, j'ai consulté quelqu'un parce que je saignais très fort.
26:09Cette officier d'Oran m'a dit
26:11« C'est stupide de t'être retrouvée dans cette situation. »
26:17Textuellement, elle m'a dit ça.
26:19Elle m'a dit « Comment tu as pu ignorer que cela pouvait t'arriver ? »
26:23En fait, d'une certaine manière, elle m'a dit que c'était de ma faute.
26:27Alors Stéphanie n'a rien dit.
26:29Elle a reproduit ce qu'on lui avait conseillé de faire pour elle, à plusieurs reprises.
26:33Elle a, à son tour, encouragé la loi du silence et étouffé des cas de viol dénoncés par ses subalternes.
26:39J'étais officier.
26:42C'est moi qui aurais dû faire face à l'époque.
26:46Donc, je suis coupable, moi aussi.
26:49Je suis coupable d'avoir dit « Continue ta vie, ta carrière. »
26:53Je suis coupable.
26:56Je pense que c'est une attitude très fréquente chez les militaires, malheureusement.
27:00Combien de jeunes femmes comme Stéphanie préfèrent le silence à la honte et le risque de briser leur carrière ?
27:12Dans ce combat, Tina y a laissé la vie.
27:15Quant à Suzanne, elle a fait de la prison et elle a perdu toutes ses illusions sur les militaires.
27:20Jessica, elle, ne renonce pas à l'armée.
27:27Son mari est un chercheur universitaire, la soutient, et même plus.
27:35Absolument.
27:35Même après tout ce qu'elle a vécu, Jessica est revenue et elle avait toujours cette même envie, de s'engager comme réserviste.
27:43Cela me rendait très nerveux, étant donné tout ce qui s'était passé.
27:49Je ne voulais pas qu'elle se réengage.
27:52Alors, le compromis auquel nous sommes arrivés, c'est que moi aussi, je vais m'engager.
27:57Je vais m'engager comme réserviste avec elle.
28:02Comme ça, nous serons dans la même unité et nous pourrons nous protéger l'un et l'autre.
28:08Je me sens en sûreté parce que j'ai la protection de mon mari qui sera plus gradée que moi.
28:15S'il est aussi près de moi, il ne laissera personne me manquer de respect ou faire pire.
28:21Comme ça, je me sens plus en sécurité.
28:23Soixante ans après leur intégration dans l'armée américaine, le constat est amer pour les femmes.
28:31Le viol dans les casernes est aujourd'hui le premier risque encouru par les jeunes recrues, deux fois plus que dans le civil.
28:53Merci.
28:54Merci.
28:55Merci.
28:56Merci.
28:57Merci.
Commentaires